Août 2010 : Le retrait Obamiste
La croisade évangélique-whaspiste
Les membres de la coalition "libératrice"

Duel léonin entre George W. Bush et Saddam Hussein

George W. Bush
Tony Blair
Jose Maria Aznar
Alexander Kwasniewski

Août 2007 : Nicolas Sarkozy reçu en famille par les Bush, et Bernard Kouchner à Bagdad
Janvier 2007 : Encore un effort ... 20.000 de plus
Décembre 2006 : Procès pour un massacre ; pendaison filmée
Octobre 2006 : Bilan. Un 11 septembre tout les 5 jours
Mai 2006 : Crimes de guerre ?
Avril 2006 : Enfin un Premier ministre
Mars 2006 : Double jeu allemand en Irak ; crimes de guerre ; bilan comparatif
Février 2006 : Guerre inter-islamique
25 octobre 2005 : 2.000 morts américains ; la constitution irakienne est adoptée
19 octobre 2005 : Saddam Hussein devant le tribunal spécial irakien, qui doit le condamner à mort
Mai 2005 : Les massacres continuent ;
et la soldate américaine quartmondienne Lynndie England plaide "coupable" ;
son ancien amant et supérieur hiérarchique (caporal-chef) s'accuse aussi ...
Trois ans ferme pour la soldate très "basique" (et les officiers ...?)
20 mars 2005 : Deux ans après
04 Mars 2005 : Les américains contre les Italiens ? ; En Irak crimes de guerre ?
13 Février 2005 : Résultats officiels des élections du 30 janvier 2005 : Iyad Allaoui battu
Novembre 2004 : Fallouja, 500 irakiens morts, 20 américains ??? ; ou bien plus de 2 000 irakiens et 50 américains ???
Victoire de George W. Bush : Les contribuables européens au secours des libérateurs
Juillet 2004 : 50 morts à Bakouba
Juin 2004 : La souveraineté officielle rétablie
Mai 2004 : Le premier ministre de la CIA : Iyad Allaoui
Bêtises de gosses ??
Tortures, l'histoire se répète
Avril 2004 : Des prisonniers irakiens auraient été "maltraités" ; le CICR est "troublé"
Woodward, "Dès janvier 2003 George W. partait en guerre"
Hans Blix, "Les Etats-Unis ont commis une faute"
Mars 2004 : Me Jacques Vergès veut défendre Saddam
Malgré (ou à cause ?) des attentats du 11 mars à Madrid, quelques centaines de milliers de "pacifistes"
Décembre 2003 : George W. Bush pour la mort de Saddam
Victoire, Saddam Hussein est arrêté. Le vaincu sera condamné pour crime contre l'Humanité, crime de guerre, etc ... Il aurait été arrêté par les kurdes, sur information d'un judas, et pour 25 millions de dollars. On cherche toujours les armes de destruction massive ... Le point de vue d'une lofteuse irakienne.
Octobre 2003 : Enlisement ? Big business ? ...
Attentats suicides
Août 2003 :30 millions de dollars, à l'ami judas, pour "éliminer" les fils
Ses filles se réfugient en Jordanie
Juillet 2003 : Saddam toujours
Juin 2003 : Les armes de destruction massive étaient en ... Israël
Mai 2003 : Les Etats-Unis contre le pillage ...
Garner remplacé par Bremer
Quelques dollars pour la famille Hussein

Avril 2003 : Après trois semaines de guerre (moins de 200 morts chez les croisés, dont par "balles amies", et moins de 50 000 morts chez les irakiens) Saddam Hussein est vaincu, mais également officiellement "disparu" ... et l'on cherche toujours les "armes de destruction massive" ... (Corée du Nord, Iran, Inde, Chine, Usa, Israël ... ?)

Mars 2003 : Comme pour le Kosovo en 1999 les Etats-Unis d'Amérique attaque un Etat souverain sans l'accord de l'Onu. Mais en 1999 c'était avec l'accord de tous les Etats membres de l'Otan, leur bras militaire en Europe, dont la France.
22 mars 2003 : Bush enturqué ?
18 mars 2003 : Une guerre serait illégale, selon Madame Chemillet-Gendreau, professeur de droit international à Paris VII
18 mars 2003 : La France toujours hostile à la guerre unilatérale de G. W. Bush

14 février 2003 : Les anglo-saxons insultent la France
En s'opposant au bellicisme de Washington, Jacques Chirac déchaine la presse anglo-saxonne.
IRAK La fermeté de Paris face à l'escalade militaire américaine suscite de vives réactions de la part des gouvernements qui se sont alliés à Washington, mais reflète l'opinion majoritaire sur le Vieux Continent. Les divisions européennes menacent d'occulter le débat sur la guerre et de paralyser les organisations internationales

Comment le monde juge la position française
La fermeté de Paris face à l'escalade militaire suscite de vives réactions de la part des gouvernements qui se sont alliés à Washington et des commentaires acerbes dans les médias, mais reflète l'opinion majoritaire en Europe.
«Le Figaro» passe en revue les agacements ou les encouragements provoqués par la position française.

«Parlez-vous allemand ?» Tom DeLay, élu du Texas à la Chambre et chef de file des amis du président américain, n'est pas peu fier du mauvais tour joué à un Français qui voulait l'entreprendre sur l'Irak. Le représentant DeLay ne s'est pas contenté de remémorer, à sa manière, la dette historique de la France envers les Etats-Unis. Il a tourné les talons et rompu la conversation.

L'anecdote, rapportée hier par le Washington Post, est à l'image du triste état des relations France - Etats-Unis. Dans la bouche des Américains, l'accusation d'ingratitude et d'hypocrisie n'est pas nouvelle à l'adresse des Français. A l'incompréhension mutuelle, palpable depuis le début de la crise irakienne, s'ajoute désormais le refus de dialoguer. Voire parfois la volonté de punir.

La fureur antifrançaise s'étend désormais au-delà de l'équipe Bush. La presse populaire, jamais en retard pour battre tambour et vendre de la copie, a été la première à perdre la retenue : «Où sont les Français ? Ils se cachent, ils pètent de trouille», écrit le New York Post, en publiant à la une la photo des petites croix blanches du cimetière américain d'Omaha Beach, en Normandie.

Cette semaine, la francophobie des médias a trouvé un premier relais politique au Congrès. Les compagnons de Tom DeLay sont décidés à faire payer à Jacques Chirac le prix de sa «perfidie». «Je donnerai mon vote à tout ce qui peut faire du mal à la France» , proclame Peter King, élu de l'Etat de New York. Le Middle West et son bataillon d'élus républicains ne sont pas en reste : l'affaire irakienne est l'occasion rêvée de ressusciter d'anciennes rancoeurs contre le protectionnisme français et ses «fermiers» subventionnés. Le vin et l'eau minérale de l'Hexagone risquent un jour d'en faire les frais.

L'image de la France souffre au-delà de l'opportunisme électoral. A Washington, l'ambassade de France est assaillie de coups de fil vengeurs. Ailleurs, quelques expatriés à l'accent trop marqué se plaignent de voir leurs rendez-vous décommandés, ou de trouver porte close chez leur réparateur habituel. Mais, de la part des Américains, il s'agit moins d'hostilité que de confiance trahie.

La Maison-Blanche, après avoir clairement désigné Jacques Chirac comme le responsable de la désillusion au début de la semaine, a mis une sourdine à ses reproches. Pour combien de temps ?

En attendant l'épreuve décisive d'un vote au Conseil de sécurité sur l'Irak, il n'est pourtant pas difficile de discerner ce qui pourrait transformer le coup de froid de ces derniers jours en véritable glaciation franco-américaine. Le risque est que la crispation du public américain, déjà perceptible, n'apporte de l'eau au moulin de tous ceux qui, dans l'équipe Bush, considèrent Paris comme le musée d'un continent en perte de vitesse et Jacques Chirac comme le porte-voix d'une «Vieille Europe» qui ne serait plus indispensable.

Le retour en scène d'Oussama ben Laden, couplé à la perspective toute proche d'un assaut contre l'Irak de Saddam Hussein, a replongé les Etats-Unis dans l'état d'esprit du 11 septembre. Quoi qu'en pense l'Europe, les Américains se sentent «en guerre». Dans le métro de Washington, des placards lumineux invitent les banlieusards à signaler «toute activité suspecte». A pleines pages, la presse diffuse des conseils de sécurité civile. Les F 16 de l'US Air Force ont repris leurs patrouilles nocturnes dans le ciel de la capitale. La critique insistante des Français, dix-sept mois après l'élan de sympathie sincère qui avait suivi les attaques de Manhattan et du Pentagone, passe nécessairement pour une désertion.
lefigaro.fr, Washington : de notre correspondant Jean-Jacques Mevel [13 février 2003]

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"Une guerre serait illégale
Monique Chemillier-Gendreau est professeur de droit international à l'Université Paris VII. Auteur notamment de "Humanité et souveraineté, essai sur la fonction du droit international" (La Découverte, 1995), de l'article "Droit international" du Dictionnaire de Géopolitique (Flammarion, 1993), elle est une collaboratrice fréquente du Monde diplomatique, où elle a analysé les questions juridiques autour de la Guerre du Golfe et le rôle important que les Nations Unies peuvent et doivent jouer dans les crises mondiales.

tf1.fr — A vos yeux, en l'état actuel de la mission d'inspection de l'ONU, la résolution 1441 est-elle suffisante pour déclencher une action armée contre l'Irak ?
Monique CHEMILLIER-GENDREAU — Non. La guerre serait illégale. La sécurité collective fondée par la Charte des Nations Unies ne permet pas des manipulations de ce genre.
Pourtant, les Etats-Unis et la Grande-Bretagne soutiennent que cette résolution ouvre le recours à la guerre. Mais rien dans ce texte ne répond aux conditions posées par la Charte pour mener une opération de sanction militaire. Le paragraphe 13 stipule que le Conseil de sécurité a averti à plusieurs reprises l'Irak des "graves conséquences" auxquelles il aurait à faire face s'il continuait à manquer à ses obligations. Du point de vue de l'ensemble des dispositions du Chapitre VII, ces "graves conséquences", pour les mettre en oeuvre, il faut passer par une vraie décision collective.

tf1.fr — L a résolution 1441 ne prévoit-elle pas une procédure spécifique, pour mettre fin aux inspections d'abord, puis pour éventuellement envisager le recours à la force ?
M. C.-G. — Tout à fait. La mission d'inspection de la COCOVINU et de l'AIEA n'est pas allée à son terme, ce qui est théoriquement nécessaire. Et une fois que la mission sera terminée, s'il s'agit de mettre en oeuvre la force armée, une nouvelle résolution est incontournable. Il y a un quasi-consensus des juristes sur ce point, y compris d'éminents professeurs britanniques qui ont publié un appel dans le Guardian récemment. On ne peut manipuler le droit international de cette manière.

tf1.fr — Quels mécanismes sont prévus dans la Charte des Nations Unies pour assurer la sécurité collective ?
M. C.-G. — Il se trouve que, depuis sa rédaction en 1945, l'application de la Charte des Nations Unies est allée de blocage en blocage, à tel point qu'on en est aujourd'hui à chercher dans un recoin d'une résolution s'il n'y aurait pas un petit bout de texte autorisant l'emploi de la force.
Or, le texte de la Charte est très clair et très exigeant. Il stipule que les États renoncent à recourir à la force contre l'intégrité territoriale de n'importe quel autre État, sauf en cas de légitime défense. Et encore ! La légitime défense n'est autorisée qu'en attendant que le Conseil de sécurité se réunisse pour prendre des mesures. Dans la situation actuelle où les Etats-Unis sont particulièrement menaçants et l'Irak considérablement désarmé, il y a quelque chose d'insensé à parler de légitime défense au profit des Etats-Unis.
Hormis l'hypothèse, hors jeu actuellement de la légitime défense, c'est le Conseil de sécurité qui dispose de la sécurité collective. En conséquence, lorsqu'un État est agressé, selon le Chapitre VII de la Charte des Nations Unies, il dispose dans un premier temps du jeu des mesures non-militaires. Ensuite, le cas échéant, il peut disposer de mesures militaires. C'est ici que les choses se compliquent un peu, car l'article 43 de la Charte des Nations Unies stipule que les États doivent mettre à la disposition du Conseil de sécurité, de manière permanente, des contingents, selon des accords spéciaux négociés entre les Membres.

tf1.fr — Pourquoi cet article 43 n'a-t-il jamais été appliqué ?
M. C.-G. — Cet article est tombé aux oubliettes à cause de la Guerre froide et le Conseil, en conséquence, n'a jamais disposé des forces sur lesquelles il aurait eu la main. L'ONU a donc fabriqué des solutions de rechange pendant un peu moins de 50 ans, avec des Casques bleus, notamment, qui étaient mandatés, non pas pour faire la guerre, mais pour "maintenir la paix". Cela a duré jusqu'en 1990. En réalité, lorsque l'Irak a envahi le Koweit, la Guerre froide avait disparu. Il y avait donc une opportunité pour revenir au texte de la Charte et appliquer l'article 43. Les grandes puissances ont manqué cette occasion de construire les forces armées du Conseil de sécurité.
Dans cette hypothèse seulement, le Conseil aurait pu agir contre un État défaillant. Faute de cela, il ne peut pas déléguer la force armée, comme cela a été fait en 1991 au profit de l'état-major de certains États. C'est un détournement de la Charte. Car l'article 46, écrit au présent et pas au conditionnel, est à la fois capital et très clair : il stipule que les plans militaires sont établis par le Conseil de sécurité avec l'aide du comité d'état-major.

tf1.fr — Cela non plus n'a jamais été appliqué...
M. C.-G. — En 1990-1991, cela n'a pas été fait. La résolution 678 a délégué aux États le droit de faire la guerre, ce qui est tout à fait anormal. Le Conseil de sécurité n'a rien contrôlé, ce qui a permis aux Etats-Unis d'utiliser de l'uranium appauvri, par exemple. Puis, en 1999, lorsqu'il s'est agi de faire plier Belgrade, dans la résolution 1199, on a justifié l'usage de la force par l'OTAN a posteriori, ce qui est également contraire au droit des Nations unies. Le Conseil de sécurité ne peut pas "couvrir" une guerre une fois qu'elle a eu lieu. Enfin, l'année dernière pour l'Afghanistan, on a exhumé un petit bout de texte mentionnant la légitime défense dans les "considérant" d'une résolution pour prétendre que les Etats-Unis étaient autorisés à faire la guerre...
"La Charte interdisant toute agression contre un État, il serait théoriquement logique de déposer une résolution sur le bureau du Conseil de sécurité, demandant des sanctions contre les Etats-Unis et la Grande-Bretagne pour agression, car il s'agirait d'une guerre d'agression."

tf1.fr — Toujours est-il, aujourd'hui, que des hommes politiques interprètent à leur manière la résolution 1441. Ainsi, Washington et Londres ont souvent répété que l'Irak était déjà en état de "violation patente", que les rapports demandés aux inspecteurs le démontraient et que, par conséquent, les "conséquences graves" coulaient désormais de source... Que pensez-vous de cet argument ?
"Il existe une Convention interdisant les armes bactériologiques dont les membres, il y a trois ans, ont voulu établir un protocole d'inspections. Les Etats-Unis s'y sont opposés." M. C.-G. — D'abord, les inspecteurs ont montré qu'il restait certes quelques zones d'ombre, mais qu'ils avaient progressé. Et puis les travaux de Scott Ritter, un Républicain très hostile au régime de Saddam Hussein qui était inspecteur de l'ONU jusqu'en 1998, montrent qu'au terme de sa mission l'Irak était désarmé à 97% et que les 3% restants étaient insignifiants. On ne voit pas comment l'Irak aurait pu depuis cette date procéder à un réarmement aussi rapide.
Alors, que des inspections aient repris, pourquoi pas ? Mais nous devons être plus exigeants sur le caractère général du droit international. Il existe une Convention interdisant les armes bactériologiques dont les membres, il y a trois ans, ont voulu établir un protocole d'inspections. Les Etats-Unis s'y sont opposés et poursuivent avec acharnement l'Irak soupçonné de détenir de ces armes....
Pour l'heure, la question est aussi de savoir si le Conseil de sécurité agit en conformité avec la Charte des Nations Unies. Ce n'est pas un organe infaillible et il peut se mettre en contradiction avec les dispositions de la Charte. Or, l'article 26 de la Charte dit que le Conseil de sécurité est en charge du désarmement,et que dans ce cadre, il doit faire en sorte que les États s'engagent à ne pas utiliser plus que le minimum des ressources humaines et matérielles nécessaires. Alors, si le Conseil de sécurité ne se soucie absolument pas de l'armement mis en oeuvre par les grandes puissances et se focalise sur un pays comme l'Irak, n'est-il pas en contradiction avec l'article 26 ?

tf1.fr — Autre argument de droit avancé par le secrétaire au Foreign Office Jack Straw, notamment : l'arsenal juridique permettant une action armée contre l'Irak comprend également les résolutions antérieures, comme la 660 ou la 687, qui datent de la première Guerre du Golfe. Qu'en pensez-vous ?
M. C.-G. — C'est un argument non pertinent. La résolution 660 instaurait un embargo économique suite à l'invasion du Koweit. Puis, quelques mois plus tard, on a engagé la force armée. Vint ensuite, en avril 1991, la résolution 687 qui se félicitait de la libération du Koweit et du rétablissement du gouvernement légitime, et qui affirmait que les sanctions économiques seraient levées "lorsque", etc... Au lieu de lever des sanctions instaurées uniquement pour obtenir la libération du Koweit, on prolongeait celles-ci, assorties d'une liste de conditions qui n'ont cessé de s'élargir avec les années. Désarmement, paiement de réparations de guerre... La situation actuelle ressemble à un acharnement.

tf1.fr — Existe-t-il un mécanisme de sanction automatique prévu en droit contre des belligérants tels que le seraient les Américains et les Britanniques en cas de déclenchement des hostilités dans ce contexte ?
M. C.-G. — Oui, mais il y faudrait aujourd'hui un certain courage politique. La Charte interdisant toute agression contre un État, il serait théoriquement logique de déposer une résolution sur le bureau du Conseil de sécurité, demandant des sanctions contre les Etats-Unis et la Grande-Bretagne pour agression, car il s'agirait d'une guerre d'agression. Évidemment, les Etats-Unis opposeraient leur veto, mais j'aimerais que cette crise mette à jour les possibilités positives et les inconvénients de la Charte des Nations Unies.
Car cette Charte n'est pas entièrement un mauvais texte. Ainsi, on a découvert à l'occasion de la crise irakienne le poids des "petits pays". Les neuf voix nécessaires au Conseil de sécurité pour l'adoption d'une résolution comprennent certes les cinq membres permanents, mais nécessitent quatre autre voix, prises parmi les membres non permanents dont le rôle doit désormais être valorisé dans la recherche d'une réelle démocratie mondiale.

tf1.fr — Le droit de veto n'affaiblit-il pas le Conseil de sécurité, en fin de compte, en créant des situations de blocage ?
"Le droit de veto donne une place considérable à cinq États qui ne sont pas nécessairement vertueux. C'est une forme d'impunité qui leur est accordée."
M. C.-G. — Même si dans la conjoncture actuelle on peut se réjouir de la perspective d'un veto français, le mécanisme du veto reste critiquable… Le droit de veto donne une place considérable à cinq États qui ne sont pas nécessairement vertueux. C'est une forme d'impunité qui leur est accordée. Ajoutons à cela un autre mécanisme de la Charte et du système international qui empêche bien des développements : le caractère facultatif de la compétence de la Cour internationale de La Haye. Les États ne sont soumis à sa justice que s'ils l'acceptent. Ce sont les deux dispositions institutionnelles du système international qui ont le plus d'effets négatifs.

tf1.fr — Enfin, les opposants à la guerre demandent l'application de la résolution 377 de l'Assemblée générale des Nations unies, votée en 1950, dite "Union pour le maintien de la paix"...
M. C.-G. — C'est un problème très intéressant. Au moment de la guerre de Corée, les Etats-Unis voulaient déclencher la guerre pour lutter contre le "mal" communiste. L'Union soviétique a commis alors une erreur tactique, en refusant de siéger au Conseil de sécurité. Les membres présents ont soutenu que l'abstention ne valait pas veto, ce qui est extrêmement contestable au regard des règles du Conseil, mais passons... Des décisions ont alors été prises sur l'envoi de troupes en Corée. Immédiatement, les Soviétiques sont revenus au Conseil, comprenant leur erreur et utilisant leur veto. A ce moment là, les Etats-Unis, qui en 1950 disposaient d'une majorité dans leur sens à l'Assemblée générale, ont proposé une résolution stipulant que lorsque le Conseil de sécurité est bloqué par un veto, ses compétences sont transférées à l'Assemblée générale. C'est ainsi qu'a été gérée la guerre de Corée. L'ironie de l'histoire est que cette résolution porte le nom du secrétaire d'Etat américain de l'époque, Dean Acheson.
A mon avis, si le Conseil de sécurité est entravé par un veto, que l'on délègue ses pouvoirs à une instance plus démocratique comme l'Assemblée générale, pourquoi pas ? A l'époque de la guerre au Kosovo, j'avais soutenu l'application de la résolution 377 pour débloquer la situation, qui se heurtait au veto russe.

Mais aujourd'hui, à quoi servirait d'aller devant l'Assemblée générale ? Nous ne nous trouvons pas face à la nécessité de déclencher une guerre internationale légitime. Nous nous trouvons dans la triste situation où deux grands États s'apprêtent à déclencher une guerre illégale, sans se soucier des dispositions de la Charte des Nations Unies.

"L'impasse faite sur l'ONU est l'histoire d'un longue dérive. En fin de compte, les diplomates qui appliquent le droit international sont peu rigoureux et autorisent toutes les manipulations."

tf1.fr — Si l'on vous suit, l'impasse faite aujourd'hui sur l'ONU est aussi imputable à l'ONU elle-même...
M. C.-G. — L'impasse faite sur l'ONU est l'histoire d'un longue dérive. En fin de compte, les diplomates qui appliquent le droit international sont peu rigoureux et autorisent toutes les manipulations. La poursuite de l'embargo contre l'Irak en est un bon exemple. Ces mesures avaient été instaurées pour exiger la libération du Koweit et ont été prolongées pour exiger autre chose. Il y a eu un "glissement de cause".

tf1.fr — N'est-ce pas apporter de l'eau au moulin des Américains et des Britanniques, qui se soucient peu de l'ONU aujourd'hui, que de dire qu'une dérive interne a transformé cette institution en instrument paralytique ?
M. C.-G. — D'abord cette dérive interne est beaucoup de leur fait. Ensuite, que la communauté internationale se réveille et que, face aux dangers de la mondialisation, elle prenne conscience qu'elle dispose d'un outil comme l'ONU, est plutôt une bonne chose. Certes, une guerre, avec les horreurs qu'elle va entraîner, est dans une première lecture un échec des Nations Unies. Mais ce qui me semble intéressant toutefois, c'est la montée d'une opinion publique mondiale qui cherche son droit et qui se tourne vers l'ONU, avec toutes ses imperfections. Cette prise de conscience est positive et peut nous amener vers d'autres étapes que j'appelle de mes voeux.
tf1.fr,

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Chirac dénonce une «décision grave»

Jacques Chirac s'est à nouveau opposé aujourd'hui (18 mars 2003) à George W. Bush à l'approche du déclenchement unilatéral d'une guerre en Irak, dont il conteste la légitimité, et a affirmé que la position française était partagée par la grande majorité de la communauté internationale.

Dans une déclaration à la presse au ton solennel, le président français a dénoncé l'ultimatum lancé quelques heures plus tôt par son homologue américain à Saddam Hussein.

Il a pris soin de réaffirmer que le désarmement de l'Irak était «nécessaire» et a même jugé «souhaitable» un changement de régime à Bagdad, rejoignant ainsi un des objectifs affichés par les Etats-Unis. Pour autant, «il n'y a pas là de justification à une décision unilatérale de recours à la guerre», a dit le chef de l'Etat.

«L'Irak ne représente pas aujourd'hui une menace immédiate telle qu'elle justifie une guerre immédiate», a-t-il insisté au moment où 250.000 soldats américains sont massés autour de l'Irak et n'attendent qu'un feu vert du président Bush.

Le recours à la force sans l'aval de l'ONU «est une décision grave, alors que le désarmement de l'Irak est en cours et que les inspections ont démontré qu'elles étaient une alternative crédible pour désarmer ce pays», a assuré M. Chirac.

Alors que depuis plusieurs jours l'administration Bush et son principal allié, le Britannique Tony Blair, accusent la France d'avoir mis à mal l'unité du Conseil de sécurité de l'ONU en brandissant la menace d'un veto, Jacques Chirac s'est défendu en invoquant «la primauté du droit».

«La France a agi au nom de la primauté du droit et en vertu de sa conception des rapports entre les peuples et entre les nations», a-t-il dit.

Il a fait valoir que «la position de la France est partagée par la grande majorité de la communauté internationale».

«Marche précipitée à la guerre»

«Les derniers débats ont clairement montré que le Conseil de sécurité n'était pas disposé, dans les circonstances présentes, à cautionner une marche précipitée à la guerre», a ajouté M. Chirac au lendemain du retrait par les Etats-Unis, la Grande-Bretagne et l'Espagne, faute d'avoir réussi à rallier une majorité du Conseil, d'un projet de résolution ouvrant la voie à la force.

Jacques Chirac est resté fidèle à la ligne qu'il défend depuis le début de la crise irakienne et qui a fait de lui le chef de file du camp de la paix, épaulé par l'Allemagne et la Russie.

Le chancelier allemand Gerhard Schroeder s'est d'ailleurs exprimé dans les mêmes termes que Jacques Chirac en affirmant que la menace posée par Saddam Hussein ne justifiait pas une guerre et «la mort de milliers d'innocents».

MM. Chirac et Schroeder ont tous deux insisté sur la nécessité de rester dans le cadre des Nations unies et de la résolution 1441. «S'affranchir de la légitimité des Nations unies, privilégier la force sur le droit, ce serait prendre une lourde responsabilité», a mis en garde le président français.

Devant l'imminence de la guerre, les pays les plus opposés à un conflit ont multiplié les concertations. M. Chirac, après une conversation téléphonique avec son homologue russe Vladimir Poutine lundi soir, s'est ainsi entretenu mardi matin avec le nouveau numéro un chinois Hu Jintao.

Le président français estime en effet que l'ultimatum de George W. Bush «met en cause l'idée que nous nous faisons des relations internationales». «Il engage l'avenir d'un peuple, l'avenir d'une région, la stabilité du monde», a-t-il dit.

Reste pour Jacques Chirac une tâche qui s'annonce difficile: réduire les fractures apparues au sein de l'Union européenne et rétablir une relation de confiance avec les Etats-Unis.

Verbatim

Voici le texte de la déclaration à la presse sur l'Irak, prononcée par le président Jacques Chirac.

«Depuis le début de la crise irakienne, la France s'est attachée à rendre possible le nécessaire désarmement de l'Irak sous l'autorité des Nations unies. Ce désarmement est en cours, les inspecteurs en témoignent.

La France a agi au nom de la primauté du droit et en vertu de sa conception des rapports entre les peuples et entre les nations.

Fidèle à l'esprit de la Charte des Nations unies, qui est notre loi commune, la France considère que le recours à la force est le dernier recours, quand toutes les autres options ont été épuisées.

La position de la France est partagée par la grande majorité de la communauté internationale. Les derniers débats ont clairement montré que le Conseil de sécurité n'était pas disposé, dans les circonstances présentes, à cautionner une marche précipitée à la guerre.

Les Etats-Unis viennent d'adresser un ultimatum à l'Irak. Qu'il s'agisse, je le répète, du désarmement nécessaire de l'Irak ou du changement souhaitable de régime dans ce pays, il n'y a pas de justification à une décision unilatérale de recours à la guerre.

Quelle que soit l'évolution prochaine des événements, cet ultimatum met en cause l'idée que nous nous faisons des relations internationales. Il engage l'avenir d'un peuple, l'avenir d'une région, la stabilité du monde.

C'est une décision grave, alors que le désarmement de l'Irak est en cours et que les inspections ont démontré qu'elles étaient une alternative crédible pour désarmer ce pays.

C'est aussi une décision qui compromet pour l'avenir les méthodes de règlement pacifique des crises liées à la prolifération des armes de destruction massive.

L'Irak ne représente pas aujourd'hui une menace immédiate telle qu'elle justifie une guerre immédiate. La France en appelle à la responsabilité de chacun pour que la légalité internationale soit respectée. Elle appelle à préserver l'unité du Conseil de sécurité en restant dans le cadre fixé par la résolution 1441.

S'affranchir de la légitimité des Nations unies, privilégier la force sur le droit, ce serait prendre une lourde responsabilité».
lefigaro.fr, Avec AFP, [18 mars 2003]

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(22 mars 2003 Turquie) Des soldats turcs sont entrés dans le nord

Le ministre britannique de la Défense Geoff Hoon a annoncé samedi qu'"un petit nombre de soldats turcs" étaient entrés dans le Kurdistan irakien.

"Nous sommes au courant qu'un petit nombre de soldats turcs sont entrés dans le nord de l'Irak, a déclaré M. Hoon lors d'une conférence de presse commune avec le chef d'état-major interarmes britannique Michael Boyce. La taille de cette force correspond à une opération de police". "Les Turcs ont clairement indiqué que leur seule préoccupation était d'empêcher l'instabilité dans cette zone frontalière", a poursuivi M. Hoon. "Mais à l'évidence c'est une situation délicate que nous garderons sous contrôle", a-t-il assuré.

Plus tard, M. Hoon a déclaré à la BBC télévision que Londres était "en contact étroit avec la Turquie". "Nous continuons à discuter avec eux du développement de la situation là-bas (dans le Kurdistan) et c'est évidemment une question qui nous préoccupe beaucoup", a-t-il ajouté. L'armée turque n'a quant à elle pas confirmé une incursion, dans le nord de l'Irak, région sous contrôle de factions kurdes.

Un éventuel déploiement massif de troupes turques au Kurdistan, suscite la colère de Washington. Ce différend a bloqué pendant 24 heures, jusqu'à vendredi soir, l'ouverture du ciel turc aux avions américains en route pour Bagdad, malgré un feu vert jeudi du parlement.

Sur le front sud de la guerre en Irak, M. Hoon a affirmé que des unités de l'armée irakienne "se sont semble-t-il retirées de Bassorah", ajoutant que les forces alliées étaient "proches" de cette ville. "Nos forces sont proches de Bassorah", a ajouté M. Hoon. L'amiral Boyce a précisé que la 51ème division irakienne s'étaient rendue dans la région de Bassorah et il y a maintenant "plusieurs milliers de prisonniers de guerre".

M. Hoon a pour sa part affirmé que les troupes alliées poursuivaient leur avancée vers Bagdad et que les troupes américaines avaient pris le contrôle de deux ponts sur l'Euphrate, rivière qui traverse le centre de l'Irak. Michael Boyce a en outre affirmé que les installations pétrolières étaient sous contrôle des forces britanniques et américaines dans le sud de l'Irak et qu'elles étaient "pratiquement toutes" minées ou piégées.

M. Hoon a lui assuré que les troupes britanniques et américaines avaient essayé d'épargner les infrastructures civiles de la ville et visaient le seul régime irakien. "L'utilisation d'une force écrasante au cours de (cette) attaque n'était pas destinée à transformer l'Irak en un terrain vague. Elle était plutôt destinée à occasionner des dommages au régime irakien, en laissant les infrastructures civiles aussi intactes que possible", a assuré le ministre.

Depuis le début de l'opération "Liberté pour l'Irak" jeudi (20 mars 2002), les avions alliés ont déjà effectué un total de 3.000 missions dans tout le pays, a par ailleurs affirmé l'amiral Boyce. Lors des bombardements de la nuit de vendredi à samedi, la Royal Air Force (RAF) a utilisé pour la première fois le nouveau missile air-sol Storm Shadow, a par ailleurs révélé le chef d'état-major. Ce missile de longue portée et de haute précision est considéré comme l'arme la plus puissante de la RAF.
LONDRES (AFP) 22 Mars 2003 13h25

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(7 mai 2003) Les Etats-Unis en guerre contre le pillage

Le président américain George W. Bush a officiellement désigné, hier, le diplomate Paul Bremer au poste d'administrateur civil de l'Irak. Ce dernier, qui est attendu à Bagdad la semaine prochaine, aura autorité sur le général Jay Garner, en charge de la reconstruction. Ancien ambassadeur aux Pays-Bas, diplômé notamment de Yale et de l'Institut d'études politiques (IEP) de Paris, Bremer a à son actif vingt-trois ans d'expérience dans le domaine du contre-terrorisme.

Critiqués pour la passivité de leurs troupes lors du pillage des musées en Irak, les Etats-Unis se sont engagés hier, par la voix du ministre américain de la Justice, John Ashcroft, à tout faire, avec l'aide d'Interpol, pour traquer les pillards et rendre ses trésors au peuple irakien.

«Il y a fort à parier que le pillage et le vol des objets ont été commis par des groupes criminels organisés», a déclaré Ashcroft, qui s'exprimait devant les policiers et les spécialistes réunis depuis lundi au siège d'Interpol à l'occasion de la conférence internationale sur les objets d'art volés en Irak.

«Même si les criminels qui ont commis ces vols ont réussi à emporter les objets au-delà des frontières de l'Irak, ils doivent savoir qu'ils n'échapperont pas à la justice», a ajouté le ministre.

Le Musée archéologique de Bagdad a été pillé et saccagé dans les jours qui ont suivi l'entrée des troupes américaines à Bagdad, sans qu'elles n'interviennent pour protéger les collections, les plu s importantes du monde sur l'histoire de l'ancienne Mésopotamie, berceau des civilisations de Sumer, de Babylone et d'Assyrie, auxquelles l'humanité doit notamment l'écriture, la loi écrite et les premières villes.

Fin avril, à Londres, un archéologue irakien, Donny George, qui avait assisté impuissant au pillage du musée qui l'emploie, avait déploré que les Américains aient protégé le ministère du Pétrole, mais pas le Musée de Bagdad, qui contenait plus de 170 000 objets.

«La coalition s'est battue pour restituer au peuple irakien son patrimoine et non pas pour le laisser aux mains de ceux qui agissent avec avidité», s'est défendu le haut responsable américain, estimant que l'Irak, «berceau de la civilisation», mérite de retrouver son patrimoine.

Il a également rappelé que son pays avait déjà mobilisé à cette fin une équipe du FBI, des agents des Douanes et de son ministère. Puis il a affirmé que son pays ferait tout, avec l'aide d'Interpol, l'organisation internationale de police criminelle, pour ce qui «est beaucoup plus que qu! elques objets».

«Quelle que soit la sophistication des réseaux criminels», Interpol et les polices du monde entier «ne cesseront leurs efforts que lorsque ces objets retrouveront leur place dans les musées d'Irak», a-t-il dit.

«Dans un pays où une génération d'Irakiens n'a pas connu la vérité, ni la beauté, leur art et leur culture peuvent leur redonner le sens de la vérité et de la beauté», a jugé Ashcroft.

«Le peuple irakien mérite qu'on lui rende justice, qu'on lui restitue son passé et de la sorte aussi son avenir», a-t-il lancé.

«Les voleurs ne pourront jamais dormir tranquilles», a prévenu, hier à Lyon, le secrétaire général d'Interpol, Ronald K. Noble, concluant la réunion internationale. Mais il n'a pas voulu passer sous silence l'ampleur de la tâche, compliquée par l'absence d'une véritable police en Irak et le manque d'évaluations précises sur l'ampleur des pillages, deux difficultés soulignées par tous les participants.

Le ministre américain de la Justice, Joh n Ashcroft, très offensif hier pour «restituer au peuple irakien son passé et de la sorte aussi son avenir», a estimé que les vols étaient certainement le fait de «groupes criminels organisés», en envisageant que des objets ont déjà quitté le sol irakien.

Le Musée d'archéologie de Bagdad, riche de 170 000 pièces, a été mis à sac après l'entrée dans la capitale irakienne des troupes américaines, dont la passivité a été critiquée.

«Les experts pensent que les antiquités sont toujours en Irak», a déclaré Noble, qui regrette qu'il n'y ait plus «de bureau central d'Interpol en Irak, ni d'ailleurs de policiers».

A propos des vols, il remarque qu'«aujourd'hui nous avons beaucoup de rumeurs, d'informations fausses, mais il nous faut des faits précis».
lefigaro.fr, Publié le 07.05.2003

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(6 mai 2003) La famille de Saddam Hussein aurait fui avec 900 millions de dollars

Selon le "New York Times", qui a révélé l'affaire, l'argent a probablement été caché en Syrie où il a disparu en même temps que Qoussaï et l'assistant personnel de Saddam Hussein. Des membres de la famille ou du régime de l'ex-président irakien Saddam Hussein ont pris quelque 900 millions de dollars dans les caisses de la banque centrale irakienne avant la guerre, selon un responsable du département du Trésor américain. "Tout ce que je puis faire, c'est confirmer les informations selon lesquelles 900 millions de dollars ont été pris dans les caisses de la banque centrale irakienne par le régime de Saddam Hussein ou sa famille", a-t-il ajouté, en demandant à rester anonyme.

Le quotidien New York Times a révélé, mardi 6 mai, que l'un des fils de Saddam Hussein, Qoussaï, et un proche collaborateur de l'ex-président irakien s'étaient fait remettre environ un milliard de dollars par la banque centrale irakienne quelques heures avant le déclenchement de l'offensive militaire américano-britannique le 20 mars. Selon le New York Times, qui cite un responsable irakien ayant refusé de donner son identité, Saddam Hussein a envoyé son fils et son assistant personnel, Abid Al-Halid Mahmoud, avec une lettre portant sa signature et autorisant le retrait de cette somme. "Quand vous recevez un ordre de Saddam Hussein, vous ne discutez pas", a affirmé un responsable irakien ayant requis l'anonymat et cité par le journal.

Selon la source irakienne citée par le journal, ce milliard de dollars représentait environ le quart des réserves en devises de la banque centrale. Le transfert de l'argent - ces 900 millions de dollars en billets de 100 dollars mais également l'équivalent de 100 millions de dollars en euros - à bord de trois poids-lourds, supervisé par le fils de l'ex-président, a eu lieu l'après-midi du 18 mars, a encore révélé le journal. Le porte-parole du Trésor américain n'a pu confirmer que le retrait des 900 millions de dollars en coupures de 100 dollars, mais pas la somme en euros. L'argent a probablement été caché en Syrie où il a disparu en même temps que Qoussaï et l'assistant personnel de Saddam Hussein, selon le New York Times.

Le responsable irakien qui a fait les révélations au journal américain occupait une fonction importante à la banque centrale sous le régime de Saddam Hussein. Il a souligné qu'il craignait d'être poursuivi par l'ex-dictateur ou certains de ses proches collaborateurs qui pourraient le tuer.

Les aspects légaux de cet énorme retrait effectué le 18 mars par Qoussaï ne sont pas clairement établis, indique le journal, qui rappelle que son père exerçait un pouvoir absolu en Irak depuis plus de vingt ans. Mais selon le responsable irakien cité par le New York Times, ni le despote ni sa famille n'avaient recours à des retraits massifs réguliers. "Parfois, ils venaient demander des petites sommes, peut-être 5 millions de dollars", a-t-il indiqué au journal.

Qoussaï et Abid Al-Halid Mahmoud étaient accompagnés lors de leur dernière opération par le directeur de la banque centrale irakienne, le ministre des finances, le directeur du Trésor irakien et un groupe d'employés qui ont chargé les caisses d'argent dans les poids-lourds et les chauffeurs de ces derniers, selon le responsable irakien.

L'ex-ministre des finances du régime de Saddam Hussein, Hekmat al-Azzaoui, a été arrêté par la police irakienne et livré aux forces américano-britanniques le 18 avril. Il figurait en 45e position sur la liste de 55 responsables du régime déchu recherchés par les Américains.
LEMONDE.FR | 06.05.03 | 18h57

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(12 mai 2003) Paul Bremer est à Bagdad

Le nouvel administrateur civil en chef a gagné Bagdad via Bassorah lundi en début d'après-midi. Il supervisera désormais l'action du général Garner. Ce dernier devrait quitter Bagdad dans les semaines à venir.

Le nouvel administrateur en chef américain en Irak, Paul Bremer, est arrivé lundi (12 mai 2003) en début d'après-midi à Bagdad pour entamer sa mission dans ce pays, après une halte à Bassorah, dans le sud de l'Irak. Il était accompagné du chef d'état-major interarmées américain Richard Myers et du général en retraite Jay Garner, qui avaient visité avant l'Irak le Qatar et le Koweit, deux pays ayant servi respectivement de siège de commandement central américain et de tête de pont pour les troupes américaines.

Paul "Jerry" Bremer, un ancien diplomate, a été nommé il y a une semaine au poste d'administrateur civil en chef de l'Irak par le président George W. Bush, au moment où l'administration civile américaine en Irak était sous le feu de la critique pour la lenteur de ses efforts de reconstruction depuis la chute du régime de Saddam Hussein, avec la prise de Bagdad le 9 avril. Paul "Jerry" Bremer, un ex-diplomate spécialiste du contre-terrorisme proche du Parti républicain, chapeautera désormais le général Jay Garner, dont le départ serait également programmé d'ici deux semaines. La mission du haut fonctionnaire US est de superviser les efforts de reconstruction entrepris par la coalition, ainsi que le processus visant à permettre au peuple irakien de bâtir les institutions et les instances gouvernementales qui guideront son avenir.

Départ de Barbara Bodine

Par ailleurs, la responsable américaine de Bagdad, Barbara Bodine, a quitté son poste dimanche après son rappel dans le cadre, selon le quotidien Washington Post, d'une restructuration de l'administration américaine en charge de la reconstruction de l'Irak, vivement critiquée. La colère gronde à Bagdad. Plus d'un mois après la chute du régime de Saddam Hussein, la plupart des ministères n'ont pas rouvert, la collecte des ordures piétine et la plupart des 5 millions d'habitants de la capitale sont toujours sans eau courante ni électricité.

Mme Bodine a déclaré au journal qu'elle ne connaissait pas les raisons exactes de sa nouvelle affectation, intervenue "dans un appel reçu la veille sur son téléphone qui venait juste d'être installé. Un responsable américain, voyageant avec le secrétaire d'Etat Colin Powell en Israël, a indiqué dimanche que Mme Bodine sera chargée du dossier des négociations engagées par Washington avec plusieurs pays pour obtenir des accords garantissant l'immunité aux ressortissants américains face à d'éventuelles poursuites devant la Cour pénale internationale (CPI).

L'ayatollah Hakim de retour à Najaf

Le dirigeant chiite est arrivé lundi dans la ville sainte du centre de l'Irak où son convoi a été accueilli par des dizaines de milliers de ses partisans célébrant la fin de son exil de 23 ans en Iran. Des moutons ont été égorgés à certains carrefours pour fêter le retour du dignitaire âgé de 66 ans dans sa ville natale. Les occupants de pick-up circulant en tête du convoi distribuaient à la foule des tracts affirmant que l'ayatollah Hakim revenait chez lui "pour bâtir un Irak islamique"."Oui, oui Hakim. A bas Saddam Hussein", scandait la foule qui s'était rassemblée à Najaf depuis les premières heures du matin pour accueillir l'ayatollah.
tf1, news, Mis en ligne le 12 mai 2003

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(04 juin 2003) Washington et Londres auraient menti sur les armes de destruction massive en Irak
La menace irakienne gonflée par Bush et Blair

La polémique sur les armes irakiennes de destruction massive, toujours introuvables, ne cesse de grandir de part et d'autre de l'Atlantique. Aux Etats-Unis comme en Grande-Bretagne, des voix de plus en plus nombreuses s'élèvent pour réclamer l'ouverture d'une enquête parlementaire sur la principale raison invoquée pour justifier la guerre. Tony Blair se retrouve une fois de plus sur la sellette. Pour le Premier ministre britannique, l'état de grâce consécutif à la chute de Saddam Hussein a bel et bien vécu. Les opposants à la guerre, au sein de son propre parti, le New Labour, l'accusent d'avoir menti au pays et truqué les rapports fournis par ses propres services de renseignement, afin d'exagérer le danger représenté par l'arsenal irakien.

La semaine dernière, alors qu'il paradait parmi ses troupes victorieuses à Bassora, la BBC a relancé brutalement le débat. Selon la radio publique, son directeur de la communication, Alastair Campbell, a «réécrit», afin de le rendre plus «sexy», un dossier établi par le Joint Intelligence Committee, l'organe qui regroupe des représentants du MI5, du MI6, et de la Défense. Le texte, rendu public en septembre, affirmait notamment que l'Irak pouvait mobiliser en «quarante-cinq minutes» ses armes chimiques et biologiques. Affirmation plusieurs fois reprises par Tony Blair dans ses discours devant le Parlement, notamment lors d'une séance cruciale à la veille de la guerre. Interrogé par la BBC, son secrétaire d'Etat à la Défense, Adam Ingram, a dû reconnaître que cette nouvelle reposait sur une seule source et n'avait pas été «corroborée».

Doutes.
Depuis, les médias et la classe politique du royaume ne laissent aucun répit au gouvernement. Selon le Guardian, Colin Powell et son homologue britannique, Jack Straw, auraient exprimé l'un et l'autre des doutes sur la réalité de la menace irakienne lors d'une rencontre à New York, début février. Ce week-end, Clare Short, une ancienne ministre qui a démissionné le mois dernier, a accusé Tony Blair d'avoir «dupé» ses concitoyens et d'être convenu avec George Bush d'attaquer l'Irak dès le mois de septembre, lors de leur tête-à-tête de Camp David. Autant d'allégations «totalement fausses», réplique Tony Blair. Le Premier ministre dit être convaincu que des armes de destruction massive seront retrouvées en Irak, et il appelle les Britanniques à «faire preuve de patience». Sans vraiment convaincre.

D'après un sondage publié lundi par le Daily Telegraph, 44 % des personnes interrogées estiment avoir été trompées. «Je ne connais pas d'accusation plus grave que celle d'avoir entraîné un peuple et un Parlement dans une guerre sous un faux prétexte. C'est, selon moi, beaucoup plus sérieux que le Watergate», a déclaré un élu travailliste, Malcolm Savidge. Une cinquantaine de députés exigent du gouvernement qu'il publie l'ensemble du dossier à charge contre Saddam Hussein. Et malgré l'opposition de Downing Street, la commission des affaires étrangères du Parlement s'apprête à ouvrir une enquête.

L'exemple risque de venir des Etats-Unis. «Nous sommes dans une situation où la crédibilité de l'administration et du Congrès est directement menacée.» C'est ainsi que le très respecté sénateur républicain de Virginie, John Warner, a justifié, hier, l'ouverture d'auditions prochaines au Sénat sur la question des armes de destruction massive en Irak. Président de la commission des forces armées, Warner n'a pas exclu la mise en place d'une enquête, «afin de faire toute la lumière sur cette affaire».

Le magazine The New Yorker avait, le premier, affirmé que l'un des bureaux de renseignement du Pentagone, l'Office of Special Plans, avait basé la plupart de ses informations sur une source quasi unique : le Congrès national irakien (CNI), dirigé par le très controversé leader en exil, Ahmed Chalabi. Aujourd'hui, la controverse, qui ne semble guère encore concerner l'Américain moyen, atteint les milieux politiques et militaires. La CIA a révélé la semaine dernière que trois agents, inquiets d'un possible détournement à des «fins politiques» de leurs renseignements sur l'Irak, avaient déposé des plaintes internes. Dans un mémorandum envoyé à George Bush, un groupe d'anciens experts de la CIA ont également fait part du «peu de confiance» qu'ils accordaient «aux informations utilisées pour justifier la guerre». Même le général Tommy Franks, chef des forces de la coalition, s'avoue déçu de «n'avoir rien trouvé jusque-là» en matière d'armes de destruction massive.

Accusations.
La polémique a rebondi avec la publication d'extraits d'une interview accordée par Paul Wolfowitz, le sous-secrétaire à la Défense, au mensuel Vanity Fair. Dans cet entretien, ce faucon semble se départir de ses anciennes «certitudes». «Pour des motifs qui ont beaucoup à voir avec la bureaucratie du gouvernement américain, nous sommes tombés d'accord sur la question qui semblait rassembler tout le monde, à savoir que les armes de destruction massive devaient être la principale raison [de la guerre]», explique-t-il. Face aux accusations des uns et des autres, l'administration Bush a pour l'instant décidé de faire bloc. Le secrétaire d'Etat, Colin Powell, a affirmé lundi que les preuves contre l'Irak «étaient accablantes». Lors de son passage en Europe, George W. Bush a lui aussi parlé de «preuves», citant la découverte de deux laboratoires mobiles qui auraient pu servir à produire des armes biologiques. Mais, jusque-là, personne n'a pu déterminer si oui ou non ces unités avaient servi à développer des armes.

Questions.
Lundi, dans son dernier rapport au Conseil de sécurité avant sa retraite, le chef des inspecteurs en désarmement de l'ONU, Hans Blix, a réaffirmé, non sans amertume, que jusqu'à la fin «les inspections n'ont pas permis de découvrir la preuve de la continuation ou de la reprise par Bagdad de ses programmes d'armes de destruction massive». Du fait de «nombreuses questions» qui demeurent, notamment sur l'anthrax ou le gaz VX, il suggère que les experts onusiens, pour l'instant interdits d'Irak par Washington, puissent rapidement retourner sur place pour terminer leur mission.
Libération, 04 juin 2003, Christophe BOLTANSKI et Fabrice ROUSSELOT

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(16 juillet 2003) Irak : la voix de Saddam dénonce

La chaîne Al-Arabiya a diffusé un enregistrement sonore attribué à Saddam Hussein, dans lequel l'ex-président irakien accuse George W. Bush et Tony Blair d'avoir menti pour justifier la guerre contre son pays.

"Que peuvent dire les menteurs Bush et Blair à leurs peuples après avoir tissé un scénario mensonger contre le peuple de l'Irak ?", affirme jeudi la voix présentée comme étant celle de Saddam Hussein dans un message réalisé, selon la chaîne Al-Arabiya qui a diffusé le document, à l'occasion du 35ème anniversaire de la révolution qui a porté le Baas irakien au pouvoir. L'authenticité de cet enregistrement ne pouvait être vérifiée dans l'immédiat.

"Il s'est avéré qu'ils racontaient des mensonges", à propos des armes de destruction massive présumées de l'Irak, a ajouté le message. Une polémique fait rage aux Etats-Unis et en Grande-Bretagne sur le bien-fondé des informations des services de renseignement sur les armes de destruction massive de l'Irak, invoquées par MM. Bush et Blair pour justifier la guerre.

Confiant

Sans mentionner explicitement le Conseil de gouvernement transitoire récemment formé en Irak, la voix attribuée à Saddam Hussein a affirmé que les responsables irakiens nommés par les forces de l'occupation "servent" ces dernières en non le peuple irakien. Ces nominations "trahissent leurs plans pour diviser l'Irak", a-t-elle indiqué. "Nous sommes confiants que notre peuple va rejeter les ordres de l'occupant", a-t-elle ajouté.

Elle a en outre salué les habitants de la province d'Al-Anbar, à l'ouest de Bagdad, où les forces américaines sont confrontées à des attaques quotidiennes, notamment dans la ville de Falloujah.

La journée de mercredi avait été, pour les soldats américains en Irak, l'une des pires depuis la prise du pays. Un missile avait été tiré mercredi matin en direction d'un Hercules C-130 américain au moment de son atterrissage sur l'aéroport de Bagdad. Le missile a raté sa cible. Au même moment, un soldat américain avait été tué dans l'attaque de son convoi sur une autoroute à l'ouest de la capitale. Plusieurs attaques ont blessés en outre plusieurs autres soldats autour de Bagdad.
tf1.fr, news, Mis en ligne le 16 juillet 2003

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(1er août 2003) 30 millions de dollars pour un informateur Nawaf al-Zaidane

L'informateur irakien, qui a permis de découvrir la cachette des fils de Saddam Hussein, va recevoir 30 millions de dollars. La récompense la plus élevée jamais payée par le département d'Etat américain.

Le secrétaire d'Etat américain Colin Powell a autorisé jeudi le versement d'une récompense de 30 millions de dollars à l'informateur irakien dont les renseignements ont abouti à la mort des fils de Saddam Hussein, Oudaï et Qoussaï. Cette récompense est la plus élevée jamais payée par le programme de primes du département d'Etat.

Informateur tenu secret

La somme sera payée "très rapidement", dès que seront réglés certains détails pratiques avec son bénéficiaire, a précisé Richard Boucher, le porte-parole de Colin Powell. Le porte-parole a rappelé qu'une récompense de 25 millions de dollars était toujours offerte pour toute information pouvant conduire à la capture de Saddam Hussein. La capture d'Oussama ben Laden, le chef du réseau Al-Qaïda, sera récompensée du même montant.

Richard Boucher s'est refusé à identifier l'informateur ayant conduit à Oudaï et Qoussaï, et à dire s'il avait demandé une quelconque forme de protection aux Américains ou son transfert quelque part. La prime qu'il va recevoir est quinze fois plus importante que la plus élevée accordée antérieurement. Oudaï et Qoussaï avaient été découverts la semaine dernière dans la ville de Mossoul, où ils se cachaient dans la maison d'un entrepreneur ayant fait fortune grâce aux commandes que lui octroyait l'ancien régime. Un informateur, que beaucoup pensent être l'entrepreneur lui-même, avait contacté les forces américaines pour révéler leur cachette. Oudaï et Qoussaï avaient été tués durant un siège de plusieurs heures mené par les forces américaines.

Attaques et sabotages

Un oléoduc a été endommagé vendredi par un attentat, alors que l'armée américaine a été prise à partie lors de plusieurs attaques qui ont fait quatre morts du côté irakien. L'oléoduc alimentant en pétrole brut la raffinerie de Baïji, à 200 km au nord de Bagdad, depuis les champs pétrolifères de Kirkouk, a été saboté jeudi soir par des inconnus. Cet incident pourrait compliquer encore plus la production et les exportations de pétrole.

Sur le plan de la sécurité, quatre Irakiens ont été tués vendredi et trois soldats américains ont été légèrement blessés dans huit attaques contre les forces américaines dans une région sunnite à l'ouest de Bagdad, théâtre de nombreux accrochages avec les troupes américaines.
tf1.fr, news, Mis en ligne le 01 août 2003

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Les deux filles de Saddam Hussein en Jordanie

Les deux filles de Saddam Hussein, Raghad et Rana, accompagnées de leurs neuf enfants, sont venues jeudi en Jordanie à bord d'un avion jordanien en provenance de Syrie, "où elles s'étaient réfugiées deux semaines après la chute de Bagdad, soit vers la fin avril, selon un proche parent. Interrogé sur le sort de leur mère, Sajida, épouse du président déchu, le proche parent de Rana et Raghad a indiqué : "Nous n'avons aucune nouvelle la concernant". Selon un proche, la Jordanie a "demandé le feu vert des Américains avant d'accepter de les accueillir".
tf1.fr, news, mis en ligne le 1er août

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(Octobre 2003) A Bagdad, le business se fait en américain
Même les Irakiens sont exclus du chantier de la reconstruction, réservé aux firmes d'outre-Atlantique.

Les affaires, en Irak, sont une sorte de parcours du combattant ­ souvent au sens propre. Première étape d'un businessman cherchant à se tenir au courant des mille et une opportunités offertes par la reconstruction de ce pays : le ministère du Commerce. Celui-ci ayant été pillé et incendié dans les premières semaines de l'occupation américaine, il faut, pour rencontrer ses fonctionnaires, se rendre au ministère du Pétrole. L'énorme bâtiment de couleur ocre, un des rares que les troupes américaines ont préservés des pillages, est gardé comme une caserne par des blindés. Par crainte des voitures piégées, une barrière de béton de cinq mètres de haut a été installée sur son pourtour, et des barbelés canalisent employés et visiteurs jusqu'à la fouille au corps obligatoire, qui s'effectue à l'extérieur.

Cette formalité remplie, les bagages des visiteurs doivent être posés au sol devant un chien entraîné à renifler les explosifs, sous les regards de soldats américains portant gilets pare-balles et fusils-mitrailleurs. Le hall des ascenseurs de l'immeuble fourmille de GI. Le ministère du Commerce a été réinstallé à l'étroit, sur un demi-étage qu'il partage avec le ministère des Droits de l'homme, dont l'accès est gardé par un Irakien en civil armé d'une mitraillette.

Bureaux secrets.
Dans le petit couloir du ministère, les fonctionnaires enseignent assez vite deux ou trois choses indispensables à celui qui souhaite prendre part à la reconstruction de l'Irak. Tout d'abord, que la puissance occupante s'occupe de tout. Au ministère du Commerce, ce sont les Américains qui dirigent. Toute la hiérarchie irakienne du ministère est aux ordres des Américains, qui ont installé leurs bureaux dans les sous-sols. Personne ne sait où exactement. Par souci de sécurité, ils gardent la chose secrète. Les contrats publics, les autorisations d'importation..., tout doit être visé et contresigné par eux, mais on ne peut pas leur soumettre directement. C'est l'armée américaine qui se charge de faire le messager entre l'administration irakienne et les bureaux fantômes de l'occupant.

On apprend ensuite qu'il est bien inutile pour un homme d'affaires de songer à musarder dans le privé. Les vraies affaires sont les contrats publics émanant de l'aide américaine, qui se chiffre en milliards de dollars. Cela vaut pour le collectif budgétaire accordé par le Congrès américain au gouvernement provisoire, comme pour l'aide bilatérale. Cette dernière se divise en deux. Une partie, allouée par le Pentagone, est confiée au conglomérat américain Halliburton ; l'autre, issue de l'Agence de développement américaine (Usaid), est pratiquement monopolisée par le géant américain des travaux publics Bechtel. La bonne affaire est d'obtenir de ces maisons mères ou de leurs sous-traitants un contrat de sous-traitance ou de sous-sous-traitance. Le secteur privé irakien ayant été laminé par vingt ans d'une politique privilégiant le secteur étatique, les entreprises irakiennes ont peu de chances d'obtenir de gros contrats sans l'aide d'entreprises étrangères. Et mieux vaut pour ces dernières être américaines ou originaires de pays de la coalition. «Une entreprise française n'a pas la moindre chance d'obtenir un contrat d'Usaid», confie un sous-traitant de l'agence américaine, qui requiert l'anonymat. D'autres sont moins catégoriques : «Il y a certainement des filiales d'entreprises françaises qui ont obtenu des contrats de sous-traitants, assure un diplomate européen. Ces contrats ne se sont pas négociés en Irak, mais au siège de Bechtel, en Californie, ou bien à Londres ou au Koweït.»

Simon Gray, un homme d'affaires britannique, semble avoir trouvé la bonne formule. Il a fondé, avec un partenaire irakien, une société à capitaux mixtes, Direction Irak, pour courtiser Bechtel. Plusieurs petits contrats, notamment dans le domaine de la reconstruction d'écoles, lui ont été accordés. Mais il a vite déchanté, raconte-t-il.

Pas de crédit.
Bechtel n'avance rien, et le contrat n'est honoré qu'une fois le travail terminé. Or les banques ne fonctionnent pratiquement pas en Irak, et l'avance de fonds est un véritable casse-tête. «Toutes les banques étrangères que j'ai approchées refusent de prêter dès qu'il s'agit de l'Irak», dit-il. Tous les risques sont à sa charge, y compris ceux du transport des matériaux. Or les vols à main armée de chargements sur les routes irakiennes sont monnaie courante, et aucune compagnie d'assurances ne couvre ces risques pour un prix raisonnable. Au moindre retard, Bechtel lui impose des pénalités conséquentes. Or les contrôles de l'armée américaine retardent parfois les chargements de plusieurs jours... «L'insécurité est le véritable problème ici», résume-t-il.

Voilà, entre autres, qui explique que la reconstruction n'a pas encore eu d'effets réellement visibles en Irak. Bechtel n'a pu débourser que 10 % des 700 millions de dollars qui lui ont été alloués. «Or tout est à faire en Irak. La production électrique, par exemple, est toujours inférieure à celle d'avant guerre, beaucoup de lignes de haute tension ont été détruites par les pillards pour s'emparer du cuivre, et le pillage continue, rapporte le même diplomate. L'aide américaine à la reconstruction n'est qu'un effet de manche. Elle servira à peine à boucher quelques trous, tandis que la vraie reconstruction des infrastructures, chiffrée par la Banque mondiale à 36 milliards de dollars, ne pourra vraiment se faire qu'une fois l'Irak souverain et la sécurité retrouvée... Pour l'heure, un investisseur ne trouvera ici qu'un risque maximal et un bénéfice hypothé tique.»
Libération, Par Philippe GRANGEREAU vendredi 24 octobre 2003

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Bush : plus dure est la chute

L’enlisement des troupes américaines en Irak est le principal facteur de déclin de la cote du Président. Les difficultés intérieures, économiques et sociales, renforcent les doutes de l’opinion publique.

À ses rubriques habituelles ­ « National », « International », « Finance » ­, le New York Times en a récemment ajouté une autre : « Killed in Iraq ». Sa vocation : rendre hommage aux GI morts au combat. Cette réorganisation du journal est révélatrice de ce à quoi tout le monde se prépare ici : une présence américaine longue et sanglante en Irak. Mais l’opinion publique ne se fait pas à l’idée aussi docilement que prévu. George Bush n’est plus approuvé que par 47 % des Américains (après avoir caracolé à 75 % en mai), selon un sondage publié le 2 octobre dans le même New York Times. C’est avant tout l’absence de stratégie pour sortir du « bourbier irakien », comme on dit ici, que veulent sanctionner les Américains. Pour 58 % d’entre eux, le Président n’a pas de plan pour sortir de l’enlisement. « Bush nous dit de croire en lui mais il ne nous donne aucun détail sur ce qu’il compte faire, explique Sydnay Schanberg de Village Voice, journal new-yorkais réputé très à gauche. Or c’est dans les détails que les vrais coûts résident ; les coûts humains notamment. Quand bien même sortirions-nous victorieux, qu’aurions-nous gagné ? Personne ne se le demande. Et surtout pas la Maison Blanche. »

On compte en moyenne un mort par jour du côté des forces américaines. Le moral des troupes est au plus bas, et ce d’autant que pour les 20 000 gardes nationaux et réservistes, la mobilisation durera six mois de plus que prévu. À l’instar de l’opinion publique, les GI disent ne pas toujours saisir les buts de leur mission. « Ceux qui servent [...] ont signé pour servir le pays [...] pas pour être utilisés comme chair à canon dans une féroce mésaventure militaire », déclare Military Families Speak Out, association de familles de soldats opposées à l’invasion en Irak. Habituée des manifestations pacifistes, l’organisation était reçue le mois dernier au Congrès, preuve que les pacifistes sont de moins en moins marginalisés.

Comme si l’enlisement sur le terrain ne suffisait pas, les scandales s’accumulent à Washington. Début octobre, le rapport Kay sur les armes de destruction massive en Irak concluait qu’aucune arme n’avait été trouvée et que l’on pouvait seulement affirmer que Bagdad « envisageait » d’en fabriquer. L’Administration avait à peine le temps de se justifier qu’il lui fallait déjà affûter ses arguments pour contrer le scandale du « Palmegate ». La Maison Blanche est soupçonnée d’avoir divulgué à la presse l’identité d’un agent de la CIA, Valerie Palme, pour nuire à son mari, l’ancien ambassadeur Joseph Wilson, qui avait osé mettre en doute l’affirmation de George Bush concernant la vente par le Niger d’uranium à l’Irak. « Le public comprend trop bien ce qui s’est passé. Bousiller délibérément la couverture d’un agent secret est vu par les Américains, quelle que soit leur affiliation politique, comme abject », explique Bob Herbert, éditorialiste au New York Times. Selon un sondage de la chaîne de télévision ABC, 70 % d’entre eux demandent que l’enquête soit menée par une personnalité indépendante, et non par le ministre de la Justice, John Ashcroft.

Mais, plus encore, c’est sans doute la rallonge de 87 milliards de dollars demandée par Bush au Congrès pour financer la reconstruction de l’Irak qui a fait basculer l’opinion publique. 59 % des Américains s’y opposent. Plusieurs républicains sont dubitatifs, tel le congressman Zacharias Wamp, estimant que de tels crédits ne devaient pas être votés avant qu’on ne sache exactement à quoi ils seront alloués. « De nombreux congressmen républicains reconnaissent en privé que la situation est catastrophique. Le dire au grand jour les priverait d’un soutien financier pour les prochaines élections, alors ils se taisent », explique Daniel Cragg, républicain, fondateur de l’association Conservatives against Bush.

La politique intérieure ne donne pas le change. « Tout le monde commence à douter des aptitudes de Bush. L’économie va mal et quand on voit comment il a géré le dossier irakien, on se demande où il nous embarque pour le reste », s’interroge Dave Zirin, militant socialiste et l’un des porte-parole en vue du mouvement pacifiste. Si la croissance est là, les indicateurs sociaux, eux, sont dans le rouge. 34,6 millions d’Américains vivent sous le seuil de pauvreté, soit 3 millions de plus qu’il y a deux ans, selon le Bureau du recensement. Le financement des retraites par répartition ne sera plus assuré en 2010. Or, 80 % des revenus de 60 % des retraités sont aujourd’hui garantis par ce système. Les réductions d’impôts ont accentué un déficit budgétaire record de 455 milliards de dollars. « Les baisses d’impôts sont censées permettre la reprise économique. Or on a perdu 2,7 millions d’emplois en deux ans. La croissance sans emploi, c’est un peu comme Noël sans cadeau ; tout le monde s’en fout ! », explique Robert Sevigny, consultant politique au parti démocrate. Seuls 26 % des Américains considèrent que Bush « fait tout ce qu’il peut pour améliorer la situation économique ».
Politis n° 772, Marie Boëton,

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(27 octobre 2003) Attentats en série à Bagdad

La capitale irakienne a été secouée lundi matin par cinq attentats. Une ambulance a explosé tôt devant le siège du CICR: dix morts. Un kamikaze a lancé une voiture piégée dans un commissariat: trois morts. Trois autres postes de police ont été visés. Déjà dimanche soir, la ville avait été le théâtre de deux explosions après une attaque dans la matinée contre l'hôtel où logeait le n°2 du Pentagone.

La Croix Rouge a été victime d'un nouvel attentat à Bagdad

Au premier jour du Ramadan, une série de véhicules piégés ont visé lundi le siège de la Croix-Rouge et plusieurs postes de police irakiens à Bagdad, faisant une quarantaine de morts et révélant chez les assaillants un niveau de coordination et d'organisation que les forces d'occupation américaines ne soupçonnaient pas.
La capitale irakienne a ainsi été secouée lundi matin par une série de cinq explosions quasi-simultanées, dont au moins deux attentats-suicides, qui ont fait 42 morts dont dix au siège de la Croix-Rouge et plus de 220 blessés, selon un dernier bilan lundi soir émanant des hôpitaux et de militaires américains. Selon le chef de la police et vice-ministre de l'Intérieur irakien, Ahmad Ibrahim, 26 civils ont été tués de même que huit policiers, tous des Irakiens. Un soldat américain a également été tué et six autres blessés dans l'un des cinq attentats.

La Croix-Rouge visée

Une voiture piégée a explosé tôt devant le siège du Comité international de la Croix-Rouge (CICR) à Bagdad, faisant au moins dix morts et vingt-deux blessés selon un bilan provisoire fournit par des témoins.
"C'est une ambulance des hôpitaux irakiens qui a foncé à toute allure ce matin et j'ai essayé avec mes bras de l'arrêter sans succès. Elle a percuté les barils de béton qui se trouvent devant le siège du CICR", a dit l'un des gardiens du siège du CICR, dans le quartier Andalous au centre de Bagdad. "Le chauffeur est mort et un de mes collègues a été blessé", a-t-il ajouté.
"Il s'agit incontestablement d'un attentat-suicide", a dit le général américain Mark Hertling. Et aussi de la première attaque contre la Croix-Rouge depuis plus de vingt ans.

Panique

Deux voitures totalement calcinées se trouvaient devant les locaux du CICR, où les gens couraient dans tous les sens alors que des ambulances affluaient vers le secteur.
"Il y a eu une très forte explosion près de nos bureaux. Je crois que c'est l'immeuble qui nous jouxte" qui aurait été touché, a déclaré la porte-parole du CICR, Nada Doumani, interrogée au téléphone alors qu'elle était en route pour son bureau.
La première explosion a été tellement forte qu'elle a secoué la capitale irakienne. Des colonnes de fumée se dégageaient dans le ciel de Bagdad, au dessus du quartier Karrada où sont basées des organisations humanitaires internationales. Des hélicoptères de la Coalition américano-britannique survolaient le secteur.

Explosions en série

Les quatre autres explosions ont visé des postes de police. Selon le général américain Mark Hertling, les cinq attentats ont eu lieu en l'espace de trois quarts d'heure et sont des attentats suicide.
Le premier attentat a eu lieu à 8h30 (5h30 GMT) au commissariat d'al-Chaab, dans le nord de Bagdad. Des policiers ont tiré contre une voiture qui s'approchait du commissariat et le véhicule a explosé, a affirmé un photographe irakien présent sur les lieux. De source hospitalière, sept personnes ont été blessée.
Un quart d'heure plus tard, trois policiers irakiens ont été tués et plusieurs ont été blessés ainsi que 10 soldats américains dans un attentat à la voiture piégée contre le commissariat de police d'al-Elam dans le quartier de Karakh.
A 9h45 (6h45 GMT), une voiture piégée a explosé devant le commissariat d'al-Khadra faisant "un mort et plusieurs blessés", a affirmé un officier de police Jawwad Kazem.
Une quatrième explosion a eu lieu devant le commissariat de Sayadiyah.
Enfin, les policiers ont empêché un attentat à la voiture piégée contre un commissariat de police vers 10h10 locales dans le quartier al-Jadida. Selon le général Ahmad Ibrahim, une voiture bourrée d'une tonne d'explosifs et de trois obus de mortier a été interceptée par les policiers du commissariat local. Le chauffeur était un syrien selon lui.
En revanche, il n'y a pas eu d'explosion devant le ministère de la Santé, comme l'avait indiqué auparavant un responsable militaire américain sous le couvert de l'anonymat. Rien de particulier n'était à signaler en fin de martinée près du siège du ministère de la Santé à Khadimiyah, sur la rive orientale du Tigre.

Attaque aux roquettes

Déjà dimanche soir, le centre de Bagdad a été secoué par deux explosions après une attaque aux roquettes dans la matinée contre l'hôtel Al-Rachid, où logeait le numéro deux du Pentagone Paul Wolfowitz qui en est sorti indemne.
Un soldat américain a été tué et 17 personnes, dont 11 Américains et 4 civils étrangers, ont été blessées dans l'attaque contre l'hôtel visé par vingt-neuf roquettes.
Un porte-parole militaire américain a ajouté lundi que deux soldats américains ont été tués et deux autres blessés dimanche dans l'explosion d'un engin à Bagdad, portant à quatre le nombre de militaires américains tués en Irak en 24 heures.
Enfin, le CICR a annoncé, par la voix de son chef de délégation Pierre Gassman, qu'il allait commencer dès mardi à évacuer ses collaborateurs internationaux stationnés en Irak.
nouvelobs.com, Lundi 27 octobre 2003 - 19h10

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Voici la liste des principaux attentats en Irak depuis le 1er mai, date officielle de la fin des hostilités.

- 30 juin: Trois explosions frappent Falloujah (ouest de Bagdad), dont l'une dans la mosquée Al-Hassan, tuant un imam et six étudiants en théologie et en blessant 15 autres. Selon le Commandement central américain, un "cours de fabrication de bombes" serait à l'origine de l'accident.

- 5 juillet: Un engin explose devant un centre de formation informatique pour les soldats irakiens, faisant sept morts et quarante blessés à Ramadi, à une centaine de kilomètres à l'ouest de Bagdad.

- 26 juillet: Une attaque à la grenade tue trois soldats américains de la 4ème division d'infanterie à Baaqouba (nord-est de Bagdad) alors qu'ils étaient en faction devant un hôpital pour enfants.

- 7 août: 14 morts et 40 blessés dans l'explosion d'une voiture piégée devant l'ambassade de Jordanie à Bagdad. Saccage de l'ambassade.

- 19 août: Un attentat suicide au camion piégé perpétré contre le siège de l'Onu à Bagdad fait 22 morts, dont le représentant de l'Onu Sergio Vieira de Mello et une centaine de blessés.

- 24 août: Trois personnes tuées à Najaf dans un attentat contre le grand ayatollah Seyed Mohammad Saïd Tabatabahi Hakim, lui-même légèrement blessé.

- 29 août: Attentat à la voiture piégée devant la mosquée de l'imam Ali dans la ville sainte chiite de Najaf (175 km au sud de Bagdad), juste après la grande prière : 83 personnes sont tuées, dont le dignitaire religieux Mohammad Baqer Hakim, chef du Conseil suprême de la révolution islamique en Irak (CSRII) et 125 blessées.

- 2 septembre: Une voiture piégée explose devant le complexe de la police à Bagdad, tuant un policier irakien et en blessant une vingtaine d'autres.

- 20 septembre: Akila al-Hachimi, membre du Conseil de gouvernement transitoire irakien, est blessée par des tirs d'inconnus à Bagdad, dans le premier attentat visant un responsable de cette instance. Elle décèdera cinq jours plus tard.

- 22 septembre: Nouvel attentat suicide près du siège de l'Onu à Bagdad: un garde irakien et le kamikaze sont tués.

- 9 octobre: Un attentat suicide contre un poste de police de la banlieue populaire chiite de Sadr City à Bagdad, fait 9 morts (trois policiers, cinq civils et le kamikaze) et 38 blessés. A Bagdad, un diplomate espagnol est abattu par balles devant son domicile.

- 12 octobre: Sept personnes, dont un kamikaze, sont tuées et onze autres blessées dans un attentat à la voiture piégée devant le Baghdad Hotel, en plein centre de Bagdad.

- 14 octobre : Un attentat à la voiture piégée fait deux morts, dont le chauffeur du véhicule, devant le portail de l'ambassade de Turquie à Bagdad.

- 26 octobre: Un soldat américain est tué et 17 personnes (dont 11 Américains) sont blessées, par une trentaine de roquettes tirées sur l'hôtel Al-Rachid à Bagdad, où logeait le numéro deux du Pentagone, Paul Wolfowitz, qui sortira indemne de l'attaque.

- 27 octobre: Attentats en série visant le siège de la CICR et quatre postes de police. 42 morts.
nouvelobs.com, Lundi 27 octobre 2003 - 19h10

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«We got him!»
L'administrateur civil américain en Irak Paul Bremer a annoncé la capture de Saddam Hussein samedi (13 décembre 2003)• L'ancien raïs, 65 ans, était en fuite depuis la prise de Bagdad par les forces américaines le 9 avril • Une vidéo de l'ancien dictateur le montre cheveux mi-longs et barbe fournie • Conférence de presse de George Bush dimanche à 17hGMT

L'administrateur civil américain en Irak Paul Bremer a officiellement annoncé la capture de l'homme le plus recherché d'Irak, dimanche peu après 13h (à Paris): «We got him!» (Nous l'avons eu) a-t-il lâché lors d'une théâtrale conférence de presse à Bagdad. «Le tyran est prisonnier», a ajouté Bremer. «Saddam Hussein a été capturé sans résistance samedi à 20H00 locale par une force d'environ 600 hommes dans un trou de souris de deux mètres de profondeur dans une ferme près la ville d'al Daour, au sud de Tikrit», a précisé le général Ricardo Sanchez, commandant des forces américaines en Irak avant de montrer une vidéo de l'ancien dictateur, cheveux mi-longs et barbe fournie lors d'un examen médical mené par un médecin de la coalition.

Son arrestation s'est déroulée «sans qu'un seul coup de feu ne soit tiré, a précisé le général Sanchez, il n'y a eu aucune blessure». Saddam Hussein «s'est montré coopératif pendant son arrestation et son examen médical (...). C'était un homme fatigué, je pense un homme résigné à son sort. L'examen médical a montré qu'il n'avait aucune blessure et qu'il est en bonne santé». L'ancien dictateur était en possession de 750.000 dollars, deux kalachnikovs et un pistolet. Deux personnes ont été arrêtées avec lui. Le général Sanchez a en revanche refusé d'indiquer s'il se trouvait depuis longtemps dans cette cache et estimé qu'il «était trop tôt» pour dire si Saddam Hussein pouvait diriger la guérilla anti-américaine. Saddam a été emmené dans un endroit non précisé et se trouve sous haute protection.

Une cache avec un ventilateur.
D'après les responsables américains, l'ancien président irakien, 65 ans, dont la tête avait été mise à prix pour 25 millions de dollars, a été capturé sur la base «d'informations». Il se trouvait dans une cache d'environ sept mètres de profondeur dont «l'entrée était cachée avec des briques et des ordures», d'une largeur «suffisante pour qu'une personne s'allonge» et équipée d'un «ventilateur pour la circulation de l'air afin qu'il (Saddam Hussein) reste caché», a précisé Sanchez.

Selon un haut responsable de l'Union patriotique du Kurdistan (UPK), qui la première a annoncé son arrestation, le «Raïs» aurait été capturé lors d'une opération conjointe des forces américaines et des peshmergas kurdes. «Sur la foi d'informations que Saddam Hussein se cache dans une maison à Tikrit, les forces spéciales kurdes de l'Union patriotique du Kurdistan (UPK) dirigées par Kousrat Rassoul Ali et des forces spéciales américaines l'ont arrêté, a affirmé un haut responsable de l'UPK, sous couvert de l'anonymat. Il s'agit de la même force qui a arrêté Taha Yassine Ramadan à Mossoul», a-t-il ajouté, en référence au vice-président irakien neutralisé mi-août par des combattants kurdes et remis aux forces américaines.

Test ADN.
«Nous présentons au peuple irakien nos vives félicitations, a déclaré Adnane Pachachi, membre du Conseil de gouvernement transitoire irakien. Le gouvernement de la peur et de la répression est révolu à jamais. Nous nous tournons vers l'avenir et poursuivons nos efforts pour recouvrer notre souveraineté». «Le criminel Saddam Hussein a été arrêté vivant, a déclaré le président du Conseil de gouvernement, Abdel Aziz al-Hakim à Madrid, où il est en visite, en assurant que son identité ne fait pas de doute parce qu'on lui a fait le test ADN et cela l'a confirmé». Il a affirmé qu'il serait jugé par le tribunal pour crimes de guerre dont la formation a été annoncée il y a quelques jours.

Une «arrestation synonyme d'unité». Le président américain, George W. Bush, qui doit s'exprimer dimanche vers 18h00 (heure française), a été informé pour la première fois samedi après-midi dans sa résidence de Camp David de la capture possible de Saddam Hussein en Irak, ont indiqué des responsables de la Maison blanche. La conseillère à la Sécurité nationale de la Maison blanche, Condoleezza Rice, lui a ensuite confirmé l'arrestation dimanche matin vers cinq heures (11h00 en France).

L'allié britannique, Tony Blair, premier homme d'Etat à annoncer la capture de Saddam a espéré dimanche midi que la cause des partisans de Saddam Hussein était désormais «vaine». «Là où son règne signifiait terreur, division et brutalité, espérons que son arrestation soit synonyme d'unité, de réconciliation et de paix entre tous les Irakiens», a-t-il ajouté. Depuis l'annonce de son arrestation, des tirs de joie sont entendus à Bagdad et à Souleymaniyah dans le Kurdistan irakien.
14 décembre 2003 (Liberation.fr - 16:18)

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« Une capture un peu trop facile »
KENZA, ex-lofteuse

KENZA BRAIGA, 27 ans, la Française d'originie irakienne la plus connue après sa participation à la première émission de téléréalité, le « Loft » 1 sur M 6, estime que « la capture de Saddam Hussein est un grand jour pour le peuple irakien » car « n'oublions jamais qu'il s'agit d'un dictateur sanguinaire ».
« Bon débarras » lance-t-elle, satisfaite. La jeune femme, fille d'un médecin irakien, arrivée en France à 14 ans, après avoir connu la première guerre du Golfe à Bagdad, avoue néanmoins son « trouble » devant « une arrestation un peu trop facile ». « C'est à la fois génial et inquiétant car je crains que les Américains n'en profitent pour se sentir un peu plus chez eux. Cela risque de leur donner plus de confiance et permet à George Bush de se racheter une conduite à quelques mois de la nouvelle élection présidentielle », explique Kenza, dont le caractère bien trempé s'affirme un peu plus.
« Mais cette arrestation est loin de signifier la fin de la guerre en Irak, qui se poursuivra tant que les troupes américaines resteront. Personne ne sait si les attaques suicides cesseront ou pas », prévient Kenza, qui prépare déjà un nouveau livre à paraître au mois d'avril prochain sur les mensonges ayant conduit les Etats-Unis et la Grande-Bretagne à s'allier pour s'emparer du pays.
« C'est un complot politique et économique sur le Moyen-Orient. Jamais les Irakiens ne gèreront leur richesse, le pétrole, désormais confisqué au profit de sociétés américaines », s'indigne Kenza. Elle songe surtout à « l'avenir » du pays de son enfance, où toutes les communautés savaient vivre ensemble, chrétiens, Kurdes, sunnites et chiites

« Qui va gouverner ? »

Aujourd'hui, Kenza dit redouter plus que tout « la partition du pays », vécue comme une ruine, la fin de ses souvenirs heureux, le démantèlement de ce qui fut l'une des plus prestigieuses civilisations. « Le gouvernement transitoire, ce sont des collabos qui ne peuvent rien faire sans les Américains. Qui va gouverner le pays ? Avec quel statut politique ? C'est cela la vraie question. Il faut avoir un projet, qui n'existe pas pour l'instant », regrette l'animatrice.
Jean-Marc Ducos, Le Parisien, lundi 15 décembre 2003, p. 9

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Les Européens se démarquent des positions de Bush sur le sort de Saddam Hussein

L'éventualité d'une condamnation à mort de l'ancien dictateur suscite des désaccords dans de nombreux pays où la peine capitale est abolie, y compris ceux qui ont soutenu l'intervention américaine en Irak. Le soutien exprimé par le président américain, George W. Bush, à une éventuelle condamnation à mort de Saddam Hussein a suscité un profond malaise chez ses alliés européens, mercredi 17 décembre, en nourrissant les inquiétudes au Proche-Orient sur l'équité du procès à venir de l'ancien président irakien.

Dans un entretien accordé à la chaîne ABC, le président américain a estimé, mardi, que Saddam Hussein, capturé samedi, méritait le "châtiment suprême" pour les crimes perpétrés par sa dictature. Principaux partisans européens de la guerre qui a entraîné la chute de Saddam Hussein, la Grande-Bretagne, l'Italie et l'Espagne ont toutes pris leurs distances avec les propos de Bush.

"Je ne crois pas en la peine de mort (...) mais je respecte l'opinion des autres", a déclaré le ministre de l'intérieur britannique, David Blunkett, sur les ondes de la BBC. "Je pense qu'il serait bon que le peuple irakien prenne lui-même la décision."

La ministre des affaires étrangères espagnole s'est pour sa part clairement prononcée contre la peine capitale pour Saddam Hussein. Selon Ana Palacio, le procès de l'ex-dictateur irakien devrait servir à montrer la supériorité de la "moralité" sur la barbarie. "Le procès de Saddam doit être un symbole d'éthique et de moralité humaine face aux penchants les plus misérables et les plus inhumains", a-t-elle insisté.

"UNE POSITION DE PRINCIPE"

Le ministre de la défense italien a aussi fait part de son opposition à une éventuelle condamnation à mort. "Il n'y a pas que moi, la grande majorité des Italiens est contre la peine de mort. Je ne suis pas prêt à donner l'autorisation de tuer aux pouvoirs politiques", a dit Antonio Martino lors d'une conférence de presse.

Pour Laila Freivalds, ministre des affaires étrangères suédoise, les représentants de l'exécutif n'ont pas à livrer leur sentiment sur une décision judiciaire. "Nous, les personnages politiques, ne devrions rien dire du tout sur la décision à venir d'un tribunal", a-t-elle souligné.

Le gouvernement danois a, pour sa part, déclaré que son hostilité à la peine de mort était "bien connue". Les Pays-Bas "sont opposés par principe à la peine de mort, donc également à la peine de mort pour Saddam Hussein", a déclaré le ministre des affaires étrangères, Ben Bot.

C'est aussi la position de la France. "S'agissant de la peine de mort, vous connaissez la position constante de la France, qui est aussi celle de l'Union européenne", a déclaré Hervé Ladsous, porte-parole du ministère des affaires étrangères français.

"La position de l'Union européenne contre la peine capitale est très claire, très bien établie", a déclaré Diego Ojeda, porte-parole du commissaire aux relations extérieures Chris Patten. "C'est une position de principe, quelles que soient les circonstances, la gravité des crimes commis."

Pour la Russie, ancienne alliée du régime de Saddam Hussein, il est prématuré de parler de sanction. "Lancer aujourd'hui le débat sur la peine de mort ou pas la peine de mort (...) n'est pas correct d'un point de vue politique ou juridique", a déclaré aux journalistes Igor Ivanov, ministre des affaires étrangères russe, lors d'une visite officielle en Argentine. Pour Moscou, c'est au peuple irakien de juger son ancien président "et pour ce qui concerne la sanction, il revient aux institutions judicidaires irakiennes de décider de sa culpabilité ou pas".

DOUTES SUR LE PROCÈS

Quant au président iranien, Mohammad Khatami, s'il affirme ne souhaiter la mort de personne, il estime toutefois que Saddam Hussein est bien la personne au monde qui mérite le plus d'être condamnée à la peine capitale. Exprimant un sentiment général au Proche-Orient, M. Khatami a dans le même temps exprimé des doutes sur la qualité du procès qui attend Saddam Hussein. "Je doute qu'il bénéficie d'un procès juste et transparent. (...) Saddam pourrait dire des choses que d'autres n'apprécieraient pas et il pourrait faire des révélations sur ses liens et le soutien dont il a bénéficié par le passé", a dit le président iranien. Téhéran rappelle depuis longtemps que les Etats-Unis et de nombreux pays occidentaux ont soutenu le régime de Saddam Hussein lors de la guerre contre l'Iran (1980-1988).

Pour Abdoulaziz Al Mouhana, éditorialiste saoudien, M. Bush n'aurait pas dû s'exprimer sur le sort à réserver à Saddam Hussein. "Il n'est pas convenable que le président d'une grande puissance se prononce pour la condamnation à mort d'un autre président", affirme-t-il.

Alliée des Etats-Unis au Proche-Orient, la Jordanie a également souligné qu'il appartenait au peuple irakien de décider de la condamnation éventuelle de Saddam Hussein. "Nous estimons que le procès est une affaire irakienne et qu'il revient au peuple irakien lui-même de décider du sort de M. Hussein, et non pas à nous ou à toute autre partie", a déclaré le ministre des affaires étrangères jordanien, Marouane Mouacher.
LEMONDE.FR | 18.12.03 | 09h13

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La pression des Kurdes

LES KURDES, qui ont pris une part active au renversement du régime de Saddam Hussein, entendent peser sur l'avenir. Et ils le font savoir. Hier (22 décembre 2003), une dizaine de milliers d'entre eux sont descendus dans les rues de Kirkouk, la très prospère ville pétrolière du nord, pour réclamer son rattachement aux territoires kurdes.

Dans la perspective du futur Irak fédéral dont il rêve, ce peuple, martyrisé par l'ancien dictateur, hériterait ainsi du tiers des richesses pétrolières du pays. Un beau cadeau en remerciement des services rendus au « libérateur » américain.
Le dernier en date, si on en croit le « Sunday Express » : la capture de Saddam. L'ex-dictateur aurait été arrêté non pas par un commando américain, mais par des peshmergas. Fait prisonnier par ces combattants kurdes, Saddam aurait ensuite été drogué et abandonné aux mains des soldats américains.

Une opposition multiple

Si elle était confirmée, cette version, qui dément celle du Pentagone, renforcerait encore le poids des Kurdes. Ce peuple d'une trentaine de millions de personnes établi dans la région montagneuse du Kurdistan est dispersé, depuis la fin de la Première Guerre mondiale, dans plusieurs Etats de la région.
Près de la moitié d'entre eux vit dans le Kurdistan turc, où leurs revendications autonomistes ont été noyées dans le sang par le pouvoir d'Ankara. Et ils sont près de 5 millions (20 % de la population de l'Irak) à avoir survécu à la dictature de Saddam. Ceux-là n'entendent pas laisser passer leur chance historique de disposer d'un territoire autonome dans un Irak fédéral.

Sous la pression des Kurdes au Nord, les Américains doivent aussi faire face à celle des chiites au Sud. Représentant les deux tiers de la population irakienne, eux revendiquent la totalité du pouvoir après avoir été durement réprimés par Saddam (200 000 morts après la première guerre du Golfe).
A Najaf, leur ville sainte, ils ont mis en place leur propre administration et les plus radicaux se livrent à une chasse sans merci aux anciens baasistes, à ceux qui appartenaient au parti de Saddam. Soumis à la traque croisée des Américains, des chiites et des Kurdes, les partisans du dictateur déchu, souvent d'obédience sunnite, paraissent livrer un combat sans issue.
D'où la montée en puissance des Kurdes qui, après avoir été opprimés par Saddam, ne veulent pas tomber sous le joug d'un pouvoir chiite.
Philippe Duval, Le Parisien, mardi 23 décembre 2003, p. 5

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Accueil | Irak vendredi 21 mars 2003
Texte - La Maison-Blanche publie la liste des membres de la coalition
Texte du communiqué de la Maison-Blanche
Le 20 mars, la Maison-Blanche publié la liste des quelque 40 pays membres de la coalition qui œuvre à débarrasser l'Irak de ses armes de destruction massive et à « libérer le peuple irakien de l'un des tyrans les plus brutaux du monde ».
Nous donnons ci-après la liste de la Maison-Blanche.
(Début du texte)
La Maison-Blanche Le 20 mars 2003
Les membres de la coalition
Qui sont actuellement les membres de la coalition ?
Le président Bush est en train d'assembler une coalition qui a déjà commencé les opérations militaires visant à débarrasser l'Irak de ses armes de destruction massive et à faire respecter 17 résolutions du Conseil de sécurité des Nations unies.
La coalition libérera également le peuple irakien de l'un des tyrans et des régimes les plus brutaux du monde.
Les contributions des membres de la coalition prennent les aspects suivants : participation militaire directe, soutien logistique et renseignement, équipes spéciales de réaction à des attaques chimiques ou biologiques, droits de survol du territoire, aide humanitaire et à la reconstruction, et soutien politique.

Au 20 mars 2003, plus de 44 pays s'étaient publiquement engagés envers cette coalition, notamment :
Afghanistan Angola Albanie Australie Azerbaïdjan Bulgarie Colombie Corée du Sud Danemark Érythrée Espagne Estonie États-Unis Éthiopie Géorgie Honduras Hongrie Iles Marshall Iles Salomon Islande Italie Japon Koweït Lettonie Lituanie Macédoine Micronésie Mongolie Nicaragua Ouganda Ouzbékistan Pays-Bas Philippines Pologne Portugal République dominicaine République tchèque Roumanie Royaume-Uni Rwanda Salvador Singapour Slovaquie Turquie

Le nombre des participants à la coalition continue d'augmenter, et ce n'est pas par hasard que plusieurs de ces pays ont récemment échappé à la férule d'un dictateur et ont subi le fléau du terrorisme. Tous les pays membres de la coalition comprennent la menace que font peser les armes de Saddam Hussein sur le monde et la dévastation que son régime a infligée au peuple irakien.
Les pays de la coalition comptent 1,18 milliard d'habitants.
Ils ont un PIB combiné de près de 21,7 billions de dollars.
Toutes les races, les religions et les ethnies du monde y sont représentées. La coalition comprend des pays de chaque continent. (Fin du texte)

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(20 mars 2004) Les anti-guerre mobilisés
A l'occasion du premier anniversaire du déclenchement du conflit, des manifestations ont eu lieu samedi partout dans le monde pour dénoncer l'occupation de l'Irak.

Trente mille personnes à Tokyo, 25 000 à Londres, 2 000 à Sydney, 500 à Varsovie, 3 000 à Berne... : des manifestations ont eu lieu samedi un peu partout dans le monde pour protester contre la présence militaire américaine en Irak, à l'occasion du premier anniversaire de la guerre contre le régime de Saddam Hussein. Les cortèges ont aussi dénoncé le terrorisme.

En haut de Big Ben

En Europe, la mobilisation a surtout été importante dans les pays qui ont soutenu les Etats-Unis. A Londres, 25 000 personnes (contre 100 000 prévu initialement) faisaient partie du défilé. En prélude, deux anti-guerre de Greenpeace avaient réussi un joli coup d'éclat en se hissant au sommet de Big Ben pour déployer sur la célèbre horloge londonienne une banderole portant l'inscription "Time for the truth" (l'heure de vérité). C'est en Italie que la mobilisation a été la plus importante, avec près d'un million de personnes présentes dans les rues de Rome à l'appel des organisations de gauche. En Espagne, où l'émotion était palpable moins de dix jours après les attenats dans la capitale, les Madrilènes étaient environ 60 000. Comme souvent, les Barcelonais étaient plus nombreux, avec une foule estimée entre 150 000 et 200 000 personnes. "Nous l'avons déjà dit ! Non à la guerre !" scandaient-elles.

En revanche, dans les pays opposés à la guerre, les cortèges ont été moins imposants que prévu. A peine quelque milliers de manifestants en Allemagne, seulement 3 500 à Bruxelles. A Paris, le défilé, parti à 15h30 de la place de la Bastille, direction Châtelet, était composé d'environ 10 000 personnes pour dire "Non à la guerre, aux attentats terroristes, aux violences contre les peuples".

50 000 à New York

Aux Etats-Unis, plus de 600 manifestants avaient défilé dès vendredi soir à San Francisco en Californie, à l'appel du mouvement "Action directe pour arrêter la guerre". "De l'argent pour la santé, non pour la guerre", "arrêtons l'invasion des sociétés (américaines) en Irak", pouvait-on lire sur des pancartes. Dix-neuf personnes ont été arrêtées, puis relâchées peu après, pour avoir "bloqué le trafic automobile".

D'autres rassemblements ont eu lieu samedi dans quelque 200 villes américaines. La manifestation la plus importante s'est tenue à New York, rassemblant 100 000 personnes qui scandaient des slogans tels que "Bush ment, mais qui meurt ?". Les pro-guerre ont aussi organisé des contre-manifestations en plusieurs endroits.
tf1.com, Mis en ligne le 21 mars 2004

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(27 mars 2004) Vergès va défendre Saddam
L'avocat Jacques Vergès - qui adore surprendre et, plus encore, provoquer - a créé la sensation lors de l'enregistrement lundi soir (22 mars 2004) d'une émission de Thierry Ardisson qui sera diffusée mardi 30 mars 2004) : il défendra l'ex-dictateur irakien.

Jacques Vergès a toujours su ménager ses effets. Qui d'autre que lui profiterait d'un dîner mondain pour annoncer à la terre entière qu'il va assurer la défense de Saddam Hussein ? A part lui, personne. Lundi soir, le célèbre avocat participait à l'enregistrement de l'émission de Thierry Ardisson « 93, faubourg Saint-Honoré », qui sera diffusée mardi (à 22 h 30) sur Paris Première.

Convive de ce repas filmé au côté (entre autres) de son confrère François Gibault, Vergès s'est délecté d'un menu « Indochine », concocté en l'honneur de ses origines asiatiques. Inutile de dire que sa voisine de table, la princesse Hermine de Clermont-Tonnerre, a failli s'étrangler avec son ananas au poivre lorsque Vergès a largué sa bombe.

« Le neveu de Saddam Hussein vient de me désigner », lâche-t-il sans ciller aux invités, précisant que douze autres avocats français vont l'épauler dans cette délicate mission. Des contacts auraient été noués avec l'entourage de l'ancien dictateur en Jordanie, d'où Jacques Vergès supervise la défense de Tarek Aziz, l'ex-ministre des Affaires étrangères du régime de Bagdad.
Les deux dirigeants déchus sont actuellement détenus en Irak, avec le statut de prisonniers de guerre, mais sans la moindre visibilité sur les modalités d'un éventuel procès, pour lequel des avocats jordaniens et tunisiens se sont déjà portés volontaires.

« Rien n'avait été prémédité »

N'hésitant pas à comparer cette échéance au procès des nazis à Nuremberg, Jacques Vergès esquisse les axes de sa stratégie de défense. « A une époque, dit-il, les Etats-Unis ont apporté leur soutien au régime irakien. En septembre 1988, le département du Commerce a autorisé la vente de toxines de la maladie du charbon à l'Irak. » Pour l'avocat, ces transactions datant de l'administration Reagan se sont faites « par l'intermédiaire de Donald Rumsfeld », actuel secrétaire américain à la Défense.
En clair, Vergès considère que, si Saddam répond un jour de massacres de civils avec des armes chimiques, Rumsfeld devra comparaître à ses côtés. Enfin, le juriste français assure qu'un mystérieux informateur américain lui a spontanément « remis un lot de documents classés secret-défense ». Dont la photo d'une poignée de main entre Rumsfeld et Saddam prise après la vente des fameux produits toxiques. Info ? Intox ? Mystère.
Reste que Jacques Vergès a multiplié, ces dernières semaines, ses voyages dans les capitales arabes. « Il nous a d'ailleurs été difficile de l'avoir chez nous, confie Stéphane Simon, coproducteur de l'émission avec Thierry Ardisson. Il se rend régulièrement en Algérie et en Jordanie. Cela dit, nous ne nous attendions pas à ce qu'il fasse une telle annonce lors de ce dîner.
Rien n'avait été prémédité. Mais on peut supposer qu'il n'a pas tenu ces paroles en l'air. On sait qu'il a été l'un des avocats du FLN algérien, et qu'il reste un ardent défenseur de la cause arabe laïque. »
Stéphane Bouchet, Le Parisien, samedi 27 mars 2004, p. 6

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(Avril 2004) Rencontre avec Hans Blix, ancien chef des inspecteurs de l'ONU, qui publie Irak, les armes introuvables (Fayard)

«Les Etats-Unis ont commis une faute», propos recueillis par Alain Louyot et Noëlle Velly (RFI)

Les Etats-Unis sont entrés en guerre pour neutraliser des armes qui n'existaient pas... S'agit-il d'une erreur ou d'une faute?
C'est une faute. Les Etats-Unis auraient pu avancer d'autres raisons pour cette offensive. Mais ils ont estimé que cette menace des armes de destruction massive convaincrait mieux le Congrès américain et le Parlement britannique que s'ils évoquaient, par exemple, la nécessité de renverser la terrible dictature de Saddam Hussein.

Vous et vos équipes d'inspecteurs, gardez-vous une certaine amertume après cette mission où les dés étaient pipés?
Amertume, non; déception, oui. Car les Américains et les Britanniques ont préféré faire confiance aux informations avancées par leurs services de renseignement qu'à celles contenues dans nos rapports. On m'a dit que mes conversations téléphoniques étaient sur écoutes. Si c'est vrai, j'aurais préféré que les services de renseignement prêtent une oreille plus attentive à ce que je disais à l'époque!

A aucun moment vous n'avez eu le sentiment d'être manipulé?
Ils n'ont pas pu nous manipuler! Il y a bien eu ce jour où le sous-secrétaire d'Etat américain, énervé, a jeté sur mon bureau des photos satellites en s'exclamant: «Pourquoi n'avez-vous pas parlé de cela dans votre rapport au Conseil de sécurité?» Je lui ai calmement répondu que nous étions en train d'enquêter sur ce type d'informations, mais que rien ne prouvait jusqu'à présent qu'il s'agissait d'armes de destruction massive.

L'Irak est en plein chaos, les attentats terroristes se multiplient... La situation au Moyen-Orient n'est-elle pas pire aujourd'hui qu'avant la guerre?
Ce qui est positif, c'est qu'un régime sanguinaire a disparu. Mais il y a beaucoup de points négatifs si l'on fait le bilan de cette intervention. La situation du Moyen-Orient, dont les idéologues américains espéraient redessiner la carte pour y ramener la paix, est extrêmement préoccupante, et leur projet paraît n'avoir été qu'un rêve.

La lutte contre le terrorisme risque-t-elle d'amener les Etats-Unis à commettre de nouveaux faux pas?
Cette guerre en Irak, la façon dont on l'a menée, a été, nous l'avons dit, une faute. Mais les Américains ont déjà tiré, j'en suis sûr, un enseignement de ce faux pas. Ils ont compris que l'aval du Conseil de sécurité était quelque chose d'essentiel et que le manque de légitimité de cette guerre a choqué la communauté internationale. Bref, l'administration Bush a découvert les vertus du multilatéralisme. George Bush père, en tout cas, avait fini par comprendre les limites de l'unilatéralisme, et j'espère que son fils fera de même.
Propos recueillis par Alain Louyot et Noëlle Velly (RFI) dans le cadre de l'émission L'Express-RFI L'Invité de la semaine, L'Express, 12/4/2004, p.59

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(Avril 2004) Bob Woodward révèle les coulisses de l'Irakgate
Le journaliste américain sort un livre embarrassant pour l'administration Bush.

La scène est racontée dans le dernier livre de Bob Woodward, qui sort aujourd'hui aux Etats-Unis. Le 13 janvier 2003, dans le bureau ovale, George Bush reçoit son secrétaire d'Etat Colin Powell pour l'informer de son intention d'entrer en guerre contre l'Irak : «Les inspections [de l'ONU] ne mèneront à rien, je pense vraiment que je vais devoir le faire.» «Vous êtes sûr ? Vous avez conscience des conséquences, glisse Powell. Vous savez que vous allez devenir le propriétaire de cet endroit.» Le Président répond qu'il comprend, mais pense qu'il doit le faire : «Vous êtes avec moi sur ce coup-là ?», demande-t-il. Powell, bon soldat, opine. L'entretien s'achève au bout de douze minutes. Bush n'a même pas demandé l'avis de Powell. Son secrétaire d'Etat est d'ailleurs le dernier informé. Quelques jours plus tôt, Bush a prévenu sa conseillère pour la Sécurité nationale, Condoleezza Rice, son vice-président, Dick Cheney, et son secrétaire à la Défense, Donald Rumsfeld. Même l'ambassadeur saoudien a déjà été mis dans le secret !

«Gestapo».
Plan of Attack est un nouveau livre embarrassant pour l'administration Bush. Car Woodward n'est pas un pamphlétaire : c'est un vétéran du Washington Post, légendaire pour avoir, avec Carl Berstein, fait éclater l'affaire du Watergate. Il est en bons termes avec l'administration Bush et a interviewé, pour son enquête, 75 personnalités, dont le Président. Mais son livre, qui raconte par le détail la préparation de la guerre en Irak, est dévastateur, car il expose, par le simple récit des réunions successives, la légèreté avec laquelle le Président est parti en guerre. Il révèle également l'état de dégradation des relations internes au gouvernement. Selon Woodward, Powell, la colombe, et Cheney, le plus actif des faucons, «s'adressaient à peine la parole». Powell qualifiait même le clan des néoconservateurs qui peuplent l'entourage de Donald Rumsfeld de «bureau de la Gestapo».

John Kerry, le candidat démocrate à la présidence, n'a pas manqué de s'emparer du sujet. «Si je suis président, mon secrétaire d'Etat exercera pleinement ses responsabilités, ce qui n'est pas actuellement le cas, comme le montre le livre de Bob Woodward», a-t-il déclaré dimanche sur NBC. La Maison Blanche, ennuyée, allume des contre-feux. Condoleezza Rice a démenti à la télévision certains points du livre. Le Président n'a pas décidé de partir en guerre en janvier, mais en mars, a-t-elle assuré. Et Cheney et Powell ont des rapports «amicaux», a-t-elle juré. Les durs de l'administration sortent leurs piques : dans des confidences anonymes à la presse, ils accusent Powell d'avoir raconté des sornettes à Woodward pour faire bonne figure face à l'histoire.

«C'est du béton».
Si un homme ne ressort pas grandi du livre, c'est le directeur de la CIA, George Tenet. Le 21 décembre 2002, accompagné de son adjoint, il est reçu par Bush qui leur a demandé de lui présenter les informations de la CIA sur les armes de destruction massive irakiennes : enregistrements, photos-satellite, etc. La présentation est un flop. «Bien essayé. Je ne pense pas que ce soit vendable à monsieur Tout-le-Monde», commente Bush, qui se tourne vers Tenet : «C'est tout ce qu'on a ?» Le directeur de la CIA se lève du canapé et assure : «Ne vous inquiétez pas, c'est du béton.» En VO : «It's a slam dunk case», un point ultrafacile, au basket. Impressionné, Bush est alors convaincu, sur ces quelques paroles, que Saddam possède bien des armes de destruction massive et cherche à rouler une fois de plus l'ONU.
Libération, Par Pascal RICHE, mardi 20 avril 2004, p. 6

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Le CICR (comité international de la croix-rouge) juge "troublantes et inquiétantes" les photos de prisonniers irakiens

30/04 17:18 : Le Comité international de la Croix-Rougejuge "troublantes et inquiétantes" les photos de mauvais traitements infligés à des prisonniers irakiens par des soldats américains, a déclaré vendredi un porte-parole, rappelant que les Conventions de Genève interdisent les traitements humiliants et dégradants.

"Nous avons vu ces images troublantes et inquiétantes", a déclaré à l'AFP le porte-parole du CICR, Florian Westphal, après la diffusion par la chaîne de télévision américaine CBS de photos montrant des soldats américains en train de maltraiter des prisonniers irakiens.

Le porte-parole a rappelé que les Conventions de Genève de 1949, qui s'appliquent juridiquement à la situation actuelle de l'Irak, "interdisent très clairement la torture et les mauvais traitements" et prévoient que les prisonniers soient traités "avec humanité".

"Les Conventions de Genève disent très clairement qu'on ne peut pas utiliser la pression physique pour obtenir des informations et que les traitements humiliants ou dégradants sont interdits", a-t-il ajouté.

Un des clichés diffusés par CBS montre des détenus nus et entassés, avec sur le corps de l'un une insulte en anglais.
wanadoo.fr, actu, 30 avril 2004

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(30 avril 2004) L'armée américaine admet des "mauvais traitements" contre des prisonniers irakiens

L'armée américaine a annoncé jeudi 29 avril qu'elle envisageait des mesures disciplinaires contre le général Janice Karpinski, qui était chargée de la prison d'Abou Ghaib, près de Bagdad, où des soldats sont accusés de s'être livrés à des abus sur des prisonniers irakiens.

Six autres officiers et elle font l'objet d'une enquête administrative qui pourrait se conclure par des réprimandes écrites. Les six militaires ont été accusés de "crimes" à la suite d'une enquête sur des abus présumés contre des prisonniers en Irak, avait affirmé mercredi le général américain Mark Kimmitt, chef adjoint des opérations militaires dans ce pays.

Les militaires, dont la nationalité n'a pas été précisée, ont été accusés après une enquête lancée en janvier à la suite de plaintes formulées par un soldat de la coalition dirigée par les Etats-Unis, a déclaré le général Kimmitt lors d'une conférence de presse à Bagdad. "Après enquête, six militaires de la coalition ont été accusés de crimes", a ajouté le général, sans donner d'autres détails.

"La coalition prend au sérieux toutes les informations sur d'éventuels abus", a-t-il dit en ajoutant que l'armée américaine était "engagée à traiter avec dignité et respect toutes les personnes détenues par la coalition et le personnel doit agir humainement et conformément aux conventions de Genève".

UNE PRATIQUE RÉPANDUE

Fin janvier, l'armée américaine avait publié une liste d'au moins treize soldats américains en Irak qui ont comparu devant une cour martiale depuis mai 2003 pour des affaires d'ivresse, vol, mauvais traitements ou tentative de désertion. Sept d'entre eux ont été exclus de l'armée, les autres ont été condamnés à des peines de prison comprises entre deux et six mois.

Mercredi soir, la chaîne de télévision américaine CBS avait diffusé des photos montrant des soldats américains maltraitant des prisonniers irakiens, en affirmant qu'une enquête de l'armée avait révélé qu'il s'agit d'une pratique répandue.

Les photos, qui montrent des soldats américains maltraitant des prisonniers dans la prison d'Abou Gharib, près de Bagdad, ont été découvertes il y a quelques semaines par l'armée américaine. L'enquête qui a suivi a conclu "qu'il y avait des problèmes, du général en charge de la prison à la police militaire chargée de surveiller les prisonniers", selon CBS.

Sur une photo, on voit un prisonnier irakien contraint, selon l'armée, de se tenir debout sur une boîte, tête recouverte et mains attachées, à qui l'on avait dit qu'il serait électrocuté s'il venait à tomber. Un autre cliché montre des détenus nus et entassés, avec sur le corps de l'un une insulte en anglais.

Interrogé par le journaliste vedette Dan Rather lors de l'émission "60 Minutes II", le général Kimmitt s'est dit "atterré". "Ce sont nos camarades, des gens avec qui nous travaillons tous les jours, ils nous représentent, portent le même uniforme que nous... Nous espérons que nos soldats sont bien traités par l'ennemi. Si nous ne pouvons montrer l'exemple sur comment traiter les gens avec dignité et respect, nous ne pouvons demander que les autres nations le fassent", a-t-il commenté, ajoutant cependant qu'il s'agit d'"une petite minorité", "moins d'une douzaine sur les 150 000" soldats en Irak.

Le sergent Chip Frederick, un des soldats mis en cause et risquant désormais la cour martiale notamment pour avoir frappé des détenus ou leur avoir ordonné de se frapper les uns les autres, est interrogé dans l'émission. "Nous n'avions aucun soutien, aucune formation d'aucune sorte, et je ne cessais de demander certaines choses à mon commandement, des lois et des règles, et ça n'arrivait pas", dit le soldat, qu'une photo montre assis sur un prisonnier.

Sous le régime de Saddam Hussein, la prison d'Abou Gharib était un centre de torture des opposants.
LEMONDE.FR | 30.04.04 | 08h44

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Tortures, l'histoire se répète
La violence des images d'Irak démontre qu'il s'agit bien d'une occupation.

Depuis le 28 avril, les médias américains publient une brassée d'images : des prisonniers irakiens subissent tortures et sévices.
Un peuple éprouve donc une phase singulière de son occupation. Pour nous, Français, ces images sont parlantes. Sans remonter aux exactions commises lors de l'occupation de la Ruhr, au lendemain du traité de Versailles, elles ont la familiarité bestiale du patrimoine militaire national.
Il convient de rappeler que le terme «guerre» d'Algérie était alors réprouvé : pour le gouvernement, il s'agissait d'opération de «pacification». Vaincus de 1940, vainqueurs de 1945 par défaut, les Français ne voulaient pas voir ce qu'était la fascisation d'une armée en campagne.
Il en va de même pour la guerre d'Irak. L'occupant utilise mille circonlocutions pour caractériser la permanence de ses troupes en Mésopotamie. La violence des images démontre qu'il s'agit bien d'une occupation, d'une occupation brutale.

Lorsqu'on ne «nomme» pas la réalité des opérations, on ne nomme pas ce qui nécessairement l'accompagne : la violence exercée contre les personnes physiques. Des jeunes gens aux mains de réservistes pratiquant la torture.

Les médias ont tort d'altérer le sens des mots.
Il ne s'agit pas de «maltraitance» dans la prison d'Abou Gharib (notedt, sous la hute responsabilité du général Miller, précédemment en poste à Guantanamo), mais de torture. La première image de CBS est simple : un humain revêtu d'une sorte de coupe-vent, tête encagoulée, bras déployés, index des mains liés de fils électriques, juché en équilibre sur une caisse. Il doit tenir, car, plus bas, s'il tombe, le sol est inondé. Il s'agit bien de torture. D'une forme plus prosaïque de la «gégène».

Les images suivantes nous ont montré d'autres formes de torture par avilissement sexuel. Des corps nus, empilés, des fesses découvertes, des sexes dénudés, des réservistes américains en position de vainqueurs, à demi couchés sur ce monticule de chairs. Des graffitis, tracés au feutre sur ces mêmes fesses, constituent une humiliation par torture.
Les Anglais, ces Européens, dont les médias ont d'abord souligné la juste désapprobation des méthodes «alliées», furent confrontés dès le lendemain à la même ignominie : un militaire britannique urinant sur un Irakien encagoulé. Les scènes filmées en vidéo démontrent que les troupes de la Reine sont tout autant gangrenées par l'innommable que les américaines.
De Londres, nous apprenons alors que des sodomies ont été pratiquées par des soldats des deux pays ; sur ordres d'autres militaires, de jeunes Arabes irakiens ont été contraints de simuler la pénétration entre eux.

L'avilissement sexuel des vaincus n'est pas chose nouvelle.
La pratique remonte à la plus haute antiquité. Elle sert à deux fins : démontrer que la force dominante étrangère est l'oeuvre de mâles dont la virilité est signe, raison même de la victoire.
A Naples, en 1943, il y eut une fameuse dispute entre le général Mark Wayne Clark et le général de Montsabert à propos de l'usage du corps des vaincus (y compris le cul des adolescents offerts par leur mère dépourvue de tout).
Le général français voulait en disposer pour ses «tabors» arabes ; le général américain les lui disputait pour les bites de ses boys (on peut lire la Peau de Curzio Malaparte). En période d'occupation, le viol des jeunes hommes signifie la volonté de «féminiser» le vaincu, afin qu'il se ruine à ses yeux mêmes.
Les jeunes mâles irakiens, guerriers, virils, doivent donc exposer leur cul, supporter la sodomie. Etre compissés par le vainqueur puisqu'ils sont précisément vaincus et arabes.

De tout temps, la surabondance des tortures sexuelles caractérise la négation de ce sous-homme, le vaincu. Elle eut même sa version raciale dans le viol des garçons juifs par les nihilistes nazis. Sous nos yeux, elle connaît un avatar qui n'est pas nouveauté.

Pour les millions de musulmans, d'Arabes et de non-Arabes, qui reçoivent ces images, au Proche-Orient et en Europe, en Asie centrale et en Asie, s'inscrit immédiatement l'«humanité» des traitements infligés aux Occidentaux «enlevés» (quand ils ne sont pas assassinés) et la sauvagerie des «croisés» enculant de jeunes Arabes, déniant aux victimes toute virilité, toute identité, mais aussi à toute la communauté des croyants.
Ces viols, ces tortures réclament évidemment revanche.

Enfin, l'humiliation s'adresse encore comme le mépris définitif des «vaincus».
L'usage sexuel d'un seul, filmé, photographié, reproduit mécaniquement, signifie que le peuple vaincu est abâtardi.
On se souviendra que les soldats allemands accusèrent le préfet Jean Moulin d'être homosexuel, d'«aimer les Noirs», quand ils l'enfermèrent, du côté de Chartres, avec quelques tirailleurs sénégalais prisonniers.
La démonétisation de l'adversaire, en l'espèce, démontrait que toute résistance était vaine de la part d'un peuple, en l'occurrence français, féminisé du fait de sa défaite devant les «mâles» allemands. Livrer la sexualité du prisonnier vaincu à un sexe noir, jugé fantasmatiquement disproportionné, confirmait bien la puissance perverse du vainqueur.

Ces versions sont recevables dans les tortures sexuelles qui nous occupent.
Le vainqueur baise le vaincu, effectivement, symboliquement réifié. Le thème de l'homosexuel passif, connu sous le terme de mollitia à Rome, caractérise plus le défaut de masculinité «sociale» du vaincu que sa chosification charnelle. Ainsi, toute résistance est démonétisée, niée comme action «virile».

L'impudicité imposée à des jeunes gens culturellement pudiques constitue une violence inouïe contre l'individu, sa famille, sa tribu, sa nation et son peuple tout entier. Au-delà, c'est une violence contre la communauté, les coutumes des croyants.
L'oumma est frappée dans ce qu'elle a de plus sacré, la prosternation. Les conséquences de ces tortures risquent d'être incalculables au registre de la vengeance. Elles peuvent enclencher une cascade de violences à la mesure de l'outrage subi par quelques-uns au nom de tous.

S'il le fallait encore, ces images risquent de causer d'irréversibles dégâts à la crédibilité «morale» des coalisés.
Occupantes, au sens cruel du mot le plus cru, les troupes se comportent comme se comportèrent partout les forces d'occupation: le viol des insoumis. Dès lors, il est vain de se dissimuler derrière l'argument des «faits isolés» ou, phraséologie désuète, d'actions «de soldats indignes de porter l'uniforme de la Reine». D'autant que, selon le New Yorker, ces violences sont pratiquées sur instruction des services secrets des armées coalisées.
Libération, Par Yves LEMOINE et Alain DUGRAND, mardi 04 mai 2004
Par Yves Lemoine, magistrat et historien, et Alain Dugrand, romancier

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Le destin pathétique de Lynndie England
Cette jeune femme d'origine modeste était affectée à des tâches administratives à la prison d'Abou Gharib, près de Bagdad. Le monde a découvert, stupéfait, son visage souriant devant des scènes de sévices infligés à des prisonniers irakiens.

Lorsqu'un journaliste lui a présenté les photos de sa fille, Terrie England a plaqué ses doigts sur sa bouche, stupéfaite. On y voyait le private Lynndie England, une petite brune de 21 ans, souriant au photographe derrière un empilement de prisonniers irakiens nus, contraints de faire une pyramide de leurs corps. "Oh mon Dieu ! a-t-elle lâché en tremblant devant le correspondant du Baltimore Sun. Je ne peux pas voir ça."

Pour son malheur, depuis une semaine, les photos de sa fille font la une de la presse mondiale. On a ainsi découvert Lynndie England, affectée à la prison d'Abou Gharib en Irak, tenant en laisse un prisonnier nu, lever le pouce devant le sexe d'un autre prisonnier, menotté et cagoulé… Bref : prenant des poses devant des hommes gravement humiliés, terrorisés et brutalisés. Du coup, Lynndie England est devenue en quelques jours l'icône de ces soldats qui "répugnent" publiquement le président Bush.

Un mobil-home dans un terrain vague

Lynndie England a vécu toute son enfance dans un mobil-home, entre un bar et une ferme de la petite localité de Fort Ashby, perdue dans les collines de la Virginie occidentale. Fille d'un cheminot, elle a grandi dans la pauvreté, partageant son temps entre l'école du district et le "Dairy Dip" du coin, où, racontent ses proches, elle tuait le temps avec sa sœur en plaisantant sur les voitures qui passaient sur la grand-route.

Bonne élève, elle avait envie de voir du pays. Au sortir du lycée où elle a travaillé dur, Lynndie England n'a jamais quitté sa campagne. Pour obtenir suffisamment d'argent pour payer ses études, elle s'est engagée dans la 372ème Compagnie de police militaire de Cumberland, dans l'Etat voisin du Maryland, la fierté de la région. En plus d'un métier, elle a aussi trouvé l'amour dans l'armée. Charles Graner, son nouveau fiancé, fait partie du même bataillon qu'elle.

"Il pourrait y avoir des problèmes"

Formée à être une "classeuse de papier", selon sa meilleure amie Destiny, elle a été mobilisée comme l'ensemble de son bataillon en février 2003 et affectée à la grande prison des faubourgs de Bagdad, où sa mission consistait à enregistrer le nom et les empreintes digitales des détenus. Son portrait a été accroché sur le "Tableau d'honneur" du tribunal et du supermarché du Mineral County. Mais en janvier, sa mère reçoit un coup de téléphone. "Je veux juste que tu saches qu'il pourrait y avoir des problèmes, lui explique Lynndie depuis Bagdad. Mais je ne veux pas que tu te fasses de souci."

Depuis, Terri England a compris ce que sa fille voulait dire. Rapatriée aux Etats-Unis, affectée à Fort Bragg, en Caroline du nord, Lynndie England fait partie des six soldats du 372ème MP mis en cause par les autorités américaines. Sa mère ignore si elle a été inculpée et l'armée refuse de répondre à la question. Lynndie, elle, a pour consigne de ne rien dire à ses proches, ou très peu. Selon ses proches, elle serait enceinte.

"Bêtises de gosses"

"Ça me fait rire, parce que ce n'est pas Lynn, ironise Destiny devant un journaliste du Washington Post. Elle ne pouvait même pas tirer un chien en laisse." Son père affirme qu'elle a simplement obéi aux injonctions de ses camarades soldats. Sa mère, elle, parle de "bêtises de gosses". Lors d'un coup de téléphone, après la diffusion par CBS des premières photos des sévices, Lynndie lui aurait dit : "Maman, j'étais au mauvais endroit au mauvais moment."
Léonard VINCENT, tf1.fr, news, Mis en ligne le 06 mai 2004

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Allaoui , lié à la CIA, choisi comme Premier ministre irakien
BAGDAD (Reuters) - Le Conseil intérimaire de gouvernement (CIG) irakien a coopté en son sein vendredi le futur premier ministre de l'Irak après le supposé retour du pays à sa souveraineté nationale, le 30 juin (2004).

Il s'agit du chiite Iyad Allaoui, un chiite laïque fortuné qui passe pour être lié à la CIA ainsi qu'au Koweït et à l'Arabie saoudite.

Selon un de ses collaborateurs, Hani Adris, Allaoui a été désigné unanimement par les membres du CIG, dont le choix a été approuvé ensuite par l'Autorité provisoire d'occupation, dominée par les Etats-Unis, ainsi que par le représentant spécial des Nations unies, l'Algérien Lakhdar Brahimi.

D'autres membres du CIG ont confirmé le choix du CIG mais, à Washington, on indiquait de source autorisée qu'il était encore prématuré de faire état d'un consensus autour du nom d'Allaoui.

Allaoui, qui a appartenu au Baas au pouvoir du temps de Saddam Hussein avant de se retourner contre celui-ci et de prendre le chemin de l'exil en 1990, est un parent d'Ahmed Chalabi, qui fut longtemps l'homme des Américains pour diriger l'Irak de l'"après-Saddam" avant de rompre avec eux cette semaine.

Mais, malgré leurs liens de parenté, Chalabi et Allaoui ne courent plus sous le même étendard. Iyad Allaoui est également familialement lié à Ali Allaoui, nommé récemment ministre de la Défense, mais pas assuré de conserver ce poste au-delà de l'échéance du 30 juin.

Allaoui a contribué à former en exil l'"Accord national irakien", un parti d'opposition au régime baasiste qui regroupait d'anciens membres du parti panarabiste et bénéficiait du soutien de la CIA et des services secrets britanniques.

Lakhdar Brahimi a passé les dernières semaines à tenter de réunir la future équipe dirigeante irakienne, qui doit comprendre, outre un Premier ministre, un président, deux vice-présidents et 26 ministres, chargés de prendre la succession officielle de l'Autorité provisoire d'occupation.

On s'attendait généralement que le futur Premier ministre soit issu de la communauté chiite, qui représente 60% de la population du pays. Le président devrait être choisi parmi la minorité sunnite qui "tenait le pays" du temps de Saddam Hussein, tandis que les deux vice-présidents seraient chiite et kurde.
yahoo.fr, actualités, Par Tom Perry,

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(Juin 2004) Irak année zéro
Prévu mercredi, le transfert de souveraineté a eu lieu lundi pour éviter un embrasement • La sécurité sera la première préoccupation du nouveau gouvernement •

Il n'y a plus d'Autorité provisoire de la coalition en Irak. C'est avec deux jours d'avance sur le calendrier que le gouvernement intérimaire irakien a reçu lundi matin, peu après 10 h 30 (heure de Bagdad), les documents officialisant le transfert de souveraineté au cours d'une cérémonie dans la Zone verte, qui abrite le QG de la coalition. L'administrateur américain Paul Bremer a dans la foulée remis au Premier ministre irakien Iyad Allaoui une lettre de George W. Bush demandant le rétablissement des relations diplomatiques entre les deux pays.

Bremer quitte l'Irak
Bremer a ensuite quitté le pays après 13 mois passés sur place. Il s'est envolé de l'aéroport de Bagdad avec plusieurs membres de son personnel pour une destination inconnue. Les autorités politiques américaines seront désormais représentées par l'ancien représentant des Etats-Unis à l'ONU John Negroponte, qui prendra la tête de la plus grosse ambassade américaine dans le monde.

Selon un responsable américain s'exprimant en marge du sommet de l'Otan qui s'est ouvert dans la matinée à Istanbul, la décision d'avancer la date du transfert de souveraineté a été prise pour éviter que la cérémonie n'enflamme à nouveau l'Irak. Le départ des responsables politiques de la coalition n'en reste pas moins précipité: aucun accord n'a été signé avec l'exécutif irakien sur le statut des forces étrangères qui resteront dans le pays. «Il n'y a pas de document officiel sur le statut des forces, a affirmé le général américain Mark Kimmitt, chef adjoint des opérations militaire de la coalition. Nous opérions auparavant selon la résolution de 1511 (du 16 octobre 2003) du Conseil de Sécurité de l'ONU et désormais nous opérons sous la résolution 1546 (du 8 juin 2004)».

Vers un couvre-feu?
Sans surprise, les premières annonces du nouvel exécutif irakien concerneront la sécurité. «La responsabilité de la sécurité est désormais entre nos mains (...) et nous allons annoncer aujourd'hui et demain de nouvelles mesures», a indiqué le Premier ministre Iyad Allaoui qui fait de cette question sa priorité absolue alors que les attaques et les attentats sanglants se multiplient à travers le pays. Des membres du gouvernement ont évoqué la possibilité d'imposer la loi martiale - une hypothèse réfutée par le Premier ministre - et le couvre-feu dans les zones qui connaissent le plus de violence.

Lundi, avant même la passation de pouvoir, le ministre des Affaires étrangères Hoshyar Zebari a assuré depuis Istanbul que les Irakiens feraient «du meilleur travail» que la coalition pour assurer la sécurité dans le pays. Non sans se garder d'ajouter: «Il n'y a aucune garantie que (la violence) va s'arrêter après le transferts de pouvoir aux Irakiens».

La France «prend acte»
Depuis Istanbul, le président américain George W. Bush a aussitôt salué un transfert anticipé qui montre, selon un membre de son entourage, «le sérieux avec lequel le nouveau gouvernement irakien traite la menace terroriste». La France, qui avec l'Allemagne a pris la tête des opposants à la guerre en Irak, a «pris acte» mais a souligné qu'il ne s'agissait que d'une «étape».
Par Libération.fr, lundi 28 juin 2004, p. 17 (Liberation.fr - 17:22)

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Au moins cinquante morts dans un attentat-suicide à Bakouba
Cette attaque intervient un mois jour pour jour après le transfert du pouvoir au gouvernement irakien, dont le premier ministre, Iyad Allaoui, a fait de la sécurité sa priorité.
Au moins 68 personnes ont été tuées et plus de 56 autres blessées, mercredi matin 28 juillet, dans un attentat à la voiture piégée, perpétré devant le poste de police de Bakouba, à 60 km au nord de Bagdad, trois jours avant l'ouverture prévue de la Conférence nationale chargée de désigner un organe consultatif et de contrôle en Irak.

Cette information a été confirmée par le docteur Jamal Al-Ani, du service du ministère de la santé, qui centralise les statistiques des victimes des violences.

Le général Walid Khaled Abdel Salam, chef de la police de la province de Diyala, dont Bakouba est le chef-lieu, a indiqué que l'explosion, qui se serait produite vers 9 h 30, heure locale (7 h 30 à Paris), "a été provoquée par une voiture piégée et il y a beaucoup de tués et de blessés, dont il est difficile pour le moment de déterminer le nombre". "Il y avait un kamikaze à bord de la voiture", a-t-il ajouté.

"Au moment de l'explosion, plusieurs jeunes étaient rassemblés devant le poste pour rejoindre les forces de police et un bus était en train de passer devant, ce qui explique le nombre élevé des victimes", a précisé le général Salam.

Cette nouvelle attaque intervient un mois jour pour jour après le transfert du pouvoir au gouvernement irakien, dont le premier ministre, Iyad Allaoui, a fait de la sécurité sa priorité.

NE PAS CÉDER AUX PRENEURS D'OTAGES

Du Caire, où il est en visite officielle, le secrétaire d'Etat américain, Colin Powell, a condamné cet acte et a affirmé que que de telles attaques ne feraient pas dévier les Etats-Unis de leur objectif.

Mardi, M. Powell, avait appelé à Budapest les alliés des Etats-Unis en Irak à tenir bon, malgré la poursuite des violences et des prises d'otages qui menacent la cohésion de la coalition internationale, dirigée par Washington. "C'est le moment pour nous d'être déterminés, pas de flageoler et de dire 'bon sang, c'est trop dur, laissons ces gens tout seuls et les tyrans revenir'", a déclaré le chef de la diplomatie américaine à la télévision hongroise, au début d'une tournée en Europe et au Proche-Orient, au cours de laquelle il doit rencontrer jeudi M. Allaoui en Arabie saoudite.

A Bagdad, le président intérimaire, Ghazi Al-Yaouar, a lui aussi lancé, mardi, un message de fermeté, assurant que les autorités irakiennes ne céderaient pas aux preneurs d'otages. Au moins treize personnes ont été enlevés en une semaine en Irak.

Le ministère des affaires étrangères égyptien a démenti, mardi, avoir payé une rançon pour la libération d'un diplomate égyptien enlevé pendant trois jours à Bagdad et libéré lundi.

Le sort d'autres otages, dont celui de deux chauffeurs jordaniens enlevés lundi et travaillant pour la compagnie Daoud & Partners, qui fournit des produits alimentaires à l'armée américaine, reste inconnu. La compagnie jordanienne a annoncé, mardi, qu'elle cessait ses activités en Irak afin d'obtenir la libération des otages et d'assurer la sécurité de ses employés.

DIFFICILE CONSTITUTION D'UN CONSEIL

Sur le plan politique, les nouvelles autorités irakiennes tiennent à organiser dès cette semaine une Conférence nationale chargée de désigner un conseil consultatif et de contrôle, même si un expert de l'ONU a estimé, mardi, préférable de reporter ces assises pour mieux assurer leur succès.

Le processus de sélection du millier de participants s'est accéléré à travers le pays. Mais des contestations montent au sujet du mode de sélection, et le courant du chef radical Moqtada Al-Sadr, qui s'affirme l'un des principaux représentants de la communauté chiite majoritaire, veut boycotter l'initiative. Mardi, le principal organisateur de la conférence, Fouad Maassoum, a confirmé que ces assises allaient s'ouvrir samedi et assuré que Moqtada Al-Sadr serait le bienvenu s'il décide d'y prendre part.
LEMONDE.FR | 28.07.04 | 10h19 MIS A JOUR LE 28.07.04 | 14h05

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(22 novembre 2004) Bagdad obtient l'annulation de 80% de sa dette
Washington a eu gain de cause au sein du Club de Paris malgré la résistance de Paris et Moscou

Les Américains ont finalement eu gain de cause.
A l'issue de plusieurs jours de négociations, les principaux pays créanciers de l'Irak ont accepté de renoncer à 80% de la dette.
Le compromis auquel sont parvenus hier les membres du Club de Paris (constitué par les 19 principaux créanciers industrialisés) ne répond certes pas à la revendication initiale des États-Unis, qui plaidaient pour une réduction de 95% de la dette.
Elle est toutefois beaucoup plus favorable à Bagdad que les propositions initiales de la France et de la Russie.

La résistance de la France et de la Russie – qui a failli faire échouer l'accord hier – s'explique d'abord par la volonté de ne pas céder devant les États-Unis qui, après avoir pris la décision unilatérale d'envahir l'Irak, voudraient aujourd'hui mutualiser les risques.
En outre, il est rare qu'une annulation porte sur des sommes aussi considérables. La dette publique irakienne s'élève en effet à environ 120 milliards de dollars, dont 38,9 milliards détenus par les membres du Club de Paris, le reste étant répartis entre des créanciers privés, et des pays du Golfe, du Proche-Orient et d'Europe centrale. Hier, Jean-Pierre Jouyet, le président du Club de Paris, insistait sur le caractère exceptionnel de cet accord, étant donné le régime de sanctions établi par les Nations unies à l'égard de l'Irak pendant quinze ans.

L'urgence de parvenir à un accord a fait sortir les négociations du cadre parisien dans lequel elles étaient confinées. Le débat s'est invité au sommet des vingt principales économies mondiales (G 20) à Berlin, et à Santiago du Chili, où se réunissaient les 21 chefs d'État de pays bordant le Pacifique, et notamment les présidents George W. Bush et Vladimir Poutine.

L'annulation ne concerne formellement que la dette à l'égard du Club de Paris, soit un tiers du total. Toutefois l'accord comprend une «clause de comparabilité de traitement» au nom de laquelle les autorités irakiennes s'engagent à tenter d'obtenir du reste des créanciers qu'ils s'alignent. Concrètement, le Club de Paris concède un allégement immédiat de 30% de la dette, suivi d'une deuxième tranche de 30% liée à un programme du Fonds monétaire international (FMI), idéalement à la mi-2005. L'Irak bénéficie par ailleurs d'une période de grâce de trois ans «afin de consacrer l'ensemble de ses ressources à sa reconstruction», a précisé Jean-Pierre Jouyet.

L'annulation de la dette pourrait finalement être cantonnée à 60%, chiffre pour lequel militait la France. Car la dernière réduction prévue par l'accord ne serait effective qu'au second semestre 2008, en fonction du «succès du programme» avec le FMI. Dès la mi-2005, Bagdad serait donc jugé sur sa gestion de l'inflation, sa redistribution fiscale ou la réglementation de son système bancaire... Un coup d'oeil au quotidien des Irakiens permet au moins de douter des échéances.
Lamia Oualalou, lefigaro.fr, [22 novembre 2004]

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(12 novembre 2004) Fallouja : la résistance s’épuise

L’offensive des forces américaines et irakiennes sur Fallouja leur a permis de prendre le contrôle de la «quasi-totalité» de la ville. Les soldats se heurtent tout de même encore à des poches de résistance dans certains quartiers et sont loin d’avoir sécurisé la cité.

Le bilan de cet assaut sur le bastion sunnite, situé à l’ouest de Bagdad, fait état d’une vingtaine de morts parmi les soldats américains et irakiens et d’au moins 500 victimes du côté des rebelles.
L’armée américaine a, d’autre part, déclaré avoir retrouvé dans la ville Mohammed al-Joundi, le chauffeur syrien qui accompagnait Christian Chesnot et Georges Mabrunot, les deux journalistes français retenus en otage depuis le 20 août.

En pénétrant dans Fallouja, les troupes américaines et irakiennes ont découvert plusieurs otages, ligotés et menottés. Parmi eux figure Mohammed al-Joundi, le chauffeur syrien de Christian Chesnot et Georges Malbrunot, les deux journalistes français de Radio France Internationale et du Figaro, enlevés au sud de Bagdad il y a 85 jours. Interrogé par les soldats américains, Mohammed al-Joundi a expliqué qu’il avait été séparé des deux Français il y a environ un mois et que ses ravisseurs l’avait libéré au début de l’offensive sur Fallouja. Son seul moyen de s’échapper aurait été de traverser l’Euphrate mais, ne sachant pas nager, il a préféré attendre là où il se trouvait et a finalement été recueilli par les militaires américains après leur entrée dans la ville. Mohammed al-Joundi n’a, par contre, pas été en mesure de donner d’indication sur le lieu de détention actuel de Christian Chesnot et Georges Malbrunot.

Trois des otages libérés se trouvaient dans les sous-sols de maisons qui servaient de planques aux terroristes. Ces bâtiments étaient situés dans les quartiers nord de Fallouja, à Jolan et Chouhada. Les militaires américains y ont trouvé des traces des sévices infligés aux otages, du sang notamment, et pensent même que certains d’entre eux ont pu y être exécutés. Un très grand nombre d’armes et des registres remplis de noms y ont aussi été découverts et sont examinés par les Américains.

Fallouja n’est pas encore totalement sous le contrôle de l’armée américaine et des forces irakiennes. Des groupes de rebelles continuent de combattre, notamment dans les quartiers situés au nord-ouest et au sud de la ville. Malgré tout, la résistance opposée à la progression des soldats américains est de moins en moins organisée. Les combats restent violents mais dispersés. Des rebelles surgissent et attaquent les Marines à coup de grenades et de rafales d’armes automatiques, avant de disparaître le plus vite possible pour ne pas être repérés. Les Américains font, quant à eux, intervenir les chars dès que nécessaire pour pilonner les positions où sont retranchés leurs adversaires et préparer l’intervention des soldats.

Aucun bilan des victimes civiles

Malgré cette résistance, les responsables de l’armée américaine affirment qu’ils contrôlent la «quasi-totalité» de Fallouja. L’assaut est donc en passe de prendre fin. Restera ensuite à sécuriser la ville et à la ratisser rue par rue, maison par maison, mosquée par mosquée. Le rôle des soldats irakiens sera alors plus important, notamment pour pénétrer dans les mosquées et débusquer les rebelles qui pourraient y avoir trouvé refuge.

D’ores et déjà, Fallouja ressemble à une ville fantôme. Il n’y a plus ni eau, ni électricité depuis plusieurs jours. De nombreux bâtiments sont détruits, les rues sont encombrées de détritus en tout genre : fils électriques arrachés, armes abandonnées, carcasses de véhicules calcinées… Aucun bilan des victimes parmi les civils demeurés dans Fallouja -dont on ne connaît de toute manière pas le nombre exact- n’est disponible. Les Américains ont déclaré que l’assaut avait fait au moins 500 morts dans la ville mais ont affirmé qu’il s’agissait uniquement de combattants. Le bilan est moins lourd du côté des militaires américains et irakiens puisqu’il ne fait état que de 18 Marines et 5 soldats irakiens tués.

Si les rebelles ont peu de chances de retourner la situation en leur faveur à Fallouja, la guérilla a par contre remporté une victoire à Mossoul, une ville située à 370 kilomètres au nord de Bagdad. Des groupes armés y ont attaqué plusieurs postes de police et ont semé la terreur dans la ville où le couvre-feu a été décrété le 10 novembre. Après plusieurs jours d’affrontements et une série de raids menés par l’armée américaine, cette dernière s’est finalement retirée des principaux accès de l’agglomération, vendredi 12 novembre. Et les rebelles ont alors pu prendre le contrôle de Mossoul.

Cette offensive de la guérilla contre Mossoul n’est pas un cas unique. Depuis le début de l’assaut sur Fallouja, une vague de violence frappe la plupart des villes d’Irak (Bagdad, Ramadi, Baqoubaa…) où les rebelles se sont repliés. Cette dispersion de la guérilla était prévisible et semble, d’ores et déjà, justifier le fait de mener, dans la foulée, des opérations militaires du même type contre d’autres villes du pays, comme l’a indiqué le ministre irakien des Affaires étrangères, Hoshyar Zebari, qui a déclaré : «Certainement, le gouvernement et ses alliés n’hésiteront pas à rétablir l’autorité de l’Etat dans toutes les régions d’Irak».
RFI, Valérie Gas, Article publié le 12/11/2004, Dernière mise à jour le 12/11/2004 à 16:48 (heure de Paris)

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26 novembre 2004. 2000 contre 50 ?
Irak: lourds bilans de l'offensive de Fallouja
2 085 Irakiens ont été tués lors des combats, 1 600 autres ont été placés en détention.

L'offensive à Fallouja a coûté cher à l'US Army.
Au moins 109 de ses soldats ont été tués en novembre, près de la moitié d'entre eux lors de l'assaut contre la ville rebelle. Seul le mois d'avril a été plus meurtrier avec 135 morts. Selon le dernier bilan officiel fourni par le Pentagone, 1 230 militaires américains sont tombés en Irak, au combat ou par accident, depuis le début de l'intervention en mars 2003.

Mais c'est la population de Fallouja qui a payé le plus lourd tribut. Plus de 2 085 personnes ont trouvé la mort durant l'offensive et plus de 1 600 autres ont été placées en détention, selon le secrétaire d'Etat irakien à la Sécurité nationale, Kassem Daoud. Un chiffre largement supérieur à celui donné par l'armée américaine qui ne faisait état jusqu'à présent que de 1 200 tués irakiens.

Le secrétaire à la Défense, Donald Rumsfeld, prévoit une poursuite des attaques «dans les semaines et les mois à venir». Elles pourraient même «s'intensifier à l'approche des élections irakiennes» fixées en janvier. Rien que dans la journée d'hier, trois attentats, dont deux à la voiture piégée, ont secoué la ville sunnite de Samarra, faisant 2 tués, outre un kamikaze, et 14 blessés. Un diplomate américain a été assassiné par balle mercredi alors qu'il circulait en voiture en dehors de la «zone verte» sécurisée à Bagdad. La victime, Jim Mollen, exerçait les fonctions de conseiller auprès des ministères irakiens de l'Education et des Universités. Son meurtre a été revendiqué sur un site Internet islamiste par le groupe Al-Zarqaoui.

Une nouvelle offensive est en cours au sud de Bagdad dans une région communément appelée le «triangle de la mort» qui comprend les villes de Latifiya, Youssoufiya, Mahmoudiya et Iskandariya. Après trois jours de combats, les forces américaines, britanniques et irakiennes ont capturé 81 suspects, hier. La coalition resserre l'étau autour de Latifiya. Au sud de ce bastion des groupes armés, les gardes nationaux irakiens et les marines ont dressé de nombreux barrages sur les routes pour empêcher toute fuite.
vendredi 26 novembre 2004 (Liberation - 06:00)

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Les chiites s'apprêtent à diriger l'Irak
IRAK Les résultats des élections annoncés hier ont consacré la victoire des chiites qui, avec plus de 48% des voix, dépassent la majorité absolue des sièges au Parlement

La liste chiite parrainée par le grand ayatollah Ali Sistani a remporté une large victoire aux élections législatives irakiennes avec 48,1% des voix (140 sièges sur 275), dépassant la majorité absolue des sièges au Parlement, selon les résultats définitifs annoncés hier par la Commission électorale.

La liste chiite est suivie de celle de l'alliance des partis kurdes (25,7%, 75 sièges) et de celle du premier ministre Iyad Allaoui (13,8%, 40 sièges). Le taux de participation a atteint 59%.

Outre l'arrivée au pouvoir des chiites, majoritaires dans le pays, après des dizaines d'années d'oppression et de marginalisation, ces résultats consacrent un revers politique pour les sunnites qui avaient dirigé le pays depuis la création de l'Irak moderne par les puissances coloniales, il y a quatre-vingts ans.

Autre perdant de ces élections, Iyad Allaoui, propulsé sur le devant de la scène par Washington. Appelé «le petit Saddam» par certains de ses détracteurs, ce chiite laïque, âgé de 59 ans, a fait l'objet d'un appel au meurtre de la part d'Abou Moussab al-Zarqaoui, l'ennemi public numéro un des Américains en Irak.

Le grand ayatollah Ali Sistani s'est prononcé en faveur d'un Etat islamisé mais dirigé par des laïcs. Il y a une semaine, lui et un autre des quatre «marjaa» (références religieuses pour les chiites) irakiens ont exigé que la future Constitution stipule que l'islam est la source de la législation du pays.

D'origine iranienne, l'ayatollah Sistani ne brigue aucun poste. Plusieurs experts estiment qu'il a l'intention de surveiller le travail de ses députés, en ce qui concerne la rédaction de la Constitution, sans intervenir directement, mais en faisant certainement savoir s'il juge certaines choses «inacceptables».

Le score de l'Alliance kurde constitue également une victoire pour cette communauté, qui a longtemps souffert des exactions du régime de Saddam Hussein. Cette liste, formée des deux grandes formations kurdes rivales, le Parti démocratique du Kurdistan (PDK) et l'Union patriotique du Kurdistan (UPK), semble assurée d'obtenir un des postes clefs à la tête de l'Etat (président ou premier ministre) et à même de faire avancer ses revendications.

Outre l'autonomie des trois provinces du nord de l'Irak qu'ils ont arrachée à Saddam Hussein en 1991, les dirigeants kurdes ont récemment fait du rattachement de Kirkouk (250 km au nord de Bagdad) à cette zone une condition à la conclusion de toute alliance électorale avec des formations non kurdes.

Il s'agissait des premières élections depuis la chute de Saddam Hussein en 2003 et du premier scrutin multipartite libre depuis plus de cinquante ans. L'annonce de ces résultats, saluée par Washington, est intervenue sur fond de violences, faisant au moins une quinzaine de victimes irakiennes, dont un officier supérieur de l'armée, abattu au nord de Bagdad. Un soldat américain a également été tué et un autre blessé près de Samarra, au nord de la capitale.
lefigaro.fr, (AFP, Reuter.), [14 février 2005]

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(Mars 2005) L'Italie répond aux tirs américains

Bavure ou «guet-apens»? La fusillade qui a suivi la libération de Giuliana Sgrena créé la polémique. Rome a ouvert une enquête.

Après la tragédie qui a suivi la libération de Giuliana Sgrena vendredi, le parquet de Rome a ouvert dès le lendemain une enquête pour «homicide volontaire». Les autorités italiennes, notamment par la voix du chef de l'Etat Carlo Azeglio Ciampi, exigent des Etats-Unis des «clarifications» à la suite des tirs américains sur la voiture qui emmenait l'ex-otage à l'aéroport de Bagdad, et qui a causé la mort de Nicola Calipari, l'officier des services secrets italiens, qui l'accompagnait.

Le drame est survenu, vendredi soir (4 mars 2005) , à moins d'un kilomètre de l'aéroport alors que toute la péninsule se réjouissait de la remise en liberté de la journaliste d'Il Manifesto pour laquelle une rançon a «très probablement» été payée, comme l'affirme le ministre de l'Agriculture, Gianni Alemanno dans une déclaration au Corriere della Sera. Bavure, «incident» selon les termes du ministre des Affaires étrangères Gianfranco Fini ou guet-apens comme le croient certains ?
L'Italie s'interroge et polémique. Dès vendredi soir, le compagnon de Giuliana Sgrena s'insurgeait et accusait les Américains «d'avoir tenté de l'assassiner».

Embuscade.
Hier, dans un entretien avec la chaîne d'information Sky 24, la journaliste a accrédité cette thèse : «Tout le monde sait que les Américains ne veulent pas de négociations pour la libération des otages, alors je ne vois pas pourquoi je devrais exclure d'avoir été moi, la cible de leurs tirs.» Giuliana Sgrena, qui a été légèrement blessée à l'épaule et au poumon lors de la fusillade, a raconté «sa vérité» dans un article publié hier en première page du Manifesto (lire ci-contre). Samedi soir, le directeur du journal, Gabriele Polo, se refusait à parler de «guet-apens» mais laissait entendre que toutes les forces américaines n'avaient sans doute pas été informées, peut-être délibérément, du passage de la voiture qui se dirigeait de nuit vers l'aéroport.

Pour les services secrets italiens (Sismi), l'hypothèse d'une embuscade est à exclure. Dans un entretien au quotidien romain Il Messagero, un des responsables du Sismi affirmait hier : «Les Américains n'auraient jamais tué volontairement un agent des services spéciaux italiens mettant à risque la collaboration entre services américains et italiens (...) S'ils avaient eu un motif pour tuer la journaliste, ils auraient fait faire ce sale travail à des Irakiens soudoyés.» Un cafouillage dans la chaîne de commandement est, pour l'heure, privilégié par la plupart des experts.

Selon les premiers éléments de l'enquête, les Américains étaient depuis le début au courant des négociations pour la libération de Giuliana Sgrena. Calipari, qui s'était déjà occupé de celles pour la libération des quatre gardes du corps italiens en 2004 et des deux humanitaires Simona Torretta et Simona Pari, était régulièrement en contact avec ses homologues américains. Après avoir récupéré la journaliste italienne vendredi en fin d'après-midi, il les aurait immédiatement avertis. «Les Américains étaient au courant de notre mission», a assuré au Corriere della Sera, un carabinier qui l'accompagnait.

400 balles.
Reste à comprendre pourquoi les officiers italiens ont pris la décision et le risque de partir immédiatement, empruntant, la nuit tombée, la route de l'aéroport connue par tous comme extrêmement dangereuse ?
«Les forces de la coalition ont ouvert le feu sur un véhicule approchant à grande vitesse d'un barrage à Bagdad», ont expliqué vendredi soir les responsables américains. Version contestée par Giuliana Sgrena et le carabinier qui conduisait la voiture dans laquelle elle se trouvait avec un second agent du Sismi, lui aussi blessé dans la fusillade, et Calipari. Ce dernier avait appelé Rome, puis l'aéroport de Bagdad, où se trouvaient un officier italien et un délégué du commandement américain en Irak pour prévenir : «Nous arrivons.»
Puis, raconte le carabinier «à l'improviste, un projecteur s'est allumé. Et tout de suite après, des tirs. Pendant au moins dix secondes». Selon certaines informations, entre trois et quatre cents balles auraient été tirées. Calipari, touché à la tête, est mort sur le coup. L'autre agent a appelé la présidence du Conseil à Rome pour communiquer le décès avant que son portable soit confisqué par les soldats américains. Hier soir, un conseiller de la Maison-Blanche, Dan Bartlett, s'est contenté de déclarer qu'«il [était] important qu'[ils]vérifient les faits avant de s'exprimer».
Par Eric JOZSEF, lundi 07 mars 2005 (Liberation - 06:00), p. 2-3

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Des bavures américaines en série et jamais sanctionnées
Selon l'ONG Iraq Body Count, près de 18 000 civils auraient ainsi été tués.

Dès le déclenchement de la guerre en Irak, le 19 mars 2003, les bavures américaines à l'encontre des médias se sont révélées tellement nombreuses que l'on peut s'interroger pour savoir s'il ne s'agit pas, sinon d'une politique délibérée, du moins d'un encouragement passif de l'état-major. L'épisode du bombardement de l'hôtel Palestine, dans lequel résidaient la plupart des journalistes étrangers, le 8 avril 2003 en plein centre de Bagdad, a été exemplaire.

Enquête expéditive.
Ce jour-là, les chars américains progressent dans la capitale irakienne sur le point de tomber. Le matin même, un avion A-10 avait mitraillé, délibérément semble-t-il, les bureaux de la chaîne arabe Al-Jezira, tuant un cameraman jordanien, Tariq Ayoub. Pendant toute la matinée, un tank M1-Abrams, engagé sur un pont, pilonne les positions irakiennes cachées dans des immeubles au bord du Tigre. Les journalistes observent et filment la scène depuis l'hôtel Palestine, à quelques centaines de mètres au sud. Soudain, la tourelle du char se tourne vers l'hôtel et tire un obus qui arrache un pan de mur et ravage deux chambres. Deux cameramen sont tués : l'Ukrainien Taras Protsiuk, de Reuters TV, et l'Espagnol José Couso, de Tele Cinco. La Libanaise Samia Nakhoul, chef du bureau de l'agence Reuters, est grièvement blessée. Près de deux ans plus tard, les familles des victimes n'ont reçu ni excuses ni compensations. Au terme d'une enquête expéditive, le Pentagone a conclu qu'«aucune faute ou négligence n'a été commise par les forces de la coalition». Pourtant, une enquête de Jean-Paul Mari, du Nouvel Observateur, pour le compte de Reporters sans frontières (RSF)(1) fait apparaître qu'aucune menace ne provenait de l'hôtel Palestine, ce que l'armée américaine a fini par concéder. D'autant que les journalistes de l'hôtel Palestine, tout comme Al-Jezira, avaient transmis leur position aux Américains.

La montée en puissance de la rébellion irakienne n'a rien arrangé. Depuis le 1er mai 2003, au moins cinq journalistes ont été tués par des tirs américains. Sans jamais qu'aucune sanction disciplinaire n'ait été prise. Samedi, RSF a demandé une enquête de l'ONU sur la fusillade qui a tué Nicola Calipari et blessé Giuliana Sgrena ainsi qu'un ou deux autres agents italiens. Sans grande chance d'être entendu.

Tribut.
Le drame du Palestine avait posé crûment le problème des consignes de tir données par l'état-major aux commandants sur le terrain. Tous les observateurs indépendants qui ont pu suivre l'armée américaine lors de son offensive vers Bagdad avaient noté la quasi-absence de tirs de sommation. Le photographe de l'agence Gamma, Laurent Van der Stockt, qui a pu suivre une unité de Marines pendant deux semaines, avait dit avoir assisté à «au moins un crime de guerre par jour». Les exemples de tirs contre des civils manifestement désarmés et inoffensifs ont été nombreux.

Ce sont bien les civils irakiens qui paient le plus lourd tribut aux bavures américaines. Le 1er avril 2003, un bombardement tuait des dizaines de civils à Hilla, à 100 km au sud de Bagdad : les A-10 américains avaient largué des bombes à fragmentation (Libération du 14 août 2003). Plus récemment, 14 personnes d'une même famille ont été tuées dans le bombardement de leur maison à Aaytha, un village près de Mossoul. Selon le dernier décompte d'Iraq Body Count, une ONG qui a entrepris de compter les civils irakiens tués (2), ce que le Pentagone se refuse à faire, 16 000 à 18 500 Irakiens auraient péri depuis bientôt deux ans.
(1) «Deux meurtres pour un mensonge» sur www.rsf.org. (2) www.iraqbodycount.net.
Par Christophe AYAD, lundi 07 mars 2005 (Liberation - 06:00), p. 4

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La guerre d'Irak, deux ans après

George Bush a justifié samedi (19 mars 2005) l'intervention américaine en Irak, lancée le 20 mars 2003. En Europe, des milliers de manifestants ont demandé le retrait des "troupes d'occupation". En Irak, les négociations progressent entre chiites et kurdes, en vue de former un gouvernement.

"Parce que nous avons agi, le gouvernement irakien n'est plus une menace pour le monde ni pour son propre peuple. Aujourd'hui, le peuple irakien prend en charge sa propre destinée" : George Bush a ainsi défendu, samedi 19 mars, l'intervention américaine en Irak, à la veille du deuxième anniversaire du début de cette guerre. Ce même jour, des milliers de personnes ont manifesté contre ce conflit, en Grande-Bretagne, en Turquie, en Grèce et en Suède.

Le président américain a déclaré à la radio que l'invasion de l'Irak a été menée pour "désarmer un régime brutal, libérer son peuple et défendre le monde contre un grave danger". Il a condamné le soutien de Saddam Hussein "au terrorisme". "Aujourd'hui, nous voyons des signes d'espoir dans tout le Grand Moyen-Orient. La victoire de la liberté en Irak renforce un nouvel allié dans la guerre contre le terrorisme et inspire les réformateurs démocrates de Beyrouth à Téhéran", a-t-il lancé. "Aujourd'hui, les femmes peuvent voter en Afghanistan, les Palestiniens sont en train de sortir des vieux modèles de violence, et des centaines de milliers de Libanais se lèvent pour réclamer leur souveraineté et leurs droits démocratiques".
De son côté, le secrétaire américain à la défense, Donald Rumsfeld, a confirmé des informations sur une diminution de la présence armée en Irak : "On peut penser que, globalement, le niveau des effectifs des membres non-irakiens de la coalition va être ajusté à la baisse, au fur et à mesure que les capacités des forces irakiennes se renforceront". Le nombre de soldats américains en Irak devrait ainsi passer de 150 000 au moment des élections du 30 janvier dernier à environ 138 000 d'ici à la fin du mois. Plus de 1 500 soldats américains ont trouvé la mort en Irak depuis mars 2003.
Selon le commandant en chef de l'armée britannique, le général Mike Jackson, la Grande-Bretagne a affirmé avoir la capacité de remplacer les troupes italiennes en Irak si celles-ci étaient retirées du pays, comme l'avait laissé entendre Sylvio Berlusconi, avant de se rétracter.

L'Europe, qui s'était divisée entre partisans de la paix et participants à la guerre, a été le lieu de plusieurs manifestations dénonçant le conflit. A Londres, 100 000 personnes selon les organisateurs, 45 000 selon la police, ont réclamé le retrait des troupes britanniques. Les manifestants brandissaient des banderoles avec des photos du président Bush, sur lesquelles ont pouvait lire "le terroriste numéro un dans le monde". Ils ont déposé un cercueil sur lequel était inscrit "100 000 morts" devant l'ambassade des Etats-Unis, en référence à une étude publiée en octobre dans la revue scientifique The Lancet, selon laquelle 100 000 civils irakiens étaient morts depuis le début de la guerre.

A Ankara, Istanbul et Adana, trois villes de Turquie où sont situées des missions diplomatiques américaines, plusieurs centaines de personnes ont dénoncé l'"occupation" de l'Irak. A Athènes, quelque 5 000 personnes selon les organisateurs, 2 000 selon la police, ont demandé le retrait des troupes d'occupation de l'Irak. En Grèce encore, ils étaient plusieurs centaines à Salonique, dans le nord du pays. En Suède, entre 500 et 1 000 personnes ont manifesté à Stockholm.

En Irak, où la population s'impatiente du retard pris pour former le gouvernement, des progrès ont été enregistrés dans les tractations sur la formation de l'exécutif, près de deux mois après les élections générales. "Cela a été finalisé ces derniers jours", a déclaré Faouzi Hariri, l'un des adjoints du Kurde Hoshyar Zebari, chef sortant de la diplomatie irakienne, à propos d'un accord sur le gouvernement entre les listes chiite et kurde, grandes gagnantes des élections.
Le chef kurde Jalal Talabani a confirmé qu'un accord avait été trouvé avec la liste chiite sur le statut de la ville pétrolière de Kirkouk, revendiquée par les Kurdes.
L'Alliance unifiée irakienne (AUI), dominée par les chiites et qui a remporté les élections du 30 janvier, a demandé à l'ex-premier ministre Iyad Allaoui, un chiite laïque, de se décider d'ici à dimanche sur sa participation au gouvernement en formation.

Pour sa part, le candidat chiite au poste de premier ministre, Ibrahim Al-Jaafari, a plaidé pour l'introduction de la charia et du fédéralisme, dans une interview au magazine allemand Der Spiegel. A la question "Allez-vous introduire la charia ?", la loi islamique, dans la future Constitution, M. Jaafari a répondu : "Oui, mais comme une des multiples sources de jurisprudence".

Samedi, trois Irakiens, dont un soldat et un interprète travaillant pour les forces de la coalition, ont été tués dans des violences dans le nord du pays, alors que deux corps ont été découverts, selon des sources policière et hospitalière. Dans cette même région, trois policiers irakiens ont été tués et sept autres blessés par l'explosion d'une bombe à Kirkouk, lors des funérailles d'un de leurs collègues assassiné la veille.
LEMONDE.FR | 19.03.05 | 19h33

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(Mai 2005) Massacre en Irak
L'attentat perpétré par un kamikaze mercredi matin à Erbil a fait des dizaines de morts •
Il visait un centre de recrutement de la police installé dans une permanence d'un parti kurde •

Un kamikaze a tué au moins 45 personnes mercredi en se faisant exploser à Erbil, ville du nord de l'Irak, devant les locaux d'un parti politique kurde. Selon le gouverneur Nawzad Hadi, cité par l'AFP, le kamikaze a pris pour cible des recrues de la police, dans cette ville située à 350 km au nord de Bagdad. Selon Reuters, l'explosion visait une permanence du PDK (Parti démocratique du Kurdistan), qui sert dans le même temps de centre de recrutement de la police. L'agence, qui cite des sources officielles, compte au moins 60 morts. Un responsable de la sécurité a avancé un bilan avoisinant les 70 morts, ce qui n'a pas pu être confirmé pour l'instant. Une foule importante était rassemblée aux abords du bâtiment lorsque le kamikaze est passé à l'acte, ont précisé des policiers et des responsables de la sécurité. Des témoins disent avoir vu 25 corps évacués des lieux.

Le PDK est l'une des deux grandes composantes d'une alliance kurde arrivée deuxième lors des législatives irakiennes du 30 janvier. L'attentat d'Erbil ne manquera pas d'accroître les pressions sur le tout nouveau gouvernement irakien, investi mardi dans ses fonctions, mais dont cinq ministres et deux vice-Premiers ministres restent à nommer. L'investiture du gouvernement intervient cinq jours après le vote de confiance du parlement le 28 avril. Depuis cette date, au moins 150 personnes ont trouvé la mort en Irak, pour la plupart des civils, dans un nouveau déchaînement de la violence.
Par Libération.fr (d'après AFP et Reuters), mercredi 04 mai 2005 (Liberation.fr - 10:15)

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(03 mai 2005) Lynndie England couvre sa hiérarchie
La soldate symbole d'Abou Ghraib plaide coupable et risque 11 ans de prison

Lynndie England, jugée pour les abus commis sur les prisonniers d'Abou Ghraib, plaide coupable.

Lynndie England, la soldate américaine symbolisant le scandale de la prison irakienne d'Abou Ghraib, a plaidé coupable. En reconnaissant ses torts, la première classe de 22 ans ne risque plus que onze ans de prison contre seize et demi si elle avait été jugée en contestant les neuf charges pesant contre elle.

WASHINGTON (de notre correspondante) - Le visage fermé, le regard absent, Lynndie England plaide coupable depuis lundi devant la cour martiale de Fort Hood. Sans grande conviction. La réserviste de 22 ans, devenue le symbole des abus infligés aux détenus d'Abou Ghraib, a même failli faire capoter, lundi, la stratégie de ses avocats pour lui obtenir une remise de peine. Au lieu de 16 ans et demi de prison, elle ne risque plus que 11 ans, et devrait être condamnée à trente mois, selon des proches du procureur.

Interrogée sur les photos où elle tient en laisse un détenu cagoulé et où elle pointe du doigt le sexe d'un autre, la jeune femme a expliqué l'avoir fait « sous la pression de (ses) pairs », en particulier du caporal Charles Graner, son amant et le leader de ce bloc de cellules. « Ils étaient très insistants, alors bon, j'ai dit «Allez». » « Auriez-vous pu refuser ? », a demandé le juge, doutant de la sincérité de sa reconnaissance de culpabilité. Reprise en main par ses avocats, la réserviste a fini par dire ce qu'on attendait d'elle : « C'était mal moralement, mais aussi légalement. » « Votre conduite a-t-elle été encouragée par la chaîne de commandement ? » Réponse : « Non, monsieur. »

Lors de son interrogatoire, Lynndie England avait, au contraire, indiqué que les ordres venaient « d'en haut ». Ses avocats ont même tenté de faire témoigner le secrétaire d'État à la Défense, Donald Rumsfeld. Mais, un an après le scandale, seuls les sept autres soldats incriminés ont été jugés et condamnés. Le caporal Graner, père de son garçon né en octobre, a été condamné à 10 ans de détention. Mais aucun responsable de haut rang n'a été inquiété. Un rapport de l'inspecteur général de l'armée, conclusion d'une dizaine d'enquêtes internes, a blanchi le général Ricardo Sanchez, commandant les troupes en Irak, et trois de ses adjoints. Les accusations selon lesquelles ils n'ont pas su empêcher et arrêter les abus ne sont « pas corroborées ». Seule la générale Janis Karpinski, en charge de la prison au moment des abus, a été relevée de ses fonctions et a reçu une réprimande administrative. Le général Sanchez attend, lui, sa quatrième étoile et une nouvelle promotion.
Isabelle DURIEZ. Ouest-France du mercredi 4 mai 2005 Le journal et les archives

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(Mai 2005) Le procès en cour martiale de la soldate Lynndie England, 22 ans, au cœur du scandale de la prison irakienne d'Abou Ghraib, va devoir repartir de zéro après le témoignage, mercredi 4 mai, d'un supérieur contredisant son aveu de culpabilité.

"Nous allons devoir déclarer un vice de procédure sur au moins une partie" du processus de fixation de la peine, a déclaré le président de la cour martiale réunie depuis lundi sur la base militaire de Fort Hood (dans le sud du Texas), le colonel James Pohl.

Le dossier d'accusation dans son intégralité va devoir être réexaminé par les autorités militaires américaines, et l'accusée devra de nouveau décider si elle plaide ou non coupable.

La photo de Lynndie England, 22 ans, devant un prisonnier irakien nu et tenu en laisse, qui a fait le tour du monde lorsqu'elle a été publiée par la chaîne américaine CBS le 28 avril 2004, est devenue le symbole du scandale des sévices endurés par les prisonniers irakiens dans cette prison près de Bagdad.

Mercredi 4 mai, lors d'un témoignage, le caporal Charles Graner, qui était à Abou Ghraib avec Lynndie England - et qui purge actuellement une peine de dix ans de prison pour les mêmes faits - a laissé entendre aux jurés militaires qu'il avait donné l'ordre à la jeune femme de tenir ce détenu en laisse.

Cette affirmation vient contredire l'aveu de culpabilité fait lundi 2 mai par Lynndie England, au premier jour de sa comparution.

"Si vous ne pensez pas que vous êtes coupable et que vous pensez avoir juste obéi aux ordres du caporal Graner, vous ne pouvez pas plaider coupable", a déclaré le juge, en s'adressant à la soldate. "Il y a des preuves qui démontrent que vous n'êtes pas coupable", a-t-il ajouté.

"Je vais devoir vous faire plaider non coupable. Je sais que c'est dur pour vous, mais ce procès va s'arrêter aujourd'hui".

S'adressant au jury militaire, composé de six personnes, le juge a indiqué que l'arrêt du procès était dû à une raison "légale", qui "honnêtement, trouble même les juristes".

En acceptant la responsabilité des sept chefs d'inculpation qui pesaient sur elle, l'accusée avait de facto accepté qu'il n'y ait pas de procès contradictoire, mais seulement une procédure pour fixer sa peine de prison. Aux Etats-Unis, les accusés obtiennent des peines de prison réduites lorsqu'ils acceptent d'avouer.

Sa peine, qui initialement aurait pu aller jusqu'à seize ans et demi, aurait ainsi dû se trouver fortement réduite. Le New York Times avait cité la possibilité d'une peine de trente mois.

Charles Graner, à l'époque amant de l'accusée, serait le père de son enfant de sept mois. Selon la presse, il est maintenant marié à Megan Ambuhl, une autre soldate impliquée dans le scandale d'Abou Ghraib.

Désormais, le général responsable de l'unité de Lynndie England devra décider s'il veut rejuger la jeune femme sur les sept chefs d'accusation, les requalifier en écarts de conduite criminels, la soumettre à une sanction disciplinaire ou encore retirer l'ensemble des accusations.

Cette affaire, qui a embarrassé le gouvernement de George W. Bush lors de sa révélation au printemps 2004 au début de la campagne électorale américaine, a lancé un vaste débat dans le monde sur l'utilisation de la torture par les Etats-Unis.

Pour sa part, l'organisation américaine de défense des droits de l'homme Human Rights Watch a estimé, fin avril, que les "crimes perpétrés à Abou Ghraib faisaient partie d'une vaste série d'exactions commises sur les détenus musulmans dans plusieurs pays du monde". Selon HRW, Abou Ghraib est la "partie visible de l'iceberg".
Avec AFP,

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Lynndie England condamnée à trois ans de prison pour les sévices sur les détenus d'Abou Ghraib

La soldate Lynndie England, 22 ans, a été condamnée, mardi 27 septembre, par une cour martiale de Fort Hood au Texas à trois ans de prison ferme et renvoyée de l'armée pour manquement à l'honneur. Les images de la petite réserviste humiliant des détenus de la prison d'Abou Ghraib sont devenues un symbole de la guerre en Irak et des tortures infligées dans cette prison de Saddam Hussein. Sur ces photos, elle tient en laisse un détenu nu, montre du doigt en riant les parties génitales d'un autre prisonnier et pose, toujours tout sourire, devant une pyramide de corps nus la tête recouverte d'un sac.

Le scandale a éclaté il y a un an et demi après la publication de photographies de prisonniers maltraités et humiliés par leurs geôliers à l'automne 2003 et durant l'hiver 2003-2004. Ces images ont choqué le monde et contraint George Bush à présenter des excuses. Quelques heures avant l'annonce de la sentence, Lynndie England s'est aussi excusée. Passible d'une peine maximum de neuf ans de détention, elle avait lu un communiqué demandant "pardon aux forces de la coalition" . Parlant lentement, elle avait également présenté des excuses "aux détenus, aux familles, à l'Amérique et à tous les soldats" .

Lundi, le jury, composé de cinq officiers, l'avait reconnue coupable de six chefs d'accusation sur sept, dont cruauté et mauvais traitements, acte indécent et complot avec quatre autres soldats pour infliger des sévices. Mardi, au prononcé de la peine, elle a pris sa tête dans ses mains et pleuré brièvement avant de tomber dans les bras de sa mère, Terrie. Elle a ensuite été autorisée à passer quelques minutes en sa compagnie et celle de son fils de onze mois, Carter, avant de quitter le tribunal entravée et menottée. Auparavant, elle avait demandé la clémence de la cour, expliquant que la naissance de son petit garçon en octobre avait changé sa vie et qu'elle ne voulait pas en être éloignée trop longtemps afin qu'il puisse toujours la reconnaître.

"Laissez-la rentrer à la maison. Elle va probablement subir les conséquences de cette affaire tout au long de sa vie" , avait plaidé son avocat, le capitaine Jonathan Crisp. L'ancienne employée d'une usine d'abattage de poulets, présentée par ses défenseurs comme ayant une "personnalité servile" et ayant eu des difficultés de compréhension et d'apprentissage dès son plus jeune âge, a fait porter la responsabilité de ses actes sur l'ex-caporal Charles Graner, 36 ans.

"L'IMAGE DE L'ARMÉE"

Cet ancien gardien de prison, considéré comme l'instigateur des mauvais traitements, était l'amant de Lynndie England et le père de son bébé. Il a été condamné en janvier à dix ans de détention. "J'ai été manipulée par le caporal Graner. Je ne réalisais pas à l'époque. Je lui faisais confiance et je l'aimais" , a-t-elle déclaré. Cette thèse a été partiellement rejetée par le procureur, Chris Graveline, qui tout en lui reconnaissant des circonstances atténuantes, a demandé une sanction sévère "afin que cela ne se reproduise plus". "Car , a-t-il ajouté, je ne peux pas penser à un autre incident ayant plus terni l'image de l'armée des Etats-Unis." Le procureur a rappelé, une à une, les tortures infligées. "C'était pour le jeu, pour rire. Ce que nous avons ici sont des sévices purs et simples. Il n'y a pas la moindre justification... Tout cela tournait autour de leur sexualité dépravée et de leur humeur. Serait-il amusant de forcer les détenus à se masturber ? Serait-il amusant de leur faire simuler une fellation ? Il ne s'agit pas de renseignement militaire."

La condamnation de Lynndie England, la neuvième d'un membre de la 372e compagnie de réserve de police militaire à être poursuivi, met un point final, sur le plan judiciaire, à l'affaire d'Abou Ghraib.
Quelques officiers ont été réprimandés, mais aucun n'a été mis en accusation. Aucun haut responsable de l'armée ou de l'administration n'a été mis en cause.
Le 23 avril, le département de la défense a rendu publique une enquête interne mettant hors de cause quatre officiers supérieurs, dont le général Ricardo Sanchez, qui commandait les forces en Irak, et son adjoint, le général Walter Wojdakowski.
Des conclusions qui sont contestées par plusieurs organisations de défense des droits de l'homme et par les défenseurs des différents accusés.
Eric Leser, Article paru dans l'édition du 29.09.05, LE MONDE | 28.09.05 | 14h23, Mis à jour le 28.09.05 | 14h40

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(25 octobre 2005) La Constitution irakienne a été adoptée
Le seuil des 2 000 soldats américains morts en Irak atteint, ou en en passe de l'être
Le Kurdistan irakien frappé par une série d'attentats-suicides

Le projet de Constitution irakienne a été adopté, selon les résultats définitifs du référendum du 15 octobre annoncés mardi (25 octobre 2005) par la Commission électorale indépendante à Bagdad.
Selon les résultats des 18 provinces d'Irak, le oui l'a emporté par 78 % des suffrages contre 21 % pour le non, ont déclaré des responsables de la commission électorale lors d'une conférence de presse.

La grande inconnue restait la province à majorité sunnite de Ninive, dans le Nord-Ouest, mais le non y a finalement obtenu 55 % des voix.
Il aurait suffi qu'il y atteigne 66,66 % des voix pour que le texte soit rejeté, conformément aux règles du scrutin qui stipulent que le rejet du texte par plus de deux tiers des électeurs dans trois provinces signe l'échec du référendum.
Or, deux provinces avaient atteint ce quorum.
Le taux de participation au référendum a été de 63 %.
LEMONDE.FR | 25.10.05 | 13h27 • Mis à jour le 25.10.05 | 14h56

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(Mars 2006) Des espions allemands ont coopéré avec Washington avant la chute de Saddam.
Le double jeu allemand en Irak embarrasse Berlin

Fini la rigolade.
Les nouvelles révélations hier du New York Times (NYT) au sujet de la coopération des services secrets allemands avec les Américains en Irak, avant la chute de Saddam Hussein, commencent à être vraiment embarrassantes pour le gouvernement de grande coalition d'Angela Merkel.

Le NYT a fait état hier d'un document secret, émanant du Bundestag, montrant clairement que le chancelier social-démocrate Gerhard Schröder, et son ministre vert des Affaires étrangères Joschka Fischer avaient sciemment joué double jeu. Les deux hommes opposés à la guerre en Irak ayant pris leur retraite politique, tout cela n'aurait qu'une importance relative si Franz-Walter Steinmeier, l'ancien bras droit de Schröder à la chancellerie, n'était pas l'actuel chef de la diplomatie d'Angela Merkel.

Ce n'est pas la première fois que Steinmeier se trouve au centre d'une polémique. En janvier déjà, alors que Merkel faisait son premier voyage officiel à Washington, plusieurs médias allemands, alimentés par le Pentagone, avaient affirmé que deux agents du BND (service fédéral de renseignement allemand) avaient, en 2003, aidé leurs homologues américains à cibler la planque de Saddam Hussein dans le quartier chic d'Al-Mansour, à Bagdad. Après avoir entendu les agents incriminés, la commission spéciale du Bundestag a rendu jeudi dernier un rapport de 300 pages blanchissant le gouvernement «rouge-vert». On en était donc resté à la version officielle selon laquelle les deux espions allemands, arrivés en mars 2003, avaient servi à repérer les «non-cibles» afin de protéger les sites civils, comme les hôpitaux ou les ambassades, et n'avaient donc nullement contrevenu aux positions «pacifistes» du gouvernement Schröder.

Luxe de détails.
Le New York Times a fait voler ces belles certitudes en éclats. Le 27 février, Michael R. Gordon, l'expert militaire vedette du NYT, décrivait avec un grand luxe de détails comment les deux espions allemands, stationnés à Bagdad, auraient transmis à un officier de liaison allemand, basé au Qatar et travaillant directement avec le général américain Tommy R. Franks, une copie du plan de défense de la capitale irakienne mis au point par Saddam Hussein. Et cela dès février 2003, c'est-à-dire un bon mois avant que les Etats-Unis ne lancent l'assaut sur Bagdad, le 20 mars. Pour étayer ces informations émanant d'une étude militaire américaine, le NYT a même mis ce plan en ligne. «En procurant ce document irakien, le renseignement allemand a offert aux Etats-Unis une assistance plus significative que ce que le gouvernement allemand a bien voulu rendre public, souligne perfidement le New York Times. Le plan a ouvert une fenêtre extraordinaire sur les délibérations des hauts dignitaires irakiens.»

Document secret.
Le gouvernement allemand a immédiatement démenti ces informations, ainsi que le Pentagone, qui a affirmé ne pas avoir connaissance de l'étude militaire mentionnée. Qu'à cela ne tienne, le NYT en a remis une couche hier, en sortant cette fois un document secret destiné à une commission parlementaire du Bundestag et où les relations entre les renseignements allemand et américain sont décrites par le menu. Ainsi, l'agent allemand installé au Qatar aurait, au cours des premiers mois de la guerre en Irak, fourni 25 rapports aux Américains et répondu à 18 des 33 questionnaires spécifiques envoyés par les Etats-Unis. La décision d'installer cet espion au Qatar aurait été entérinée directement par Franz-Walter Steinmeier, qui chapeautait alors les activités du renseignement à la chancellerie.

La moralité du gouvernement «rouge-vert» ayant largement été mise à mal ces dernières semaines, une seule question domine aujourd'hui : à qui profitent ces révélations ? A Angela Merkel ? A George Bush, qui pourrait mouiller l'Allemagne et bâillonner Merkel, qui avait évoqué publiquement le sort des prisonniers de Guantanamo? Lundi, les députés allemands doivent décider de créer ou pas une vraie commission d'enquête parlementaire. Les Verts et le parti de gauche y sont favorables, mais ils ont besoin de l'appui des libéraux du FDP.
Libération, 3 mars 2006, p. 8, par Odile BENYAHIA-KOUIDER, QUOTIDIEN : vendredi 03 mars 2006

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(03 mars 2006) Irak : nouvelle flambée de violences entre sunnites et chiites

Une attaque de rebelles sunnites contre des localités proches de Bagdad a fait près d'une vingtaine de morts (dix-neuf selon l'AFP, vingt-cinq selon Reuters), malgré le couvre-feu diurne décrété, vendredi 3 mars, par les autorités.

Des policiers ont recueilli vingt et un corps dans une briqueterie de Nahraouane, au sud-est de la capitale. Quatre autres ont été découverts dans la centrale électrique voisine. D'autres corps gisent toujours près des usines, mais les forces de sécurité irakiennes ont préféré attendre des renforts de la Force multinationale pour continuer les recherches, a souligné un responsable irakien à l'AFP. Les assaillants ont "attaqué à la grenade et à la roquette la station électrique vide avant de lancer un autre raid contre deux briqueteries. Ils ont mis le feu au réfectoire, tué des ouvriers et jeté leurs corps" non loin des usines, selon la même source.

Il s'agit, selon les deux agences de presse, d'ouvriers chiites."C'était une attaque à motivation religieuse", a déclaré le responsable, en soulignant que la police craignait de découvrir d'autres cadavres dans la briqueterie.

COUVRE-FEU

Cette attaque est l'une des plus meurtrières enregistrées en Irak depuis l'attentat qui a endommagé, le 22 février, la Mosquée d'or de Samarra, l'un des principaux sanctuaires chiites du pays. La semaine dernière, 47 personnes avaient été tuées près de Nahraouane après une manifestation pour l'unité musulmane.
Ce cycle de violences religieuses a fait au moins 478 morts, selon des estimations prudentes diffusées par les autorités, et fait craindre que le pays bascule dans la guerre civile.

Le gouvernement irakien avait décrété, jeudi 2 mars, le couvre-feu diurne pour la journée de vendredi, jour de la grande prière hebdomadaire. Dans le même temps, les principaux partis politiques ont poursuivi leurs discussions pour tenter de former un gouvernement d'unité nationale. Mais des représentants de la communauté sunnite ont maintenu leur exigence : la démission du premier ministre chiite.
Le Monde, Avec AFP et Reuters, LEMONDE.FR | 03.03.06 | 17h18 • Mis à jour le 03.03.06 | 17h42

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(Mars 2006) L'armée américaine accusée d'un massacre de civils irakiens
Selon l'hebdomadaire «Time», en novembre, des marines ont tué quinze personnes, dont des femmes et des enfants dans leurs maisons, en représailles après un attentat contre un convoi militaire.

«Un matin à Haditha». Le titre de «Time» est placé sous la photographie d'Eman Waleed, une fillette de 9 ans, les yeux perdus dans le vague et seule survivante de la tuerie qui l'a privée de tous les membres de sa famille le 19 novembre 2005 près de la ville irakienne d'Haditha (ouest). Selon l'hebdomadaire américain, les militaires du 3e bataillon de la première compagnie de marines, la compagnie Kilo, auraient assassiné de sang-froid, par simple vengeance, 15 civils désarmés, dont 7 femmes et 3 enfants, qui se trouvaient alors dans leurs maisons.

Ce jour là à 7 h 15 locales, une bombe artisanale composée d'un détonateur relié à une bouteille de propane et muni d'un mécanisme de déclenchement à distance explose sur la route près d'Haditha. Ces engins meurtriers, nommés «matériel explosif improvisé» (improvised explosive device, IED) par l'état-major américain, et utilisés sur toutes les routes du pays par la résistance irakienne sont la hantise des convois militaires. La déflagration tue le caporal américain Miguel Terrazas, 20 ans, conducteur d'un véhicule Humwee blindé, et blesse deux autres marines. Une fusillade s'en serait suivi avec des insurgés, les tirs provenant de maisons alentour.

Le lendemain, un communiqué américain publié depuis Ramadi fait état de la mort de Terrazas et de 15 civils Irakiens dans l'explosion, ainsi que de celle de 8 rebelles touchés par les tirs américains. Mais d'après des témoins occulaires et des responsables locaux d'organisation de défense des droits de l'Homme cités par l'enquête que l'armée à dilligentée après que Time lui eut présenté, en janvier, des témoignage direct sur l'incident, la vérité paraît bien éloignée du fait d'armes relaté par les marines. Les civils irakiens qui se trouvaient dans les maisons avoisinante auraient été purement et simplement exécutés en représailles. Certains corps ensanglantés dont «Time» publie les photographies sont encore en pyjamas, un habit effectivement peu propice aux actions de guérilla.

«D'abord, ils sont rentrés dans la chambre de mon père et nous avons entendu des coups de feu (....) Après, ils ont venus dans le salon et je les ai vus tuer mon grand-père en lui tirant dans la poitrine et dans la tête», affirme aujourd'hui la petite Eman Waleed, elle-même touchée à la jambe mais finalement épargnée par les tueurs de même que son frère Abdul, 8 ans, réfugié dans un coin de la pièce. Moins cléments, d'autres soldats n'auraient cependant pas hésité à assassiner un petit garçon de 2 ans dans une autre maison. Des militaires irakiens sont ensuite rentrés dans la maison d'Eman. «Pourquoi avez-vous fait cela à ma famille?, a-t-elle alors demandé. Ce n'est pas nous, ce sont des Américains!», lui aurait alors répondu un soldat irakien.

Si ces accusations sont vérifiées par l'enquête, il s'agirait du plus plus grave cas de meurtre délibéré de citoyens irakiens par des militaires américains depuis le début de la guerre en Irak, il y a tout juste trois ans. Elles seraient également de nature à jeter un peu plus la suspicion sur les compte-rendus d'actions militaires généreusement délivrés aux médias par les services de propagande de l'état-major américain.
par Gérard Thomas, LIBERATION.FR : lundi 20 mars 2006 - 13:24

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(Mars 2006) A savoir Libération QUOTIDIEN : lundi 20 mars 2006

2 313 militaires américains ont trouvé la mort en Irak. Soit un peu plus de deux morts chaque jour depuis trois ans.

Entre 33 679 et 37 795 civils irakiens ont été tués durant la même période, selon Iraq Body Count. Soit plus de 30 morts par jour.

255 milliards de dollars
C'est le coût de la guerre, jusqu'en septembre dernier (année fiscale 2005). Les dépenses devraient dépasser 80 milliards cette année.

Etat des troupes
Quelque 170 000 hommes d'une vingtaine de pays sont déployés en Irak au sein de la Force multinationale placée sous commandement américain.
Les principaux contributeurs sont : les Etats-Unis (140 000 hommes), la Grande-Bretagne (8 000), la Corée du Sud (3 000), l'Italie (2 600) et la Pologne (1 450). La plupart ont annoncé des réductions progressives de leurs troupes.
Libération, lundi 20 mars 2006

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lundi 24 avril 2006, 13h21 Le Premier ministre irakien Maliki appelé à agir rapidement

BAGDAD (AFP) - A peine désigné, le nouveau Premier ministre irakien, Jawad al-Maliki, a été appelé à former rapidement un cabinet capable d'unifier le pays secoué par des violences confessionnelles.
En quelques heures lundi, six voitures piégées ont explosé dans Bagdad, faisant huit tués et des dizaines de blessés, tandis que six autres personnes ont été tuées dans d'autres violences à travers le pays.

La nomination samedi (22 avril 2006) de M. Maliki a permis de relancer un processus figé depuis les législatives du 15 décembre en raison notamment du maintien de la candidature de l'ancien Premier ministre Ibrahim Jaafari au même poste.

Le nouveau Premier ministre, membre de l'Alliance unifiée irakienne (AUI, coalition chiite et premier bloc au Parlement) dispose désormais d'un délai de 30 jours pour former un gouvernement, mais les responsables américains et plusieurs partis irakiens appellent d'ores et déjà à accélérer le processus.
"Nous voulons qu'il forme le plus rapidement possible un gouvernement fort et capable", a ainsi demandé dimanche l'ambassadeur américain Zalmay Khalilzad.
Au même moment, le président américain George W. Bush a téléphoné au chef de l'Etat, le Kurde Jalal Talabani, réélu samedi pour un mandat de 4 ans, à M. Maliki et au nouveau président du Parlement, le Sunnite Mahmoud Machhadani. "Je leur ai dit qu'ils devaient désormais assumer des responsabilités écrasantes devant le peuple irakien: vaincre les terroristes et unifier leur pays", a affirmé M. Bush.

"Le gouvernement doit inclure tous les courants représentés au Parlement et au delà", a estimé Dhafer al-Ani, porte-parole du Front de la Concorde, coalition sunnite qui a 44 députés au Parlement de 275 membres. "C'est alors qu'on pourra parler de gouvernement d'union nationale", a-t-il dit. Samedi déjà, le président américain avait souligné le rôle déterminant des nouveaux dirigeants de Bagdad pour lutter contre la violence. "Le nouveau gouvernement aura la responsabilité de déployer la puissance grandissante des forces de sécurité irakiennes pour vaincre les terroristes et les insurgés et contrôler les milices", avait-il estimé.

La récente flambée de violence confessionnelle, qui a fait plusieurs centaines de morts, a souvent été imputée par les sunnites à des milices chiites portant des uniformes des forces de sécurité. Zalmay Khalilzad a de nouveau appelé dimanche lors d'une visite au Kurdistan à la dissolution de ces organisations, sans toutefois les nommer, estimant que ces formations "constituent le ferment de la guerre civile. M. Maliki a promis quant à lui de s'attaquer à ce dossier explosif. "Les armes doivent être entre les mains du gouvernement. Il y a une loi prévoyant l'intégration des milices dans les forces de sécurité", a-t-il dit.

Mais Maliki est aussi le numéro deux du parti fondamentaliste chiite Dawa, dirigé par M. Jaafari, critiqué par les sunnites et les Kurdes pour n'avoir pas su empêcher la montée des violences communautaires.

Le procès de Saddam Hussein et de ses coaccusés dans l'affaire du massacre de villageois chiites dans les années 1980 qui avait repris en début de matinée, a été ajourné au 15 mai.
Yahoo.fr, actualités, lundi 24 avril 2006, 13h21

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(Mai 2006) Washington et Londres épinglés par Amnesty
Sous couvert de lutte contre le terrorisme, les deux démocraties sont accusées de « graves violations des droits humains » par l’organisation de défense des droits de l’Homme, qui publie mardi son rapport annuel.

Dans la ligne de mire du rapport annuel d’Amnesty International, cette année : deux démocraties. En plus de la liste noire dressée par l'organisation de défense des droits de l'Homme, le Royaume-Uni et les Etats-Unis sont sévèrement critiqués.

Au Royaume-Uni, le gouvernement de Tony Blair est accusé d’avoir « cherché à remettre en cause l'interdiction de la torture sur le territoire et à l'étranger » et d’avoir fait adopter « des lois non conformes au droit national et aux normes internationales en matières de droits humains » dénonce Amnesty.

L'organisation évoque notamment la loi antiterroriste adoptée au printemps 2005, qui permet d'imposer sans jugement des « ordonnances de contrôle » à des suspects de terrorisme, sur la base de documents tenus secrets. Des ordonnances qui limitent sévèrement leurs déplacements, leurs fréquentations, ou même leur accès à Internet.

Une nouvelle loi a par ailleurs été votée à la fin de l'année doublant la durée de la garde à vue à 28 jours maximum dans les affaires terroristes. Le parlement a « heureusement rejeté certaines des dispositions les plus choquantes », à deux reprises, souligne Amnesty, en référence au projet initial d'une garde à vue de 90 jours.

L'ONG dénonce également les accords passés avec la Jordanie, la Libye et le Liban pour renvoyer des suspects dans ces pays, après obtention de simples « assurances diplomatiques » qu'ils ne seront pas maltraités. Et mentionne l'utilisation du sol britannique pour des transferts clandestins de prisonniers de la CIA, en dehors de toute procédure juridique.

Ces mesures de lutte contre le terrorisme « ont entraîné de graves violations des droits humains, et l'on s'inquiétait vivement de leurs répercussions sur les musulmans et les autres minorités », écrit encore Amnesty, qui accuse également les Britanniques d'avoir participé au placement en détention administrative d'au moins 10.000 personnes en Irak, « bafouant le droit international et sa propre législation en matière des droits humains ».

Pour les Etats-Unis, dont Londres est un fidèle allié dans la guerre contre le terrorisme, Amnesty concentre ses critiques sur la détention, sans inculpation ni jugement, de milliers de personnes en Irak, en Afghanistan et à Guantanamo, et la « disparition » d'autres détenus dans un réseau secret de prisons de la CIA qui serait réparti dans plusieurs pays. L'organisation de défense des droits de l'Homme dénonce aussi des « éléments d'information ayant fait état d'actes de torture et de mauvais traitements », et souligne que « cette année encore, rien n'a été fait pour que les hauts responsables (américains) aient à répondre des violations des droits fondamentaux commises ».

Amnesty souligne également qu'un « grand nombre des techniques d'interrogatoire approuvées par les autorités américaines ‘dans le cadre de la guerre contre le terrorisme’ » s'inscrivent « en violation des normes internationales interdisant la torture et les mauvais traitements ». Elle évoque notamment « l'utilisation de chiens pour susciter la terreur, les positions éprouvantes, l'exposition à des températures extrêmes, la privation de sommeil et le maintien à l'isolement ».

La base militaire américaine de Guantanamo à Cuba, où sont détenus quelque 500 présumés talibans ou membres d'Al-Qaïda, certains depuis janvier 2002, figure en tête de liste des reproches faits aux Américains.
lefigaro.fr, 23 mai 2006, (Rubrique International)

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jeudi 12 octobre 2006, 10h00 En Irak, un "11 septembre" tous les 5 jours

Près de 655 000 Irakiens ont été tués depuis l'invasion de mars 2003. Soit 2,5% de la population.
C'est l'estimation avancée, dans un article publié aujourd'hui, par The Lancet.
Chaque semaine, plus de 4 000 personnes tombent en Irak.

Le Pr Gilbert Burnham et ses collègues de la Johns Hopkins Bloomberg School of Public Health à Baltimore, ont suivi 1 849 foyers entre mai et juin 2006. Répartis sur tout le territoire irakien, ces derniers ont accepté de communiquer le nombre de morts au sein de leur famille, leurs causes et surtout... les certificats de décès.
Ce qui coupe court à toute subjectivité. "Sans distinction entre civils et militaires" précisent les auteurs. Ces derniers ont ensuite calculé le taux de mortalité, puis l'ont comparé à la situation qui prévalait avant-guerre.

Résultat, ce taux "est passé de 5,5 pour 1 000 en 2003, à 13,3 pour 1 000 en 2006". Il a donc plus que doublé en 3 ans.
"On estime ainsi que 655 000 Irakiens sont morts suite à l'invasion militaire de mars 2003", affirme Burnham. Soit un peu plus de 200 000 par an, et 4 000 par semaine.
Parmi ces victimes, près de 6 sur 10 ont été tués par balles. Les attentats en revanche, ne seraient à l'origine que de 13% à 14% des morts. Enfin, 3 sur 10 seraient directement imputables aux forces de la Coalition.

"Il s'agit du conflit international le plus meurtrier du 21ème siècle", concluent les auteurs. "Il est urgent qu'un organe international indépendant examine le respect des Conventions de Genève et autres standards humanitaires dans ce conflit".
Yahoo.fr, actualités, Sources: Lancet, 12 octobre 2006

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Des marines jugés pour un massacre
A Haditha, il y a un an, ils avaient tué 24 civils irakiens de sang-froid.
MAURIAC Laurent Libération, no. 7971 MONDE, samedi, 23 décembre 2006, p. 9

C'est le crime le plus grave perpétré par des soldats américains en Irak. Le 19 novembre 2005, 24 civils sont morts, tués de sang froid à Haditha, à une centaine de kilomètres au nord de Bagdad. Jeudi soir, quatre marines ont été inculpés pour meurtre, et quatre autres pour avoir menti sur ce qui s'était passé. Tous comparaissaient devant une cour martiale, sur la base militaire de Camp Pendleton (Californie). Les charges retenues témoignent d'une double volonté de la part de la justice militaire : réagir avec vigueur à cette tuerie et incriminer non seulement les coupables mais aussi les officiers qui ont cherché à les couvrir.

Le principal inculpé, le sergent Frank Wuterich, 26 ans, est accusé de meurtre sans préméditation sur douze personnes. Il est aussi accusé d'avoir ordonné le meurtre de six autres personnes dans une maison. Selon des documents révélés au tribunal, il aurait lancé aux soldats qui s'apprêtaient à y pénétrer : «Tirez d'abord, vous poserez les questions ensuite !»

New York de notre correspondant Le drame a débuté après l'explosion d'une bombe artisanale au passage d'une patrouille, tuant un soldat. Selon l'accusation, les marines se sont lancés dans trois heures de tuerie en représailles. Ils ont exécuté les cinq occupants d'un taxi qui s'approchait. Au total, dix des victimes étaient des femmes ou des enfants, tués à bout portant.

Les avocats des soldats ont livré une tout autre version : des insurgés cachés dans des maisons auraient commencé à tirer, un combat se serait engagé. Les soldats «ont fait ce pour quoi ils étaient entraînés», a expliqué l'avocat de Frank Wuterich.

Le carnage a été révélé en mars par le magazine Time, s'appuyant sur des témoignages de survivants. Jusque-là, les militaires avaient affirmé que quinze Irakiens avaient été tués dans l'explosion d'une bombe, les autres dans les combats qui ont suivi. Après la parution de l'article, l'armée a ouvert deux enquêtes. La première, sur les faits, a abouti à la procédure judiciaire actuelle. Les résultats de la seconde, sur les efforts consentis pour éviter le scandale, n'ont pas encore été divulgués.
Libération, no. 7971, MONDE, samedi, 23 décembre 2006, p. 9

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jeudi 11 janvier 2007, 5h45 Bush annonce l'envoi de 21.500 soldats supplémentaires en Irak Par Ammar KARIM

BAGDAD (AFP) - Le président George W. Bush a annoncé mercredi l'envoi de 21.500 soldats en renfort dans le cadre de sa nouvelle stratégie pour l'Irak, quelques heures après que 18 personnes eurent été tuées en Irak, dont 11 pèlerins chiites, et 60 corps de personnes assassinées retrouvés.

"J'ai mobilisé plus de 20.000 soldats américains supplémentaires en Irak. La grande majorité d'entre eux, cinq brigades, seront déployés à Bagdad", a déclaré M. Bush dans une allocution télévisée de la Maison Blanche.

Si les Etats-Unis décidaient de rapatrier leurs soldats, cela "provoquerait l'effondrement du gouvernement irakien, déchirerait le pays et déclencherait un massacre d'une dimension inimaginable", a-t-il souligné, en affirmant assumer les erreurs commises dans la gestion de la guerre depuis l'invasion de mars 2003.

Cependant, la nouvelle stratégie, qui inclut un plan de développement économique, ne mettra pas fin aux actes de violence et aux pertes irakiennes: "Même si notre nouvelle stratégie fonctionne exactement comme prévu, les actes de violence meurtriers vont continuer, et nous devons nous attendre à plus de victimes irakiennes et américaines", a-t-il averti. "La secrétaire d'Etat Condoleezza Rice va bientôt nommer un coordinateur à Bagdad pour faire en sorte que l'aide économique dépensée en Irak donne de meilleurs résultats".

Quelques heures avant ce discours, 11 pèlerins chiites de retour de la Mecque en Arabie saoudite ont été tués dans l'attaque de leur bus au sud-ouest de Bagdad, à la frontière entre la province chiite de Kerbala et celle d'Al-Anbar. Les victimes "ont été attaquées par des hommes armés et masqués, à bord de trois voitures, qui ont fait arrêter le bus puis ont ouvert le feu sur les passagers", a indiqué le gouverneur de la province de Kerbala, Akil al-Khazali. "Onze pèlerins ont été tués et 14 blessés, la plupart grièvement".

Un autre groupe de pèlerins a été attaqué par les mêmes assaillants et plusieurs d'entre eux ont été tués. Leurs corps ont été brûlés avec de l'essence, selon M. Khazali, qui n'a cependant donné aucun bilan chiffré de cette seconde attaque. Sept personnes ont péri dans d'autres attaques à Bagdad et ailleurs, tandis que les corps de 60 personnes assassinées ont été découverts dans la capitale.

Pour sa part, l'armée américaine a annoncé la mort mardi de trois soldats dans la province de Diyala, au nord de Bagdad, et dans celle d'Al-Anbar, portant à 3.005 le nombre de militaires américains et personnels assimilés morts en Irak depuis l'invasion de mars 2003.

Face à cette violence endémique en Irak, où plus de 100 civils sont tués en moyenne chaque jour, 4.000 Marines supplémentaires seront déployés dans la province irakienne de Al-Anbar et 17.500 soldats affectés à Bagdad, s'ajoutant aux 132.000 militaires américains déjà présents en Irak. "Il n'y avait pas assez de troupes irakiennes et américaines pour sécuriser des endroits d'où les terroristes et les insurgés avaient été chassés", a estimé M. Bush. Selon un responsable américain, l'envoi des renforts se fera progressivement avec une première vague le 15 janvier et une seconde un mois plus tard. George W. Bush a indiqué que le gouvernement irakien, qui pourrait "perdre le soutien des Américains" s'il ne tient pas ses promesses, s'est engagé à prendre le contrôle de toutes les provinces irakiennes "d'ici à novembre". "L'engagement des Etats-Unis n'est pas illimité", a-t-il averti.

"La situation en Irak est inacceptable pour le peuple américain, et elle est inacceptable pour moi", a aussi déclaré le président américain, qui a aussi annoncé le déploiement de missiles anti-missiles Patriot dans la région du Proche et Moyen-Orient pour "rassurer les amis et alliés" de Washington.

M. Bush, qui n'a donné aucune précision sur le ou les pays où ces batteries seront déployées, a aussi accusé l'Iran et la Syrie de permettre "aux terroristes et aux insurgés de faire usage de leur territoire pour entrer et sortir d'Irak", ajoutant que "l'Iran (fournissait) un soutien matériel aux attaques contre les troupes américaines".
"Nous allons interrompre le flot de soutien venu d'Iran et de Syrie", a-t-il promis.
Yahoo.fr, actualités,

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Publié le 19/08/2010 à 08:29 - Modifié le 19/08/2010 à 08:31 Le Point.fr CONFLIT Les Américains tournent la page irakienne Par Cyriel Martin (Source AFP)

Une page vient de se tourner en Irak. La dernière brigade de combat américaine a quitté le pays jeudi matin, plus de sept ans après l'arrivée des premières troupes. "Les derniers éléments ont traversé la frontière à 6 heures (5 heures à Paris)", a dit le lieutenant-colonel Eric Bloom, indiquant que les soldats se trouvaient désormais au Koweït voisin. Il s'agit de la 4e brigade Stryker de la deuxième division d'infanterie, qui était stationnée à Abou Ghraib, un des endroits les plus dangereux d'Irak situé à 25 kilomètres à l'ouest de Bagdad.

Le calendrier était connu. "D'ici au 31 août 2010, la mission de combat de l'Amérique en Irak prendra fin", répétait encore Barack Obama le 3 août dernier. Une décision irrévocable qui n'aura donc pas été remise en cause par l'appel, le 12 août dernier, du chef d'état-major irakien. Le lieutenant-général Babakir Zebari avait prévenu Washington que l'armée irakienne ne pourrait pas s'en sortir sans le soutien des forces américaines avant... 2020 !

Une force résiduelle restera en Irak

En réalité, le départ des troupes américaines est plus étalé que cela. Washington entend ramener ses effectifs à 50.000 d'ici le 1er septembre. Jusqu'au mercredi 18 août, il y avait un peu moins de 65.000 soldats américains en Irak. Le retrait définitif devrait intervenir en 2011. Et même après cette date, une force résiduelle restera en Irak, avec des missions limitées, comme l'expliquait Barack Obama pendant sa campagne, en 2008 : "poursuivre les 'restes' d'Al-Qaeda en Mésopotamie, protéger les services américains et, tant que les Irakiens feront des progrès politiques, entraîner les forces de sécurité irakiennes".

Seulement, la situation politique est totalement bloquée en Irak. Cinq mois après des élections législatives qui n'ont pas dégagé de tendance nette, les deux principaux partis n'ont pas réussi à s'entendre sur la mise en place d'un nouveau gouvernement. L'augmentation des attaques et attentats meurtriers observée en juillet fait craindre que les insurgés ne profitent de ce vide politique pour relancer les antagonismes intercommunautaires. Le 3 août, Barack Obama a d'ailleurs reconnu qu'en l'état actuel des choses, des risques persistaient. "Le fait est que nous ne sommes pas encore au bout des sacrifices américains en Irak."

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