(2002) Le panier percé de «Ma tante»
L'ex-directeur tibériste du mont-de-piété de nouveau mis en cause

Le Crédit municipal dispose d'un parc immobilier, loué parfois à un réseau d'amis influents. Et à des prix qui font rêver : 239 m2 à Paris pour 1 118 euros...

Guy Legris avait déjà son lot d'ennuis. Cet ancien commissaire divisionnaire, l'un des plus fidèles collaborateurs de Jean Tiberi durant quinze ans à la mairie de Paris, protégé avec constance par le maire du Ve arrondissement, a des soucis dans l'affaire des faux électeurs du IIIe arrondissement. Il fait l'objet d'une plainte parce qu'il aurait emporté tableau, ordinateur, canapé lors de son éviction du Crédit municipal de Paris (CMP) en octobre 2000. Voilà que c'est désormais toute une partie de sa gestion à la di rection générale du CMP ­ le «mont-de-piété» ou «Ma tante» pour les familiers du prêt sur gages ­ qui est mise en cause.

Le conseil de surveil lance de cet organisme financier ­ qui dépend de la Ville de Paris ­ doit examiner le 18 juin prochain un rapport de la chambre régionale des comptes d'Ile-de-France très critique sur ses activités. La chambre note que l'ex-patron disposait d'une carte Visa Premier pour régler ses frais de représentation, «en dehors de toute formalité et sans justification particulière». Elle souligne que, pour passer ses marchés de maintenance, de commande informatique, de prestations de nettoyage, le CMP n'a pas respecté le code des marchés publics.

Prix avantageux.
Tout n'est pas à mettre sur le compte du protégé de Tiberi. Un certain nombre d'errements sont plus anciens. Par exemple, le recours à une société d'audit qui devait conseiller la direction des crédits. L'efficacité de cette intervention ­ qui aurait coûté 1,6 million de francs en trois ans au CMP ­ serait difficile à évaluer. Le Crédit municipal dispose par ailleurs d'un parc immobilier, aux trois quarts loué à des agents ou à un réseau d'amis influents. A des prix qui font rêver. Ou dans des conditions illégales. Un appartement de 239 m2 est ainsi occupé «sans titre» par un locataire qui bénéficie d'un tarif mensuel très avantageux (1 118 euros). D'autres appartements ont été loués en juillet 2000 dans des conditions tout aussi compétitives : 189 m2, pour 800 euros ; 81 m2 pour 221 euros... Du vrai logement social.

Calculs contestés.
Enfin, volet plus économique, la cham bre rappelle le contentieux qui a opposé Guy Legris à la commission bancaire. Les autorités bancaires s'étaient émues de la nomination de ce dernier à la tête d'un établissement de crédit, et ont tout fait pour l'évacuer. Elles avaient aussi souligné l'insuffisance de provisions du Crédit municipal de Paris pour couvrir une partie des crédits consentis. Pour sa défense, Guy Legris fait valoir que toutes ses dépenses de carte Premier ont été justifiées, il conteste les calculs de la commission bancaire. Alain Riou, conseiller de Paris, élu vert du XXe et membre du Conseil de surveillance du Crédit municipal, demande, lui, que la mairie saisisse au plus vite les «instances juridictionnelles compétentes».
Libération, Par Armelle THORAVAL, mercredi 12 juin 2002, p. 12.

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