"Légitime" défense ?

La meilleure des défenses peut être l'attaque, l'attaque préventive ou curative qui affaiblit l'adversaire, ou même l'élimine.
Ainsi tous les systèmes idéologiques pratiquent-ils l'exclusion.

En Grèce, mère de la démocratie, le philosophe grec Socrate (470-399), si l'on en croit Platon (v.427-v.347), doit se tuer, sur ordre des dirigeants athéniens, pour avoir enseigner à la jeunesse des vérités non conformes à la Vérité officielle.
Et l'avocat romain Cicéron (106-43) nous dit que les livres du sophiste grec Protagoras (v.485-v.411), qui serait l'auteur du mot "L'homme est la mesure de toutes choses", furent brûlés en public et lui-même chassé de la Cité (ostracisme) pour la même raison.

Les religions dites du Livre (le judaïsme, le christianisme, l'islam), ne font pas exception, qui peuvent conseiller la tolérance et l'amour internes, et même universels, mais qui supportent mal la contradiction, ou tout simplement l'existence de l'autre.

La Bible est parfaitement explicite, qui nous relate le comportement de Moïse (Moshe) à l'égard des juifs qui le contestent lorsqu'il descend du Sinaï pour leur apporter ses lois. S'adressant aux membres de la famille Lévi, qui lui sont restés fidèles, Moïse leur tient un langage des plus clair :"Il leur dit :"Ainsi parle Yahvé, le Dieu d'Israël : Ceignez chacun votre épée ! Circulez dans le camp, d'une porte à l'autre, et tuez, qui son frère, qui son ami, et qui son proche!". Les fils de Lévi exécutèrent la consigne de Moïse et, ce jour-là, environ trois mille hommes du peule perdirent la vie. Moïse dit :"Vous vous êtes aujourd'hui conféré l'investiture comme prêtres de Yahvé, qui au prix de son fils, qui au prix de son frère, de sorte qu'il vous donne aujourd'hui la bénédiction""(Exode V, 32).
Le comportement à l'égard des non juifs peut être tout aussi "radical". Ainsi à l'égard des peuples sémites cananéens qui sont génocidés lorsque Josué pénètre en Palestine, par exemple :"Quand Israël eut fini de tuer tous les habitants de Aï dans la campagne et dans le désert où ils les poursuivirent, et que tous furent tombés jusqu'au dernier sous le tranchant de l'épée, tout Israël revint à Aï et en passa la population au fils de l'épée"(Josué IV, 8).
Le comportement de la Synagogue d'Amsterdam à l'égard du philosophe juif Baruch Spinoza (1632-1677) est connu. En 1656 il est excommunié par une sentence rabbinique ainsi rédigée :"Par décret des Anges, par les mots des Saints, nous bannissons, écartons, maudissons et déclarons anathème Baruch de Spinoza avec toutes les malédictions écrites dans la Loi. Maudit soit-il le jour, et maudit soit-il la nuit, maudit soit-il à son coucher et maudit soit-il à son lever, en sortant et en entrant" (cité par Yirmiyahu Yovel, Spinoza et autres hérétiques, Seuil, Paris 1991, p. 19).

Le christianisme prône l'amour universel, ce qui est nouveau, mais cela n'empêche nullement les théologiens les plus célèbres du christianisme d'être particulièrement clairs. Ainsi le kabile romanisé Aurelius Augustinus (354-430) nous dit dans sa Lettre 185 à Vincentius (an 408)qu'"Il y a une persécution injuste, celle que font les impies à l'Eglise du Christ ; et y a une persécution juste, celle que font les Eglises du Christ aux impies. ... L'Eglise persécute par amour et les impies par cruauté". Pour Saint Augustin la sainte Vérité doit triompher, et cela dans l'intérêt de tous. C'est pourquoi les chrétiens doivent lutter pour le triomphe de l'Eglise catholique, en utilisant si nécessaire la violence de la guerre sainte, car si la foi est un acte essentiellement libre il convient de convaincre par la force les irréductibles, afin d'assurer leur salut éternel (Lettre 93 à Vincentius).
Au XIIIème siècle le dominicain Tommaso d'Aquino (1225-1274), qui bénéficie de la redécouverte du philosophe grec Aristotélès (Aristote, 384-322) par les philosophes islamistes Ibn Sînâ (Avicenne, 980-1037) et surtout Ibn Rushd (Averroès, 1126-1198) nous fait une théologie moins brutale, mais Saint Thomas d'Aquin n'en écrit pas moins que si la Loi est affaire de raison, la raison ne saurait permettre de traiter les hérétiques avec tolérance, car si l'Eglise doit faire preuve de miséricorde en vue de la conversion de l'hérétique, celui-ci ne saurait s'obstiner, et "s'il se trouve que l'hérétique s'obstine encore [...] l'Eglise [...] pourvoit aux salut des autres en le séparant d'elle par une sentence d'excommunication, et ultérieurement elle l'abandonne au jugement séculier pour qu'il soit retranché du monde par la mort" (Somme théologique, IIa, IIae, Q.11, art. 3).

Quant à l'islam on ne saurait dire qu'il pratique la tolérance idéologique. Muhammad lui-même (Mahomet, v.570-632) veille à ce que les incrédules soient traités comme il convient :"Des vêtements de feu seront taillés pour les incrédules. On versera sur leur tête de l'eau bouillante qui brûlera leurs entrailles et leur peau. Des fouets de fer sont préparés à leur intention" (Sourate 22, 19). Et, bien entendu, il faut les exterminer :"Lorsque vous rencontrez les incrédules, frappez-les à la nuque jusqu'à ce que vous les ayez dominés, puis serrez le garrot" (Sourate 47, 4). Et si Muhammad est du VIIème siècle l'ayatollah Khomeyni, généreusement accueilli par la France sous la présidence de M. Valéry Giscard d'Estaing et fondateur en 1979 de la république islamique iranienne, est bien un musulman du XXème siècle qui nous dit que :"La guerre sainte signifie la conquête des territoires non musulmans" (in Principes politiques, philosophiques, sociaux et religieux de l'ayatollah Khomeyni, Ed. Libres-Hallier, Paris 1979, p. 27). Et c'est lui qui lance, en février 1989, une fatwa (sentence de mort) contre l'iconoclaste Salman Rushdie, auteur d'un ouvrage (illisible) considéré comme étant blasphématoire "Les versets sataniques".

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