30 avril 2002 : La ligue des droits de l'Homme appelle à voter contre Le Pen pour Chirac
Zidane et Depardieu idem
29 avril 2002 : M. Jacques Chirac et des francs-maçons auraient aider M. Le Pen
29 avril 2002 : Le grand patronat contre Le Pen
28 avril 2002 : La communauté juive contre Le Pen
27 avril 2002 : Homosexuels et féministes contre Le Pen
26 avril 2002 : Appel de Daniel Cohn-Bendit, Bernard-Henri Lévy et André Glucksman à "voter Chirac"
Le psychanalyste socialiste médiatisé Gérard Miller votera également Chirac
25 avril 2002 : Le Pen et les banlieues
24 avril 2002 : Contre Le Pen, après le premier tour de la présidentielle, les Eglises se mobilisent
22 avril 2002 : Le juge Halphen votera Chirac contre Le Pen
21 avril 2002, 21 heures : Me Dominique Strauss-Kahn votera Chirac contre Le Pen
19 avril 2002 : Cinq Etats européens anti antisémites
17 avril 2002 : Lionel Jospin appelle à la vigilance
Existe-t-il un antisémitisme islamique ?
Le point de vue de Me Théo Klein (Biographie)
A Vienne, « Le Juif de Malte »
LE METTEUR en scène Peter Zadek a demandé à la romancière Elfriede Jelinek de traduire Le Juif de Malte de Christopher Marlowe, créé le 14 décembre au Burgtheater de Vienne. L'écrivain explique les raisons de la persistance de l'antisémitisme en Autriche.
Elfriede Jelinek, Le Monde, 21 décembre 2001, p. 30
Elfriede Jelinek traduit Marlowe et pourfend l'antisémitisme en Autriche
L'écrivaine a été conviée par le metteur en scène Peter Zadek à traduire "Le Juif de Malte", spectacle créé le 14 décembre (2001) au Burgtheater de Vienne avec Gert Voss dans le rôle-titre. Dans un entretien au "Monde", elle explique les raisons de la persistance de la haine antijuive dans son pays.
Il fallait que ce soit à Vienne, laboratoire de l'antisémitisme nazi, et il fallait que ce soit Elfriede Jelinek. Lorsque le metteur en scène Peter Zadek, qui songeait depuis longtemps à monter Le Juif de Malte, l'a proposé au Burgtheater - l'une des plus prestigieuses scènes européennes -, il a commandé une nouvelle traduction du texte de Marlowe à cette ennemie déclarée du sentimentalisme, cette pessimiste convaincue de l'impuissance de la littérature à changer le monde et qui s'emploie pourtant, dans une langue d'une redoutable acuité, à fissurer les certitudes de l'Autriche - l'amour du théâtre et de la belle musique, le culte de la nature et du sport, l'oubli, réparateur.
On était alors au début de l'année, dans les méandres d'une campagne électorale viennoise assez bourbeuse. Jörg Haider venait de se distinguer par ses attaques contre le président du consistoire israélite autrichien, Ariel Muzicant, l'un des plus gros agents immobiliers de la capitale dont le chef de la droite populiste mettait en doute l'intégrité ("un type qui s'appelle Ariel mais n'est vraiment pas net", ironisait-il devant son public hilare). Il critiquait surtout son acharnement à réclamer des indemnités substantielles pour les biens "aryanisés" sous le IIIe Reich. Le décor semblait déjà planté pour une pièce dont l'anti-héros est un juif trop riche, brutalement exproprié par les chrétiens, qui s'insurge contre cette injustice et bascule dans le crime.
A l'inverse de Zadek, pour qui Marlowe a seulement écrit une pièce sur "l'image négative du juif", Elfriede Jelinek ne conteste pas son caractère antisémite : "Bien sûr, on y retrouve tous les stéréotypes du genre. Elle a d'ailleurs été représentée dans l'Allemagne nazie, avec une traduction qui accentuait encore la caricature. A l'époque de Marlowe et de Shakespeare, et bien après, en Allemagne au moins jusqu'à Lessing, cet antisémitisme va de soi, il s'affirme en toute innocence. Mais alors que Shakespeare fait une étude psychologique de Shylock, Marlowe a fortement typé son personnage. Si Shylock est un être humain qui est juif, Barabas est "le juif", un Oncle Picsou amoureux de son or."
"En même temps, et là ça devient intéressant, le texte dévoile les mécanismes de l'antisémitisme.
La folie meurtrière de Barabas est déclenchée par les forfaits des chrétiens. Mais, comme dans un miroir, ces crimes sont renvoyés vers lui, qui déclenche une nouvelle série de crimes dans une sorte d'escalade de la violence - à l'image de ce que nous voyons dans la crise internationale actuelle. Barabas est un miroir qui concentre les feux de la haine qui vont le brûler. Le méchant juif doit disparaître pour que les chrétiens ne voient plus le reflet de leur propre méchanceté. Il ne faut pas oublier que cette société de croisés reposait sur le pillage, la spoliation des "incroyants", juifs ou musulmans."
Par comparaison avec ces figures archaïques, Barabas est pour Jelinek d'une "incroyable modernité". "C'est un homme cultivé, qui n'est pas ligoté par la religion ou la morale. La seule chose qui compte pour lui c'est l'argent sous la forme la plus abstraite possible, comme facteur d'échange, la circulation de la richesse comme objectivation des rapports humains".
Avec l'aide de Karin Rausch, elle a donc évité ce qui pouvait réduire le personnage à une composante ethnique folklorisante (le yiddeln, les expressions "typiquement juives" qui abondent dans d'autres versions du texte). Elle a renoncé aussi à un faux classicisme, usant d'un idiome contemporain pour désigner l'argent et d'une langue rude et efficace, à la fois familière et très stylisée.
"La trivialité permet de casser le pathos, et en même temps de le risquer. Comme La Poudre aux yeux, de Labiche, que j'ai aussi traduit, l'histoire de Barabas est une tragédie tournée en farce. Et comme dans mes propres pièces, les personnages expriment crûment ce qu'on ne dit jamais, c'est le ça qui parle à travers eux.
"LE GUIDE DES "ARYANISATIONS"
Prolongeant le texte de Marlowe, Jelinek fait dire à un chevalier de Malte que le sang du Christ retombe sur les juifs et qu'ils devront payer "jusqu'à la fin douloureuse", jusqu'à ce qu'ils aient "tous disparu". Le spectateur d'aujourd'hui pense inévitablement à la Shoah. "Cette forme d'antisémitisme chrétien est souvent niée dans des pays catholiques comme l'Autriche, où l'on met tout sur le dos des nazis "païens". Mais si l'on n'avait pas longtemps stigmatisé les juifs comme des "meurtriers du Christ", les nazis n'auraient pas imposé aussi facilement leurs idées. Je connais bien ce répertoire : j'étais dans une école religieuse, à Notre-Dame-de-Sion. Etrangement, il s'agit d'un ordre français fondé par des juives converties, alors que je suis moi-même à moitié juive par mon père."
Il était important de montrer une telle pièce "ici, à Vienne, où est né l'antisémitisme moderne. Celui du politicien Karl Lueger, qui a influencé Hitler, et aussi celui d'intellectuels juifs "assimilés", comme Karl Kraus ou Otto Weininger". Aujourd'hui, si les codes sont plus subtils, le "bon vieil antisémitisme" affleure toujours. Haider arbore le costume traditionnel carinthien précisément le jour où il doit négocier avec le chef du consistoire israélite le montant des restitutions "pour signifier la supériorité du terroir sur la grande ville cosmopolite". Et que dire du silence écrasant qui accueille l'ouvrage récent de Tina Walzer et Stephan Templ, Notre Vienne, guide illustré des "aryanisations" - cafés, boutiques, pharmacies, cinémas, entreprises - qui, pour la première fois, désigne les "profiteurs" par leurs noms.
"On y apprend par exemple que l'écrivain Heimito von Doderer [tout comme une autre gloire nationale, le chef d-orchestre Karl B-hm, grand mozartien] a aryanisé une maison. Personne ne dit rien ! Mais moi, on m'a insultée lorsque dans ma pièce Burgtheater, j'ai rappelé que les deux vedettes adulées de l'après-guerre, le couple Paula Wessely-Attila Hörbiger, avaient servi le régime nazi." Cette pièce de Jelinek n'a jamais été jouée en Autriche : même Claus Peymann, iconoclaste directeur du Burgtheater, a reculé devant l'outrage.
"Ici, on porte aux nues les interprètes et on méprise les créateurs. Le philosophe Rudolf Burger a écrit que Thomas Bernhard et moi étions responsables de l'arrivée de la droite au pouvoir parce que nous avions trop craché sur l'Autriche. On préfère dénoncer le messager, plutôt que d'entendre le message." La nouvelle pièce de Jelinek ne va pas la réconcilier avec ses compatriotes : Dans les Alpes a pour prétexte le désastre du funiculaire de Kaprun, en novembre 2000, et explore l'idéologie "brune" de l'alpinisme autrichien, qui avait fermé dès 1928 certains refuges de montagne aux juifs.
par JOELLE STOLZ, Le Monde, 21 décembre 2001, p. 30, LE MONDE | 20.12.01 | 20h40, MIS A JOUR LE 20.12.01 | 20h57
-----
Existe-t-il un antisémitisme islamique ?
PARTICULARITÉ de la France : on y trouve les communautés juive et musulmane les plus nombreuses d'Europe. En cela, elle devrait faire office de laboratoire du vivre ensemble. Sur le terrain, néanmoins, tout indique que les difficultés se multiplient. On a certes par le passé connu des moments de nervosité, mais rien de similaire aux tensions qui ont suivi la seconde Intifada et, plus récemment, la nouvelle flambée de violence au Moyen-Orient. Tout se passe comme si la jeunesse française d'origine immigrée et musulmane était plus sensible aux événements en Palestine et manifestait son mécontentement de façon plus audible.
Des propos malveillants, des "A bas les juifs !" fusant dans certaines manifestations, voire des exactions contre des synagogues, ont pu être enregistrés dans différentes villes de France. Plus généralement, on a pu entendre ici et là des propos ambigus sur les juifs, leur pouvoir occulte, leur rôle insidieux dans les médias, leur sombre stratégie... Après le 11 septembre, les fausses rumeurs sur les 4 000 juifs qui ne se seraient pas présentés à leur poste le matin des attaques contre le World Trade Center ont été relayées jusque dans les banlieues.
Des voix musulmanes, trop rares, se sont fait entendre pour se démarquer de ces propos et attitudes. On a parfois expliqué ces phénomènes par la frustration et un sentiment profond d'humiliation. Cela peut être mais il faut néanmoins être honnête et aller jusqu'au bout de l'analyse du phénomène : comme cela se voit à travers le monde musulman, il existe aujourd'hui en France un discours antisémite qui cherche à tirer sa légitimité de certains textes de la tradition musulmane et qui se sent conforté par la situation en Palestine. Ce discours n'est pas uniquement le fait de jeunes désœuvrés ; il est aussi véhiculé par des intellectuels ou des imams qui, à chaque écueil, au détour de chaque revers politique, voient la main manipulatrice du "lobby juif".
La situation est trop grave pour que l'on se satisfasse de propos de circonstance. Les musulmans, au nom de leur conscience et de leur foi, se doivent de prendre une position claire en refusant qu'une atmosphère délétère s'installe en France. Rien dans l'islam ne peut légitimer la xénophobie et le rejet d'un être humain par le seul fait de sa religion ou de son appartenance. Ce qu'il faut dire avec force et détermination, c'est que l'antisémitisme est inacceptable et indéfendable. Le message de l'islam impose le respect de la religion et de la spiritualité juives considérées comme la noble expression des "gens du Livre".
Dans les premiers temps de son installation à Médine, avant les conflits d'alliance, le prophète Mahomet avait menacé : "Celui qui est injuste envers un contractant (les chrétiens et les juifs de Médine), je témoignerai contre lui le jour du Jugement dernier." Plus tard, en pleine période de conflit, huit versets du Coran furent révélés pour innocenter un juif qu'un musulman cherchait à faire injustement accuser à sa place. Mahomet n'a cessé d'enseigner le respect des êtres dans leur différence : il se leva un jour alors qu'une procession funèbre passait non loin de lui ; on lui annonça qu'il s'agissait d'un juif, ce à quoi il répondit : "Ne s'agit-il pas d'une âme humaine ?"
On ne peut négliger cet enseignement et continuer à alimenter des représentations pour le moins troubles concernant les juifs. C'est la responsabilité des cadres associatifs et des imams de diffuser un message sans ambiguïté sur les profonds liens entre l'islam et le judaïsme, sur la reconnaissance islamique de Moïse et de la Thora, sur la contextualisation nécessaire de certains textes équivoques, sur le respect mutuel et le refus de toute forme d'antisémitisme explicite ou larvé. Cela veut dire aussi qu'il faut reconnaître l'horreur que fut l'Holocauste, en étudier la portée et respecter la blessure et la souffrance qui ont façonné la conscience juive au XXe siècle.
Pour que tous les citoyens de confession musulmane accèdent à la compréhension de cet enseignement, il faut qu'il soit accompagné d'un certain nombre d'actions concomitantes. En amont, il faut lutter contre le sentiment de victimisation qui colonise de nombreux esprits parmi les citoyens français musulmans et notamment parmi les plus marginalisés. De malaise en repli communautaire, ils finissent par stigmatiser l'autre, l'Etat, la police, le juif "qui ne nous aiment pas, qui nous manipulent...".
C'est ici la responsabilité partagée des intellectuels musulmans et de l'autorité publique : pour les premiers, il s'agit de dispenser un enseignement islamique cohérent et non littéraliste, qui insiste sur la responsabilisation personnelle et le respect de l'autre. Quant aux pouvoirs publics, il s'agit de proposer des actions concrètes qui brisent la logique des ghettos économiques et réforment les politiques sociales et urbaines sur le plan local. Qu'on le veuille ou non, le désœuvrement et la discrimination sociale sont une des causes majeures du racisme.
A un autre niveau, il devient urgent que des représentants juifs et musulmans prennent langue et établissent un dialogue franc et exigeant afin d'éviter d'alimenter les réflexes communautaristes qui pourraient mettre à mal le principe du vivre ensemble. L'autocritique doit être mutuelle.
S'il faut effectivement condamner les dérapages antisémites de certains musulmans, il est néanmoins de la responsabilité des intellectuels juifs, religieux ou laïques, de ne pas confondre les registres. Un premier ministre d'extrême-droite, qu'il soit juif ou non, est porteur d'une idéologie qu'il faut dénoncer pour ce qu'elle est. Critiquer Sharon pour ses horribles complicités passées et l'horreur de sa politique actuelle, ce n'est point manquer de respect au judaïsme, de la même façon que critiquer une à une les dictatures des pays musulmans n'est point s'en prendre à l'islam.
Le respect que nous devons au judaïsme ne doit pas être sujet à caution dès lors que l'on dénonce l'injuste politique de l'Etat d'Israël. A entretenir ce type d'amalgames malsains, on finit par creuser des tranchées entre des appartenances qui vident de son sens la pratique d'une citoyenneté française fondée sur des valeurs de justice et d'égalité.
Musulmans comme juifs doivent cesser d'alimenter le sentiment d'être des "victimes"et reconsidérer les discours que chacun entretient sur l'autre. Au nom d'une commune éthique citoyenne, notre dignité sera fonction de notre capacité à savoir critiquer, au-delà de toute appartenance confessionnelle, tout Etat et toute organisation à l'aune des principes du droit sans considérer qu'il s'agit d'une manifestation d'antisémitisme ou d'islamophobie. C'est cette exigence intellectuelle qu'il faut enseigner et qui aidera tous les juifs et les musulmans à offrir à leur foi et à leur appartenance respective l'amplitude d'une conscience de soi universelle et non celle d'une identité-ghetto très étriquée.
En Europe et en France, les conditions objectives qui permettraient de relever ce défi sont réunies. Reste à s'engager ensemble dans la voie de l'autocritique constructive et à refuser la perverse tentation des condamnations sélectives.
par Tariq Ramadan , LE MONDE | 22.12.01 | 18h24 | analyse, Tariq Ramadan est professeur de philosophie et d'islamologie à Fribourg et à Genève.
-----
Théo Klein, avocat au barreau de Paris et au barreau d'Israël, ancien président du Conseil représentatif des institutions juives de France (CRIF) et ancien président du Congrès juif européen, estime qu'il est inexact, voire même dangereux, de conclure par une analyse superficielle à un regain de l'antisémitisme.
Dans toutes les périodes de violence que la vie nous fait traverser, la confusion des idées ou des analyses est le piège le plus pernicieux. Même lorsque l'émotion des victimes directes est compréhensible, il est du devoir des responsables d'en appeler à la raison.
Un homme brutalisé, injurié dans la rue, s'il porte une kippa ou s'il paraît être un rabbin, fait penser immédiatement à un acte de nature antisémite. De même, une synagogue incendiée ou une école juive détruite par un cocktail Molotov font ressurgir de la mémoire juive tant de souffrances que l'on croyait abolies. Cependant la simple nature juive de la cible attaquée ne doit pas faire penser, sans réflexion, à un renouveau de l'antisémitisme et faire revivre les vieux démons.
Avant d'analyser les événements qui ont conduit à ce regrettable déferlement de déclarations et d'articles sur un antisémitisme renaissant, il faut revenir aux faits et les situer dans leur contexte.
La France, et particulièrement la région parisienne, a connu, en octobre 2000, au début de l'Intifada Al Axa, puis, à nouveau après le 11 septembre 2001, une série de violences qui ont inspiré les protestations du CRIF et d'autres institutions juives dans le dernier trimestre de l'année écoulée.
Les médias, qui semblent compter sur une plus grande diffusion lorsque leur page de couverture mentionne le mot «juif», (si possible associé à «douleur», «protestation», ou encore «survie») ont emboîté le pas avec une chaleureuse absence de nuances. Ils faisaient ainsi renaître une prétendue vague d'antisémitisme dans le silence «assourdissant» d'une droite antisémite, bien contente de voir les juifs eux-mêmes et les médias, qui généralement la combattent, remettre à l'ordre du jour ce fléau de l'intelligence, cette pourriture de l'esprit qui est la caractéristique de l'antisémitisme lorsqu'il existe et se manifeste vraiment.
J'ai décidé de réagir tout de suite contre ce détournement des faits, contre cette analyse superficielle d'un phénomène d'une nature, à mon avis, bien différente. En effet, ces événements liés essentiellement à l'Intifada mettent en œuvre et en lumière d'une part la confrontation de deux solidarités fortes et contradictoires: les juifs pour Israël, les arabes pour la Palestine, et, d'autre part, le phénomène non maîtrisé de la violence urbaine d'une partie de la jeunesse maghrébine ou, rarement, africaine. C'est lorsque la confrontation de ces deux solidarités est portée à son apogée par la violence des kamikazes palestiniens et des représailles israéliennes qu'éclatent généralement les incidents prétendument antisémites.
Ainsi s'est généralisée une analyse qui identifie l'acte à la cible visée, sans tenir compte de la motivation de l'auteur de cet acte. Dès lors, la confusion s'installe.
Il ne me semble ni convenable ni, en l'occurrence, exact de conclure au vu des actes relevés par les institutions juives à un regain ou un renouveau de l'antisémitisme en France. Il me paraît même dangereux de se livrer à une telle analyse dans une conjoncture où l'incivisme et la violence s'expriment contre toutes sortes d'autres cibles. Je veux bien reconnaître qu'une synagogue ou une école incendiées peuvent susciter plus de craintes et d'émotions que l'incendie de voitures mais lorsque d'identité des incendiaires est la même, cela mérite un examen attentif.
Les Juifs de France, comme dans la plupart des autres pays européens, sont intégrés à la population, font partie des cadres, occupent souvent des postes à responsabilités. Ils ne constituent pas une minorité au sein de la collectivité. Ils se regroupent librement dans leurs associations, exercent leur culte religieux, sont présents aussi au sein des universités où un grand nombre d'éléments de la culture juive sont enseignés. S'il se trouvait qu'aujourd'hui s'organise en France un mouvement prônant l'antisémitisme, c'est l'ensemble de la communauté nationale qui serait appelée à réagir. Nous avons quitté nos ghettos involontaires et n'avons aucune raison de nous enfermer nous-mêmes dans une sorte de ghetto artificiel. C'est en citoyen de plein droit que nous devons examiner les événements et c'est au nom de la sécurité de tous que nous devons combattre toutes les violences et les dénoncer toutes.
Dans cette liberté citoyenne, il est parfaitement normal que les institutions juives manifestent leur solidarité avec l'Etat et le peuple d'Israël. A juste titre, aussi, ces institutions ne veulent pas, en tant que telles, entrer dans le débat et les choix politiques ou stratégiques du gouvernement d'Israël. Il serait cependant erroné d'en conclure que «les juifs soutiennent Sharon» ou d'autres formules dont la généralité est porteuse de confusion. Chacun d'entre eux, chacun d'entre nous, porte sur l'action du gouvernement d'Israël un jugement personnel.
Il n'est ni de notre intérêt, ni de celui de ceux qui soutiennent le point de vue des Palestiniens, de transférer hors du Proche-Orient un conflit dont la solution demeure entre les mains des deux peuples qui devront, finalement, se partager la terre commune. Si nous voulons apporter notre contribution indirecte à la solution de ce conflit, c'est en appelant au dialogue plutôt qu'en surévaluant les obstacles.
S'il existe, de par le monde, une tentative de ressusciter un mouvement antisémite, c'est à Durban, l'été dernier, qu'il s'est manifesté. Ceux qui se sont, à cette occasion, livrés à la dégradante tentative de reprendre les arguments éculés du temps du tsarisme, du stalinisme et de l'hitlérisme se sont d'eux-mêmes mis au ban de la communauté internationale. Ils ont fait le jeu d'un islamisme extrême dont l'objet réel n'est pas de combattre les juifs en tant que tels mais d'abattre, à travers eux, les valeurs de la laïcité, de la liberté et de la démocratie. Ne nous jetons pas nous-mêmes dans le piège qu'ils nous ont tendu. La défense des droits de l'homme passe par la solidarité de tous les démocrates. Soyons simplement des leurs.
Le Temps, Date de parution : Lundi 4 février 2002, Théo Klein
------
Théo Klein en 7 dates :
Juin 1920
Naissance à Paris.
1945
Devient avocat.
1970
S'inscrit au barreau d'Israël.
1983
Président du Crif (Conseil représentatif des institutions juives de France).
1986-1987
Président du Congrès juif européen.
1989
Président d'honneur du Crif.
2001
«Libérez la Torah», Calmann-Lévy.
L'alarme a été tirée. Il reste assis, vieux monsieur qui n'en est pas à sa première alerte. Les intellectuels peuvent bien gronder, les journaux titrer, les associations s'enflammer, il démonte le livre de l'un, le plaidoyer de l'autre, regarde derrière lui et assure publiquement que tout ne va pas si mal. Théo Klein dit: «Il y a dans nos esprits, ou dans nos gênes, quelque chose qui nous avertit des dangers qui vont se présenter. Je n'exclus pas que ce petit signal puisse fonctionner encore, mais attention.» Sa petite lumière à lui ne s'est pas allumée ces derniers mois, tandis que dans certaines banlieues, cages de résonance des passions palestiniennes, la kippa se cache. Au gré des 81 années passées, ce passager du siècle de l'Holocauste, a bien connu l'incandescente lueur. Mais cette fois non, Théo Klein, ancien président du Crif, notable à la parole installée, ne croit pas qu'une vague antisémite menace la France.
Théo Klein, c'est l'«israélite français». Son histoire ne débute pas sur les bords de la Méditerranée, ou dans les profondeurs orientales de l'Europe. Son quadriaïeul s'est présenté à la mairie de Strasbourg un jour de 1808, Napoléon avait décidé que les juifs devaient être inscrits à l'état civil. Il ne suffisait plus de dire Salomon, fils de David. Il choisit le nom de Klein. «Dans la famille, on n'a jamais su pourquoi.» Ça veut dire petit. Il l'était peut-être, l'aïeul, «coupeur de cors», continuellement penché sur les pieds abîmés par la marche. La famille a ensuite quitté l'Alsace devenue allemande, pour Paris, dans le Xe arrondissement.
Dans la salle à manger, un tableau rappelait Jérusalem. La tradition juive scandait les jours et les semaines. Le vendredi soir, la mère allumait les deux bougies traditionnelles, l'Eternel était partout, «un mot que je prononçais, mais auquel je ne croyais pas». Parfois on l'appelait «Bondieu», comme dans ces maisons françaises incrustées de croix. C'est que chez les Klein, «on était très profondément juif et très profondément citoyen français». L'orthodoxie juive s'épanouissait avec la République laïque qui surmonta l'affaire Dreyfus, puissant vaisseau de la réaction, puis la Grande Guerre pour laquelle père et oncles partirent, le châle de prière roulé dans leur barda. Le père est rentré avec le grade de médecin capitaine. Quand, plus tard, la République installa le juif Léon Blum, les Klein étaient sur les trottoirs les jours de défilés, accueillant les congés payés comme un shabbat prolongé.
«J'ai rencontré l'antisémitisme.» Mais d'abord, il n'a pas eu peur: «J'allais à l'école communale des garçons, nous étions absents les jours de fête juive et le samedi. Un élève lançait des expressions antisémites. Eh bien, le pied du professeur ou la main du directeur intervenait avant que j'aie eu le temps de réagir.» Pour ses études secondaires, il fréquente un lycée juif, y croise ceux qui viennent d'Europe de l'Est ou du Maghreb: «Ils étaient sionistes, nationalistes, ce qu'on n'était pas dans ma famille.» Pendant l'Occupation, la famille s'enfuit, se cache, éparpillée. La République n'est plus fiable, elle a laissé la France voter le statut des juifs. Son père, membre du consistoire, reste à Paris. Jeune résistant, Théo vient le voir: «Il m'a dit que son étoile jaune lui a valu, dans le quartier, plus de saluts discrets que d'insultes.» Les Klein sont patriotes, des oncles sont morts en déportation, des cousins abattus par la Gestapo, mais les Klein ne sont pas hommes à gratter les plaies de la culpabilité française.
Théo Klein continue à pétrir les deux histoires et regarde vivre aujourd'hui toute la société française. «Nous sommes face à un problème général de violence dans les banlieues. Ceux qui s'attaquent aux rabbins sont les mêmes qui s'attaquent aux pompiers, à la police, aux enseignants.» Il voit se transposer ici la guerre israélo-palestinienne: «Du côté des jeunes Maghrébins, cela se traduit par une violence parfois physique. Cette jeunesse-là n'a pas d'autre moyen d'expression. Mettre le feu à une synagogue, ce n'est pas pareil que mettre le feu à une voiture. Mais ça ne change pas la nature de l'acte, vu de celui qui le commet. Je ne vois pas dans tout cela la détestation intrinsèque du juif.» Cet homme aux deux nationalités, israélienne et française, retourne le miroir vers les siens: «Le réflexe du ghetto n'est pas mort. C'est vrai que pendant deux mille ans, on a été absents de la souveraineté, mais on ne va pas reconstruire nous-mêmes un ghetto!»
On peut s'étonner qu'il ait été dans le passé élu à la tête des institutions juives de France. «Il aura été à sa manière un Jean XXIII du judaïsme français», écrit Alain Minc. Mais sans succession. Il avait soigné le lien à la République et inventé les dîners du Crif, rendez-vous devenu incontournable avec le Premier ministre. Il avait d'emblée assumé sa sensibilité «de gauche» et affirmé qu'il ne jouerait pas les succursales de l'ambassade d'Israël. La première fois qu'il est allé en Israël, c'était au début des années 50, un vol de nuit plein à craquer. «ça gueulait dans l'avion, en yiddish, en anglais, et je me disais: "Mais qu'est-ce que j'ai à voir avec ces gens-là." Et puis on a débarqué à 5 heures du matin, j'ai été pris par l'odeur des orangers, j'ai été saisi par un sentiment auquel je n'étais pas préparé. Je me suis dit: "Je suis rentré à la maison."» Avec Ariel Sharon, ils se sont parlé et opposé franchement. L'hébreu, dit-il, ne permet pas beaucoup de circonvolutions. Klein lui demande de pousser Arafat à proclamer l'Etat de Palestine, pour le reconnaître aussitôt.
«Je ne me sens pas marginalisé, dit-il. J'ai juste un point de vue que je partage avec moi-même.» Qui est: la haine passée ou actuelle, réelle ou fantasmée, ne peut être le seul ciment de l'identité juive. «Je ne suis pas juif en France parce que des parents ont été déportés à Auschwitz, pas davantage parce qu'Israël existe.» Encore moins, écrit-il, par la grâce d'une parole rabbinique sclérosante. Alors Théo Klein, séducteur deux fois marié, avocat aux affaires florissantes, homme sans foi mais pas sans loi, sans prières mais pas sans rite, lit et relit la Torah parce qu'il y trouve matière à réfléchir, et parce ce qu'elle était rassurante la main du grand-père à barbe blanche qui l'emmenait vers la synagogue, où il ne va plus.
Des durs de banlieue s'inventent une «intifada», les intellectuels parisiens des flash-backs. Klein est montré du doigt: «juif honteux», disent les musclés. Réunion du centre Simon-Wiesental le mois dernier: «Théo Klein et tous ces gens qui nous font un mal fou doivent se taire.» Ovation. Pierre-André Taguieff, théoricien de la nouvelle «judéophobie», à son tour: «Il joue sa partition dans l'orchestre des "bons juifs" invitables, modérés et critiques vis-à-vis d'Israël. Il est déphasé par rapport au contexte.» Trop vieux le juif libéral, sorti d'une maison pieuse avec la Terre promise au mur de la salle à manger et la porte ouverte sur l'extérieur? Trop peut-être, pour se départir de ses bonnes manières. Mais pas suffisamment pour lâcher prise.
Libération, 5 février 2002, p. 40
-----
Lionel Jospin appelle à la vigilance sur le racisme et l'antisémitisme
Le café de la musique avait été rebaptisé, le temps d'une soirée, lundi 15 avril, " Café de la paix". En invitant Lionel Jospin à "discuter sans tabou" de la situation au Proche-Orient, Malek Boutih, président de SOS-Racisme, et Patrick Klugman, président de l'Union des étudiants juifs de France (UEJF), voulaient afficher leur volonté de lutter contre la montée des communautarismes. L'initiative, passablement convenue, a permis au candidat de redire sa "condamnation absolue" des actes antisémites et racistes.
C'est dans le cadre branché de ce café de la porte de Pantin, à Paris, qu'une cinquantaine de jeunes de toutes origines et de toutes religions, ont interrogé, studieusement, le candidat socialiste. Pendant plus d'une heure, le premier ministre en campagne s'est prêté au jeu des questions réponses - soigneusement préparées par les organisateurs -, se détendant au fur et à mesure des échanges devant un parterre conquis.
"AUCUNE EXCUSE"
Sur le conflit israélo-palestinien, M. Jospin a reconnu prudemment que depuis que le processus de paix s'était arrêté, "la situation était devenue difficile" : "Il est évident que quand on passe d'un processus de paix à une régression, l'espoir disparaît", a admis le candidat, expliquant qu'il fallait "en rester aux principes de base", "la garantie de la sécurité d'Israël et le droit des Palestiniens à se constituer comme nation dans un territoire viable". "Toute attitude du gouvernement israélien niant cet Etat palestinien, tout comme l'utilisation des attentats sanglants qui a comme conséquence de dresser la population israélienne contre les Palestiniens, doivent être condamnés."
A une question sur les initiatives en faveur de la paix qu'il prendrait s'il était élu, M. Jospin a expliqué qu'il ferait "entendre la voix de la France dans le sens du dialogue et de la paix". Pour cela, il "s'efforcera d'agir sur les deux protagonistes pour retrouver le chemin de la négociation" : "C'est le sens de la proposition de l'envoi d'une force d'interposition contre la logique répressive qui nourrit colère et désespoir." M. Jospin a reconnu qu'il n'avait, dans ce domaine, avec Jacques Chirac, que des "différences de sensibilité sur la façon d'agir".
Quant à "l'inquiétude de beaucoup de jeunes devant les actes antisémites", le candidat a répondu qu'"il n'y a aucune excuse à l'antisémitisme". "Nous devons, dans nos têtes, mais aussi en tant qu'Etat, condamner de manière absolue l'antisémitisme", a-t-il poursuivi. Il est également nécessaire d'être "vigilant vis-à-vis de tout acte raciste tourné vers d'autres individus et communautés". "Il a fallu l'être depuis le 11 septembre", a-t-il précisé, faisant allusion aux agressions racistes qui ont visé des personnes d'origine maghrébine. Le candidat en a profité pour s'inquiéter de la "poussée de l'extrême droite" dans les sondages et mis en cause Jacques Chirac sans le nommer : "Le fait, pour certains candidats, de situer de façon systématique leur campagne sur le terrain de l'insécurité nourrit l'extrême droite", a dénoncé M. Jospin.
Ce sera la seule allusion à la campagne en cours. Le candidat socialiste a ensuite accroché au revers de son costume le petit ruban blanc "pour la paix", fabriqué pour l'occasion par SOS-Racisme et l'UEJF, se disant prêt à une grande manifestation "républicaine". Et s'est ensuite prêté à une séance photo devant la fontaine aux Lions de la grande Halle de La Villette, entouré d'une grappe de jeunes très "black-blanc-beur".
Sylvia Zappi, Le Monde, 17 avril 2002, p. 13, LE MONDE | 16.04.02 | 16h39
------
Cérémonie fraternelle à la Sorbonne
En coordination avec SOS-Racisme et l'Union des étudiants juifs de France (UEJF), Jack Lang a organisé, lundi 15 avril, à la Sorbonne, une cérémonie d'appel à la fraternité et au respect des valeurs républicaines. Le ministre de l'éducation nationale a annoncé avoir adressé une lettre à l'ensemble des chefs d'établissement et des professeurs des écoles les invitant à combattre "toute transposition sur notre territoire du conflit au Proche-Orient". Après Malek Boutih, président de SOS-Racisme, et Patrick Klugman, président de l'UEJF, une vingtaine d'artistes et d'intellectuels ont défilé sous la coupole de l'amphithéâtre Richelieu. Des artistes (Yvan Attal, Patrick Bruel, Yamina Benguigui) et des intellectuels (Régis Debray et Alain Touraine) ont fait part de leurs espoirs, Didier Lockwood célébrant, au violon, le mariage de la musique arabe et des rythmes d'Europe centrale. Le mufti de Marseille, Soheib Bencheikh, a enfin laissé le rabbin Gabriel Fahri lire un texte commun, "par respect d'une religion benjamine envers son aînée".
Le Monde, ARTICLE PARU DANS L'EDITION DU 17.04.02
-----
Cinq pays contre l'antisémitisme
Les ministres de l'Intérieur de France, d’Allemagne, de Belgique, d’Espagne et de Grande Bretagne, cinq pays de l'UE particulièrement touchés par les hausse des actes antisémites, ont rédigé une déclaration commune dénonçant ces agressions.
L’initiative vient de la France, plusieurs fois montrée du doigt tant par Israël que par les Etats-Unis après la multiplication des agressions antisémites au cours des dernières semaines. Jeudi, les ministres de l'Intérieur de cinq pays européens, la France, l’Allemagne, la Belgique, l’Espagne et la Grande Bretagne, ont annoncé qu’ils allaient publier "une déclaration commune" contre les violences antisémites. Cette déclaration, qui doit être présentée le 25 avril au Conseil des ministres de la Justice et de l'Intérieur de l'Union européenne, réclame la mise en place de mesures spécifiques au niveau de l’UE, outre les mesures déjà prises au plan national par chacun des pays concernés. Les cinq ministres réclament également que les actes racistes, xénophobes ou antisémites soient sanctionnés de manière comparable dans tous les pays de l’UE.
Pour le seul cas français, plus de 300 actes antisémites, contre des biens ou des personnes, ont été commis en France entre le 29 mars et le 15 avril derniers, alors qu'il y en avait eu moins de 200 sur l'ensemble de l'année 2001, selon les statistiques de la Police nationale. Près de 60% de ces actions ont pris la forme d'inscriptions antisémites, tandis que qu’un peu moins de 20% ont constitué des atteintes directes aux personnes, dont deux contre des policiers en faction devant un établissement juif, école ou synagogue. Dans cette dernière catégorie, ont notamment été recensées 16 violences perpétrées contre des personnes du fait de leur appartenance à la communauté juive.
La France et les quatre autres pays européens ayant pris part à l’élaboration de cette déclaration, tous directement concernés par cette hausse du nombre d’agressions antisémites, ont tenu à réaffirmer fermement leur refus de toute forme de violence en raison de l’appartenance à une ethnie ou une communauté particulière. "La violence à caractère raciste ou xénophobe constitue une violation directe et intolérable des principes de liberté, de démocratie et des droits de l'homme sur lesquels l'Union européenne est fondée", dénonce leur communiqué. "Ayant été ces dernières semaines particulièrement visés sur nos territoires par des actes qui violent ces principes, nous exprimons notre volonté commune de renforcer, dans nos sociétés, la vigilance et de lutter énergiquement contre toutes les formes de discrimination, de racisme, d'antisémitisme et de violence qui prendraient prétexte des conflits et violences qui déchirent les peuples du Proche-Orient".
tf1.news, Mis en ligne le 19 avril 2002
------
Les Eglises se mobilisent
PAS DE « COMPROMIS » entre les valeurs de la religion et celles de l'extrême droite : fait rarissime, les Eglises chrétiennes de France, catholique et protestante, se sont engagées sur le terrain politique en appelant, hier, les électeurs à « faire barrage » contre Jean-Marie Le Pen.
Le message le plus clair vient de Mgr Olivier de Berranger, évêque de Saint-Denis. Aucun « catholique clairvoyant », dit-il, ne peut voter Le Pen, « héritier d'une tradition totalitaire et antichrétienne ». « Nous ne pouvons pas être d'accord, c'est non possumus » (NDLR : nous ne pouvons pas), tranche Mgr de Berranger, reprenant la formule opposée par les apôtres à ceux qui leur interdisaient de prêcher.
Lundi, déjà, le cardinal Jean-Marie Lustiger, archevêque de Paris, avait protesté contre le « détournement de symboles » effectué au soir du premier tour par Jean-Marie Le Pen. Le leader de l'extrême droite avait, en effet, « emprunté » les mots du pape Jean-Paul II pour s'adresser aux électeurs : « N'ayez pas peur, entrez dans l'espérance. » Mgr Lustiger, rejoint par les responsables protestants, souligne en outre la « crise profonde » de la société française révélée par le vote de dimanche.
Revenant sur la « cruelle expérience » du premier tour, les protestants s'alarment aussi de la forte abstention. Ils mettent en garde contre une candidature qui « cache un vrai déni des valeurs républicaines les plus élémentaires ».
Les juifs de France montent aussi au créneau. Pour la première fois, le Consistoire central (union des communautés juives) et le Crif (Conseil représentatif des institutions juives de France) se mêlent de politique : eux aussi appellent à « voter Chirac le 5 mai ». « Le judaïsme français », indique le Consistoire, fait face au « nouveau danger » représenté par le candidat « de l'exclusion, de la xénophobie et de l'antisémitisme ».
Henri Vernet, Le Parisien, mercredi 24 avril 2002, p. 8
------
PRÉSIDENTIELLE. Beurs ou blacks, ils ne s'étaient pas sentis concernés par l'élection. Ils découvrent aujourd'hui brutalement la portée des résultats du scrutin
Dans les banlieues, les relations entre jeunes «bronzés» et les «Gaulois» se sont détériorées depuis longtemps.
Le vote Le Pen vu des banlieues
Jean-Marie Le Pen n'a pas eu besoin, cette fois, de mener campagne contre l'immigration : il suffisait de parler d'insécurité pour que ses électeurs, tout comme les immigrés et leurs enfants comprennent implicitement. Pourtant, les jeunes des cités se sont souvent abstenus. Depuis dimanche dernier, les banlieues sensibles sont en état de choc. De nombreux adultes semblent rejeter le discours communautariste qui avait prévalu et se désolidarisent des délinquants, pour mieux affirmer leur désir d'intégration.
« Combien d'entre nous, jeunes rebeus (beurs) ou renois (noirs) sont allés voter dimanche ? C'est sûrement plus facile de tomber à quinze sur un mec de la cité d'à côté, de s'inventer des guerres de quartier plutôt que d'essayer de construire », déplore sur les ondes un auditeur de Beur FM, avant de poursuivre : « Est-ce parce que, dans nos quartiers, nous avons l'impression d'être intouchables (genre personne ne cramera ma caisse) qu'il ne faut pas réaliser que la violence amène à ce genre de vote extrême ? » Sur le forum de la radio, l'émergence brutale de Le Pen sur le devant de la scène politique a balayé les messages de soutien aux Palestiniens, de critiques contre les Israéliens... L'urgence a déménagé, elle a quitté le Proche-Orient. Désormais, la menace s'est rapprochée. Une ombre plane sur les banlieues. « J'entends un bruit de bottes », murmure Gibril, jeune adulte malien, qui oscille entre la gravité et la provocation. Avant de lancer un « Vive Le Pen » à gorge déployée. Éclat de rire général. Comme la plupart des jeunes de Bondy Nord (Seine-Saint-Denis), il n'ose pas aller jusqu'au bout de son inquiétude. Il préfère narguer le futur : « Mais non, le borgne ne passera pas. Et tout redeviendra comme avant. » Consensus d'un instant. Il fait beau, les jeunes bronzent en « tenant les murs ». En apparence, rien n'a changé pour l'instant. Hormis l'amertume qui suinte des tours vert pâle. La bande parcourt des yeux les appartements en murmurant : « Ils ont tous voté pour Le Pen... tous ». Et « ce n'est pas une surprise ».
Les relations entre ces jeunes « bronzés » et les « Gaulois » se sont détériorées depuis longtemps. « Ils passent en nous souriant, mais ils nous détestent. Dès qu'ils rentrent chez eux, ils appellent la police », raconte un Antillais. Mais la véritable ligne de front n'est pas une ligne de couleur. Plus que l'origine, c'est l'âge qui détermine le clivage entre des adolescents à la dérive, ne respectant même plus les règles de bon voisinage, et les adultes en général. Ces deux mondes s'ignorent au mieux, se déchirent souvent.
« Ils n'en peuvent plus. Ils explosent, on le voit bien, mais nous on a besoin d'être jeune, de s'amuser. On fait rien de mal », estime Yazid. « On travaille, même... », s'amuse un colosse, en faisant allusion à son « petit commerce ». Quelques jeunes s'écartent d'ailleurs pour faire « leurs affaires ». Beaucoup ont des volutes de haschich plein la tête et planent complètement. Le score de Le Pen ne les a pas encore dégrisés. Ils regardent à la télévision les « jeunes bourgeois manifester », sans même envisager de décoller de leur périmètre. Même si « ça fait chaud au coeur de voir des Pascal (comprendre Français) défiler pour nous ».
A quelques kilomètres de là, cité du Londeau, à Noisy-le-Sec (Seine-Saint-Denis). Mêmes silhouettes en survêtements en guise de comité d'accueil, sur la place carrée où survit un gazon. Fin d'après-midi. Des petits groupes se retrouvent dans cet espace situé au milieu de trois tours et d'une barre horizontale. L'insouciance est de rigueur dans la rue. L'angoisse est réfugiée dans les appartements, chez les mères de famille.
« Ma maman flippe complètement. Elle n'est que résidente, raconte Malik, dernier d'une grande fratrie. Ça fait cinquante ans qu'elle est partie du bled. Elle avait 15 ans. Elle peut pas y retourner. D'ailleurs le premier qui veut l'expulser, je lui souhaite du courage ! »
« Tu crois qu'ils vont venir nous chercher ici ? La cité est à nous. Ce serait la guerre », fanfaronne un frêle adolescent, déjà alléché par l'idée d'une bagarre générale. La perspective fait diversion. « De toute façon, on n'a aucun avenir ici. Alors, Le Pen ou autre chose... La gauche n'a rien fait pour nous, la droite non plus... » L'éternelle complainte reprend. A les écouter, ils sont les oubliés de la République, les honnis. Le Pen aurait au moins le mérite « de clarifier les choses ». Certains disent apprécier le tribun, l'homme à poigne, le parler juste. Comme si le discours de la « haine » était « plus vrai ». Et après ?
« Quoi, après ? » Ils ont du mal à saisir la question.
Comment voient-ils leur avenir après le séisme ? « On est des Français, de toute façon », avance un jeune black. « Ils pourront rien contre nous », ajoute un autre. Mais le ton tourne à l'interrogation. « Ils pourront nous détester ouvertement, ne pas nous embaucher du tout... » Pour la plupart, ils ne connaissent rien du programme de Le Pen, mais savourent chacun des points qu'un mieux informé leur rappelle. « Préférence nationale ? C'est pas nouveau, on connaît déjà », murmure un beur. « Boulot pour les Français, aides sociales pour les Français ? » « Plus de Rémi (RMI) alors ? Plus d'allocs ? Ouh-la-la... » « Logement social pour les familles françaises » ou « suppression de la nationalité pour les délinquants » les sortent de leur apparente léthargie : « Imagine, tu crames une bagnole, t'es plus français ! La folie ! Tu fais du bruit dans le hall, direct au bled : c'est pas possible ! »
Ils s'inquiètent.
Mais on est loin de l'examen de conscience. « Ceux-là sont des jeunes, ils n'ont pas envie de penser, estime Karim. Moi, je suis un adulte et je panique. Les pères sont en train de comprendre qu'il va falloir reprendre en main cette jeunesse qui a poussé de travers. Avant, ils étaient presque contents que leurs enfants défient tout. Ça les vengeait des humiliations passées. Alors ils ont fermé les yeux. Mais c'est fini. »
La génération des « résidents » a la crainte au ventre. Et voudrait bien reprendre le contrôle de ses enfants. « Mais c'est presque trop tard », reconnaît un vieil ouvrier. « On croise à peine nos gamins. Ils ne nous écoutent plus. » « Même les grands frères sont contestés dans certaines cités », analyse Yazid Kherfi, consultant en sécurité urbaine. Ces derniers jours, il était à Marseille, pour tenter d'établir des passerelles avec les plus jeunes des quartiers nord. « Ils rejettent tout. Ils sont prêts à brûler leurs anciennes attaches. Ils ne supportent pas les critiques. On est au bord d'une situation insurrectionnelle, dans certains coins. »
A Montfermeil (Seine-Saint-Denis), quelques mères d'origine africaine confessaient lundi avoir voté Le Pen : « Pour qu'il renvoie nos démons au village... » Leila, elle aussi, a choisi « la méthode forte », pour obliger son fils drogué à « rentrer au bled » : « Ici, on n'y arrive pas. On ne peut pas corriger les enfants, sinon ils se plaignent à l'école et on est accusé d'être de mauvais parents. » Elles parlent sur le ton de la confession. Les pères, eux, assument souvent un discours musclé. Ils ont très peur de la montée de l'extrême droite, mais rêvent souvent de solutions radicales. En attendant, ils font pression pour que, cette fois, leurs enfants aillent voter dimanche.
lefigaro.fr, Cécilia Gabizon [25 avril 2002]
-----
Appel de Daniel Cohn-Bendit, Bernard-Henri Lévy et André Glucksman à "voter Chirac"
"C'est sans état d'âme que chacun d'entre nous déposera le bulletin "Jacques Chirac" dans l'urne.
"17 % de lepénistes au premier tour de la présidentielle : stupeur ! Honte pour chacun d'entre nous. Ce cauchemar révulse ceux pour qui la France est générosité.
"17 % des suffrages correspondent à 12 % des inscrits. Le Pen n'a jamais séduit au-delà.
"88 % des Français n'ont jamais voté pour lui.
"Retournons la claque : que 90 % votent Chirac !
"Osons un immense plébiscite pour la démocratie.
"Ainsi Le Pen serait ramené à ce qu'il est : peu de chose.
"Un tel raz de marée libérerait chacun des fascinations et des fantômes du passé. Mais aussi, pourquoi pas, des égoïsmes, des œillères, des appareils et des résignations qui pèsent sur notre pays.
"L'avenir de la France et de l'Europe appartient aux 90 % de non-lepénistes, qu'ils s'émancipent et qu'ils le fassent savoir."
Les signataires de cet appel sont : Daniel Cohn-Bendit (président du groupe des Verts au Parlement européen), Pierre Daix (écrivain), André Glucksman (philosophe), Romain Goupil (cinéaste), Bernard-Henri Lévy (philosophe), Olivier Rolin (écrivain), Daniel Rondeau (journaliste et écrivain).
Le Monde, ARTICLE PARU DANS L'EDITION DU 26.04.02, p.5
-----
Seillière torpille le projet économique de Le Pen.
Le Medef s'élève contre certains points du programme du candidat du FN.
Mais, globalement, les patrons évitent de s'engager dans le débat politique
Après les multiples forums d'avant-campagne, où Ernest-Antoine Seillière donnait parfois l'impression de tenir meeting, le contraste, hier, était saisissant. Le président du Medef a pénétré dans une des salles de réunion au siège parisien de l'organisation patronale, entouré des membres du conseil exécutif, puis il a lu solennellement une longue déclaration pour « condamner » le programme économique et social du Front national. Avant de repartir, sans plus de commentaires. C'est que, entre-temps, le contexte politique a bien changé ! La présence de Jean-Marie Le Pen au second tour ébranle aussi le monde économique. La discrétion du Medef face à l'activisme des syndicats commençait à faire des remous. De fait, il a fallu attendre une semaine pour que le mouvement, pourtant très engagé dans le débat préélectoral, commente les résultats du premier tour de l'élection présidentielle. Vendredi, le PDG de Publicis, Maurice Lévy, s'était dit « un peu surpris », voire « choqué », de ce mutisme : « Le patronat devrait prendre une position très claire en appelant à voter Chirac. » Le publicitaire a été partiellement entendu. Ernest-Antoine Seillière a fustigé à son tour le programme économique du FN sans toutefois donner de consigne de vote. Tardive, cette déclaration publique approuvée à l'unanimité par le bureau du Medef n'en est pas moins sévère.
Selon le président du Medef, les mesures défendues par Jean-Marie Le Pen provoqueraient « une régression économique profonde, une montée forte du chômage, une crise financière sans précédent, une poussée inflationniste, un appauvrissement de tous et des tensions sociales explosives ». Qualifiant une éventuelle sortie de l'Union européenne d'« aberrante » et le principe préférence nationale « inacceptable », il a par ailleurs estimé que « choisir l'isolationnisme et le protectionnisme conduirait (...) à un déclin sans précédent ». « Renoncer à l'euro, a-t-il ajouté, nous exposerait à une instabilité financière et monétaire, à des dévaluations aux conséquences économiques très graves. »
La présence de Jean-Marie Le Pen au second tour n'a pas fini d'alimenter des polémiques. Hier, elle a également ravivé le contentieux entre le Medef et le syndicat Force ouvrière. Analysant dans le quotidien La Tribune le vote du 21 avril, Marc Blondel, le secrétaire général de FO, a asséné : « J'accuse le Medef qui, avec son comportement et son refus de négocier, a fait le lit de Le Pen. » Ce « j'accuse » a « soulevé le coeur » d'Ernest-Antoine Seillière, qui a aussitôt exigé des excuses. Le leader du mouvement patronal a rappelé qu'il s'était toujours opposé aux comportements illégaux du type grèves des impôts ou séquestrations : « Depuis quatre ans, j'ai parfaitement su contenir dans [nos] rangs l'extrémisme. Je ne peux pas en dire autant du monde politique – la preuve – ou d'ailleurs du monde syndical. »
L'intervention du Medef clôt pour l'instant une série de réactions patronales. Sollicitées trois jours après le premier tour, l'Union professionnelle des artisans (UPA) et la CGPME avaient été les premières organisations à sortir du silence. Mais, désormais, en comparaison avec le Medef, leur position s'avère « tiède », alors même qu'un sondage réalisé le 21 avril montre qu'un tiers des « commerçants, artisans, chefs d'entreprise » aurait voté pour Jean-Marie Le Pen. Sans vouloir prendre de position en faveur d'un candidat, l'UPA avait ainsi réaffirmé son « attachement aux valeurs qui fondent notre république ». Dans la même veine, la CGPME avait appelé à « voter pour les valeurs républicaines ». La FNSEA dénonçait de son côté le « repli sur soi » prôné par le FN. Pour Jean-Michel Lemétayer, son président, « l'agriculture française n'a pas d'avenir sans l'Europe et sans l'euro ».
Comme le Medef, les chefs d'entreprise ont mis du temps à réagir. Et encore l'ont-ils fait avec prudence. Dans Le Figaro, Francis Mer, le président du groupe sidérurgique Arcelor, a déploré vendredi « un vote de protestation contre un système que les Français ne comprennent pas et dont ils se sentent complètement étrangers ». Dans Les Echos, Pierre Richard, président de la banque Dexia, estimait hier que « ce coup de semonce sonne la faillite de l'Etat central qui n'a pas su évoluer en même temps que la France et s'est retrouvé coupé de la réalité ».
Pour Jean-François Dehecq, PDG de Sanofi-Synthélabo, interrogé par l'AFP, « le contrat social entre citoyens et dirigeants pourrait être rompu et la responsabilité est celle des hommes politiques mais aussi celle du monde économique ». Au-delà de ces diagnostics généraux, les chefs d'entreprise sont pourtant restés discrets sur les mesures économiques et sociales du FN. Par souci de ne pas donner de crédit à « un programme irréaliste », lâche-t-on dans un grand groupe. « Parce qu'il n'est pas dans nos habitudes de commenter l'actualité politique », selon plusieurs services de communication.
Toutefois, tout le monde ne partage pas cette stratégie de la neutralité. Hier, Michel Pébereau a annoncé qu'il voterait au second tour pour Jacques Chirac, seul à même de « représenter les valeurs de la liberté ». Le président du groupe bancaire BNP Paribas a par ailleurs jugé « absurdes et inacceptables » les attaques du FN contre l'Europe. « Meilleur garant de notre avenir économique et social », l'appartenance à l'Union européenne est « le seul moyen de continuer à concilier la compétitivité de nos entreprises et de notre pays », a-t-il argumenté. Cette prise de position reste isolée.
lefigaro.fr, P. A. et R. G., [30 avril 2002]
-----
Rassemblement d'intellectuels et de personnalités religieuses
Adossé au Panthéon, face à 10 000 manifestants, selon la police, le maire de Paris, Bertrand Delanoë, le promet : "Ma main ne tremblera pas" en déposant dans l'urne, le dimanche 5 mai, "un bulletin de vote sur lequel il y aura marqué Jacques Chirac". "Et rien de nos convictions ne sera renié", a-t-il ajouté. Le rassemblement de ce dimanche 28 avril, à l'initiative notamment de la Ligue contre le racisme et l'antisémitisme (Licra) et de l'Union des étudiants juifs de France (UEJF), aura donné une occasion supplémentaire à des personnalités de gauche d'affirmer leur ralliement au vote Chirac.
Un rassemblement contre l'extrême droite, auquel s'étaient joints de nombreux intellectuels parmi lesquels les philosophes Alain Finkielkraut, Bernard-Henry Lévy, l'écrivain Marek Halter, le cinéaste Claude Lanzmann, mais aussi le député (PS) de l'Essonne Julien Dray, le comédien Michel Boujenah et l'ancien maire de Paris Jean Tiberi. Ce meeting en plein air, animé par le psychanalyste Gérard Miller, se substituait à la grande manifestation "républicaine" contre l'antisémitisme souhaitée par ces deux organisations. Pour Serge Klarsfeld, président de l'association des Fils et filles de déportés juifs de France : "Pas une voix juive ne doit aller à Jean-Marie Le Pen. Face à l'héritier du régime de Vichy, nous appelons à voter pour l'homme du discours du Vél' d'Hiv' -Jacques Chirac-."
Dans une atmosphère d'œcuménisme, Gilles Bernheim, grand rabbin de la synagogue de la Victoire à Paris, et le Père Patrick Desbois ont partagé la tribune avec Alain Bauer, grand maître du Grand Orient de France. Soheib Bencheikh, mufti de Marseille, a provoqué des acclamations très vives quand, appelant lui aussi à voter Jacques Chirac, il a lancé : "Le juif de France est pour le musulman un baromètre. Il connaît mieux que nous en Occident ce qu'est la cruauté du fascisme." Puis, montrant une fillette qui agitait un drapeau français, il a dit : "Ma fille Agar doit avoir un avenir dans la République malgré son nom arabe. C'est la République qui est menacée, Shalom Salam !" En écho, Patrick Gaubert, président de la Licra, a évoqué son fils Jonathan, traumatisé par la vague d'antisémitisme : "L'heure est à l'union sacrée. Sèche tes larmes fiston", a-t-il conclu avant d'entonner La Marseillaise avec la foule.
Nicolas Weill, LE MONDE | 29.04.02 | 16h02,
ARTICLE PARU DANS L'EDITION DU 30.04.02, p. 3
-----
Homosexuels et féministes aux avant-postes
Un avant-goût de Gay Pride : la manifestation du samedi 27 avril devait réunir derrière une banderole "Contre le fascisme, le 5 mai, votons" une bonne part des associations d'homosexuel(le)s qui animent habituellement, à la fin juin, la marche de la fierté homosexuelle.
Depuis les résultats du premier tour, ces associations sont sur le pied de guerre. Dès le 21 avril au soir, le Centre gay et lesbien (CGL) et l'Interassociative lesbienne, gaie, bi et trans, organisatrice de la Gay Pride, appelaient, dans un texte commun, à "contenir la poussée fasciste" : "Le succès dans les urnes de cet ennemi déclaré des minorités sexuelles et de l'émancipation des femmes provoque l'effroi chez tous les défenseurs des droits de la personne." Dans les jours suivants, bien des associations, y compris celles qui ont récemment fleuri sur les campus et dans les grandes écoles, y sont allées de leur communiqué de presse, rappelant que le leader du FN souhaite supprimer le pacs et considère l'homosexualité comme "un vice répugnant, une maladie mentale", les homosexuels comme des "pervers qui ne vivent que par eux-mêmes et par leur plaisir", les lesbiennes comme des "créatures féminoïdes offrant toutes les tares", les malades du sida comme des "lépreux modernes", des "sidaïques" qu'il convient d'enfermer au plus vite dans des "sidatoriums".
"UNE CERTAINE DÉSILLUSION"
L'événement a réuni "au-delà des guéguerres habituelles", constate le président du CGL, Jérôme Kirch. Il a "relancé l'engagement politique", complète le président de l'Interassociative lesbienne, gaie, bi et trans, René Lalement : "Nous étions dans une certaine désillusion par rapport à Lionel Jospin. Même si un dialogue positif s'était instauré, on trouvait ses engagements tièdes, frileux. Dans les réunions, depuis dimanche, nombreux ont été ceux qui ont exprimé leur volonté de contribuer à reconstruire la gauche." Tout en appelant à voter pour Jacques Chirac, les associations organisatrices de la Gay Pride, qui avaient choisi leur mot d'ordre ("Egalité, pourquoi pas nous ?") pour le défilé du 29 juin, envisagent désormais de le modifier pour dénoncer un possible retour de l'ordre moral.
Aussi inquiètes que les homosexuels, les féministes devaient former, samedi 27 avril, un long cortège contre le sexisme. Le Collectif national pour les droits des femmes, la Cadac (Coordination des associations pour le droit à l'avortement et à la contraception), Mix-cité, les Chiennes de garde, notamment, ont appelé à manifester contre Jean-Marie Le Pen, candidat, selon elles, de l'inégalité naturelle entre les sexes, du retour des femmes au foyer, de l'interdiction de l'avortement.
"Nous craignons que ne soient remis en cause les acquis obtenus par nos luttes au cours de ces dernières années - tout particulièrement la loi du 4 juillet 2001 sur le droit à l'avortement et à la contraception, note le Collectif national pour le droit des femmes. Une politique familialiste et nataliste, sexiste et lesbophobe, porteuse de tous les stéréotypes concernant le rôle des femmes, risque de revenir en force, accompagnée d'une précarisation touchant des catégories de plus en plus larges de la société. Les plus exposées sont les femmes immigrées,qui cumulent, elles, toutes les discriminations."
Pascale Krémer, LE MONDE | 27.04.02 | 15h21, ARTICLE PARU DANS L'EDITION DU 28.04.02, p. 8
-----
L'Elysée aurait aidé M. Le Pen à recueillir des parrainages
Un collaborateur de Jean-Pierre Soisson - le président du conseil régional de Bourgogne, élu grâce aux voix du Front national - affirme que l'Elysée a aidé Jean-Marie Le Pen à recueillir ses 500 parrainages d'élus.
Selon ce témoin, la décision a été prise lors d'une réunion qui rassemblait, quelques jours avant Pâques à Paris, des francs-maçons de plusieurs obédiences.
Un membre du cabinet de Jacques Chirac aurait demandé à ses "frères" de "sauver le soldat Le Pen".
Selon ce témoin, un haut fonctionnaire du ministère de l'intérieur, "chiraquien notoire", participait également à cette réunion.
"On s'est réparti la tâche dans les régions, raconte-t-il. En dix jours nous avons fait remonter les 90 à 95 signatures manquantes."
Contacté par téléphone, ce témoin a confirmé les faits et souhaité garder l'anonymat.
C'est Pierre Jaboulet-Vercherre, chef de file du Front national en Bourgogne, qui a divulgué cette information au détour d'une conférence de presse, vendredi 26 avril, à Dijon. - (corresp.)
LE MONDE | 27.04.02 | 16h09, ARTICLE PARU DANS L'EDITION DU 28.04.02, p. 10
------
Avec les anars, les «idéaux sont beaux»
Juste avant le grand rendez-vous parisien, la CNT a organisé, comme chaque année, son défilé libertaire et anticapitaliste. Appuyé aujourd'hui par les Sections Carrément Anti Le Pen.
A l'appel de la CNT, syndicat anarchiste, une pré-manifestation a démarré à midi, Place des fêtes à Paris, et rassemblé deux à cinq milles participants. Le mot d'ordre anticapitaliste habituel a bien sûr adopté cette année une coloration antifasciste avec, entre autres, la présence importante de militants des Scalp (Section Carrément Anti Le Pen). Dans le calme et la bonne humeur, la rue de Belleville et celle du Faubourg-du-Temple se sont emplies du son des Béruriers Noirs et des slogans allant des classiques «F comme fasciste, N comme Nazis, A bas le Front national» jusqu'aux plus radicaux «Une balle pour Le Pen, une Rafale pour le FN». Le cortège a rejoint vers 13h30 une place de la République déjà bien encombrée.
Mathieu milite dans une association pour la libération de Mumia Abu-Jamal. S'il est là aujourd'hui, «c'est évidemment pour lutter contre le fascisme. Mais je fais plus particulièrement cette manif, car elle montre aussi du doigt le capitalisme, qui est aussi coupable dans ce qui se passe aujourd'hui. Ici, les slogans sont plus cohérents et me plaisent plus. Le 5 mai, j'irai quand même voter pour un mec qui a parlé du bruit et de l'odeur en évoquant les familles immigrées. Ça me dégoûte de le faire, mais je ne peux pas prendre le risque de voir Le Pen passer.»
Sylvain, de SCALP-Reflex, raconte: «On existe depuis 1986, et pour nous, la lutte a toujours existé. La scission du FN l'avait affaibli, mais ses idées ont continué à prospérer. Du coup, le résultat du premier tour ne nous a pas tellement surpris. Pour nous, le front républicain et l'appel à voter Chirac est un anti-fascisme de salon. Et comme en 1991 et en 1997, toute cette mobilisation disparaîtra en laissant les problèmes derrière elle.»
Stéphane, lui, trouve que cette manif, «c'est le bonheur!». S'il est venu à ce défilé libertaire, «ce n'est pas particulièrement pour soutenir l'anarchisme ou quelque chose dans le genre. Je trouve juste que ces utopies et ces idéaux sont beaux et surtout qu'ils sont à l'opposé des idées du FN. Pour le 5 mai, je suis encore très mitigé. Je sais qu'il faut faire barrage à Le Pen, mais pour moi Chirac est vraiment complice de cette situation
Libération, 1er mai 2002, Mis en ligne à 16h30, Par ERWAN CARIO
-----
Pétition de la Ligue des droits de l'homme appelant au vote Chirac pour faire du scrutin du 5 mai un référendum pour la démocratie, contre Le Pen.
Voter ne sera pas un détail
Les idées d'intolérance, de racisme et de xénophobie sont présentes au second tour de l'élection présidentielle : c'est insupportable. Jean-Marie Le Pen prétend représenter les «petits» et les «sans-grades». «Socialement à gauche», Jean-Marie Le Pen ? Il ne représente que le vieux mensonge d'une extrême droite qui conjugue l'injustice sociale et le rejet de l'autre. L'appel à la haine, l'épuration de la magistrature, mais aussi le démantèlement de la Sécurité sociale, des impôts directs, du droit du travail : derrière «les Français d'abord», c'est, aujourd'hui comme hier, «les privilégiés d'abord» que Jean-Marie Le Pen dissimule. Nous savons quelles souffrances et quel arbitraire entraînerait la venue au pouvoir de l'extrême droite ou même simplement un score important le 5 mai 2002.
Nous n'ignorons pas les responsabilités de ceux qui ont mené campagne en cultivant la peur. Nous connaissons le poids des espoirs déçus. Demain, nous serons particulièrement vigilants pour que ceux qui seront au pouvoir ne profitent pas de cette situation pour restreindre la démocratie, accentuer l'injustice et la précarité sociale, refouler les étrangers ou livrer, au prétexte fallacieux de la sécurité, les plus fragiles d'entre nous à une répression aveugle. Nous continuerons à nous battre pour faire respecter les libertés et l'égalité des droits.
Mais, aujourd'hui, nous refusons que les idées de mort de Jean-Marie Le Pen poursuivent leur chemin dans les esprits et pourrissent jusqu'aux fondements de la république. Parce que nous refusons la politique du pire, nous devons tout faire pour que Jean-Marie Le Pen soit battu et très largement battu. Chaque voix qui fera défaut à son adversaire le 5 mai 2002 sera un coup porté à la démocratie.
Nous appelons, à l'initiative de la Ligue des droits de l'homme, tous les citoyens à faire du second tour de l'élection présidentielle non le triomphe de Jacques Chirac, mais un référendum contre Jean-Marie Le Pen, pour les droits de l'homme et les valeurs de la démocratie. Premiers signataires : ADLER Laure, ALFERI Pierre, ALLES ...lisabeth, ASCARIDE Ariane, AUBRAC Lucie, AUBRAC Raymond, AUTISSIER Isabelle, BADIE Bertrand, BARGE Pierre, BAUDOIN Patrick, BEDOS Guy, BENASAYAG Miguel, BIARD Joël, BIRKIN Jane, BLUWAL Marcel, BONNAFE Jacques, BOSDEDORE René, BOUAJILA Sami, BOURMEAU Sylvain, BRAUMAN Rony, BREILLAT Catherine, BRUNERIE-KAUFFMANN Joëlle, BRUNSWIC Anne, BUSTAMANT Jean-Marc, CAZALS Philippe, CHAUMONT Michel, CH...REAU Patrice, CHERFI Magyd, CHOMBART DE LAUWE Marie-José, CIXOUS Hélène, COLRAT Pascal, CORSINI Catherine, COSTA-GAVRAS, DARMON Gérard, DE BRUNHOFF Suzanne, DE FELICE Jean-Jacques, DELLA SUDDA François, DERRIDA Jacques, DERRIDA Marguerite, DIBANGO Manu, DIEUTRE Vincent, DREYFUS Françoise, DUBOIS Jean-Pierre, DUCASTEL Olivier, DUPON-LAHITTE Georges, DURRINGER Xavier, ELMALEH Gad, EL YAZAMI Driss, ESTRAGON Gérard, FALL Jean-Claude, FARGE Arlette, FARRE Jean-Paul, GAINSBOURG Charlotte, GARREL Philippe, GILOU Thomas, GUEDIGUIAN Robert, HALIMI Gisèle, HEROLD Monique, HESSEL Stéphane, HEYNEMANN Laurent, HIGELIN Jacques, JACOBY Daniel, JACQUES Paula, JEANSON Francis, JOUFFA Sylvie, KAHN Marcel- Francis, KENT, KESSOUS Roland, KOKKOS Yannis, LACLAVETINE Jean-Marie, LAURENS Camille, LECLERC Henri, LELOUCH Claude, LIFSCHITZ Sébastien, LOCHAK Danièle, MANCERON Gilles, MANGEOT Philippe, MARGOLIN François, MARTINEAU Jacques, MNOUCHKINE Ariane, MOREAU Jeanne, MOUTOUT Jean-Marc, NOGUERES Dominique, PAULIN Pierre, PENNETIER Claude, PEQUIGNOT Philippe, PERROT Michelle, PIERETTI Frédérique, POIRIER Manuel, PREVOT Hubert, QUESSADA Dominique, QUESTER Hugues, REBERIOUX Madeleine, RONIS Willy, ROSIER Michèle, ROUMANOFF Anne, RUIZ Pablo, SALEMKOUR Malik, SALVADORI Pierre, SALVAYRE Lydie, SAPHO, SAUVRENEAU Alain, SAVY Nicole, SELIGMANN Françoise, SIMON Claire, SLITINSKY Michel, SPIRE Antoine, STARASELSKI Valère, TAVERNIER Bertrand, TEITGEN-COLLY Catherine, TERRAY Emmanuel, TEULE Catherine, TOSCAN DU PLANTIER Daniel, TOURAINE Alain, TUBIANA Michel, VANOT Sylvain, VERDIER Robert, VERNANT Jean-Pierre, VINCENT Christian, VINCENT Jean-Pierre, VOVELLE Michel, WALTER Guy, WEBER Jacques, ZELLER Fred, ZONCA Erick.Premiers signataires : ADLER Laure, ALFERI Pierre, ALLES ...lisabeth, ASCARIDE Ariane, AUBRAC Lucie, AUBRAC Raymond, AUTISSIER Isabelle, BADIE Bertrand, BARGE Pierre, BAUDOIN Patrick, BEDOS Guy, BENASAYAG Miguel, BIARD Joël, BIRKIN Jane, BLUWAL Marcel, BONNAFE Jacques, BOSDEDORE René, BOUAJILA Sami, BOURMEAU Sylvain, BRAUMAN Rony, BREILLAT Catherine, BRUNERIE-KAUFFMANN Joëlle, BRUNSWIC Anne, BUSTAMANT Jean-Marc, CAZALS Philippe, CHAUMONT Michel, CH...REAU Patrice, CHERFI Magyd, CHOMBART DE LAUWE Marie-José, CIXOUS Hélène, COLRAT Pascal, CORSINI Catherine, COSTA-GAVRAS, DARMON Gérard, DE BRUNHOFF Suzanne, DE FELICE Jean-Jacques, DELLA SUDDA François, DERRIDA Jacques, DERRIDA Marguerite, DIBANGO Manu, DIEUTRE Vincent, DREYFUS Françoise, DUBOIS Jean-Pierre, DUCASTEL Olivier, DUPON-LAHITTE Georges, DURRINGER Xavier, ELMALEH Gad, EL YAZAMI Driss, ESTRAGON Gérard, FALL Jean-Claude, FARGE Arlette, FARRE Jean-Paul, GAINSBOURG Charlotte, GARREL Philippe, GILOU Thomas, GUEDIGUIAN Robert, HALIMI Gisèle, HEROLD Monique, HESSEL Stéphane, HEYNEMANN Laurent, HIGELIN Jacques, JACOBY Daniel, JACQUES Paula, JEANSON Francis, JOUFFA Sylvie, KAHN Marcel- Francis, KENT, KESSOUS Roland, KOKKOS Yannis, LACLAVETINE Jean-Marie, LAURENS Camille, LECLERC Henri, LELOUCH Claude, LIFSCHITZ Sébastien, LOCHAK Danièle, MANCERON Gilles, MANGEOT Philippe, MARGOLIN François, MARTINEAU Jacques, MNOUCHKINE Ariane, MOREAU Jeanne, MOUTOUT Jean-Marc, NOGUERES Dominique, PAULIN Pierre, PENNETIER Claude, PEQUIGNOT Philippe, PERROT Michelle, PIERETTI Frédérique, POIRIER Manuel, PREVOT Hubert, QUESSADA Dominique, QUESTER Hugues, REBERIOUX Madeleine, RONIS Willy, ROSIER Michèle, ROUMANOFF Anne, RUIZ Pablo, SALEMKOUR Malik, SALVADORI Pierre, SALVAYRE Lydie, SAPHO, SAUVRENEAU Alain, SAVY Nicole, SELIGMANN Françoise, SIMON Claire, SLITINSKY Michel, SPIRE Antoine, STARASELSKI Valère, TAVERNIER Bertrand, TEITGEN-COLLY Catherine, TERRAY Emmanuel, TEULE Catherine, TOSCAN DU PLANTIER Daniel, TOURAINE Alain, TUBIANA Michel, VANOT Sylvain, VERDIER Robert, VERNANT Jean-Pierre, VINCENT Christian, VINCENT Jean-Pierre, VOVELLE Michel, WALTER Guy, WEBER Jacques, ZELLER Fred, ZONCA Erick.
Libération, Le mardi 30 avril 2002
-----
Depardieu, Zidane et les autres dans une vidéo anti-Le Pen
A l'initiative du rappeur marseillais Akhenaton, Gérard Depardieu, Zinédine Zidane et vingt-trois autres artistes et sportifs français de renom appellent dans une vidéo à faire barrage au Front national.
La cassette, tirée à 60.000 exemplaires, sera distribuée gratuitement à partir de jeudi dans une vingtaine de villes de France où le leader du Front national a réalisé ses meilleurs scores au premier tour, ont indiqué mardi les organisateurs.
"L'idée, c'est d'aller, dans les quartiers, à la sortie des lycées, à la rencontre de ceux qui sont restés chez eux au premier tour pour les convaincre de ne pas s'abstenir au second. En particulier, les jeunes Français issus de l'immigration que l'on a peu vus dans les manifestations", explique Akhenaton, le leader du groupe IAM.
L'enregistrement doit également être diffusé avant le second tour, dans une version courte, dans 400 salles de cinémas à Paris et en province. Des passages sur des radios et télévisions sont également prévus.
La vidéo a été réalisée à l'initiative de Philippe Fragione, alias Akhenaton, chanteur marseillais du groupe IAM, "atterré par les résultats du premier tour" et par le comédien Djamel Debbouze qui l'a aidé à contacter artistes et sportifs.
Ainsi s'expriment tour à tour dans une succession de clips les champions du monde de football, Zinédine Zidane et Robert Pires, le comédien Gérard Depardieu, les chanteurs de Noir Désir, Jean-Jacques Goldman, Kool Shen du groupe NTM ou le réalisateur Mathieu Kassovitz.
"Ils s'expriment sur les résultats du premier tour et appellent à faire barrage au Front national au second tour", ont indiqué les organisateurs qui n'ont pas souhaité montrer l'enregistrement à la presse avant sa diffusion.
"Chacun a réagi avec sa sensibilité. Zinédine Zidane dit avec son coeur que la France est un pays de valeurs et que ces valeurs disparaîtront si l'extrême droite arrive au pouvoir", raconte Akhenaton.
Les intervenants ont tourné eux-même leur intervention avec de petites caméras vidéo. Les clips ont ensuite été montés par une société de production. Ils seront distribués par des équipes spécialisées dans la promotion de rue.
AFP , mardi 30 avril 2002, 19h41
------
IL AURA FALLU attendre le dernier meeting pour qu'ils s'engagent. Hier soir à Villepinte, le premier rang était très « showbiz ». Il y avait les incontournables Line Renaud et David Douillet, que Chirac embrasse comme du bon pain. Mais aussi des vedettes de la télé : Laurent Boyer (M6), Jean-Edouard du Loft. L'actrice Marie-José Nat, les chanteurs Yves Duteil, Jean-Luc Lahaye, Dany, Rika Zaraï et Philippe Lavil. L'ancienne miss France Elodie Gossuin côtoie les tennismen Henri Leconte et Cédric Pioline. Le pape du cinéma français Daniel Toscan du Plantier revient pour la seconde fois dans une réunion de Jacques Chirac. Hier matin, sur RTL, c'est Johnny Hallyday, qui fournit toujours la musique des meetings, qui avait apporté son appui à Jacques Chirac. En revanche, certaines « stars » annoncées n'ont pas fait le déplacement. C'est le cas de Fabrice Luchini, Philippe Sollers, Henri Salvador, Lova Moor et Eddy Mitchell. « C'est dommage, car c'était pourtant la dernière séance », s'amuse un proche collaborateur de Chirac.
My. L. et B. J.,
Le Parisien , vendredi 03 mai 2002
-----
Comme chaque année depuis 1971, date où ils décidèrent de "s'extérioriser» pour la première fois en l'honneur du centenaire de la Commune de Paris, les francs-maçons appartenant à neuf obédiences se sont rassemblés, mercredi 1er mai, au mur des Fédérés dans le cimetière du Père-lachaise à Paris. la présence de Jean-Marie le Pen au second tour de la présidentielle a grossi considérablement les rangs d'une assistance estimée à un millier de personnes. " Nous ne serons pas les spectateurs désolés et passifs d'une mala- die mortelle pour notre République. Nous ne pouvons accepter que la jeunesse, qui partout en France fait entendre sa voix, puisse un jour nous accuser de non-assistance à démocratie en danger ", a déclaré Alain Bauer, grand maître du Grand Orient, qui présidait la cérémonie. Il a appelé à réunir, après le second tour, "des états généraux pour rebâtir la République".
Le Monde, 3 mai 2002, p. 3.
------
Les scientifiques se mobilisent contre le Front national
" Nous recevons un courrier électronique toutes les 10 secondes." Le mathématicien Michel Broué et le physicien Edouard Brézin sont "submergés". Leur appel à "faire du 5 mai un référendum pour défendre la République et la démocratie" et à "mettre dans l'urne sans hésiter un bulletin Chirac" avait recueilli, jeudi 2 mai au matin, près de 4 000 signatures de scientifiques, dont celles de cinq Prix Nobel et trois détenteurs de la Médaille Fields. La pétition a été reprise par des historiens, des juristes, des philosophes, psychiatres et psychanalystes, ainsi que des "gens de lettres".
Partie de la base, l'initiative a rencontré celle de l'Académie des sciences. Celle-ci, soulignant que "l'activité scientifique exige une totale liberté de pensée comme de mouvement", a solennellement appelé les scientifiques à "voter Jacques Chirac, seul candidat républicain, seul capable de permettre le développement de la recherche". Fait sans précédent, les présidents et directeurs de la quasi-totalité des organismes publics de recherche ont eux aussi lancé un appel aux scientifiques à "faire barrage à l'extrême droite". "La liberté de pensée et l'implication des chercheurs dans la vie de la cité sont au fondement même de la créativité scientifique", écrivent-ils.
Désireux de "défendre et développer l'ouverture internationale, en particulier en prenant toute leur part dans la construction de l'espace européen de la recherche", ils "refusent le repli, intellectuellement régressif, de la recherche française sur elle-même".
D'autres voix s'élèvent. De nombreux psychologues (professeurs et enseignants, hospitaliers, membres du Syndicat national des psychologues, etc.) ont signé le texte suivant : "Les psychologues, dont le code de déontologie se fonde sur le respect des droits fondamentaux de la personne humaine, et notamment de sa dignité, de sa liberté et de son autonomie, dénoncent tout ce qui porte atteinte à ces droits. Ils affirment que la montée actuelle de l'extrême droite, de son idéologie - haine raciale et refus de l'Autre, de la différence, exclusion, ségrégation - et les méthodes employées - manipulation mentale, manœuvres de séduction - représentent un danger majeur pour tout être humain."
Concrètement, le programme de Jean-Marie Le Pen en matière de recherche ne contient que quelques lignes, inspirées de l'ultra-libéralisme qui caractérise l'ensemble du projet frontiste et selon lesquelles "une réforme du CNRS, de l'INRA, de l'Inserm et des autres organismes nationaux les restructurera en laboratoires autonomes, financés par l'Etat, mais aussi par les industries et habilités à signer avec elles des contrats de recherche".
Pour la plupart des chercheurs, les réformes fiscales promises par le candidat du Front national ne peuvent que se répercuter sur le budget de la recherche publique. "Il faudrait bien trouver de l'argent quelque part, par exemple en réduisant la part de l'Etat dans la recherche et en liant strictement la recherche au secteur privé. Or le privé souhaite des résultats immédiatement utilisables. Cela risquerait d'être la fin d'une recherche fondamentale gratuite, fructueuse à seulement long terme, et qui fait l'honneur de notre pays", souligne Georges Chapouthier, biologiste au CNRS (hôpital Pitié-Salpêtrière, Paris). Les chercheurs s'accordent également pour affirmer que les positions xénophobes et isolationnistes du candidat frontiste auraient de graves conséquences pour la recherche française.
"L'accès de Jean-Marie Le Pen à la tribune du second tour est une catastrophe pour la recherche française. Ses positions antieuropéennes, ses œillères idéologiques et ses positions extrémistes sont on ne peut plus opposées à la conception d'une recherche scientifique ouverte, libre et universelle dans l'effort de vérité qui est le sien", résume Pierre Changeux, neurobiologiste à l'Institut Pasteur et professeur au Collège de France.
C'est aussi la conviction du mathématicien Jean-Pierre Bourguignon, directeur de l'Institut des hautes études scientifiques : "La tonalité générale d'exclusion, de fermeture, de repli sur l'étroit territoire français sont aux antipodes des exigences de compétition ouverte et d'échanges internationaux de la recherche scientifique." La physicienne Michèle Leduc et l'astrophysicien Alain Omont abondent dans ce sens : "Nos laboratoires sont peuplés d'étrangers. Les jeunes chercheurs participent à des programmes d'échanges à travers les réseaux européens. Les relations se développent rapidement avec tous les pays. Les liens de fraternité ainsi tissés sont une des richesses de notre métier."
Pour le chercheur allemand Martin Giurfa, directeur du laboratoire de cognition animale de l'université Paul-Sabatier (Toulouse), "la montée du phénomène Le Pen pourrait impliquer le départ (fondé) d'un grand nombre de chercheurs étrangers qui, pour des raisons de sûreté, décideraient de quitter la France. Cette saignée serait une véritable catastrophe pour le futur de la recherche française". Laurence Esterle, directrice de l'Observatoire des sciences et des techniques, prédit même "un effondrement de la science française" si les idées de Jean-Marie Le Pen étaient mises en œuvre. "Déconnectée des réseaux internationaux, avec un affaiblissement considérable du soutien public, la recherche publique disparaîtrait, entraînant la recherche industrielle", estime-t-elle.
De manière plus générale, le biologiste Pierre Chambon, professeur au Collège de France et membre de l'Institut, fustige "la médiocrité de la campagne présidentielle et le désintérêt que les politiques français portent à la recherche". Il est "urgent de se souvenir que le progrès scientifique a joué un rôle crucial dans l'enrichissement de l'humanisme dont nous nous réclamons aujourd'hui", ajoute-t-il. "La France mérite mieux qu'un déclin programmé. Veut-on définitivement décourager les jeunes générations ? N'auront-ils le choix qu'entre devenir gardiens de musées ou exercer ailleurs leur intelligence et leur talent en faisant leur valise ? La recherche française doit avoir une ambition ; qu'elle soit de droite ou de gauche, peu importe. L'essentiel est que le débat s'installe rapidement, et que des réformes en profondeur s'ensuivent."
Pierre Le Hir et Catherine Vincent, LE MONDE | 03.05.02 | 12h17
------
Confusion entre génétique et clonage
Dans un court paragraphe de son programme intitulé "Faire réellement servir la génomique au progrès médical", Jean-Marie Le Pen déclare : "Les recherches actuelles en matière de génomique (clonage) sont souvent le fait d'équipes scientifiques ou de structures privées qui ne visent pas d'abord un but médical. Ces recherches s'effectuent sans respect de la personne humaine. Par ailleurs, la plupart des expériences visent au clonage des individus (...)", écrit-il. Ce texte est "truffé de contre-vérités", affirme Pierre Tambourin, directeur du Génopole d'Evry. "Génomique et clonage n'ont rien à voir. Le travail sur le génome humain a d'abord un but médical : caractériser plus facilement les gènes de prédisposition à certaines pathologies. Connaître le génome de l'homme ne me paraît pas manquer de respect à l'homme ou porter atteinte à sa dignité. Il est évidemment faux de prétendre que la plupart des expériences visent au clonage des individus puisque, de manière unanime, les scientifiques souhaitent placer le clonage reproductif au ban de l'humanité."
ARTICLE PARU DANS L'EDITION DU 04.05.02, p. 27
-----
Le président français met le holà aux accusations israéliennes d'antisémitisme
Assez, c'est assez ! Mettant à profit un appel téléphonique du premier ministre israélien, Ariel Sharon, samedi 11 mai, Jacques Chirac a mis les points sur les "i": il s'est "formellement élevé contre la campagne antifrançaise en Israël, visant à présenter la France comme un pays antisémite", a indiqué la porte-parole de l'Elysée, Catherine Colonna. Le président a dit à son interlocuteur qu'"au moment où les Français ont manifesté massivement leur refus du racisme, de la xénophobie et de l'antisémitisme, cette campagne n'est pas acceptable" et "ne saurait se poursuivre sans conséquences". M. Sharon a été informé du fait que la protestation de M. Chirac serait rendue publique.
Il n'est pas question pour le président de la République de contester l'existence d'actes antisémites, qui, estime-t-on à Paris, ne sont pas étrangers au conflit meurtrier en Palestine. Mais M. Chirac récuse formellement toute opprobre qui embrasserait la France tout entière dans des accusations d'antisémitisme, indique-t-on à l'Elysée. La mobilisation des Français entre les deux tours de l'élection présidentielle et le vote massif qui s'est porté sur sa candidature au second tour, faisant barrage au président du Front national et aux idées qu'il représente, en aurait administré la preuve.
M. Sharon a joint M. Chirac pour parler de la crise du Proche-Orient. Il voulait aussi exprimer ses condoléances à la suite de l'attentat contre des Français au Pakistan et féliciter le président de la République après sa victoire à l'élection présidentielle. L'occasion était ainsi offerte pour lui signifier qu'il était intolérable que la campagne anti-française continue, d'autant que les accusations émanent souvent de personnalités officielles.
DÉCLARATIONS SUCCESSIVES
De fait, c'est le vice-ministre des affaires étrangères, Michael Melchior, qui, le 6 janvier, a ouvert le feu pour qualifier la France de "pire des pays occidentaux en matière d'antisémitisme". Le même jour, le gouvernement israélien décidait d'accorder une aide financière exceptionnelle aux juifs français qui émigreraient en Israël. En février, M. Sharon lui-même dénonçait une "très dangereuse vague d'antisémitisme" dans un pays où, du fait, selon lui, de "la présence de six millions d'Arabes", les juifs "pourraient se retrouver en danger". Les accusations ont par la suite épisodiquement continué, la dernière en date étant une déclaration faite le 22 avril - au lendemain du premier tour de l'élection présidentielle en France - par le vice-premier ministre et ministre de l'intérieur, Eli Yishaï.
Ce n'est pas la première fois que M. Chirac se prononce sur cette question. Le 26 février, à l'occasion d'une visite en France du ministre israélien des affaires étrangères, Shimon Pérès, il avait déclaré avoir été "profondément choqué et (...) meurtri par les propos qui ont été tenus sur le développement de l'antisémitisme en France". "Je tiens à dire clairement que rien ne permet d'étayer ces affirmations", avait-il ajouté, avant de condamner "profondément toute action qui pourrait être conduite contre la sécurité et contre la dignité de la communauté juive" et dont "les auteurs doivent être sanctionnés de la façon la plus sévère".
"C'est ce que nous faisons. C'est la raison pour laquelle je n'ai pas compris quelle était cette campagne, quelles étaient ses origines, pourquoi on a voulu la faire", s'était-il exclamé. Le gouvernement de la gauche plurielle était sur la même longueur d'onde. Le ministre des affaires étrangères, Hubert Védrine, avait qualifié d'"odieuses" les accusations israéliennes.
Mouna Naïm, LE MONDE | 13.05.02 | 11h44
--------
Les récriminations d'Israël
Voici quelques-unes des accusations d'antisémitisme dont la France a été la cible, suite à la multiplication d'attentats qui ont visant des personnes ou des biens juifs :
- 6 janvier : "la France est le pire des pays occidentaux en matière d'antisémitisme", déclare Michael Melchior, vice-ministre des affaires étrangères.
- 20 février : le premier ministre Ariel Sharon dénonce une "très dangereuse vague d'antisémitisme"en France et annonce que le gouvernement se livre à "tous les préparatifs" pour recevoir les juifs de France.
- 2 avril : l'ambassadeur de France en Israël, Jacques Huntzinger, est convoqué au ministère des affaires étrangères. On lui fait part des inquiétudes israéliennes au sujet des attaques dirigées contre la communauté juive.
- 10 avril : le gouvernement israélien considère que l'immigration des juifs français est devenue une "exigence de l'heure".
- 22 avril : le vice-premier ministre et ministre de l'intérieur Elie Yishaï déclare que "les juifs d'Europe en général et les juifs de France en particulier ne peuvent demeurer indifférents face à l'ampleur croissante des attaques anti-sémites (...) alors que les autorités françaises font preuve de laxisme face à ces dangereux phénomènes". Ils doivent "faire leur valise et immigrer en Israël".
ARTICLE PARU DANS L'EDITION DU 14.05.02
-----
La Liste Pim Fortuyn bouleverse la donne politique aux Pays-Bas
Le paysage politique des Pays-Bas est sorti bouleversé des élections législatives qui se sont tenues le mercredi 15 mai. Les travaillistes du PvdA, première force de la coalition au pouvoir, subissent une défaite historique en ne conservant que 23 sièges sur les 150 de la Deuxième chambre, soit 22 de moins qu'en 1998. Les populistes de la Liste Pim Fortuyn (LPF) réussissent une percée fulgurante en emportant 26 sièges. Les chrétiens-démocrates du CDA sortent vainqueurs de ce scrutin : avec 43 sièges de députés (+ 14), ils redeviennent la première formation du pays.
Si les sondages avaient annoncé l'étonnante performance de la Liste Pim Fortuyn, ils avaient fortement sous-estimé le score des chrétiens-démocrates du CDA. Leur nouveau président, Jan Peter Balkenende, devrait logiquement succéder au travailliste Wim Kok au poste de premier ministre. Les Néerlandais semblaient, depuis quelques semaines, acquis à l'idée qu'un parti populiste et xénophobe comme la LPF devienne l'un des plus importants du pays. Un électeur sur six a voté pour cette formation hétéroclite qu'avait fondée Pim Fortuyn. La LPF est devenue le premier parti dans deux grandes villes : La Haye, la capitale, et Rotterdam, le berceau du mouvement. Dans la cité portuaire, la LPF franchit le cap des 30 %. "C'est un résultat formidable mais il n'y a pas de vraie joie, aujourd'hui, nous nous sentons comme des orphelins", a déclaré l'un des porte-parole de la LPF.
Le raz-de-marée populiste prédit par certains observateurs, qui affirmaient que la LPF pourrait emporter 40 sièges, n'a pourtant pas eu lieu. A l'inverse, l'assassinat de M. Fortuyn, le 6 mai, n'a pas entamé le crédit d'une liste dont les membres, privés de leur leader, ont déjà offert l'image d'une grande division.
Le traditionnel émiettement favorisé par le scrutin proportionnel obligera à la formation d'une coalition de trois partis au moins. L'hypothèse la plus probable est la mise en place d'une équipe de droite présidée par le CDA et rassemblant aussi la LPF et les libéraux du VVD. Ces derniers, membres de la "coalition violette" de M. Kok, ont toutefois, eux aussi, subi une lourde défaite (23 sièges, moins 15) qui les amènent à s'interroger. Hans Dijkstal, le président du parti, pourrait abandonner rapidement ses fonctions.
PORTEFEUILLES REVENDIQUÉS
Des dirigeants de la LPF ont indiqué, dès mercredi soir, qu'ils revendiquaient au moins trois portefeuilles importants, la santé, l'intérieur et l'intégration. C'est dans ces trois secteurs qu'ils comptent réaliser leurs priorités électorales : une réforme du système de soins et des listes d'attente, sur lesquelles sont actuellement inscrits 160 000 citoyens, une révision des lois sur l'immigration et l'asile et, enfin, la mise en place d'une politique de sécurité résumée en une formule : "Plus de policiers dans les rues." Un responsable de la LPF s'est également manifesté pour le poste de ministre de la justice.
Le chrétien-démocrate Jan Peter Balkenende n'a pas répondu à ces exigences. Il a même indiqué que l'hypothèse d'un gouvernement avec la LPF n'était "pas certaine". "Les électeurs ont livré un signal clair, mais il nous faut discuter des propositions et de la stabilité (de cette alliance) en particulier avec la LPF", a-t-il ajouté.
Estimant que la victoire de son parti était celle "du respect et du contenu", le leader chrétien-démocrate n'a pas caché ses craintes envers la LPF. S'il plaide pour "le rétablissement des normes et des valeurs" et s'il affirme vouloir remettre en question le mariage homosexuel, la consommation des drogues douces ou la loi sur l'euthanasie, M. Balkenende insiste aussi sur la tolérance et l'intégration des étrangers (qu'il compte favoriser avec des cours obligatoires de langue et de culture néerlandaises).
Malgré ces réticences, le CDA pourrait bien ne pas avoir d'autre solution que de négocier avec le parti populiste. La gauche travailliste convient elle-même que le coup de barre à droite donné par l'électorat, "un message fort et clair" selon le PvdA, rend quasiment impossible une autre formule, d'autant que les libéraux réformateurs de D 66, troisième partenaire du gouvernement Kok, ne sont plus en mesure de faire l'appoint. Ils ont, eux aussi, été laminés, passant de 14 à 7 sièges.
"DES TEMPS DIFFICILES"
Après une réunion des groupes politiques appelés à élire leur président, la reine Béatrix devrait commencer ses consultations et nommer un "informateur", qui sera très probablement un chrétien-démocrate. M. Balkenende a estimé que les circonstances obligeaient à la mise en place rapide d'un gouvernement.
"Beaucoup de Néerlandais sont sous le choc et les propos de Wim Kok n'ont rien arrangé", commentait, jeudi matin, un membre de la direction du CDA. Quelques heures avant le scrutin, le premier ministre avait invité ses concitoyens à adopter "une attitude raisonnable"et, une fois le résultat connu, il a parlé d'un "jour dramatique".
M. Kok, qui avait annoncé son retrait de la vie politique nationale à la fin de 2001, entraîne dans sa défaite son dauphin à la tête du PvdA : Ad Melkert a annoncé sa démission une fois les résultats connus. Ramené au score le plus bas de son histoire alors qu'il a compté jusqu'à 53 députés (en 1977), le Parti travailliste n'est plus que la troisième formation du pays.
"Ce sont des temps difficiles pour la social-démocratie aux Pays-Bas et en Europe", a dû admettre M. Kok, estimant toutefois que "seul ce courant politique offre une solution dans les temps difficiles". Le successeur de M. Melkert à la tête du PVDA devrait être issu du courant "réaliste", dont les membres pensent que leur formation a perdu le contact avec les citoyens. "Fortuyn nous a appris beaucoup de choses, nous devons revenir dans le débat politique", souligne Wouters Bos, l'un des "rénovateurs".
Selon une enquête de la télévision NOS, 11 % des anciens électeurs du PvdA auraient porté leur voix sur la Liste Pim Fortuyn, les autres s'éparpillant entre l'extrême gauche (le SP passe de 5 à 9 sièges), les écologistes (le parti GroenLinks maintient ses 11 élus) et le CDA, considéré, désormais, comme le rempart face à la vague populiste.
Jean-Pierre Stroobants, LE MONDE | 16.05.02 | 12h00
-----
La LPF en panne de leader
Simon Fortuyn, le frère du défunt, et Harry Mens, son ami le plus proche, avaient plaidé pour un sabordage de la liste Pim Fortuyn : ils n'ont pas été entendus. En revanche, la bataille se poursuit pour la direction de ce qui est devenu le deuxième parti des Pays-Bas. Peter Langendam, homme d'affaires nommé président le week-end dernier, a démissionné le 14 mai. Jan Dost, vice-président, cofondateur du parti, a été écarté. Du coup, Mat Herben, numéro 6 de la liste, s'est déclaré, le 15 mai, nouveau président...
Des médecins, des patrons, des juristes et une ancienne présentatrice de télévision sont parmi les 26 élus de la LPF. Quelques-uns semblent en mesure de s'imposer : outre Mat Herben, sont cités Joao Varela, un jeune économiste d'origine cap-verdienne, ou Winny De Jong, une spécialiste de l'agriculture. Fieroes Zeroual, une jeune musulmane d'origine turque, a également été élue. Elle regrette, affirme-t-elle, les déclarations de Fortuyn sur "l'islam, culture arriérée". - (Corresp.)
-----
Un séisme souligné par la presse
La presse néerlandaise insistait, jeudi 16 mai, sur l'ampleur de la victoire de la droite - chrétiens-démocrates et droite populiste de Pim Fortuyn. "Le CDA (Appel chrétien-démocrate) et la LPF (liste Pim Fortuyn) écrasent la coalition violette", la coalition de centre-gauche qui dirigeait le pays depuis huit ans, titre le quotidien De Volksrant, orienté à gauche. Sous le titre "Raz de marée pour les démocrates-chrétiens", le quotidien économique Het Financieele Dagblad note que la Liste Pim Fortuyn "entre dans le livre des records" électoraux aux Pays-Bas en faisant un début sans précédent dans une élection générale.
Le quotidien à grand tirage De Telegraaf (droite) évoque un "bain de sang" pour la coalition violette. Il fait état d'un sondage selon lequel 39 % des Néerlandais (contre 34 %) souhaitent la participation de la LPF au futur gouvernement. Trouw, quotidien chrétien, estime, à propos de la défaite de la gauche, que"jamais une coalition n'avait subi un revers aussi cuisant". - (AFP)
ARTICLE PARU DANS L'EDITION DU 17.05.02
-----
Martin Walser, l'écrivain allemand taxé d'antisémitisme
L'homme, Martin Walser, est un abonné à la fois au succès et à la polémique, et son dernier ouvrage, Mort d'un critique , ne devrait certainement échapper ni au premier ni à la seconde. En effet, plusieurs semaines avant la mise en vente du livre, la controverse fait déjà rage, lancée par la décision inhabituelle d'un grand journal quotidien allemand, le Frankfurter Allgemeine Zeitung, de ne pas en publier les bonnes feuilles. Dans son édition du 29 mai 2002, le responsable des pages culturelles, Frank Schirrmacher, lui-même spécialiste de l'œuvre de Martin Walser, a choisi d'expliquer pourquoi : l'ouvrage, affirme-t-il, est un brûlot antisémite, un livre qui, sous l'apparence du roman à clé, est en réalité un sauvage règlement de compte avec le critique littéraire Marcel Reich-Ranicki. "Votre livre,écrit M. Schirrmacher à l'adresse de l'écrivain, est un ouvrage de haine", "rien d'autre qu'une vision meurtrière" qui ne vise pas seulement la mort d'un simple critique, mais celle d'"un juif" pris comme tel.
Marcel Reich-Ranicki est en effet juif. Né en Pologne en 1920, il a survécu au ghetto de Varsovie, puis il a rejoint, après la guerre, le Parti communiste polonais, il a entamé une carrière diplomatique, flirté avec les services secrets de son pays et s'est finalement réfugié dans la littérature après avoir été expulsé du Parti communiste, au début des années 1950, pour "idéologie étrangère", l'un des termes sous lequel le stalinisme camouflait ses purges à caractère antisémite. Etabli en Allemagne depuis 1958, Marcel Reich-Ranicki y animait jusqu'à ces derniers mois une émission de télévision qui a fait et défait les réputations littéraires des auteurs. "L'homme et son style mordant sont tellement appréciés du public que s'il disait que Fontane [Theodor Fontane, l'un des plus célèbres écrivains allemands du XIXe siècle] est une eau minérale, on le croirait", explique ainsi un journaliste culturel de la télévision.
"INCENDIAIRE INTELLECTUEL"
Entre le critique et l'écrivain, le courant n'est jamais passé, le premier omettant régulièrement le nom du second dans sa liste des vingt livres les plus importants de l'année. Mais est-ce la réelle explication de l'affrontement ? Les prochaines polémiques ne manqueront pas de l'assurer, et peut-être avec raison.
Mais Martin Walser aurait sans doute évité le procès en antisémitisme en Allemagne s'il n'avait déjà fait scandale lorsqu'il avait dénoncé, en 1998, ce qu'il appelle "l'instrumentalisation" d'Auschwitz et la "routine de la culpabilisation" dans le débat public allemand. Il s'était à l'époque fait traiter d'"incendiaire intellectuel" par l'un des responsables de la communauté juive allemande, Michel Friedmann. Durant des semaines, l'affaire avait enflammé les passions dans le pays. Martin Walser avait alors expliqué qu'il avait seulement voulu exprimer publiquement "quelque chose d'inexprimé".
Quatre ans plus tard, ce sont donc quasiment les mêmes acteurs - et le même sujet - que l'on retrouve au centre du débat : comment doit-on, ou ose-t-on, parler des juifs en Allemagne, soixante ans après la décision de la Shoah et la culpabilité insondable qu'elle y a suscitée, en pleine explosion de la violence entre Israéliens et Palestiniens et alors que, dans toute l'Europe, monte un populisme qui, ne répugnant pas à flirter avec l'antisémitisme, assure lui aussi dire tout haut ce que beaucoup penseraient tout bas ? Dans un pays tourmenté par son passé, constamment à la recherche d'une identité qui toujours se questionne, le débat n'est pas près d'être clos.
Georges Marion, ARTICLE PARU DANS L'EDITION DU 31.05.02, LE MONDE | 30.05.02 | 13h14
-----
Francophobie made in USA
Aux Etats-Unis, des clips et des placards de pub stigmatisent le vote Le Pen et les incendies de synagogues
Extrait de l'émission satirique Saturday Night Live. Les Français y sont décrits comme «couards, arrogants et antijuifs».
«La France, sa campagne somptueuse, ses cafés adorables…» Le 10 mai, sur fond d'accordéon, Saturday Night Live, célèbre émission humoristique américaine, consacrait une superbe vidéo à notre paradis bucolique. Assortie de compliments: «La France, patrie des plus grands cuisiniers, des plus grands peintres et… des plus grands antisémites. Les Français, couards mais forts en gueule, arrogants mais malodorants, anti-israéliens, antiaméricains, et plus que jamais antijuifs. N'est-il pas temps, demande une suave narratrice, que nous recommencions à haïr les Français?» Les applaudissements du public ne laissent guère d'illusions sur la réponse, ni sur l'image de la France dans l'opinion américaine, depuis la recrudescence des violences antisémites et le score de Le Pen à la présidentielle.
Des touristes ont renoncé à des séjours à Paris
Le 30 avril, avant les assauts d'amabilité parisiens, George W. Bush lui-même a officiellement conspué les incendies de synagogues en France. L'American Jewish Congress a payé, le 8 mai, des pages de publicité dans deux grandes publications de Hollywood, demandant aux stars invitées à Cannes de prendre position contre ces actes haineux. «Si vous allez à Cannes, clamait la pub, prenez note: France, 1942… France 2002…» Woody Allen, trop francophile à leurs yeux, a eu droit à un communiqué virulent. «Notre campagne n'a pas de rapport avec Le Pen, précise Neil Goldstein, directeur exécutif de l'American Jewish Congress. Mais plutôt avec les 400 incidents antisémites répertoriés en avril dernier. Nous savons que ces violences sont l'œuvre de jeunes musulmans, mais votre gouvernement porte sa part de responsabilité en présentant Israël comme un démon et en refusant de sévir suffisamment contre ces délinquants racistes.»
Ces propos n'arrangent pas le tourisme. «L'amalgame confus des journaux télévisés entre Le Pen et les violences envers les juifs explique en partie la baisse de la destination France, déplore Brigitte Sayagh, copropriétaire, à New York, de l'agence de voyages French Experience. Des clients ont expressément renoncé à des séjours à Paris par crainte de l'antisémitisme, et notre campagne de promotion estivale donne des résultats étonnamment mauvais cette année.» Celle de Saturday Night Live semble plus efficace.
L'Express, 30 mai 2002, p. 50, de notre correspondant Philippe Coste
-----
Quand Mme Duisenberg brandit le drapeau palestinien
Wim Duisenberg, le président néerlandais de la Banque centrale européenne, a dû s'en mêler : il a enlevé le drapeau palestinien que son épouse, Gretta, avait accroché au balcon de leur résidence, à Amsterdam, depuis quelques semaines. Acheté via Internet pour une manifestation de soutien à des femmes palestiniennes, le 13 avril dernier, le drapeau a valu à Mme Duisenberg, née Bedier de Prairie, une grosse dispute avec ses voisins, une plainte de la Fédération juive des Pays-Bas pour incitation à la haine et, tout récemment, des menaces de mort. Wim Duisenberg est lui en proie à des démêlés avec le Congrès juif mondial, auquel la Fédération juive des Pays-Bas a demandé de faire en sorte que le numéro un de la BCE soit interdit de séjour à New York, première place financière du monde.
«Je ne le ferais pas, mais cela ne m'ennuie pas que tu le fasses" : voilà ce qu'aurait répondu M. Duisenberg lorsque son épouse l'a consulté pour savoir si elle pouvait accrocher la bannière palestinienne à la fenêtre de la demeure que le couple réintègre tous les week-ends, lorsqu'il délaisse Francfort. Un couple voisin, dont la famille vit en Israël, les Van der Wieken, a protesté. Le ton est très vite monté, Mme Duisenberg se faisant apparemment traiter de "bolchevique de salon" et répliquant que les "juifs riches", étaient responsables de l'oppression subie par les Palestiniens. Un avocat s'est emparé de l'affaire et a déposé plainte pour antisémitisme. Déjà bien ennuyeuse pour le président de la BCE, l'affaire s'est encore compliquée par la révélation, vendredi 31 mai, des menaces portées contre Mme Duisenberg. Les services de sécurité de la Banque des Pays-Bas et de la Banque centrale européenne se sont saisis de l'affaire.
Mme Duisenberg maintient : «Les Palestiniens doivent, eux, contempler tous les jours le drapeau israé- lien, entre les chars. A Amsterdam-Sud, où l'on est libre, il faut se montrer un peu moins sensible." Et sa colère ne s'est pas apaisée lorsqu'elle a appris que l'on s'en prenait désormais à son mari. Elle a évoqué le "riche lobby juif", riche signifiant : "Qui dispose de tellement de pouvoir".
Jean-Pierre Stroobants, Le Monde, 2/3 juin 2002, p. 1.
-----
Le journaliste Daniel Mermet assigné pour "incitation à la haine raciale"
Des associations juives accusent le producteur de France-Inter d'avoir diffusé des propos d'auditeurs à caractère antisémites.
Du 18 au 22 juin 2001, Daniel Mermet consacrait son émission quotidienne sur France-Inter, "Là-bas si j'y suis", au conflit israélo-palestinien. Au début du programme, une boîte vocale diffusait des réactions d'auditeurs. "Qu'est-ce que c'est que ce pouvoir mortifère qui se complaît dans les assassinats d'enfants et les mutilations, qui justifie l'inacceptable jour après jour avec une outrecuidance criminelle et qui a l'infâme arrogance de nous traiter de racistes quand on ose timidement protester contre cette conduite indigne ? Qu'est-ce que c'est que ces hypocrites qui manient avec tant de virtuosité le bouclier de l'antisémitisme quand on veut juste leur rappeler que depuis cinquante ans, ils reproduisent à dose homéopathique l'horrible injustice dont ils ont souffert ? Je suis farouchement antisioniste. Je ne suis en rien antisémite."
Ces propos, et sept autres réactions, sont-ils constitutifs des délits de diffamation raciale et de provocation à la haine raciale ? L'association Avocats sans frontières, présidée par Me Gilles William Goldnadel, l'Union des étudiants juifs de France (UEJF) et la Licra, qui ont assigné, vendredi 31 mai, Daniel Mermet et Jean-Marie Cavada, président de Radio France, devant la 17e chambre du tribunal de Paris, en sont convaincues. Avec à l'appui, des témoins de poids : les philosophes Alain Finkielkraut et Pierre-André Taguieff - qui n'a pu se déplacer -, le journaliste Alexandre Adler et Roger Cukierman, président du Conseil représentatif des institutions juifs de France (CRIF).
Pour Me Goldnadel, il ne fait aucun doute que Daniel Mermet est un "militant" de la cause palestinienne. "Le journaliste est un imparfait de l'objectif, c'est un homme désintéressé et honnête", répond le prévenu. "Qu'avez-vous cherché à montrer à travers vos émissions ?", lui demande la présidente, Mme Catherine Bezio. "De la souffrance, de la haine, l'insécurité, le désarroi, et aussi des amorces de résistance. Ce sont des carnets de route."
"LE VIBRATO DE SES ÉMISSIONS"
Le magnétophone est branché, le tribunal écoute les pièces à conviction. Les sons de la vie à Gaza font irruption dans la torpeur du prétoire : des gamins qui rient en expliquant la fabrication des cocktails Molotov, des avions F 16 qui traversent le ciel. "Daniel Mermet est un journaliste engagé, juge Alain Finkielkraut.C'est sa marque d'originalité, le vibrato de ses émissions. J'avoue que j'y suis sensible."Mais le philosophe s'alarme dès que "l'engagement vampirise le journalisme" : "Tout au long de son émission, Daniel Mermet ramène ce qu'il décrit à du déjà vu : l'apartheid, la colonisation, le martyre juif. C'est une logique de renversement : les Israéliens sont considérés comme juifs, et donc comme des victimes passées de l'autre côté, des victimes devenues nazis."
L'audience tourne au débat philosophique sur les rapports entre antisionisme et antisémitisme. "95 % des juifs de France sont sionistes, avance Alain Finkielkraut, dans le sens où ils ont une solidarité de destin avec Israël. Mettre au banc de l'humanité cet Etat, en tant que fasciste ou nazi, c'est exclure, sous le masque de l'antiracisme, tous ceux qui, en tant que juifs, le soutiennent."
Cité par la défense, Rony Brauman ne partage pas cette analyse. Pour l'ancien président de Médecins sans frontières, le sionisme est une option politique, critiquable en tant que telle. "Toute l'ambiguïté du sionisme, c'est qu'il renferme dès l'origine à la fois un mouvement de libération nationale et un mouvement colonial. En ce sens, il comporte une part de racisme." Alexandre Adler souligne, lui, que la boîte vocale incriminée est un peu comme le courrier des lecteurs d'un journal, "avec l'effet violent qu'apporte en plus la radio". Pour le directeur éditorial de Courrier international, "ce n'est pas la liberté d'expression qui doit prévaloir dans le choix des interventions".
Sur 29 auditeurs diffusés à l'antenne, 18 sont pro-palestiniens et 11 pro-israéliens. Daniel Mermet reconnaît avoir reçu davantage de messages pro-israéliens, "des interventions envoyées en réseau, avec sensiblement les mêmes mots". Des choix éditoriaux qui portent la marque d'un "antisémitisme new look" de gauche, tranche Me Goldnadel, parce qu'il n'y a "qu'un cheveu entre la détestation de l'Etat juif et l'antisémitisme".
Pour le procureur Christian Ligneul, les émissions de Daniel Mermet sont à replacer dans "un débat politique, un contexte de guerre". "On ne peut pas reprocher au journaliste de reproduire un amalgame entre le peuple juif et l'Etat d'Israël, poursuit-il. C'est peut-être moralement répréhensible, mais pas pénalement." Il laisse donc au tribunal le soin d'apprécier si le prévenu "a franchi une fois seulement la limite". Me Jean-Yves Halimi, conseil de Daniel Mermet, dénonce "les amalgames, les contresens, les citations tronquées, les glissements sémantiques abusifs et les syllogismes erronés" commis selon lui par les parties civiles. Ce procès constitue, affirme-t-il, "le point d'orgue des pressions exercées sur les médias à l'occasion du conflit israélo-palestinien". Jugement le 10 juillet.
Xavier Ternisien, LE MONDE | 01.06.02 | 15h33, MIS A JOUR LE 01.06.02 | 16h52, ARTICLE PARU DANS L'EDITION DU 02.06.02, p. 9
-----
Des arguments antisémites au Québec ?
Sur
http://www.quebecoislibre.org/020608-14.htm
-----
SUR L’EXODE DES PALESTINIENS EN 1948
Le devoir de mémoire des Israéliens
Ilan Pappé, nouvel historien israélien, affirme que, si le peuple israélien ne reconnaît pas de façon exhaustive les actes commis contre les Palestiniens en 1948, la réconciliation n’aura jamais lieu.
Lorsque j’étais enfant, enfant juif né à Haïfa au début des années 50, je n’ai jamais entendu parler de la Nakbah [la catastrophe] et j’ignorais la signification de ce terme. Ce n’est qu’au lycée que j’ai entendu prononcer ce mot pour la première fois. Il y avait trois élèves palestiniens dans ma classe, et nous avons effectué ensemble les visites guidées de Haïfa et de ses environs. A cette époque, il y avait encore des traces de la ville arabe dans les vieux quartiers d’Haïfa : de beaux édifices, les vestiges d’un marché couvert détruit en 1948 par les Israéliens, des mosquées et des églises.
Ces reliques témoignaient d’un glorieux passé. Elles ont pour la plupart disparu, démolies par les bulldozers d’une municipalité ambitieuse qui a effacé toutes les marques qui pouvaient rappeler leur origine. Mais, dans mon enfance, il y avait beaucoup de maisons arabes entassées entre les immeubles de béton modernes. Les guides qui nous accompagnaient les appelaient “hirbet al-shaych”, une expression vague désignant une maison arabe d’une période indéterminée. Mes camarades palestiniens murmuraient qu’elles avaient été épargnées par la Nakbah de 1948, mais ils n’osaient pas contredire leurs professeurs ni s’étendre sur le sujet.
Plus tard, quand j’ai commencé mon doctorat à l’université d’Oxford, j’ai choisi les événements de 1948 comme sujet de thèse. En écrivant sur la politique menée cette année-là par la Grande-Bretagne, j’ai découvert par hasard dans les archives israéliennes et britanniques des documents qui m’ont donné, pour la première fois, une idée claire de ce qu’avait été la Nakbah. J’ai eu la preuve formelle que l’expulsion des Palestiniens de Palestine avait été systématique et j’ai été stupéfait de la rapidité avec laquelle la judaïsation des anciens villages palestiniens et de leurs environs avait été accomplie. Ces villages d’où la population palestinienne avait été chassée en 1948 ont été rebaptisés et repeuplés en l’espace de quelques mois. Ce tableau contrastait fortement non seulement avec ce qu’on m’avait enseigné à l’école à ce sujet, mais aussi avec ce que j’avais appris durant mes années de licence au département des études du Moyen-Orient de l’Université hébraïque de Jérusalem. Et ce en dépit du nombre important de cours consacrés à l’histoire d’Israël. Il va sans dire que cette version des faits contredisait également celle qui m’avait été inculquée en tant que citoyen israélien pendant mon service militaire ou lors de fêtes nationales et à travers le discours quotidien des médias sur l’histoire du conflit israélo-palestinien.
Quand je suis rentré en Israël, en 1984, pour poursuivre ma carrière universitaire, j’ai découvert à quel point la négation de la Nakbah était inscrite dans mon nouvel environnement. Elle s’intégrait en fait dans un phénomène plus large d’exclusion de la question palestinienne du discours universitaire local. Ce phénomène était particulièrement évident - et déconcertant - dans le département des études du Moyen-Orient, où j’avais débuté ma carrière comme maître de conférences. Vers la fin des années 80, la situation s’étant quelque peu améliorée après la première Intifada, la question palestinienne a été officiellement introduite dans le programme du département. Mais elle était essentiellement traitée par des spécialistes qui avaient jadis travaillé pour les services de renseignements et qui conservaient des liens étroits avec les services de sécurité et les forces de défense israéliennes. De cette manière, le monde académique israélien a continué d’ignorer la Nakbah en tant qu’événement historique, empêchant chercheurs et professeurs de récuser la négation de la “catastrophe” ailleurs que dans leur tour d’ivoire universitaire.
A la fin des années 80, plusieurs universitaires, dont moi-même, ont attiré l’attention du public en publiant des ouvrages qui contestaient la version communément admise de la guerre de 1948. Dans ces écrits, nous accusions Israël d’avoir expulsé les populations autochtones de la Palestine et d’avoir détruit leurs villages. Malgré le caractère hésitant et prudent de nos premiers ouvrages - le mien n’a même pas été traduit en hébreu -, il était facile de conclure que l’Etat d’Israël avait été construit sur les ruines de la Palestine, son peuple ayant vu ses moyens d’existence, ses habitations, sa culture et ses terres systématiquement détruits. A cette époque, les réactions du public israélien à nos publications allaient de l’indifférence au rejet absolu. Et le système a fait tout ce qu’il pouvait pour étouffer ces velléités de prise de conscience et de reconnaissance du rôle d’Israël dans la Nakbah. Une telle reconnaissance aurait aidé les Israéliens à mieux comprendre l’impasse où se trouve aujourd’hui le processus de paix.
La lutte contre la négation de la Nakbah en Israël s’est ensuite déplacée sur la scène politique palestinienne. A partir du quarantième anniversaire de l’événement, en 1988, la minorité palestinienne d’Israël a associé, comme jamais elle ne l’avait fait auparavant, la mémoire collective et individuelle de la “catastrophe” à la situation de la Palestine en général et à ses épreuves en particulier. Cette association s’est manifestée à travers un ensemble de gestes symboliques : cérémonies de commémoration de la Nakbah, visites organisées d’anciens villages palestiniens désertés ou repeuplés, séminaires sur le passé et interviews détaillées dans la presse de survivants de cet événement.
Par le biais de ses dirigeants politiques, des ONG et des médias, la minorité palestinienne d’Israël a pu attirer l’attention d’un public plus large sur la Nakbah. Ce phénomène a également été encouragé par les négociations d’Oslo, qui ont atteint un point culminant au cours de l’été 2000 avec l’entretien au sommet de Camp David entre le Premier ministre Ehoud Barak et Yasser Arafat. L’impression - fausse - que le conflit touchait à sa fin a placé la reconnaissance de la Nakbah et de la responsabilité d’Israël au premier rang des revendications palestiniennes. Même si la rencontre de Camp David n’a pas abouti, du fait principalement de la volonté israélienne d’imposer son point de vue au camp palestinien, la catastrophe de 1948 a momentanément retenu l’attention d’une audience locale, régionale et, dans une certaine mesure, mondiale. En Israël comme aux Etats-Unis et même en Europe, il était nécessaire de rappeler aux parties concernées par la question palestinienne que le conflit engageait non seulement l’avenir des Territoires occupés, mais aussi celui des réfugiés palestiniens qui avaient été expulsés de chez eux en 1948. Les Israéliens avaient fait en sorte que la question des droits des réfugiés ne figure pas dans les accords d’Oslo, tâche dans laquelle ils avaient été aidés par une diplomatie et une stratégie palestiniennes mal avisées.
La Nakbah avait été si bien tenue à l’écart de l’ordre du jour du processus de paix que, lorsqu’elle fit soudain son apparition, les Israéliens eurent l’impression de voir la boîte de Pandore s’ouvrir devant eux. Leur plus grande crainte était que la responsabilité d’Israël dans la catastrophe de 1948 ne soit alors incluse parmi les questions à débattre, et ils ont aussitôt entrepris de parer à ce “danger”. Les médias et le Parlement ont formulé une position consensuelle : aucun négociateur israélien ne serait autorisé à discuter du droit au retour des réfugiés palestiniens dans leurs foyers d’avant 1948. La Knesset a voté une loi à cet effet, et Barak l’a publiquement appuyée alors qu’il s’apprêtait à s’envoler pour Camp David. Les médias et d’autres institutions culturelles ont également été mis à contribution pour décourager les discussions sur la Nakbah et ses liens avec le processus de paix. C’est dans ce climat que je me suis trouvé impliqué dans l’affaire Tantura. Celle-ci a éclaté à la suite de la révélation, par un étudiant de maîtrise de mon université, Teddy Katz, d’un massacre commis par les forces israéliennes en 1948 dans le village palestinien de Tantura et resté jusque-là ignoré. Accusé de diffamation, cet étudiant a été traduit en justice en décembre 2000 et, en novembre 2001, il a été renvoyé de l’université pour avoir osé présenter de nouvelles preuves de la responsabilité d’Israël. La justice a donc rallié de son plein gré le camp de la négation. Cette année, j’ai eu une impression plus nuancée. A la suite du débat engagé sur la “nouvelle histoire” et du nouvel agenda politique de la communauté palestinienne, des fissures sont apparues dans le mur de négation et de répression qui entoure la Nakbah en Israël. Ce nouveau climat est également dû à la clarification de la position palestinienne sur la question des réfugiés, intervenue vers la fin du processus de paix d’Oslo. Après plus de cinquante ans de répression, il est donc devenu plus difficile pour les Israéliens de nier l’expulsion et l’élimination des Palestiniens en 1948. Mais ce succès relatif s’est accompagné de deux réactions négatives, qui se sont manifestées au lendemain du déclenchement de l’Intifada d’Al Aqsa [la seconde Intifada].
La première est venue des dirigeants politiques israéliens : le gouvernement Sharon, par l’intermédiaire de son ministère de l’Education, a entrepris de retirer systématiquement du circuit tous les manuels scolaires et programmes universitaires qui faisaient la moindre référence à la Nakbah. Des instructions similaires ont été données aux responsables de la radio et de la télévision d’Etat.
La seconde réaction a été plus inquiétante encore et a touché de plus larges pans du public. Bien qu’un nombre considérable de politiciens, de journalistes et d’universitaires israéliens aient cessé de nier les événements de 1948, tous ces gens n’en ont pas moins continué à les justifier en public, non seulement d’un point de vue rétrospectif mais aussi prospectif. Pour la première fois, le concept de “transfert” [l’expulsion des Palestiniens vers la Jordanie] a été ouvertement évoqué dans le discours politique israélien, trouvant sa légitimité en tant que meilleur moyen de régler le “problème” palestinien.
Si l’on me demandait ce qui caractérise le mieux la position actuelle des Israéliens sur la Nakbah, je citerais la popularité croissante de cette option du transfert dans l’opinion publique. La Nakbah apparaît aujourd’hui, pour beaucoup d’Israéliens, comme une question politique majeure, qui est la conséquence inévitable et légitime du projet sioniste en Palestine. S’ils ont un regret, c’est que l’expulsion n’ait pas été menée à terme. Le fait que même un “nouvel historien” israélien comme Benny Morris souscrive aujourd’hui à l’idée que l’expulsion était inévitable et aurait dû être plus exhaustive contribue à légitimer Israël à aller plus loin dans la purification ethnique.
Le transfert est aujourd’hui l’option morale, officielle, préconisée par l’un des instituts universitaires les plus prestigieux d’Israël, le Centre pour les études inter-disciplinaires de Hertzliya, qui conseille le gouvernement. Il figure en tant que proposition politique dans des documents présentés au gouvernement par d’importants ministres du Parti travailliste. Professeurs d’université et commentateurs se déclarent favorables à cette option, et très rares sont ceux qui osent la condamner. Dernièrement, le chef de la majorité à la Chambre des représentants américaine l’a ouvertement approuvée.
La boucle est donc bouclée. Quand Israël s’est emparé de près de 80 % de la Palestine, en 1948, il l’a fait par la colonisation et la purification ethnique. Le pays a aujourd’hui un Premier ministre qui jouit d’un large soutien populaire et qui veut déterminer par la force l’avenir des 20 % restants. Comme tous ses prédécesseurs, du Parti travailliste aussi bien que du Likoud, il n’a pas trouvé de meilleur moyen pour le faire que la colonisation, ce qui s’est soldé par la destruction des infrastructures palestiniennes. Il a le sentiment - et il n’a peut-être pas tort - que l’opinion publique le laisserait aller encore plus loin s’il souhaitait procéder à une nouvelle purification ethnique touchant non seulement les Palestiniens des Territoires occupés, mais aussi, le cas échéant, le million de Palestiniens qui vivent sur le territoire israélien d’avant 1967.
La Nakbah n’est donc plus niée en Israël ; elle est au contraire vénérée par l’opinion. Cependant, il serait bon que les Israéliens entendent le récit exhaustif des événements, car il s’en trouve peut-être encore parmi eux qui sont sensibles au passé de leur pays et à sa conduite actuelle. Ces gens doivent être informés qu’on leur a caché les actes atroces commis par leurs concitoyens en 1948 et que ces événements pourraient facilement se reproduire aujourd’hui si, avec d’autres, ils ne font rien pour s’y opposer avant qu’il ne soit trop tard.
Ilan Pappé, "Al Ahram", Le Caire,
Courrier International, 13 juin 2002
----
Les "maharazim", colonies sauvages, se multiplient en Cisjordanie
La technique est immuable. La "prise de terre" commence par l'installation de quelques caravanes, d'un générateur électrique et de réservoirs d'eau. Le "maharaz", la colonie sauvage, est né. Une guerre d'usure commence alors avec les autorités israéliennes qui, si elles défendent "la croissance naturelle" des colonies existantes, sont officiellement opposées à la création de nouveaux points d'implantation sauvages. Mais le ruban d'asphalte et les lignes électriques qui desservent maintenant Adela, à l'est de la colonie de Shvoot Rahel, en Cisjordanie, font sourire Boaz Melet, qui a participé à la création de ce "maharaz", il y a quatre ans. "Le gouvernement israélien a une main droite et une main gauche. Officiellement, il est opposé à ce que nous faisons pour des raisons de politique internationale, mais vous voyez bien qu'il finit toujours par nous soutenir", assure-t-il. Aux alentours, sur les collines brûlées par le soleil, d'autres lieux sont en cours d'aménagement qui assureraient à terme le contrôle d'une bande de terre importante entre la grande colonie d'Ariel et la vallée du Jourdain.
DÉTERMINATION TOTALE
Le déchaînement des violences, depuis septembre 2000, n'a pas réfréné l'ardeur des colons de Cisjordanie. Bien au contraire. Mercredi matin 12 juin, ils ont annoncé la création d'un nouveau point près du village palestinien de Singil, non loin d'Adela, sur la route de Naplouse, en mémoire d'un jeune habitant de la colonie d'Ofra, tué par des Palestiniens une semaine plus tôt. Toujours sur la même route, en direction de la colonie de Bet-El, le "maharaz" Assaf, installé depuis plusieurs mois, porte le nom d'une autre victime de l'Intifada. Le mouvement La Paix maintenant estime que plus d'une trentaine de "maharazim" ont été créés depuis l'élection d'Ariel Sharon au poste de premier ministre, en février 2001, mais, selon un bon connaisseur du dossier, les relevés de l'organisation pacifiste israélienne sont, d'ores et déjà, périmés.
Car la détermination des colons est totale, alors que s'est constitué en leur sein un mouvement porté par les plus jeunes qui combine la religion, une volonté de retour à la terre et le désir de rompre avec l'establishment des colonies anciennes. Le chef coiffé d'une calotte tricotée, la barbe fournie, Boaz Melet, qui se partage entre les travaux agricoles et l'étude de la Torah, ne doute pas une seconde de la légitimité de sa démarche. "C'est notre terre ici, pas celle des Palestiniens qui n'ont aucun droit et certainement pas celui d'avoir un Etat. Ariel Sharon a tort de dire qu'il ne négociera pas avec les Palestiniens tant qu'il y aura de la violence. Tout simplement, il ne faut rien négocier. Aujourd'hui, la mission du peuple juif est ici, en Judée-Samarie [Cisjordanie]. Demain, ce sera peut-être la Jordanie ou le Liban, et je n'exclus pas d'en être si j'en ai toujours la force", assure-t-il d'un ton paisible.
A Adela, selon lui, les frictions avec les Palestiniens se sont limitées jusqu'à présent à quelques tirs nocturnes et surtout à des vols de moutons. "Quand ces vols ont été trop importants, nous avons riposté en coupant des centaines d'arbres", assure Moshé Tamir, son voisin, pour qui la démonstration de force a été dissuasive. Les deux hommes restent en revanche très évasifs sur le dispositif prévu par l'armée pour assurer la protection de ces points de colonisation particulièrement isolés.
Les "maharazim" constituent en effet un redoutable défi sécuritaire pour les autorités israéliennes. La ligne officielle rappelée récemment par le ministre de la défense, Benyamin Ben Eliezer, est qu'il n'est pas question de risquer la vie de soldats pour la défense de positions illégales. Coup sur coup, des Palestiniens ont attaqué deux extensions sauvages dont l'une d'elles, près de Hébron, à Karmei Tzur, avait été décidée après la mort d'un membre de la colonie, Shmuel Gillis, tué par des tirs palestiniens pendant la "guerre des routes" qui avait fait rage au début de l'année 2001.
Les "maharazim", généralement privés des clôtures et autres systèmes dissuasifs qui équipent les colonies considérées comme légales par les autorités israéliennes, constituent en effet des cibles faciles pour les activistes palestiniens. Réuni le 10 juin, le conseil représentatif des colonies de Judée-Samarie et Gaza (Yesha) a peaufiné sa stratégie vis-à-vis de l'armée. Il a réclamé pour les "maharazim" une sécurité identique à celle de n'importe quelle ville en Israël. Son porte-parole, Yoshua Mor-Yossef, a assuré que l'armée avait toujours été informée de leur création et que son attitude avait valu approbation.
Gilles Paris, ARTICLE PARU DANS L'EDITION DU 14.06.02, p. 3, LE MONDE | 13.06.02 | 16h32,
Shvoot rahel (cisjordanie) de notre envoyé spécial
-----
13 juin 2002 / 19 h 55 Une nouvelle implantation-provocation : hôtel de luxe, téléphérique… au sud-est de Jérusalem
L'implantation d'un nouveau quartier juif à Jabel Moukaber, provoque la colère des habitants et déchaîne les passions politiques. Son implantation est-elle légale ? Les habitants de Jabel Moukaber sont-ils spoliés ? Quelles vont en être les conséquences ? Reportage.
Jusqu'au 3 juin dernier, les 12 000 Arabes de Jabel Moukaber coulaient des jours paisibles dans ce village au cadre biblique situé au sud-est de Jérusalem : collines sauvages parsemées d'oliviers où paissent des brebis, vue majestueuse sur le Mont des Oliviers et le Dôme de la Roche, avec sa magistrale coupole dorée, appelé parfois à tort la mosquée d'Omar, ici tout est beauté. Par son nom, "La Montagne du très grand", le village rend hommage au calife Omar, célèbre pour avoir repris Jérusalem aux Byzantins et érigé une rudimentaire mosquée El Aqsa.
Mais Jabel Moukaber est en effervescence depuis que les travaux de construction d'un nouveau quartier juif, justement nommé "La Vue en or", ont commencé sur le haut de la colline. Cette « vue en or » couvrira 114 000 m2 et accueillera un hôtel de luxe situé face au Mont des Oliviers. À proximité, un téléphérique mènera en survolant la Forêt de la Paix, à Abu Tor, autre village arabe situé plus au nord. Sur le versant de la dite colline, s'agripperont quelques centaines d'appartements.
« Celui qui n'est pas content peut aller au tribunal »
C'est Aryeh Amit, l'ancien chef de la police de Jérusalem, qui dirige « Dil Gal investissements et holdings LTD », l'entreprise responsable des travaux. Il dit ignorer la durée des travaux et se contente d'affirmer que la terre appartient à l'entreprise. Selon lui, « il n'y a rien à expliquer. Celui qui n'est pas content peut aller au tribunal ». Il précise que la « terre a été achetée légalement dès les années 70 à de nombreux propriétaires arabes ». Hagaï Elias, porte-parole de la municipalité de Jérusalem, abonde en son sens : "La terre est privée et a été achetée depuis plus de dix ans. La Municipalité n'a pas de part à ce projet privé, auquel elle a donné son approbation il y a huit ans ».
Le chantier, qui transperce le village, est proche du quartier juif et cossu de Talpiot-Est, (25 000 habitants) où règne le Palais du Gouverneur qui abrite l'ONU. Mais de chaque côté de Jabel Moukaber, se trouvent aussi les deux villages arabes Souah-Est et Souha-Ouest, où vivent 7000 personnes. À l'Est de Jérusalem, rares sont les Arabes à avoir pris la nationalité israélienne, ce sont des Palestiniens.
Depuis le vendredi 7 juin, les villageois se rebellent. Ils manifestent contre l'implantation de ce nouveau quartier juif 24h sur 24h. Sur un bout de terrain sauvage où ils ont installé tabourets de plastique, lits, vieux tapis et une télévision, ils se relaient afin qu'un petit groupe soit toujours présent. Le jour de notre visite, il y avait une douzaine d'hommes, jeunes surtout. Par deux fois pendant la semaine, les villageois et la police des frontières, qui a un poste juste à côté du chantier, se sont opposés violemment. "Mardi dernier, à deux heures du matin, raconte un jeune qui refuse de donner son prénom, des gardes-frontières ont arraché la tente sous laquelle nous discutions et m'ont emmené avec trois autres amis. Ils ont même brutalisé des femmes et des vieux qui se trouvaient avec nous." Il a été convoqué au commissariat central de Jérusalem pour une enquête.
Les promoteurs disent qu'ils ont acheté la terre, mais ils ne l'ont jamais prouvé
"Nous protestons contre la confiscation de notre terre pour la construction d'une nouvelle colonie, clame Mohamed Zahaykah, le porte-parole des résidents. Les promoteurs disent qu'ils ont acheté la terre, mais ils ne l'ont jamais prouvé." Son parent, Ahmed Zahaykah, un villageois de 84 ans, défendu par Shlomo Lecker, revendique ainsi 8.265 m2de terre confisquée, propriété familiale depuis 90 ans, sous l'Empire Ottoman. Il déclare que, depuis avril 1984 et cette année encore, des colons, des membres de la municipalité et de la police ont exercé des pressions pour le forcer à vendre sa terre. Récemment, la police l'a menacé de prendre la terre de force. "Rien de bien neuf, dit Mohammed, dans tout cela. Les promoteurs ont absolument besoin de cette terre pour leur projet, c'est tout". Noam Hoffshteter, le directeur de l'organisation pacifique Peace Now, qui suit de près la progression des implantations et assiste les villageois ans leur sit-in, n'est pas surpris par ce genre de pratique : " Il existe un degré de coopération entre la police, les colons et la municipalité. Mais cela n'est rien comparé à la réalité du terrain".
Les villageois sont représentés par trois avocats : Moahmmed Aweisat défend une famille, Elias Khoury deux, et Shlomo Lecker dix. Toutes contestent les versions de la municipalité et du promoteur et vont attaquer le projet devant la Haute Cour de Justice. Shlomo Lecker, dont les clients revendiquent 30 000 m2 de terres expropriées, affirme : "Une partie de la terre a été vendue légalement pour ce projet, mais pas toute la terre." Il dit recevoir chaque jour des appels nombreux de gens de Jabel Moukaber qui veulent aller en justice : "J'espère pouvoir représenter tout le village. Je veux aller jusqu'à la Haute Cour de Justice pour annuler toute la construction."
Certains possèdent des titres de propriété remontant à la période ottomane
L'affaire est compliquée et difficile pour les avocats, car certains possèdent des titres de propriété remontant à la période ottomane, ce qui rend difficile à prouver qu'ils en sont les propriétaires. Mais les défenseurs considèrent qu'outre la légalité, le côté politique de l'affaire est important.
Shlomo Lecker compte aussi attaquer la Municipalité de Jérusalem, qui a confisqué de la terre aux habitants pour créer des "espaces verts" - un espace public donc, où la construction n'est pas autorisée – puis à permis l'intégration de ces espaces au nouvau plan. Ce que Hagaï Elias, le porte-parole de la municipalité, confirme : "La terre des espaces verts va fournir des espaces verts pour le nouveau quartier (routes et jardins publics). Ce n'est pas autorisé par la loi, assure l'avocat, car nous avons affaire ici à une entreprise privée. Les espaces verts auraient dû rester dans le domaine public et être aménagés par la Municipalité pour le service des villageois."
En fait, ces zones vertes servent de réservoir pour construire ou étendre des implantations. Le dernier et fameux cas étant celui de Jabel Abou Ghneim qui, en 1968, avait été classé "espace vert". En 1991, cette zone a été reclassée pour construire l'implantation de Har Homa. Selon Danny Weidmann, l'avocat israélien spécialisé dans ces questions, 35% de la Jérusalem arabe a été expropriée par Israël. Et Lecker ajoute que, selon la loi, les Palestiniens expropriés auraient dû recevoir des compensations financières, mais qu'ils les refusent pour ne pas avoir à renoncer à leur propriété sur une terre qu'ils espèrent récupérer un jour.
Évidemment, comme tout ce qui concerne la partie arabe de Jérusalem, cette implantation, considérée comme une nouvelle colonie, est hautement sensible politiquement - pour les Palestiniens, comme pour la communauté internationale. Côté israéliens, une majorité d'entre eux considèrent que les implantations dans les nouveaux quartiers est, où résident quelque 200 000 Israéliens, ne sont pas illégales. Gilo est une des principales cibles des miliciens palestiniens depuis la seconde Intifada. Le but politique avoué de ces nouveaux quartiers était d'augmenter la population juive à l'Est et d'empêcher une partition de la ville sainte.
Aryeh Amit, le promoteur connu pour sa position en faveur d'une division de la Ville sainte, voudrait convaincre que "le projet n'est pas politique. La seule façon d'y penser, c'est en termes de propriété privée". Il appartient aussi au Conseil pour la Sécurité et la paix qui promeut un retrait unilatéral des territoires et il refuse de dire aujourd'hui s'il a changé d'avis sur la partition de la ville.
En revanche, Shlomo Lecker, l'avocat, soupçonne et craint, même s'il dit ne pas en avoir la preuve, que des personnalités religieuses et de droite investissent et achètent des maisons, comme c'est le cas dans les implantations situées à l'est au cœur des quartiers palestiniens. "Ce n'est pas bon pour cette région qui était tranquille depuis un certain temps." Noam Hoffshteter, de Peace Nom, considère lui aussi qu'il s'agit "comme toute colonie, d'une "provocation politique. Que la terre ait été achetée légalement ou pas."
Cette nouvelle implantation peut transformer Jérusalem en Belfast
Bien sûr, dès l'annonce de la construction du nouveau quartier juif, les réactions politiques ont fusé. A droite, le maire de Jérusalem, Ehoud Olmert, s'est déclaré "très heureux" d'avoir appris la nouvelle. "Si cela ne tenait qu'à moi, il y a longtemps que ce projet serait réalisé". A gauche, le député travailliste Ophir Pines-Paz a tiré la sonnette d'alarme : "Cette nouvelle implantation peut transformer Jérusalem en Belfast". Il a soumis, le 3 juin, un projet de loi à la Knesset interdisant la création d'un quartier juif dans les zones arabes de Jérusalem sans l'approbation préalable du gouvernement. C'est en effet, pour l'heure, de la compétence de la seule Municipalité.
Jusqu'ici, les villageois de Jabel Moukaber ont pris seuls leur destin en main. Mais demain, vendredi, une importante manifestation aura lieu chez eux. Sari Nusseibeh, le représentant de l'OLP à l'est de Jérusalem, qui ne jouait aucun rôle dans l'affaire jusqu'ici, viendra accompagné d'une délégation de personnalités, dont des députés arabes de la Knesset, pour un sit-in avec les villageois. Tous assisteront à la prière du vendredi.
Par Véronique Hayoun, veronica@palnet.com, proche-orient.info
-----
"Antisémitisme" et "délation" sur les campus américains
"Qui est antisémite ?" Posée avec perplexité par les journaux américains, la question témoigne de la confusion qui s'est installée dans le débat aux Etats-Unis. Dernier exemple : les remous autour d'un site Internet (www.campus-watch.org), lancé par un spécialiste du Proche-Orient, Daniel Pipes, pour dénoncer "la haine d'Israël" qui régnerait dans les universités. Ce site épingle 8 professeurs (et 14 universités) coupables de complaisances propalestiniennes. Il recense leurs écrits ou interventions publiques. L'un a signé il y a deux ans une lettre de soutien à l'universitaire américain d'origine palestinienne Edward Said. Un autre a participé à un débat sur les détentions sans jugement d'immigrants musulmans après le 11 septembre. Le site appelle les étudiants à signaler les cours, les conférences et manifestations où s'exercerait ce que la presse appelle "l'antisémitisme de campus".
Daniel Pipes se défend de toute chasse aux sorcières. Historien, diplômé de Harvard, membre d'un groupe de travail du Pentagone sur le terrorisme et la technologie, il a publié un livre qui explique comment l'islam radical rêve de conquérir l'Amérique. Son initiative sur Internet a enflammé la polémique : en une semaine, une centaine d'universitaires ont revendiqué "l'honneur" d'avoir un dossier sur Campus Watch, afin d'y défendre "une vision mieux informée sur l'islam que celle diffusée par les médias" . Campus Watch dénonce l'appel au boycottage financier d'Israël lancé dans les universités pour faire pression sur Ariel Sharon. Venu de Berkeley et Princeton, il a gagné 24 campus du pays. 130 professeurs de Harvard s'y sont déclarés favorables (439 ont signé une contre-pétition). Il s'agit de dissuader les universités d'investir dans des compagnies ayant des intérêts en Israël. Les étudiants épluchent les portefeuilles boursiers. Selon leurs calculs, l'université du Michigan possède 150 millions de dollars investis dans des compagnies implantées en Israël et Harvard 614 millions.
Une contre-offensive est en cours. L'American Jewish Committee a publié sur une pleine page du New York Times le nom de plusieurs centaines de présidents d'université dénonçant les pratiques d'"intimidation" et de "haine" dont sont victimes les étudiants juifs ou pro-israéliens. Le président de Harvard, Lawrence Summers, ancien secrétaire au Trésor de Bill Clinton, a dénoncé le mouvement de "désinvestissement" boursier. "Des vues profondément anti-israéliennes trouvent de plus en plus de soutien dans les communautés intellectuelles et progressistes, a-t-il dit. Des gens sensés proposent et entreprennent des actions qui sont antisémites dans leurs résultats, sinon dans leurs intentions."
Corine Lesnes, ARTICLE PARU DANS L'EDITION DU 10.10.02, LE MONDE | 09.10.02 | 13h22
------
(21 novembre 2002) Otto de Habsbourg dérape sur "les juifs du Pentagone".
Curieuse manière de fêter son anniversaire. Octogénaire depuis quelques jours, Otto de Habsbourg fait scandale dans un entretien accordé à Zur Zeit, un hebdomadaire autrichien proche de l'extrême droite.
Le fils aîné du dernier empereur d'Autriche attribue aux "juifs du ministère américain de la Défense" la volonté des Etats-Unis d'en découdre avec Saddam Hussein.
"Ils veulent protéger Israël à n'importe quel prix et ils croient le faire en attaquant l'Irak."
Cet ardent militant de la cause européenne, qui, durant la deuxième guerre mondiale, a aidé des milliers de juifs à fuir l'Autriche, enfonce le clou :"D'un côté, il y a le ministère de la Défense, où les juifs occupent les postes clés [...]. De l'autre côté, il y a le Département d'Etat, avec les Noirs, comme Colin Powell (secrétaire d'Etat, ndlr) et Condoleeza Rice (conseillère du président Bush pour la Sécurité nationale, ndlr)."
Pour ne pas faire de jaloux, Otto de Habsbourg, très en verve, s'en prend aussi à Poutine, coupable, selon lui, de mener une politique "qui s'apparente au national-socialisme".
Libération, Les gens, 21 novembre 2002, page 10
------
(06 janvier 2003) Emotion devant la motion
Ils étaient plusieurs centaines hier à Paris.
------
Colère contre le boycott universitaire
Paris-VI soutiendrait l'arrêt de la coopération avec Israël.
-----
Yahoo jugé pour ses enchères nazies
Le site californien poursuivi en France. Le procureur réclame l'amnistie.
Ce devait être le procès de «l'arrogance» de Yahoo. Hier, l'Amicale des déportés d'Auschwitz et des camps de Haute-Silésie attaquait devant la 17e chambre du tribunal correctionnel de Paris l'ex-président de Yahoo Inc., Timothy Koogle, pour la vente d'objets nazis sur le site d'enchères du célèbre annuaire de recherches. L'Américain n'a pas fait le voyage. Il ne dirige plus Yahoo, on le dit «très occupé» par ses nouvelles activités de «consultant». Son représentant, Olivier Metzner, feint de ne pas comprendre pourquoi l'association des rescapés de la Shoah reproche à son client des faits qui n'existent plus : la mise aux enchères d'objets nazis a cessé le 10 janvier 2001.
2 389 objets.
Certaines audiences tombent à plat. Cette affaire, portée hier au pénal, avait été longuement disséquée par le juge des référés du tribunal de grande instance de Paris au cours de l'année 2000. L'Union des étudiants juifs de France (UEJF) et la Licra (Ligue internationale contre le racisme et l'antisémitisme) étaient à l'origine de cette procédure. A l'époque, la nouvelle économie était portée aux nues. Et Yahoo, entreprise californienne prospère, en était l'une des vedettes. Le 20 novembre 2000, les deux associations antiracistes avaient remporté la victoire : le juge des référés obligeait Yahoo à rendre son site d'enchères inaccessible aux internautes français. Mais l'entreprise américaine a pris son temps. Devant l'«arrogance» de Yahoo, l'Amicale des déportés d'Auschwitz a repris le flambeau. Le 5 janvier 2001, elle fait constater par huissier que 2 389 objets portant des insignes nazis sont toujours en vente sur le site. Cinq jours plus tard, Yahoo supprime son service d'enchères, en prétextant un «changement de stratégie». Et porte l'affaire devant les tribunaux américains pour faire annuler la condamnation de la justice française.
Lassitude.
«Imaginez le sentiment d'impuissance et la stupéfaction des quelques survivants des camps», souligne Charles Korman, leur avocat. Ignorant les euros mais «pour le symbole», il demande 1 franc de dommages-intérêts. L'avocat plaide plus d'une heure et le tribunal marque des signes de lassitude. Ses piqûres de rappel «nos valeurs et nos lois ne peuvent être moquées ainsi» semblent de peu d'effet. Le Mrap (Mouvement contre le racisme et pour l'amitié entre les peuples) s'est porté partie civile. La démonstration de son avocat s'embourbe quand il qualifie à plusieurs reprises Yahoo de «fournisseur d'accès». Quand le procureur prend enfin la parole, c'est pour démonter à son tour la procédure : «Le port ou l'exhibition d'insigne, ou d'emblème d'une personne coupable de crime contre l'humanité peut faire l'objet d'une contravention, mais elle est amnistiée» (par la loi du 6 août 2002 qui a suivi la présidentielle, ndlr). Quant au délit d'apologie de crime de guerre ou de crime contre l'humanité, «je ne crois pas que cela ait été l'intention de Yahoo», tranche le procureur. «Dans ces conditions, je demande une dispense de peine», dit-il en se rasseyant. Jugement le 11 février.
Libération, Par Marie-Joëlle GROS, mercredi 08 janvier 2003, p. 16
------
Le chef de l'Etat écrit au rabbin Farhi après son agression pour condamner « un acte de violence intolérable »
LE PRÉSIDENT de la République a fait porter une lettre au rabbin Gabriel Farhi, lundi 6 janvier, après l'agression à l'arme blanche dont celui-ci a été victime vendredi ( Le Monde du 7 janvier). Le chef de l'Etat dit avoir appris « avec consternation et émotion » cet événement et transmet au rabbin sa « sympathie et [ses] voeux les plus chaleureux de prompt rétablissement ». Jacques Chirac « condamne avec la plus grande fermeté cet acte de violence intolérable qui vise un militant de la paix et du dialogue entre les religions. » En garant de la cohésion nationale, le chef de l'Etat souligne qu'« il ne peut y avoir de place dans notre République pour l'antisémitisme, le racisme, la xénophobie, ni pour des manifestations d'intolérance religieuse ». Le président ajoute : « Soyez assuré de ma détermination et de celle du gouvernement à lutter contre les comportements inacceptables. » A la main, à la suite de la formule de politesse, M. Chirac assure le rabbin Fahri de sa « bien cordiale estime ». La cérémonie des voeux des autorités religieuses au chef de l'Etat a débuté, lundi 6 janvier, par une évocation de l'agression dont a été victime M. Farhi. Le grand rabbin Sitruk a déclaré, à l'issue de la cérémonie, que cette agression devait soulever « l'indignation de tous les Français et pas seulement de la communauté juive », ajoutant : « Je crois que c'est le cas. Dans la bouche du président, nous l'avons bien senti. » Voiture incendiée Comme le chef de l'Etat et les autres participants - le pasteur Jean-Arnold de Clermont et le cardinal Lustiger, archevêque de Paris - M. Sitruk ignorait que la voiture du rabbin Gabriel Farhi avait été incendiée un peu plus tôt dans la journée. Stationnée au deuxième sous-sol d'un parking commun de deux immeubles du 16e arrondissement à Paris, à proximité du domicile du rabbin, elle n'a pas été fracturée. Le feu a été mis à des vêtements placés à l'arrière du véhicule, attirant l'attention de la gardienne de l'immeuble, qui a prévenu la police. Des analyses sont en cours pour déterminer quels produits inflammables ont été utilisés. Aucune autre voiture du parking n'a été prise pour cible. Le rabbin Gabriel Farhi, du Mouvement juif libéral de France (MJLF), a été atteint d'un coup de couteau à l'abdomen, vendredi 3 janvier, alors qu'il se trouvait dans sa synagogue du 11e arrondissement, rue Pétion, où il officie depuis sept ans. Sa blessure a été soignée à l'hôpital Saint-Antoine. Le MJLF - fondé par le père de Gabriel Farhi, le rabbin Daniel Farhi - a annoncé qu'une lettre de menaces avait été adressée le matin même à la victime, disant : « Nous aurons la peau du rabbin Gabriel Farhi et vengerons le sang de nos frères palestiniens [...] Nous lancerons contre lui le djihad, châtiment réservé aux ennemis de notre cause. » La 2e division de la police judiciaire, chargée à la fois de l'enquête sur l'agression et de celle sur l'incendie de voiture, dispose pour l'heure de peu d'éléments. L'agresseur de Gabriel Farhi portait un casque intégral, masquant son visage. Le domicile du rabbin a été placé sous surveillance policière. Le MJLF, un mouvement moderniste du judaïsme religieux en France, est très engagé dans le dialogue interreligieux et se déclare partisan du dialogue israélo-palestinien. Nicolas Sarkozy a fait part de sa « détermination » à élucider l'affaire. Il a annoncé qu'il serait présent, mercredi 8 janvier, à la « prière pour la fraternité et l'espoir » organisée par le MJLF, à laquelle assistera également le ministre de la culture Jean-Jacques Aillagon.-----
L'avocat du rabbin dément la rumeur
L'ENQUETE sur l'agression du rabbin Gabriel Farhi, blessé le 3 janvier d'un coup de couteau à l'abdomen, est désormais entre les mains de la brigade criminelle alors que circulent des rumeurs sur la réalité de l'agression. Gabriel Farhi, 34 ans, rabbin du Mouvement juif libéral de France (MJLF), a été atteint d'un coup de couteau à l'abdomen, peu profond, alors qu'il se trouvait seul dans sa synagogue, rue Pétion (XI e ). Trois jours après, sa voiture a été incendiée dans le parking de son immeuble. Très vite, une rumeur, s'appuyant sur l'absence de témoins, a circulé mettant en doute le récit du rabbin. Celui-ci a démenti « de façon absolue » hier, par l'intermédiaire de son avocat, M e Michel Zaoui, cette « rumeur », et a affirmé qu'il avait le sentiment d'être atteint d'un « second coup de couteau encore plus violent que le premier ».-----
Gabriel Farhi : la rumeur
après l'agression
Plusieurs éléments jettent un doute sur l'agression dont le rabbin dit avoir été victime.

------
Rony Brauman, 52 ans, ex-président de MSF, enseignant à Sciences-Po, essayiste, préfacier de Israël-Palestine, le livre noir, commente le documentaire.
A quoi sert ce «Décryptage», selon vous ?Ici, le conflit tourne à une guerre de mots : judéité, racisme, sionisme...
Je pense qu'une partie croissante de l'opinion rejette l'occupation. Cependant, de nombreux juifs s'identifient comme tels dans un rapport affectif avec Israël. C'est leur droit. Ce que je trouve triste et inquiétant, c'est que la majorité d'entre eux s'identifie à la politique actuelle d'Israël. Ce qui est révoltant et dangereux, c'est le chantage omniprésent à l'antisémitisme : la rhétorique du soupçon employée par les institutions juives rappelle le temps ou toute critique de l'URSS, «patrie de l'antifascisme», exposait à être traité de «fasciste» ou d'«hitléro-trotskiste». Au lieu de discuter les faits, on discrédite celui qui les rapporte. Pointe-t-on les exactions d'une armée d'occupation qu'on est accusé d'utiliser les droits de l'homme pour rayer Israël de la carte. Pivot de ces discours d'intimidation, l'évocation du nazisme : ici, on parle d'«année de cristal» pour décrire les attaques contre des lieux juifs en France, là on se réfère aux lois nazies d'exclusion des juifs au sujet de la motion de l'université Paris VI... Drôle de pédagogie : si la situation des juifs de France est aujourd'hui comparable au IIIe Reich, c'est que les nazis n'étaient pas si dangereux ! Enfin, si on est juif et qu'on veut se dissocier de la politique israélienne, la «haine de soi» et la traîtrise du «renégat» vous sont jetées à la figure. L'invective et la diffamation tiennent lieu de réponse à la critique, quand ce n'est pas l'agression physique par les nervis de la Ligue de défense juive. Reste que des personnes et des lieux juifs ont été attaqués. Ces actes odieux doivent être punis. Pourquoi tant de procédures piétinent ? Cette communautarisation et ces violences doivent être combattues. Commençons par dissocier filiation religieuse et adhésion politique. Citoyen français, républicain et juif, je trouve choquant que le Crif, organisme à vocation religieuse et culturelle, se pose comme une seconde ambassade d'Israël. Et plus encore que cette position soit validée par le gouvernement, comme l'atteste la présence de douze ministres lors du dîner annuel de cette institution. Je trouverais tout aussi inacceptable que la future instance de représentation des musulmans de France cherche à peser sur les relations politiques de la France avec tel ou tel pays arabe.
Libération, Par Ange-Dominique BOUZET et Jean-Pierre PERRIN, mercredi 05 février 2003, p. 17
------
9 mars 2003
TÉMOIGNAGE
En plein Palais de Justice de Paris, le comique Dieudonné, invité d'honneur de la Conférence Berryer : « Mon programme, c'est l'antisémitisme, l'anti-blanc et le pro-Ben Laden »
Nous avons reçu une lettre bouleversée d'une avocate parisienne, qui a tenu à nous apporter son témoignage. Nous le reproduisons ci dessous dans son intégralité. Cette avocate a par ailleurs précisé que les propos de Dieudonné, - qui fait salle comble partout où il se produit – n'ont suscité aucune réaction dans l'auditoire.
Je suis membre du Barreau de Paris depuis plusieurs années et j'ai été particulièrement choquée, voire révoltée, que Dieudonné ait été l'invité de la Conférence Berryer le mardi 18 février (2003). La Conférence Berryer est un concours d'éloquence organisé par les Secrétaires de la Conférence du Stage pour les jeunes avocats, une fois par mois, dans la Salle des Criées du Palais de Justice de Paris en présence d'un "invité d'honneur".
La Conférence Berryer a accueilli, entre autres, Monseigneur Lustiger, Charles Pasqua, Michel Rocard, Nicolas Sarkozy, mais également Serge Gainsbourg, Bernard Pivot, Claude Nougaro, Patrick Bruel et Jean-Pierre Bacri. Et le 18 février 2003, Dieudonné.
Qui a oublié les propos racistes, antisémites, anti-républicains et orduriers dont Dieudonné s'est fait l'écho sur les différents médias ? Pas moi : "Juifs et musulmans, pour moi ça n'existe pas. Donc antisémite n'existe pas parce que juif n'existe pas (…/…) Pour moi, les juifs c'est une secte, c'est une escroquerie. C'est une des plus graves parce que c'est la première (…/…). Je pense aussi que la Torah est le bouclier d'intérêts beaucoup plus sombres que l'intérêt spirituel." (Le Monde, 19 février 2002). "Le judaïsme c'est une secte qui a réussi, tout comme le catholicisme, tout comme l'islam (…) Juif ça n'existe pas, fondamentalement c'est un concept qui est dans un bouquin (…) J'ai le droit de penser que la Torah c'est n'importe quoi, je peux dire que c'est des conneries (…) Qu'est ce que c'est que ce système où l'on se transmet par le père la mère le fils, et après on mange pas de porc ?" "La notion de peuple élu, ça me fait rire. Peuple élu mon c...". (France Inter, 30 mai 2002). "Ben Laden est le personnage le plus important de l'histoire contemporaine. Il a réussi à changer les rapports de force et la façon de se battre. Il est seul contre la plus grande puissance du monde. Donc, forcément, cela inspire le respect." (Le Figaro 18 février 2002).
Dieudonné a été l'invité des Secrétaires de la Conférence par esprit de provocation, sans doute, par désir de choquer, certes ... mais pour moi, le risque d'afficher une certaine complaisance et d'offrir une tribune respectable aux idées de ce personnage était évident. C'est un déshonneur pour le Palais de Justice de Paris et les valeurs qu'il représente.
J'étais présente à la Conférence Berryer du 18 février. La salle était comble et Dieudonné a lancé, avec un demi sourire, que la pierre angulaire de son "programme électoral" était celui de "l'anti-sémitisme, anti-blanc et pro Ben Laden".
Inviter Dieudonné au Palais de Justice était inadmissible et le laisser tenir un tel discours est intolérable.
J'étais à New York le 11 septembre 2001, à quelques centaines de mètres des tours du WTC. J'ai vu de mes propres yeux ce à quoi de tels propos peuvent mener aujourd'hui. Et nous savons tous ce à quoi ils ont mené il y a 60 ans. Le ton prétendu "comique" et les sourires en coin ne changent rien à cela. La liberté d'expression dite "artistique" a des limites et ces limites ont été dépassées.
Laurence Harari, avocat à la Cour, proche-orient.info, Paris, le 26 février 2003
-----
(Avril 2003) La communauté dans la tentation du repli après la guerre en Irak et la multiplication des actes antisémites
L'inquiétude monte chez les juifs de France
Ils craignent les conséquences du conflit israélo-palestinien et leur propre radicalisation.
--------
(Juillet 2003 : Poutine contre le patron des patrons russes, le juif Mikhaïl Khodorkovski) Grandes manoeuvres contre les patrons russes
Des enquêtes pour meurtres impliquent la société de l'oligarque le plus riche du pays.
--------
INTERNET : Le responsable d'un site raciste en procès
Des textes pro-israéliens et anti-arabes appelaient au boycott des oeuvres et à l'agression de dizaines de personnalités
--------
(Octobre 2003) Israël s'en prend à Chirac
Poussée de fièvre entre Israël et la France : Chirac est violemment pris à partie parce qu'il n'aurait pas voulu condamner les propos antisémites du Premier ministre malaisien. « Faux », s'indigne-t-on à Paris, où l'on évoque une « manipulation ».
L'agression malaisienne.
En présence de 57 représentants de pays musulmans, Mohamad Mahathir, le Premier ministre malaisien, se livre, jeudi, à une violente charge contre les Juifs : il les accuse de « diriger le monde » bien que, ajoute-t-il, « les Européens ont tué six millions de Juifs sur douze ». Il reproche aux Juifs de faire en sorte que « d'autres se battent et meurent à leur place ». Pour nombre de dirigeants musulmans, ce n'est pas là un discours antisémite, mais... une « critique d'Israël ». Ainsi Mohammad Khatami, le président iranien, trouve-t-il le propos « brillant ».
Des réactions scandalisées.
Le ministère israélien des Affaires étrangères dénonce aussitôt « la profanation de la mémoire de six millions de victimes de l'antisémitisme ». A Bruxelles, où ils sont réunis, les dirigeants européens conviennent, à l'unanimité, de demander à Silvio Berlusconi, le chef du gouvernement italien, qui préside l'Union européenne, de condamner très fermement les déclarations de Mahathir. C'est fait sur le seul site Internet de la présidence européenne.
Une « manipulation » ?
L'affaire rebondit samedi après la publication par l'agence américaine Associated Press (AP) d'une « information » que l'Elysée va violemment démentir : selon un « diplomate français » ayant requis l'anonymat, Chirac, soutenu par le Premier ministre grec, aurait empêché l'Union européenne de conclure son sommet par une déclaration condamnant les propos de Mahathir. A l'Elysée, on évoque une « distorsion grave avec la réalité », et même une « manipulation ».
Chirac accusé.
Hier, le « Maariv », influent quotidien israélien (de droite), publie en une, se basant sur l'info d'AP, une photo de Chirac avec ce titre : « Le visage de l'antisémitisme en France ». Et de dénoncer « l'antisémitisme, l'étroitesse de vue et la traîtrise dont Chirac s'inspire », ajoutant que « cela survient au moment où, en France, des juifs sont attaqués dans la rue ».
La riposte de l'Elysée.
Catherine Colonna rappelle que la France s'est associée, dès vendredi, à la condamnation par l'Union européenne des « propos antisémites » de Mahathir. Ils sont « totalement inacceptables », martèle la porte-parole du président. Si cette condamnation n'apparaît pas dans les conclusions du sommet, explique-t-on à l'Elysée, c'est en raison d'un « usage » de l'Union qui renverrait les questions d'actualité à des déclarations séparées. Mais, devant les dégâts, l'Elysée décide de rendre publique une lettre de Chirac au Premier ministre malaisien : il évoque des « propos antisémites qui ne peuvent qu'être condamnés par tous ceux qui gardent la mémoire de l'Holocauste ».
L'ambassadeur d'Israël à Paris, Nissim Zvili, interrogé hier soir par la radio RFI, a pris la défense de Jacques Chirac en affirmant que le président français « n'est pas un homme politique qu'on peut accuser d'antisémitisme ou bien de racisme ».---------
Ne diabolisons pas Mahathir
Alors que le premier ministre malaisien récidivait, hier (21 octobre 2003), dans ses attaques antisémites
-------
(Octobre 2003) En Russie, le duel entre le Kremlin et l'oligarque Khodorkovski entre dans une phase plus aiguë
Des perquisitions et de nouvelles accusations dans l'affaire Ioukos.
------------
(Octobre 2003) Le roi du pétrole piégé par ses ambitions
Khodorkovski voulait financer des partis libéraux.
------------
(Oligarques) Russie. A savoir
Trois hommes d'affaires déjà contraints à l'exil
Vladimir Goussinski
51 ans, magnat des médias avec une télé, NTV, une radio, Echos de Moscou, et des journaux. Premier à entrer en conflit avec Vladimir Poutine, il fut contraint à l'exil en juillet 2000 en échange de la cession de ses biens à une entreprise proche du pouvoir.
37 ans, le plus jeune des oligarques russes, est en semi-exil. Il a fait fortune dans le pétrole et l'aluminium. Elu gouverneur de Tchoukotka, il est en train de vendre ses actifs. Vit le plus souvent à Londres où il a acheté un club de foot, Chelsea.
------
L'éditorial de Claude Imbert : Critiquer l'islam
--------
(Novembre 2003) Viatcheslav, retraité à 50 euros par mois : "On nous a volés de la tête aux pieds"
--------
---------
Réputé pour ses déclarations à l'emporte-pièce, le compositeur, qui avait traité Ariel Sharon de "petit Hitler", jouit dans son pays d'un grand prestige pour son œuvre et sa résistance à la dictature des colonels.
---------
(15 novembre 2003) L'incendie d'un collège israélite à Gagny suscite l'indignation
-----
Jacques Chirac remobilise le gouvernement contre l'antisémitisme
--------------
(16 novembre 2003) Lycée juif incendié, colère ravivée
---------
Controverse autour de la "piétonnisation" du quartier juif de Paris
-----------
(Décembre 2003) Insultes et agressions antijuives dans certains établissements
------------
(24 décembre 2003) Enquête diligentée contre Dieudonné
--------
Libération, lundi 27 octobre 2003, p. 2
1. « Les versets pacifiques », par deux avocats des mosquées de Paris et de Lyon (Libération du 24 septembre). 2. Sur toutes les reculades, un livre indispensable : « La République et l'islam », de Jeanne-Hélène Kaltenbach et Michèle Tribalat (Gallimard). (Voir critique page 54.)
le point 27/09/02 - N°1567 - Page 5 -
Marie-Pierre Subtil, ARTICLE PARU DANS L'EDITION DU 05.11.03, LE MONDE | 04.11.03 | 14h06
(Alexandre Adler) Les mystères de l'affaire Khodorkovsky
L'auteur de ces lignes se sent un peu comme un réserviste sur le retour qui aurait été rappelé brutalement lors d'un exercice de mobilisation comme spécialiste, alors qu'il y a belle lurette que sa spécialité s'était peu à peu assoupie: depuis Gorbatchev et sa glasnost, qui précéda d'un an la véritable perestroïka, la kremlinologie avait virtuellement cessé d'exister, sauf peut-être dans les trois derniers mois de la défunte Union soviétique où il fallait savoir prévoir l'imminent coup d'État contre le président plus qu'affaibli de l'unique phase démocratique de l'histoire de l'Empire russe depuis février 1917.
lefigaro.fr, Alexandre Adler [12 novembre 2003]
Theodorakis, sortie antisémite
«Aujourd'hul nous pouvons dire que ce petit peuple est à la racine du mal», a-t-il notamment déclaré. Deux ministres étaient présents mais n'ont pas réagi, provoquant la réprobation du Conseil juif central de Grèce.
Theodorakis, qui avait pris position par le passé contre les préjugés antisémites en Grèce, a réagi en dénonçant «ceux qui ont découvert soudainement mes idées, me calomniant comme soi-disant antisémite».
Libération, 14 novembre 2003, p. 13
Un établissement scolaire de confession israélite a été dévasté par le feu samedi 15 novembre en banlieue de Paris, cet acte probablement criminel déclenchant l'indignation de la communauté juive et la condamnation du gouvernement.
"Il semble que l'origine criminelle de l'incendie soit avérée", a estimé sur place le ministre de l'intérieur, Nicolas Sarkozy, en précisant qu'il y a "deux foyers situés dans deux lieux opposés et une suspicion d'effraction" par une vitre de l'école pour garçons, située dans un quartier calme de Gagny (Seine-Saint-Denis).
Les pompiers ont été appelés à 3 h 25 et ont engagé une soixantaine d'hommes et neuf grosses lances pour lutter contre le sinistre, qui n'a pas fait de blessés. L'incendie s'est déclaré dans une ancienne usine acquise par l'association juive orthodoxe Merkaz Hatorah, qui souhaitait s'agrandir. Les élèves travaillent actuellement dans un bâtiment mitoyen qui n'a pas été atteint par les flammes. Les poutrelles métalliques des murs et des toits ont été tordues par la puissance du feu, les vitres ont explosé, le mobilier a été calciné.
Une information judiciaire pour "destructions volontaires" commises en raison de l'appartenance du propriétaire ou de l'utilisateur "à une ethnie, une nation, une race ou une religion" a été ouverte, a annoncé samedi le procureur de la République de Bobigny. L'enquête, qui "sera poursuivie avec la plus grande détermination" selon le procureur Jean-Paul Simonnot, a été confiée dans l'après-midi au service départemental de police judiciaire de Seine-Saint-Denis (SDPJ 93). L'instruction sera effectuée par le juge Roger Le Loire.
La qualification, selon les nouvelles dispositions de la loi du 3 février 2003 qui aggravent la répression des actes en relation avec l'ethnie, la nation, la race ou la religion des victimes, fait de l'incendie "un acte criminel", passible de 20 ans de prison et 150 000 euros d'amende, a précisé le procureur. Selon M. Simonnot, "il y a eu deux départs distincts de feu, distants de plusieurs mètres. Il est également permis de penser qu'une effraction a été commise. Il y a donc lieu de penser dès maintenant à une origine criminelle", a-t-il dit. Le laboratoire central de la préfecture de police de Paris a effectué des prélèvements dans la journée. Les enquêteurs n'ont pas relevé d'inscriptions antisémites aux abords de l'école, a ajouté le procureur.
"UNE CONNOTATION RACISTE ANTISÉMITE ÉVIDENTE"
Le gouvernement a immédiatement affiché sa fermeté et sa solidarité avec la communauté juive, par la voix de deux de ses ministres qui se sont rendus sur les lieux. "Les mots d'antisémitisme doivent être prononcés. L'honnêteté, c'est que l'on ne nie pas l'évidence. Quand on met le feu dans une école juive, il m'est difficile de ne pas penser qu'il ne s'agit pas d'un acte antisémite", a souligné le ministre de l'intérieur. Pour lui, il y a dans cet incendie "une connotation raciste antisémite évidente". "Les auteurs seront poursuivis et punis avec une grande sévérité", a indiqué M. Sarkozy.
Le ministre de l'éducation nationale, Luc Ferry, a lui fait part de sa "consternation". "Je suis venu dire ma solidarité avec le directeur, les enseignants, les élèves, les parents d'élèves", a-t-il déclaré. "Avec le recteur, on va voir tout ce qui peut être mis en place pour assurer la continuité. On est consterné", a encore dit M. Ferry. Selon le directeur de l'école, Jacques Benisty, un incident a opposé il y a quelques jours ses élèves à des jeunes extérieurs à l'école.
Le président Jacques Chirac a condamné de son côté l'incendie "de nature criminelle", en affirmant que "la République française ne peut tolérer aucun acte antisémite". A la suite de cet incendie, le chef de l'Etat a demandé au secrétaire général adjoint de la présidence de la République, Frédéric Salat-Baroux, de se rendre sur place, avec un message à la communauté juive ainsi qu'au maire de Gagny, Michel Teulet, a annoncé l'Elysée dans un communiqué. "L'école plus que tout autre lieu doit demeurer le lieu de la tolérance et du respect", a affirmé le communiqué de la présidence.
Jacques Chirac présidera lundi une réunion de ministres consacrée à la lutte contre l'antisémitisme et recevra des responsables de la communauté juive, a annoncé samedi l'Elysée.
Le Conseil représentatif des institutions juives de France (CRIF) a fait part samedi de sa "vive émotion et son indignation". "Le CRIF condamne cet acte odieux commis à l'encontre d'un lieu d'enseignement de la communauté juive", a déclaré le Conseil dans un communiqué. Le Mouvement juif libéral de france (MJLF) exprime lui dans un communiqué "son inquiétude et son écoeurement face à ce shabbat noir : deux des plus grandes synagogues d'Istanbul victimes d'attentats meurtriers durant la prière hebdomadaire et une école juive incendiée à Gagny".
Le Mouvement contre le racisme et pour l'amitié entre les peuples (MRAP) a pour sa part dénoncé un "odieux attentat". "Au moment où la France entière discute de la laïcité, dans un esprit d'ouverture, de tolérance, envers toutes les croyances, un odieux attentat contre une école juive de Gagny vient rappeler que le racisme, qui s'exprime comme aujourd'hui contre les juifs ou comme hier contre les arabo-musulmans, est loin d'avoir disparu", souligne le MRAP dans un communiqué. Il ajoute qu'en "ce moment trouble et inquiétant, plus que jamais l'union et la mobilisation de tous les antiracistes est une urgence absolue".
"La violence antisémite n'a pas sa place dans notre République", a lancé de son côté Julien Dray, porte-parole du Parti socialiste.
lemonde.fr, LEMONDE.FR | 15.11.03 | 16h21, MIS A JOUR LE 15.11.03 | 20h15
Béatrice Gurrey, ARTICLE PARU DANS L'EDITION DU 18.11.03, LE MONDE | 17.11.03 | 13h37
Le lycée israélite de Gagny (Seine-Saint-Denis) a brûlé samedi (15 novembre 2003). Chirac mobilise ses ministres.
Pour la communauté juive, cet incident s'ajoute à une longue liste d'actes antijuifs. La protection des lieux de culte et des écoles juives est désormais bien assurée par la police, sauf le week-end où elle est levée, ce qui explique sans doute l'incendie de Gagny. «On observe un glissement des actes hostiles envers les particuliers, note Ariel Goldman. Nous avons des listes entières de gens qui se sont fait prendre à partie, insulter, cracher dessus.» Particulièrement visés, les enfants sur le trajet de l'école. Plus de la moitié des victimes sont des mineurs (lire ci-contre). «Comme les auteurs de ce genre d'actes ne sont pas particulièrement courageux, ils ne vont pas prendre le risque de jeter de la peinture sur un établissement scolaire lorsqu'un car de CRS est garé devant. Ils vont attendre un peu plus loin que des jeunes portant la kippa passent.» Egalement visés, les bus scolaires privés: «Des individus n'hésitent pas à monter dedans.»
Samedi, le parquet de Bobigny a ouvert une information judiciaire pour «destruction volontaire par les faits d'une substance explosive ou d'un incendie [...] avec circonstance aggravante du fait que la victime appartient à une ethnie, une nation, une race ou une religion déterminée». Cette qualification figure dans la loi du 3 février 2003, qui renforce la lutte contre les actes racistes. Côté gouvernement, c'est le branle-bas de combat. Cet après-midi, à 16 heures, Jacques Chirac a décidé de réunir à l'Elysée le Premier ministre, Jean-Pierre Raffarin, le ministre de l'Intérieur, Nicolas Sarkozy, de la Justice, Dominique Perben, de l'Education nationale, Luc Ferry, et de l'Enseignement scolaire, Xavier Darcos. Au menu : la protection des lieux de culte et des établissements scolaires juifs. A l'issue de cette réunion, le chef de l'Etat recevra Haïm Musicant, le directeur du Crif (Conseil représentatif des institutions juives de France), le grand rabbin Joseph Sitruk et le président du Consistoire central, Jean Kahn.
«Dissuader».
Cette mobilisation permettra-t-elle l'identification rapide des coupables ? Ariel Goldman l'espère : «S'il y avait des arrestations et des peines fortes, cela rassurerait la communauté et dissuaderait les auteurs de ces actes.»
L'incendie de l'école de Gagny a provoqué en tout cas une réprobation générale. Tout le week-end, les protestations des hommes politiques et responsables d'associations antiracistes se sont multipliées.
Libération,
Par Catherine COROLLER,
lundi 17 novembre 2003
Françoise Chirot, LE MONDE | 20.11.03 | 13h11 MIS A JOUR LE 20.11.03 | 16h41
Chronique de la haine ordinaire à l'école
lefigaro.fr,
[10 décembre 2003]
Le parquet de Paris se penche sur les propos tenus par l'humoriste le 1er décembre sur France 3.
tf1.fr, news, Mis en ligne le 24 décembre 2003