(2004) Raffarin et Chirac recasent leurs éclopés
Ils nomment une kyrielle d'amis, ex-ministres ou élus battus, au Conseil économique et social.

Les copains et des battus.

Le duo exécutif a eu la main lourde hier en nommant les nouveaux membres du Conseil économique et social au titre des «personnalités qualifiées».
Deux ministres du gouvernement Raffarin II, Luc Ferry (Education nationale) et Jean-Jacques Aillagon (Culture) reçoivent une compensation. L'ancien ministre philosophe obtient ainsi son deuxième fromage. En juillet, il avait été nommé pour cinq ans à la tête d'une nouvelle instance, le Conseil d'analyse de la société.
Le mari de l'ancienne ministre Noëlle Lenoir, Philippe Valletoux (dirigeant de Dexia crédit local) hérite aussi d'un siège.

Jacques Chirac et Jean-Pierre Raffarin n'ont pas non plus oublié ceux qui ont échoué aux dernières élections régionales.
Lucette Michaux-Chevry, présidente sortante de la Guadeloupe (mise en examen dans des affaires de corruption) et Elisabeth Morin, la protégée du Premier ministre (Poitou-Charentes) entrent également au CES. Les Poitevins sont à l'honneur avec l'arrivée de Claude Roulleau, du CES de Poitou-Charentes.
D'autres amis UMP ont aussi été récompensés comme l'ex-député européen RPR et navigateur Gérard d'Aboville, Jean Baggioni, président de l'exécutif sortant en Corse qui ne s'était pas représenté, la conseillère UMP de Paris Laurence Douvin, ou le sénateur UMP de Paris Bernard Plasait, deux libéraux proches de Raffarin.

Jacques Chirac, a eu un geste pour son ancienne collaboratrice à la mairie de Paris Anne Cuillé, ainsi que pour l'ancien préfet de police de Paris, Philippe Massoni, son conseiller pour la sécurité.
Raffarin, lui, a pensé à André Daguin, président de l'Union des métiers et des industries de l'hôtellerie, avec lequel il a négocié les aides aux restaurateurs.
A gauche, l'Elysée et Matignon n'ont trouvé qu'un minimum de «personnalités qualifiées» : Gérard Le Gall, ancien conseiller de Lionel Jospin, Fodé Sylla, ancien président de SOS Racisme, le syndicaliste CGT Alain Obadia et Marie-Madeleine Dieulangard, ancienne sénatrice PS de Loire-Atlantique.

Au palais d'Iéna, siège parisien du CES, ce gros arrivage d'amis du pouvoir est accueilli avec philosophie : «c'est toujours pareil, on nous envoie des battus» constate, résignée, une salariée du CES. «Mais il y en a qui travaillent, on a parfois de bonnes surprises», assure-t-elle, citant Claude Evin et Charles Fiterman, deux ex-ministres des années Mitterrand.
«J'ai tenu à montrer que je n'étais pas là pour la sinécure», confirme Fiterman, auteur de quatre rapports. Il n'a appris qu'hier qu'il était écarté. Pour les conseillers désignés par les syndicats, ce CES «bleu horizon» remet gravement en cause les équilibres passés. A la fin du mois, les élections des présidents de sections risquent selon eux de donner lieu à des affrontements incongrus dans une assemblée qui a vocation à rechercher le consensus..
Parmi les amis du pouvoir, un représentant de la CGT notait hier la présence de plusieurs «faux nez du patronat». Manière, selon lui, de donner satisfaction à Ernest-Antoine Seillière qui juge le Medef sous-représenté au CES.

François Hollande, s'est étonné hier de ne trouver que deux socialistes parmi les personnalités qualifiées : «Pour être qualifié au CES, il faut être membre de l'UMP ou ami de Jacques Chirac, c'est la récompense des membres du clan qui ont pu connaître des difficultés dans leur vie publique.»
Par Alain AUFFRAY et Vanessa SCHNEIDER, jeudi 02 septembre 2004 (Liberation - 06:00)

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