Par Eric Dior, Bye-bye sénateur Thurmond ! (Décembre 2002)

"Je vous aime tous, en particulier vos épouses", a dit Strom Thurmond, en prenant congé de ses collègues sénateurs.
A 100 ans révolus, le représentant de la Caroline du Sud ne craint plus d'être taxé de harcèlement sexuel ni même de choisir ses assistantes parmi d'anciennes reines de beauté américaines.
Passionnément réactionnaire, ce vétéran de la cause ségrégationniste peut se vanter d'avoir assisté aux funérailles d'une bonne dizaine de présidents et de la plupart de ses adversaires politiques.
Elu pour la première fois en 1932, ce surviver aura réussi à sauver, en dépit de ses volte-face, son mandat pendant soixante-dix ans.
En 1948, il quitte avec fracas le Parti démocrate, coupable, à sesyeux, de prôner à demi-mot l'inté- gration raciale.
Orateur marathonien, il bat, alors, le record du plus long discours en tenant la tribune sénatoriale pendant vingt-quatre heures et dix-huit minutes! Cet exploit fera doublement date car il annonce la débâcle des démocrates dans les Etats du Sud et la conquête, jusqu'à aujourd'hui, de l'ancienne confédération par le parti d'Abraham Lincoln.
Anticipant le mouvement, Thurmond fera ainsi campagne, lors des élections de 1964, pour le républicain Barry Goldwater, partisan de l'utilisation d'armes nucléaires tactiques dans la guerre du Vietnam. A chaque fois, il veillera à enrober de boutades truculentes son racisme indéfectible.
Pour dérouter ses critiques, il s'entourera même de Noirs lors de ses campagnes électorales et se flattera d'être plébiscité, dans sa circonscription, par les gens de couleur. Il échappera aussi aux représailles des féministes en dépit de ses extra-vagances conjugales.
Le pervers pépère de la Chambre haute a, en effet, toujours choisi des épouses d'âge tendre. La première était de vingt-trois ans sa cadette. La seconde, ancienne Miss Caroline du Sud, avait quarante-quatre ans de moins que son grand homme ! Bien qu'ayant participé à quelque 16348 votes, le patriarche du Sénat juge que sa longévité est son seul vrai titre de gloire, car il se flatte, tel l'abbé Sieyès, après la Révolution française, d'avoir « duré » .
16 au 22 décembre 2002 / Marianne page 49

Retour Première page