A Djibouti 98%
En France, crime, et peine symbolique ...
Novembre 2004 : Cinq ans avec sursis pour le père malien et un an avec sursis pour sa deuxième épouse
Mars 2004 : Cinq ans avec sursis pour le père guinéen et ses deux femmes

Mars 2002 : Procès de l'excision : prison avec sursis pour les cinq Maliens
Deux familles maliennes comparaissent pour l'excision de leurs fillettes
Les associations de défense des droits de la femme dénoncent cette pratique, tandis que les accusés ont le sentiment de n'avoir fait que respecter les traditions.
Assis sur le banc des accusés dans la grande salle d'audience de la cour d'assises de Bobigny, les hommes écoutent en silence en essayant de suivre les débats, les sourcils froncés. Les femmes discutent entre elles, à voix basse. L'une porte un grand voile blanc sur la tête, les autres ont mis de belles robes aux motifs africains. Familles maliennes sans histoires, installées de longue date sur le territoire français, les Wagué et les Diawara n'ont pas l'air de bien comprendre ce qu'ils font devant la cour d'assises de Seine-Saint-Denis, mercredi 13 mars. A leurs yeux, en faisant exciser sept de leurs filles en France, ils n'ont fait que respecter une tradition ancestrale de leur pays d'origine.

Les associations de défense des droits de la femme, parties civiles, affirment, elles, que l'ablation du clitoris est un acte barbare fondé sur la domination et la soumission. La justice, de son côté, considère cette pratique comme un crime et a poursuivi les cinq membres des deux familles - Sékou Wagué et son épouse ainsi que Mahamadou Diawara et les deux femmes présentées comme ses coépouses - pour complicité de "violences volontaires ayant entraîné une mutilation permanente". Comme souvent, les familles n'ont pas voulu dénoncer la personne qui a pratiqué les excisions. Au terme d'une procédure pourtant particulièrement longue puisque les faits remontent à la fin des années 1980, l'exciseuse n'a pas été identifiée et a échappé aux poursuites.

Aux confins de l'audience judiciaire et du débat de société, la cour a consacré la première journée du procès à essayer de comprendre les ressorts d'une coutume qui perdure en France malgré les campagnes de prévention et les actions répressives. Soutenue par l'avocate générale, Sylvie Lotteau, "au nom du droit à l'information et à la compréhension", les conseils des associations parties civiles ont proposé à la cour de visionner deux cassettes vidéo comportant des images d'excision et des interviews de jeunes filles. Les avocats de la défense s'y sont opposés, estimant que le caractère "violent" des films était de nature à influencer les jurés au détriment des accusés. En mars 2000, lors d'une première audience, ils avaient quitté la salle et provoqué le renvoi du procès. Le président de la cour d'assises, Joseph Ancel, s'est donné une journée de réflexion pour rendre sa décision sur le visionnage des cassettes, préférant consacrer l'audience de mercredi au contexte culturel des accusés et à leur personnalité.

"CHEZ NOUS, C'EST COMME CA "
Selon les termes employés dans la procédure, les épouses Diawara et Wagué ont fait référence, depuis le début, au respect "des principes de la religion musulmane et de la coutume malienne" pour justifier les excisions. Elles les ont d'ailleurs spontanément reconnues, en précisant que le prix était de 200 francs par "opération". Les fillettes - aujourd'hui adolescentes - étaient âgées de quelques mois seulement au moment de l'excision, réalisée sans le moindre encadrement médical. Mais elles ne semblent pas avoir subi d'autres séquelles que l'ablation elle-même. Les maris, eux, ont affirmé ne pas se mêler de ces "affaires de femmes". Installés en France depuis plus de vingt ans, ils ont soutenu ne pas savoir que la pratique y était interdite.

"Quand j'ai demandé à Mme Issoko Diawara le pourquoi de l'excision, elle m'a répondu : "Chez nous, c'est comme ça, c'est la tradition"", a rappelé le docteur Jacques Bricout, expert-psychiatre. L'autre épouse de M. Diawara a avancé une explication d'ordre hygiénique : "Quand on laisse cette, la petite fille, elle se gratte et ça peut s'infecter."

Malgré tout, le médecin estime que les épouses Diawara se sont montrées particulièrement ouvertes à la discussion et que les événements ont provoqué une prise de conscience chez elles. Pour preuves, selon lui, la dernière fille de la famille, née après le début de l'affaire, n'a pas été excisée et les deux épouses ont adhéré à une association ayant pour but de sensibiliser les femmes maliennes sur ce genre de questions. Pour autant, le fossé d'incompréhension ne semble pas avoir été vraiment comblé. "Moi-même, j'ai été excisée et je ne comprends pas ce que ça fait comme mal, a expliqué l'une des épouses Diawara à l'audience. Je suis mariée et j'ai eu des enfants."
Frédéric Chambon, LE MONDE | 14.03.02 | 16h44

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Procès de l'excision : prison avec sursis pour les cinq Maliens

La cour d'assises de Bobigny a condamné, vendredi, deux Maliens et leurs trois épouses à des peines de prison avec sursis pour avoir pratiqué des excisions sur leurs sept filles entre 1985 et 1989.

Cinq Maliens, accusés d'avoir fait subir à leurs sept filles des excisions, entre 1985 et 1989 en banlieue parisienne, ont été condamnés, vendredi 15 mars, à des peines allant de deux à trois ans de prison avec sursis. Reconnus coupables par la cour d'assises de Seine-Saint-Denis, en région parisienne, le couple Wagué, qui avait fait exciser une fille, s'est vu infliger la peine la moins sévère, tandis que M. Diawara et ses deux femmes ont écopé de trois ans avec sursis pour avoir fait exciser leurs six filles.

L'avocate générale, Sylvie Lotteau, avait requis une peine de deux ans de prison avec sursis. Les onze jurés, sept femmes et quatre hommes, ont donc décidé d'aller au-delà de ses réquisitions, après près de quatre heures de délibérations. Les accusés encouraient vingt ans de réclusion criminelle.

L'affaire avait débuté en juillet 1990 lorsque le service de pédiatrie de l'hôpital Delafontaine à Saint-Denis avait signalé aux autorités judiciaires que Koumba Wagué, alors âgée d'un an et demi, portait des traces d'excision. Interrogée par le service départemental de protection des mineurs, la mère de l'enfant, Adiaratou Wagué, reconnaîssait avoir fait exciser Koumba, respectant ainsi, selon elle, les principes de la religion musulmane et de la coutume malienne. Celle-ci ajoutait que l'opération avait été réalisée chez les Diawara, famille malienne installée à Noisy-Le-Grand.

Sur place, les deux épouses de Mahamadou Diawara niaient être intervenues dans l'excision de Koumba mais reconnaissaient avoir fait exciser leurs six filles, toutes âgées de quelques mois, entre 1985 et 1989 au Mali et à Noisy-Le-Grand.

"RITUEL PUBERTAIRE"
Les deux journées de débats n'auront pas permis de déterminer avec précision si les excisions ont été effectuées au domicile des Diawara. L'audience a également fait apparaître une incompréhension de la loi française de la part des accusés. "Nous ne savions pas que c'était interdit, c'est notre coutume", ont insisté les accusés tout au long du procès. Niant les conséquences physiques potentielles d'une telle pratique, les trois femmes se sont retranchées derrière la"bonne santé" de leurs filles et l'absence de séquelles.

Lors de son réquisitoire, l'avocate générale a estimé que les familles Wagué et Diawara, arrivées respectivement en France en 1965 et 1973, ne pouvaient ignorer l'interdiction de faire exciser leurs filles, d'autant que "la communauté malienne est extrêmement forte et soudée". "S'il y a bien une chose que l'on sait très vite, c'est que le métier de forgeronne (expression qui désigne les femmes pratiquant l'excision) n'existe pas en France et que s'il n'existe pas, c'est qu'il y a une raison. Cette raison est que l'excision est interdite", a-t-elle insisté.

Soulignant qu'il était plus facile de faire exciser un bébé qu'une petite fille qui "pourrait le répéter à sa maîtresse" et "reconnaître son exciseuse", Mme Lotteau a remis en cause le bien-fondé de cette coutume qui était, à l'origine, un "rituel pubertaire". "A quoi rime d'exciser un bébé puisqu'elle devient une coupure cruelle et maléfique au nom d'un respect de la tradition qu'ils font valoir comme une force extraordinaire et insurmontable ?", a-t-elle interrogé.

Au cours de leurs plaidoiries, les avocates de la défense ont estimé, de leur côté, que leurs clients devaient être acquittés, en raison de l'absence d'une loi spécifique sur l'excision.
• LEMONDE.FR | 15.03.02 | 20h47, Avec AFP

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(Mars 2004) Cinq ans avec sursis pour l'excision de leurs filles en Guinée
Le père et ses deux femmes avaient envoyé Sory, 4 ans, et Massata, 9 ans, Françaises, se faire mutiler.

Sory a 4 ans lorsqu'elle se fait exciser, en 1997. «Ma mère a cru me faire plaisir en "coupant" la petite. Je n'étais pas au courant», se défend le père de l'enfant. En 1998, c'est au tour de Massata, 9 ans, de partir en Afrique et de revenir excisée. Amadou, Guinéen de 57 ans, est renvoyé devant la cour d'assises de Paris avec ses deux femmes, Fatoumata et Ramata. Tous trois sont accusés de complicité de violences ayant entraîné une mutilation sur mineures de moins de 15 ans.

Leurs parents ont-ils délibérément envoyé leurs filles françaises chez leur grand-mère paternelle en Guinée pour y être mutilées en sachant que la loi française interdit cette pratique ? Pour le père, un tailleur musulman d'origine peule, l'excision «est une affaire de femmes». Pourtant, interrogées sur la signification de cet acte, ni Fatoumata ni Ramata n'ont d'explications claires : «C'est la religion, la coutume.»

«Interdit légal».
Dès le début du procès, les avocats de la défense avaient annoncé qu'ils ne plaideraient pas l'alibi culturel. Me Rein, l'avocate de Fatoumata, rappelle toutefois qu'«il n'est pas facile d'intégrer un interdit légal quand on a en miroir une tradition. Les mères qui pratiquent l'excision se considèrent comme de bonnes mères. Toutes les femmes n'ont pas la même capacité à se révolter». Selon Me Weil-Curiel, avocate de la Commission pour l'abolition des mutilations sexuelles (Cams), partie civile, cette affaire est symptomatique d'«un changement de stratégie des parents consistant à faire exciser les petites au pays, en leur absence. Ils pensent ainsi échapper aux poursuites».

A l'audience, entre pudeur et volonté de ne pas s'enfoncer dans les contradictions, les trois accusés s'expriment peu. Comme étrangers à leur procès. La présidente est parfois perplexe : «Pourquoi avoir envoyé Massata toute seule en Guinée ? N'aviez-vous pas conscience du risque ?» Fatoumata répond, tête baissée : «Je pensais qu'elle était trop grande et qu'ils croiraient que ce serait déjà fait.» Les témoins se succèdent. Des experts médecins et psychiatres relatent les souffrances indicibles et les conséquences irrémédiables de la mutilation. Des associations tentent de démontrer que les accusés, en France depuis des années, n'ont pu ignorer les campagnes d'information et de prévention au sein des services de PMI (Protection maternelle et infantile) depuis plus de vingt ans. D'après l'avocat général, «ce procès est un monument dédié à l'obscurantisme et à l'imbécillité humaine».

Promesse.
Ces propos ont-ils emporté la conviction du jury ? Amadou, Fatoumata et Ramata ont été condamnés à cinq ans de prison avec sursis. Sory et Massata, aujourd'hui âgées de 10 et de 14 ans, n'ont pas assisté au procès. Toutes deux vont recevoir 15 000 euros de dommages et intérêts. Avec, en prime, une promesse de leurs parents : leurs trois petites soeurs ne seront pas envoyées en Afrique.
Libération, Par Caroline BRISSIAUD, mercredi 31 mars 2004, p. 20

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(Novembre 2004) Des parents jugés coupables pour l'excision de leur fille
Baroma a été mutilée lors d'un séjour au Mali, à l'âge de 2 ans.

Elle a 27 ans, elle est mariée depuis douze ans mais dit ne pas savoir l'âge de l'homme avec qui elle a déjà eu quatre enfants. Assise juste devant lui dans le box des accusés, visage fermé, la jeune Malienne semble à peine comprendre les questions du président du tribunal, et répond par monosyllabes.
Lundi et mardi (15-16 novembre 2004), Maimouna Niare et son époux Ousmane, 57 ans, étaient jugés par la cour d'assises de Paris pour avoir fait exciser leur fillette Baroma au Mali. Pour cette complicité de mutilation sur mineure de moins de 15 ans, ils risquent jusqu'à dix ans de prison, et 150 000 euros d'amende.
Mais les peines prononcées lors de ces procès pour excision (une poignée chaque année en France) sont généralement beaucoup plus légères : cinq ans ou moins, le plus souvent avec sursis. Cinq ans, en partie avec sursis, ont d'ailleurs été requis.

Ignorance.
C'est lors d'un examen systématique, dans un service de PMI (protection maternelle et infantile), que la mutilation est découverte, déclenchant signalement et enquête de police. On est en novembre 1998 et Baroma, 2 ans, rentre d'un séjour de plusieurs mois au Mali avec ses parents. Le couple s'accorde sur un point : l'excision a été pratiquée à leur insu, alors qu'ils s'étaient absentés pour une semaine à Bamako, confiant Baroma à sa grand-mère paternelle. Ensuite, l'aïeule est décédée et l'exciseuse n'a pas été identifiée.
L'expertise confirmera que l'enfant a subi une ablation totale du clitoris et des petites lèvres. A l'audience, l'attitude des deux accusés est bien différente. Excisée elle-même, arrivée en France à 15 ans juste après son mariage, et toujours sous la coupe d'un époux de trente ans de plus qu'elle, Maimouna soutient qu'elle ignorait tout de l'interdiction de cette pratique en France. Ni son mari, ni la première épouse de celui-ci (qui vit sous le même toit), ni la PMI ne l'ont informée, dit-elle.

En France depuis plus de trente ans, français depuis 1982, chauffeur de taxi, Ousmane vit partiellement à l'africaine mais est mieux intégré. Il sait parfaitement que l'excision est interdite. Pendant les deux jours, il répétera aussi à l'envi : «L'excision c'est pas bien, ca fait mal aux enfants.»
Une litanie de moins en moins crédible, qui finira par agacer la cour et même son avocat, conscient de l'«impression désastreuse» laissée par son client. D'autant qu'il ne cesse de se contredire. A la police, il avait déclaré avoir averti sa mère qu'il ne souhaitait pas que son enfant soit excisée. A l'audience, il nie avoir abordé le sujet avec elle. Il dit aussi ne pas se souvenir des circonstances, vingt ans plus tôt, de l'excision de sa fille aînée ­ issue de son premier mariage ­, pourtant similaires à celle de Baroma.

«L'excision au pays "à l'insu" des parents et le certificat de décès de la grand-mère qui s'en est occupée, c'est la nouvelle stratégie pour essayer de passer entre les gouttes», estime Linda Weil-Curiel, avocate de la Commission pour l'abolition des mutilations sexuelles, qui, depuis vingt ans se porte partie civile dans ces procès. Brandissant coupures de presse et affiches devant la cour, elle rappelle que l'excision est devenue un crime que personne ne peut ignorer.
Entendue comme témoin, Emmanuelle Piet (médecin de PMI en Seine-Saint-Denis) confirme : «On fait des campagnes de prévention. Il y a des affiches dans toutes les PMI. Depuis dix ans, je n'ai pas vu une seule femme africaine qui n'était pas au courant de l'interdiction. Même celles qui viennent d'arriver et ne parlent pas français sont informées.»

«Morceau de bois».

Si ce procès n'est pas celui de l'excision mais celui d'un couple, comme l'a dit à plusieurs reprises le président du tribunal, comment ne pas s'émouvoir au témoignage des victimes ? «Nous, mutilées, on est insensibles, les hommes peuvent rester sur nous pendant une heure, on est comme un morceau de bois», raconte Fatoumata Kone, témoin de Femmes solidaires, autre association partie civile.
«On faisait ça pour que les femmes restent sages quand les hommes voyagent. Mais on peut être fidèle sans être excisée. Moi, je dis aux femmes de ne pas le faire. Et quand elles repartent au pays, elles doivent protéger leurs enfants en restant auprès d'eux.»
Ousmane Niare a été condamné à cinq de prison avec sursis, son épouse à un an, avec sursis.
Par Sandrine CABUT, mercredi 17 novembre 2004 (Liberation - 06:00)

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(Mars 2005) Une poignée d'exciseuses a posé les couteaux, mais le fléau touche 98% des fillettes.
«J'ai les cris des gamines dans la tête»

Mariam Omar montre ses mains. Elles sont puissantes, carrées, rougies de henné. Elles froissent un sachet, rempli de cristaux de résine jaunâtre. «Tu piles, et tu mélanges avec du sucre. Ça colle, ça remplace les épines d'acacia pour coudre la fille. Tu dois la maintenir fermement par terre, pour qu'elle arrête de gigoter, et tchak ! avec la lame de rasoir tu coupes tout ce qui dépasse. Et puis tu mets la poudre, pour arrêter le saignement. Tu lui ligotes les jambes pendant une semaine, pour que ça colle bien, et c'est bon.»

Prestige.
Des dizaines d'années durant, plusieurs fois par jour, Mariam a ainsi «coupé» les petites filles que les mères lui amenaient. Accoucheuse traditionnelle à Djibouti, elle a appris à exciser dans la brousse, en regardant faire les autres femmes. A 4000 francs djiboutiens l'opération (17 €), elle avait un revenu meilleur que la moyenne nationale. Et du prestige. «On nous a tellement dit que cela faisait de nous une femme, que c'était un moment important, que j'ai supplié ma mère de me faire exciser», se désole Habone, 21 ans. Dans toute la corne de l'Afrique, jusqu'en Egypte ou au Mali, une écrasante majorité des femmes sont excisées. Pratiquée aussi bien par les musulmans, les chrétiens ou les animistes, l'excision remonte aux temps pharaoniques. A Djibouti, ces mutilations touchent 98 % des fillettes.

Mohammed Mahamouda est conseiller pédagogique. Il est encore horrifié par le souvenir de ses soeurs gisant ensanglantées sur le sol de leur chambre, une semaine durant, sans pouvoir boire. «Il ne fallait pas qu'elles pissent, sans quoi ça risquait de faire encore plus mal. Ma mère pensait que, si elles n'étaient pas excisées, ses filles seraient des diablesses.» La tradition est tenace: l'excision est considérée comme une garantie de pureté, une assurance contre l'adultère, et l'infibulation comme la certitude d'arriver vierge au mariage. «Il faut se battre contre cela par l'éducation», insiste Mohammed, qui milite contre ce fléau et a proposé de multiplier les internats pour filles, afin de les garder le plus longtemps possible dans le système scolaire. «On va garantir à la mère que sa fille sera surveillée, loin de tout risque sexuel, et qu'une fois qu'elle aura quitté l'école elle se mariera. Donc, l'excision sera inutile.»

Sauvages.
A Djibouti, l'excision est passible de cinq ans de prison et d'une forte amende. Mais aucun procès n'a pour autant eu lieu : la loi ne suffit pas à changer les mentalités. Les conséquences médicales gravissimes non plus. Chirurgien coopérant à l'hôpital de Balbala, le docteur Carlo Astini voit passer chaque jour des patientes au seuil de la mort. Stérilités et complications à l'accouchement ne sont que les moindres des conséquences : septicémies, fistules, hémorragies, sont monnaie courante. Photos monstrueuses à l'appui, Astini dénonce les coupes sauvages, parfois jusqu'à la vessie, des exciseuses. «Je sais que ce n'était pas un beau métier, j'ai les cris des gamines dans la tête, et je suis déterminée à arrêter», reprend Mariam, l'une des cent premières exciseuses de Djibouti à avoir déposé ses couteaux. Mais elle veut compenser sa perte de revenu. Elle bénéficie d'un programme gouvernemental qui l'aidera à obtenir un microcrédit pour démarrer une autre activité. «Ce ne sont pas les religieux, ces hommes qui parlent de choses de femmes, faites par les femmes et auxquelles ils n'entendent rien, qui feront changer les choses. Ce sont les femmes elles-mêmes.»
Par Claude GUIBAL, mardi 15 mars 2005 (Liberation - 06:00)

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