Vers la CEDH
Vers une autre Grande-Europe

Juin 2008. La Russie et la Turquie en demie-finales de L'euro-foot 2008

Avril 2008. Rollback de la Russie : L'Albanie et la Croatie vont intégrer l'Empire occidental américain, rejoint militairement par la France (absente officiellement depuis la rupture du général De gaulle de 1966).

Novembre 2005. Les footballeurs turcs frappent les footballeurs suisses aux couilles
Décembre 2004. Jacques Chirac (chiraquien à géométrie variable) pour l'enturcage de l'Europe, fermer la porte serait "générer de l'insécurité" .... (chantage ?)
Robert Badinter (social-démocrate, juif turcophobe) : Le référendum est un leurre : non à la Turquie
François Bayrou (démocrate-chrétien turcophobe): Une décision monarchique
Nicolas Sarkozy (sarkozien, ami d'Israël): Pour un "partenariat" avec la Turquie, et avec Israël aussi ....
Elisabeth Guigou (social-démocrate turcophile) : A fond pour la Grande Europe puissance
Les arméniens manifestent à Bruxelles
(Décembre 2002) Un point de vue chrétien "libéral" : L'Europe une chance pour l'Islam
Europe et Turquie, la pression américaine

Grande Europe et Allemagne *
La France a du mal à accepter que l’Allemagne soit désormais un géant politique en Europe, rôle qui lui était jusqu’à présent dévolu. Pour Günter Verheugen, le commissaire européen chargé de l’élargissement, l’adhésion des Pays de l’Est va encore renforcer ce poids de l’Allemagne. Celui qui fut ministre délégué aux Affaires étrangères dans le gouvernement Schröder, jusqu’à sa nomination à Bruxelles en septembre 1999, estime, dans un entretien accordé au quotidien suisse le Temps et à Libération, que Berlin ne doit pas pour autant faire cavalier seul dans une Europe élargie, l’égalité politique entre les deux rives du Rhin étant la pierre angulaire de la construction communautaire.

Le traité de Nice permettra-t-il que l’élargissement ait lieu dans de bonnes conditions?
Le résultat est suffisant. A Nice, les Quinze ont affirmé l’espoir que les négociations d’adhésion soient terminées fin 2002 avec les pays les plus avancés, de façon qu’ils puissent participer aux élections européennes de juin 2004. Il n’y a pas de calendrier absolument fixe, mais c’est une esquisse temporelle qui satisfait les candidats. En revanche, sur la question de l’approfondissement, nous sommes déçus. Avec de nouveaux Etats membres, l’Europe risque d’avoir du mal à fonctionner. Cela peut marcher, mais les progrès seront laborieux. Heureusement, une nouvelle Conférence intergouvernementale aura lieu en 2004.

Le traité de Nice a renforcé le poids de l’Allemagne dans la nouvelle architecture institutionnelle. La rupture de l’égalité entre la France et l’Allemagne n’est-elle pas dangereuse?
C’est la question la plus importante qui se pose à l’Europe aujourd’hui, car l’équilibre interne de l’Union se fonde sur une égalité de droits entre ces deux pays. Pour le chancelier fédéral, la prise en compte de l’élément démographique dans la répartition des voix au Conseil des ministres n’était pas centrale. Les élites politiques en Allemagne sont parfaitement conscientes qu’au sein de l’Union l’Allemagne doit, comme par le passé, adopter un comportement d’automodération. Si l’équilibre entre la France et l’Allemagne a été globalement préservé à Nice, il reste maintenant à savoir comment elles vont assumer leur responsabilité commune pour peser sur l’avenir de l’Europe.

Etes-vous sûr que personne n’est tenté en Allemagne par l’exercice d’un leadership solitaire?
Je n’ai jamais entendu dire à Berlin qu’il fallait que l’Allemagne exerce un leadership exclusif. Néanmoins, il est normal que le pays le plus puissant ne soit pas un simple figurant: il faut qu’il prenne conscience de ses responsabilités et les exerce. Pour le partenaire qu’est la France, ce n’est pas toujours facile à gérer, compte tenu des équilibres politiques intérieurs actuels.

Le problème n’est-il pas que les dirigeants politiques français n’ont plus de projet pour l’Europe, à l’inverse des dirigeants allemands?
Les deux pays sont d’accord pour que l’intégration européenne s’intensifie, sans pour autant que les Etats nations disparaissent. Mais si les Quinze ont du mal à progresser, c’est parce qu’il n’y a plus d’accord, de consensus, sur ce que doit être cette intégration. Si on ne connaît pas le but du voyage, il est difficile de savoir par quelles étapes on va passer pour l’atteindre…

Joschka Fischer, le ministre allemand des Affaires étrangères, a donné un but à ce voyage en proposant en mai dernier de bâtir une fédération européenne.
Je ne crois pas que la politique européenne allemande vise à concrétiser systématiquement la vision de Joschka Fischer. Ce qu’il voulait, c’était lancer un débat et il y est parvenu. En France, la discussion est d’ailleurs beaucoup plus nourrie qu’elle ne l’est en Allemagne.

Vous n’êtes donc pas désespéré de l’état de la relation franco-allemande?
Celle-ci a toujours connu des phases de passage à vide. J’avais dit, dans une autre fonction, qu’elle manque d’ampleur et de profondeur.

L’actuel passage à vide dure depuis le départ de François Mitterrand, puis de Helmut Kohl…
L’élargissement pose beaucoup plus de questions à la France, compte tenu de son histoire, qu’à l’Allemagne où ce projet est considéré comme une chose naturelle qui ne présente que des avantages économiques. Pour la France, l’ouverture vers l’Est renforce le poids de l’Allemagne au sein de l’Union, au point que l’ensemble de l’équilibre interne est menacé. Ce n’est pas une simple chimère, c’est une question sérieuse que l’Allemagne, en tant que voisine, doit accepter de voir posée. Si je devais donner un conseil à la France, ce serait de profiter de l’élargissement pour renforcer sa position en Europe de l’Est. La Pologne par exemple, souhaite une présence plus affirmée de Paris et, à Berlin, personne n’y voit d’inconvénient.

La France n’a-t-elle pas, au contraire, perdu de son crédit à Varsovie, en proposant, durant le sommet de Nice, que la Pologne ait deux voix de moins que l’Espagne, à population égale?
La Commission et certains Etats membres ont tiré très vite la sonnette d’alarme et le tir a été corrigé…

Les négociations d’élargissement sont entrées dans le vif des questions sensibles. Le chancelier Schröder vient ainsi de proposer que la libre circulation des personnes ne soit accordée aux pays candidats que sept ans après leur adhésion.
Le moins que l’on puisse dire est que les réactions des pays candidats n’ont pas été enthousiastes. Mais on ne peut pas faire abstraction du fait que l’Allemagne et l’Autriche ont les frontières les plus longues avec les futurs adhérents et donc qu’ils nourrissent une crainte profonde. Dans la pratique, le problème ne se posera pas de manière aussi dramatique. Je suis convaincu que les différences de revenus ne suffisent pas à déclencher, à elles seules, des flux migratoires. Les gens émigrent si leur pays manque totalement de perspectives économiques. Or l’élargissement leur en donne justement.
* Bruxelles (UE) de notre correspondant, Libération, 22 décembre 2000, p. 11

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Le Figaro Éditorial MICHEL SCHIFRES [13 décembre 2002]
L'arrogance américaine

Ce pourrait être un incident médiocre et une banale affaire d'influence. Sauf que le plaideur s'appelle George W. Bush, qu'il téléphone à un chef d'État – Jacques Chirac – et intervient dans une affaire dont il ne peut être maître – l'éventuelle entrée de la Turquie dans la Communauté européenne décidée par les seuls Européens. Encore Chirac n'est-il pas le seul à avoir bénéficié de l'appel américain: Bush, transformé en standard téléphonique, a contacté, à plusieurs reprises, les principaux dirigeants en Europe.

De ces faits, la pression devient ingérence ou interférence si on veut se montrer plus diplomatique. Quelle que soit la façon dont on la nomme, elle est tout bonnement insupportable. Ces temps-ci, l'Amérique ne met même plus les formes, ni pour révéler ses désirs ni pour tenter d'imposer sa volonté. Au point que le simplisme et la brutalité de son président découragent ses partenaires les plus proches.

L'intégration d'Ankara est pour Washington une affaire d'une grande importance. Les États-Unis entendent récompenser de cette manière un allié fidèle. Forteresse solide face au chaos du Proche-Orient, puissance militaire, soutien d'Israël – du moins jusqu'à maintenant –, voisine de l'Irak et de l'Iran, la Turquie est une pièce essentielle du dispositif américain. Elle leur a toujours été un ami précieux aussi bien hier, lorsqu'il fallait contrer le communisme, qu'aujourd'hui, quand il s'agit de démêler la crise proche-orientale. Et elle le sera demain si les Américains, entrés en guerre contre l'Irak, utilisent les bases militaires turques.

Le souci turc et le calendrier n'expliquent pas à eux seuls l'arrogance américaine. Le temps est loin où les conseillers de Bush lui suggéraient de se présenter en «géant humble» et où le président américain, pour sa première tournée en Europe, expliquait qu'il était surtout venu pour écouter. C'était aux premiers mois de son mandat. Depuis, le 11 septembre et la guerre contre le terrorisme international ont à ce point rigidifié l'attitude des Américains qu'ils en oublient les usages et l'aide que l'Europe, notamment la France, leur a apportée dans leur conflit avec Saddam Hussein. On n'ose imaginer la réaction de Washington si un responsable européen téléphonait à Bush pour lui demander d'ouvrir ses frontières avec le Mexique, voire de restituer les territoires, de la Californie au Texas, autrefois mexicains!

Comme d'ordinaire, les Européens les plus sceptiques jugeront que l'Europe est fautive si – et puisque – on se permet de la traiter ainsi. Voilà bien, penseront-ils, une preuve supplémentaire de son inexistence politique et la conséquence de ses divisions. Même si le procès était fondé, ce ne serait pas une raison pour accepter la suffisance américaine. Etre amputé d'un bras ne justifie pas qu'on sacrifie l'autre.

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La Turquie en Europe, une chance pour l'islam

Il ne fait pas bon, par les temps qui courent, se prétendre simple fidèle, musulman pieux, régulier dans ses observances, accomplissant son devoir pendant le mois de ramadan et après. Massacres à Bali, à Mombasa, attentats-suicides à Jérusalem, procès d'islamistes à Paris : il ne se passe guère de jour sans que le flot des nouvelles ne renvoie au croyant l'image d'un islam coupable, agressif, meurtrier. A force d'amalgames, l'islamophobie n'a sans doute jamais atteint un tel niveau d'intensité. Les responsables musulmans modérés ont beau dire et répéter qu'aucune cause, si noble soit-elle, ne saurait jamais justifier un tel déchaînement de violences, la distinction qu'ils font entre le "véritable islam" de concorde, de tolérance, de paix et l'islamisme, pathologie perverse et infantile de l'islam, semble à l'opinion de moins en moins pertinente et convaincante.

Tantôt l'islam est la "cinquième colonne" qui déstabilise les institutions laïques (Le Figaro Magazine du 19 octobre), tantôt il bénéficie de l'"indulgence extrême" des médias. Les islamologues sont traités de "médiatiques dandys", et l'Etat, qui tente d'organiser la communauté musulmane en France, est jugé coupable de "sacrifier les grands principes de la laïcité sur l'autel du communautarisme" (Agnès Devictor dans Le Monde du 4 octobre). "Le mauvais islam n'est que la version guerrière d'une loi coranique dans laquelle aucune autorité islamique reconnue n'a installé ses garde-fous" (Claude Imbert dans Le Point du 26 septembre).

Islamophobie méritée, surenchérit Ghaleb Bencheikh, théologien français : les condamnations des actes terroristes antioccidentaux ont toujours, chez les hiérarques musulmans, un "relent de justification". Les Groupes islamiques armés (GIA) en Algérie sont condamnés, mais après les "généraux" au pouvoir à Alger. Les attentats-suicides palestiniens le sont aussi, mais les responsabilités d'Ariel Sharon d'abord mises en évidence. Le délire meurtrier d'un Oussama Ben Laden est fustigé, mais pas autant que l'administration Bush. Circonstance atténuante : la parole des "clercs" (oulémas, recteurs d'université) est muselée par l'ombre tutélaire des pouvoirs qui les nomment.

D'où vient cette incapacité d'un sursaut collectif de l'islam ? Est-elle imputable à son histoire, à sa doctrine, à ses divisions, aux autoritarismes politiques ? Où sont les Voltaire, Rousseau, Montesquieu de l'islam ? A leurs débuts, les philosophes français n'étaient pas nombreux non plusà s'ériger contre l'ordre établi et la confiscation de la parole publique, et, pourtant, ils ont soulevé le couvercle de l'oppression. Où sont les Ghazali, Averroès, Avicenne capables de faire éclore un nouvel humanisme arabe ? Et si le Prophète n'a rien dit de la gestion des affaires de la cité, comment expliquer l'absence de délibération et de prise de parole collectives, alors que le verset 42 de la sourate 38 – "Et leurs affaires sont objet de consultations entre eux" – fait obligation aux musulmans de se prendre en charge.

"RATIONALISATION"

C'est dans ce climat que le "modèle" de la Turquie peut se révéler décisif pour l'avenir et inspirer au moins, plutôt que de jouer les repoussoirs, une marge d'espoir. Les auteurs des campagnes contre l'adhésion d'Ankara à l'Union européenne ou, toutes proportions gardées, contre la représentation élue d'un islam français jouent avec le feu. Entre l'islam soumis, bâillonné, des pays de dictature arabe et l'islamisme, il y a une troisième voie possible qui passe par la démocratie, la neutralité de l'Etat, la laïcité, le respect des minorités. Sans être parée de toutes les vertus, la Turquie doit faire la démonstration que l'islam est soluble dans des institutions démocratiques et la laïcité.

Inspirée du modèle jacobin français, autoritairement mise en place par le régime kémaliste et défendue, au besoin, par l'armée, la laïcité "à la turque" a permis une séparation entre la sphère publique et la sphère privée qui n'a pas de comparaison dans le monde islamique. L'héritage historique de l'Empire ottoman (qui distinguait déjà la classe administrative et la caste religieuse), l'expérience démocratique qui tente de s'imposer (avec des hauts et des bas), une tradition étatique forte, modernisatrice, théoriquement neutre (par rapport à la religion), enfin l'absence de ressentiment antioccidental (la Turquie fut colonisatrice, non colonisée) : autant d'éléments qui ont contribué à une "rationalisation", selon Nilüfer Gole (chercheuse à l'Ecole pratique des hautes études en sciences sociales) de la religion musulmane et à une "privatisation" de son espace.

Le vote (la politique), le diplôme (l'éducation), l'argent (le marché) sont les trois voies qui ont permis, dans la Turquie moderne, une circulation des élites, une mobilité sociale. Dans les autres pays musulmans, il manque toujours l'une au moins de ces trois voies pour permettre une telle émancipation, sauf peut-être l'Iran, modèle assez proche de la Turquie, mais qui n'a pas connu la même expérience démocratique après la chute des Pahlevi.

En Turquie, l'islam est donc une référence normalisée de la vie publique. A la différence des pays arabes, la revendication politique, sociale ou économique y passe par le jeu des partis. Elle n'a pas eu besoin de "transfert" sur des courants islamistes minoritaires, clandestins, opprimés, qui ont su capter, pour le pire plus souvent que pour le meilleur, les frustrations et les espoirs des masses déshéritées et de la jeunesse éduquée. Presque plus qu'en aucun autre pays musulman, l'islamisme en Turquie est perçu, notamment chez les femmes, comme une menace.

L'islam turc, surtout s'il est amarré un jour à l'Union européenne, devrait servir de référence pour tout le monde musulman. Ce qui ne veut pas dire que toutes les questions y soient épuisées, notamment celle de la place à faire à la religion dans l'espace public, toujours sujette à contestation. Ou de l'avenir de la laïcité, qui ne peut plus être conçue selon un mode autoritaire et militarisé dans la Turquie moderne, restée un espace multiculturel et multireligieux comme à l'époque de la Sublime Porte. L'attitude qu'il observera à l'égard du foulard islamique – interdit au Parlement, à l'école, à l'université – sera l'un des premiers tests pour le parti d'islam modéré ("musulman-démocrate") qui, grâce à son leader Recep Erdogan, vient d'accéder au pouvoir à Ankara.

Le phénomène nouveau dans l'islam, en Turquie comme dans la population musulmane sédentarisée en France, en Allemagne, en Grande-Bretagne, est bien l'émergence d'"acteurs mixtes" (Nilüger Gole), issus d'une éducation laïque, mais qui veulent s'approprier le lexique religieux de la réaffirmation identitaire. Cette mixité ne va pas cesser de se développer, encouragée par les pressions migratoires, par la modernisation, par la mondialisation, par l'interpénétration des coutumes et des cultures.

Mais face au cas de la Turquie, à ceux de l'Iran, de pays musulmans d'Afrique où des transitions démocratiques ont été possibles (Sénégal, Mali), à l'Indonésie de Megawati, on ne peut plus raisonner comme si l'islam était – il ne l'a jamais été – unique et monolithique. Ni se résigner aux deux pôles – un Occident moderne et démocratique, un Islam rétrograde et policier – qui n'existent que dans les modèles "civilisationnels" chers à Samuel Huntington.
Henri Tincq, LE MONDE | 17.12.02 | 13h17

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(Décembre 2004) Chirac explique à des Français réticents son "oui, si" à la Turquie

PARIS (AFP) - Le président Jacques Chirac s'est livré mercredi (15 décembre 2004) sur TF1 à un exercice de pédagogie pour expliquer à une opinion publique française très réticente les raisons de son "oui, si" à l'adhésion de la Turquie à l'Union européenne.
A la veille du Conseil européen de Bruxelles qui doit décider de l'ouverture de négociations d'adhésion avec Ankara, le chef de l'Etat s'est employé à faire partager sa conviction que l'Europe et la France ont tout intérêt à arrimer la Turquie à l'UE.
Personnellement favorable à cette adhésion, Jacques Chirac est confronté à une opinion largement hostile jusqu'à l'intérieur du gouvernement. La position du chef de l'Etat crée une "difficulté incontestable", a d'ailleurs estimé le président de l'UMP Nicolas Sarkozy.
"La question qu'il faut se poser, c'est +est-ce que l'Europe, et notamment la France, ont ou non intérêt à ce que la Turquie les rejoigne?+ Ma réponse est oui, si", a déclaré le chef de l'Etat. "Oui, si la Turquie remplit naturellement la totalité des conditions qui s'imposent à tout candidat à notre union", a-t-il ajouté.

Pour justifier sa position, Jacques Chirac a invoqué "la paix et la stabilité", "l'enracinement de la démocratie" et le "développement économique et social". Un rejet de la Turquie représenterait "certainement un risque d'instabilité, d'insécurité à nos frontières", a-t-il dit.
Toutefois, a-t-il observé, la Turquie qui a fait "un effort considérable" pour se rapprocher de l'UE, est "loin du terme de cet effort" pour se conformer aux règles et aux valeurs européennes.

Jacques Chirac a aussi insisté sur la longueur des négociations d'adhésion ("10 ans, 15 ans, 20 ans") et sur le droit de chacun des 25 membres de l'UE de "tout arrêter" à tout moment.
Sans faire explicitement de la reconnaissance du génocide arménien une condition d'adhésion, il a demandé à la Turquie d'accomplir "un effort de mémoire important". En France, a-t-il noté, cette reconnaissance, "c'est la loi". En avril dernier, il avait jugé qu'il s'agissait d'une question "bilatérale" entre la Turquie et l'Arménie.
Cette question est très sensible en France où vit une communauté arménienne de 300 à 400.000 personnes. "Le drame" qu'elle a vécu "doit être respecté", a dit le chef de l'Etat.
Il a rejeté l'idée d'un partenariat privilégié UE-Turquie, réclamé par beaucoup de responsables politiques en France. Les Turcs "n'accepteront jamais" une telle solution après avoir consenti "des efforts aussi considérables" en direction de l'Europe.
Répondant à ceux qui craignent de voir un pays musulman de 70 millions d'habitants rejoindre le grand ensemble européen, il a fait valoir que la Turquie était "un pays laïc" depuis 1923 et mis en garde contre "la guerre des religions, des civilisations, des cultures".

Jacques Chirac a également justifié sa volonté de voir l'UE accueillir la Turquie par des considérations historico-géographiques. De tout temps, la Turquie "a été à la recherche d'un choix entre l'Asie et l'Europe", a-t-il dit. "Notre intérêt, c'est qu'elle penche vers l'Europe" et ses valeurs, "et non pas vers l'Asie" au risque de "générer de l'instabilité ou de l'insécurité pour l'Europe".
Le président de la République a répété qu'en tout état de cause, les Français auraient "le dernier mot" à l'issue des négociations, confirmant que la Constitution serait réformée pour rendre obligatoire un référendum sur la question.
Evoquant par ailleurs la ratification de la Constitution européenne, il n'a pas précisé la date du référendum, mais a souhaité qu'il ne soit pas "détourné de sa vocation" par des considérations de politique politicienne.
Yahoo.fr, actualités, jeudi 16 décembre 2004, 8h11

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Bayrou: "tristesse et colère" face à l'attitude "monarchique" de Chirac

PARIS (AFP) - François Bayrou, président de l'UDF, a exprimé jeudi (16 décembre 2004) "tristesse et colère" après le plaidoyer de Jacques Chirac pour l'adhésion de la Turquie à l'Union européenne et il a dénoncé sur RTL un système de décision "monarchique".

"Depuis des semaines, on a multiplié les déclarations apaisantes et lénifiantes pour dire qu'on introduirait une clause de partenariat privilégié (...) Le Premier ministre est venu à l'Assemblée nationale pour dire il y avait trois hypothèses: soit l'adhésion, soit la rupture, soit le partenariat privilégié", a-t-il dit.
Or, a souligné François Bayrou, "tout cela a été rayé d'un trait de plume hier soir par le président de la République qui a décidé souverainement, comme si cela lui appartenait en propre, que la décision irait dans la sens de l'adhésion de la Turquie".

Selon le président de l'UDF, Jacques Chirac "a cédé en réalité à la pression" du chef du gouvernement turc Recep Tayyip Erdogan et du chancelier allemand Gerhard Schroeder.
François Bayrou a ajouté que la France vivait en "monarchie". "Il n'y a aucun autre pays dans lequel un sujet de cette importance puisse se traiter par la décision souveraine d'un seul homme". "Tout cela n'est pas acceptable et doit être changé", a-t-il dit.
Il a assuré que "les Français allaient s'inviter dans ce débat" et promis "des initiatives parlementaires".
M. Bayrou a évoqué de "grandes menaces sur le résultat" du référendum prévu en 2005 pour ratifier la Constitution européenne dont il est partisan.
Yahoo.fr, actualités, jeudi 16 décembre 2004, 8h49

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« Le référendum est un leurre »
ANCIEN PRÉSIDENT du Conseil constitutionnel, Robert Badinter est contre l'entrée de la Turquie dans l'Union.

Quelle est votre réaction après l'intervention de Jacques Chirac, hier soir sur TF 1 ?

Robert Badinter. Je l'ai trouvée courte et tardive.
Courte parce qu'il ne nous a pas donné sa conception de l'Europe. Où s'arrête-t-elle et que doit-elle être : Europe-puissance ou Europe-marché ?
Tardive, parce que c'est la première fois que le président de la République daigne s'exprimer à ce sujet. Jamais auparavant il n'avait fait état de son choix. C'est pourtant une question essentielle. La Turquie à elle seule représente plus en population que les dix nouveaux Etats qui viennent d'entrer.
Une décision d'une telle portée aurait dû depuis longtemps faire l'objet d'un débat public. Jamais l'opinion n'en a été saisie. Et jamais, ce qui est plus significatif encore, le président de la République n'a demandé aux gouvernements successifs de porter la question devant le Parlement.

Dans une démocratie authentique, on ne devrait pas ainsi arrêter une telle décision sans que l'Assemblée et le Sénat en aient débattu et se soient prononcés par un vote. Le Parlement tout autant que le président de la République représente les citoyens.

Tenir l'opinion et le Parlement à l'écart, c'est pratiquer un exercice solitaire et orgueilleux du pouvoir présidentiel. Nous ne sommes plus au temps lointain de la grandeur gaullienne.

Les raisons avancées par Jacques Chirac ne vous convainquent pas ? D'abord, la paix. Il faut bien mesurer que, avec la Turquie, l'Union européenne aura ses frontières en Asie mineure, dans une des régions les plus chargées de périls qu'ils soient dans le monde actuel. On n'a pas besoin de rappeler ce que peut signifier en termes de conflits virtuels le voisinage avec les Etats du Caucase, l'Irak et le problème kurde, l'Iran et son régime islamiste.
Est-ce là la garantie de stabilité et de paix que l'Union recherche en se portant au-delà du Bosphore ? Où est le projet des Pères fondateurs ? Rappelons, par ailleurs, que la Turquie a été le pays le plus condamné pour violation grave des droits de l'homme. Pourquoi son entrée dans l'Union est-elle indispensable pour lui faire respecter les droits de l'homme ? L'égalité entre femmes et hommes est un principe fondemental de l'Union. Tant qu'elle n'est pas respectée par la Turquie, on ne devrait même pas l'admettre comme candidate.

Approuvez-vous l'idée d'un référendum au moment de l'adhésion ?

Pourquoi tant de précautions ? L'entrée de la Turquie s'avère-t-elle si chargée de menaces ? Comment ne pas voir que ces précautions seront ressenties par les Turcs comme un traitement discriminatoire ? Au bout de dix ou quinze ans, l'adhésion sera acquise tout simplement parce qu'on ne pourra plus la refuser de crainte d'une crise politique majeure.
L'évocation d'un tel référendum est un leurre.
Propos recueillis par B.M., Le Parisien, jeudi 16 décembre 2004, p. 5

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Sarkozy, l’ami de Sharon
Les autorités israéliennes ont fait un accueil triomphal au président de l’UMP, qui s’est démarqué de la politique extérieure de la France.

Le tout nouveau chef de l’UMP a soigneusement choisi la destination de sa première visite à l’étranger depuis son triomphe « à l’américaine » du Bourget. En se rendant en Israël, sans passer par les territoires palestiniens, Nicolas Sarkozy savait qu’il allait faire coup double : conforter sa popularité auprès des organisations juives de France qui lui sont reconnaissantes de ses déclarations musclées, comme ministre de l’Intérieur, contre l’antisémitisme, et se poser aux yeux du monde - et surtout des États-Unis, son modèle, où il avait déjà courtisé au printemps la communauté juive - comme le successeur possible de Jacques Chirac à l’Élysée.

Non seulement Israël l’a traité en successeur possible, mais encore en remplaçant souhaité, avec l’espoir non dissimulé de voir celui que les médias israéliens ont baptisé « Nicolas Napoléon », « l’ami français », ou encore « l’anti-Chirac » changer radicalement l’orientation de la politique de la France dans cette région du monde.

Au lieu de recevoir l’accueil dû au chef d’un parti, fût-il de gouvernement, Nicolas Sarkozy a été traité en chef d’État. Tout Israël a voulu le recevoir, se montrer avec lui : le président Katzav, Netanyahu et Shimon Peres, le ministre des Affaires étrangères, Silvan Shalom, et, bien sûr, le premier ministre, Ariel Sharon, qui l’a reçu pendant une heure trente. À ce dernier, le chef de l’UMP n’a pas ménagé les compliments, le traitant « d’homme de courage », « au-dessus des partis », portant « les espoirs de paix » dans la région. C’est tout juste s’il ne l’a pas comparé au général de Gaulle, qu’il a d’ailleurs cité sans vergogne, sans doute pour assurer ses arrières auprès de ceux qui, dans son parti même, sont attachés à cette « politique arabe de la France » qu’il veut renier. Et de dévoiler ses propres « idées simples face à l’Orient compliqué » : deux États, le droit d’Israël à la sécurité. Surtout, dernière mais non la moindre : la primauté de l’économie sur le politique. Une idée qui n’a rien de « gaullien » et qui, au contraire, rejoint la vision américaine du « Grand Moyen-Orient » : faire la paix en faisant des affaires puisque, selon la philosophie développée par Nicolas Sarlozy, « c’est l’économie qui rapproche ». C’était aussi, rappelons-le, la théorie de Shimon Peres au moment des accords d’Oslo, avec son rêve de « marché commun du Proche-Orient ». Elle a montré qu’elle ne résistait pas à des faits aussi têtus que l’occupation et la colonisation.

De cela, qui est le fond du problème, Nicolas Sarkozy s’est bien gardé de parler, préférant, à son habitude, multiplier les gestes, spectaculaires ou symboliques, de la tombe de Rabin au mur des Lamentations, virevolter avec Cécilia devant les caméras et se gargariser de formules creuses du genre « l’antisémitisme ne s’explique pas, il se combat ». Des mots en forme de coups de clairon qui font beaucoup de bruit mais qui, au bout du compte, n’engagent à rien.
L'Humanité, Françoise Germain-Robin, Article paru dans l'édition du 17 décembre 2004.

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17 décembre 2004. D'Israël, Sarkozy s'oppose à Chirac
Favorable au seul partenariat avec Ankara, le patron de l'UMP défend ses «convictions».

Pas de cadeau à Jacques Chirac. Invité de la conférence des décideurs israéliens d'Herzliya, près de Tel-Aviv, Nicolas Sarkozy a opposé hier une fin de non-recevoir à l'entrée éventuelle de la Turquie dans l'UE, perspective que le chef de l'Etat venait de défendre avec force, mercredi soir, sur TF1.
«Tout nouvel élargissement, qu'il apparaisse légitime ou non au regard de l'histoire et de la géographie des nouveaux candidats, reviendrait à revoir nécessairement à la baisse les objectifs de l'Union européenne, a expliqué Sarkozy dans son discours. Plus nous serons nombreux, moins nous serons intégrés. Moins nous serons intégrés, plus nous serons fragiles. C'est ce que je ne veux pas.»

Force. Fort du soutien d'une majorité de parlementaires de l'UMP (qu'il évalue à deux tiers), il plaide pour une Europe qui développe «des partenariats privilégiés» avec la Turquie. Perspective pourtant clairement rejetée, non seulement par Chirac mercredi soir, mais aussi par tous les partenaires de la France au sein de l'UE. Sarkozy, lui, a même plaidé avec force pour que ces «partenariats privilégiés» soient étendus... à Israël. Et de mettre en garde le chef de l'Etat : «On confond deux choses : intégration politique et intégration économique.»

Le président de l'UMP assure qu'il ne transigera pas : «Je ne choisis pas entre ma loyauté et mes convictions», confiait-il mercredi à Jérusalem. Sarkozy pense que le dossier turc peut lui permettre d'affermir encore un peu plus la fracture entre le chef de l'Etat et le parti qu'il lui a chipé. Pour autant, il va devoir éviter de donner le sentiment d'instrumentaliser ce différend. Car, en tant que président de l'UMP, il sait qu'un échec du référendum sur la Constitution européenne lui serait également très préjudiciable. Il lui faut donc découpler, au sein de l'UMP, les débats sur la Constitution de la question turque.

2007. Dès le prochain conseil national de l'UMP, il a l'intention de rouvrir le débat. Il veut s'appuyer sur la légitimité d'un premier vote du conseil national, en mai, à Aubervilliers, alors que Juppé présidait encore le parti. Ce jour-là, celui-ci avait décidé de s'opposer à l'entrée de la Turquie dans l'UE. «Je ne vois aucun élément nouveau qui pourrait me conduire à demander à l'UMP de modifier la position qu'elle a prise lors de son conseil national», explique Sarkozy. Soucieux de coller à l'opinion, il préfère même attiser la turcophobie de l'électorat de droite. Hier, un de ses proches songeait à voix haute : «Si Jacques Chirac a pris le risque de maintenir sa position sur la Turquie en se coupant ainsi de l'opinion publique et de son propre camp, c'est qu'il ne sera pas candidat en 2007...»
Par Antoine GUIRAL, vendredi 17 décembre 2004 (Liberation - 06:00)

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(Décembre 2004) Avec les Arméniens, sur la route de Bruxelles

JEUDI SOIR (16 décembre 2004) , LES ARMÉNIENS de Paris ne se sont pas couchés. Et ceux de Lyon ou de Marseille non plus. Au milieu de la nuit, qu'ils aient 10 ou 70 ans, tous (souvent en famille) ont rejoint des cars affrétés pour l'occasion.
Et pris la route de Bruxelles. A Paris, 3 heures du matin, hier, dans la rue Lafayette endormie : soixante personnes déterminées à dire non à la Turquie attendent que le car dans lequel elles ont pris place s'ébranle. Parmi elles : Corinne, 39 ans. « Nous sommes issus d'un peuple génocidé. On vit tous les jours avec cette cicatrice », confie la jeune femme, dont le grand-père a « tout perdu ».
« On est indignés, insiste-t-elle, par le négationnisme de la Turquie. On s'opposera à son entrée dans l'Europe tant qu'elle n'aura pas fait son devoir de mémoire et reconnu le génocide arménien de 1915. » Corinne dit vivre « sur le qui-vive » : « Les derniers pogroms ont eu lieu il y a seulement dix ans. Rien n'est fini. »

Sur l'autoroute, personne ne parle politique : d'abord, parce que la plupart dorment, mais aussi parce la question turque ne fait évidemment pas, entre eux, débat. Tout le monde est contre, même si beaucoup la jugent, hélas, inéluctable. « Mais nous avons besoin de nous rassembler quand même, explique Arpie. Ça vient de l'intérieur... » Petite communauté d'à peine quatre cent cinquante mille personnes, ces Arméniens de France ont été mobilisés par leurs réseaux associatifs.

Le nom de Chirac est sifflé

Sur le coup de 10 heures, après une très courte nuit, une vingtaine de cars venus de toute l'Ile-de-France déboulent en file indienne à Bruxelles, dans une certaine indifférence. Au même moment, un train de six cents places arrive de Marseille. Des Arméniens d'Allemagne, des Pays-Bas, de Belgique, débarquent aussi par cars entiers. D'autres sont venus en avion depuis la Suède, l'Italie, la Russie ou même la Bulgarie.

Les organisateurs feront état de huit mille participants. Ils seront, en réalité, moins nombreux sur l'esplanade du parc du Cinquantenaire, mais ils font suffisamment de bruit pour être entendus de l'intérieur du bâtiment, à 500 mètres, là où sont réunis Erdogan et les ténors de l'Europe.
« Voulez-vous de cette Turquie négationniste ? » interroge un représentant de la communauté. « Non », hurle la foule, drapeaux arméniens déployés malgré la pluie incessante et un froid de gueux.
Le nom du président français, coupable de soutenir les Turcs, est copieusement sifflé. « Jacques Chirac est un parjure qui joue un jeu dangereux », déclare, à la tribune, un responsable.
Richard Mallié, élu des Bouches-du-Rhône, un des quatre-vingts députés UMP opposés à l'entrée de la Turquie, est en revanche acclamé lorsqu'il préconise de « refermer la porte » devant la Turquie, et « le plus vite possible ».

Le nom de l'eurodéputé Daniel Cohn-Bendit est, pour les mêmes raisons que Chirac, insulté par la foule. « Nous sommes en train de créer la résistance arménienne, nous ne nous laisserons plus faire », s'enflamme un porte-parole devant une assistance pourtant bien pacifique et très familiale.

« On est des chrétiens »

La plupart des manifestants sont persuadés que la Turquie d'Erdogan ne reconnaîtra jamais le génocide. « Car, s'ils le font, ils devront nous rendre notre terre et nous donner des réparations, estime Marcel, 58 ans, qui a perdu quarante membres de sa famille en 1915. Ils nous ont pris le mont Ararat. Ils ont éliminé 80 % de notre population. S'ils avaient pu, ils nous auraient tous mangés depuis longtemps, continue-t-il. Ils ne nous aiment pas parce qu'on est des chrétiens. »
Marcel n'en veut pas, dit-il pourtant, aux Turcs, « à 80 % analphabètes et qui tuent des Arméniens si on leur dit de tuer des Arméniens », mais à leurs dirigeants.
Vicken, 26 ans, qui travaille dans la communication, voit, lui, les Turcs comme « des cousins, avec un gros secret de famille qu'ils ne veulent pas admettre. Tant que la Turquie ne se sera pas réconciliée avec sa propre histoire, pas question qu'elle entre dans l'Europe. Ou alors, quelle trahison ce serait de la part des démocraties ! »
Il est 14 heures, le froid glacial chasse les derniers manifestants. Direction : les cars, le train, les avions. Tous espèrent avoir fait entendre la « voix de l'Arménie ».
Nathalie Segaunes, Le Parisien, samedi 18 décembre 2004, p. 4

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« Il faut bâtir une grande Europe »
Elisabeth Guigou : « Les Turcs nous aiment. Sachons saisir la main qu'ils nous tendent. »

A L'INITIATIVE de Jean-Louis Debré, les députés débattent (sans vote) aujourd'hui de l'adhésion de la Turquie à l'Union européenne. Un sujet qui divise la majorité (notamment l'Elysée et l'UMP) et l'opposition. Ancienne ministre PS des Affaires européennes, Elisabeth Guigou déplore qu'une partie de la droite lie le cas turc au référendum sur la Constitution européenne.

Un débat de quarante minutes sur la Turquie, est-ce suffisant ?
Elisabeth Guigou. Non, évidemment pas. Il aurait fallu faire plus et mieux. Je suis persuadée qu'une grande partie du rejet actuel de la Turquie vient du fait que beaucoup de gens n'ont pas compris, ne comprennent pas pourquoi il faut accueillir sans arrêt d'autres membres.
Nous devons leur dire sans relâche que la petite Europe née de l'après-guerre est dépassée. Qu'il faut désormais bâtir une grande Europe pour rivaliser avec les Etats-Unis, la Chine et l'Inde.

Comment comptez-vous convaincre les Français ?
Il faudra tout d'abord montrer que nous sommes fermes sur les conditions posées à son adhésion. Qu'on ne transigera pas sur le respect des valeurs démocratiques, l'éradication de la torture, la fin des crimes d'honneur, ou la reconnaissance du génocide arménien.
A la Turquie de nous prouver sa bonne volonté. Mais nous devrons aussi expliquer en quoi il est de notre intérêt que ce pays nous rejoigne : rejet de la tentation islamiste, stabilité de la région, apport économique considérable...

« Une misérable manipulation »

Vous étiez récemment en Turquie. Comment l'opinion réagit-elle aux réserves françaises ?
Il y a beaucoup de déception et d'incompréhension. D'autant qu'il n'y a pas plus francophones et francophiles que les Turcs.
Qui sait par exemple qu'à Galatasaray, la plus grande université d'Istanbul, celle qui forme les élites, l'enseignement est exclusivement en français. Que le système administratif du pays est calqué sur le nôtre.
Les Turcs nous aiment. Sachons saisir la main qu'ils nous tendent.

Une partie de la droite veut lier le référendum sur la Constitution et la question turque...
Il n'y a aucune raison de le faire. Le référendum sur la Constitution est programmé pour l'an prochain tandis que l'adhésion de la Turquie ne sera pas discutée avant dix ou quinze ans. Vouloir rapprocher les deux comme le font les proches de Sarkozy est une misérable manipulation. La rivalité Sarkozy-Chirac, en s'exprimant ainsi, risquerait de faire capoter le référendum et nuirait profondément aux intérêts de la France et de l'Europe.
Propos recueillis par Frédéric Gerschel , Le Parisien, mardi 21 décembre 2004

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Turquie-Suisse: "Le fair-play a été foulé aux pieds", estime Blatter
jeudi 17 nov, 18h47

BERNE/ZURICH/ISTANBUL (AP) - Le président de la FIFA, Sepp Blatter, a sévèrement condamné les incidents survenus à Istanbul en marge du match de barrage retour qualificatif pour le Mondial 2006 Turquie-Suisse.
"Le fair-play a été littéralement foulé aux pieds", a-t-il déploré jeudi à Zurich en annonçant que la commission de discipline de la Fédération internationale de football allait se saisir du dossier et pourrait prendre des sanctions sévères.

Le président de la FIFA déplore moins le déroulement de la partie que le "traitement irrespectueux" infligé à la délégation suisse de son arrivée à son départ de Turquie, a-t-il expliqué lors d'une conférence de presse à Zurich. En s'inclinant 4 à 2 mercredi soir au stade Sükrü Saraçoglu à Istanbul, la Suisse s'est qualifiée pour la Coupe du monde 2006 grâce aux buts marqués à l'extérieur.
"Ce qui s'est passé après le match est une violation grave des règles du fair-play, c'est exactement le contraire du fair-play", a-t-il souligné. "Si les joueurs d'une équipe qui gagne un match ne peuvent pas fêter leur victoire sur place et doivent s'enfuir comme des voleurs, c'est que quelque chose ne va pas", a-t-il observé.

Les joueurs de l'équipe suisse et leurs accompagnants ont dû courir juste après le coup de sifflet final pour se mettre à l'abri aux vestiaires. "C'est indigne du football", a déploré Sepp Blatter, qui a en revanche félicité l'arbitre belge Frank de Bleeckere pour son travail.

Sepp Blatter n'a pas voulu se prononcer sur les incidents survenus dans les couloirs menant aux vestiaires. La FIFA ne dispose encore d'aucun rapport officiel à ce sujet. Ces incidents vont être soumis à la commission de discipline de la FIFA, dont le président est le Suisse Marcel Mathier. Ce dernier va donc se récuser lors de l'examen du dossier.
Ces travaux doivent être terminés avant le 9 décembre prochain, date du tirage des groupes du Mondial 2006 à Leipzig en Allemagne.

Le catalogue des sanctions de la FIFA s'étend d'un simple avertissement à la suspension d'une équipe, et même à l'exclusion d'un pays de la Coupe du monde de football, a expliqué Sepp Blatter à la radio alémanique DRS. Le porte-parole de la FIFA, Andreas Herren, a rappelé que la Turquie avait déjà reçu des avertissements et des amendes de 10.000 et 20.000 francs suisses à cause du comportement de ses spectateurs lors des rencontres de qualification avec l'Ukraine et la Grèce. A la suite du match contre le Danemark, elle avait écopé seulement d'un avertissement.

En tant que citoyen suisse, Sepp Blatter s'est réjoui de la qualification de l'équipe nationale. "C'est beau que la petite Suisse se qualifie après un très long marathon et après trois balles de match gaspillées pour figurer parmi les 32 meilleures équipes du monde."

Les dirigeants du football turc ont réagi jeudi soir en accusant Sepp Blatter de n'entendre qu'un seul son de cloche: "Si nous devions être pénalisés, nous ferions en sorte que la Suisse obtienne la même sanction", a déclaré Levent Bicakci, le président de la Fédération turque de football.

Les joueurs et dirigeants turcs se sont plaints du traitement reçu lors du match aller en Suisse samedi dernier. Ils disent avoir été insultés par la presse, les joueurs et l'entraîneur suisses, et se plaignent des sifflets entendus lors de leur hymne national. AP
yahoo.fr, actualités, jeu 17 nov, 18h47

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03/04/2008 15:56 la-Croix.com

Bush rit BUCAREST (AFP) - La Croatie et l'Albanie rejoignent l'Otan, l'Ukraine et la Géorgie refusées (provisoirement ?)

Les dirigeants des 26 pays de l'Otan, réunis à Bucarest, ont invité jeudi la Croatie et l'Albanie à rejoindre l'Alliance, mais refusé d'accorder dans l'immédiat un statut de candidat à l'Ukraine et à la Géorgie.

En ouvrant la réunion plénière jeudi, le secrétaire général de l'Otan Jaap de Hoop Scheffer a annoncé que les dirigeants alliés allaient "prendre des décisions concernant l'élargissement de l'Otan" au nom d'une "Europe" qui "doit être unie et sûre", sans entrer dans les détails.

Mais les jeux étaient déjà faits pour les deux anciennes républiques soviétiques.

Par ailleurs, le président Nicolas Sarkozy a confirmé jeudi à Bucarest que la France pourrait réintégrer le commandement militaire intégré de l'Alliance atlantique au prochain sommet de l'Otan en 2009, si des progrès sont accomplis sur l'Europe de la défense.

Le président américain George W. Bush est resté muet sur le compromis finalement trouvé sur la Géorgie et l'Ukraine, tout en saluant l'invitation faite à l'Albanie et à la Croatie à rejoindre l'Otan, et regrettant que cela n'ait pas été le cas pour la Macédoine.

L'entrée de la Géorgie et de l'Ukraine dans l'Otan, promise jeudi aux deux ex-républiques soviétiques lors d'un sommet de l'Alliance, constituera une "grande erreur stratégique", a déclaré le vice-ministre russe des Affaires étrangères Alexandre Grouchko.

La veille, lors du dîner d'ouverture, les dirigeants de l'Otan ont échoué à s'entendre sur l'admission de l'Ukraine et de la Géorgiedans l'antichambre de l'Otan jugée prématurée par la France et l'Allemagne, soucieuses de ne pas heurter de front la Russie.

Durant deux jours, le président George W. Bush avait pourtant pressé ses alliés d'accueillir les deux pays dans le Plan d'action en vue de l'adhésion (MAP), ultime étape, sans garantie, avant une entrée à terme dans l'alliance.

"Pour le moment, je n'attends pas un Plan d'action pour la Géorgie et l'Ukraine ici à Bucarest", a affirmé mercredi soir le porte-parole de l'Otan.

L'Allemagne, la France, qui emmènent un groupe d'environ dix pays, estiment que l'Ukraine et la Géorgie ne sont pas des démocraties assez mûres et stables pour l'Otan.

"Nous sommes parvenus à la conclusion qu'il est malgré tout encore trop tôt pour donner le statut du MAP à ces deux pays", avait déclaré à son arrivée mercredi la chancelière allemande Angela Merkel, tout en soulignant que l'opposition de l'Allemagne n'était pas de principe ni éternelle. "La porte est ouverte", a-t-elle dit.

Les dirigeants de l'Otan sont en revanche tombés d'accord pour inviter l'Albanie et la Croatie à ouvrir les négociations d'adhésion. Ces deux pays devraient d'ici à quelques mois devenir les 27e et 28e membres de l'Alliance atlantique fondée en 1949 et qui en est à son sixième élargissement, le troisième depuis la fin de la Guerre froide en 1990.

Un troisième candidat balkanique, la Macédoine, qui aurait dû être également invitée, s'est en revanche heurtée au veto de la Grèce, en raison d'un vieux différend avec Athènes sur l'appellation de l'ancienne république yougoslave.

Avec leurs homologues d'autres pays contribuant à la reconstruction et en présence du secrétaire général de l'ONU Ban Ki-moon, les dirigeants alliés, selon M. de Hoop Scheffer, devaient aussi discuter jeudi de "leur vision d'un Afghanistan stable et sûr et de la stratégie" pour la mettre en oeuvre.

Depuis 2003, l'Otan y dirige la Force internationale d'assistance à la sécurité (Ifas), dont les 47.000 soldats de 40 pays aident à la reconstruction et combattent les talibans.

Le président français Nicolas Sarkozy a confirmé jeudi l'envoi prochain d'un bataillon de soldats supplémentaire --soit plus de 800 hommes-- dans une zone de combat de l'est de l'Afghanistan, selon le texte de son discours obtenu par l'AFP. Cela porterait à quelque 2.500 hommes le contingent français dans ce pays.

Au Kosovo, où la force de l'Otan, la KFOR, déploie près de 17.000 soldats, le secrétaire général a évoqué la "détermination sans faille" de l'alliance militaire occidentale "d'y maintenir la sécurité et la stabilité dans cette période critique" après l'indépendance unilatérale de l'ancienne province serbe à majorité albanaise en février dernier.

L'Otan devait aussi se pencher sur la défense antimissile en abordant le rôle du projet d'implantation d'éléments du bouclier américain en Europe centrale, qui est un autre sujet de fâcherie avec la Russie.

Les Etats-Unis ont conclu leurs négociations avec la République tchèque pour l'installation d'un radar et un accord cadre pourrait être annoncé jeudi à Bucarest, selon des diplomates tchèques.

Les discussions avec la Pologne pour l'installation de dix missiles intercepteurs américains devraient durer encore quelques mois.

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L'Otan en avril 2008

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Foot - Euro - Sécurité Un mort en Turquie sam 21 jui, 2008, 09h45 l'equipe.fr

Malgré les appels au calme et à la raison lancés la veille du match par le sélectionneur turc Fatih Terim, de très graves incidents ont émaillé la soirée de vendredi en Turquie, après la victoire de l'équipe nationale contre la Croatie en quart de finale (1-1, 3 tab à 1). Une personne a été tuée et seize autres blessées par balles lors des célébrations du succès historique des partenaires d'Hamit Altintop.

L'usage des armes à feu est en effet une coutume en Turquie, notamment après les matches de football. Seulement voilà, certains en abusent beaucoup trop. Et ça a été encore le cas dans la nuit de vendredi à samedi. Notamment pour une femme, qui dormait sur le toit de sa maison pour échapper à la canicule et qui a été touchée par une balle perdue à la mâchoire.

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