Saddam Hussein

06 janvier 2007 : Menaces du Premier ministre irakien à l'égard des démocraties occidentales indépendantes
30 décembre 2006 : Vae victis, le vaincu est pendu et rendu à sa famille et ses amis ; l'exécution est une faute selon Nicolas Sarkozy
Novembre 2006 : 148 victimes shiites, peine de mort pour le sunnite ; la France de Douste-Blazy conteste
Août 2006 : Nouveaux procès pour le monocrate vaincu
Mai 2006 : Le chrétien Tarek Aziz prend sa défense
Avril 2006 : Il accuse le ministre de l'Intérieur de l'Irak "démocratique" de massacres et de tortures
Novembre 2005 : Il admoneste le président du tribunal, qu'il estime soumis "aux envahisseurs"
Octobre 2005 : Procès du vaincu, sous occupation américaine ; il plaide non-coupable

Décembre 2002 : l'après-Saddam selon Richard Perle, conseiller de George W. Bush
Octobre 2002 : Saddam verrouille : les chrétiens en danger
Référendum en Irak : Participation : 100%, «Oui» : 100%
15 octobre 2002 : «Ici, même les bébés votent pour Saddam»
Plébiscite attendu pour un nouveau mandat du raïs irakien.
Efazidane al-Hamideh, une femme élégante de 38 ans, tient à voter avec son sang. Il lui faudra se percer l'index de plusieurs coups d'aiguille pour qu'une goutte finisse par perler. Avec ce sang, elle rougit l'une des deux cases ­ l'une pour le «oui», l'autre pour le «non» ­ du bulletin qu'elle ira ensuite déposer dans l'urne. Elle lance ensuite avec conviction : «J'ai voté oui. Oui au président Saddam Hussein. Oui à celui qui a attaqué Israël (en envoyant des missiles Scud sur l'Etat hébreu pendant la guerre du Golfe, ndlr). Oui à celui qui boit l'eau du Tigre (Saddam est né à Takrit, à une centaine de kilomètres de Bagdad, sur les rives de ce fleuve, ndlr).» Elle ajoute : «Ici, même les bébés votent pour Saddam Hussein !» Derrière elle, sur le mur du bureau de vote, on aperçoit effectivement un dessin au crayon représentant un nourrisson en couche-culotte qui rampe jusqu'à une urne en brandissant un bulletin sur lequel on peut lire «Naham» («oui» en arabe).

Hier, l'Irak était invité, par référendum, à donner un nouveau mandat de sept ans au président Saddam Hussein, au pouvoir depuis 1979. En 1995, lors du précédent scrutin, qui fut le premier de ce genre, le raïs avait été plébiscité par 99,96 % des Irakiens, selon les chiffres officiels. Cette fois, il devrait faire encore mieux. L'actuel référendum est en effet placé sous le signe du patriotisme face aux menaces américaines qui pèsent sur l'Irak. On peut ainsi lire ce slogan sur certaines banderoles : «Faisons en sorte que le référendum soit une riposte aux mensonges de l'administration américaine.»

Témoignage d'amour.
A la différence du précédent scrutin, les autorités ne demandent pas seulement aux 11,5 millions d'électeurs irakiens de se prononcer en faveur d'un nouveau mandat, d'ailleurs renouvelable sans limite, au raïs, mais aussi de lui témoigner leur «amour». Aussi, bouquets de fleurs et dessins d'enfants ont-ils envahi les bureaux de vote de Bagdad, aux côtés des innombrables portraits du Président. Chaque bulletin est assimilé à un coeur dont on fait don à Saddam en le déposant dans l'urne. Comme le dit une banderole : «Nous sommes des coeurs qui seront à jamais dans cette boîte.» Comme le souligne un diplomate, Saddam Hussein fait en sorte que sa personne soit totalement identifiée à son pays : «L'Irak, c'est le raïs, et le raïs, c'est l'Irak.»

Dans ce quartier de l'est de Bagdad, habité par les classes moyennes, le bureau de vote est installé dans une immense pièce du lycée Al-Methumezine, un des huit établissements scolaires réservés aux «surdoués» que compte la capitale irakienne. L'atmosphère y est joyeuse. On distribue des gâteaux. Informée de la présence d'un journaliste, une des scrutatrices, Nahala Khamis, se met à chanter : «Toutes les roses d'Irak sont pour Saddam Hussein.» Les autres femmes l'accompagnent en poussant des «youyous». Au milieu de la pièce trône l'urne, décorée par un bouquet de fleurs en plastique. Sur les parois ont été collées des photos du président irakien. Il y a aussi un dessin représentant là encore des petits coeurs sur lequel il est écrit «Oui», et qui volent, à la manière d'angelots, autour d'une urne en forme de gros coeur, où l'on a inscrit le même mot.

Immense soleil.
Auparavant, les électeurs doivent passer par l'isoloir. Sur celui-ci est accrochée une affiche représentant Saddam Hussein invitant les peuples d'Irak à aller voter. Immense soleil, qui semble jaillir de l'urne, le dôme doré du Rocher, symbolisant Jérusalem, troisième lieu saint de l'islam, illumine la scène. On peut aussi lire cette phrase : «Du sud au nord, tout l'Irak va fleurir grâce à lui.»

Jolie jeune fille aux yeux clairs, Namis Khader a coché trois fois la case du «oui» de son bulletin pour bien montrer qu'elle aime son Président. Soha Yamine, plus âgée, l'appelle «notre père, notre commandeur, celui qui est cher à notre coeur». Les hommes ne sont pas en reste : «Je l'aime parce qu'il est le plus fort des Présidents. Il représente l'Irak, son peuple, son esprit. Que Dieu le garde !» déclare Mohammed Khaled, un étudiant de 19 ans.

Dans le quartier très populaire de Cheikh Ali, où Saddam Hussein, alors fugitif, se cacha un temps en octobre 1959 après sa tentative d'attentat contre le général Kacem, dictateur alors au pouvoir, on se déclare encore plus amoureux du raïs. Dans le bureau de vote, les hommes dansent en scandant : «Par notre sang, par notre âme, nous te défendrons, ô Saddam.» Un homme veut aussi signer un bulletin avec son sang. Le responsable du bureau, Kamel al-Salim, n'exclut pas pourtant que les résultats obtenus par le Président soient inférieurs à ceux du précédent référendum. «Il devrait obtenir entre 95 et 99 % des suffrages. Mais certainement pas 100 %», dit-il. Pourtant, il est impossible de trouver le moindre électeur ayant refusé sa voix au «Président dirigeant». Ce même responsable n'en connaît pas. Pas davantage les autres électeurs interrogés. «Tous nos parents, nos amis, nos connaissances votent pour lui», affirme l'un d'eux.

Patriotisme.
Pendant toutes ces dernières semaines, Saddam Hussein a mis en avant la menace américaine sur l'Irak, jouant sur le patriotisme des Irakiens. Il a ainsi prétendu récemment qu'il n'avait pas «choisi la mission qui lui avait été confiée et qui est de défendre l'intégrité et l'indépendance de l'Irak, qui ne sera jamais le valet des puissances étrangères». Banderoles et slogans reflètent cette nouvelle donne. «Oui à Saddam et la mort pour l'Amérique et les sionistes», dit l'une d'elles. Le régime a aussi trouvé un jeu de mots qui permet d'assimiler Bush (le président américain) à «Bosh», qui veut dire en arabe une chose de peu de valeur et est aujourd'hui beaucoup utilisé par les Irakiens. Parallèlement, cette montée des périls contre le régime a permis, souligne un diplomate, «de durcir encore son contrôle sur la population», mais ajoute-t-il, «cela n'a pas suffi à ressouder les liens entre les Irakiens et Saddam Hussein».
Libération, Par Jean-Pierre PERRIN, mercredi 16 octobre 2002, page 8

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Référendum en Irak : Participation : 100%, «Oui» : 100%

Saddam Hussein, 65 ans, a été réélu pour sept ans lors du référendum de mardi, avec 100% des voix et un taux de participation de 100%, a annoncé mercredi le numéro deux du régime et président de la commission électorale, Ezzat Ibrahim. La question posée au peuple irakien était : «Etes-vous d'accord pour que Saddam Hussein reste président ?». L'actuel leader était toutefois le seul candidat à sa succession.

Éclaboussés par le sang des moutons, sacrifiés au milieu de la rue, vêtus de tee-shirts flambant neufs à l'effigie de Saddam Hussein, les écoliers réquisitionnés par le pouvoir, ovationnent les dignitaires du régime venus accomplir leur devoir électoral. Des colombes lancées au passage du vice-président du Conseil de commandement de la révolution (CCR), le numéro deux du régime, Izet Ibrahim.

Des jeunes filles endimanchées qui se balancent au balcon. Des autocollants représentant le président, collés sur les pare-brise des voitures. Danse, musique et bonne humeur : le quartier – chic – du 28 avril, jour de naissance du président Saddam Hussein, est en liesse. Alors que la menace d'une intervention américaine contre le régime de Bagdad se précise, les Irakiens ont à nouveau plébiscité hier leur « dirigeant bien-aimé » comme ils le font, en accord avec leur Constitution, tous les sept ans.

Lors du dernier référendum présidentiel, en 1995, le dirigeant irakien, candidat unique imposé par le CCR dont il est par ailleurs le président, avait obtenu 99,96 % des voix. Nul doute cette fois encore sur l'issue de cette farce électorale présentée par Bagdad comme une illustration du caractère démocratique du régime. « La démocratie est une source de force pour la société », clame un slogan accroché au-dessus des urnes dans lesquelles les Irakiens glissent un bulletin même pas plié.

La population irakienne a été largement mobilisée pour transformer la consultation électorale en plébiscite. Depuis plusieurs jours, des slogans à la gloire de Saddam et des colliers de fleurs en papier, ont été accrochés aux fenêtres des immeubles. La ville a été parsemée d'innombrables banderoles invitant le peuple à renouveler sa confiance au « président le plus fort du monde ». Le culte de la personnalité a été travaillé dans ses moindres détails jusqu'à coller des messages à la gloire du président, écrits au stylo bille sur les bonbons distribués dans les bureaux de vote. Et, pour prouver au monde le caractère transparent et spontané du référendum, les portes du pays, d'ordinaire plutôt closes, se sont ouvertes à plusieurs centaines d'étrangers, journalistes, humanitaires ou « amis » de l'Irak.

Oppressée et terrorisée par le régime ultra-autoritaire, la population joue ou feint de jouer le jeu. Certains font même du zèle. Dans le bureau de vote du quartier Adamir, de l'alcool, des seringues et du coton ont été mis à la disposition de ceux qui désirent voter en signant avec leur sang. « La vie est tellement triste en Irak, nous n'avons pas beaucoup d'occasion de nous amuser. C'est un jour de fête pour tout le monde. C'est un peu comme un mariage », commente une « citoyenne irakienne ».

Mais, en ces jours particuliers, le référendum est surtout considéré par le régime et pour les Irakiens comme une réponse aux Etats-Unis qui veulent renverser Saddam Hussein au pouvoir depuis vingt-trois ans. « Bush, tes menaces ne nous font pas peur. L'Irak gagnera », promettent les banderoles. Ou, comme l'écrit un éditorialiste du quotidien gouvernemental de langue anglaise, Irak Daily : « Nous affrontons les menaces d'agression militaire par un oui franc et massif au président Saddam Hussein... Le 15 octobre est une réponse raisonnable à l'hégémonie américaine et aux conspirations sionistes ainsi qu'à tous les pouvoirs diaboliques du monde qui prennent pour cible notre terre et notre peuple ».

A la veille peut-être d'une intervention militaire américaine, Bagdad ne paraît pas en apparence se préparer à la guerre. Dans les rues, les policiers ne sont pas plus nombreux qu'avant. Aucun barrage supplémentaire n'a été installé sur les routes qui mènent à la capitale. Pas de nervosité particulière chez les dignitaires du régime qui, à l'exception de Saddam Hussein, se sont même mêlés à la foule hier pour aller voter.

Pour les responsables irakiens, le décompte a pourtant sans doute déjà commencé. Alors que le retour des inspecteurs de l'ONU demeure hypothétique, les autorités ont récemment renforcé les structures du parti. A Bagdad, affirment des diplomates, elles auraient discrètement pris des dispositions pour se préparer à la guerre urbaine. Selon un observateur étranger, les habitants ont été prévenus que, en cas de guerre, ils n'auraient pas le droit de quitter la capitale dont tous les accès seront fermés. Les cartes de rationnement, d'ordinaire distribuées pour un mois, le sont désormais pour deux. Et, depuis plusieurs semaines, le contrôle sur la population, déjà immense, s'est encore durci.

Derrière leur héroïsme de façade, les Irakiens commencent cependant à avouer leur peur de la guerre et de l'avenir. Professeur de français habitant dans les quartiers chics, Anaha Tawin considère le référendum comme une « révolte » contre les Etats-Unis. Comme la plupart des Irakiens, elle pense que la guerre est désormais inévitable. « Quoi que nous fassions, les Etats-Unis nous attaqueront. Ils représentent la puissance et ils ont déjà pris leur décision. Mais nous avons peur de la guerre car nous y avons déjà trop goûté. » Elle attend le premier jour des frappes avec fatalisme. « Ce qui doit arriver arrivera. De toute façon, cela ne peut pas être pire que tout ce que nous avons déjà vécu. En Irak, nous allons de mauvaise surprise en mauvaise surprise. Cela fait longtemps que nous n'avons plus d'avenir et que nous vivons au jour le jour. »

Mais, même dans ce contexte d'avant-guerre, un observateur étranger en poste dans la capitale irakienne, en est persuadé : « Le nouveau plébiscite de Saddam Hussein et les efforts de propagande déployés par le régime n'y changeront rien : les circonstances n'ont pas permis aux autorités de ressouder la population derrière le président. La majorité des Irakiens restera sans doute passive pendant la guerre. Le peuple a été épuisé par le régime ».

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Comment Saddam verrouille l'Irak

Pour assurer ses arrières, il cajole les chefs de tribu et finance des mosquées. Un comble pour le tenant d'un nationalisme arabe laïque.

Jusqu'alors, l'homme de la sécurité jouait les importants. Stature imposante et balafre impressionnante, on l'aurait juré prêt à abattre sur-le- champ quiconque lui manquerait de respect. Bref, l'incarnation au bas de l'échelle du pouvoir selon Saddam... Mais le voici qui change de figure. Tout à coup, il n'est plus que dévotion devant l'homme qui vient d'entrer. En tunique et turban blancs, celui-là affecte la simplicité qui sied aux gens vraiment puissants, et c'est à l'empressement de la petite cour qui l'entoure qu'on perçoit son aura. Le cheikh Ghazi Alhanish est un chef de tribu. « Un personnage très influent », murmure son entourage. Sa tribu, celle des Altaï, compterait « 1 million d'hommes en Irak, assure le cheikh, sans compter ceux de l'étranger, plus nombreux encore ».

C'est le pouvoir traditionnel, ancestral, qu'on voit à l'oeuvre. A priori, on est loin de Saddam Hussein, des uniformes verts du parti Baas et de son projet socialiste et « moderniste ». On est pourtant au coeur de l'Irak d'aujourd'hui. Un pays où les structures sociales traditionnelles ont repris de la vigueur, tout comme la religion. A Washington, on compte même beaucoup sur les tribus pour aider, le moment venu, à construire un « après-Saddam ». Les alliés britanniques se sont d'ailleurs déjà mis au travail. Reproduisant la méthode utilisée en Afghanistan pour préparer la chute des talibans, diplomates et espions de Sa Gracieuse Majesté auraient entrepris de réactiver de vieux contacts. Car la tutelle anglaise sur l'Irak n'est pas si ancienne : elle n'a véritablement pris fin qu'en 1958, avec la chute de la monarchie hachémite. Et, comme dans toutes leurs entreprises coloniales, les Britanniques avaient appuyé leur pouvoir sur les chefs tribaux.

Seulement, les démarches anglaises n'ont pas eu la discrétion souhaitée. Et le leader irakien n'a pas tardé à en avoir vent... Il y a déjà plusieurs mois, il a donc réuni tous les chefs de tribu, les sunnites du Nord d'abord, puis les chiites du Sud, « et a manié la carotte et le bâton », confie un observateur occidental. Promesses de « récompenses », donc, pour acheter le soutien des cheikhs, et menaces, précises et vigoureuses, pour qui collaborerait avec les Anglais...

On ne sait s'il faut y voir l'effet de la carotte, du bâton ou encore de sincères convictions, mais, en écoutant le cheikh Ghazi, on se dit qu'Américains et Anglais auront bien du travail... Sans que jamais ne le quitte un sourire bienveillant, le chef de tribu dit à quel point « tous les Irakiens soutiennent Saddam ». « Même les Kurdes », affirme-t-il sans sourciller. Lui, le chef d'une tribu arabe, l'assure, jamais l'entente avec les Kurdes n'a été aussi bonne. Car la question est, ici, particulièrement sensible : nous sommes à Mossoul, ville du nord de l'Irak, à quelques dizaines de kilomètres de la zone contrôlée par les partis kurdes UPK et PDK, sous la protection de l'Onu, et des avions américains et anglais. Et s'ils n'y sont pas majoritaires, les Kurdes sont nombreux à Mossoul. Pour les chefs des tribus arabes, cette proximité du turbulent Kurdistan est une aubaine. Bagdad a besoin d'eux pour s'assurer le contrôle de la région et surtout des puits de pétrole, qui pullulent.

Retour vers le passé

La réussite des nouveaux riches, profiteurs de l'embargo, ne s'étale certes pas à Mossoul comme dans certains quartiers du centre-ville de Bagdad. N'empêche, la deuxième ville irakienne, 1,5 million d'habitants, vit une certaine prospérité, bien éloignée de la misère qui règne dans le sud du pays. Il faut y voir « les effets conjugués de la politique du régime, qui privilégie ses clientèles confessionnelles (les arabes sunnites du Centre et du Nord), et du trafic avec la Turquie, la Syrie et le Kurdistan », explique le chercheur Pierre-Jean Luizard, spécialiste de l'Irak (1).

Les puits de pétrole, qui se résument souvent à de simples forages munis de vannes, sans le moindre derrick, tant l'or noir est ici facile à exploiter, ont en effet assuré bien des prospérités, depuis l'embargo. Sur l'autoroute qui relie Mossoul au Nord, une noria de camions-citernes, souvent turcs, s'en vont livrer leurs cargaisons vers la Turquie ou la Syrie. Pour évoquer leur fortune, les chefs de tribu, comme le cheikh Ghazi, ne parleront que de leurs fermes ou des immeubles qu'ils possèdent... Sans insister sur les profits qu'ils tirent du pétrole, et plus largement de l'embargo.

Pour ces chefs, c'est un retour inespéré vers le passé. Et un processus inattendu, car Saddam Hussein et son régime continuent de se réclamer d'un « nationalisme arabe » qui se proposait justement d'éradiquer les vieilles structures féodales et tribales. Pendant des années, le Baas au pouvoir s'est escrimé à détruire le tribalisme. Jusqu'à la guerre du Golfe : « En 1991, il y a eu un tournant quand, face au soulèvement chiite dans le Sud, Saddam s'est rendu compte qu'il contrôlait mal toute une partie du pays », souligne un observateur occidental. Fort à Bagdad et dans les grandes villes, le Baas était beaucoup moins présent dans le reste du pays.

Du coup, le raïs irakien s'est mis à choyer les chefs de tribu. Ils reçoivent désormais argent, véhicules et armes légères, le pouvoir fermant les yeux sur les trafics divers. De manière officieuse, les cheikhs retrouvent même une parcelle de leurs anciens pouvoirs locaux. On voit réapparaître des cas de justice tribale, auparavant sévèrement combattue. Le nom patronymique, qui marque l'appartenance à la tribu, dont l'usage est officiellement interdit depuis 1976, a fait sa réapparition.

Comme à son habitude, le dictateur irakien met soigneusement en scène ce « retour » en grâce. Il reçoit les cheikhs dans ses palais, assiste à certaines fêtes bédouines. Et assure que « le Baas est la tribu des tribus ». Il faut dire qu'au-delà de la fiction du discours officiel Saddam s'est, dès son accession au pouvoir, comporté lui-même en chef de tribu, s'entourant de représentants des clans de sa région d'origine. Et quand, en 1995, il lui a fallu régler la fameuse affaire de ses deux gendres, et cousins, qui avaient fait défection en Jordanie, il a appliqué les lois tribales : convaincus de revenir en Irak, ils ont été exécutés par leur propre famille.

La cinquantaine, commerçant à Bagdad, Abou Nour appartient, lui, à une tribu chiite. Mais il l'assure, « tout ça n'est pas très important. Nous sommes tous irakiens... » Avant de livrer, finalement, le fond de sa pensée : « Les rivalités entre tribus, tout comme la lutte entre chiites et sunnites, c'est à cause de la pauvreté, des gens mal éduqués. » Si les tribus ont retrouvé de l'importance, elles ne le doivent pas en effet seulement à Saddam. Onze ans d'embargo ont laissé une société totalement désintégrée, qui a fait de la tribu l'ultime recours. Le développement économique, fruit de la manne pétrolière, avait donné naissance à une importante classe moyenne. Celle-ci est aujourd'hui anéantie, condamnée à se replier sur les structures ancestrales, qui retrouvent leur rôle de distribution sociale. « Chez notre cheikh, il y a une grande boîte où chacun met de l'argent selon ses moyens, pour aider les pauvres », explique Abou Nour.

Mais l'argent ne va pas aux seuls pauvres. Avec quelques amis, Abou Nour vient justement de réunir 5 millions de dinars (environ 2 500 euros), afin de répondre à une souscription lancée par son chef de tribu pour la construction d'une mosquée. L'emprise de la religion ne cesse de s'accroître en Irak. C'est l'autre carte que joue Saddam depuis la guerre du Golfe. « Il veut éviter que les chiites et les islamistes puissent l'affaiblir en l'accusant d'être un mécréant », observe un diplomate occidental. Dès 1993, il lançait une « grande campagne de piété ». Depuis, les mosquées nouvelles ont surgi de partout.

Fruit de cette « conversion » brutale de Saddam, et surtout de l'effondrement d'un système éducatif qui fut le plus performant de la région, la crispation religieuse est sensible partout, singulièrement en dehors de Bagdad. Les minorités chrétiennes en sont les premières victimes (lire encadré), mais elle concerne toute la société. A Mossoul, par exemple, on ne voit guère de femme sans le hijab. Dans ce pays qui faisait jadis figure d'îlot de laïcité, où le régime baasiste revendiquait l'émancipation des femmes, la régression est spectaculaire. Pour la première fois, pendant le dernier ramadan, on a vu à Bagdad des policiers armés de bâtons poursuivre les fumeurs.

Le maillon faible chiite

Geste symbolique parmi une multitude d'autres, Saddam Hussein a, voilà quelques jours, annoncé le don de 1 milliard de dinars irakiens (500 000 euros) pour la réfection du mausolée de l'imam Hussein à Kerbala, une des villes saintes du chiisme. C'est que les manifestations de piété du leader irakien s'adressent d'abord aux chiites, considérés comme le point faible du régime. Leur soulèvement, en 1991, n'avait été maté que par une sanglante répression. C'est d'ailleurs au cours de celle-ci que le mausolée de Hussein avait été endommagé, alors qu'au moins 30 000 personnes étaient tuées dans la ville. Saddam est persuadé qu'avec le soutien de l'Iran, protecteur des chiites, les Etats-Unis vont à nouveau tenter de soulever les tribus chiites du Sud.

Et, visiblement, il ne fait pas confiance à la seule religion pour s'assurer leur loyauté. Tout en ménageant les chefs de tribu, le régime renforce comme jamais son contrôle de la région. A Kerbala, dans chaque mosquée, les hommes du Mukhabarat, les services secrets, seraient omniprésents, prêts à faire taire promptement tout prêche véhément. A Bassora, un nouveau gouverneur vient d'être nommé. Il est le plus proche collaborateur de Qousaï, fils et dauphin désigné de Saddam.

Une main sur le Coran, l'autre sur le fusil, un oeil sur les tribus, le président irakien tente de prévenir tout risque d'éclatement. Reste que, le jour de la guerre venu, ce sont les armes qui trancheront. Là, la supériorité américaine ne fait aucun doute. Mais, en réveillant les tribus et en remettant la religion au centre de la vie politique, le raïs pourrait avoir amorcé des bombes à retardement. De quoi faire de l'après-Saddam un véritable champ de mines

Les chrétiens irakiens en danger

En ce vendredi, jour férié, ils sont venus en nombre passer l'après-midi dans la cour de ce monastère des environs de Mossoul. Trouver un peu de réconfort. Ils le confient furtivement, comme à regret : pour les chrétiens d'Irak, les temps sont durs. « Le pouvoir, lui, nous protège, s'empresse de préciser une soeur. Mais, dans le peuple, chez les gens peu éduqués, c'est très différent. » Il y a moins d'un mois, dans la région de Mossoul, une religieuse de 72 ans a été égorgée dans son sommeil. Arrêtés, les trois agresseurs ont été condamnés à mort, et exécutés. « Des voleurs », ont assuré les autorités. Les chrétiens de Mossoul, berceau du christianisme dans le pays, sont, eux, persuadés que la religieuse était visée pour sa foi. Car ils racontent aussi ce village chrétien de la région, attaqué par une bande de fanatiques musulmans, ou encore ces fidèles agressés alors qu'ils sortaient d'une église.

En Irak, ces manifestations d'intolérance religieuse sont récentes. Attaché au dogme de la laïcité de l'Etat, Saddam Hussein mettait au contraire un point d'honneur à se poser en protecteur des minorités religieuses. Officiellement, rien n'a changé. Mais, pour ne pas se voir accusés d'être des mécréants, les hommes du Baas ne prennent plus le risque, comme par le passé, de réprimer les manifestations antichrétiennes.

L'instrumentalisation de l'islam par le dictateur irakien depuis la guerre du Golfe a en fait beaucoup compliqué la vie des quelque 700 000 chrétiens d'Irak, répartis entre catholiques, pour la plupart chaldéens, et orthodoxes. « Avec les menaces américaines, nous sommes de plus en plus souvent pris à partie par nos voisins musulmans qui nous accusent d'être dans le camp des Américains, et de leur "croisade" », confie un chrétien de Mossoul.

Chef de l'Eglise catholique d'Irak, le patriarche Raphaël Ier Bidawid qui, il y a peu, dissuadait tous les fidèles tentés par l'exil, a aujourd'hui renoncé à le faire. Le mouvement semble maintenant irréversible. Dans les premières années de l'embargo, l'exil avait d'abord des causes économiques. Appartenant très souvent aux professions libérales et intellectuelles, les chrétiens avaient été les premiers touchés par l'effondrement économique. Ils disposaient, en outre, plus que la moyenne des Irakiens, des moyens suffisants pour tenter l'expatriation.

Ces dernières années, leur inquiétude a accéléré cet exode silencieux. Et il pourrait s'accroître : plus que tous les autres Irakiens, les chrétiens craignent un éventuel après-Saddam, qui mettrait fin à la laïcité officielle de l'Etat.
1. « La question irakienne », de Pierre-Jean Luizard (Fayard).
lepoint.fr, E. S. -M., De notre envoyé spécial, Emmanuel Saint-Martin, le point 18/10/02 - N°1570 - Page 62 - 2137 mots

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Comment Washington voit l'après-Saddam

L'envoyé spécial du «Figaro» a rencontré à Londres le père de l'actuelle doctrine américaine, éminence grise du président George W. Bush
Richard Perle : «Nous ne déciderons d'agir militairement contre l'Irak que le jour où nous détiendrons des preuves très convaincantes, lesquelles seront communiquées immédiatement à nos alliés. Et vous verrez que ce jour-là la France viendra là-bas avec nous !»

Avec ses amis Dick Cheney, Donald Rumsfeld, Paul Wolfowitz, Richard Perle, 61 ans, est l'un des quatre grands «faucons» de Washington. Durant les deux mandats du président Reagan, il fut, comme sous-secrétaire à la Défense chargé de la sécurité internationale, l'artisan de la politique de lutte tous azimuts contre l'expansionnisme soviétique. Dès 1999, il agit en coulisses pour la candidature de George W. Bush à la présidence des Etats-Unis. Une fois Bush en fonctions, Richard Perle devient président du très influent Defence Policy Board du Pentagone. Ce «stratège derrière le rideau» est le père de l'actuelle doctrine américaine. De passage à Londres, en route vers la Turquie, il a reçu l'envoyé spécial du Figaro.

LE FIGARO. – Le jour où vous, les hommes de George W. Bush, quitterez le pouvoir, quel Moyen-Orient laisserez-vous derrière vous ?
Richard PERLE. – En Irak, le régime baasiste aura été déposé. J'espère qu'il aura été remplacé par un régime réellement représentatif de la société irakienne et doté d'institutions démocratiques. Bien sûr, ce ne sera sans doute pas une démocratie aussi développée que dans nos pays respectifs – où nous avons mis des siècles à en édifier une –, mais un régime tendant vers ce modèle.
J'espère qu'après cela nous aurons également un changement en Iran. L'opposition ne cesse de s'y renforcer. Pour s'exprimer librement, la jeunesse y prend actuellement de grands risques, inconcevables encore il y a quelques années.
Quant à l'Arabie saoudite, je pense que les Saoudiens vont modifier eux-mêmes les politiques ayant conduit à la propagation de l'extrémisme wahhabite à travers le monde. Une forte pression s'exerce d'ailleurs sur eux pour qu'ils le fassent. En outre, les Saoudiens sont en train de comprendre qu'ils ont par le passé toléré la création de forces qu'ils ne sont plus en mesure de contrôler.

Pensez-vous que l'Amérique soit vraiment capable aujourd'hui de remplir au sein du monde arabo-musulman une «mission civilisatrice» du type de celle que l'Administration Truman avait réalisée dans le Japon et l'Allemagne d'après-guerre ?
Non. Je ne pense pas que le modèle soit le bon. Le bon modèle serait plutôt celui de l'aide que nous vous avons apportée, en France et en Italie, juste après la Seconde Guerre mondiale, dans votre lutte contre les communistes. Comme d'ailleurs, aussi, en Grèce et en Turquie. Dans ces pays, les États-Unis ont été en mesure d'apporter leur aide. Mais, en dernier ressort, ce sont les Français, les Italiens, les Grecs, les Turcs qui durent livrer ce combat. Dans le cas du monde arabo-musulman, ce combat devra être également livré, en dernier ressort, par les musulmans eux-mêmes. Tous les musulmans ne sont pas des extrémistes fous, rêvant de mettre le monde à feu et à sang ! Le problème est aujourd'hui que les non-extrémistes sont intimidés par les extrémistes.
Le paradoxe est que les pays du monde arabe où nous avons de loin le plus d'amis sont ceux où nous sommes en mauvais termes avec le gouvernement. Et nos ennemis les plus dangereux dans le monde arabe vivent dans les pays où nous entretenons de bonnes relations avec le gouvernement !

Mais, pour vous, quelles seront les conséquences immédiates d'une invasion militaire américaine de l'Irak ?
Ce sera la fin rapide du régime de Saddam Hussein. Je crois que les Irakiens, par millions, nous exprimeront leur reconnaissance. Ils ressentiront cela comme la libération de l'Irak, non comme son asservissement par les États-Unis d'Amérique. Les gens qui pensent que nous sommes là pour le pétrole seront vite détrompés. Parce que nous n'enlèverons pas son pétrole à l'Irak. En fait, pour la première fois depuis longtemps, les revenus du pétrole de l'Irak iront à sa population. Et non dans la poche de Saddam. En détruisant Saddam Hussein, nous détruirons aussi le mythe de l'«impérialisme américain» !

Pardon ?
Nulle part dans le monde nous n'avons fait preuve d'un réel impérialisme. C'est complètement faux de dire que nous sommes impérialistes, sous prétexte que McDonald's produit des hamburgers dans le monde entier, que les gens écoutent de la musique américaine ou qu'ils vont voir des films américains. Il est tout simplement impossible de prouver que les États-Unis se sont comportés de manière impérialiste. Et vous verrez qu'en Irak nous ne nous comporterons pas de manière impériale. Saddam Hussein est la principale raison pour laquelle nous sommes si présents dans le Golfe. Notre présence dans la région diminuera dès qu'il aura été déposé.

Lors de l'invasion israélienne du Sud-Liban en 1982, les soldats de Tsahal furent d'abord accueillis avec des fleurs par la population chiite, heureuse d'être débarrassée des milices palestiniennes. Mais elle changea bientôt d'attitude et prit les armes contre l'État juif. Ne pensez-vous pas qu'il risque de vous arriver la même chose, que vous risquez de voir se constituer un arc chiite entre le Sud irakien et l'Iran, qui vous sera très rapidement hostile ?
Certes. Il est hors de doute que l'Iran essaiera d'exploiter à son avantage la présence de soldats américains dans un pays voisin, de surcroît ravagé par la guerre. Nous devrons rester extrêmement vigilants. Mais je ne pense pas que la masse des chiites irakiens deviendra hostile aux Américains : souvenez-vous qu'ils ont beaucoup souffert sous Saddam. Ici, j'aimerais être bien clair : nous ne pouvons pas gouverner l'Irak, nous ne devons même pas essayer de le faire. L'Irak doit être gouverné par des Irakiens. Notre rôle y sera seulement de fournir un niveau de sécurité suffisant au pays, afin qu'un processus politique normal puisse s'y dérouler.

En lançant aujourd'hui une invasion militaire de l'Irak n'êtes-vous pas en train de vous tromper dans l'ordre de vos priorités ? Ne devrait-il pas être : 1) gagner la guerre contre al-Qaida ; 2) imposer une paix aux Israéliens et aux Palestiniens ; 3) désarmer le Corée du Nord, qui, elle, est une puissance nucléaire avérée ?
Et dans votre petite liste, l'Irak ne viendrait qu'en quatrième position ?... Écoutez, nous ne pouvons pas tout faire à la fois. Mais nous pouvons nous occuper en même temps d'al-Qaida et de Saddam Hussein. Les instruments à notre disposition pour traiter l'un et l'autre ne sont pas de même nature. Pour nous occuper d'al-Qaida, nous avons besoin d'améliorer grandement nos services de renseignements et de progresser dans certaines technologies. Sans l'aide de technologies nouvelles, nous n'allons pas pouvoir éliminer les cellules d'al-Qaida dispersées à travers le monde et assurer une sécurité efficace aux avions de ligne. De nouvelles technologies seront également nécessaires pour surveiller les trafics d'armes aux frontières, que ce soient des armes conventionnelles ou de destruction massive. Aux États-Unis, nous travaillons déjà d'arrache-pied à développer ces nouvelles technologies.
En revanche, pour traiter le problème irakien, nous n'avons besoin que de forces militaires classiques, lesquelles existent déjà. Même s'il n'y avait pas le problème irakien, ces forces classiques ne seraient pas utilisées dans la guerre contre al-Qaida. Bref, je pense que nous pouvons parfaitement agir sur les deux fronts en même temps. En outre, politiquement, si aujourd'hui on baissait les bras en prétextant que le problème irakien est trop difficile pour nous, ce serait un immense encouragement pour tous nos ennemis à travers le monde, et à la Corée du Nord notamment. Au sein d'al-Qaida elle-même, notre renoncement à s'attaquer à Saddam constituerait un formidable soutien au moral des terroristes.

Pourquoi ne changez-vous pas d'attitude sur l'Irak, alors que ce pays semble jusqu'à présent appliquer à la lettre la résolution 1441 du Conseil de sécurité ? L'Irak n'est-il pas devenu un bon élève de l'ONU ?
C'est de la poudre aux yeux que vous lance Saddam. Nous savons qu'il dispose d'armes de destruction massive. Il vient de fournir une déclaration où il prétend ne pas en avoir. De deux choses l'une : ou bien nous nous trompons, ou bien il y a des choses que l'Irak cache soigneusement ! Or je ne pense pas que nous nous trompions. Que Saddam ait soumis sa déclaration dans les délais ou qu'il ait fait une ridicule lettre d'excuses – très bancale – au peuple koweïtien ne constitue qu'une campagne pour manipuler l'opinion, pour lui faire croire qu'il coopère pleinement avec l'ONU. Les Irakiens ne peuvent pas prétendre qu'ils coopèrent sincèrement, alors qu'ils continuent leur contrebande à grande échelle ! Ce n'est simplement pas recevable !

Mais, enfin, les inspecteurs peuvent aller où ils veulent : c'est un fait !
Il y a aujourd'hui moins de 200 inspecteurs, et l'Irak est un pays grand comme la France. La gendarmerie, en Provence, dispose à elle seule de dix fois plus d'effectifs que le corps des inspecteurs internationaux en Irak !

Mais alors, pourquoi les États-Unis, membre permanent du Conseil de sécurité, n'ont-ils pas demandé au secrétaire général de l'ONU d'envoyer dix fois plus d'inspecteurs en Irak ?
Les inspecteurs, nous en voulions bien davantage. Mais demandez donc à Chirac pourquoi le nombre des inspecteurs est si réduit !>

Vous voulez dire que la France s'est opposée à ce que le nombre des inspecteurs soit supérieur à ce qu'il est ?
Mais bien sûr ! La stratégie constante de la France, au cours de la négociation sur la résolution 1441, a été de diminuer l'étendue des inspections, de diminuer l'efficacité potentielle des inspecteurs sur le terrain. Je vous donne un exemple : nous voulions des centres régionaux d'opérations, de manière que les inspecteurs soient plus proches physiquement des sites à visiter. Car si leur trajet est trop long, les Irakiens ont le temps de déménager les produits suspects. Si vous voulez avoir une probabilité importante de trouver des armes de destruction massive, vous devez placer vos inspecteurs en différents endroits. Or la France s'y est opposée. Nous avons fini par obtenir trois bureaux régionaux, mais ce ne sont pas des centres opérationnels. Les inspections partent toutes de Bagdad.

Si vous pensez que la France a privé de son efficacité la mission d'inspection, pourquoi avez-vous donc signé la résolution ?
Eh bien... nous avons finalement décidé que la priorité était d'obtenir un consensus, même si c'était au prix de l'efficacité des missions d'inspection. C'est une décision bien difficile que le président Bush a dû prendre !
Je vais vous donner un autre exemple des difficultés que la France nous a faites au Conseil. L'un des rares moyens dont nous disposions pour déceler des programmes d'armes de destruction massive, c'est d'interroger les Irakiens qui en sont responsables. Mais dire la vérité, aujourd'hui, pour un scientifique irakien, signifie la peine de mort ! Voilà pourquoi les États-Unis ont tellement insisté sur le principe que les Irakiens devaient pouvoir être interrogés, en toute sûreté, hors de leur territoire. Or un haut responsable français s'est opposé à nous, en nous accusant de vouloir organiser de la «désertion légale» ! Mais, enfin, il s'agit de déserter un État totalitaire, où des gens sont assassinés ! Je n'aurais jamais pu imaginer qu'un pays comme la France puisse stigmatiser comme un péché – et non comme une bonne action – le fait de fournir de la sécurité à ces témoins essentiels, afin de leur permettre de dire au monde la vérité...

Pourquoi, selon vous, le président Chirac a-t-il pris cette position ? Pensez-vous qu'il ait eu vraiment tort de déclarer, au sommet de la Francophonie à Beyrouth, que cette région «n'avait vraiment pas besoin d'un conflit supplémentaire» ?
Pourquoi Chirac s'est-il opposé à nous ? Franchement, je n'en sais rien... L'un de mes amis français m'a expliqué que le président Chirac a baigné toute sa vie dans les affaires du Golfe persique, et qu'il entretenait des liens quasi familiaux avec de nombreux leaders de cette région...
Sur la déclaration de Chirac à Beyrouth, il n'y a pas de doute que, faire la guerre, c'est toujours une affaire sérieuse. Il convient, avant d'entreprendre une action militaire, de bien évaluer tous les facteurs et, surtout, toutes les inconnues. En politique, ça demande du coffre que d'arriver à une conclusion sur un problème donné et de prendre ensuite toutes les mesures pour l'atteindre, même si elles peuvent paraître très risquées ! Il y a aussi le fait qu'historiquement la relation franco-irakienne est totalement différente de la relation qu'a l'Amérique avec l'Irak.

Mais, pourtant, on se souvient que les relations entre les États-Unis et l'Irak étaient excellentes au temps où vous étiez sous-secrétaire au Pentagone... N'avez-vous pas soutenu militairement Bagdad dans sa guerre contre l'Iran ?
Je n'ai jamais aimé cette politique. Je pense que ce fut une erreur... Soutenir l'Irak n'avait aucun intérêt : l'Iran n'avait de toute façon aucune chance de gagner. Si on peut, à la rigueur, comprendre la tactique consistant à soutenir un moindre mal (NDLR : «lesser evil», l'Irak) dans son conflit contre un plus grand mal («greater evil», l'Iran), la moindre des choses eût été d'arrêter toute relation avec le moindre mal, une fois la guerre finie.

Pour reprendre votre expression, quel est le moindre mal et quel est le plus grand mal aujourd'hui : l'Irak, l'Iran ou la Corée du Nord ?
(Sourire.) Eh bien, tous les trois font partie de l'«axe du Mal». Je vous fais remarquer que cette formule – dont vous, les Européens, vous êtes beaucoup moqués – a encore gagné en force de conviction, par rapport à l'époque où elle a été prononcée (NDLR : par le président Bush lors de son discours sur l'état de l'Union, devant le Congrès, en janvier dernier). Car nous savons aujourd'hui que la Corée du Nord possède des armes de destruction massive et qu'elle les exporte clandestinement, notamment vers l'Iran, pays mêlé étroitement au terrorisme. Il s'agit donc bien d'un véritable axe !

Si la mission des inspecteurs internationaux remet à l'ONU un rapport disant : Nous n'avons rien trouvé, que ferez-vous ?
L'Unmovic peut dire qu'elle n'a rien trouvé, mais elle ne pourra pas dire qu'il n'y avait rien à trouver...

Mais l'ancien inspecteur Scott Ritter a écrit qu'en 1998 97% des capacités de l'Irak en matière d'armes de destruction massive avaient déjà été détruites...
Scott Ritter n'avait absolument aucun moyen à sa disposition pour le savoir. Je suis abasourdi de voir que cet homme puisse être pris au sérieux !

Si l'Irak avait poursuivi son programme nucléaire, vous l'auriez détecté, en raison de l'émission dans l'atmosphère de rayons gamma...
Je vous rappelle qu'en Corée nous n'avons rien vu ! Il est en réalité très difficile de déceler un programme nucléaire clandestin. Avant 1991, l'Irak, signataire du traité de non-prolifération nucléaire, soumettait ses installations aux inspections de l'Agence internationale de l'énergie atomique. Ces inspections se sont révélées incapables de déceler alors le programme nucléaire irakien, pourtant déjà bien avancé à l'époque.

Mais, aujourd'hui, vous ne pouvez pas dire que l'Irak n'applique pas à la lettre la résolution 1441...
Mais si, je le dis ! La résolution exige le désarmement de l'Irak, et je ne constate pas que l'Irak soit en train, en ce moment, de désarmer. Ils nous ont fourni une liste, en déclarant qu'ils ne possédaient aucune arme interdite : il n'y a donc pas de désarmement ! Nous allons maintenant soigneusement étudier les milliers de pages de leur déclaration. Si j'avais à parier, je dirais que nous allons prouver bientôt que ces documents ne sont ni complets ni sincères. Nous allons découvrir des armes – ou des programmes – dont cette liste ne fait aucune mention !

Si vous décidez qu'il y a lieu de faire la guerre à l'Irak, irez-vous, ou non, préalablement, devant le Conseil de sécurité de l'ONU ?
Ma lecture de la résolution est que nous n'avons pas besoin d'une nouvelle résolution pour faire la guerre. Mais vous savez, je ne suis pas un expert en la matière...

Vous voulez dire que vous ne savez pas ce que le président Bush va décider...
Ce qui est sûr, c'est que lorsque nous serons tombés sur une violation flagrante de la résolution par les Irakiens, nous en débattrons immédiatement avec la France, ainsi qu'avec d'autres pays. Ces discussions auront lieu au sein du Conseil de sécurité, mais aussi en dehors. Une fois les discussions achevées, je ne pense pas que les États-Unis auront besoin d'une nouvelle résolution pour passer à l'action contre l'Irak.
Vous savez, nous ne déciderons d'agir militairement contre l'Irak que le jour où nous détiendrons des preuves très convaincantes, que nous communiquerons immédiatement à nos alliés. Et vous verrez que ce jour-là la France viendra là-bas avec nous !
lefigaro.fr, Propos recueillis à Londres par Renaud Girard [13 décembre 2002]

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(Octobre 2005) Saddam Hussein et ses co-accusés plaident non coupables

Le président irakien déchu Saddam Hussein et ses sept co-accusés ont plaidé non coupables aujourd'hui devant le tribunal qui les juge à Bagdad pour le massacre de 143 chiites en 1982.
«Je répète ce que j'ai dit, je ne suis pas coupable. Je suis innocent», a dit Saddam Hussein. Ses sept co-accusés se sont levés tour à tour à la demande du président du tribunal en affirmant qu'ils «sont innoncents». Auparavant, l'ex-président a refusé de répondre aux questions du juge et récusé le tribunal.

Le président du tribunal a demandé à plusieurs reprises à Saddam Hussein de décliner son identité, alors que l'ancien dictateur irakien voulait soulever des questions de procédure.

Ce premier procès, où sept lieutenants de Saddam Hussein sont jugés pour ce même crime, s'est ouvert devant le Tribunal spécial irakien (TSI) installé dans une salle de l'ex-siège du parti unique Baas, dans la Zone verte, secteur ultra-protégé du centre de Bagdad, entouré de strictes mesures de sécurité.

L'audience, transmise en différé par les télévisions, a été levée pour une dizaine de minutes sur décision du président du tribunal, Rizkar Mohammed Amine, qui a fait état de problèmes techniques dû à la mauvaise sonorisation.

«Je me réserve le droit constitutionnel de faire mes droits de chef d'Etat et je refuse de répondre», a lancé sur un ton de défi Saddam Hussein, en costume sombre et chemise blanche sans cravate, en réponse au juge Amine qui lui demandait de décliner son identité complète.

«Je ne reconnais pas votre autorité parce que tout (ce qui est fait dans ce tribunal) est infondé», a ajouté l'ex-président, portant un vieil exemplaire du Coran, debout dans un box avec un autre accusé, faisant face aux quatre autres magistrats.

Le président du tribunal, un kurde, l'a interrompu à plusieurs reprises pour lui demander son nom alors que l'ancien dictateur voulait soulever des questions de procédure.

«M. Saddam je veux pour le moment que vous décliniez votre identité, votre nom, votre prénom et ensuite on vous entendra. Vous attendrez votre tour, on vous donnera la parole», a dit le juge Amine.

«Nous n'avons pas le temps d'écouter votre déclaration. Alors asseyez-vous pour le moment et donnez-nous votre identité», a répété le président sans perdre son sang froid.

«Je refuse de répondre», a rétorqué Saddam Hussein avant de se rasseoir.

Les huit personnalités de l'ancien régime doivent répondre devant le tribunal du seul crime dont le dossier d'instruction a été bouclé: le massacre en 1982 de 143 habitants de la localité de Doujaïl au nord de Bagdad, après des tirs contre le convoi de l'ancien président. Ils risquent la peine de mort.

L'ex-président, capturé en décembre 2003, et nombreux de ses anciens collaborateurs sont accusés de crimes contre l'humanité et crimes de guerre mais l'instruction d'autres affaires comme les massacres de Kurdes et de chiites n'a pas encore été achevée.
lefigaro.fr, [19 octobre 2005]

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Un procès sous occupation américaine
Le Tribunal spécial irakien siège au coeur de la «zone verte», un camp fortifié américain.

SADDAM HUSSEIN sera jugé au beau milieu des symboles de sa puissance passée. Le procès du raïs déchu doit s'ouvrir aujourd'hui à Bagdad au coeur de la «cité interdite» qu'il avait bâtie dans une boucle du Tigre, en plein centre de la capitale irakienne. Mais les palais de style yougo-babylonien devant les murs desquels les Irakiens évitaient de s'attarder au temps de son règne sont devenus le siège d'un nouveau pouvoir, tout aussi craint par la population de Bagdad.

Car si Saddam Hussein est officiellement jugé en Irak, le tribunal spécial chargé de son procès siège au coeur de la «zone verte», camp fortifié américain au milieu de la «zone rouge» qu'est devenu pour eux le reste du pays. «C'est un procès entièrement organisé par les Américains», dit le docteur Ibrahim al-Basri. Cet ancien médecin de Saddam Hussein, envoyé croupir treize ans à la prison d'Abou Ghraib par le dictateur et qui n'a guère de raisons de prendre la défense de son ancien patient et employeur, exprime un sentiment répandu à Bagdad, notamment dans la bourgeoisie sunnite. «Ce sont les Américains qui l'ont renversé, qui l'ont capturé, qui ont choisi le juge et qui ont rassemblé les preuves contre lui. Saddam doit payer pour ses crimes, mais le procès qui s'ouvre ne s'adresse pas à ses victimes irakiennes», dit-il. «C'est un procès américain, pour l'opinion américaine !»

Création hybride mélangeant les principes du droit international avec le système judiciaire irakien, sorte de «tribunal national internationalisé», selon les termes de certains spécialistes, le Tribunal spécial irakien (TSI) continue de pâtir des circonstances de sa création. Elaboré par Salem Chalabi, jeune avocat américano-irakien spécialisé dans le droit des affaires (et neveu d'Ahmed Chalabi, banquier failli et sulfureux agent d'influence américain, devenu aujourd'hui vice-premier ministre), le TSI a été officiellement constitué le 13 décembre 2003 par Paul Bremer, le proconsul américain qui gouverne alors l'Irak, soit trois jours avant la capture de Saddam Hussein.

Accusations d'interférence

L'instruction des dossiers a aussi été confiée à un organisme, le Bureau de coordination chargé des crimes du régime, constitué par des enquêteurs américains, et une partie des documents à charge ont été récupérés par les Américains dans les palais et les ministères de Saddam lors de l'invasion de l'Irak.
A. J. [19 octobre 2005], p. 2

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(29 novembre 2005) Saddam Hussein maudit «les envahisseurs»
Après une journée de reprise, le procès de Doujaïl a été ajourné au 5 décembre.

Toujours arrogant et combatif, à l'occasion véhément et même méprisant dans sa façon de tancer le président du Haut Tribunal pénal, Saddam Hussein est apparu hier pour la seconde fois depuis l'ouverture de son procès dans la «zone verte» de Bagdad.

L'audience, qui a duré à peine deux heures, a été ajournée au 5 décembre à la demande de la défense. Cette fois, le dictateur déchu, âgé de 68 ans, a dû entendre le témoignage accablant d'un premier témoin à charge, qu'il a écouté en silence, sans rien perdre de sa hauteur.
Portant une barbe grise, un costume sombre de bonne coupe avec une élégante pochette sur une chemise blanche, il a cultivé sa différence avec les sept autres accusés, vêtus de disdachas (la robe traditionnelle arabe) et coiffés de la ghetra (le couvre-chef des Bédouins).
Serrant dans sa main un coran, il s'est d'abord plaint d'avoir été contraint, à cause d'une panne d'ascenseur, de grimper menottes aux mains deux étages de l'escalier du tribunal. Puis il s'en est pris à la façon dont il était traité par ses gardes américains, les qualifiant d'«étrangers criminels et conquérants».
Pendant que Saddam Hussein poursuivait ses invectives, la retransmission télévisée a été interrompue quelques dizaines de secondes. «Comment un accusé peut-il se défendre sans papier ni crayon ?» s'est-il ensuite exclamé.
Le président, le Kurde Rizkar Amine, ayant demandé à des gardes américains de lui remettre du papier, il l'a admonesté : «Je ne veux pas que tu leur demandes, je veux que tu leur ordonnes. Ils sont dans notre pays et tu y es souverain. Tu es irakien et ils sont des occupants étrangers et des envahisseurs.»
liberation.fr, par Jean-Pierre PERRIN, QUOTIDIEN : mardi 29 novembre 2005, p. 10

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Saddam Hussein se fait accusateur à son procès
Le raïs déchu a dénoncé les massacres commis par le ministère irakien de l'Intérieur.

Saddam Hussein parle en orfèvre.
Interrogé sur ses crimes passés, il a dénoncé hier les massacres commis par l'actuel ministère irakien de l'Intérieur, un bastion chiite. «C'est la partie qui tue des milliers de gens dans les rues et qui les torture», a-t-il lancé durant son procès.

Quand le président du tribunal lui a demandé d'éviter les déclarations politiques, il lui a répondu : «Si le ministre de l'Intérieur vous fait peur, il ne fait pas peur à mon chien.» Une cible de choix. Bayan Jaber, le ministre de l'Intérieur irakien, est détesté par les sunnites et accusé de couvrir les activités de commandos de la mort.

Face à ses juges, l'ancien dictateur ne connaît qu'un seul système de défense : l'attaque.

L'annonce, faite la veille par le tribunal spécial, de son prochain jugement pour le génocide de plus de 100 000 Kurdes, n'a en rien entamé sa pugnacité. Debout, le doigt levé, la voix assassine, comme du temps de son règne sans partage, Saddam a recouru durant toute la séance, à l'invective, au déni ou aux imprécations.
Il dit n'avoir fait qu'appliquer la loi en entérinant la condamnation à mort de 148 chiites du village de Doujaïl après l'attentat manqué contre lui en 1982. «C'était l'une des prérogatives du président de la République [...] Ce n'est pas moi qui ai prononcé le verdict. Je pouvais commuer les peines ou gracier les accusés. Il n'y a pas eu de recours et j'étais convaincu par les preuves présentées.»
Pourquoi avoir ordonné l'exécution d'enfants alors que la loi limite la peine capitale aux plus de 18 ans ? lui demande le procureur général qui, pour prouver ses dires, lui tend les papiers des victimes et commence à lire leur date de naissance. «Je peux vous produire un millier de pièces d'identité falsifiées», rétorque Saddam, imperturbable. «Ceux qui vous ont donné ces documents obéissent à des motivations très claires [...] Est-ce la responsabilité d'un chef d'Etat de vérifier l'identité et l'âge d'un accusé ?»
Il ne réagit pas davantage lors de la projection d'un film vidéo dans lequel il déclare : «Ceux qui meurent durant leur interrogatoire n'ont pas de valeur.» C'est alors au tour de son avocate libanaise, Bochra Khalil, de se muer en accusatrice : «Voilà ce que les Américains ont fait aux Irakiens à Abou Ghraib», crie-t-elle en brandissant une photo des supplices infligés à des détenus avant d'être expulsée par les gardes.
par Christophe BOLTANSKI, QUOTIDIEN : jeudi 06 avril 2006, p. 11

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mercredi 24 mai 2006, 17h13 Tarek Aziz justifie la répression sous Saddam par la défense de l'Etat

BAGDAD (AP) - Tarek Aziz, l'ancien vice-Premier ministre irakien et l'un des membres les plus proches du premier cercle de Saddam Hussein, a été appelé à la barre mercredi en tant que témoin de la défense dans le procès de l'ancien dictateur.

Tarek Aziz, un chrétien qui fut également ministre des Affaires étrangères et a été le dignitaire irakien de l'ancien régime le plus connu à l'étranger, s'est assis, le teint pâle, vêtu d'un pyjama blanc décoré de petits motifs gris. Depuis le mois de janvier, sa famille et son avocat affirment que sa santé se dégrade en dépit des démentis de l'armée américaine chargée de sa détention.
L'armée américaine précise que Tarek Aziz souffre d'affections qu'il avait déjà lors de son arrestation en avril 2003.

Dans son témoignage, l'ex-émissaire numéro un de Saddam, a retourné les accusations visant les anciens dirigeants en expliquant que c'était plutôt les membres du parti Dawa qui devraient être traduits en justice pour avoir tué de simples citoyens en menant des activités subversives. Il a désigné plus particulièrement les dirigeants du parti Dawa, formation chiite proche de l'Iran, à commencer par l'actuel chef du gouvernement Nouri al-Maliki et son prédécesseur, Ibrahim al-Jaafari.

S'exprimant d'une voix rauque, Tarek Aziz a expliqué que l'attentat de Doujaïl en 1982 contre Saddam Hussein faisait "partie d'une série d'attaques et de tentatives d'assassinat par ce groupe, moi y compris." Il a raconté qu'en 1980, des activistes du parti Dawa avaient jeté une grenade dans sa direction alors qu'il se trouvait à l'université de Bagdad, attentat qui avait fait plusieurs morts.

"Je suis la victime d'un acte criminel commis par ce parti qui est au pouvoir à l'heure actuelle. Alors faites-lui un procès. Son chef était premier ministre et son adjoint est maintenant le premier ministre et ils ont tué des Irakiens innocents en 1980".

Tarek Aziz a expliqué que les arrestations qui avaient suivi étaient une réaction normale à une tentative d'assassinat. "Si le chef de l'Etat est attaqué, l'Etat se doit d'agir de par la loi. Si les suspects sont pris avec des armes, il n'est que plus naturel qu'ils soient arrêtés et traduits en justice".

Saddam Hussein et sept de ses collaborateurs sont jugés pour crimes contre l'humanité à la suite de la répression ayant frappé la ville de Doujaïl après l'attentat de 1982. Plusieurs centaines de chiites, hommes, femmes et enfants, avaient été arrêtés, certains torturés à mort tandis que 148 avaient été condamnés à mort. AP
Yahoo.fr, actualités, mercredi 24 mai 2006, 17h13

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(22 août 2006) Saddam Hussein en procès pour le «génocide kurde» L'ancien dictateur irakien, son cousin «Ali le Chimique» et cinq coaccusés sont jugés pour l'extermination d'au moins 200 000 Kurdes en 1988.

Au moment de l'ouverture de l'audience, le pays kurde, au nord de l'Irak, s'est arrêté pour cinq minutes de silence. Beaucoup de familles ont installé les photos de leurs «martyrs» face au poste de télévision alors que défilaient les images du second procès de Saddam Hussein. C'est le moment tant attendu.

Il y a un peu moins d'un an, le 19 octobre 2005, l'ex-dictateur devait répondre du massacre de 148 villageois chiites. Cette fois, il est dans le box avec son cousin Ali Hassan al-Majid, surnommé «Ali le Chimique», pour l'extermination de près de 200 000 Kurdes en 1988 pendant l'opération «al Anfal» (butin de guerre), ainsi nommée d'après une sourate du Coran. Au cours de cette campagne contre les rebelles kurdes, accusés de complicité avec l'Iran, furent massivement utilisées des armes chimiques, notamment dans la petite ville d'Halabja.

Gaz moutarde.

Déjà inculpés de crimes de guerre et crimes contre l'humanité, Saddam et «Ali le chimique» sont cette fois aussi accusés de «génocide», le crime le plus grave, qui se caractérise par l'intention de détruire entièrement ou en partie un groupe du seul fait de ses croyances ou de ses origines ethniques.
Mais le Haut Tribunal pénal irakien, mis en place en décembre 2003 avec l'aide des Américains, n'a guère, jusqu'ici, affirmé sa crédibilité. L'évidence des crimes est pourtant accablante dans ce dossier. Al Anfal ne fut que l'apogée d'une série de massacres, commencés dès 1979 contre les Kurdes, qui se poursuivirent en 1983 avec l'extermination systématique de 8 000 hommes dans les villages de la vallée de Barzan, le fief de la famille Barzani (leaders historiques du mouvement national kurde irakien, ndlr).

Les atrocités contre les Kurdes feront l'objet de trois procès distincts, dont un spécifiquement sur Halabja, où 5000 personnes furent tuées en quelques minutes par des bombardements au gaz moutarde.

«Aucune population de l'Irak n'a autant souffert et n'a eu autant de victimes que les Kurdes avec un demi-million de morts, dont 350 000 disparus», martèle Mohammad Ihsan, 40 ans, ministre des Affaires extra-régionales au gouvernement du Kurdistan irakien. Parti tout jeune rejoindre les peshmergas (les combattants kurdes) dans la montagne, il s'exila ensuite en Grande-Bretagne, devint avocat, travailla avec Amnesty International ou Human Rights Watch tout en oeuvrant avec le comité Indictment pour un futur procès international de Saddam Hussein, alors encore au pouvoir.

13 tonnes d'archives.

Depuis son retour, il consacre la plus grande partie de ses activités de ministre «à enquêter sur les crimes du régime, car il n'y a pas assez de magistrats formés pour travailler sur ces sujets» . Il est bien convaincu qu'il est possible de prouver «les responsabilités directes et personnelles» de Saddam dans ces atrocités au travers de milliers de témoins directs et des archives.
Il y avait déjà celles, prises en 1991 dans les centres de sécurité au Kurdistan, que les peshmergas ont réussi à faire sortir du pays après l'écrasement de la révolte.
Depuis la chute du régime, il y en a beaucoup d'autres, en tout quelque 13 tonnes de documents saisis dans les locaux des divers services de sécurité ou du parti Baas. «Saddam Hussein était très fier de ses crimes et il pensait que son régime durerait éternellement : beaucoup de ses ordres étaient transcrits noir sur blanc et ses subordonnés lui envoyaient directement des cassettes montrant les tortures et les exécutions afin de bien montrer que les consignes avaient été appliquées à la lettre.
Tout cela offre un matériel immense aux enquêteurs avec des détails très précis et des noms. Il y a là un moyen d'établir, de façon très méticuleuse et dans tous leurs rouages, les chaînes de commandement», souligne Mohammed Ihsan.

«Comment imaginer un jour un Irak démocratique et une réconciliation si les responsables des atrocités commises pendant trois décennies n'ont pas un nom et n'ont pas été punis. Il ne s'agit pas seulement de juger Saddam Hussein, mais tout un système et les autres responsables de cette machine de terreur. Aujourd'hui, beaucoup d'hommes qui ont participé à ce système de répression sont non seulement toujours à même de nuire, mais revendiquent haut et fort leurs forfaits», explique le juriste.

Cibles.

Le procès de Saddam Hussein représente néanmoins sur ce plan une grande occasion manquée.
Le tribunal spécial siège dans la «zone verte», quartier bunker au centre de Bagdad, gardé par les troupes américaines.
Les juges, comme les témoins à charge, savent qu'ils sont les cibles de la résistance sunnite.
Plusieurs avocats des ex-dignitaires baasistes sont tombés sous les balles des escadrons de la mort chiites.
Les audiences sont souvent annulées à cause de Saddam qui refuse de reconnaître la légitimité de la cour.

Les organisations des droits de l'homme soulignent que le Haut Tribunal pénal irakien ne dispose pas de suffisamment de juristes expérimentés pour assurer un procès impartial et conforme aux critères internationaux. «Ces critiques sur les carences du tribunal sont en bonne partie justifiées car nous manquons aussi bien de juges que d'avocats pour faire face à un tel type de procès, mais en même temps c'est la première fois dans l'histoire de l'Irak, voire du monde arabe, qu'un ex-dictateur répond de ses crimes dans un procès sérieux», rétorque Mohammed Ihsan.

Peine capitale.

Comme beaucoup d'autres juristes, il aurait préféré que Saddam Hussein puisse être jugé par un tribunal mixte sous l'égide des Nations unies, avec des juges irakiens et internationaux. Ce projet avait capoté parce que le gouvernement irakien, soutenu par Washington, voulait pouvoir prononcer la peine de mort.
Il espère au moins que les prochains procès contre l'ancien dictateur iront jusqu'à leur terme, même si la cour prononce la peine capitale en octobre prochain pour la première affaire.
Libération, 22 août 2006, p. 5, Par Marc SEMO, QUOTIDIEN : Mardi 22 août 2006 - 06:00

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dimanche 5 novembre 2006, 10h20 Irak: Saddam Hussein condamné à mort

BAGDAD (AFP) - L'ancien président Saddam Hussein a été "condamné à mort par pendaison" dimanche par le Haut tribunal pénal irakien, pour sa responsabilité dans l'exécution de 148 habitants chiites du village de Doujaïl dans les années 1980, en représailles à un attentat contre son convoi.

Barzan Ibrahim al-Tikriti, demi-frère de Saddam Hussein et l'ancien président du tribunal révolutionnaire Awad Ahmed al-Bandar ont également été condamnés à mort. A l'énoncé de la sentence, M. al-Bandar a crié "Allah Akbar pour tous les traîtres" avant d'être expulsé de la salle d'audience.

Saddam Hussein, qui a dirigé le pays d'une main de fer de 1979 jusqu'à sa chute en avril 2003, et sept anciens responsables de son régime sont poursuivis pour le massacre de 148 villageois chiites de Doujaïl, tués en représailles après un attentat manqué contre l'ex-président en 1982.

L'ancien vice-président irakien, Taha Yassine Ramadan, a été condamné à la prison à vie. Le procureur général avait requis la peine de mort contre cet accusé, ancien proche de Saddam Hussein, capturé en août 2003 par les combattants kurdes à Mossoul (nord) et remis aux troupes américaines.
Yahoo.fr, actualités, dimanche 5 novembre 2006, 10h20

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dimanche 5 novembre 2006, 13h16 La France rappelle son opposition à la peine de mort

PARIS (Reuters) - La France a rappelé dimanche son opposition à la peine de mort et annonce qu'elle consultera ses partenaires européens pour faire connaître cette position au gouvernement irakien, après la condamnation à la pendaison de Saddam Hussein.

"En ce qui concerne la peine de mort, la France et, au-delà, l'Union européenne, ont une position constante en faveur de son abolition universelle", dit un communiqué du ministre des Affaires étrangères Philippe Douste-Blazy.

"Nous devons donc avec nos partenaires européens définir prochainement les modalités pour faire connaître cette position aux autorités de Bagdad", ajoute-t-il.

Le Quai d'Orsay ne condamne pas explicitement la sentence irakienne mais dit en "prendre acte". "Cette décision appartient au peuple irakien", écrit le ministre.

"J'espère que cette décision n'entraînera pas de nouvelles tensions et que les Irakiens, quelle que soit leur appartenance communautaire, sauront faire preuve de retenue", conclut-il.
Yahoo.fr, actualités, dimanche 5 novembre 2006, 13h16

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samedi 30 décembre 2006, 9h34 Saddam Hussein a été exécuté par pendaison

BAGDAD (Reuters) - Condamné à mort pour crimes contre l'humanité, l'ancien président irakien Saddam Hussein a été exécuté par pendaison samedi peu avant 06h00 (03h00 GMT) à l'âge de 69 ans.

Son exécution a été confirmée par les autorités irakiennes alors que les appels à la prière retentissaient dans Bagdad en ce jour le plus sacré du calendrier musulman, celui qui marque le début de l'Aïd el Adha, la grande fête du sacrifice.

Les détails de l'exécution sont rares mais, selon un témoin cité par la chaîne publique Irakiya, Saddam Hussein, jugé pour le massacre de Doudjaïl en 1982, est apparu comme un "homme brisé" alors qu'il montait sur l'échafaud.

Un autre responsable irakien a précisé qu'il avait dit la profession de foi des musulmans mais qu'il n'avait prononcé aucune autre parole. Il avait les mains liées et les jambes entravées. Son visage était découvert.

Il n'a pas dit où avait lieu l'exécution, mais a indiqué que ce n'était pas à l'intérieur de la Zone verte, le quartier fortifié de Bagdad. Selon une autre source irakienne, Saddam Hussein aurait été pendu à l'intérieur de Camp Justice, ancienne base des services de sécurité de l'ancien régime régulièrement utilisée aujourd'hui pour les exécutions de condamnés à mort.

La pendaison a été filmée, mais on ignore encore si les images seront diffusées par les autorités irakiennes.

Elles devraient être accueillies avec satisfaction par la majorité chiite, violemment opprimée sous son règne - les 148 victimes du massacre de Doudjaïl étaient chiites - mais pourraient alimenter davantage encore la colère de la minorité sunnite et décevoir de nombreux Kurdes, qui souhaitaient le voir jugé pour génocide contre leur communauté.

BUSH: "UNE ÉTAPE IMPORTANTE"

Aux Etats-Unis, le président George Bush a estimé que la mort de Saddam Hussein constituait une "étape importante" du processus de démocratisation de l'Irak.

"Faire rendre justice à Saddam Hussein ne mettra pas un terme à la violence en Irak, mais c'est une étape importante sur le chemin de la démocratie en Irak, une démocratie qui pourra se gouverner, se soutenir et se défendre par elle-même", écrit-il dans un communiqué diffusé de son ranch texan de Crawford.

A Londres, la ministre britannique des Affaires étrangères, Margaret Beckett, a estimé que Saddam Hussein, "jugé par un tribunal irakien pour une partie au moins des crimes effrayants qu'il a commis contre le peuple irakien", a "rendu des comptes".

La France, qui avait pris la tête du camp du "non" à l'intervention militaire de mars 2003, a simplement "pris acte" de son exécution et appelé "tous les Irakiens à regarder vers l'avenir et à travailler à la réconciliation et à l'unité nationale".

PROCÈS CHAOTIQUE

Pratiquement trois ans jour pour jour après sa capture dans une cache de sa région natale de Tikrit, près de trois décennies après son arrivée au pouvoir à Bagdad, l'existence de Saddam Hussein s'est achevée au bout d'une corde.

Sa fille Raghd, qui vit en exil en Jordanie, a demandé à ce que son corps soit inhumé "temporairement au Yémen jusqu'à ce que l'Irak soit libéré et qu'il puisse être réinhumé en Irak", a rapporté une source proche de la famille.

L'ancien président irakien, renversé en avril 2003, avait été condamné à mort pour crimes contre l'humanité le 5 novembre dernier. Sa condamnation, au terme d'un procès souvent chaotique, avait été confirmée mardi dernier en appel.

Des associations de défense des droits de l'homme, dont Amnesty International et Human Rights Watch, ont dénoncé les conditions jugées inéquitables du procès d'un homme dont le règne a été marqué par des atteintes massives aux droits de l'homme et des répressions sanglantes.

"L'exécution précipitée de Saddam Hussein constitue tout simplement une erreur", a réagi Larry Cox, directeur exécutif d'Amnesty International-USA. "Cela signifie un déni de justice pour les victimes innombrables qui ont enduré des souffrances innommables pendant son régime et qui n'ont désormais plus la possibilité d'obtenir justice."

"JE M'OFFRE EN SACRIFICE"

Avec son exécution s'achève en effet le cycle des procès esquissés contre l'ex-raïs, qui comparaissait depuis l'été dernier dans le cadre d'une autre procédure, pour génocide cette fois, liée aux massacres de Kurdes lors de la campagne Anfal - dont le gazage d'Halabja, où quelque 5.000 personnes ont péri en mars 1988.

Dans une lettre écrite après sa condamnation, l'ex-raïs se disait prêt à se sacrifier pour l'Irak, dont il s'est présenté jusqu'au dernier moment comme le président légitime.

"Je m'offre en sacrifice. Si Dieu le tout-puissant le désire, elle (mon âme) ira là où il me l'ordonnera, avec les martyrs", affirmait l'ancien président irakien dans cette lettre manuscrite obtenue auprès de ses avocats, en Jordanie.

Sous son règne, l'Irak s'était engagé dans les trois grands derniers conflits du Moyen-Orient: la guerre contre l'Iran (1980-88) et la guerre du Golfe consécutive à l'invasion du Koweit (janvier 1991) avaient laissé l'Irak exsangue malgré ses richesses pétrolières.

L'intervention de mars 2003 et le cycle de violences et de représailles dans lequel il s'est enfoncé font désormais craindre à certains que le pays entre en guerre civile.
Yahoo.fr, actualités, samedi 30 décembre 2006, 9h34

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mardi 2 janvier 2007, 13h54 Manifestations populaires en hommage à Saddam Hussein Par EuroNews

En Irak, les hommages populaires à la mémoire de Saddam Hussein, pendu samedi et enterré dimanche, se poursuivent

Dans sa région natale de Tikrit, ou encore à Samarra, des centaines de personnes sont descendues dans les rues, brandissant des portraits de l'ancien Raïs et lançant des slogans pour dénoncer son exécution.

La pendaison de l'ancien dictateur, les Américains auraient voulu la retarder. C'est ce qui signale un haut responsable irakien sous couvert d'anonymat.

Autre révélation, celle d'un soldat américain, qui fut, courant 2004, l'infirmier de Saddam Hussein, quand celui-ci était prisonnier. "Il (Saddam Hussein) savait faire face à tout, raconte-t-il. Il ne se plaignait jamais. S'il se plaignait, c'était toujours pour une bonne raison, mais jamais pour rien. Il passait son temps à lire et à écrire. Et puis chaque jour, il était autorisé à sortir pour une brève promenade. Il y avait une petite parcelle de verdure et il l'arrosait, même si çe n'était que quelques herbes."

Parmi les manifestations d'hommage à Saddam Hussein, il y a eu aussi un rassemblement dans le village chiite de Doudjaïl, là-même où l'ancien dictateur avait fait exécuter 150 villageois en 1982, ce qui lui avait valu sa condamnation à mort.
mardi 2 janvier 2007, 13h54, Euronews

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samedi 6 janvier 2007, 11h52 Irak: l'exécution de Saddam Hussein est une "affaire interne", selon le Premier ministre

BAGDAD (AFP) - L'exécution de l'ancien président Saddam Hussein, pendu le 30 décembre 2006 par les autorités irakiennes, est une "affaire interne" à l'Irak, qui "ne concerne que les Irakiens", a déclaré samedi le Premier ministre Nouri al-Maliki (anciennement Jawad al-Maliki) (né en 1950), réagissant aux critiques internationales.

"Nous considérons l'exécution du dictateur Saddam Hussein comme une affaire interne qui ne concerne que les Irakiens", a déclaré M. Maliki, au cours d'une cérémonie officielle organisée pour le 86e anniversaire de la fondation de l'armée irakienne.

Il s'agit de la première réaction officielle du Premier ministre à l'exécution de Saddam Hussein, pendu il y a une semaine dans une caserne du nord de Bagdad.

Une vidéo pirate de sa mort, diffusée sur internet, a depuis lors suscité l'indignation de la communauté internationale. Cette vidéo, réalisée avec un téléphone portable, révéle notamment que l'ancien président a été insulté et pris à partie par plusieurs témoins.

"L'exécution du despote n'était pas une décision politique, comme l'affirment les ennemis du peuple irakien. Cette décision a été appliquée après un juste procès, que le dictateur ne méritait pas", a estimé M. Maliki.

"Nous avons régulièrement déclaré que Saddam Hussein ne représentait aucune composante du peuple irakien. Les crimes qu'il a commis contre le peuple, le pays et ses institutions sont indéfendables", a-t-il poursuivi.

"Nous continuerons à appliquer la justice contre ceux qui ont abusé du peuple irakien et qui ont le sang d'innocents sur les mains", a ajouté le Premier ministre.

Par ailleurs, Nouri al-Maliki a ajouté que les autorités irakiennes pourraient "revoir" leurs relations "avec tous les Etats qui n'ont pas respecté la volonté du peuple irakien" sur l'exécution de l'ancien président Saddam Hussein.

Le gouvernement "pourrait être obligé de revoir ses relations avec tous les Etats qui n'ont pas respecté la volonté du peuple irakien", a menacé M. Maliki.

"Nous rejetons et condamnons les réactions, officielles ou au travers des médias, de certains gouvernements", a-t-il commenté.

"Nous sommes stupéfaits de ces réactions de certains gouvernements qui pleurent sur le sort du despote sous prétexte qu'il a été exécuté un jour saint, alors qu'il toujours violé" les fêtes saintes, a-t-il accusé.

"Nous estimons qu'il s'agit là d'une insidieuse sédition, d'une flagrante interférence dans les affaires internes de l'Irak, et d'un affront aux familles des victimes", a-t-il ajouté.
Yahoo.fr, actualités,

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