DEPUIS mercredi matin, l'un des cerveaux présumés d'une gigantesque arnaque à la TVA qui a floué l'Etat français de plusieurs centaines de millions de francs est en garde à vue à Bobigny (Seine-Saint-Denis). Hocine Sahir, un homme d'affaires algérien de 49 ans, faisait l'objet d'un mandat d'arrêt international délivré par le juge nantais Jean-Pierre Pétillon, chargé d'instruire ce dossier ouvert en juillet 1999 sous la qualification d'escroqueries en bande organisée. A l'époque, Hocine Sahir s'était réfugié en Algérie, à l'abri des conventions d'extradition. Mardi, il a décidé de revenir à Paris pour y rencontrer des proches, et l'un de ses anciens complices l'a dénoncé. Son arrestation par la police judiciaire pourrait donner un nouvel éclairage à l'affaire qui a conduit le fisc à rembourser 260 millions de francs de TVA (42 millions d'euros) entre 1995 et 1998 sur la base de fausses déclarations d'exportations. « Nous ne sommes pas au bout de l'histoire et je pense qu'on atteindra 300 millions sous peu. Quand une entreprise exporte une marchandise, elle fait une déclaration au fisc qui rembourse la TVA sans vérifier la réalité de la transaction, parce qu'il n'en a pas les moyens. Dans ces conditions, on n'est pas au bout de nos surprises », résume un enquêteur.
Le « cerveau » promet des noms et des chiffres
Jusqu'à présent, si le juge Pétillon était parvenu à identifier les chefs d'entreprise et les hommes d'affaires français coupables d'avoir prêté leur nom à cette escroquerie moyennant une confortable commission (entre 2 et 3 % des sommes escroquées au fisc), la destination finale de l'argent détourné demeurait un mystère pour lui. Or, durant sa garde à vue, Hocine Sahir, qui admet avoir contribué au montage de nombreuses sociétés bidons et à l'ouverture de comptes au Luxembourg, en Suisse et aux Etats-Unis, a mis les policiers sur la piste du financement politique. Selon lui, des hommes d'affaires, d'anciens fonctionnaires de haut rang, des avocats et des hommes politiques regroupés dans « le réseau Navarro » ont utilisé les failles du système français au bénéfice de plusieurs partis politiques. L'idée même de cette escroquerie à la TVA serait née dans les salons d'une branche de la Grande Loge nationale de France dont plusieurs membres ont été suspendus ou exclus il y a quelques mois. Selon nos informations, deux anciens ministres ont participé aux discussions concernant la mise en place de cette escroquerie. Visiblement bien disposé à l'égard de la justice, l'homme d'affaires algérien, bardé de vrais-faux papiers au nom de Jean Minard (du nom d'un policier de la PJ en exercice !) et de Gilles Dardennes, sans compter deux passeports diplomatiques, promet des noms et des chiffres précis. Cette arrestation intervient quelques jours après la remise en liberté de Rubbens Lévy, un homme d'affaires havrais d'abord présenté comme un personnage central de cette affaire avant que l'instruction ne réduise son rôle. Hocine Sahir a pris sa place en haut de l'affiche et proclame, à son tour, qu'il y a encore quelques marches à franchir pour découvrir les vrais bénéficiaires de cette escroquerie. Pour sa part, il a contribué au prélèvement de 88 millions de francs (13,4 millions d'euros), notamment avec la complicité de Michelle Limousin, une femme d'affaires un temps incarcérée dans ce dossier.