Joseph Martin Fischer dit Joschka Fischer

Juin 2006 : L'ancien gauchiste reconverti va "enseigner" à Princeton (Usa)
Avril 2005 : L'ancien gauchiste reconverti est encore populaire ...
Février 2005 : Des visas pour de faux touristes ukrainiens ?
22 septembre 2002 : Fischer triomphe, l'ancien gauchiste sauve les sociaux-démocrates

2001 : Le ministre Vert allemand des affaires étrangères est devenu celèbre et le plus populaire des ministres du gouvernement de la gauche plurielle de Gerhard Schröder (social-démocrate) en soutenant vigoureusement l’intervention de l’OTAN dans la guerre du Kosovo, ce qui permet à l’Allemagne, dont la capitale est de nouveau Berlin, de faire faire des travaux pratiques à son armée, les premiers depuis 1945.

Né en 1948, Joschka est le fils de bouchers allemands de Hongrie, épurés en 1945, qui s’engage passionnément à l’ultra gauche marxiste allemande en 1967, vit dans des appartements communautaires de Berlin en traduisant des romans pornographiques, manifeste violemment contre l’intervention américaine au Vietnam, suit à l’Université les cours des marxo-freudiens Habermas et Adorno, et devient en 1981 l’un des fondateurs des Verts allemands avec son ami Daniel Cohn Bendit.

Elu député Vert en 1983 il traite en 1984 le président du Bundestag de “trou du cul”, et ministre de l’environnement du gouvernement du Land de Hesse en 1985 il prête serment en jeans et en baskets blanches... ce qui ne l’empêche nullement de se convertir au capitalisme lorsque la gauche plurielle allemande accède, enfin, au pouvoir en 1998.

Au Congrès extraordinaire des Verts allemands du 13 mai 1999 Joschka est violemment attaqué par des militants de base qui n’ont rien compris, ou qui ont trop bien compris... Certaines jeunes femmes le comprennent très bien, elles. Joschka, de réputation plutôt machiste, ministre fédéral, a épousé sa quatrième femme, une jeune journaliste de 29 ans...

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Joschka superstar

SI LA COALITION rouge-verte du chancelier Gerhard Schröder l'a emporté, dimanche 22 septembre en Allemagne, elle le doit à un parti – les Verts – et à son chef de file Josef Fischer, dit Joschka. Il n'y a pas si longtemps, le parti écologiste apparaissait plutôt comme un boulet pour le gouvernement de Berlin. Ses divisions entre "realos" et "fundis", ses états d'âme à propos des interventions militaires dans les Balkans ou en Afghanistan et la perplexité des militants peu sensibles à une culture de gouvernement, tout laissait penser que l'expérience du pouvoir serait brève.

De handicap, le parti vert s'est transformé en atout sous l'impulsion de Joschka Fischer, qui a su imposer une stratégie claire. Les Verts ne pouvaient pas à la fois rester au gouvernement et se comporter comme s'ils étaient dans l'opposition. Ils ne pouvaient pas espérer déterminer la politique officielle et critiquer sans cesse les décisions de leurs ministres.

A plusieurs reprises, Joschka Fischer a été près d'abandonner un parti qui n'arrivait pas à sortir de l'adolescence, pour profiter ailleurs de sa popularité personnelle. Il n'a pas cédé à la tentation et il a eu raison de ne pas le faire. Car si les Verts se sont identifiés à Joschka Fischer, lui aussi leur doit beaucoup. Tout en concentrant sur lui l'essentiel de la campagne électorale, il a d'ailleurs pris grand soin de rendre au parti ce qui lui revient dans le bilan de la coalition avec les sociaux-démocrates. Quel que soit le jugement de fond porté sur des mesures telles que l'impôt écologique, la taxation du transport routier, le soutien à l'agriculture biologique ou l'abandon progressif de l'énergie nucléaire, force est de constater que sans les Verts au gouvernement, les sociaux-démocrates n'auraient jamais pris des décisions contraires aux convictions des syndicats et aux intérêts immédiats de l'industrie. Dans la libéralisation du code de la nationalité et dans l'ouverture de l'Allemagne à l'immigration, les Verts ont aussi joué un rôle non négligeable.

Joschka Fischer s'est fait le porte-drapeau de cette politique en ajoutant sa touche personnelle de ministre des affaires étrangères. Tout a été dit sur la métamorphose de ce soixante-huitard en diplomate accompli, capable de parler d'égal à égal avec Colin Powell ou de servir d'intermédiaire entre Ariel Sharon et Yasser Arafat. Ou encore de lancer le grand débat sur l'avenir de l'Europe qui a déjà débouché sur la convocation d'une Convention et va sans doute aboutir à une Constitution.

Dans une coalition fragilisée par une majorité à la merci de la moindre défection, les Verts sortent renforcés. Pour Joschka Fischer le défi est triple. Dans l'immédiat, il doit rassurer les Etats-Unis, indignés par des déclarations intempestives. Il doit éviter que son parti ne tombe dans une euphorie revendicatrice. Il lui reste enfin à forcer son avantage en reprenant l'initiative sur la conception de l'Europe. Pour cela il a besoin de partenaires que d'instinct il cherchera d'abord du côté français. A nous d'être au rendez-vous.
lemonde, fr, LE MONDE | 23.09.02 | 14h45, ARTICLE PARU DANS L'EDITION DU 24.09.02

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(Février 2005) Allemagne: Fischer a des problèmes de visas
Le ministre des Affaires étrangères est accusé d'avoir favorisé l'entrée de faux touristes ukrainiens.

Le très populaire Joschka Fischer risque-t-il de tomber pour une sombre affaire de trafic de visas ? Depuis plusieurs jours, l'opposition réclame la tête du ministre allemand des Affaires étrangères qui aurait fait preuve de laxisme dans la délivrance de visas à de faux touristes ukrainiens, favorisant, selon ses détracteurs, l'arrivée massive de criminels et de prostituées en Allemagne. Le chef de la diplomatie est sorti hier de son silence pour endosser sa «responsabilité politique». Mais «ceux qui s'imaginent qu'ils vont faire tomber Fischer se trompent», a assuré le Chancelier Schröder.

Trafic.
C'est l'hebdomadaire allemand Der Spiegel qui a lancé ce scandale début février, accusant le ministre Vert d'avoir donné son «feu vert au trafic d'êtres humains». La pression devenant insupportable, le directeur du ministère allemand des Affaires étrangères, Ludger Volmer a été contraint vendredi à la démission.

En 2000, le gouvernement «rouge-vert» avait assoupli sa politique d'octroi de visas, en prévision de l'élargissement de l'UE aux pays de l'Est. Dans les mois qui suivent, l'ambassade d'Allemagne à Kiev avait notifié à Berlin un boom anormal des demandes : 298 000 visas délivrés en 2001, contre 141 200 en 1998. Le ministère n'a pas réagi. Au grand dam des médias qui révèlent que plusieurs agences de voyage, de mèche avec la mafia, auraient trempé dans ce trafic en fournissant de fausses attestations à l'ambassade.

«Il n'y a pas de politique d'ouverture des frontières sans risques, estime pour sa part Daniel Cohn-Bendit, député européen Vert et proche de Fischer. Les Polonais peuvent depuis longtemps obtenir des visas touristiques de trois mois. Cela favorise le travail au noir, tout le monde le sait. Mais il ne viendrait à l'idée de personne de dire que les Polonais en profitent pour s'adonner à la criminalité ou à la prostitution.» En 2003, le nombre de visas attribués aux Ukrainiens est redescendu à son niveau de 1998. «Trop tard pour toutes les Ukrainiennes que l'on a obligées à se prostituer en Allemagne», hurle l'opposition. «La criminalité et la prostitution forcée n'ont pas démarré sous le gouvernement rouge-vert», a rétorqué hier Fischer, excédé.

Tollé.
Le gouvernement ne voit dans cette attaque qu'une basse campagne électoraliste. En chute libre dans les sondages, la CDU-CSU espère remporter les prochaines élections. Il y a dix jours, le chef du parti conservateur, Edmund Stoiber, avait déjà soulevé un tollé en reprochant à Schröder d'être responsable de la montée du parti néonazi NPD.
Par Odile BENYAHIA-KOUIDER, mardi 15 février 2005 (Liberation - 06:00), p. 12

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(Avril 2005) Allemagne : l'étoile ternie de Joschka Fischer
Le ministre a été entendu hier sur l'affaire des délivrances de visas.

Joschka Fischer, l'«ex-star» de la politique allemande, comme le surnomment déjà certains médias, s'est vigoureusement défendu hier pour sauver son avenir politique. Embourbé depuis quatre mois dans un scandale de délivrance de visas à l'ambassade de Kiev en Ukraine (lire ci-contre), le ministre vert des Affaires étrangères sait que l'avenir de son parti et de la coalition «rouge-verte» est en jeu. Lors d'une audition marathon de la commission d'enquête parlementaire, retransmise en direct pour la première fois dans l'histoire de l'Allemagne, il a fustigé l'«infâme» exploitation «politicienne» de cette affaire, dont il assume pourtant l'entière responsabilité.

Dommages.
Si les experts se disputent depuis des mois sur la réalité des chiffres ­ «des millions», clamait l'opposition avant d'évoquer hier «des milliers» de visas délivrés ­, les dommages en termes d'image, eux, sont quantifiables. Longtemps sacré homme politique le plus populaire d'Allemagne, Fischer a vu sa cote de popularité chuter de 20 points pour atteindre 54 % selon un sondage publié cette semaine par l'hebdomadaire Der Spiegel. Affaiblie sur la scène nationale, la vedette du gouvernement Schröder est aussi contestée à l'intérieur de sa propre administration. Relativement loyaux jusqu'alors, certains fonctionnaires et même ambassadeurs, d'un autre bord politique, n'ont pas hésité à enfoncer publiquement leur ministre. Du jamais-vu dans l'histoire de l'Auswärtiges Amt, le Quai d'Orsay allemand.

L'affaiblissement de Fischer est également palpable au sein même de la coalition. «Ces derniers mois, le chancelier a réussi à lui faire avaler de nombreuses pilules qu'il n'aurait jamais laissées passer sans contreparties politiques avant ces déboires personnels», estime Gero Neugerbauer, professeur de sciences politiques à l'Université libre de Berlin.

L'affaire des visas a touché le parti écologiste en plein coeur. «Feu vert pour les trafiquants d'êtres humains», ironisait Der Spiegel sur sa couverture. Fischer lui-même n'a pas pris immédiatement la mesure des effets dévastateurs du scandale pour lui et son parti. Refusant de descendre de son piédestal, il a d'abord snobé ses détracteurs. Jusqu'à ce que la presse allemande, souvent malmenée par le ministre égotiste, ne se déchaîne. «Il suffit de voir son bureau pour comprendre à quel point son côté "moi le petit Joschka qui fréquente les grands de ce monde" est puéril», souligne une journaliste en sortant une énorme photo parue dans la Frankfurter Allgemeine Zeitung du 11 avril, où l'on voit la table du ministre couverte de cadeaux ramenés de ses divers voyages.

Colistier.
Une certitude, le ministre est plus à l'aise sur les questions internationales qu'intérieures. A de nombreuses reprises, il avait déjà eu maille à partir avec le ministre de l'Intérieur, Otto Schily, pourtant lui aussi ex-soixante-huitard, au sujet de sa politique libérale des visas. «Son étoile a pris un choc, mais elle n'a pas encore chuté, estime pourtant son ami Daniel Cohn-Bendit. Quels sont les autres Verts dans le monde qui peuvent se vanter d'avoir une cote de popularité de 54 % ? Il n'est pas encore à zéro.» Fischer a le cuir épais. Il a déjà survécu au scandale qu'avait provoqué en 2001 la publication de ses photos de jeunesse, où on le voyait passer à tabac un policier à terre. Il devrait donc survivre à l'affaire des visas. Car, à moins que les Verts ne détrônent eux-mêmes celui qu'ils appellent «Dieu le père», personne n'imagine pour l'instant comment Schröder pourrait renoncer à son colistier. Joschka Fischer est encore le meilleur orateur de la nation.
Par Odile BENYAHIA-KOUIDER, mardi 26 avril 2005 (Liberation - 06:00)

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(Juin 2006) Allemagne : Joschka Fischer tire sa révérence
L'ex-ministre Vert des Affaires étrangères va partir enseigner aux Etats-Unis.

Il était entré en politique avec fracas, il en ressort par le trou de la serrure, avec un seul mot : «Tschüss !» (salut).
Joseph Martin Fischer, 58 ans, plus connu sous le nom de «Joschka Fischer», ex-soixante-huitard autodidacte devenu ministre Vert des Affaires étrangères, abandonne la politique. Il a annoncé mardi devant le groupe parlementaire Vert du Bundestag qu'il rendrait son mandat de député en septembre.
«Ce tout petit show de départ», comme l'a qualifié hier le quotidien Süddeutsche Zeitung, a surpris les médias allemands, habitués à plus de truculence de la part de «Joschka le magnifique». L'image du jeune contestataire venu recevoir son premier titre de ministre de l'Environnement du Land de Hesse en 1985 en basket est restée aussi célèbre que le cliché dévoilant son regard narquois, une coupe de champagne à la main, célébrant la naissance de la première coalition «rouge-vert» de l'histoire d'Allemagne en 1998.

Durant cette dernière décennie, Fischer aura été la «dernière pop star de la politique allemande», estime son ami Daniel Cohn-Bendit.
Même durant la période où le gouvernement Schröder a déstabilisé l'Allemagne avec ses réformes du marché du travail, Fischer restait l'homme politique le plus aimé et le plus populaire d'Allemagne. Ses colères légendaires et son absence totale de modestie n'ont guère entamé son aura, notamment à l'étranger. Le chauffeur de taxi reconverti en politicien était considéré comme un «intellectuel visionnaire». C'est lui qui avait lancé l'idée de Constitution européenne, lors d'un discours à l'université Humboldt à Berlin. Son engagement pour la paix au Moyen-Orient, ainsi que ses positions contre la guerre en Irak, ont également rencontré de larges échos. Ironie de l'histoire, Fischer a finalement accepté de passer une partie de sa retraite aux Etats-Unis, où il donnera des séminaires sur «la gestion diplomatique des crises» dans la prestigieuse université de Princeton. «C'est une vraie bête politique, souffle-t-on dans la capitale allemande, il reviendra pour les élections en 2009.» «N'y songez pas, leur a répondu Joschka mardi. J'ai fermé la porte, j'ai donné un tour de clé et je l'ai jetée.»
Libération, par Odile BENYAHIA-KOUIDER, QUOTIDIEN : jeudi 29 juin 2006, p. 6

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