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Dieudonné se dit victime d'une manipulation
CE N'EST PAS demain la veille que Dieudonné et Marc-Olivier Fogiel partiront en vacances ensemble. Lundi 29 décembre (2003), l'humoriste a déposé plainte contre X pour injures publiques et incitation à la haine raciale devant les gendarmes de la brigade de recherches de Boulogne (Hauts-de-Seine). Durant l'émission « On ne peut pas plaire à tout le monde » du 6 décembre sur France 3, des SMS attribués à des téléspectateurs avaient été diffusés en bandeau.
Certains de ces messages faisaient référence au fameux sketch du 1 e r décembre où, sur le même plateau, Dieudonné avait disserté sur « l'axe américano-sioniste » déguisé en juif orthodoxe. Parmi ces SMS, on pouvait notamment lire : « Dieudo, ton cas relève de la psychiatrie », « T'es pas antisémite, t'es juste con », « Dieudo-Le Pen, même combat ? » ou « A force de fantasmer sur les complots, tu vas finir tout seul dans ta cave ». Plus grave encore, un message posait la question suivante : « Ça te ferait rire si on faisait des sketchs sur les odeurs des Blacks ? »
L'affaire est prise au sérieux Outre la nature même des textes, Dieudonné soupçonne la société productrice Paf Prod, dirigée par Marc-Olivier Fogiel, d'avoir elle-même rédigé certains de ces messages. « Nous avons des éléments laissant présumer qu'il puisse s'agir de SMS fictifs », assurait hier M e François Roux, l'avocat de l'humoriste qui, pour sa part, jure « ne jamais avoir dit Heil Israël » dans son sketch, comme cela lui a été reproché. L'affaire est prise au sérieux, puisque le parquet de Nanterre a diligenté depuis une enquête préliminaire et ordonné aux gendarmes de procéder à diverses vérifications. Plusieurs salariés de Paf Prod ont déjà été entendus comme témoins. L'un d'eux aurait même fait des demi-aveux sur procès-verbal, hier matin, rejetant la responsabilité du problème sur la rédaction en chef de l'émission. « Certains des SMS diffusés ont été réécrits et/ou condensés, nous déclarait hier soir Marc-Olivier Fogiel. Et je tiens les quelque 20 000 messages que nous avons reçus sur Dieudonné à la disposition de la justice. Beaucoup étaient bien plus orduriers que ceux que nous avons passés. Je trouve pathétique qu'il veuille se faire de la pub sur ces SMS. » Quoi qu'il en soit, l'affaire Dieudonné n'a pas fini d'occuper la justice. Le 10 décembre, à la suite du sketch controversé de l'humoriste, le procureur de la République de Paris Yves Bot avait confié une enquête préliminaire pour incitation à la haine raciale à la PJ parisienne. Les résultats de l'enquête ne seront connus que dans quelques semaines, mais l'initiative du magistrat a déjà reçu l'aval de son supérieur, le procureur général Jean-Louis Nadal, ainsi que du ministère de la Justice.
L'affaire opposant Dieudonné (à gauche) à Marc-Olivier Fogiel a connu un nouveau rebondissement avec la plainte déposée contre X par l'humoriste après la diffusion de SMS offensants en bandeau lors de l'émission « On ne peut pas plaire à tout le monde » (AFP/STEPHANE DE SAKUTIN ET FRANCE 3/SYLVAIN LEGRAND.)
François Vignolle et Stéphane Bouchet, Le Parisien, mardi 06 janvier 2004, p. 14
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Romano Prodi taxé d'antisémitisme
Indigné, il suspend la préparation d'un séminaire coorganisé par le Congrès juif mondial et Bruxelles.
Romano Prodi n'a pas supporté de se faire taxer d'antisémitisme par les dirigeants des Congrès juifs mondial (CJM) et européen, respectivement le célèbre homme d'affaires américain Edgar Bronfman et l'Italien Cobi Benatoff. «A la fois surpris et choqué», le président de la Commission européenne a annoncé hier qu'il «suspendait» la préparation d'un séminaire sur l'antisémitisme coorganisé par le Congrès juif et l'exécutif européen, prévu le mois prochain, en estimant que les «conditions» du dialogue n'étaient plus remplies.
En jouant la crise, Romano Prodi a voulu placer Bronfman et Benatoff devant leurs responsabilités. Lundi, les deux hommes ont publié une tribune dans le Financial Times, le quotidien britannique des affaires, dans laquelle ils jugent la Commission «coupable» d'antisémitisme, à la fois «par action et par inaction». La charge, d'une rare violence, est motivée par la publication, en novembre dernier, d'un sondage commandé par Eurostat, l'office statistique de l'UE, d'où il ressortait que les citoyens européens considéraient Israël cité dans la question avec neuf autres pays comme «le plus grand danger pour la paix dans le monde». L'affaire s'est aggravée lorsque le CJM a révélé que l'Observatoire européen sur le racisme et la xénophobie avait retoqué une étude montrant une augmentation des actes antisémites en Europe et l'implication des minorités musulmanes dans cette recrudescence. Pour l'Observatoire basé à Vienne, l'échantillon retenu par les chercheurs était trop restreint. Pour le CJM, c'était un acte de «censure» de la Commission.
«Les faits sont têtus et les ignorer est très périlleux», écrivaient lundi Bronfman et Benatoff. «Dans le cas présent, ceux qui sont le plus menacés ne sont pas les obstructionnistes qui ont retenu l'étude pendant presque un an mais les juifs d'Europe, témoins et victimes des actes les plus barbares de massacre et de cruauté jamais perpétrés de mémoire d'homme». Le sondage et l'étude montrent, pour les dirigeants du Congrès juif mondial, que «la politique d'Israël à l'égard des Palestiniens fournit une excuse pour critiquer les juifs d'une façon générale» en Europe. «Pour l'Union européenne, cacher ces faits empeste la malhonnêteté intellectuelle et la trahison morale.» Romano Prodi a d'autant plus mal pris ces attaques qu'il pensait avoir désamorcé le malentendu : à New York, où il se trouvait au moment de la publication du sondage contesté, il avait proposé au CJM l'organisation d'un séminaire commun afin de «débattre du problème de l'antisémitisme dans la perspective plus large du rôle des communautés juives» en Europe. Ricardo Levi, proche conseiller de Romano Prodi, ne cache pas sa surprise : «Cette tribune est publiée à l'issue d'une période de dialogue intense. Je n'arrive pas à comprendre l'enjeu de cette affaire.»
Cet incident participe du procès en antisémitisme qui est fait à l'Union depuis le début de la seconde intifada. Jacques Chirac en a lui-même été victime, en octobre dernier : un journal israélien avait alors accusé le président de la République d'antisémitisme au prétexte faux qu'il se serait opposé à ce que le Conseil européen condamne les propos, réellement antisémites, du Premier ministre malaisien. Pris par surprise, Jacques Chirac avait eu quelques difficultés à se sortir de ce guêpier : il avait fallu que le gouvernement israélien vole finalement à son secours pour que l'affaire en reste là. Cette fois, c'est le président de l'Union des communautés juives d'Italie, Amos Luzzatto, qui s'y colle. Dans une déclaration publiée hier, il fait part de sa «consternation» et «prend ses distances à l'égard du CJM» : «Cette polémique n'aidera pas à combattre le risque d'antisémitisme.»
Libération, Par Jean QUATREMER, mercredi 07 janvier 2004, p. 11
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(24 janvier 2004) Nicolas Sarkozy plaide l'apaisement au congrès de la Licra
PARIS - Nicolas Sarkozy a plaidé avec force samedi soir pour l'apaisement du débat sur la laïcité, le racisme et l'antisémitisme, qui tend à emprunter en France le chemin d'un communautarisme exacerbé.
Le ministre de l'Intérieur, qui était l'invité d'honneur d'un dîner organisé par la Ligue internationale contre le racisme et l'antisémitisme (Licra) à l'occasion de son 44e Congrès national, s'est efforcé de rassurer la communauté juive sur l'engagement de l'Etat à lutter contre l'antisémitisme.
"Il n'y a aucune agression, insulte, menace antisémite qui ne sera combattue avec la dernière énergie", a-t-il lancé.
Les auteurs d'actes d'antisémitisme et de racisme "sont des voyous qui doivent être traités comme tels", a ajouté Nicolas Sarkozy.
Le ministre, qui parlait sans notes, n'a toutefois pas hésité à répliquer vivement au président de la Licra, Patrick Gaubert, qui avait auparavant dressé un tableau extrêmement sombre de l'antisémitisme en France.
"Je ne suis pas là pour minimiser, mais je ne suis pas là non plus pour laisser entendre que tous les Français sont des antisémites ou des racistes, parce que c'est faux", a-t-il dit.
Patrick Gaubert avait auparavant dénoncé un débat sur la laïcité qui "dégénère" et "préoccupe tous les Français" - allusion aux discussions actuelles autour du projet de loi interdisant les signes religieux à l'école.
Il a également dénoncé "les ligues ou partis religieux qui alimentent un antisémitisme violent, décomplexé dans la société française" et fait appel, à l'appui de sa démonstration, à des témoignages de victimes d'actes antisémites - le père d'un élève de collège parisien ou des jeunes victimes d'actes antisémites interrogés dans le cadre d'un film projeté au milieu de son discours.
"Beaucoup se sont posés la question et se demandent encore s'ils ne doivent pas, une fois de plus, faire leurs valises", a lancé le président de la Licra.
"Il faut que le débat s'apaise", a répliqué Nicolas Sarkozy. "Il ne faut pas attiser les peurs, il faut combattre les peurs, il faut faire confiance, il ne faut pas attiser les réactions des uns et des autres."
Le ministre a estimé que ce qu'il fallait combattre, c'était "les extrémistes."
"C'est la raison pour laquelle un dialogue entre les différentes grandes religions de France est plus que jamais nécessaire", a-t-il souligné.
libération.fr, 25 janvier 09:45:57
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Raffarin rassure les juifs de France
Lors du dîner annuel du Crif, samedi, il a promis de lutter contre l'antisémitisme, propagé notamment par certaines chaînes satellitaires.
«N'ayez pas peur.»
Samedi soir, Jean-Pierre Raffarin a conclu son intervention lors du dîner annuel du Conseil représentatif des institutions juives de France (Crif) par cette injonction. Un peu plus tôt, il avait lancé une première adresse aux juifs, leur déclarant : «Ayez confiance, l'ensemble de notre pays se sent concerné et tout mon gouvernement est mobilisé pour lutter contre cette hydre (l'antisémitisme, ndlr) dont les têtes hideuses sont multiples et se reforment régulièrement.»
«Malaise».
Avant lui, Roger Cukierman, le président du Crif, avait consacré la totalité d'un discours très alarmiste au «malaise» des «citoyens juifs de ce pays». «Une rencontre dans la rue, dans les transports en commun, un regard, et ce sont des insultes, des violences, des brutalités. Et que dire des synagogues et des écoles devenues des lieux à haut risque ?», a-t-il déclaré. Responsables «en très grande partie» : «Des jeunes issus de l'immigration.» Incident qui va apporter de l'eau à son moulin, samedi soir, la chanteuse Shirel, qui donnait à Mâcon un concert organisé dans le cadre de l'opération «Pièces jaunes» en présence de 5 000 personnes, dont Bernadette Chirac et David Douillet, a été prise à partie aux cris de «sale juive, mort aux juifs» par une trentaine de jeunes Maghrébins installés aux premiers rangs. Pour le président du Crif, «le vieil antisémitisme de l'extrême droite n'a évidemment pas disparu. Mais il n'est plus seul». A ses yeux, cette nouvelle haine du juif présente toutefois un danger spécifique. Derrière elle se cache en effet une nébuleuse islamiste mondialisée. Des organisations et Etats mêlant dans un même discours la haine d'Israël et la dénonciation d'un complot juif planétaire : Hamas (mouvement islamiste radical palestinien), Hezbollah (mouvement intégriste chiite libanais), Syrie, Iran, Malaisie auraient ainsi déclenché une «croisade fanatique» contre les juifs.
Relais.
En France, cette nébuleuse dispose, selon le Crif, de relais qui adhèrent plus ou moins à ses thèses. D'abord, «cet élégant prêcheur islamiste qui dresse des listes d'intellectuels juifs» allusion à Tariq Ramadan , ensuite des «révolutionnaires trotskistes et athées». Dernier avatar de ce mariage de la carpe et du lapin, le Forum social européen (FSE), qui s'est tenu en novembre à Paris. S'y sont côtoyés des associations musulmanes plus ou moins fondamentalistes et des sympathisants et responsables politiques d'extrême gauche, unis dans la dénonciation du sionisme et de la politique d'Israël.
Pour fanatiser les jeunes issus de l'immigration, les ennemis des juifs disposent désormais d'une arme de poids : les ondes. «Par le relais des satellites, des feuilletons égyptiens et syriens reproduisent le mensonge antisémite des Protocoles des sages de Sion, inventés au XIXe siècle, accuse Roger Cukierman. La chaîne Al-Manar, qui appartient au Hezbollah, [a diffusé un film dans lequel on voit] des acteurs déguisés en juifs égorger un enfant réputé non juif et recueillir dans une soucoupe le sang supposé destiné au pain azyme.»
Condamnations.
Dans sa réponse, Jean-Pierre Raffarin s'est voulu rassurant. Rappelant la baisse des agressions antijuives «qui ont baissé de plus d'un tiers [en 2003] par rapport à 2002». Enumérant un certain nombre d'arrestations et de condamnations d'auteurs de tels actes deux points dont Roger Cukierman n'a pas dit mot. Soulignant l'engagement de son gouvernement dans la lutte contre l'antisémitisme. Annonçant le lancement d'un plan de sécurisation des établissements de la communauté juive pour un montant de 15 millions d'euros sur trois ans cofinancés par l'Etat et les collectivités locales.
A propos des nouvelles voies, dont le satellite, qu'emprunte l'antisémitisme, le Premier ministre a promis des amendements au projet de loi sur les communications électroniques. Le Conseil supérieur de l'audiovisuel (CSA) devrait pouvoir ainsi «intenter une action devant le juge des référés administratifs pour faire cesser la diffusion» de toute chaîne dont «les programmes porteraient atteinte aux grands principes», au nombre desquels «figure à l'évidence l'antisémitisme» (lire ci-contre). Interrogé hier sur France Inter, Roger Cukierman s'est dit «très heureux» de cette annonce.
Oecuménique.
Pour écouter son discours, le président du Crif avait un parterre de choix. Dix-sept ministres, dont tous les poids lourds du gouvernement, de Jean-Pierre Raffarin à Nicolas Sarkozy en passant par Dominique Perben et François Fillon. Dans cette assemblée, un aréopage de catholiques, protestants, orthodoxes, mais un seul musulman, Dalil Boubakeur, le président du Conseil français du culte musulman.
Libération, Par Catherine COROLLER, lundi 02 février 2004, p. 8
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(La Passion du Christ de Mel Gibson) Dopé par les accusations d'antisémitisme
Le débat médiatique et le soutien des organisations chrétiennes intégristes ont assuré le succès du film.
«Qui a tué Jésus ?» s'interroge l'Amérique. Deux mille ans après, la crucifixion fait encore la une. Dans une déferlante médiatique hallucinante, la Passion du Christ, film dont aucun distributeur ne voulait, est depuis hier projeté sur plus de 4 000 écrans (plus de copies que le Seigneur des Anneaux). On prévoit des recettes de 30 millions de dollars dès ce week-end, contre un investissement de 25 millions de Gibson pour produire une oeuvre qu'il dit avoir été «inspirée par le Saint-Esprit.»
Les réseaux catholiques et protestants évangéliques ont réservé les places, comme cette Californienne débarquée dans un ciné d'Orange County avec 11 000 dollars pour acheter tous les billets disponibles.
Marketing gratuit.
«Qui a tué Jésus ?» Et quelle est la responsabilité des juifs dans la crucifixion ? Le débat polarise les Etats-Unis. La polémique est encore plus grande que celle suscitée par le sein dénudé de Janet Jackson au Super Bowl. C'est une star de Hollywood qui apporte la réponse aujourd'hui : Mel Gibson, jadis élu «l'homme le plus sexy» par People Magazine, ex-alcoolique dépressif retourné à la foi de son père Hutton Gibson, un traditionaliste intégriste. Comme lui, il récuse le concile Vatican II, en tient pour la messe en latin. Il a d'ailleurs tourné son film en araméen et en latin, hésitant même avant de le sous-titrer.
C'est la rumeur d'un brûlot antisémite qui a précipité l'intérêt autour d'un film qui, jusque-là, ne semblait guère différent des précédents hollywoodiens, tels que la Plus Grande Histoire jamais contée, de George Stevens.
Une version du script de la Passion selon Gibson étant tombée entre les mains d'organisations juives et chrétiennes libérales, celles-ci se sont inquiétées d'une version de l'Histoire reportant sur les juifs la responsabilité du «déicide». L'accusation fut prétexte pendant des siècles aux persécutions contre les juifs. Elle n'a été effacée du catéchisme que par Vatican II. Abraham Foxman, de la Ligue contre la Diffamation, s'étant faufilé dans une projection privée de la Passion en Floride, devait suggérer que «le cinéaste évite les images et mots pouvant encourager à la haine contre les juifs».
Mel Gibson y a aussitôt vu un complot contre lui. Se posant en victime, il a refusé de montrer son film à la presse ou aux organisations juives, préférant solliciter les réseaux chrétiens fondamentalistes. Un marketing réussi, gratuit (la promotion d'un film coûte 50 millions de dollars), sans publicité mais relayé tous les jours dans la presse et à la télévision par la polémique sur l'antisémitisme. Au point que les responsables juifs regrettent aujourd'hui d'avoir lancé le film de la sorte.
Paranoïa.
Déchaîné, comme dans Playboy où, en 1995, il dénonçait pêle-mêle les féministes, le darwinisme et les homosexuels, Gibson a même menacé de mort un éditorialiste du New York Times qui avait osé le critiquer. «Les juifs vont venir me chercher pour me tuer», affirme-t-il. Puis, changeant de ton, il a écrit le 30 janvier à Abraham Foxman que «le chemin le plus vrai, le seul, est celui du respect et de l'amour réciproque en dépit des différences».
«Je ne suis pas antisémite, déclare-t-il sur ABC, l'air illuminé. Etre antisémite est un péché... C'est être antichrétien.» A la question «Qui a tué Jésus ?» il répond : «L'humanité entière. Il a été torturé pour nos fautes et par sa souffrance nous sommes guéris !»
On le voit s'énerver quand on rappelle les positions de son père, négationniste, qui, la semaine dernière à la radio, répétait que «l'Holocauste a été exagéré» et que «les juifs veulent dominer le monde». Gibson Jr. refuse de parler de son papa («Je l'aime»), mais, dans une interview à paraître (dans le Reader's Digest), il déclare : «La Seconde Guerre mondiale a tué des dizaines de millions de gens. Certains étaient des juifs, dans les camps de concentration.»
A la veille de la sortie du film, les médias ont débattu de «la vérité historique» de la crucifixion. La Passion est-elle conforme à la réalité ? se sont demandé prêtres, pasteurs et rabbins à longueur de talk-shows. Quel a été le rôle des juifs qui, dans le film, apparaissent comme les méchants ? Ont-ils voulu la mort de Jésus ? Gibson s'est appuyé sur les Evangiles, mais aussi sur les visions de la stigmatique allemande Anne Catherine Emmerich (1774-1824), qui perpétuait la rumeur accusant les juifs de voler le sang d'enfants chrétiens pour en faire leur pain azyme...
Violence gratuite.
La Passion sortie sur les écrans, on s'est rappelé qu'il s'agit d'un film et on a rebondi enfin sur l'aspect cinématographique. Les critiques semblent aussi divisés que les historiens et croyants. Cette fois, non sur les faits mais sur la forme, très gore. Certains critiques sont sortis malades des projections, dénonçant la violence gratuite des images de torture. «C'est l'un des films les plus cruels de l'histoire du cinéma..., écrit le New Yorker. Un voyage démentiel dans la mort.» Dans la tradition actuelle du cinéma à la Quentin Tarantino, analyse le New York Times : «Gibson flatte l'avidité collective pour l'horreur au nom de ce que lui et ses alliés perçoivent comme une fin édifiante.» Mais, pour le critique Michael Medved, la violence montrée est parfaitement justifiée. Le film «ne serait pas aussi bon dans une version édulcorée». Sur CNN, un journaliste bouleversé confie : «Ces images vous marquent pour longtemps, pour toujours peut-être.» Le président Bush, annonce-t-on, va se faire projeter le film à la Maison Blanche. Les premiers spectateurs sortent éplorés des salles de cinéma. Et, pour la première fois, les fondamentalistes qui mènent une campagne virulente contre le cinéma américain semblent réconciliés avec la violence de Hollywood...
Libération,
Par Annette LEVY-WILLARD,
vendredi 27 février 2004, p. 2-3
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Machine à convertir pour évangéliques
Le film est une aubaine pour ces protestants très prosélytes en vogue aux Etats-Unis.
Mel Gibson est «catholique traditionaliste». Il appartient à cette chapelle qui rejette les réformes de Vatican II. Mais la machine religieuse qui pousse son film n'est ni cette secte ni l'Eglise catholique, qui accueille la Passion avec réserve. C'est la kyrielle d'Eglises évangéliques qui, depuis vingt ans, se font entendre de plus en plus bruyamment dans la société et la politique américaines.
Les évangéliques se mobilisent autour du film de Mel Gibson : ils passent des bandes-annonces dans leurs églises, ouvrent des sites web, font des émissions télé. S'il le faut, ils offriront le pop-corn. Car, pour le gourou Billy Graham, «la Passion contient une vie de sermons en un seul film».
«Postmoderne».
Pour les évangéliques, qui se donnent pour mission de convertir le monde, ce film tombe à pic. Contrairement à une idée reçue, les Américains vont en effet de moins en moins à la messe, et ce même après le 11 septembre. Avec du retard par rapport à l'Europe, la société américaine se sécularise. Dans les sondages, 40 % des Américains disent aller à la messe le dimanche, un niveau stable depuis quarante ans. Mais les sondés baratinent. «On a constaté que les gens surestiment leur taux de fréquentation des églises. Probable question d'attachement à son identité», explique Mark Chaves, professeur à l'université de Tucson (Arizona).
Il renvoie à une autre enquête, plus objective, où l'on a demandé aux gens de noter ce qu'ils font réellement chaque jour. Celle-ci montre que 26 % d'Américains seulement vont à l'église chaque dimanche, contre 42 % en 1965.
Mais certaines Eglises se développent, à commencer par les évangéliques (1). Non seulement les fidèles de ces Eglises font plus d'enfants, mais ils se livrent aussi à un prosélytisme agressif. Eloignés du protestantisme libéral (2), les évangéliques professent une lecture normative de la Bible, mettent l'accent sur la rectitude morale et la conversion.
Le «renouveau religieux», en Amérique, désigne de nouvelles pratiques poussées par ce courant évangélique. «Ces pratiques rompent avec le passé : influencées par la culture séculière, elles sont postmodernes», analyse Alan Wolfe, professeur au Boston College. Il donne comme exemple la multiplication des «mégaéglises», plus grandes que des centres commerciaux. On n'y rencontre pas d'orgues, aucune croix n'en orne les bâtiments, mais on peut y trouver un McDonald's ou une salle de gym... «Les mégaéglises fleurissent à une vitesse incroyable, certaines attirent 15 000 ou 20 000 personnes chaque dimanche», constate Wolfe. Leur cible est le non-pratiquant : elles nourrissent le phénomène des born again christians, ces individus qui retrouvent le chemin de la foi à la suite d'une crise personnelle. 20 à 25 % des Américains, dont George W. Bush, se décrivent aujourd'hui comme tels.
Diététique.
La Passion du Christ s'inscrit dans ce contexte. Il s'agit de convertir au moyen d'un choc brutal, le face-à-face avec la torture infligée au Christ. Il s'agit aussi de toucher les 20-30 ans, qui fréquentent moins les églises. Les évangéliques applaudissent donc une démarche qui rejoint la leur. Pour convertir, ils utilisent tous les supports : télévision, Internet, politique, thérapie jusqu'aux livres de diététique, en tête des ventes dans les librairies évangéliques. C'est pourquoi ils ferment les yeux sur le catholicisme de Mel Gibson religion qu'ils honnissent pourtant. Pour répandre leur foi, ils seraient prêts, s'il le fallait, à s'allier avec le diable.
(1) Baptistes, pentecôtistes, Assemblées de Dieu, adventistes... (2) Méthodistes, épiscopaliens, luthériens, presbytériens...
Par Pascal RICHE, vendredi 27 février 2004, p. 3
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(07 mars 2004) Indignation après l'incendie criminel des mosquées
Condamnation unanime de la classe politique après les deux incendies criminels contre des lieux de culte musulmans en Haute-Savoie à Seynod et à Annecy.
Le président Jacques Chirac a évoqué des « actes odieux » tandis que son Premier ministre, Jean-Pierre Raffarin, condamnait ceux qui « veulent propager la haine ».
Le ministre de la Justice, Domnique Perben, a demandé aux magistrats en charge de l'enquête la plus grande fermeté.
Mais les personnalités politiques n'ont pas participé aux manifestations.
C'est sous une pluie fine qu'une centaine de personnes se sont rassemblées hier après-midi (06 mars 2004) devant la mosquée de Seynod dont la salle de prières a été dévastée vendredi matin à l'aube. La porte d'entrée a été forcée à l'aide d'un pied-de-biche et le signe d'un mouvement d'extrême droite peint sur les murs.
Mais pour les enquêteurs de la police judiciaire, toutes les pistes étaient « passées au crible sans exception ».
Kamel Kabtane, le représentant du conseil local du culte musulman de la région Rhône-Alpes, a dénoncé les « propos irresponsables » de certains élus. Allusion sans détours aux affirmations de Bernard Bosson, le député-maire d'Annecy, expliquant l'incendie volontaire de la mosquée par un changement récent de direction à la tête du lieu de culte.
« C'est trouver des causes ailleurs. Quand on veut tuer son chien, on dit qu'il a la gale », a vivement répliqué Kamel Kabtane. Avant d'insister sur l'absence de parlementaires de la région : « Beaucoup de politiques n'ont pas osé venir craignant, peut-être, d'être sanctionnés par leurs électeurs », a lâché cruellement le recteur musulman.
Un représentant de l'Eglise catholique a rejoint la manifestation et le rabbin de Lyon a fait parvenir un message au chef de la communauté musulmane qui a dénoncé « un véritable attentat » concernant l'incendie de Seynod. Un lieu de culte fréquenté essentiellement par des Turcs tandis que la mosquée d'Annecy a des habitués algériens.
Seule la présidente de la région Rhône-Alpes, Anne-Marie Comparini (démocrate-chrétienne-UDF), a fait part de sa « consternation ».
Relayée par le maire socialiste de Paris, Bertrand Delanoë, qui a exprimé son émotion et s'est dit « profondément choqué ».
A l'instar de Marie-George Buffet, la secrétaire nationale du PCF, affirmant sa « solidarité » et sa « sympathie » à la communauté musulmane de Haute-Savoie.
Une délégation a été reçue hier par le préfet de ce département qui a annoncé qu'il se rendrait sur les lieux. Ses interlocuteurs lui ont demandé que les mosquées soient protégées comme le sont les synagogues.
J.-M.D., Le Parisien, dimanche 07 mars 2004, p. 13
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Enfants juifs en danger
Un cri d'alarme contre les incidents antisémites qui se multiplient dans les collèges.
Hélène Ahrweiler,ancien recteur de l'Académie de Paris, Etienne-Emile Baulieu, président de l'Académie des sciences, Georges Charpak,prix Nobel, Claude Cohen-Tannoudji, prix Nobel, Jean Dausset, prix Nobel, et François Jacob, prix Nobel
Dans une classe de sixième d'un «grand» lycée parisien, un élève a été, pendant des mois, insulté, humilié, et brutalisé par deux garçons de son âge, des «camarades», au motif qu'il était juif. La terreur le rendait muet. Son calvaire est, trop longtemps, resté ignoré. Ni ses professeurs, ni le directeur de son établissement, n'ont su le protéger de la haine de ses agresseurs, faute de comprendre ou de reconnaître la nature de son agression.
Dans un collège du XXe arrondissement de Paris, un élève juif, physiquement menacé au nom «de tous les enfants palestiniens tués par sa famille», a dû quitter précipitamment son établissement, sur demande de la responsable de celui-ci, qui ne s'estimait plus en mesure d'assurer sa sécurité.
Dans un collège du nord de Paris, une jeune fille a été jetée à terre et rouée de coups par une vingtaine d'élèves, aux cris de «sale juive».
Faut-il rapporter d'autres agressions dans des collèges de banlieue, dont le nombre suffit à ôter tout caractère anecdotique ?
La portée historique et morale de ces événements récents, qui sont, hélas, symboliques, ne doit pas être atténuée : depuis l'époque de Vichy, nous ne pensions pas qu'en France des enfants juifs puissent être harcelés, de fait interdits d'école et en danger dans l'espace public.
Ni le conflit israélo-palestinien, ni les blocages de l'intégration sociale des jeunes issus de l'immigration, ni la confusion intellectuelle ambiante ne peuvent expliquer cette terrible régression.
Par une vigilance alertée, constante, infaillible, regardons l'antisémitisme bien en face quand il se manifeste. Par une action intransigeante, sanctionnons fermement ses auteurs, et non leurs victimes, qu'il est de notre devoir de protéger.
Gravement inquiets, nous nous adressons solennellement aux enseignants, aux chefs d'établissement, aux surveillants des écoles, collèges et lycées de France : ne laissons pas l'antisémitisme gangrener l'école républicaine.
Nous les appelons :
à se concerter et s'organiser pour dénoncer collectivement et punir publiquement les actes et propos antisémites dont ils seraient les témoins ou les juges, afin que chacun, dans les établissements scolaires et au dehors, mesure leur détermination dans ce combat pour l'égalité civique, dont nous ne doutons pas ;
à ne rien céder dans les enseignements, à quiconque et sous aucun motif, de la mémoire de la Shoah, qui est aussi la mémoire nationale ; mais au contraire à transmettre avec une vigueur redoublée sa douloureuse leçon marquée d'horreur et d'inhumanité à notre jeunesse qui, plus que jamais, doit la connaître pour la faire sienne à son tour ;
à faire respecter chaque élève, quelles que soient ses origines, sa nationalité, sa religion ou ses opinions, au sein de la République française.
Libération, 10 mars 2004, p. 41
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Edgar Morin poursuivi pour "diffamation à caractère racial" après une tribune parue dans "Le Monde"
Avocats sans frontières et France-Israël ont attaqué en justice le sociologue ainsi que les deux autres auteurs. Au cœur de ce procès, la "judiciarisation des opinions" sur le conflit israélo-palestinien. En publiant, le 4 juin 2002, dans Le Monde, une libre opinion consacrée au conflit israélo-palestinien, Edgar Morin a-t-il dérapé et passé les limites du supportable ? C'est le sentiment de deux associations, Avocats sans frontières et France-Israël, qui le poursuivaient, avec les deux autres signataires du texte - le député européen Sami Naïr et l'écrivaine Danièle Sallenave -, devant la 1re chambre civile du tribunal de grande instance de Nanterre (Hauts-de-Seine), mercredi 17 mars. Jean-Marie Colombani était poursuivi comme directeur de la publication du Monde.
Visant trois paragraphes de ce long article titré "Israël-Palestine : le cancer", les deux associations lui reprochent les délits de "diffamation à caractère racial" et "apologie des actes de terrorisme". Dans ces paragraphes, Edgar Morin écrit notamment : "On a peine à imaginer qu'une nation de fugitifs, issue du peuple le plus longtemps persécuté dans l'histoire de l'humanité, ayant subi les pires humiliations et le pire mépris, soit capable de se transformer en deux générations en "peuple dominateur et sûr de lui" et, à l'exception d'une admirable minorité, en peuple méprisant ayant satisfaction à humilier."
Plus loin, le sociologue poursuit : "Les juifs d'Israël, descendants des victimes d'un apartheid nommé ghetto, ghettoïsent les Palestiniens. Les juifs qui furent humiliés, méprisés, persécutés, humilient, méprisent et persécutent les Palestiniens. Les juifs qui furent victimes d'un ordre impitoyable imposent leur ordre impitoyable aux Palestiniens. Les juifs victimes de l'inhumanité montrent une terrible inhumanité. Les juifs, boucs émissaires de tous les maux, "bouc-émissarisent" Arafat et l'Autorité palestinienne, rendus responsables d'attentats qu'on les empêche d'empêcher."
Pour les associations requérantes, ces morceaux choisis montrent à l'évidence qu'Edgar Morin, en visant "toute une nation ou un groupe religieux dans sa quasi-globalité", a commis le délit de diffamation raciale. Diffamation qu'il aggraverait en opérant une généralisation quand il commet un "glissement sémantique" des "juifs d'Israël" aux "juifs" en général.
"ON EST DANS L'AMALGAME"
A l'appui de leur position, Avocats sans frontières et France-Israël ont reçu le soutien d'une enseignante en histoire-géographie, Barbara Lefèvre, et d'un chercheur du CNRS, actuellement cadre à la Cité des sciences et de l'industrie, Jacques Tarnero. La première, sûre d'elle et prompte à donner des leçons, s'est insurgée devant le tribunal contre ce qu'elle qualifie de "globalisation extrêmement inquiétante". "Dans un journal de référence, sous des signatures prestigieuses, on légitime l'idée que quand on parle d'Israël, on parle des juifs", a-t-elle regretté, avant d'évoquer une "dangereuse instrumentalisation de la Shoah". Selon l'enseignante, Edgar Morin, penseur de la complexité, aurait fait une lecture "binaire du conflit israélo-palestinien". "Je suis désolée de voir l'évolution de la pensée d'un homme qui était à mes yeux un esprit brillant", finit-elle par lâcher.
Moins polémique, Jacques Tarnero tient sur le fond le même discours, rappelant que "l'intellectuel doit mesurer le poids des mots qu'il utilise". "Quand j'ai lu ce texte, j'ai été consterné, accablé et furieux, reconnaît-il. On est dans autre chose que la critique du gouvernement israélien. On est dans l'amalgame. Cela revient à dire que les juifs sont devenus nazis. Nous sommes face à une régression intellectuelle qui se situe sur le terrain de l'idéologie alors qu'il s'agit d'un conflit complexe." Le chercheur admet pourtant que les propos reprochés aux trois signataires du texte incriminé ne sont pas à ses yeux "antisémites".
Cité comme témoin par Edgar Morin, Edwy Plenel, directeur de la rédaction du Monde, a regretté la "judiciarisation des opinions"et défendu la publication de ce texte estimant que Le Monde devait être "un lieu de débats où des points de vue contradictoires se répondent". Avec Jean-Jacques Salomon, professeur honoraire au Conservatoire national des arts et métiers, et Théo Klein, ancien président du Conseil représentatif des institutions juives de France, il a considéré que "les auteurs n'ont à aucun moment mordu le trait", les passages poursuivis étant sortis du contexte de l'article alors que, sous la plume d'Edgar Morin, ils sont précédés et suivis de nuances et de précautions reflétant son souci d'une "pensée complexe". "Leur opinion peut se discuter, a-t-il précisé. Mais elle ne relève pas d'une atteinte aux valeurs fondamentales des sociétés démocratiques."
Premier concerné et présent tout au long des huit heures de débats, Edgar Morin (note dt, né Edgar Nahoum, fils de Vidal Nahoum, un juif sépharade de Salonique) n'a pas pris la parole pour défendre son texte. Non pas qu'il n'ait pas souhaité s'exprimer, bien au contraire, mais la procédure devant la juridiction civile privilégie les observations écrites des avocats plutôt que les dépositions orales des mis en cause. Le résultat fut une audience un peu bizarre.
Jugement le 12 mai (2004).
Acacio Pereira, ARTICLE PARU DANS L'EDITION DU 19.03.04, LE MONDE | 18.03.04 | 14h50
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Pourquoi Huchon n'a pas voulu d'Aounit
Selon le président de l'Ile-de-France, l'ex-secrétaire général du Mrap lui aurait reproché d'être «aux mains du lobby juif».
C'est parole contre parole. Mouloud Aounit a-t-il accusé Jean-Paul Huchon d'être «aux mains» ou «sous l'influence du lobby juif» ? Le premier dément «formellement». Le second persiste. La scène se déroule jeudi 1er avril dans le bureau de Huchon, à la région Ile-de-France. Le président PS sortant s'entretient avec le secrétaire général (en congé) du Mrap (Mouvement contre le racisme et pour l'amitié entre les peuples), élu conseiller régional sur la liste conduite par Marie-George Buffet. Les communistes revendiquent quatre vice-présidences : ils proposent quatre noms. Dont Aounit. Opposition socialiste. Pour Huchon, le défenseur des droits de l'homme s'est trop affiché auprès de Tariq Ramadan, le sulfureux intellectuel musulman avec lequel il a débattu lors du Forum social européen, en novembre. Pour Huchon, «M. Aounit a tenu par le passé des propos contestables sur Tariq Ramadan». Le Mrap a ainsi estimé qu'un texte de ce dernier pointant des intellectuels juifs «ne développait pas un point de vue antisémite».
«Inacceptable».
Dans le huis clos du bureau, le ton monte. Huchon confirme sa «fin de non-recevoir», selon Aounit, et lui propose la délégation à l'insertion sociale et professionnelle des jeunes. «Inacceptable», pour le nouvel élu. C'est alors qu'Aounit aurait prononcé son accusation. Président du groupe PS à la région, Jean-Paul Planchou voit Huchon juste après l'altercation: «Il était livide de colère.» L'affaire est rendue publique lundi sur le site pro-israélien proche-orient.info.
«Veto».
Cet épisode illustre le difficile départ de la coalition de gauche au conseil régional d'Ile-de-France. Entre les deux tours, alors que les listes PS et PCF s'accordent pour fusionner, Marie-George Buffet négocie pied à pied. Elle réclame deux têtes de listes départementales en Seine-Saint-Denis et dans le Val-de-Marne, là où elle a fait ses meilleurs scores. Problème, en Seine-Saint-Denis, c'est Mouloud Aounit qui tirait liste Gauche populaire et citoyenne au premier tour. Le PS s'oppose à ce qu'il soit tête de liste au second. La secrétaire nationale du PCF prendra sa place, Aounit étant relégué à une quatrième position éligible. Rebelote, une fois la victoire obtenue. Le PCF maintient son exigence de conserver ses quatre vice-présidences autant que les Verts. Huchon leur en propose trois. Selon un dirigeant socialiste, «il serait impossible de trouver une majorité au conseil pour faire élire» Aounit. Le refus socialiste est aussitôt qualifié de «veto» par le groupe PCF: «Le PS ne voulait pas de Mouloud Aounit.»
Finalement, les communistes obtiennent trois vice-présidents (Francis Parny et Jacques Brunel pour le PCF, et Claire Villiers, cofondatrice du mouvement contre le chômage AC !). Quant à Aounit, il fait son entrée à la commission permanente («l'exécutif»), où les groupes sont représentés à la proportionnelle. Sans vote.
Libération,
Par Pascal VIROT,
mercredi 07 avril 2004, p. 14
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(16 avril 2004) Emotion à Montreuil au lendemain d'un reportage controversé sur France 2
MONTREUIL (Seine-Saint-Denis) (AFP) - Les habitants de Montreuil ont profité d'une visite de François Fillon vendredi pour exprimer leur réprobation au lendemain de la diffusion d'un reportage de France 2 où le cinéaste Elie Chouraqui traitait d'une "haine ordinaire" entre élèves juifs et arabes de cette ville.
Elie Chouraqui
Le ministre de l'Education nationale s'était en effet ému de la polémique qui s'est instaurée dans la grande ville de Seine-Saint-Denis, avant même la diffusion de ce reportage mettant en scène des lycéens de l'ORT, un établissement juif, et ceux du collège public Paul-Eluard tout proche.
M. Fillon, "choqué" par ce reportage qui selon lui "ne montre qu'un aspect des choses", a donc décidé de venir sur place.
"Les enseignants, qui font un travail très difficile, doivent être soutenus. A chaque fois qu'ils seront mis en cause, comme c'est le cas d'une certaine manière dans ce reportage, j'irai à leur côté pour les soutenir", avait-il dit sur Europe 1 avant de partir pour Montreuil.
Il était attendu, devant le collège, par le maire, Jean-Pierre Brard (app. PCF)
, qui fut le premier Montreuillois à s'exprimer, avec virulence, vendredi matin.
"Ce reportage est une manipulation. Tout a été scénarisé. On a fait dire aux enfants un texte déjà préparé. Moi qui fut instit, j'en suis profondément choqué", a déclaré M. Brard à la presse.
"Chouraqui a tout basé sur le mensonge, il dit chercher la vérité. Mais ça commence très mal, il dit être né et avoir vécu à Montreuil, il est né et il a vécu à Paris, il n'a jamais vécu à Montreuil", a-t-il ajouté.
Le ministre est arrivé. Minute de silence devant la plaque apposée au mur du groupe scolaire: "A la mémoire de Denise Buisson, élève de cette école, victime de la barbarie nazie, morte à onze ans à Oradour-sur-Glane le 10 juin 1944". Départ à pied vers le lycée ORT puis à la mairie où le ministre a fait une déclaration publique.
Pendant le trajet, parents et enseignants sont venus dire leur émotion. "M. Chouraqui a filmé pendant deux heures dans une classe en posant des questions très orientées", a raconté une enseignante du collège. "A la fin, comme les élèves n'avaient pas de propos particulièrement virulents, il était très énervé, il leur a dit d'arrêter de faire de la langue de bois, en disant: +je ne vais pas repartir sans rien quand même...+", a-t-elle ajouté.
Devant le lycée ORT, un habitant anonyme s'est précipité: "je veux vous dire que tout le monde dans le quartier est scandalisé par le film. On y vit très bien dans ce quartier", a-t-il lancé.
MM. Fillon et Brard étaient accompagnés par Esther Douieb, la directrice de l'ORT. Elle aussi s'est rebiffée et elle a tenu à parler "en mon nom et en celui de Béatrice Leca, la principale du collège, en vacances en Sicile mais que je représente".
"Depuis plusieurs années, nous travaillons ensemble, un travail de fond sur la tolérance. Je crains qu'en quelques minutes d'émission, M. Chouraqui ait tout anéanti. Il n'a pas réfléchi, ou alors ce n'est pas son problème, sur l'impact que son reportage assez partiel sinon partial pourra avoir sur les enfants", a-t-elle souligné.
La veille, sur le plateau de l'émission "Envoyé spécial" après diffusion du film, le cinéaste avait défendu sa position. "Le but de ce travail est d'alerter les autorités. Ce type de reportage doit avoir une action civique", avait-il dit, ajoutant: "On a voulu faire le contraire de déclencher la polémique et la haine et montrer que certains enfants sont parfois manipulés et qu'il est encore temps de réagir".
yahoo.fr, actualités, vendredi 16 avril 2004, 14h44
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(Avril 2004) L'OSCE déterminée face à l'antisémitisme
Les participants d'une conférence de l'Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe ont lancé mercredi (28 avril 2004) à Berlin un vibrant appel au monde politique et à la société civile pour faire rempart contre l'antisémitisme (judéophobie).
"Si Auschwitz n'a pas tué l'antisémitisme, qu'est-ce qui le fera ?", s'est interrogé mercredi le prix Nobel de la paix Elie Wiesel.
Ce survivant des camps d'extermination nazis participait mercredi à Berlin, avec 500 autres personnes, à une conférence de l'Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE) consacrée à la recrudescence de l'antisémitisme en Europe.
"Quand on entend que 'les juifs font aux Palestiniens ce que les nazis leur ont fait', cela signifie simplement que l'antisémitisme est clairement de retour", a-t-il estimé.
"Aujourd'hui, la cohabitation des ethnies et religions en Europe est menacée", a affirmé le président du Conseil central des juifs en Allemagne, Paul Spiegel, évoquant "l'humiliation" pour les juifs d'être "à nouveau menacés, soixante ans après la Shoah".
Sans démentir la dégradation de la situation des juifs en France, l'ancienne ministre française Simone Veil a néanmoins estimé qu'"il serait grave, injuste et d'une certaine manière malhonnête d'exagérer la peur ressentie par les juifs". "Ne faisons pas l'outrage aux victimes [de la Shoah] de comparer ce qu'elles ont vécu avec ce qui arrive aujourd'hui", a appelé l'ancienne déportée.
Le conflit israélo-palestinien
L'ensemble des représentants des 55 pays que compte l'OSCE ont fait le même constat amer d'une montée de l'antisémitisme dans leur zone, sans insister sur ses causes, dont la principale serait l'aggravation du conflit israélo-palestinien, selon plusieurs études.
Pour Mme Veil, le lien ne fait pas de doutes : la flambée d'incidents antijuifs en France date du début de la deuxième Intifada. Paul Spiegel a mis en garde contre la tendance à rendre les communautés musulmanes responsables de cette vague.
Nombre de représentants des communautés juives européennes ont attiré l'attention sur les dérives auxquelles mènerait une systématisation de la critique d'Israël.
Mais, taxer d'antisémite toute déclaration critique contre l'Etat hébreu peut en revanche être contre-productif, a relevé Brian Cowen, ministre des Affaires étrangères de l'Irlande.
Les participants espèrent pouvoir s'accorder sur des mesures. Parmi les moyens proposés: renforcer les outils législatifs en vue d'une "tolérance zéro à l'égard de l'intolérance", instaurer un suivi statistique des incidents antisémites et insister dans les écoles sur l'Holocauste, dont l'enseignement est moins évident qu'il y a dix ans, selon les observateurs.
Le secrétaire d'Etat français aux Affaires étrangères, Renaud Muselier, a mis l'accent sur la nécessité de surveiller la propagation de textes antisémites sur Internet.
tf1.fr, news, Mis en ligne le 28 avril 2004
Le président allemand Johannes Rau accueille
son homologue israélien Moshe Katsav lors du sommet de l'OSCE
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jeudi 29 avril 2004 : L'OSCE adopte "une déclaration de Berlin" sur l'antisémitisme
Les 55 pays membres de l'Organisation pour la coopération et la sécurité en Europe (OSCE) ont adopté jeudi (29 avril 2004) une "déclaration de Berlin" en clôture d'une conférence sur l'antisémitisme dont le deuxième jour était consacré à la propagation préoccupante de la haine via l'internet et les médias.
La conférence s'est close sur un geste hautement symbolique: le président de l'OSCE, le Bulgare Solomon Passi, a remis l'étoile jaune portée par son grand-père sous le nazisme au ministre allemand des Affaires étrangères Joschka Fischer.
Dans un moment d'intense émotion, M. Passi a ouvert une boîte noire contenant le signe discriminatoire imposé aux juifs par les nazis et remercié M. Fischer pour sa "contribution au dialogue germano-juif". "Je la préserverai", a répondu le ministre, profondément touché.
A l'issue de deux jours d'une conférence réunissant plus de 500 participants, dont le secrétaire d'Etat américain Colin Powell, les membres de l'OSCE ont approuvé une "déclaration de Berlin" les engageant à un suivi statistique des crimes antisémites et à leur publication.
D'autres mesures énoncées visent à renforcer le dispositif législatif contre les violences physiques et verbales, et à adapter les programmes d'éducation aux défis de l'antisémitisme.
Ce document se fait l'écho de l'inquiétude exprimée par l'ensemble des participants concernant la montée de l'antisémitisme dans leur zone depuis quelques années.
Mais "cette déclaration n'est pas suffisante, sa mise en oeuvre est maintenant cruciale", a souligné M. Fischer. "Tant que les jardins d'enfants juifs doivent être protégés, tant que les gens ne peuvent porter une kippa dans la rue, notre travail n'est pas fait", a-t-il martelé.
Cette tâche, les gouvernements ne peuvent la réaliser qu'avec la collaboration de la société civile, ont souligné les participants.
Les médias par exemple. "La télévision a un rôle crucial dans les relations entre les races", a jugé le chef de la délégation américaine Ed Koch. "Il est terriblement important que vous fassiez en sorte de ne pas susciter des comportements stéréotypés en présentant des clichés", a-t-il dit à l'adresse des journalistes.
L'ambassadeur américain auprès de l'OSCE Stephan Minikes a proposé d'introduire un code d'éthique dans les rédactions pour éviter que la "ligne soit dépassée" entre critique et antisémitisme.
"Malheureusement, dans la plupart des médias européens, la présentation du conflit israélo-palestinien se borne souvent à une critique de la politique d'Ariel Sharon (Premier ministre israélien, ndlr)", a déploré Odd-Bjorn Fure, directeur du Centre norvégien de l'Holocauste.
Généralement, les participants n'ont pas trop insisté sur le lien entre montée de l'antisémitisme et aggravation du conflit israélo-palestinien.
La diffusion de la haine via l'internet était l'autre grand sujet d'inquiétudes soulevé jeudi. Des experts ont rapporté l'augmentation de paroles antisémites et de sites islamistes sur la toile, et les difficultés pour les combattre.
Un renforcement des outils législatifs et technologiques (surveillance et filtrage), une sensibilisation des utilisateurs et une coordination des acteurs politiques, économiques et sociaux sont indispensables.
Une conférence spéciale de l'OSCE sur ce thème est prévue les 16 et 17 juin (2004) à Paris.
Le choix de Berlin, l'ancienne capitale de la honte -- là où le régime nazi décida la mise en oeuvre de l'extermination de tous les juifs d'Europe en 1942 -- a imprégné l'évènement. Cette page sombre fut ravivée par les discours de survivants comme Simone Veil ou Elie Wiesel, qui lança: "Mes amis: les morts, la tragédie, Auschwitz auraient pu être évités".
lexpress.fr,
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Profanation de 127 tombes juives en Alsace, vague d'indignation
HERRLISHEIM, le 30-04-2004 Des inscriptions pro-nazies et antisémites ont été découvertes vendredi matin sur 127 tombes du cimetière israélite de Herrlisheim, près de Colmar (Haut-Rhin), suscitant une vague d'indignation et une réaction immédiate du gouvernement qui a dépêché sur place le ministre de l'Intérieur Dominique de Villepin.
Le président du Consistoire israélite du Haut-Rhin Pierre Dreyfus s'est déclaré "horrifié". "Ceci se produit moins de 60 ans après la libération des camps de la mort. Je suis scandalisé, j'ai honte", a-t-il déclaré à l'AFP.
Des croix gammées et celtiques ont été tracées sur les pierres tombales, selon la gendarmerie. Sur une stèle installée à l'entrée du cimetière et sur laquelle est inscrite une prière en hébreu, a été tracée l'inscription "Juden raus" (Les Juifs dehors).
La stèle était également recouverte d'un drapeau allemand portant l'inscription "Ein Reich, Elsass, Sieg für den Führer" (un empire, l'Alsace, victoire au Führer). Un autre drapeau allemand placé entre deux tombes portait le slogan nazi "ein Volk, ein Reich, ein Führer" (un peuple, un empire, un Führer).
Par ailleurs, les dates des "30 avril 1945", considérée comme celle du suicide d'Adolf Hitler, et "30 avril 2004" ont été tagguées dans le cimetière, selon les gendarmes. De part et d'autre du portail de la nécropole ont été tracés le prénom Adolf et le nom Hitler.
Ces actes, unanimement dénoncés par la classe politique et les responsables de la communauté juive, ont été fermement condamnés par le président Jacques Chirac et le Premier ministre Jean-Pierre Raffarin.
"J'apprends avec horreur les actes très graves de profanation commis ce matin (vendredi) au cimetière juif d'Herrlisheim, dans le Haut-Rhin", a déclaré M. Chirac dans un communiqué dénonçant des "actes abominables et intolérables" qu'il a "solennellement" condamnés.
"Le caractère odieux de ces actes doit susciter une réaction d'indignation collective", a souligné M. Raffarin.
M. de Villepin s'est rendu sur place dans l'après-midi pour y rencontrer le président du Consistoire israélite du Haut-Rhin, Pierre Dreyfus, ainsi que les autorités religieuses israélites locales et le préfet du Haut-Rhin.
Le rabbinat de France s'est félicité de la rapidité des réactions du président de la République et du gouvernement.
Le cimetière commun aux deux villages de Herrlisheim et Hattstatt, datant du 18e siècle, est isolé et situé en plein vignoble.
Les faits ont vraisemblablement été commis dans la nuit de jeudi à vendredi, selon la gendarmerie, et ont été découverts par un employé municipal.
Ils interviennent 48 heures après une vive polémique qui a opposé mercredi à l'Assemblée nationale Nicolas Sarkozy aux députés socialistes quand le ministre des Finances avait accusé le gouvernement de Lionel Jospin d'avoir "fait croire aux Etats-Unis que la France était un pays antisémite".
Au cours des dernières semaines, les incidents et inscriptions à caractère raciste se sont multipliés à Strasbourg et dans ses environs: croix gammées et inscription "mort aux Arabes" sur un magasin d'alimentation tenu par un musulman, mosquées dégradées par des croix gammées et des tags racistes, entreprise de pompes funèbres musulmane profanée.
Cette escalade avait été dénoncée vendredi matin par les représentants des religions catholique, protestante et juive d'Alsace qui avaient exprimé leur "indignation".
wanadoo.fr, actu, 30 avril 2004
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(04 mai 2004) Un lycée de Saint-Cloud ne veut plus d'un nom trop difficile à porter
Baptisé du nom d'un antisémite, il devrait s'appeler Alexandre-Dumas.
Florent Schmitt est un nom qui ne passe pas. Le lycée de Saint-Cloud (Hauts-de-Seine) qui porte le nom de ce compositeur (1870-1958), fidèle à la ville et ami d'Erik Satie, n'en veut plus.
Enseignants et élèves tentent depuis plusieurs années de s'en débarrasser. Sans succès pour l'instant.
En 1995, un article du Monde de la musique révèle le passé de collaborateur de Florent Schmitt. Un professeur d'histoire mène l'enquête. «En 1933, le compositeur a fait le salut nazi lors d'une pièce d'opéra», raconte une élève.
A la même époque, le musicien dénonçait dans Action française «l'invasion des juifs d'Allemagne» et le «monopole d'Israël sur notre vie musicale».
A la suite de ces découvertes, une consultation est organisée au lycée, qui retient le nom d'Henri Matisse. Mais pour nommer un établissement scolaire, l'avis de la municipalité compte. Puis le conseil régional tranche.
Or le maire de Saint-Cloud, Bertrand Cuny, lui préfère celui de «lycée de Saint-Cloud», qui n'enthousiasme personne. D'autant qu'il n'y pas qu'un seul lycée à Saint-Cloud, mais deux. L'affaire s'enlise, jusqu'en avril 2002. Le premier tour de l'élection présidentielle relance la polémique dans cette ville qui accueille par ailleurs le siège du Front national.
Fortement mobilisés, les lycéens font tourner une pétition qui recueille 900 signatures. Et proposent le nom d'Alexandre Dumas, en accord avec le conseil d'administration du lycée. Nouveau blocage, cette fois au conseil régional. Une alliance des élus MNR, FN et de la droite républicaine vote une motion d'irrecevabilité.
L'espoir renaît depuis les élections régionales (de 2004). Le conseil d'Ile-de-France ne compte plus d'élus MNR, et les voix de gauche sont désormais plus nombreuses. Mais les lycéens rament. Le bac approche. La nouvelle pétition qui circule n'a recueilli que 500 signatures.
«Je me sens un peu isolée», confie Bérénice, élève de terminale et membre de l'Unl (syndicat lycéen trotskiste). «Ce lycée n'est pas très politisé. Beaucoup se moquent de son image, moi pas.»
Parmi les réticents, certains estiment qu'il n'est pas bon de remuer le passé. Ou que des faits plus graves ont eu lieu sous l'Occupation. D'autres encore redoutent les conséquences d'un changement de nom pour ce lycée connu pour ses prépas HEC : des candidats pourraient se sentir déboussolés.
Pourtant, au conseil régional, l'affaire semble maintenant entendue : le nom de Florent Schmitt a vécu. Si le maire ne s'y oppose pas, celui d'Alexandre Dumas devrait parvenir à lui succéder.
Libération, Par Marie-Joëlle GROS, mardi 04 mai 2004, p. 19
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(6 mai 2004) Cérémonie à Herrlisheim après la profanation du cimetière juif
HERRLISHEIM-PRES-COLMAR - Près d'un millier de personnes ont participé à une cérémonie oecuménique organisée jeudi à Herrlisheim-près-Colmar (Haut-Rhin), six jours après la profanation du cimetière juif de la localité.
"Les auteurs de cet acte ont insulté la France. Ils ont insulté sa tradition républicaine. Ils ont insulté l'Alsace et sa tradition d'ouverture. Ils ont insulté nos racines culturelles et spirituelles communes. Ils ont insulté la paix des morts", a dit le ministre de l'Education nationale, François Fillon, qui était accompagné de la secrétaire d'Etat aux Droits des victimes, Nicole Guedj.
Après avoir condamné, "au nom du gouvernement de la République", "un acte de haine nihiliste", il a assuré que "ses auteurs seraient poursuivis et condamnés".
Dans la foule, on remarquait la présence de lycéens, d'élus et de délégations d'anciens combattants.
La cérémonie avait lieu dans un champ fraîchement fauché, à l'orée du cimetière où 127 tombes ont été maculées la semaine dernière de croix gammées et de slogans nazis et antisémites.
Les représentants des trois cultes monothéistes ont pris la parole, pour dire qu'à travers de la profanation du cimetière de Herrlisheim, "c'est l'humanité tout entière qui se trouve blessée", pour reprendre les mots du président du directoire de l'Eglise de la confession d'Augsbourg d'Alsace et de Lorraine, Jean-François Collange, qui s'exprimait au nom de la Fédération protestante.
"Nous sommes ici pour dire que l'antisémitisme n'est pas un problème juif, qu'il doit demander à toute la nation de se mobiliser pour juguler ce fléau", a déclaré le grand rabbin de France Joseph Sitruk.
Le cardinal Lustiger, archevêque de Paris, a rappelé que quarante-huit heures après celui de Herrlisheim, c'est un cimetière chrétien d'Alsace, celui de Niederhaslach, dans le Bas-Rhin, qui était profané.
"Ce sont deux religions qui sont visées et il ne faut pas pour autant soupçonner la troisième", a-t-il affirmé.
Des croix gammées ont également été tracées le mois dernier sur deux mosquées alsaciennes qui ont fait l'objet de tentatives d'incendie.
"L'antisémitisme et l'islamphobie vont croissant et le silence devient complice de ces exactions à caractère raciste", a dit pour sa part Dalil Boubakeur, président du Conseil français du culte musulman et recteur de la mosquée de Paris.
Il a fait part de "l'émotion et (du) sentiment d'immense tristesse" des musulmans devant la profanation du cimetière de Herrlisheim.
tf1.fr, news, jeudi 06 mai 2004 18:35
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(16 mai 2004) Une marche contre l'antisémitisme organisée à Paris suscite la polémique
La manifestation a débuté dimanche (16 mai 2004) à 15 heures, place de la République, à Paris. Dans un contexte de surenchère, la division fait rage entre les associations qui estiment que l'antisémitisme est un problème spécifique et celles qui considèrent que le combat doit englober "tous les racismes", dont l'islamophobie. Alors que de nombreux observateurs estiment qu'on assiste en France à un retour de la haine anti-juifs, une marche contre l'antisémitisme a débuté dimanche 16 mai à 15 heures, place de la République, à Paris, avec à sa tête, le député Vert Noël Mamère et Roger Cukierman, tout juste réélu président du CRIF (Conseil représentatif des institutions juives de France).
L'organisateur de cette marche, SOS-Racisme, a reçu le soutien des organisations juives, du CRIF notamment, ainsi que de la Licra, du conseil national du Barreau, de la coordination des Berbères de France, d'associations communautaires, ainsi que de Dalil Boubakeur, recteur de la Mosquée de Paris.
Mais la division entre associations anti-racistes a terni la préparation de cette marche, décidée dans la foulée de plusieurs actes antisémites : inscriptions néo-nazies sur le mémorial des combattants juifs tués à Verdun, dans la Meuse, dégradations dans un cimetière juif en Alsace et sur une synagogue de Valenciennes, dans le Nord.
POLÉMIQUE
Souhaitant une manifestation "spécifique", au mot d'ordre "clair" pour "plus de pédagogie", selon son président, Dominique Sopo, SOS-Racisme a appelé à une marche contre "la banalisation de l'antisémitisme".
L'association, rejointe par la Licra, l'UEJF (étudiants juifs) et le CRIF, a refusé la proposition du MRAP et de la Ligue des droits de l'homme (LDH) d'élargir le mot d'ordre à la lutte contre tous les racismes.
Faute d'accord, mais parce qu'il est difficile de ne pas être présent ce jour-là, tout le monde manifestera, mais les tensions ont du mal à s'apaiser.
Ainsi, le MRAP et la LDH appellent à un rendez-vous à 14 h 30 devant la Bourse du travail, soutenus notamment par les Verts, la Ligue communiste révolutionnaire (LCR), le Parti communiste français, la FCPE (parents d'élèves), l'Union syndicale G10-Solidaires, l'Union juive française pour la paix et des associations communautaires maghrébines. Ils ont prévu une initiative "encore plus forte et plus unitaire" dans les jours prochains, ont-ils annoncé.
Au-delà de la condamnation de ce qu'ils considèrent comme une provocation, Mouloud Aounit (MRAP), et Michel Tubiana (LDH) ont protesté contre "une conception communautaire" de l'antiracisme, dans une lettre commune à SOS-Racisme. Dominique Sopo, président de SOS-Racisme, répond qu'aujourd'hui, "c'est l'antisémitisme qui progresse", et qu'il "faut une réponse claire et spécifique".
"L'antisémitisme est aussi mon combat, répond Mouloud Aounit, mais la profanation d'une tombe juive ou musulmane a pour combustible la même haine de l'autre." Il dénonce "les explications stigmatisantes à l'endroit d'une population, les arabo-musulmans, de la montée de l'antisémitisme", tout en condamnant "ces actes inacceptables commis par des personnes que j'appelle des voyous".
Il plaide pour une reconnaissance parallèle de la montée d'une "islamophobie". "Terme forgé par les intégristes", rétorque Dominique Sopo.
SURENCHÈRE
SOS-Racisme, par l'intermédiaire de l'un de ses responsables, Patrick Klugman, ancien président de l'UEJF et membre du comité directeur du CRIF, a fait savoir jeudi soir qu'il "déplorait une deuxième manifestation" et "regrettait infiniment que le malentendu sur la haine des juifs ne soit pas dissipé au sein de ceux qui sont amenés à la combattre". "Nous pensons qu'une clarification s'impose sur l'antisémitisme", a-t-il ajouté, entre les associations anti-racistes.
Il faut remonter au 7 avril 2002 pour retrouver une manifestation spécifiquement vouée à la lutte contre l'antisémitisme. Organisée par le CRIF, elle avait pour objet également le "soutien au peuple israélien pour la paix et sa sécurité".
Co-organisatrice jeudi d'un colloque encourageant le dialogue entre juifs et musulmans, Esther Benbassa, historienne du judaïsme, "regrette" cette division "alors qu'aujourd'hui l'objectif est de rapprocher, de passer de la dénonciation à quelque chose de plus constructif", "on ne peut séparer les luttes", selon elle.
L'antiracisme est devenu, dit-elle, une "compétition politique, il y a une surenchère dans la victimisation (entre juifs et arabo-musulmans). Si les instances dirigeantes continuent sur cette voie, c'est de l'irresponsabilité."
Plusieurs personnalités politiques ont annoncé leur venue. Le Parti socialiste devrait joindre le cortège en force, représenté par François Hollande, Laurent Fabius, Jack Lang, Martine Aubry et Bertrand Delanoë. François Bayrou (UDF), Corinne Lepage (Cap-21) seront là et l'UMP sera représentée par une de ses porte-parole, Jeannette Bougrab.
Lemonde.fr, LEMONDE.FR | 16.05.04 | 11h17 • MIS A JOUR LE 16.05.04 | 15h31
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(Juin 2004) Adolescent juif poignardé à Epinay-sur-Seine: Jacques Chirac condamne l'agression "avec la plus grande fermeté" Jacques Chirac a condamné vendredi (4 juin 2004) "avec la plus grande fermeté" l'agression dont a été victime un jeune homme (juif) à Epinay-sur-Seine (Seine-Saint-Denis).
"Il exprime sa vive émotion à la famille et forme des voeux de rétablissement rapide pour leur fils", et "les assure de la détermination des pouvoirs publics à voir l'auteur de cet acte criminel, arrêté, jugé et condamné", précise l'Elysée dans un communiqué.
"Le président de la République adresse également un message de solidarité à l'ensemble de la communauté juive de France, touchée une nouvelle fois par une agression à caractère antisémite, indigne de toutes les valeurs de la France", poursuit l'Elysée, en ajoutant que M. Chirac "rappelle que la tolérance est le ciment de notre communauté nationale. Chacun doit s'attacher à défendre et préserver cette valeur fondamentale de la nation".
yahoo.fr, actualités, vendredi 4 juin 2004, 20h37
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Brigitte Bardot condamnée pour des écrits jugés racistes
L'actrice, qui doit verser 5 000 euros d'amende en raison de ses propos sur les immigrés et les musulmans dans un livre paru en 2003, en est à sa troisième condamnation pour ce genre d'accusation.
Brigitte Bardot a été condamnée, jeudi 10 juin (2004), par le tribunal correctionnel de Paris à une amende de 5 000 euros pour des propos incitant à la haine raciale dans son dernier livre, Un cri dans le silence. Pour des passages de cet ouvrage polémique paru en mai 2003 aux éditions du Rocher, Brigitte Bardot était poursuivie par le Mouvement contre le racisme et pour l'amitié entre les peuples (MRAP) et la Ligue des droits de l'homme.
L'ex-icône du cinéma français a également été condamnée à verser 1 euro de dommages et intérêts à chacune des parties civiles, ainsi qu'à la publication d'un communiqué faisant état de cette condamnation dans deux journaux. Déjà condamnée à trois reprises à des amendes pour ce motif, la comédienne de 69 ans, reconvertie dans la défense des animaux, n'était pas présente au tribunal.
La condamnation concerne son livre, où elle pourfend notamment les homosexuels, traités de "phénomènes de foire", les femmes ministres, et dénonce le "scandale de l'aide aux chômeurs".
Etaient poursuivis les passages déplorant "l'islamisation de la France", "l'infiltration souterraine et dangereuse de l'islamisme", "les hordes de jeunes qui terrorisent la population" et les clandestins qui "profanent et prennent d'assaut nos églises pour les transformer en porcheries humaines".
"L'ISLAMISATION DE LA FRANCE"
Ses précédents écrits relatifs à l'islam et à l'abattage rituel des moutons sont à l'origine des trois premières condamnations de Brigitte Bardot à des amendes.
Les Editions du Rocher ont également été condamnées à une amende de 5 000 euros, ainsi qu'au versement solidaire des dommages et intérêts. La représentante du parquet avait requis la condamnation de "BB" mais sans préciser la peine.
Le MRAP visait notamment l'extrait suivant : "On n'a plus le droit d'être scandalisé quand des clandestins ou des gueux profanent et prennent d'assaut nos églises pour les transformer en porcheries humaines, chiant derrière l'autel, pissant contre les colonnes, étalant leurs odeurs nauséabondes sous les voûtes sacrées des chœurs."
Ses propos sur le métissage étaient également poursuivis : "Nous voilà réduits à tirer une fierté politiquement correcte à nous mélanger, à brasser nos gênes, à faire allégeance de nos souches afin de laisser croiser à jamais nos descendances par des prédominances laïques ou religieuses fanatiquement issues de nos antagonismes les plus viscéraux", affirme l'ancienne actrice.
Brigitte Bardot s'attaquait enfin de manière virulente à la fête de l'Aïd-el-Kébir, qu'elle décrivait comme "une boucherie, un désastre, une horreur", et aux musulmans, assimilant islam et terrorisme et affirmant être "contre l'islamisation de la France". "Cette allégeance obligatoire, cette soumission forcée me dégoûtent", écrit-elle.
Le tribunal a considéré que ces propos avaient "manifestement un autre objet que la simple expression d'une opinion portée sur certaines pratiques de l'islam" et que Mme Bardot avait abordé "un débat beaucoup plus large, relatif à l'influence de l'islam en France, immédiatement placé (...) sous le signe de l'irrépressible aversion physique, de la dégoûtation".
Compte tenu des propos tenus, "la présence musulmane sur le sol français ne peut que paraître indésirable au lecteur, inéluctablement conduit, de surcroît, par le récit complaisant et insoutenable de multiples scènes de violences, à rejeter les membres de la communauté musulmane par la haine et la violence", affirme le tribunal dans son jugement.
LEMONDE.FR | 10.06.04 • MIS A JOUR LE 10.06.04 | 15h45
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(Juin 2004) Des responsables communautaires protestent contre un "plan" israélien incitant les juifs français à émigrerLe quotidien israélien "Maariv" a annoncé que "30 000 juifs de France" envisageaient de s'installer en Israël pour fuir l'antisémitisme. Les associations n'apprécient guère de ne pas avoir été informées. Le fait est assez exceptionnel : interrogé sur Europe 1, dimanche 13 juin, le président du Conseil représentatif des institutions juives de France (CRIF), Roger Cukierman, a annoncé qu'il allait protester auprès de l'ambassade d'Israël. Il s'exprimait au sujet d'un article paru dans le quotidien israélien Maariv, annonçant que "30 000 juifs de France, sur un total de 575 000", envisageaient de s'installer en Israël, à la suite de la montée des actes antisémites. Le journal évoquait un "sondage" et un "plan" de l'Agence juive, un organisme paragouvernemental chargé de favoriser l'alyah ("la montée" en hébreu, c'est-à-dire l'émigration vers Israël des juifs de la Diaspora). "J'ai des doutes sur les statistiques mises en œuvre,a déclaré le président du CRIF. Je n'apprécie pas du tout qu'ils passent par-dessus la tête des institutions juives de France. J'ai l'intention de protester auprès de l'ambassadeur d'Israël à Paris."
Le quotidien israélien évoquait, dans son édition du 13 juin, une opération portant le nom de code "Sarcelles d'abord". Selon une traduction du site proche-orient.info, des centaines d'émissaires devraient se déployer à Paris et sur les grandes villes de France afin d'encourager les juifs à "monter", c'est-à-dire à émigrer en Israël : "Tout commencera par Sarcelles : ces émissaires feront du porte-à- porte grâce à des listes de membres de la communauté juive préparées à l'avance." Interrogé par Maariv, l'ancien ministre et élu de Sarcelles Dominique Strauss-Kahn se contente de déclarer qu'il s'agit d'"une décision d'un gouvernement étranger".
DE FORTES RÉTICENCES
Interrogé par Le Monde, le président de l'Union des étudiants juifs de France (UEJF), Yonathan Arfi, exprime de fortes réticences à l'égard du "plan" de l'Agence juive : "De telles déclarations ne vont pas aider la communauté juive de France. L'UEJF répète que l'antisémitisme est une question qui regarde la République française. Des initiatives comme celle de l'Agence juive contribuent à saper la confiance des juifs envers les pouvoirs publics." Roger Benarrosh, vice-président du CRIF, estime que "la politique du gouvernement israélien visant à répondre aux sollicitations individuelles des juifs est compréhensible. Mais ce type d'initiative à caractère collectif - s'il est vérifié -, passant par-dessus la tête des institutions juives et du gouvernement français, est critiquable."
Pour sa part, le président du Conseil des communautés juives de Seine-Saint-Denis, Sammy Ghozlan, n'a pas connaissance d'"émissaires" envoyés par l'Agence juive à Sarcelles ou ailleurs. Il constate un "mal-être" chez les juifs qu'il côtoie : "Mais, insiste-t-il, mon rôle n'est pas d'inciter à l'alyah."
Olivier Rafowicz, directeur du département de l'alyah à l'Agence juive en France, nuance les informations parues dans la presse israélienne : "Le journal Maariv a exagéré : il n'y a absolument pas d'opération commando pour convaincre les juifs d'émigrer en Israël. Il n'y a pas des centaines d'émissaires qui vont débarquer demain dans les banlieues. En revanche, il est vrai qu'il existe, de la part de l'Agence juive, une politique visant à favoriser l'alyah."
Depuis quelques mois, l'antenne française multiplie les expositions et les opérations portes ouvertes destinées à inciter des juifs de France à s'installer en Israël. A Paris et en province, des "salons des études" présentent les différentes possibilités pour aller passer son bac ou suivre des études supérieures en Israël. La présidente de l'assemblée exécutive mondiale de l'Agence juive, Carole Solomon, a déclaré à l'hebdomadaire Actualité juive(daté 3 juin) lors d'un séjour à Paris : "Israël a besoin de plus d'alyah en provenance de l'Ouest. A nos yeux, la France est une communauté d'une grande valeur."
Les statistiques de l'émigration à partir de la France augmentent légèrement. Ils étaient un millier en 2001 ; 2 600 en 2002 et 2 400 en 2003. Pour 2004, les premiers chiffres feraient apparaître, selon l'Agence juive, une augmentation de l'ordre de 25 %. Mais ce chiffre ne tient pas compte des "déçus de l'alyah", qui rentrent en France après une tentative d'installation infructueuse.
Xavier Ternisien, LE MONDE | 16.06.04 | 14h16, ARTICLE PARU DANS L'EDITION DU 17.06.04
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(Juillet 2004) M. Chirac lance un appel au "sursaut" contre l'intolérance
Dans un discours prononcé au Chambon-sur-Lignon, jeudi matin 8 juillet, le chef de l'Etat demande au gouvernement, aux élus et aux magistrats une "détermination sans faille" contre toutes les formes de discrimination et déplore la multiplication d'actes qui "salissent notre pays".
Un lieu et un message : c'est du Chambon-sur-Lignon (Haute-Loire), terre huguenote de résistance et de mémoire, où furent sauvés des milliers d'enfants juifs durant la seconde guerre mondiale, que Jacques Chirac a lancé, jeudi 8 juillet, un appel "solennel" à la "vigilance" et au "sursaut" des autorités et de tous les Français face à la montée de toutes les formes d'intolérance et de discrimination. Dans un discours présenté comme "fondateur" par ses conseillers - et dont l'Elysée a communiqué au Monde la teneur -, le président de la République devait dénoncer les "actes de haine odieux et méprisables -qui- salissent notre pays".
Incluant parmi ces outrages les atteintes relevant du racisme, de l'antisémitisme, de la xénophobie comme de l'homophobie, le chef de l'Etat estime qu'ils frappent aussi bien "nos compatriotes juifs présents dans notre pays depuis des temps immémoriaux" que "nos compatriotes de culture musulmane qui ont fait le choix de travailler et de vivre dans notre pays". Et il rappelle que "le combat pour la tolérance est une conquête fragile et toujours recommencée".
Le moment aussi a été choisi. A quelques jours de son intervention du 14 juillet et à un moment où nombre de dirigeants de sa majorité attendent qu'il reprenne pied sur la scène politique intérieure, le chef de l'Etat souhaitait apparemment s'exprimer de façon personnelle sur un sujet dont son entourage assure qu'il est "au cœur de ses préoccupations" et qu'il ne souhaitait pas traiter "au détour d'une phrase" lors de sa traditionnelle interview télévisée. Au demeurant, le président - qui a, souligne l'Elysée, longuement préparé lui-même le texte de son discours - n'avait pas souhaité intervenir "à chaud", au lendemain d'une des profanations ou autres agressions qui ont émaillé les derniers mois, se bornant à exprimer son indignation par la voie de communiqués officiels."Que les victimes de ces actes sachent bien que la nation tout entière est à leurs côtés", a-t-il lancé, jeudi matin au Chambon.
Accompagné par l'ancienne ministre Simone Veil, qui fut déportée à l'âge de 16 ans et siège aujourd'hui au Conseil constitutionnel, avec qui il évoque régulièrement ces sujets, M. Chirac devait prononcer son discours dans l'école du village, après une visite effectuée en présence des maires des communes avoisinantes. Son intervention, entièrement écrite à la première personne du singulier, dénonce longuement "ces actes qui blessent les corps et choquent les âmes, disent l'obscurantisme, l'ignorance, la bêtise (...), expriment le fanatisme, la volonté d'humilier, d'abaisser -et- reflètent la part la plus sombre de l'âme humaine". Suit cette affirmation : "Je ferai tout pour que cela cesse."
Le président de la République assortit ainsi cette dénonciation d'une exigence de sanctions. "Les auteurs de ces forfaits, de ces agressions, de ces gestes de haine, annonce-t-il, seront poursuivis sans répit et sans relâche. Ils seront jugés. Ils subiront toute la rigueur de nos lois." M. Chirac "demande" donc fermement "à tous les responsables publics de notre pays, au gouvernement d'abord, à tous les agents de l'Etat, et notamment aux autorités administratives et judiciaires, mais aussi aux maires, aux présidents de conseils régionaux et généraux" de faire preuve "d'une détermination sans faille pour lutter contre ces dérives intolérables".
Sa consigne s'impose principalement à la justice : "En matière de racisme, d'antisémitisme, de xénophobie ou d'homophobie, déclare-t-il, le classement sans suite est inacceptable ; chaque acte doit être sanctionné." M. Chirac recommande en outre que les procureurs fassent appel de toutes les décisions des tribunaux qui leur apparaîtraient empreintes "d'une trop grande mansuétude".
"La cohésion nationale ne saurait être un enjeu partisan", souligne-t-il, dans des termes qui rappellent ceux utilisés il y a quelques semaines pour déplorer la controverse lancée à l'encontre des socialistes par Nicolas Sarkozy sur l'antisémitisme en France. "C'est un sujet trop grave pour entretenir la polémique", avait tranché M. Chirac, le 29 avril, au cours d'une conférence de presse, en précisant que "tout gouvernement doit faire preuve de la plus extrême vigilance" contre l'antisémitisme (Le Monde daté 2-3 mai).
Non sans fatalisme, le chef de l'Etat admet que, "pour absolue qu'elle soit, la détermination des pouvoirs publics (...) ne saurait suffire". Aussi réclame-t-il "l'engagement de chacun", selon l'exemple donné à travers l'histoire par les habitants du "Plateau". Invoquant les valeurs défendues sur cette terre de héros anonymes face à plusieurs formes d'intolérance -"courage, générosité, dignité"-, M. Chirac souhaitait célébrer "une France capable du meilleur, fidèle à son histoire, à ses racines, à sa culture", un pays qui refuse "l'égoïsme, le repli sur soi, l'exclusion et la discrimination". Avec cette proclamation : "Telle est la France à laquelle je crois."
"Face au risque de l'indifférence et de la passivité du quotidien, j'appelle solennellement chaque Française et chaque Français à la vigilance. Je les appelle au sursaut", déclare encore M. Chirac, ajoutant : "Je leur dis de rester fidèles aux leçons de l'histoire (...). Je les invite à toujours rappeler à leurs enfants le danger mortel du fanatisme, de l'exclusion, de la lâcheté et de la démission devant l'extrémisme."
La conclusion présidentielle emprunte ostensiblement à la phraséologie gaullienne : "A quelques jours du 14 Juillet, symbole de notre fraternité, devait déclarer le chef de l'Etat, j'appelle chacun au rassemblement, pour qu'ensemble, fidèles à nos valeurs, nous sachions faire vivre une certaine idée de l'homme, une certaine idée de la France."
Ainsi, après un mois de juin très axé sur ses obligations internationales, comme l'auront été les deux premières années du quinquennat, M. Chirac veut-il marquer sa préoccupation pour les problèmes intérieurs, le plus loin possible, toutefois, de la succession d'Alain Juppé à l'UMP et des tourments de Jean-Pierre Raffarin.
Ses conseillers promettent que d'autres interventions suivront, après le 14 juillet.
Béatrice Gurrey, LE MONDE | 08.07.04 | 13h54 • MIS A JOUR LE 08.07.04 | 19h58
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L'absence de témoin et des «contradictions» embarrassent les enquêteurs.
RER D: une agression avec beaucoup de zones d'ombre
Toujours pas de témoin, trois jours après l'agression antisémite dont une jeune femme affirme avoir été victime, vendredi, dans le RER D au nord de Paris. «Personne» ne s'était manifesté jusqu'à hier soir auprès des services de police et «aucun élément visible» n'avait été remarqué sur les enregistrements de vidéosurveillance. L'absence cruelle de témoins de la scène du train et le «blanc» sur les images filmées par les caméras braquées sur ce quai alimentent le doute sur la véracité des faits. «Une fois, on trouve un élément qui nous fait douter. Après, un autre la rend plausible. Tant qu'on ne trouvera pas un témoin du RER, on n'aura pas de certitude», souligne un patron de police judiciaire. «Un coup, on est dans le zig, un autre coup, on est dans le zag», résume crûment un officier. Hier soir, le syndicat de police Synergie a évoqué les «contradictions» et le manque «d'éléments probants» dans le témoignage de la jeune femme. Un homme de 28 ans, cité par l'AFP, a affirmé avoir vu la jeune femme, le pantalon déchiré, sur le quai de la gare de Louvres où elle dit être montée dans le train avant l'agression : «Elle pleurait, je lui ai demandé si elle voulait de l'aide. Elle a refusé.» Par ailleurs, LCI a affirmé que la mère de la jeune femme, entendue par les enquêteurs, a «mis en cause la santé mentale de sa fille». Toutes informations que le cabinet du ministère de l'Intérieur refusait hier soir de confirmer.
Plaintes précédentes.
Rien ne permet donc de confirmer ou d'infirmer la version de Marie, 23 ans. Les enquêteurs s'attachent à analyser les appels qu'elle a passés, à questionner ses familiers sur sa personnalité et à éplucher les dossiers des «cinq à six plaintes pour vol ou agression» qu'elle a déposées depuis plusieurs années. «Les guichetiers entendus n'ont pas vu la victime. Mais tous n'ont pas été interrogés», indiquait hier un policier. Seul un homme «connu des services» se serait «présenté spontanément» à la police et aurait déclaré à la PJ de Versailles (Yvelines) chargée de l'enquête «que l'une de ses connaissances s'était vantée ce week-end d'avoir participé à l'agression». Mais un enquêteur a indiqué par la suite que «ça ne tenait pas la route». Dans la matinée, trente agents de la police ferroviaire ainsi que des patrouilles de la police nationale et de la gendarmerie ont circulé sur la ligne D pour interroger les passagers à l'heure de l'agression. Là encore, les policiers ont fait chou blanc.
Poignards.
Marie a indiqué être montée vendredi vers 9 h 30 dans le RER D en gare de Louvres (Val-d'Oise) avec sa petite fille âgée de treize mois. Selon ses déclarations, six jeunes gens d'origines maghrébine et africaine, dont trois armés de poignards, l'ont bousculée et ont volé son sac. En voyant sur une pièce d'identité une adresse dans le XVIe arrondissement de Paris, l'un des garçons lui aurait lancé : «Dans le XVIe, il y a que des feujs.» Dès lors, ses agresseurs, persuadés qu'elle était juive, lui auraient tailladé les cheveux, lacéré jean et T-shirt, lui griffant la peau de leurs lames. Ils auraient dessiné, au marqueur noir, trois croix gammées sur son ventre. A la gare de Sarcelles, quinze minutes plus tard, les agresseurs auraient quitté la rame en emportant le sac de la victime et en renversant la poussette avec le bébé.
Hier matin, Marie a réitéré ses déclarations lors de son entrevue d'une heure avec Nicole Guedj, la secrétaire d'Etat aux Droits des victimes. Elle lui a soutenu que ses agresseurs auraient tenté d'extraire son bébé du landau où il était retenu par l'une de ses deux sangles de sécurité. «Elle m'a dit qu'il y aurait eu une vingtaine de personnes capables de voir la scène, notamment un jeune homme assis à proximité. Elle compte beaucoup sur lui pour qu'il se manifeste aujourd'hui», a déclaré Nicole Guedj, précisant que la jeune femme avait dit avoir «beaucoup de mal» à identifier ses agresseurs. La ministre explique que, selon Marie, les agresseurs lui ont maintenu la tête baissée afin qu'elle ne les dévisage pas. «Elle m'est apparue sans larmes, ni colère, mais avec dignité, poursuit Nicole Guedj. Elle suppose que les gens n'ont pas osé actionner le signal d'alarme parce qu'il se trouvait juste en dessous de l'endroit de son agression. Elle m'est apparue choquée quand je lui ai indiqué que des gens pouvaient douter de son histoire.»
Absence de réaction.
La ministre a également appelé à témoigner un couple qui aurait aidé la jeune femme à descendre du RER. La secrétaire d'Etat a enfin assuré que l'absence de réaction des témoins serait comprise et leur anonymat préservé : «Il me semble difficile maintenant de venir poursuivre des gens qui étaient eux-mêmes en danger.»
Selon la SNCF, les bornes dans les 380 gares d'Ile-de-France enregistrent chaque année 200 000 appels, «dont 10 % à bon escient, c'est-à-dire signalant un malaise ou une agression». Les signaux d'alarme dans les trains sont actionnés à 5 500 reprises, «dont 2 % à bon escient». Selon un responsable du réseau Transilien, «il est extrêmement rare que l'on n'ait pas un signalement a posteriori après une agression». La durée de l'incident, un quart d'heure, ajoute à la perplexité d'un responsable policier : «Les voyous seront toujours les voyous. On ne peut jamais savoir ce qui se passe dans leurs têtes. Mais je vois mal comment une agression peut durer aussi longtemps sans susciter de réaction.»
Par Jacky DURAND et Patricia TOURANCHEAU,
mardi 13 juillet 2004 (Liberation - 06:00)
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Antisémitisme
Violentée devant des passagers passifs
Une jeune femme de 23 ans, accompagnée de son bébé de 13 mois, a été agressée vendredi (9 juillet 2004) dans le RER au nord de Paris, par six banlieusards qui la croyaient juive.
«Terrible et surprenant», «atroce mais plausible» : c'était hier les qualificatifs qui revenaient après l'agression antisémite dont une jeune femme affirme avoir été victime en compagnie de sa petite fille, vendredi matin, dans le RER au nord de Paris. Les enquêteurs de la police judiciaire de Versailles (Yvelines) assuraient, hier, ne disposer que de son unique témoignage pour tentent de retracer l'agression d'une «petite Blanche lambda de 23 ans avec son bébé». «Aucun autre témoin ne s'est signalé, s'étonnait un haut responsable de la SNCF. Ni physiquement dans les gares, ni par téléphone, ni aux bornes d'appel situées sur les quais.» Une source proche de l'enquête affirmait cependant «que des appels étaient parvenus à la Sécurité publique sans qu'il ait encore été possible de remonter jusqu'à leurs auteurs».
«Six loulous».
Vendredi vers 9 h 30, la jeune femme prend le RER D en gare de Louvres (Val-d'Oise), avec son enfant de 13 mois. Elle reste en bas avec sa poussette. Nul ne sait si des passagers se trouvent à ce niveau du train de banlieue qui démarre d'Orry-la-Ville dans l'Oise. En tout cas, à l'étage, il y a du monde. Six garçons se trouvent déjà en haut du RER D et sont donc montés soit au départ, soit à La Borne-Blanche ou à Survilliers-Fosses. Selon le récit de la jeune femme aux policiers, elle «voit du coin de l'oeil six loulous costauds et baraqués, qui ont l'air d'avoir entre 15 et 20 ans, descendre de l'étage et se ruer sur elle». Ils «l'entourent» et lui «appuient tout de suite sur la nuque pour qu'elle garde la tête baissée en permanence». Elle a les yeux fixés sur leurs chaussures et leurs pantalons, «des baskets et des joggings». Ils ont le look «racaille de banlieue», portent «des casquettes» et tiennent, pour trois d'entre eux, «des poignards» à la main. Elle pense a priori «qu'il y a trois Maghrébins et trois Africains». Ils s'en prennent d'emblée «à sa poussette et à son sac à dos». Les enquêteurs se demandent même «si, à l'origine, ce n'est pas un connard qui veut voler sa poussette». En tout cas, «le mobile premier de l'agression, c'est le vol, la dépouille». Ils «lacèrent le sac à langer posé sur le bébé» et les soufflets du landau. Ils attrapent le sac à dos de la jeune fille, le fouillent, trouvent son argent (200 euros) et sa carte Bleue, puis tombent sur ses papiers d'identité. Ils lisent son ancienne adresse, dans le XVIe arrondissement de Paris et, là, s'énervent un peu plus : «Dans le XVIe, y a que des gosses de riches, y a que des feujs», gueule un jeune banlieusard. Ils sont persuadés qu'elle est juive. Elle ne l'est pas. L'agression bascule, du crapuleux vers l'antisémitisme.
La jeune fille «a appelé au secours», en vain, a affirmé hier Nicole Guedj
, secrétaire d'Etat aux Droits des victimes, qui s'est entretenue au téléphone avec la victime. «Elle est très choquée d'avoir subi cette agression devant des témoins qui n'ont pas réagi.» Ses agresseurs retournent les lames de couteau contre la jeune femme, déchirent son T-shirt et ses vêtements en lambeaux, la «griffent de la pointe des poignards sur le cou, les mains, le corps». Ils sortent de gros feutres pour la marquer: «Ils tagguent, sur son ventre, sous les seins et jusqu'au pubis, trois croix gammées.» Ils attrapent ses longs cheveux noirs et taillent dedans avec les couteaux. Ont-ils voulu «garder un souvenir d'elle», comme l'aurait hurlé un des garçons, ou bien la tondre comme les femmes collabos à la Libération et les juifs déportés dans les camps ? Les enquêteurs s'interrogent sur cet acte chargé de symboles: «Ils ne l'ont pas rasée complètement, ils lui ont coupé des mèches.»
Traumatisée.
Au bout d'un quart d'heure de mauvais traitements depuis Louvres, le RER entre en gare de Garges-Sarcelles dans le Val-d'Oise. Les six Noirs et Beurs infligent un coup de pied à la jeune Blanche et la laissent à terre. Ils emportent son sac avec 200 euros et la carte bancaire. «Ils balancent la poussette sur le quai et le bébé roule sur trois mètres.» Ils s'enfuient en courant dans la gare. Des témoins de la scène «ramassent alors l'enfant et la mère, puis alertent la SNCF». La jeune femme appelle son compagnon, qui vient la chercher et l'accompagne au commissariat d'Aubervilliers, ville de Seine-Saint-Denis où elle réside maintenant. Dans un premier temps, les policiers lui auraient alors demandé de revenir avec un certificat médical. Elle a déposé plainte dans l'après-midi. Elle a été transportée à l'unité médico-judiciaire avec son enfant, indemne. Traumatisée et blessée, elle a reçu une interruption temporaire de travail (ITT) de dix jours. La police judiciaire de Versailles a été saisie par le procureur, vendredi soir, de «cette agression à caractère éventuellement raciste», mais «la victime se trouvait encore à l'hôpital». Les officiers ont téléphoné en vain «au numéro de domicile qu'elle avait laissé», mais n'ont pu la joindre «car elle a dormi ailleurs», apparemment à Louvres, chez son compagnon. La victime s'est manifestée samedi après avoir consulté les messages laissés sur son répondeur. Les policiers n'ont pu entendre que samedi après-midi «la jeune femme encore complètement terrorisée». Ils s'étonnent que les passagers du RER D installés à l'étage de ce wagon ne se manifestent pas. Ils recherchent des témoins qui auraient «vu ou entendu les agresseurs, même avant les faits».
Contrôles.
La jeune femme a été à nouveau interrogée dimanche sans apporter davantage de précisions sur les circonstances de son agression. Les images des caméras de surveillance des gares notamment celles de Garges-Sarcelles devaient être transmises aux enquêteurs. Un appel à témoin (1) a été lancé dès hier dans les trains de la ligne D du RER et des contrôles d'identité renforcés étaient prévus hier soir. (1) Contacter le 01 39 24 71 93.
Par Jacky DURAND et Patricia TOURANCHEAU,
lundi 12 juillet 2004 (Liberation - 06:00)
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Antisémitisme
Du président de la République à l'Union des étudiants juifs de France (UEJF) en passant par le Parti communiste français (PCF), l'agression du RER D (du 9 juillet 2004) a suscité une vague unanime d'indignations et de condamnations.
Jacques Chirac a exprimé son «effroi», samedi soir, en demandant que les auteurs de «cet acte odieux» soient retrouvés, «jugés et condamnés avec toute la sévérité qui s'impose».
Pour Yonathan Arfi, président de l'UEJF, «cet acte odieux démontre une nouvelle fois que l'antisémitisme n'est pas une menace pour les seuls juifs», c'est «devenu en France le mode ordinaire d'expression de la haine et de la violence».
Marie-George Buffet, secrétaire nationale du PCF, a appelé «à un rassemblement de protestation et de lutte contre la barbarie, l'antisémitisme, les racismes et la xénophobie», aujourd'hui à 18 heures, au métro Belleville, à Paris, auquel s'associe le Collectif national pour les droits des femmes.
Le PS, par la voix d'Anne Hidalgo, a condamné «avec force l'ignoble agression» en appelant à «la motivation politique et citoyenne» pour «faire reculer l'antisémitisme».
Pour Mouloud Aounit, secrétaire général du Mrap, «un pas supplémentaire dans l'ignominie antisémite vient d'être franchi».
Selon Jean-Michel Rosenfeld, adjoint PS au maire du XXe arrondissement de Paris et vice-président du Cercle Bernard Lazare, «des individus, bien installés dans la rame, qui ont laissé se perpétrer cette odieuse attaque sans réagir, ne méritent pas le titre de citoyens. Aucun n'a eu l'idée d'actionner le signal d'alarme. Sont-ils devenus sourds, au lendemain de l'appel du chef de l'Etat au Chambon-sur-Lignon ?».
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France: la jeune femme du RER D avoue avoir menti
PARIS (AFP) - La jeune femme qui a porté plainte pour une agression antisémite vendredi dans le RER D a avoué lors de sa garde à vue mardi après-midi qu'elle avait menti, a-t-on appris de source policière.
Après avoir dans un premier temps affirmé aux enquêteurs avoir été agressée en dehors du train, elle a finalement reconnu avoir inventé tout le scénario d'une agression antisémite, selon la même source.
Elle aurait notamment admis avoir dessiné les croix gammées sur son ventre avec l'aide de son concubin, toujours selon cette source.
Cet homme a lui aussi été placé en garde à vue.
La jeune femme, entendue par les enquêteurs de la PJ de Versailles à l'antenne de Cergy, a été placée en garde à vue vers 16h30 pour "dénonciation de délit imaginaire", a précisé à l'AFP le procureur de la République de Cergy, Xavier Salvat.
La jeune femme avait affirmé avoir été l'objet d'une agression à caractère antisémite perpétrée par six personnes, vendredi matin, sur la ligne D du RER entre Louvres et Sarcelles (Val-d'Oise).
L'analyse des bandes vidéo de la gare de Sarcelles - où seraient descendus les agresseurs - n'avait pas permis lundi soir de les repérer, avait indiqué une source proche de l'enquête, et les enquêteurs n'ont pas fait état de témoins spontanés, ce qui a suscité des interrogations.
Mardi, le préfet de police de Paris Jean-Paul Proust a déclaré qu'il y avait des "zones d'ombre fortes" dans les déclarations de la jeune femme. Mais, a-t-il ajouté sur la chaîne Public Sénat, il "faudra attendre la fin de l'enquête, peut-être dans quelques heures ou dans quelques jours", avant de tirer de quelconques conclusions.
Pour sa part, le ministre de la Justice Dominique Perben a déclaré à Strasbourg que tous les éléments seraient passés au crible et "vérifiés de manière systématique" dans cette affaire.
La secrétaire d'Etat aux Droits des victimes Nicole Guedj, qui accompagnait M. Perben à Strasbourg, a répété mardi qu'elle avait "trouvé sincère" la jeune femme lorsqu'elle s'est entretenue avec elle. "J'ai observé qu'elle pouvait être très traumatisée par les événement qu'elle décrit", a-t-elle encore dit. "Plus l'enquête pourra se dérouler avec sérénité et plus vite nous serons en mesure de connaître la vérité", a-t-elle conclu.
M. Perben et Mme Guedj étaient mardi matin à Strasbourg pour rencontrer les magistrats et les enquêteurs en charge des investigations sur les morts violentes en Alsace de deux fillettes et d'une jeune femme ainsi que les familles des trois victimes. Les soupçons se focalisent sur Pierre Bodein, dit "Pierrot le fou", un repris de justice qui avait bénéficié d'une libération anticipée.
Une source policière a indiqué mardi que la jeune femme avait déjà porté plainte à six reprises ces dernières années, notamment pour un vol à Paris et une agression sexuelle dans le Val-de-Marne. Les enquêtes ouvertes à la suite de ces plaintes n'ont jusqu'à présent abouti à aucune arrestation, a-t-on précisé de même source.
Outre l'agression elle-même, l'absence de réaction des voyageurs présents dans la rame au moment du drame avait suscité les réactions effarées des associations et de la classe politique dans son ensemble.
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Ariel Sharon invite les juifs de France à émigrer "aussi vite que possible" vers Israël
JERUSALEM (AP) - Le Premier ministre israélien Ariel Sharon a de nouveau appelé dimanche (18 juillet 2004) les juifs de France à émigrer pour Israël, leur demandant cette fois de venir "aussi vite que possible" pour échapper à "la montée de l'antisémitisme le plus violent" en France.
Ces propos ont suscité une vive réaction du ministère français des Affaires étrangères qui les a jugés "inacceptables". Dans un communiqué, le Quai d'Orsay précise dimanche soir avoir "pris immédiatement contact avec les autorités israéliennes pour leur demander des explications".
"En France, nous voyons la montée de l'antisémitisme le plus violent", a déclaré M. Sharon lors d'une rencontre à Jérusalem avec des responsables d'organisations juives américaines. "En France aujourd'hui, environ 10% de la population est musulmane et parallèlement à l'antisémitisme qui persiste en Europe, il y a maintenant là-bas une sorte d'antisémitisme différent, basé sur des sentiments anti-israéliens et sur la propagande".
"Je dois dire que le gouvernement français a pris des mesures contre ça", a souligné Ariel Sharon. "Mais si je devais m'adresser à nos frères de France, je leur dirai une chose: 'émigrez en Israël, aussi vite que possible', et c'est la chose que je dirais à tous les juifs du monde".
"Je pense que la vie des juifs ne peut être réussie qu'ici", a expliqué Ariel Sharon, qui s'est déjà adressé à plusieurs reprises ces derniers jours en des termes similaires aux juifs français.
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Juifs français : l'appel de Sharon
POUR ARIEL SHARON, l'immigration en Israël constitue la seule réponse « à un antisémitisme déchaîné qui se répand en France ». Le Premier ministre israélien a ainsi pressé publiquement hier les juifs français de « se bouger immédiatement ».
D'après lui, le fait que « 10 % de la population française soit constituée de musulmans fournit un terreau à une nouvelle forme d'antisémitisme ». A l'entendre, il n'y aurait plus d'avenir pour les juifs en France. Ariel Sharon a toutefois admis que « le gouvernement français a pris des mesures » contre les agressions antisémites. Si des membres de l'équipe Sharon ont déjà par le passé proféré de telles accusations, le Premier ministre s'était lui-même gardé jusqu'ici d'être aussi direct. Ses propos témoignent de l'énorme écho donné par les dirigeants et les médias israéliens aux agressions antijuives en France, un pays parfois présenté sous les couleurs les plus sombres. Quelques heures après cet appel pressant lancé par Ariel Sharon devant des représentants de la communauté juive américaine à Jérusalem, des proches du Premier ministre ont toutefois tenu à arrondir les angles.
2 000 départs par an
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« Inacceptable » pour le Quai d'Orsay
LE GOUVERNEMENT français juge « inacceptables » les propos d'Ariel Sharon. C'est le Quai d'Orsay qui a été chargé, hier, de réagir. « Nous avons immédiatement pris contact avec les autorités israéliennes pour leur demander des explications », a indiqué son porte-parole, dans un communiqué.
« Il aurait mieux fait de se taire »
C'est pourtant il y a seulement dix jours, au Chambon-sur-Lignon (Haute-Loire), que Jacques Chirac a prononcé un discours condamnant racisme et antisémitisme. Les actes racistes et antisémites « sont indignes de la France. Je ferai tout pour que cela cesse », avait-il affirmé. Le chef de l'Etat avait promis que leurs auteurs seraient poursuivis et jugés, affirmant que, dans ces matières, le classement sans suite des plaintes « est inacceptable ».
A gauche, le porte-parole du Parti socialiste, Julien Dray, a également condamné les propos d'Ariel Sharon en affirmant que « la France n'est pas l'Allemagne des années 30 » et en s'insurgeant contre le lien établi par Ariel Sharon entre la recrudescence de l'antisémitisme et la présence en France d'une forte communauté musulmane.
Quant aux responsables associatifs, ils n'ont pas ménagé le Premier ministre israélien. « Il aurait mieux fait de se taire », estime Patrick Gaubert, président de la Licra et député européen UMP. « Qu'il laisse la communauté juive française s'exprimer sur des sujets qui la concernent », a déclaré le président d'honneur du Crif, Théo Klein. La question du départ des juifs de France « ne se pose pas », a-t-on ajouté au grand rabbinat. Les responsables de la communauté juive sont en effet irrités par de tels appels au départ alors qu'ils se battent pour que les autorités françaises assurent aux Français juifs les conditions d'une vie paisible dans un pays qui est le leur « depuis des temps immémoriaux », avait rappelé Jacques Chirac au Chambon-sur-Lignon.
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France - Israël. Chirac-Sharon : le ton monte
La méchante bourde d'Ariel Sharon tourne à la crise diplomatique entre la France et Israël.
A l'origine de cette escalade, la « sortie » d'Ariel Sharon, qui a incité dimanche à Jérusalem, devant des délégués d'associations juives américaines, les juifs de France à immigrer « aussi vite que possible » en Israël, pour fuir l'« antisémitisme déchaîné » qui sévirait dans l'Hexagone. Dans un premier temps, pourtant, Paris avait donné l'impression de vouloir calmer le jeu : le Quai d'Orsay, sans cacher son indignation face à ces propos « inacceptables », déclarait attendre des « explications » de la part d'Ariel Sharon.
Un conseiller de Chirac au téléphone
En revanche, la société civile était aussitôt montée au créneau, les organisations juives en particulier protestant contre ces accusations d'antisémitisme. La question du départ des juifs « ne se pose pas », faisait ainsi savoir dès dimanche soir le grand rabbinat de France. Mais hier, dans un contexte de relations franco-israéliennes traditionnellement difficiles (Chirac et Sharon ne se sont pas téléphoné depuis janvier), la tension monte d'un cran. L'Elysée et le Quai d'Orsay attendent en vain les fameuses « explications » exigées. Tout au plus des proches du général Sharon s'efforcent-ils de minimiser les propos de ce dernier. « Il s'agit d'un malentendu, assure à Jérusalem un conseiller du Premier ministre. Ariel Sharon a simplement répété ce qu'il dit à tous les juifs du monde : Le seul pays où vous pourrez vivre librement votre judaïsme, sans la moindre crainte, c'est Israël. Mais il appartient évidemment aux juifs de toutes nationalités de prendre leurs responsabilités et de décider de leur sort. »
Mais un conseiller présidentiel a bel et bien appelé au téléphone un haut responsable de l'ambassade d'Israël à Paris (l'ambassadeur Nissim Zvili est en vacances) pour lui renouveler la demande d'explications... Et lui signifier que, dans un tel contexte, il faudra « attendre un peu » pour une éventuelle visite d'Ariel Sharon. Cette dernière, insiste l'entourage de Chirac, n'est pas « annulée » puisqu'elle n'a jamais été formellement programmée. Traduit du langage diplomatique, cela signifie qu'il y a bien un malaise, mais pas (tout à fait) une crise. La balle est maintenant dans le camp de Sharon : à lui de... s'expliquer.
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«IRRESPONSABLES », « injustifiables », « inadmissibles » : les politiques français ont exprimé unanimement hier leur indignation après les propos tenus dimanche par Ariel Sharon, appelant les juifs de France à émigrer « immédiatement » vers Israël.
Premier à réagir, le président UMP de l'Assemblée, Jean-Louis Debré : "Ces déclarations travestissent la réalité et sont l'expression d'une hostilité à l'égard de notre pays. Ariel Sharon a perdu une occasion de se taire."
Ministre de la Défense, Michèle Alliot-Marie préfère souligner que la France est « certainement le pays qui a la législation la plus stricte » pour sanctionner le racisme et l'antisémitisme.
A gauche, même condamnation. Le PS, « en ami d'Israël », estime que la sortie de Sharon « ne fait qu'ajouter à la confusion et à l'amalgame ».
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Fausse agression du RER
MARIE-LÉONIE, la jeune femme qui avait inventé la fausse agression antisémite du RER D, a été condamnée hier à quatre mois de prison avec sursis et deux ans de mise à l'épreuve avec obligation de soins. Le tribunal correctionnel de Pontoise l'a reconnue coupable de dénonciation d'un délit imaginaire.
C'était le 9 juillet dernier. Avec son compagnon Christophe, elle déposait plainte au commissariat d'Aubervilliers pour des faits apparemment terribles. Alors qu'elle se trouvait dans le train avec sa petite fille de 13 mois, elle prétendait avoir été agressée par six jeunes, Noirs et Maghrébins, armés de couteaux, qui lui auraient dessiné des croix gammées sur le ventre, tailladé le visage et coupé une mèche de cheveux. Aussitôt, une vague d'indignation secouait le pays, Jacques Chirac en tête, avant que la vérité finalement n'éclate : celle d'une mise en scène.
1 200 personnes interrogées
« J'ai menti. » Ce sont les premiers mots prononcés par Marie-Léonie, hier après-midi, à la barre du tribunal. La jeune femme gracile, âgée de 23 ans, les cheveux courts, s'est visiblement bien préparée à l'audience.
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(22 août 2004) Des condamnations unanimes
Jacques Chirac.
Jean-Pierre Raffarin.
Bertrand Delanoë.
Le président du Crif.
Le recteur Boubakeur.
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(22 août 2004, centre social juif) « Les nécessiteux venaient y prendre leurs repas »
HIER, vers 3 h 30, un incendie criminel a détruit le centre social juif de la rue Popincourt, à Paris (XI e ). En éteignant les flammes, les pompiers ont constaté que les murs avaient été couverts d'inscriptions antisémites et fascistes : des graffitis faisant référence à Hitler et des croix gammées. « Ils ont aussi écrit : Vive l'Islam, expliquait hier un enquêteur, ainsi que : Le monde sans les Juives serait heureux et : Juives dehors.
Des inscriptions au feutre rouge, écrites à la va-vite, bourrées de fautes d'orthographe. « Quand on voit comment c'est écrit, on se dit que ce sont des gens très primaires qui ont fait ça », estimait un élu.
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(30 août 2004) Incendie d'un centre juif à Paris : un suspect en garde à vue
Un suspect a été placé en garde à vue à Paris dans l'enquête sur l'incendie criminel d'un centre social juif du XIe arrondissement dans la nuit du 21 au 22 août. Cet homme d'une quarantaine d'années est lui-même membre de la communauté juive qui gérait le centre, où il travaillait bénévolement comme "homme à tout faire".
Pour les policiers de la brigade criminelle, qui ont recueilli indices et témoignages, de forts soupçons pèsent sur lui, mais il n'a pas pour l'instant reconnu les faits et tient des propos jugés peu cohérents. Les enquêteurs n'ont pas non plus découvert de mobile à son acte. Ils soulignent que l'homme paraît psychologiquement perturbé et qu'il devait être expulsé prochainement de son appartement dont il avait cessé de payer le loyer. Il devait passer la nuit et au moins une partie de la journée de mardi en garde à vue.
Le local de 100 m2 incendié rue Popincourt servait de "restaurant du coeur" qui distribuait de la nourriture casher aux personnes dans le besoin. Le suspect, qui avait pour habitude d'arriver le premier dans le local pour dresser les tables, selon des témoins, avait les clefs du local et les policiers avaient remarqué que les portes du centre n'avaient pas été fracturées. Une expertise judiciaire pratiquée sur la porte arrière du bâtiment a montré que la serrure avait été démontée de l'intérieur, ce qui laisse penser que l'auteur des faits a voulu dissimuler qu'il avait accédé librement au local.
Par ailleurs, le suspect a des connaissances orthographiques très approximatives, ce qui a attiré l'attention de certains témoins en raison des inscriptions antisémites retrouvées sur place, avec des fautes grossières: "itler" sans h, "mort à l'islames"... Des feutres semblables à ceux utilisés pour tracer les inscriptions racistes ont été retrouvés lors d'une perquisition à son domicile.
FORTE MOBILISATION
Une autre inscription, "mort aux juives", retrouvée dans le local incendié, a conduit les policiers à faire un rapprochement avec le suspect qui vit dans un foyer communautaire pour femmes juives dans le IIIe arrondissement.
L'incendie, survenant après une série de profanations de cimetières juifs, musulmans et chrétiens, avait suscité une vive émotion en France. La classe politique, de l'Elysée au maire de Paris, s'était une nouvelle fois mobilisée pour dénoncer un acte antisémite. En visite en France, le ministre israélien des Affaires étrangères, Silvan Shalom, s'était rendu sur place mercredi dernier et avait appelé les autorités françaises à prendre le phénomène de l'antisémitisme à bras-le-corps, évoquant la nécessité de "lois plus dures".
Le Conseil représentatif des institutions juives de France (Crif), ne mettant pas en doute le caractère raciste de cet acte, avait blâmé l'inaction de la justice, coupable, selon lui, de clémence dans la répression des agressions antijuives. "Il ne peut pas y avoir de doute sur les motivations stupides et criminelles de ceux qui brûlent un restaurant du coeur en inscrivant des graffitis antisémites. C'est bien la haine des juifs qui les anime", avait dit l'un de ses porte-parole.
Les deux principaux syndicats de magistrats français avaient protesté contre de telles mises en cause, appelant à plus de prudence, de réserve et de sens des responsabilités. "L'ensemble des commentateurs auraient dû tirer la leçon de l'affaire du RER. Tant qu'une affaire n'est pas terminée, on ne peut pas savoir s'il s'agit d'un délit raciste, d'une provocation ou d'un règlement de compte", avait déclaré Dominique Barella, président de l'Union syndicale de la magistrature (USM).
Début juillet, le récit d'une agression raciste dont disait avoir été victime une jeune femme dans le RER avait suscité une vague d'indignation dans le pays, et la mobilisation de ténors de la politique française, avant que la police ne découvre que la pseudo-victime avait tout inventé.
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Jésus et Marie contre l'antisémitisme
Avec ces images qui seront publiées à partir du 26 octobre par différents journaux dont Libération , l'Union des étudiants juifs de France (UEJF) veut «produire un choc émotionnel, seul à même de laisser une impression profonde». «Notre objectif n'est pas de provoquer le choc pour le choc, mais de persuader chacun que l'insulte "Sale Juif" souille et rabaisse tous les hommes sans exception», explique l'association. Certes, mais pourquoi avoir choisi Jésus et Marie ? Réponse un peu alambiquée de l'UEJF : ce sont des «figures universelles». D'origine juive, Jésus est également une «figure chrétienne emblématique», et «aussi un des principaux prophètes musulmans». Mais pourquoi des images aussi sulpiciennes ? Pour le contraste entre leur «douceur» et la souillure de l'insulte.
Ne reste plus à espérer que les lecteurs de ces différents médias saisiront le message. L'UEJF veut le croire, qui rappelle que 322 actes antisémites ont été commis en France entre le 1er janvier et le 1er octobre 2004, plus que pour toute l'année 2003.
Si l'UEJF a choisi une campagne choc, c'est parce qu'elle veut faire de l'antisémitisme une grande cause nationale. Sur le modèle du sida, de la sécurité routière ou du tabac. Dans tous ces cas, explique-t-elle, il existait «un fossé entre la prise de conscience des pouvoirs publics» et des «citoyens mal informés et indifférents».
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(25 octobre 2004) L'UEJF fait une croix sur son Jésus
L'Union des étudiants juifs de France a décidé de modifier sa campagne-choc contre l'antisémitisme, avec Jésus et Marie comme têtes d'affiche, qui aurait dû commencer mardi. Les réactions négatives de plusieurs associations, dont la Licra lui ont fait changé d'avis.
Imaginez une affiche représentant le Christ "tagué" de l'insulte "sale juif" ou bien une autre de la Vierge Marie tenant l'enfant Jésus, maculée de l'inscription "sale juive". Choquant ?
Réaction négative de la Licra
La Ligue internationale contre le racisme et l'antisémitisme (Licra) a trouvé cette campagne "choquante" et susceptible d' "avoir un effet contre-productif en alimentant et exacerbant des tensions existantes au sein de la société française".
L'UEJF "décue"
Pour Yonathan Arfi, l'UEJF prend "acte" de ces réactions mais, ajoute-t-il, "nous sommes déçus". Selon lui, "cette campagne expose combien la brutalité morale et intellectuelle de l'antisémiti
Indignation unanime
lundi 12 juillet 2004 (Liberation - 06:00)
yahoo.fr, actualités, mardi 13 juillet 2004, 19h10
yahoo.fr, actualités, dimanche 18 juillet 2004, 19h37
Le Premier ministre Ariel Sharon a appelé hier les juifs de France à immigrer « immédiatement » en Israël à cause des menaces de l'antisémitisme. A Paris, ces propos ont provoqué l'indignation du gouvernement ainsi que celle des associations juives.
Autrement dit, de plier bagages pour faire leur « alya », leur « montée » vers Israël, selon l'expression hébraïque.
« En fait, Ariel Sharon encourage les juifs du monde entier, aussi bien de France que des Etats-Unis ou du Canada, à venir s'installer en Israël », s'est efforcé de nuancer Raanan Gissin, un de ses porte-parole.
Ce responsable a également éprouvé le besoin de rendre un hommage appuyé aux efforts de Jacques Chirac : « Le Premier ministre éprouve la plus grande estime pour la lutte sans merci menée par le président et le peuple français contre l'antisémitisme, qui devrait servir d'exemple pour les pays européens », a ainsi ajouté Gissin.
Une mise au point destinée à éviter un nouvel incident diplomatique avec la France, mais aussi les critiques de la communauté juive française, qui dans le passé a appelé les dirigeants israéliens à plus de discrétion. Seule certitude en tout cas : la campagne d'incitation au déménagement n'a guère réussi pour le moment.
L'Agence juive, un organisme officiel chargé de favoriser l'immigration, a estimé récemment à quelque 30 000 le nombre de juifs français (6 % de la communauté) susceptibles de venir s'installer en Israël dans les prochaines années. Mais les chiffres actuels restent très en deçà des espoirs de l'agence.
Les candidats au départ ne sont qu'environ 2 000 par an, et ce chiffre a même eu tendance à baisser légèrement en 2003 malgré la mise à la disposition des juifs français de programmes immobiliers spéciaux. Pour autant, le phénomène n'est pas totalement négligeable puisque, dans les années 1990, le nombre d'« alya » en provenance de France n'atteignait pas 1 000 par an.
Yonatan Daniel, Le Parisien, lundi 19 juillet 2004, p.
Une réaction ferme, mais au niveau diplomatique, montrant que les autorités françaises ne souhaitaient pas faire monter la tension plus que de raison. D'autant, signalait-on, que les propos du Premier ministre israélien ont été rapidement atténués par son porte-parole. L'incident est révélateur de l'absence de communication entre autorités françaises et israéliennes.
Myriam Lévy, Le Parisien, lundi 19 juillet 2004
Ce n'est pas encore la crise mais ça y ressemble. Après les déclarations tonitruantes du Premier ministre israélien invitant dimanche les juifs de France à quitter le pays, l'Elysée a fait savoir hier qu'Ariel Sharon devait s'expliquer.
Selon la télévision israélienne, le président Jacques Chirac aurait informé hier le Premier ministre israélien qu'il « n'était pas le bienvenu » à Paris. Dans cette missive transmise à Sharon via le chargé d'affaires israélien à Paris, Chirac préciserait, toujours selon la seconde chaîne israélienne : « Après plusieurs semaines de contacts concernant une telle visite, il s'avère qu'elle est impossible (...) et vous n'êtes pas le bienvenu suite à vos propos.»
Il n'empêche : à Paris, la pilule ne passe pas. Chirac est d'autant plus agacé qu'il multiplie les appels au « sursaut » et à la « vigilance » contre l'antisémitisme (comme au Chambon-sur-Lignon, le 8 juillet), et exige la « plus grande sévérité » contre de tels actes. De plus, ce dérapage de Sharon, qui fait suite à plusieurs accusations du même ordre proférées ces deux dernières années par des membres de son équipe, survient le jour même (dimanche dernier) où la France célèbre le 62 e anniversaire de la rafle du Vel' d'Hiv'. Pour autant, hier soir, l'Elysée préférait éviter le mot « crise ». D'ailleurs, assure-t-on, il n'y aurait pas eu de « missive », et les termes employés ne sont pas aussi rudes que l'expression citée par la télévision israélienne.
Henri Vernet avec Yonatan Daniel à Jérusalem
Le Parisien, mardi 20 juillet 2004, p. 4
Eric Raoult, député UMP de Seine-Saint-Denis, estime que ces propos, tenus le jour de la cérémonie organisée pour le 62 e anniversaire de la rafle du Vél'd'Hiv' à Paris, sont « déplacés » et « ne contribuent pas à apaiser les tensions, notamment dans les banlieues ».
De son côté, le PCF s'« indigne » de cette « volonté de diaboliser la France ». Une « ingérence grossière », selon la direction du PCF.
Par ailleurs, la Licra dénonce des « propos inconséquents » et le Mrap une attitude « irresponsable et raciste ».
Le Parisien, mardi 20 juillet 2004, p. 4
Jugement clément pour Marie-Léonie
Face aux magistrats, elle semble détendue, sa voix assurée. « Je voulais qu'ils s'occupent de moi, mes parents et Christophe. » « Vous pouviez leur parler », lui rétorque le président Idrac-Virebent. « Avec Christophe, cela n'a pas marché. Avec mes parents, je n'arrivais pas à leur dire. »
Pourquoi un tel scénario ? Il est apparu hier que la jeune femme avait hésité entre partir avec sa fille et inventer cette agression antisémite. « Nous avions vu un reportage sur des tombes profanées à la télévision. Cela nous avait choqués, Christophe et moi. Il fallait que je fasse quelque chose qui le choque. »
Tout au long de l'après-midi, Marie-Léonie a reconnu sa naïveté, sa légèreté, sa propension à fabuler depuis toujours, à s'inventer des futurs jumeaux, une maison à Cannes, une fortune ou des relations dans le show-biz. Et finalement cette agression. « C'était vraiment pour qu'on s'occupe de moi. Je ne pensais pas que cela allait prendre une telle ampleur. »
« Marie-Léonie doit rendre des comptes à la justice de son pays. A la mesure de ce qu'elle a fait, non pas à la mesure de l'emballement médiatique dont elle a fait l'objet, dans un contexte de multiplication des actes antisémites », a souligné le procureur, Luc Pellerin. Selon lui, il y a eu toutefois chez la prévenue « une véritable stratégie du mensonge ». Il insiste sur ses fausses déclarations aux policiers, nourries de détails. Comme ce jeune homme, assis à proximité d'elle dans le RER, qui n'aurait pas bougé. « Il croisait et décroisait les jambes sans arrêt en étant mal à l'aise. Quand je suis partie, il a baissé la tête », a-t-elle ainsi détaillé devant les policiers. « Je veux bien que Marie-Léonie ait été dépassée. Mais elle a provoqué un vol de sens public, un rapt de la chose publique. » Il rappelle que 1 200 personnes ont été interrogées au cours de l'enquête, 85 fonctionnaires ont été mobilisés pour entendre 773 voyageurs du RER dans le but de retrouver un témoin. Avant de requérir six mois avec sursis à son encontre.
« Son obsession, c'était son compagnon », a martelé ensuite son avocat. Me Christophe Deltombe dresse le portrait d'une jeune femme « qui a lancé un appel à l'aide », qui se sent mal aimée, seule et abandonnée, et qui, aujourd'hui, confrontée à la réalité « comme par un électrochoc », veut se soigner. A l'issue de l'audience, elle s'excusera une dernière fois : « Je regrette d'avoir menti. » Et évoque son avenir, sans Christophe : « Les relations sont terminées. Maintenant, je veux travailler, avoir un appartement où vivre avec ma fille. »
Frédéric Naizot, Le Parisien, mardi 27 juillet 2004, p. 15
Le président de la République « condamne avec force cet acte inqualifiable et exprime sa pleine solidarité à l'ensemble de la communauté juive ». L'Elysée rappelle « la détermination absolue des pouvoirs publics à rechercher les auteurs de ces agissements inacceptables ».
Le Premier ministre, qui s'est rendu sur place, a précisé que « les auteurs de tels crimes encourent des peines de prison pouvant aller jusqu'à vingt ans ». Il a précisé que « le parquet requerra la peine maximale, et l'ensemble des forces du pays sera mobilisé pour que l'arrestation des auteurs soit rapide ».
Le maire de Paris a dénoncé « un climat malsain et dangereux, particulièrement douloureux au moment où l'on célèbre la libération de Paris ». Il a appelé à « un combat de tous les instants pour que ces barbares soient défaits comme les nazis ».
Roger Cukierman, le président du Conseil représentatif des institutions juives de France, a dénoncé sur Europe 1 le « laxisme » de la justice, qui a « créé un véritable sentiment d'impunité par des relaxes systématiques » lors d'audiences récentes jugeant des affaires antisémites.
Le recteur de la Mosquée de Paris a exprimé une « très vive émotion et (sa) solidarité avec l'ensemble de la communauté juive de France ».
Le Parisien, lundi 23 août 2004, p. 12
L'incendie a ravagé la mezzanine, le vestibule et les parements en bois du local. Construit en 1913, le centre a accueilli des réunions cultuelles jusqu'à la construction de la synagogue de la rue de la Roquette dans les années 1960.
Depuis, le centre, propriété du Consistoire israélite de France, mais géré par la synagogue et des bénévoles très attachés au lieu, « était une sorte de club du troisième âge pour la communauté juive espagnole et turque du quartier », expliquait une habitante très émue. « Une trentaine de personnes nécessiteuses venaient aussi y prendre leurs repas », a précisé Claude Zaffran, grand rabbin de la synagogue voisine.
Au numéro 5, la porte cochère en bois portait en écusson deux étoiles de David sculptées, seul signe distinctif d'un lieu de foi, que l'incendie a détruites. En quelques mois, c'est le troisième acte de vandalisme à caractère antisémite qui se déroule dans le XI e .
Julie Cloris, Le Parisien, lundi 23 août 2004, p. 12
Il était recherché depuis les faits et s'est présenté spontanément à la police lundi matin. Les enquêteurs soulignent que l'homme paraît être psychologiquement perturbé.
yahoo.fr, actualités, lundi 30 aout 2004, 19h38
L'Union des étudiants juifs de France veut «choquer» pour convaincre.

Par Catherine COROLLER, vendredi 22 octobre 2004 (Liberation - 06:00)
C’est exactement l’effet qu'a recherché l'Union des étudiants juifs de France (UEJF) qui aurait dû diffuser ces deux encarts à compter de ce mardi (26 octobre 2004) dans des journaux et magazines.
Cette campagne au slogan " l'antisémitisme : et si c'était l'affaire de tous ? ", n'a pas été au goût de tout le monde.
Devant plusieurs réactions négatives, l'UEJF a fait marche arrière et travaille sur un nouveau visuel qui devrait être connu lundi dans la journée.
Vendredi elle a demandé officiellement l'annulation ou la modification de la campagne.