06 mars 2002 : L'Irlande refuse un durcissement de sa législation anti-avortement

Selon les résultats officiels définitifs du référendum organisé mercredi 6 mars, le "non" l'emporte à 50,42 % des voix. Ce dernier référendum, marqué par un faible taux de participation, visait à ne plus considérer le risque de mettre fin à ses jours comme justification d'une interruption de grossesse.

Les Irlandais se sont prononcés, à une courte majorité, contre un durcissement de la loi anti-avortement, déjà la plus stricte de l'Union européenne. Selon les résultats officiels définitifs du référendum organisé mercredi 6 mars, le "non" l'emporte à 50,42 % des voix. Ces résultats, qui portent sur 40 des 41 circonscriptions, pourraient être les plus serrés de l'histoire de l'Irlande : à 17 heures (heure française), le "oui" était encore en tête avec 50,19 % . Dix minutes après, c'est le "non" qui l'emportait. "Je suis très déçu, mais je suis un démocrate", a déclaré le premier ministre irlandais, Bertie Ahern, reconnaissant l'échec de sa tentative de durcir la législation anti-avortement.

Les premières estimations indiquaient que le "non" l'emportait dans les régions urbaines – en premier lieu, la capitale, Dublin –, réputées plus libérales, tandis que les régions rurales, plus traditionnelles, semblaient avoir voté en faveur du texte soumis à référendum.

Le texte soumis à référendum prévoyait notamment de refuser de considérer les intentions suicidaires d'une femme comme un motif d'autorisation d'une interruption de grossesse. Ce projet d'amendement à la Constitution entendait en fait supprimer une faille ouverte par une décision de justice de 1992 qui reconnaissait que le risque de suicide chez certaines femmes enceintes pouvait justifier exceptionnellement un avortement.

Les résultats révèlent également un faible taux de participation, six électeurs sur dix environ – sur un total de 2,9 millions d'inscrits – ayant préféré ne pas se déplacer. La complexité du texte soumis à référendum, le mauvais temps, le déroulement de cette consultation un jour de semaine sont à l'origine de cette la faible participation. Lors du précédent référendum, sur le traité européen de Nice, en juin 2001, le taux de participation n'avait pas dépassé 35 %.

Les deux partis membres de la coalition gouvernementale de Bertie Ahern (centre droit), soutenus par l'Eglise, avaient appelé à voter "oui". A l'inverse, les partis d'opposition (gauche) ainsi que l'association irlandaise du Planning familial et les organisations féministes avaient appelé à voter "non", faisant valoir que si le "oui" l'emportait, chaque année, 7 000 Irlandaises en moyenne continueront de faire le voyage en Grande-Bretagne pour y avorter. Le parti d'opposition Fine Gael avait lui aussi appelé à voter "non" et souhaité que le jugement de 1992 soit intégré dans la loi.

Il s'agissait du troisième référendum organisé en Irlande sur cette question controversée au cours de ces vingt dernières années. Le premier référendum sur la question, en 1983, avait inscrit dans la Constitution l'interdiction de l'avortement, sauf si la vie de la mère est en danger. Mais en 1992, la Cour suprême irlandaise avait autorisé une adolescente de 14 ans à avorter. La jeune fille enceinte avait été violée par un proche et menaçait de se suicider, un type de situation extrême qui n'était pas prévu dans la Constitution. En 1992, la volonté de combler ce vide juridique avait été mise en échec lors d'un référendum. En revanche, les électeurs avaient autorisé les femmes à aller avorter à l'étranger et à obtenir des informations sur les IVG qui y sont pratiquées.
LEMONDE.FR | 07.03.02 | 19h00 Avec AFP et Reuters

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