La croisade

1er Juillet 2004 :
Le dictateur vaincu jugé par un tribunal spécial, irakien, démocratique, indépendant. La peine de mort est rétabli rétroactivement. Neuf chefs d'inculpation.
28 juin 2004 : La souveraineté officielle de l'Irak confié au gouvernement d'un premier ministre, ancien collaborateur de Saddam Hussein, homme d'affaires, agent de la CIA, qui va le faire juger objectivement.
12 novembre 2003 : L'Italie frappée à son tour
02 septembre 2003 : Les irakiennes libérées ont peur
13 chi'ites sur 25 ministres dans le premier gouvernement de l'Irak libéré
12 mai 2003 : Bremer remplace Garner
22 avril 2003 : La France sera châtiée ...
21 avril 2003 : Jay Garner, le général pro-Israëlien, s'installe à Bagdad
20 avril : L'Iraq sous contrôle, mais non sécurisé. Les chi'ites s'"agitent" ... pour le pouvoir
20 mars 2003 : Go
USA. 26 février 2003, la croisade démocratique
ONU. 08 novembre 2002, résolution 1441
Eric Laurent, La guerre des Bush, Les secrets inavouables d'un conflit, Plon, Paris, 2003
Un autre "ami" des américains

1
Elu président des Etats-Unis le 4 novembre 1988, George Bush était entré effectivement en fonctions le 4 janvier 1989. Mais s'il existait un dossier qu'il n'avait jamais relégué au second plan, même pendant sa campagne électorale, c'était bien celui de l'Irak. Au début de l'année 1987, en mars très exactement, il reçut longuement à la vice-présidence l'ambassadeur irakien Nizar Hamdoon, pour l'informer du succès de ses interventions : le gouvernement irakien allait pouvoir acquérir du matériel militaire américain, à la technologie hautement sensible. Durant le mois qui suivit, des équipements d'une valeur de 600 millions de dollars furent transférés à Bagdad.
in Marianne, 13/19 janvier 2003, p. 16

2
Les gazés d'Halabaja
Le 16 mars 1988, les forces irakiennes lancent une attaque au gaz contre le village kurde de Halabaja, tuant plus de 5000 personnes. Cet épisode est constamment évoqué par l'actuelle administration de George W Bush pour justifier le renversement de Saddam Hussein. Pourtant, à l'époque, Bush père ne manifeste publiquement aucune indignation devant ce crime perpétré à l'aide d'hélicoptères américains. Un silence américain qui est rapidement récompensé : quatre mois plus tard, le géant américain de la construction, Bechtel, si proche des dirigeants républicains, est choisi par les autorités irakiennes pour assurer la construction d'une imposante usine chimique. Sa mise en activité aurait permis au régime de Saddam Hussein de fabriquer des armes chimiques. Au milieu de l'année 1989, un rapport confidentiel du ministère de 1'Agriculture révèle que des officiels irakiens ont reconnu que les fonds alloués à 1'achat de produits agricoles ont été détournés vers des objectifs militaires.
Ibidem, p. 17

3
Un prêt de 1 milliard de dollars
Neuf mois avant l'invasion du Koweït Bush veut accorder à Saddam un nouveau prêt de 1 milliard de dollars. [.. .] Quelques jours plus tard, alors que tous les clignotants financiers sont au rouge, le ministre irakien des Affaires étrangères, Tarek Aziz arrive à Washington. L'homme de confiance de Saddam Hussein, dès sa première rencontre avec James Baker, au Département d'Etat, confère une tonalité menaçante aux discussions. Il explique que l'Irak s'inquiète à l'idée de recevoir moins que le milliard de dollars et, si tel était le cas les relations entre les deux pays deviendraient « tendues». C'est un véritable chantage exprimé sur un ton absolument péremptoire sur le fond mais courtois dans la forme. Tarek Aziz est passé maître dans cet exercice de haute virtuosité. James Baker lui promet qu'il va se plonger immédiatement dans le dossier. Bush et ses collaborateurs devront batailler encore quelques jours avant de trouver un compromis qui calmera les inquiétudes de la Federal Reserve et du ministère des Finances qui rappellent avec insistance que l'Irak n'a pas remboursé plusieurs de ses créanciers étrangers. Le 8 novembre 1989, le milliard de dollars est enfin octroyé, mais il est décidé que les versements auront lieu en deux parties. [...]
Ibidem, p. 17

4
19 containers de bactéries
Vers la fin du mois de juillet 1990, quelques semaines avant que les troupes irakiennes n'envahissent le Koweït, les responsables du Conseil national de sécurité de la Maison-Blanche, Brent Scowcroft en tête, et James Baker au Département d'Etat, exerçaient de très fortes pressions pour que la seconde partie du prêt de 1 milliard de dollars soit débloquée en faveur de Bagdad, en dépit des preuves multiples que cette aide avait été utilisée pour financer l'achat de matériels militaires et l'acquisition de technologies en vue de renforcer le programme d'armes nucléaires et de missiles balistiques irakiens.
La crise du Golfe et la guerre contre l'Irak plaça évidemment Bagdad en défaut de paiement, et 2 milliards de dollars, correspondant à des prêts irrécupérables, furent supportés par les contribuables américains.
Mais il fallut attendre octobre 1992 et les résultats d'une enquête menée par le Sénat américain pour découvrir l'impensable. Entre février 1985 et le 28 novembre 1989, au moins 61 livraisons de cultures biologiques avaient été expédiées vers l'Irak. Ces envois comprenaient notamment 19 containers de bactéries de l'anthrax, fournis par American Type Culture Collection Company, une société installée à proximité du laboratoire de Fort Detrick, contrôlé par l'armée américaine, et dont les laboratoires travaillaient sur les armes biologiques « sensibles ». Quinze doses de Clostridium botulinium (toxique botulique) avaient été fournies aux laboratoires militaires de Saddam par la même société, entre le 22 février 1985 et le 29 septembre 1988. L'Unscom (l'organisme chargé des inspections en Irak) découvrit également que l'Amérique avait fourni un grand nombre d'agents biologiques à l'Irak.
Des chargements d'Histoplasma capsulatum, un agent pathogène de classe 3 (causant une maladie relativement similaire à la tuberculose), furent livrés le 22 février et le 11 juillet 1985 à Bagdad. Un autre agent de classe 3, la Brucella melitensis, fut envoyé en mai et août 1986. Le 1er janvier 1991, George Bush était revenu à la Maison-Blanche après avoir passé quelques jours à Camp David où il avait reçu l'évêque Browning, chef de l'Eglise épiscopalienne, qui suggérait de laisser passer encore du temps avant de s'engager dans une guerre. Bush lui avait répondu, presque excédé : Lisez ce rapport, voyez ce que fait 1'armée de Bagdad. Où étaient les Eglises quand Hitler déportait les juifs polonais?»
A peine arrivé à la Maison-Blanche, il entraîna Brent Scowcroft et John Sununu, le secrétaire général de la présidence, dans ses appartements et leur confia : "J'ai désormais résolu tous mes problèmes moraux. Les choses sont noires et blanches. C'est la lutte du bien contre le mal. ».
Ibidem, p. 18

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ONU. 08 novembre 2002, résolution 1441

Selon les termes de la résolution 1441 de l'ONU, le Conseil de sécurité :
- rappelle que le cessez-le-feu de février 1991 mettant fin à la guerre du Golfe reposait "sur l'acceptation par l'Irak" de la résolution 687 lui demandant d'éliminer ses armes de destruction massive sous l'égide de l'ONU.
- "décide que l'Irak est et demeure en violation patente des obligations" qui lui incombent.
- décide "d'accorder à l'Irak par la présente résolution une dernière possibilité de s'acquitter des obligations en matière de désarmement qui lui incombent" et "d'instituer un régime d'inspection renforcé".
- décide que l'Irak dispose de "30 jours" pour faire "une déclaration à jour, exacte et complète sur tous les aspects de ses programmes de mise au point d'armes chimiques, biologiques et nucléaires, de missiles balistiques et d'autres vecteurs tels que véhicules aériens sans pilote et systèmes de dispersion" aux inspecteurs en désarmement de la COCOVINU, de l'Agence internationale à l'énergie atomique (AIEA) et du Conseil de sécurité.
- "décide que la présentation d'informations fausses ou l'existence d'omissions dans les déclarations" irakiennes "et le fait de ne pas se conformer à tout moment à la présente résolution et ne pas coopérer pleinement à son application constitueront une nouvelle violation substantielle des obligations de l'Irak et seront signalés au Conseil aux fins d'évaluation".
- décide que l'Irak permettra aux inspecteurs en désarmement "d'accéder immédiatement, sans entrave, inconditionnellement et sans restriction à la totalité des zones, installations, équipements, relevés et moyens de transport (qu'ils) souhaitent inspecter, y compris sous terre, et d'accéder à tous les fonctionnaires et autres personnes" souhaités ; décide que les inspecteurs "pourront à leur gré mener des entretiens dans le pays ou à l'extérieur, (qu'ils) pourront faciliter le voyage à l'étranger des personnes interrogées et des membres de leur famille".
- ordonne à la COCOVINU et l'AIEA "de reprendre les inspections au plus tard 45 jours après l'adoption de la présente résolution et de le tenir informé dans les 60 jours qui suivront".
- décide que la lettre de la COCOVINU et de l'AIEA à l'Irak, datée du 8 octobre 2002 et portant sur les détails pratiques pour commencer les inspections, "aura force obligatoire pour l'Irak".
- décide que les inspecteurs "auront le droit d'entrer en Irak et d'en sortir sans restriction, le droit de se déplacer librement, sans restriction (...) et le droit d'inspecter tous sites et bâtiments, y compris (...) présidentiels (...) malgré les dispositions de la résolution 1154" (de 1998 - ndlr: plus favorable à l'Irak pour ces sites).
- décide que "la sécurité des installations de la COCOVINU et de l'AIEA sera assurée par un nombre suffisant de gardes de sécurité de l'ONU" et que les inspecteurs "auront le droit, afin de bloquer un site à inspecter, de déclarer des zones d'exclusion (...) afin que rien ne soit changé dans un site inspecté".
- "exige que l'Irak confirme dans les sept jours (...) son intention de respecter pleinement les termes de la présente résolution".
- "donne pour instruction au président de la COCOVINU et au directeur de l'AIEA de lui signaler immédiatement toute ingérence de l'Irak dans les activités d'inspection ainsi que tout manquement de l'Irak à ses obligations en matière de désarmement".
- "décide de se réunir immédiatement dès réception d'un rapport conformément au paragraphe ci-dessus, afin d'examiner la situation ainsi que la nécessité du respect intégral de toutes ses résolutions pertinentes, en vue d'assurer la paix et la sécurité internationales".
- "rappelle, dans ce contexte, qu'il a averti à plusieurs reprises l'Irak des graves conséquences auxquelles celui-ci aurait à faire face s'il continuait à manquer à ses obligations".

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(26 février 2003) Bush dessine un Moyen-Orient démocratique débarrassé de Saddam
Le président américain a déclaré mercredi soir (26 février 2003) qu'un nouveau gouvernement en Irak relancerait le processus de paix entre Israéliens et Palestiniens et étendrait un mouvement démocratique à l'ensemble du Proche et Moyen-Orient
En cas de guerre, Bush a promis que les Etats-Unis ne resteraient en Irak que le temps nécessaire «et pas un jour de plus»

Bush a un plan de paix pour l'après Saddam. Le président américain l'a dévoilé mercredi soir à Washington devant un parterre d'intellectuels; sa vision d'un nouveau Proche-Orient débarrassé du dictateur irakien rompt avec l'approche mono centrée sur le danger que l'Irak représente pour les Etats-Unis (Lire le discours). «Les premiers à bénéficier d'un Irak libéré seront le peuple irakien lui-même», assure-t-il. C'est à lui de dessiner ses institutions: «Les Etats-Unis n'ont pas l'intention de déterminer la forme précise d'un nouveau gouvernement irakien». Les Etats-Unis s'assureront tout de même «qu'un dictateur brutal ne soit pas remplacé par un autre» et que «les ressources naturelles de l'Irak profitent à leur propriétaire, le peuple irakien».

Dans l'éventualité d'une guerre, Bush promet que ses troupes feront tout pour minimiser ses conséquences sur la population civile. En s'appuyant sur l'infrastructure déjà utilisée pour le programme «pétrole contre nourriture», les Irakiens recevront des aides médicales et alimentaires. Ensuite, a-t-il dit, viendra le temps de la reconstruction. S'appuyant sur l'exemple de l'Allemagne et du Japon après la Seconde guerre mondiale, Bush explique que l'Irak a les moyens de «devenir une démocratie». Les Américains les accompagneront dans ce processus mais il n'est pas question de s'embourber dans une longue occupation du pays: «Nous resterons en Irak aussi longtemps que nécessaire, et pas un jour de plus».

Le nouvel Irak que Bush appelle de ses vœux servira surtout «d'exemple» qui pourrait se propager à «d'autres pays de la région». Le sort d'un futur état palestinien serait intimement lié à «un succès en Irak (qui) pourra aussi créer un nouvel environnement pour la paix au Proche-Orient et faire progresser dans la voie de la création d'un Etat palestinien véritablement démocratique». Et Bush de poursuivre: «La disparition du régime de Saddam Hussein privera les réseaux terroristes d'un patron qui paie leur entraînement et offre des récompenses aux familles des auteurs d'attentats suicide. Les autres régimes recevront également un avertissement clair que leur appui au terrorisme ne sera plus toléré». Dès lors, il estime que de nouveaux leaders palestiniens avec lesquelles Israël pourra relancer un processus de paix apparaîtront. De son côté, «le nouveau gouvernement israélien, une fois que la menace de la terreur sera éliminée et sa sécurité améliorée, devra soutenir la création d'un Etat palestinien viable». Précision de taille: «Au fur et à mesure que des progrès seront réalisés dans la voie de la paix, les colonisations dans les territoires occupés devront cesser».

Ce nouveau départ pour le Proche et le Moyen-Orient, le secrétaire d'Etat américain Colin Powell l'avait déjà évoqué au début du mois en des termes plus directs encore. Devant la commission des Affaires étrangères du Sénat, il s'était laissé aller à un aveu: «Un succès (en Irak) pourrait remodeler fondamentalement cette région d'une manière positive, qui fasse progresser les intérêts américains, particulièrement si dans la foulée de ce conflit, nous sommes capables de réaliser des progrès pour la paix au Proche-Orient elle-même». Jeudi matin, Israël a assuré soutenir les propositions présentées par le président américain.

Avec ce discours, Bush donne de nouveaux arguments à ses alliés qui peinent à justifier une nouvelle guerre en Irak devant leurs opinions publiques. Le Premier ministre espagnol, José Maria Aznar, cosignataire du projet la résolution déposée lundi devant l'ONU, a justement appelé jeudi son allié américain à aider les dirigeants européens à affronter la pression de leurs opinions. «J'ai dit au président que nous avions besoin de beaucoup de (Colin) Powell (ancienne colombe, NDLR) et de peu de (Donald) Rumsfeld (faucon de toujours, NDLR)», explique-t-il dans les colonnes du Wall Street Journal.

Les autorités françaises n'ont de leur côté voulu retenir de ce discours que les efforts américains en vue d'une solution dans le conflit israélo-palestinien. La mise en garde de Bush à l'ONU - «Si le Conseil répond au défi irakien par des excuses et des nouveaux reports, si toute son autorité se révèle vide, le rôle des Nations unies comme garant de la stabilité et de l'ordre sera sérieusement affaibli» - Paris a préféré la passer sous silence.
Libération, Par Ludovic BLECHER, jeudi 27 février 2003, (Liberation.fr - 14:22)

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(21 avril 2003) Des travaux d'Hercule pour Jay Garner
A PEINE ARRIVÉ à Bagdad, le général américain à la retraite Jay Garner, administrateur civil provisoire de l'Irak d'après-guerre, a pu mesurer l'ampleur des dégâts. Tout juste descendu de l'avion qui l'a emmené du Koweït, il s'est rendu à l'hôpital de Yarmouk (au sud de la capitale), d'une capacité de 1 000 lits, mis à sac par les pillards et privé d'électricité, puis dans une station de traitement des eaux.
Il a pu ainsi mesurer l'immensité de la tâche qui l'attend, lui et les 450 personnes, essentiellement des Américains et des Britanniques, qui vont s'associer aux ingénieurs irakiens pour rétablir, dans les meilleurs délais, les services de base comme l'eau et l'électricité. « Nous resterons le temps qu'il faudra, a indiqué l'ancien militaire, mais nous partirons... assez rapidement. »

Un ami personnel de Rumsfeld

Jay Garner, 65 ans, cheveux gris-blonds sur un visage rond et jovial, bracelet en or au poignet, parlant avec l'accent du Sud, se fait appeler « Jay » par ses subordonnés. Il a surtout l'immense avantage de bien connaître la région. Lors de la guerre du Golfe, en 1991, il était responsable des systèmes antimissiles Patriot. Après le conflit, il fut chargé d'assurer le retour des réfugiés kurdes dans le nord de l'Irak.
Décrit pas ses proches, et ceux qui travaillent avec lui, comme un homme « de compassion, très tourné vers les gens », il fit merveille sur le terrain. Mission accomplie, il est parti du Kurdistan irakien en héros, porté en triomphe sur les épaules des réfugiés, dont il a conservé des dessins d'enfants, encore aujourd'hui accrochés dans son bureau.
Certes sympathique et efficace, l'ancien général n'est pas exempt de tout reproche. Carrière terminée, comme adjoint à l'état-major de l'armée de terre, il s'est reconverti dans l'industrie de l'armement et s'est trouvé beaucoup d'amis au sein de ce que l'on appelle le complexe militaro-industriel. Au point d'avoir été, l'été dernier, soupçonné de trafic d'influence.
De quoi jeter une ombre sur cet ami personnel du ministre de la Défense Donald Rumsfeld, et, pour cette raison, assimilé aux « faucons » qui entourent George W. Bush, un groupe qui comprend Dick Cheney, le vice-président, et Paul Wolfowitz, le secrétaire adjoint à la Défense. Garner partage avec eux la volonté de vouloir écarter l'ONU de la future administration et de la lucrative reconstruction de l'Irak.
En raison de ses prises de position en faveur de la défense de l'Etat d'Israël et de ses liens avec l'Institut juif pour les questions de sécurité (JINSA), l'ancien général est aussi accusé de « sionisme » par certains milieux arabes. Ce qui n'a pas empêché le Pentagone de propulser Jay Garner à ce poste très exposé de super-chef de travaux dans un Irak ravagé par les bombes.
Catherine Tardrew, Le Parisien, mardi 22 avril 2003, p. 4

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(22 avril 2003) Parade d'extase et de force à Kerbela
Le pèlerinage vise à affirmer la puissance de la communauté chiite.

Les cohortes de croyants se coagulent dès l'aube autour de la coupole dorée du mausolée de l'imam Hussein, dans un bruit sourd de poitrines martelées en rythme à coups de paume. Après trois décennies de répression contre la communauté chiite d'Irak, la frénésie religieuse est jubilatoire et les lacérations sont théâtrales.

Les dévots se fouettent le dos avec des gerbes de chaînes quand d'autres s'entaillent le crâne avec la lame d'un couteau. Les haut-parleurs de la plus haute autorité des oulémas chiites, Al-Hawza, dirigée depuis la ville de Najaf par l'ayatollah Sistani, ont interdit cette dernière pratique (le tat-bir) afin de ne pas laisser apparaître un fanatisme qui pourrait compromettre ses ambitions politiques pour l'avenir de l'Irak. Mais l'extase ressentie par la chute du «tyran démoniaque et criminel» Saddam Hussein a balayé les réserves du clergé chiite.

C'est la première fois depuis la chute du régime baassiste que les chiites irakiens peuvent se rassembler librement pour pleurer le 40e jour du martyre de l'imam Hussein. Ils sont des centaines de milliers à avoir effectué ce pèlerinage, à pied, depuis tout le pays. Inimaginable sous le régime baassiste qui les persécutait, particulièrement depuis le grand soulèvement chiite de 1991, réprimé par les tanks qui avaient détruit une partie du mausolée et de ses abords (depuis reconstruits à neuf).

Eau de rose.
Les cortèges, organisés par régions et hérissés de drapeaux vert et noir symbolisant l'islam et le deuil, naviguent sans relâche autour de la grande esplanade de Kerbela. Les embruns de sueur sont dissipés par des volontaires qui aspergent la foule d'eau de rose à l'aide d'appareils à répandre les insecticides. Parmi les incantations célébrant la Passion de l'imam Hussein, on entend parfois des «merci Bush», «merci Blair» glissés à l'oreille. Mais les mots d'ordre contre la présence militaire américaine sont plus fréquents : «Non à l'occupation et au colonialisme.» «Non à l'Amérique, non à Saddam, non à la tyrannie.»

Des slogans approuvés par les grands ayatollahs d'Al-Hawza, explique son porte-parole à Kerbela, Cheikh Kadoum el-Ibabi, pour qui le moment est venu pour cette communauté majoritaire (65 % des Irakiens) de s'affirmer. Il présente ce pèlerinage comme une démonstration de force des chiites vis-à-vis des Américains. «Tout comme nous avions émis (il y a plus de dix ans, ndlr) une fatwa décrétant les baassistes impies, nous avons lancé au début du mois une fatwa interdisant aux fidèles de coopérer avec les Etats-Unis», explique-t-il, en se hâtant d'ajouter toutefois qu'il est possible de «se coordonner» avec les Américains. Ces derniers avaient tenté d'imposer un comité de gestion à Kerbela : il a été rejeté la semaine dernière par le clergé chiite, qui a nommé à la place 14 représentants, «des professionnels et non des religieux», insiste le cheikh.

Soupçon.
Plusieurs autres villes à majorité chiite du Sud ont suivi cet exemple, mettant les Etats-Unis devant le fait accompli. Pour le cheikh, «une occupation américaine prolongée serait pire que Saddam Hussein», et si les GI devaient mal se comporter, «nous ferions une fatwa pour les chasser, et tous les Irakiens se jetteraient alors contre les chars américains». Pour ce représentant du haut clergé, un bras de fer avec les Etats-Unis est d'ores et déjà engagé. Grand est le soupçon sur les intentions de Washington à l'égard du pouvoir chiite, puisque cela explique l'absence à Kerbela des grands ayatollahs d'Al-Hawza par crainte d'un attentat contre leurs personnes «qui pourrait être commandité par les Etats-Unis».
Libération, Par Philippe GRANGEREAU, mercredi 23 avril 2003, p. 5

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(22 avril 2003) Les Etats-Unis veulent punir la France

WASHINGTON (AFP) - Le secrétaire d'Etat américain Colin Powell a affirmé mardi soir que la France aurait à subir des conséquences pour son opposition à Washington sur le conflit en Irak. [voir L'événement] Interrogé lors d'une interview sur la chaîne de télévision PBS pour savoir "s'il devait y avoir des conséquences pour s'opposer aux Etats-Unis comme cela", le chef de la diplomatie américaine a répondu : "oui". M. Powell n'a pas précisé qu'elles pourraient être ces conséquences, se bornant à indiquer que l'opposition opiniâtre de la France face aux Etats-Unis au Conseil de sécurité de l'Onu au cours des semaines qui ont précédé le conflit ne pouvait rester sans suites. "Nous devons regarder tous les aspects de notre relation avec la France à la lumière de cela", a-t-il déclaré.

Le secrétaire d'Etat a estimé que c'est en raison de la menace de veto émise par la France au Conseil de sécurité que nombre de pays avaient renoncé à se rallier mi-mars à un projet américain de résolution qui aurait donné un feu vert explicite à une opération armée. "Nous n'avons pas pu réunir les votes, et je pense que c'est en raison d'un veto certain de la France et probable de la Russie", a-t-il déclaré en rappelant que Washington avait finalement retiré ce texte.

M. Powell a également ajouté qu'il avait dû batailler ferme contre son homologue français, Dominique de Villepin, qui avait notamment effectué une tournée auprès des trois pays africains membres du Conseil -Guinée, Cameroun, Angola- pour les inciter à ne pas suivre Washington. Les négociations autour de cette résolution "ont été un moment très difficile, et nous ne pensons pas que la France ait joué un rôle utile, ce n'est pas un mystère", a-t-il déclaré. "Et tandis que mon collègue Dominique de Villepin était en Afrique pour demander leur vote à ces trois pays, j'étais au téléphone avant chacune de ses escales, pour m'assurer qu'il n'ait pas ces votes", a-t-il ajouté. "Ce fut une expérience diplomatique fascinante. Mais maintenant, c'est fini et il nous faut regarder nos relations", a-t-il déclaré.

Ces déclarations surviennent alors que les responsables américains réfléchissent de plus en plus activement à des mesures ciblées contre la France en réponse à son attitude sur l'Irak.

Une réunion de hauts responsables de la présidence, du département d'Etat (Affaires étrangères) et du Pentagone (Défense) s'est tenue sur ce sujet lundi à la Maison Blanche, mais aucune décision ferme n'y aurait été prise, selon des responsables américains parlant sous couvert de l'anonymat. Selon ces responsables, le Pentagone coiffé par le secrétaire à la Défense Donald Rumsfeld et le cabinet du vice-président Dick Cheney sont les plus fermes partisans de sanctions contre Paris. Le département d'Etat de Colin Powell était ces derniers jours réputé favorable à un apaisement avec Paris, mais les propos de M. Powell semblent indiquer qu'il s'est désormais rallié à l'idée de ne pas laisser passer l'attitude française sans réagir.

Parmi les mesures évoquées, Washington se pencherait sur la possibilité de minimiser l'influence française à l'Otan en faisant prendre davantage de décisions par des structures militaires de l'Alliance dont Paris ne fait pas partie. Washington, selon des sources américaines, réfléchit également à la possibilité de ne pas inviter la France à des forums ou rencontres organisés par les Etats-Unis avec les pays européens.

Les Etats-Unis pourraient aussi évincer la France des marchés de la reconstruction de l'Irak, sur lesquels Washington entend garder la haute main, selon ces responsables.
lefigaro.fr, [mercredi 23 avril 2003 - 09h44 heure de Paris]

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Les irakiennes ont perdu l'apres-guerre
Viols, séquestrations, retour du voile se développent.

Dans la rue, on ne voit qu'elles. Les femmes tête nue sont si rares qu'on les qualifie de «chrétiennes», même si elles ne le sont pas. En fin d'après-midi, quand la température redevient tolérable et que les familles font leurs courses, les cheveux féminins se voilent d'un foulard qui découvre quelques mèches, d'un hijab ou de l'abaya, cape noire qui ne laisse voir que le visage.

Peur de la violence, peur de l'insulte.
«Presque toutes mes collègues ont modifié leur comportement, dit la docteur Enas Al-Hamdani, l'une des responsables de l'hôpital Al-alwaya. Celles qui n'avaient jamais porté le voile le mettent pour éviter les problèmes. Elles ne se maquillent plus, ne portent plus de bijoux.» Elle-même est coiffée d'un léger foulard. Elle ne conduit plus sa voiture. C'est son mari ou son garde du corps, nouvel attribut des classes aisées, qui l'accompagnent de l'hôpital à sa clinique.

Rideaux tirés.
Celles qui ne travaillent pas vivent rideaux tirés, ouvrent la porte sur des mines pâlottes et des yeux cernés. «La peur nous empêche de sortir», souffle Virgin. Elle continue de préparer des pâtisseries mais ne reçoit plus depuis la chute de Saddam, traîne à la maison en bermuda et en tongs. Ses voisins ont rejoint leur fils aux Etats-Unis. La fille de sa voisine d'en face est au lit, choquée depuis que des hommes ont tenté de la traîner de force dans leur voiture. Virgin ne comprend plus le monde qui l'entoure : «Ces histoires-là étaient rares du temps de l'ancien régime. Aujourd'hui, tout peut arriver. Tenez, il y a quinze jours, une famille rentrait à pied. Des bandits armés se sont arrêtés en voiture, ils ont menacé le père, puis ils ont violé la mère et la fille devant lui. Toutes les femmes disent la même chose : il ne faut pas sortir. Même ma petite, je l'empêche d'aller au-delà de la porte.»

La sécurité est devenue une obsession à Bagdad. Dans cette parenthèse chaotique que vit la capitale sous tutorat américain, les femmes se sentent particulièrement vulnérables. Selon un rapport de Human Rights Watch publié à la mi-juillet, il y aurait eu au moins 25 viols et enlèvements de femmes entre fin mai et fin juin à Bagdad. Avant-guerre, la police ne recensait qu'un cas tous les trois mois en moyenne. «Depuis le début de la guerre, plus de 400 femmes ont été violées, enlevées et parfois vendues, affirme pour sa part Yanar Mohammed, de l'Organisation pour la liberté des femmes en Irak. Les liens familiaux et claniques sont devenus tellement étouffants qu'elles préfèrent le cacher, ou disparaître.»

Le moindre incident prend des proportions dramatiques, y compris dans les familles les plus ouvertes. Sawsan, pantalon et cheveux tirés, sortait du cabinet médical où elle travaille quand trois hommes ont ouvert la portière de sa voiture : «Ils m'ont insultée. J'ai pleuré, j'étais sûre qu'ils allaient m'enlever. Heureusement, un ami est arrivé. Je l'ai supplié de ne pas en parler, sinon mon frère m'empêchera de sortir.» A Bagdad, «beaucoup de femmes préfèrent désormais renoncer à travailler», constate Human Rights Watch. La maison n'est pas toujours un refuge : «Les hommes sont au chômage : ils vivent reclus, frustrés, et la violence domestique est en augmentation», affirme Basma al-Khateb de l'Unifem, une agence des Nations unies. «Saddam n'est plus là, mais il vit toujours dans la tête des hommes», soupire une infirmière.

Banditisme.
Les viols ont d'abord été attribués à des règlements de comptes, des vengeances contre les familles des anciens du régime déchu. Quatre mois après la fin des opérations, on ne parle plus que de banditisme : «Des hommes armés veulent voler une voiture, ils font sortir l'homme et gardent la femme qu'ils vont violer, kidnapper contre rançon ou vendre à d'autres délinquants», résume un officier de police qui dit avoir reçu trente plaintes de ce genre depuis la chute de Saddam. Enas Al-Hamdani affirme que les viols sont en diminution, bien que la peur du lendemain soit là, attisée par l'émergence sur la scène politique d'islamistes radicaux.

Virgin la chrétienne envisage de porter la jupe longue et large des musulmanes. «Les femmes sont convaincues que cela va empirer, dit Yanar Mohammed. Les groupes islamistes extrémistes sont là pour rester. Les femmes se voilent comme prix de leur tranquillité. Par cette température, c'est une véritable punition. D'autant qu'à Bagdad, elles avaient une certaine liberté. Nous avions, dans ce domaine, la Constitution la plus avancée du monde arabe, même si elle n'était pas toujours appliquée.» Les premières femmes arabes à être ambassadrices, médecins, militaires ou haut-fonctionnaires étaient des Irakiennes, pourtant les appels du pied de Saddam aux dignitaires musulmans, dans les années 90, ont brouillé leur statut. Les femmes de moins de 45 ans se sont vues interdire de voyager sans la «protection» d'un homme de leur famille. La polygamie a été encouragée pour «secourir» les veuves de guerre. Ce fut aussi l'époque des crimes d'honneur et des décapitations de femmes accusées de prostitution.

Les dures années d'embargo, la propagande de l'ancien régime et le repli religieux ont isolé les femmes mieux que des abayas. Répéter des rumeurs, se contredire n'a rien d'insolite dans l'Irak d'aujourd'hui. Ce sont par exemple trois jeunes avocates, formées à l'université de Bagdad et portant le hijab, qui assurent qu'elles exercent leur métier grâce à Saddam et contre l'avis de l'ONU. Elles affirment qu'elles veulent devenir juges et approuvent néanmoins les fatwas des religieux contre la tentative de la coalition de nommer une femme juge à Najaf. «De façon générale, notre société s'intéresse peu à la question de l'égalité entre les sexes, constate Basma al-Khateb, et les femmes, moi la première, méconnaissent leurs droits.»

Ilots de militantisme.
On trouve autour des Irakiens rentrés d'exil quelques îlots de militantisme pour l'égalité des femmes. Au moment de constituer l'équipe de son journal à Bagdad, Kaïs Jewad, trente ans en France, a pris soin de prendre autant d'hommes que de fem mes, dont de jeunes musulmanes habillées à l'occidentale, qui n'hésitent pas à rompre avec un fiancé qui veut leur imposer le voile.

L'écrivain Jabbar Yassin Hussin, de retour au pays après un exil de vingt-sept ans, est optimiste : «Ma soeur, qui portait une minijupe dans les années 70, a mis le voile dans les années Saddam. Le voile était une sorte d'apitoiement sur elle-même, presque un signe de deuil. Depuis que je suis rentré, elle l'a enlevé.» Il fait partie de ceux qui pensent que l'enfermement physique et psychique des femmes est temporaire : «L'Irak va se remoderniser. On est encore dans le provisoire. Quand le gouvernement, l'administration seront en place, les voiles finiront en serpillières.» En attendant, le premier gouvernement de l'après-Saddam ne compte qu'une femme sur 25 ministres l
Libération, Par Marie-Laure COLSON, mardi 02 septembre 2003, p. 9

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Nomination des 25 ministres du gouvernement irakien

Nomination des ministres du gouvernement irakien.
Le Conseil de gouvernement irakien a nommé, lundi 1er septembre (2003), les 25 ministres qui formeront le premier cabinet de l'après-Saddam. La représentation confessionnelle et ethnique au sein du premier gouvernement irakien de l'après-guerre est identique à celle qui prévaut dans le Conseil de gouvernement transitoire : treize ministres sont des Arabes chiites, cinq des Arabes sunnites, cinq des Kurdes, un est chrétien et un turcoman, a annoncé l'un des membres du Conseil, Yonnadam Youssef Kanna.

Parmi les principaux ministères, les affaires étrangères ont été confiées au Kurde Hoshyar Zebari, les finances au sunnite Kamal Al-Gailani, le pétrole au chiite Ibrahim Mohammed Bahr Al-Ouloum et l'intérieur au chiite Nouri Badrane, a-t-on indiqué auprès du Conseil de gouvernement.

Il n'existe plus de ministère de la défense ni de l'industrialisation militaire, considéré par les Etats-Unis comme le maître d'œuvre des programmes d'armes de destruction massive du régime, ni de l'information. Ce dernier devrait être remplacé par un conseil de l'information. Le gouvernement comporte plusieurs ministères qui n'existaient pas sous l'ancien régime : les droits de l'homme, dont le titulaire est Abdel Bassat Turki, l'environnement, confié à Abderrahmane Sadik Karim, l'émigration, à Mohammed Jassem Khodayyir, la technologie, à Rachad Mandane Omar, ainsi que les travaux publics et la jeunesse et les sports, à Ali Faëk Al-Ghabbane. Auparavant, les responsabilités de ce dernier ministère dépendaient du Comité olympique, dirigé par le fils aîné de Saddam Hussein, Oudaï. Par ailleurs, l'électricité et le plan accèdent au rang de ministères, respectivement confiés à Ayham Al-Samarraï et Mahdi Al-Hafez. Jusqu'à présent, les ministères étaient supervisés par un conseiller américain, qui restera en place. La plupart des bâtiments ministériels ont été pillés ou détruits après la chute du régime.

Hommage des chiites.
Parallèlement, des milliers de chiites se sont rassemblés lundi dans la ville sainte de Kerbala, à 80 kilomètres au sud de Bagdad, pour rendre hommage au dignitaire Mohammed Baqer Al-Hakim, avant sa mise en terre mardi à Nadjaf, où il a été tué vendredi dans un attentat à la voiture piégée. Un responsable de la police fédérale américaine (FBI) à Bagdad, Tom Fuentes, a annoncé dimanche soir que son service allait participer à l'enquête sur l'attentat de Nadjaf qui, outre l'ayatollah Hakim, a fait 82 morts et 125 blessés.

Recherche des responsables irakiens. La traque par l'armée américaine des responsables de l'ancien régime irakien, au premier plan desquels le président déchu Saddam Hussein, s'est poursuivie dimanche, avec une opération d'envergure dans une région de fermes à Mossoul, à 350 kilomètres au nord de Bagdad. D'importantes concentrations de troupes américaines ont été aperçues dans cette région quasi inhabitée qui abrite notamment une résidence de Sabawi Ibrahim, l'un des demi-frères de Saddam Hussein, mais la nature de cette opération n'a pu être confirmée de source militaire américaine.
LEMONDE.FR | 01.09.03 | 11h18 • MIS A JOUR LE 01.09.03 | 11h58

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(Novembre 2003)Les forces italiennes frappées à Nasiriyya
Au moins 18 Italiens et huit Irakiens ont été tués hier (12 novembre 2003) dans un attentat suicide dans le sud du pays

Dix-huit Italiens ont été tués dans un attentat au véhicule piégé commis hier matin contre une base italienne à Nasiriyya, dans le sud de l'Irak. Onze victimes appartiennent au corps des carabiniers, quatre à l'armée de terre et deux sont des civils. Huit Irakiens, des passants pour la plupart, ont également trouvé la mort dans cette première attaque visant le contingent italien déployé en Irak, actuellement fort de quelque 2 400 militaires. Ce bilan de 26 tués pourrait encore s'aggraver. Les témoignages sur les circonstances exactes de l'opération demeurent contradictoires.

L'explosion a dévasté le poste de carabiniers (gendarmes) gardant le QG du contingent italien sur les bords de l'Euphrate. «Un camion s'est écrasé sur l'entrée du poste des carabiniers et une voiture a presque immédiatement explosé», a précisé une porte-parole militaire britannique. Le ministre italien de la Défense, Antonio Martino, a affirmé que le raid avait été «planifié et réalisé» par les «Fedayin de Saddam Hussein», la milice dévouée à l'ancien président irakien. L'Italie avait reçu des menaces en octobre, au même titre que les Etats-Unis, par Al-Qaida, dans un message enregistré attribué à Oussama Ben Laden.

Le chef du gouvernement italien, Silvio Berlusconi, a considéré que l'attentat était «peut-être inévitable». Il a appelé la classe politique à s'abstenir de toute polémique sur l'engagement en Irak de troupes italiennes depuis le mois de juin aux côtés des Etats-Unis. «S'il y a un jour où les polémiques doivent se taire, c'est bien aujourd'hui», a-t-il déclaré alors que l'opposition de gauche exigeait un retrait des troupes italiennes en l'absence de l'implication des Nations unies.

Le chef du gouvernement italien a ajouté que son pays demeurait «déterminé» à poursuivre sa mission en Irak pour aider ce pays dans sa reconstruction. Les autres pays membres de la coalition en Irak ont eux aussi réitéré leur détermination à stabiliser le pays et l'ensemble de la communauté internationale a fermement condamné l'attentat. De son côté, George W. Bush a salué la volonté de Silvio Berlusconi de «ne pas céder au terrorisme».

L'attentat de Nassiriyya constitue l'attaque la plus meurtrière depuis l'explosion d'un 4x4 piégé en août devant une mosquée de la ville sainte chiite de Nadjaf, qui avait tué 80 Irakiens. Hier, l'insécurité croissante a frappé aussi à Bagdad et au nord de la capitale irakienne, où deux soldats américains ont été tués dans deux attaques séparées.

Enfin à Faludja, cinq civils irakiens ont été tués et quatre autres blessés lorsque des militaires américains ont ouvert le feu contre un camion à l'entrée de cette ville rebelle. Dans la capitale, les forces américaines ont aussi tiré par erreur sur la voiture d'un membre du Conseil de gouvernement transitoire irakien, blessant le chauffeur.
lefigaro.fr, [13 novembre 2003]

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(12 mai 2003)
Paul Bremer est à Bagdad

Le nouvel administrateur civil en chef a gagné Bagdad via Bassorah lundi en début d'après-midi. Il supervisera désormais l'action du général Garner. Ce dernier devrait quitter Bagdad dans les semaines à venir.

Le nouvel administrateur en chef américain en Irak, Paul Bremer, est arrivé lundi (12 mai 2003) en début d'après-midi à Bagdad pour entamer sa mission dans ce pays, après une halte à Bassorah, dans le sud de l'Irak. Il était accompagné du chef d'état-major interarmées américain Richard Myers et du général en retraite Jay Garner, qui avaient visité avant l'Irak le Qatar et le Koweit, deux pays ayant servi respectivement de siège de commandement central américain et de tête de pont pour les troupes américaines.

Paul "Jerry" Bremer, un ancien diplomate, a été nommé il y a une semaine au poste d'administrateur civil en chef de l'Irak par le président George W. Bush, au moment où l'administration civile américaine en Irak était sous le feu de la critique pour la lenteur de ses efforts de reconstruction depuis la chute du régime de Saddam Hussein, avec la prise de Bagdad le 9 avril. Paul "Jerry" Bremer, un ex-diplomate spécialiste du contre-terrorisme proche du Parti républicain, chapeautera désormais le général Jay Garner, dont le départ serait également programmé d'ici deux semaines. La mission du haut fonctionnaire US est de superviser les efforts de reconstruction entrepris par la coalition, ainsi que le processus visant à permettre au peuple irakien de bâtir les institutions et les instances gouvernementales qui guideront son avenir.

Départ de Barbara Bodine

Par ailleurs, la responsable américaine de Bagdad, Barbara Bodine, a quitté son poste dimanche après son rappel dans le cadre, selon le quotidien Washington Post, d'une restructuration de l'administration américaine en charge de la reconstruction de l'Irak, vivement critiquée. La colère gronde à Bagdad. Plus d'un mois après la chute du régime de Saddam Hussein, la plupart des ministères n'ont pas rouvert, la collecte des ordures piétine et la plupart des 5 millions d'habitants de la capitale sont toujours sans eau courante ni électricité.

Mme Bodine a déclaré au journal qu'elle ne connaissait pas les raisons exactes de sa nouvelle affectation, intervenue "dans un appel reçu la veille sur son téléphone qui venait juste d'être installé. Un responsable américain, voyageant avec le secrétaire d'Etat Colin Powell en Israël, a indiqué dimanche que Mme Bodine sera chargée du dossier des négociations engagées par Washington avec plusieurs pays pour obtenir des accords garantissant l'immunité aux ressortissants américains face à d'éventuelles poursuites devant la Cour pénale internationale (CPI).

L'ayatollah Hakim de retour à Najaf

Le dirigeant chiite est arrivé lundi dans la ville sainte du centre de l'Irak où son convoi a été accueilli par des dizaines de milliers de ses partisans célébrant la fin de son exil de 23 ans en Iran. Des moutons ont été égorgés à certains carrefours pour fêter le retour du dignitaire âgé de 66 ans dans sa ville natale. Les occupants de pick-up circulant en tête du convoi distribuaient à la foule des tracts affirmant que l'ayatollah Hakim revenait chez lui "pour bâtir un Irak islamique"."Oui, oui Hakim. A bas Saddam Hussein", scandait la foule qui s'était rassemblée à Najaf depuis les premières heures du matin pour accueillir l'ayatollah.
tf1, news, Mis en ligne le 12 mai 2003

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(1er juillet 2004) Saddam Hussein affronte la justice de son pays

BAGDAD (Reuters) - Chemise blanche, visage amaigri mais déterminé, menottes aux poignets, Saddam Hussein est apparu pour la première fois jeudi devant la justice de son pays qu'il dirigea d'une main de fer pendant un tiers de siècle avant d'être chassé du pouvoir l'an dernier par les Américains.

Selon les rares journalistes présents dans le Tribunal spécial irakien (TSI), l'ancien maître de Bagdad, âgé de 67 ans, est apparu tour à tour "abattu" et "combatif".

Qualifiant l'audience de "mascarade", Saddam Hussein a refusé de signer le document par lequel il aurait reconnu avoir été inculpé et informé des charges pesant contre lui.

"Je suis Saddam Hussein, président de l'Irak", a-t-il affirmé à plusieurs reprises, avant d'accuser l'Américain George Bush d'être le "véritable criminel". L'ancien dictateur a refusé de condamner l'invasion du Koweït par les forces irakiennes en 1990, traitant au passage les Koweïtiens de "chiens".

Peu après Saddam Hussein, onze de ses proches collaborateurs, dont l'ancien vice-Premier ministre Tarek Aziz et Ali Hassan al Madjid, surnommé "Ali le chimique" pour son recours aux armes chimiques contre des populations civiles, ont comparu à leur tour devant le TSI, présidé par un jeune magistrat.

Les 12 hommes avaient été officiellement placés la veille sous le contrôle administratif du gouvernement intérimaire garant de la souveraineté de l'Irak depuis lundi.

Notamment jugés pour crimes contre l'humanité, génocide et crimes de guerre, leur procès pourrait durer des années et déboucher sur des condamnations à mort.

La peine capitale, suspendue pendant l'occupation du pays par les forces de la coalition, pourrait en effet être rétablie, comme l'a laissé entendre l'actuel président Yaouar al Ghazi.

Accusé par les Irakiens d'avoir ordonné de tuer ou de torturer des milliers de gens, Saddam Hussein était considéré comme un prisonnier de guerre depuis sa capture par l'armée américaine dans une cache située à proximité de sa ville natale de Tikrit, le 13 décembre dernier.

PEINE CAPITALE

Il relève désormais du droit pénal irakien et ne peut plus se prévaloir du statut de prisonnier de guerre, protégé par la Convention de Genève.

La vingtaine d'avocats réunis par la femme de Saddam Hussein pour assurer sa défense ont contesté la légitimité du TSI, installé non loin de l'un des anciens palais de Saddam et de l'aéroport international de Bagdad.

"Sur quelle base ce tribunal a-t-il été créé ? Qui a nommé ses juges ? A quelles lois est-il soumis?" s'est interrogé Mohamed Rachdane, l'avocat jordanien qui coordonne le collectif des défenseurs de l'ancien président irakien.

Dans les cafés de Bagdad, les premières images télévisées de Saddam Hussein depuis sa capture ont été accueillies par des sifflets.

"Il mangeait un cerf entier à chaque repas, maintenant il a beaucoup maigri!", a lancé un Bagdadi, Mohammed Ali.

Si de nombreux Irakiens souhaitent la mort de l'ancien dictateur, d'autres veulent le voir souffrir à l'image de ce qu'il a fait subir à son peuple.

"Ils devraient mettre Saddam dans une cage et le trimbaler de par le monde dans un zoo ambulant pour que tout le monde voit quel monstre il a été", a déclaré un commerçant de Bagdad, Samir Madjid.

Pour d'autres encore, Saddam Hussein reste un grand homme.

"C'était un président, un chef arabe. Je pense que les Arabes sont humiliés de le voir ainsi prisonnier, quoi qu'il ait fait", a déclaré un chauffeur de taxi, Faleh Jassem.
Yahoo.fr, actyalités, 1er juillet 2004, 17h53

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Allaoui , lié à la CIA, choisi comme Premier ministre irakien
BAGDAD (Reuters) - Le Conseil intérimaire de gouvernement (CIG) irakien a coopté en son sein vendredi le futur premier ministre de l'Irak après le supposé retour du pays à sa souveraineté nationale, le 30 juin (2004).

Il s'agit du chiite Iyad Allaoui, un chiite laïque fortuné qui passe pour être lié à la CIA ainsi qu'au Koweït et à l'Arabie saoudite.

Selon un de ses collaborateurs, Hani Adris, Allaoui a été désigné unanimement par les membres du CIG, dont le choix a été approuvé ensuite par l'Autorité provisoire d'occupation, dominée par les Etats-Unis, ainsi que par le représentant spécial des Nations unies, l'Algérien Lakhdar Brahimi.

D'autres membres du CIG ont confirmé le choix du CIG mais, à Washington, on indiquait de source autorisée qu'il était encore prématuré de faire état d'un consensus autour du nom d'Allaoui.

Allaoui, qui a appartenu au Baas au pouvoir du temps de Saddam Hussein avant de se retourner contre celui-ci et de prendre le chemin de l'exil en 1990, est un parent d'Ahmed Chalabi, qui fut longtemps l'homme des Américains pour diriger l'Irak de l'"après-Saddam" avant de rompre avec eux cette semaine.

Mais, malgré leurs liens de parenté, Chalabi et Allaoui ne courent plus sous le même étendard. Iyad Allaoui est également familialement lié à Ali Allaoui, nommé récemment ministre de la Défense, mais pas assuré de conserver ce poste au-delà de l'échéance du 30 juin.

Allaoui a contribué à former en exil l'"Accord national irakien", un parti d'opposition au régime baasiste qui regroupait d'anciens membres du parti panarabiste et bénéficiait du soutien de la CIA et des services secrets britanniques.

Lakhdar Brahimi a passé les dernières semaines à tenter de réunir la future équipe dirigeante irakienne, qui doit comprendre, outre un Premier ministre, un président, deux vice-présidents et 26 ministres, chargés de prendre la succession officielle de l'Autorité provisoire d'occupation.

On s'attendait généralement que le futur Premier ministre soit issu de la communauté chiite, qui représente 60% de la population du pays. Le président devrait être choisi parmi la minorité sunnite qui "tenait le pays" du temps de Saddam Hussein, tandis que les deux vice-présidents seraient chiite et kurde.
yahoo.fr, actualités, Par Tom Perry,

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