Avril 2005

Les députés espagnols votent en faveur du mariage homosexuel

Le président du Congrès des députés, à Madrid, Manuel Marin, a eu du mal à lire le décompte des voix tant les applaudissements étaient bruyants. Par 183 voix pour, 136 contre et 6 abstentions, les députés espagnols ont voté, jeudi 21 avril, en faveur de la législation autorisant le mariage entre personnes du même sexe.

Si ce vote est confirmé par la suite, au Sénat, l'Espagne deviendra le troisième pays européen, après les Pays-Bas et la Belgique, à autoriser les unions entre homosexuels. Elle sera même le premier pays à permettre l'adoption par des couples d'homosexuels.

A la sortie de l'hémicycle, le ministre de la justice, Juan Fernando Lopez Aguilar, et de nombreux députés ont posé avec les représentants des associations de soutien pour une photo commémorative de cette "journée historique".

Un jeune homme brandissait une pancarte disant "habemus matrimonium", un autre expliquait qu'il n'avait pas l'intention de "se marier en blanc à la cathédrale" mais qu'il voulait "régulariser une situation qui dure depuis huit ans". Une femme confiait son soulagement : "S'il m'arrive quelque chose, que serait-il arrivé à mes enfants ?" Et d'ajouter, en serrant la main de son amie : "A présent, ils sont protégés."

TEXTE "INCONSTITUTIONNEL"

Mais ce vote qui vient concrétiser l'une des principales promesses électorales du chef du gouvernement socialiste, José Luis Rodriguez Zapatero, et a reçu l'aval d'une majorité d'Espagnols, n'a pas fait que des heureux. Le principal parti d'opposition, le Parti populaire, à l'exception d'une députée, a voté contre ainsi que les députés de l'Union démocratique de Catalogne.

Le Forum espagnol de la famille a, pour sa part, déposé une pétition rassemblant plus de 500 000 signatures pour s'opposer à ces réformes. Cette pétition s'appuie sur les conclusions d'analyses juridiques rédigées par des magistrats qui considèrent que le texte est "inconstitutionnel" et devrait être soumis à référendum.

De son côté, la conférence des évêques espagnols a publié un communiqué qui rappelle "la dignité inaliénable" de l'être humain et s'oppose à une loi qui "défigure l'institution du mariage".

Dès mercredi, un communiqué conjoint de hauts dignitaires de l'Eglise catholique, de l'Eglise orthodoxe, de la fédération des Communautés juives d'Espagne, et des entités religieuses évangéliques en Espagne avait demandé aux députés "une profonde réflexion, un ample dialogue et un consensus social".

Interrogé, en conférence de presse, sur ce que pourrait être la réaction du nouveau pape, Benoît XVI, plutôt intransigeant en la matière, José Luis Rodriguez Zapatero, a répondu qu'il était "prêt à respecter ce que dirait le pape, mais qu'une des garanties de la démocratie, c'est la liberté. La liberté religieuse, la liberté d'opinion et celle de mener à bien un projet politique".

Le projet, après son passage au Sénat, reviendra pour son approbation définitive devant les députés. La loi devrait entrer en vigueur avant l'été (2005).
LE MONDE | 22.04.05 | 13h13 • Mis à jour le 22.04.05 | 13h13, Martine Silber Article paru dans l'édition du 23.04.05

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