Antisémitisme en 2005, Antisémitisme en 2004
Décembre 2003
Dieudonné victime ?
Enquête sur Dieudonné
A l'école républicaine
Novembre 2003
Et Delanoë lui-même ?
Jacques Chirac intervient fermement
La communauté demande des sanctions fermes
Incendie criminel, en France, d'un lycée juif de garçons
Point de vue russe sur les oligarques
Le propos d'Alexandre Adler
Et Théodorakis ?
Octobre 2003
Une affaire sensible
Chirac lui aussi ??
Encore Poutine ?
Et Claude Imbert ?
Ne diabolisons pas !
Juillet 2003
Et Poutine lui-même ?... suite ...
Avril 2003
Après la croisade anti-Saddam, la communauté juive de France a peur
Mars 2003
Dieudonné ?
Février 2003 : Le point de vue d'un libéral : "Un chantage omniprésent"
Janvier 2003 : Un rabbin libéral agressé au couteau ... Le président Chirac intervient ; mais rumeur ... et l'avocat du rabbin dément la rumeur
Janvier 2003 : Yahoo raciste ?
Janvier 2003 : L'Université Paris-VI ? Emotion devant la motion
Novembre 2002 : Otto lui aussi ?
Octobre 2002 : Antisémitisme universitaire américain ?
Septembre 2002 : Le devoir de mémoire des Israéliens
Juin 2002 : Des arguments antisémites au Québec ?
14 juin 2002 : Des colonies "sauvages"
Un centre de loisirs de luxe à Jérusalem-Est
1er juin 2002 : Madame Duisenberg est-elle antisémite ?
31 mai 2002 : Daniel Mermet, antisémite français ? (relaxe le 12 juillet 2002)
31 mai 2002 : Martin Walser, antisémite allemand ?
30 mai 2002 : La France antisémite, selon les medias américains
15 mai 2002 : La Liste Pim Fortuyn bouleverse la donne politique aux Pays-Bas
11 mai 2002 : Le président Chirac contre les accusations israéliennes
5 mai 2002 : M. Jacques Chirac est réélu avec 82,21% des suffrages exprimés.
M. Jean-Marie Le Pen obtient donc 17,79% des suffrages exprimés (5 525 906 millions d'électeurs).
4 mai 2002 : Conclusion : Tous les groupes sociaux dirigeants sont contre Le Pen
3 mai 2002 : Sur France2, à 20h 51, le président Valéry Giscard d'Estaing pour Chirac ...
Les scientifiques se mobilisent contre le Front national
Et les "bleus" dénoncent Le Pen, et Giresse vote Chirac
2 mai 2002 : Dernières informations : Le Pen à Marseille, 3 000 partisans ; Chirac à Paris-Villepinte, 20 000 partisans ; sondages, Chirac 75 à 82% - Le Pen 18 à 25%.
Des stars en renfort pour Jacques Chirac
2 mai 2002 : Johnny Haliday appelle à voter pour Jacques Chirac.
Idem pour Jane Birkin, les artistes se mobilisent contre le FN.
Jacques Chirac demande aux électeurs de gauche de voter pour lui.
1er mai 2002 : Officiellement 10.000 manifestants FN à Paris en faveur de Le Pen ; entre 900 000 (Le Parisien, centre) et 3 millions (L'Humanité, pcf) des partisans des gauches, selon les médias, dans toute la France, contre Le Pen.
Les anarchistes sont de la partie.
Ainsi que les frères maçons

30 avril 2002 : La ligue des droits de l'Homme appelle à voter contre Le Pen pour Chirac
Zidane et Depardieu idem
29 avril 2002 : M. Jacques Chirac et des francs-maçons auraient aider M. Le Pen
29 avril 2002 : Le grand patronat contre Le Pen
28 avril 2002 : La communauté juive contre Le Pen
27 avril 2002 : Homosexuels et féministes contre Le Pen
26 avril 2002 : Appel de Daniel Cohn-Bendit, Bernard-Henri Lévy et André Glucksman à "voter Chirac"
Le psychanalyste socialiste médiatisé Gérard Miller votera également Chirac
25 avril 2002 : Le Pen et les banlieues
24 avril 2002 : Contre Le Pen, après le premier tour de la présidentielle, les Eglises se mobilisent
22 avril 2002 : Le juge Halphen votera Chirac contre Le Pen
21 avril 2002, 21 heures : Me Dominique Strauss-Kahn votera Chirac contre Le Pen
19 avril 2002 : Cinq Etats européens anti antisémites
17 avril 2002 : Lionel Jospin appelle à la vigilance

Existe-t-il un antisémitisme islamique ?
Le point de vue de Me Théo Klein (Biographie)

A Vienne, « Le Juif de Malte »

LE METTEUR en scène Peter Zadek a demandé à la romancière Elfriede Jelinek de traduire Le Juif de Malte de Christopher Marlowe, créé le 14 décembre au Burgtheater de Vienne. L'écrivain explique les raisons de la persistance de l'antisémitisme en Autriche.
Elfriede Jelinek, Le Monde, 21 décembre 2001, p. 30

Elfriede Jelinek traduit Marlowe et pourfend l'antisémitisme en Autriche

L'écrivaine a été conviée par le metteur en scène Peter Zadek à traduire "Le Juif de Malte", spectacle créé le 14 décembre (2001) au Burgtheater de Vienne avec Gert Voss dans le rôle-titre. Dans un entretien au "Monde", elle explique les raisons de la persistance de la haine antijuive dans son pays.

Il fallait que ce soit à Vienne, laboratoire de l'antisémitisme nazi, et il fallait que ce soit Elfriede Jelinek. Lorsque le metteur en scène Peter Zadek, qui songeait depuis longtemps à monter Le Juif de Malte, l'a proposé au Burgtheater - l'une des plus prestigieuses scènes européennes -, il a commandé une nouvelle traduction du texte de Marlowe à cette ennemie déclarée du sentimentalisme, cette pessimiste convaincue de l'impuissance de la littérature à changer le monde et qui s'emploie pourtant, dans une langue d'une redoutable acuité, à fissurer les certitudes de l'Autriche - l'amour du théâtre et de la belle musique, le culte de la nature et du sport, l'oubli, réparateur.

On était alors au début de l'année, dans les méandres d'une campagne électorale viennoise assez bourbeuse. Jörg Haider venait de se distinguer par ses attaques contre le président du consistoire israélite autrichien, Ariel Muzicant, l'un des plus gros agents immobiliers de la capitale dont le chef de la droite populiste mettait en doute l'intégrité ("un type qui s'appelle Ariel mais n'est vraiment pas net", ironisait-il devant son public hilare). Il critiquait surtout son acharnement à réclamer des indemnités substantielles pour les biens "aryanisés" sous le IIIe Reich. Le décor semblait déjà planté pour une pièce dont l'anti-héros est un juif trop riche, brutalement exproprié par les chrétiens, qui s'insurge contre cette injustice et bascule dans le crime.

A l'inverse de Zadek, pour qui Marlowe a seulement écrit une pièce sur "l'image négative du juif", Elfriede Jelinek ne conteste pas son caractère antisémite : "Bien sûr, on y retrouve tous les stéréotypes du genre. Elle a d'ailleurs été représentée dans l'Allemagne nazie, avec une traduction qui accentuait encore la caricature. A l'époque de Marlowe et de Shakespeare, et bien après, en Allemagne au moins jusqu'à Lessing, cet antisémitisme va de soi, il s'affirme en toute innocence. Mais alors que Shakespeare fait une étude psychologique de Shylock, Marlowe a fortement typé son personnage. Si Shylock est un être humain qui est juif, Barabas est "le juif", un Oncle Picsou amoureux de son or."

"En même temps, et là ça devient intéressant, le texte dévoile les mécanismes de l'antisémitisme.

La folie meurtrière de Barabas est déclenchée par les forfaits des chrétiens. Mais, comme dans un miroir, ces crimes sont renvoyés vers lui, qui déclenche une nouvelle série de crimes dans une sorte d'escalade de la violence - à l'image de ce que nous voyons dans la crise internationale actuelle. Barabas est un miroir qui concentre les feux de la haine qui vont le brûler. Le méchant juif doit disparaître pour que les chrétiens ne voient plus le reflet de leur propre méchanceté. Il ne faut pas oublier que cette société de croisés reposait sur le pillage, la spoliation des "incroyants", juifs ou musulmans."

Par comparaison avec ces figures archaïques, Barabas est pour Jelinek d'une "incroyable modernité". "C'est un homme cultivé, qui n'est pas ligoté par la religion ou la morale. La seule chose qui compte pour lui c'est l'argent sous la forme la plus abstraite possible, comme facteur d'échange, la circulation de la richesse comme objectivation des rapports humains".

Avec l'aide de Karin Rausch, elle a donc évité ce qui pouvait réduire le personnage à une composante ethnique folklorisante (le yiddeln, les expressions "typiquement juives" qui abondent dans d'autres versions du texte). Elle a renoncé aussi à un faux classicisme, usant d'un idiome contemporain pour désigner l'argent et d'une langue rude et efficace, à la fois familière et très stylisée.

"La trivialité permet de casser le pathos, et en même temps de le risquer. Comme La Poudre aux yeux, de Labiche, que j'ai aussi traduit, l'histoire de Barabas est une tragédie tournée en farce. Et comme dans mes propres pièces, les personnages expriment crûment ce qu'on ne dit jamais, c'est le ça qui parle à travers eux.

"LE GUIDE DES "ARYANISATIONS"
Prolongeant le texte de Marlowe, Jelinek fait dire à un chevalier de Malte que le sang du Christ retombe sur les juifs et qu'ils devront payer "jusqu'à la fin douloureuse", jusqu'à ce qu'ils aient "tous disparu". Le spectateur d'aujourd'hui pense inévitablement à la Shoah. "Cette forme d'antisémitisme chrétien est souvent niée dans des pays catholiques comme l'Autriche, où l'on met tout sur le dos des nazis "païens". Mais si l'on n'avait pas longtemps stigmatisé les juifs comme des "meurtriers du Christ", les nazis n'auraient pas imposé aussi facilement leurs idées. Je connais bien ce répertoire : j'étais dans une école religieuse, à Notre-Dame-de-Sion. Etrangement, il s'agit d'un ordre français fondé par des juives converties, alors que je suis moi-même à moitié juive par mon père."

Il était important de montrer une telle pièce "ici, à Vienne, où est né l'antisémitisme moderne. Celui du politicien Karl Lueger, qui a influencé Hitler, et aussi celui d'intellectuels juifs "assimilés", comme Karl Kraus ou Otto Weininger". Aujourd'hui, si les codes sont plus subtils, le "bon vieil antisémitisme" affleure toujours. Haider arbore le costume traditionnel carinthien précisément le jour où il doit négocier avec le chef du consistoire israélite le montant des restitutions "pour signifier la supériorité du terroir sur la grande ville cosmopolite". Et que dire du silence écrasant qui accueille l'ouvrage récent de Tina Walzer et Stephan Templ, Notre Vienne, guide illustré des "aryanisations" - cafés, boutiques, pharmacies, cinémas, entreprises - qui, pour la première fois, désigne les "profiteurs" par leurs noms.

"On y apprend par exemple que l'écrivain Heimito von Doderer [tout comme une autre gloire nationale, le chef d-orchestre Karl B-hm, grand mozartien] a aryanisé une maison. Personne ne dit rien ! Mais moi, on m'a insultée lorsque dans ma pièce Burgtheater, j'ai rappelé que les deux vedettes adulées de l'après-guerre, le couple Paula Wessely-Attila Hörbiger, avaient servi le régime nazi." Cette pièce de Jelinek n'a jamais été jouée en Autriche : même Claus Peymann, iconoclaste directeur du Burgtheater, a reculé devant l'outrage.

"Ici, on porte aux nues les interprètes et on méprise les créateurs. Le philosophe Rudolf Burger a écrit que Thomas Bernhard et moi étions responsables de l'arrivée de la droite au pouvoir parce que nous avions trop craché sur l'Autriche. On préfère dénoncer le messager, plutôt que d'entendre le message." La nouvelle pièce de Jelinek ne va pas la réconcilier avec ses compatriotes : Dans les Alpes a pour prétexte le désastre du funiculaire de Kaprun, en novembre 2000, et explore l'idéologie "brune" de l'alpinisme autrichien, qui avait fermé dès 1928 certains refuges de montagne aux juifs.
par JOELLE STOLZ, Le Monde, 21 décembre 2001, p. 30, LE MONDE | 20.12.01 | 20h40, MIS A JOUR LE 20.12.01 | 20h57

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Existe-t-il un antisémitisme islamique ?

PARTICULARITÉ de la France : on y trouve les communautés juive et musulmane les plus nombreuses d'Europe. En cela, elle devrait faire office de laboratoire du vivre ensemble. Sur le terrain, néanmoins, tout indique que les difficultés se multiplient. On a certes par le passé connu des moments de nervosité, mais rien de similaire aux tensions qui ont suivi la seconde Intifada et, plus récemment, la nouvelle flambée de violence au Moyen-Orient. Tout se passe comme si la jeunesse française d'origine immigrée et musulmane était plus sensible aux événements en Palestine et manifestait son mécontentement de façon plus audible.

Des propos malveillants, des "A bas les juifs !" fusant dans certaines manifestations, voire des exactions contre des synagogues, ont pu être enregistrés dans différentes villes de France. Plus généralement, on a pu entendre ici et là des propos ambigus sur les juifs, leur pouvoir occulte, leur rôle insidieux dans les médias, leur sombre stratégie... Après le 11 septembre, les fausses rumeurs sur les 4 000 juifs qui ne se seraient pas présentés à leur poste le matin des attaques contre le World Trade Center ont été relayées jusque dans les banlieues.

Des voix musulmanes, trop rares, se sont fait entendre pour se démarquer de ces propos et attitudes. On a parfois expliqué ces phénomènes par la frustration et un sentiment profond d'humiliation. Cela peut être mais il faut néanmoins être honnête et aller jusqu'au bout de l'analyse du phénomène : comme cela se voit à travers le monde musulman, il existe aujourd'hui en France un discours antisémite qui cherche à tirer sa légitimité de certains textes de la tradition musulmane et qui se sent conforté par la situation en Palestine. Ce discours n'est pas uniquement le fait de jeunes désœuvrés ; il est aussi véhiculé par des intellectuels ou des imams qui, à chaque écueil, au détour de chaque revers politique, voient la main manipulatrice du "lobby juif".

La situation est trop grave pour que l'on se satisfasse de propos de circonstance. Les musulmans, au nom de leur conscience et de leur foi, se doivent de prendre une position claire en refusant qu'une atmosphère délétère s'installe en France. Rien dans l'islam ne peut légitimer la xénophobie et le rejet d'un être humain par le seul fait de sa religion ou de son appartenance. Ce qu'il faut dire avec force et détermination, c'est que l'antisémitisme est inacceptable et indéfendable. Le message de l'islam impose le respect de la religion et de la spiritualité juives considérées comme la noble expression des "gens du Livre".

Dans les premiers temps de son installation à Médine, avant les conflits d'alliance, le prophète Mahomet avait menacé : "Celui qui est injuste envers un contractant (les chrétiens et les juifs de Médine), je témoignerai contre lui le jour du Jugement dernier." Plus tard, en pleine période de conflit, huit versets du Coran furent révélés pour innocenter un juif qu'un musulman cherchait à faire injustement accuser à sa place. Mahomet n'a cessé d'enseigner le respect des êtres dans leur différence : il se leva un jour alors qu'une procession funèbre passait non loin de lui ; on lui annonça qu'il s'agissait d'un juif, ce à quoi il répondit : "Ne s'agit-il pas d'une âme humaine ?"

On ne peut négliger cet enseignement et continuer à alimenter des représentations pour le moins troubles concernant les juifs. C'est la responsabilité des cadres associatifs et des imams de diffuser un message sans ambiguïté sur les profonds liens entre l'islam et le judaïsme, sur la reconnaissance islamique de Moïse et de la Thora, sur la contextualisation nécessaire de certains textes équivoques, sur le respect mutuel et le refus de toute forme d'antisémitisme explicite ou larvé. Cela veut dire aussi qu'il faut reconnaître l'horreur que fut l'Holocauste, en étudier la portée et respecter la blessure et la souffrance qui ont façonné la conscience juive au XXe siècle.

Pour que tous les citoyens de confession musulmane accèdent à la compréhension de cet enseignement, il faut qu'il soit accompagné d'un certain nombre d'actions concomitantes. En amont, il faut lutter contre le sentiment de victimisation qui colonise de nombreux esprits parmi les citoyens français musulmans et notamment parmi les plus marginalisés. De malaise en repli communautaire, ils finissent par stigmatiser l'autre, l'Etat, la police, le juif "qui ne nous aiment pas, qui nous manipulent...".

C'est ici la responsabilité partagée des intellectuels musulmans et de l'autorité publique : pour les premiers, il s'agit de dispenser un enseignement islamique cohérent et non littéraliste, qui insiste sur la responsabilisation personnelle et le respect de l'autre. Quant aux pouvoirs publics, il s'agit de proposer des actions concrètes qui brisent la logique des ghettos économiques et réforment les politiques sociales et urbaines sur le plan local. Qu'on le veuille ou non, le désœuvrement et la discrimination sociale sont une des causes majeures du racisme.

A un autre niveau, il devient urgent que des représentants juifs et musulmans prennent langue et établissent un dialogue franc et exigeant afin d'éviter d'alimenter les réflexes communautaristes qui pourraient mettre à mal le principe du vivre ensemble. L'autocritique doit être mutuelle.

S'il faut effectivement condamner les dérapages antisémites de certains musulmans, il est néanmoins de la responsabilité des intellectuels juifs, religieux ou laïques, de ne pas confondre les registres. Un premier ministre d'extrême-droite, qu'il soit juif ou non, est porteur d'une idéologie qu'il faut dénoncer pour ce qu'elle est. Critiquer Sharon pour ses horribles complicités passées et l'horreur de sa politique actuelle, ce n'est point manquer de respect au judaïsme, de la même façon que critiquer une à une les dictatures des pays musulmans n'est point s'en prendre à l'islam.

Le respect que nous devons au judaïsme ne doit pas être sujet à caution dès lors que l'on dénonce l'injuste politique de l'Etat d'Israël. A entretenir ce type d'amalgames malsains, on finit par creuser des tranchées entre des appartenances qui vident de son sens la pratique d'une citoyenneté française fondée sur des valeurs de justice et d'égalité.

Musulmans comme juifs doivent cesser d'alimenter le sentiment d'être des "victimes"et reconsidérer les discours que chacun entretient sur l'autre. Au nom d'une commune éthique citoyenne, notre dignité sera fonction de notre capacité à savoir critiquer, au-delà de toute appartenance confessionnelle, tout Etat et toute organisation à l'aune des principes du droit sans considérer qu'il s'agit d'une manifestation d'antisémitisme ou d'islamophobie. C'est cette exigence intellectuelle qu'il faut enseigner et qui aidera tous les juifs et les musulmans à offrir à leur foi et à leur appartenance respective l'amplitude d'une conscience de soi universelle et non celle d'une identité-ghetto très étriquée.

En Europe et en France, les conditions objectives qui permettraient de relever ce défi sont réunies. Reste à s'engager ensemble dans la voie de l'autocritique constructive et à refuser la perverse tentation des condamnations sélectives.
par Tariq Ramadan , LE MONDE | 22.12.01 | 18h24 | analyse, Tariq Ramadan est professeur de philosophie et d'islamologie à Fribourg et à Genève.

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OPINIONS : «La nature juive de la cible attaquée ne doit pas faire penser à un renouveau de l'antisémitisme»

Théo Klein, avocat au barreau de Paris et au barreau d'Israël, ancien président du Conseil représentatif des institutions juives de France (CRIF) et ancien président du Congrès juif européen, estime qu'il est inexact, voire même dangereux, de conclure par une analyse superficielle à un regain de l'antisémitisme.

Dans toutes les périodes de violence que la vie nous fait traverser, la confusion des idées ou des analyses est le piège le plus pernicieux. Même lorsque l'émotion des victimes directes est compréhensible, il est du devoir des responsables d'en appeler à la raison.
Un homme brutalisé, injurié dans la rue, s'il porte une kippa ou s'il paraît être un rabbin, fait penser immédiatement à un acte de nature antisémite. De même, une synagogue incendiée ou une école juive détruite par un cocktail Molotov font ressurgir de la mémoire juive tant de souffrances que l'on croyait abolies. Cependant la simple nature juive de la cible attaquée ne doit pas faire penser, sans réflexion, à un renouveau de l'antisémitisme et faire revivre les vieux démons.
Avant d'analyser les événements qui ont conduit à ce regrettable déferlement de déclarations et d'articles sur un antisémitisme renaissant, il faut revenir aux faits et les situer dans leur contexte.
La France, et particulièrement la région parisienne, a connu, en octobre 2000, au début de l'Intifada Al Axa, puis, à nouveau après le 11 septembre 2001, une série de violences qui ont inspiré les protestations du CRIF et d'autres institutions juives dans le dernier trimestre de l'année écoulée.
Les médias, qui semblent compter sur une plus grande diffusion lorsque leur page de couverture mentionne le mot «juif», (si possible associé à «douleur», «protestation», ou encore «survie») ont emboîté le pas avec une chaleureuse absence de nuances. Ils faisaient ainsi renaître une prétendue vague d'antisémitisme dans le silence «assourdissant» d'une droite antisémite, bien contente de voir les juifs eux-mêmes et les médias, qui généralement la combattent, remettre à l'ordre du jour ce fléau de l'intelligence, cette pourriture de l'esprit qui est la caractéristique de l'antisémitisme lorsqu'il existe et se manifeste vraiment.
J'ai décidé de réagir tout de suite contre ce détournement des faits, contre cette analyse superficielle d'un phénomène d'une nature, à mon avis, bien différente. En effet, ces événements liés essentiellement à l'Intifada mettent en œuvre et en lumière d'une part la confrontation de deux solidarités fortes et contradictoires: les juifs pour Israël, les arabes pour la Palestine, et, d'autre part, le phénomène non maîtrisé de la violence urbaine d'une partie de la jeunesse maghrébine ou, rarement, africaine. C'est lorsque la confrontation de ces deux solidarités est portée à son apogée par la violence des kamikazes palestiniens et des représailles israéliennes qu'éclatent généralement les incidents prétendument antisémites.
Ainsi s'est généralisée une analyse qui identifie l'acte à la cible visée, sans tenir compte de la motivation de l'auteur de cet acte. Dès lors, la confusion s'installe.
Il ne me semble ni convenable ni, en l'occurrence, exact de conclure au vu des actes relevés par les institutions juives à un regain ou un renouveau de l'antisémitisme en France. Il me paraît même dangereux de se livrer à une telle analyse dans une conjoncture où l'incivisme et la violence s'expriment contre toutes sortes d'autres cibles. Je veux bien reconnaître qu'une synagogue ou une école incendiées peuvent susciter plus de craintes et d'émotions que l'incendie de voitures mais lorsque d'identité des incendiaires est la même, cela mérite un examen attentif.
Les Juifs de France, comme dans la plupart des autres pays européens, sont intégrés à la population, font partie des cadres, occupent souvent des postes à responsabilités. Ils ne constituent pas une minorité au sein de la collectivité. Ils se regroupent librement dans leurs associations, exercent leur culte religieux, sont présents aussi au sein des universités où un grand nombre d'éléments de la culture juive sont enseignés. S'il se trouvait qu'aujourd'hui s'organise en France un mouvement prônant l'antisémitisme, c'est l'ensemble de la communauté nationale qui serait appelée à réagir. Nous avons quitté nos ghettos involontaires et n'avons aucune raison de nous enfermer nous-mêmes dans une sorte de ghetto artificiel. C'est en citoyen de plein droit que nous devons examiner les événements et c'est au nom de la sécurité de tous que nous devons combattre toutes les violences et les dénoncer toutes.
Dans cette liberté citoyenne, il est parfaitement normal que les institutions juives manifestent leur solidarité avec l'Etat et le peuple d'Israël. A juste titre, aussi, ces institutions ne veulent pas, en tant que telles, entrer dans le débat et les choix politiques ou stratégiques du gouvernement d'Israël. Il serait cependant erroné d'en conclure que «les juifs soutiennent Sharon» ou d'autres formules dont la généralité est porteuse de confusion. Chacun d'entre eux, chacun d'entre nous, porte sur l'action du gouvernement d'Israël un jugement personnel.
Il n'est ni de notre intérêt, ni de celui de ceux qui soutiennent le point de vue des Palestiniens, de transférer hors du Proche-Orient un conflit dont la solution demeure entre les mains des deux peuples qui devront, finalement, se partager la terre commune. Si nous voulons apporter notre contribution indirecte à la solution de ce conflit, c'est en appelant au dialogue plutôt qu'en surévaluant les obstacles.
S'il existe, de par le monde, une tentative de ressusciter un mouvement antisémite, c'est à Durban, l'été dernier, qu'il s'est manifesté. Ceux qui se sont, à cette occasion, livrés à la dégradante tentative de reprendre les arguments éculés du temps du tsarisme, du stalinisme et de l'hitlérisme se sont d'eux-mêmes mis au ban de la communauté internationale. Ils ont fait le jeu d'un islamisme extrême dont l'objet réel n'est pas de combattre les juifs en tant que tels mais d'abattre, à travers eux, les valeurs de la laïcité, de la liberté et de la démocratie. Ne nous jetons pas nous-mêmes dans le piège qu'ils nous ont tendu. La défense des droits de l'homme passe par la solidarité de tous les démocrates. Soyons simplement des leurs.
Le Temps, Date de parution : Lundi 4 février 2002, Théo Klein

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Théo Klein, 81 ans. L'ancien président du Crif ne croit pas à un regain de l'antisémitisme en France.

Théo Klein en 7 dates :
Juin 1920 Naissance à Paris.
1945 Devient avocat.
1970 S'inscrit au barreau d'Israël.
1983 Président du Crif (Conseil représentatif des institutions juives de France).
1986-1987 Président du Congrès juif européen.
1989 Président d'honneur du Crif.
2001 «Libérez la Torah», Calmann-Lévy.

L'alarme a été tirée. Il reste assis, vieux monsieur qui n'en est pas à sa première alerte. Les intellectuels peuvent bien gronder, les journaux titrer, les associations s'enflammer, il démonte le livre de l'un, le plaidoyer de l'autre, regarde derrière lui et assure publiquement que tout ne va pas si mal. Théo Klein dit: «Il y a dans nos esprits, ou dans nos gênes, quelque chose qui nous avertit des dangers qui vont se présenter. Je n'exclus pas que ce petit signal puisse fonctionner encore, mais attention.» Sa petite lumière à lui ne s'est pas allumée ces derniers mois, tandis que dans certaines banlieues, cages de résonance des passions palestiniennes, la kippa se cache. Au gré des 81 années passées, ce passager du siècle de l'Holocauste, a bien connu l'incandescente lueur. Mais cette fois non, Théo Klein, ancien président du Crif, notable à la parole installée, ne croit pas qu'une vague antisémite menace la France.

Théo Klein, c'est l'«israélite français». Son histoire ne débute pas sur les bords de la Méditerranée, ou dans les profondeurs orientales de l'Europe. Son quadriaïeul s'est présenté à la mairie de Strasbourg un jour de 1808, Napoléon avait décidé que les juifs devaient être inscrits à l'état civil. Il ne suffisait plus de dire Salomon, fils de David. Il choisit le nom de Klein. «Dans la famille, on n'a jamais su pourquoi.» Ça veut dire petit. Il l'était peut-être, l'aïeul, «coupeur de cors», continuellement penché sur les pieds abîmés par la marche. La famille a ensuite quitté l'Alsace devenue allemande, pour Paris, dans le Xe arrondissement.

Dans la salle à manger, un tableau rappelait Jérusalem. La tradition juive scandait les jours et les semaines. Le vendredi soir, la mère allumait les deux bougies traditionnelles, l'Eternel était partout, «un mot que je prononçais, mais auquel je ne croyais pas». Parfois on l'appelait «Bondieu», comme dans ces maisons françaises incrustées de croix. C'est que chez les Klein, «on était très profondément juif et très profondément citoyen français». L'orthodoxie juive s'épanouissait avec la République laïque qui surmonta l'affaire Dreyfus, puissant vaisseau de la réaction, puis la Grande Guerre pour laquelle père et oncles partirent, le châle de prière roulé dans leur barda. Le père est rentré avec le grade de médecin capitaine. Quand, plus tard, la République installa le juif Léon Blum, les Klein étaient sur les trottoirs les jours de défilés, accueillant les congés payés comme un shabbat prolongé.

«J'ai rencontré l'antisémitisme.» Mais d'abord, il n'a pas eu peur: «J'allais à l'école communale des garçons, nous étions absents les jours de fête juive et le samedi. Un élève lançait des expressions antisémites. Eh bien, le pied du professeur ou la main du directeur intervenait avant que j'aie eu le temps de réagir.» Pour ses études secondaires, il fréquente un lycée juif, y croise ceux qui viennent d'Europe de l'Est ou du Maghreb: «Ils étaient sionistes, nationalistes, ce qu'on n'était pas dans ma famille.» Pendant l'Occupation, la famille s'enfuit, se cache, éparpillée. La République n'est plus fiable, elle a laissé la France voter le statut des juifs. Son père, membre du consistoire, reste à Paris. Jeune résistant, Théo vient le voir: «Il m'a dit que son étoile jaune lui a valu, dans le quartier, plus de saluts discrets que d'insultes.» Les Klein sont patriotes, des oncles sont morts en déportation, des cousins abattus par la Gestapo, mais les Klein ne sont pas hommes à gratter les plaies de la culpabilité française.

Théo Klein continue à pétrir les deux histoires et regarde vivre aujourd'hui toute la société française. «Nous sommes face à un problème général de violence dans les banlieues. Ceux qui s'attaquent aux rabbins sont les mêmes qui s'attaquent aux pompiers, à la police, aux enseignants.» Il voit se transposer ici la guerre israélo-palestinienne: «Du côté des jeunes Maghrébins, cela se traduit par une violence parfois physique. Cette jeunesse-là n'a pas d'autre moyen d'expression. Mettre le feu à une synagogue, ce n'est pas pareil que mettre le feu à une voiture. Mais ça ne change pas la nature de l'acte, vu de celui qui le commet. Je ne vois pas dans tout cela la détestation intrinsèque du juif.» Cet homme aux deux nationalités, israélienne et française, retourne le miroir vers les siens: «Le réflexe du ghetto n'est pas mort. C'est vrai que pendant deux mille ans, on a été absents de la souveraineté, mais on ne va pas reconstruire nous-mêmes un ghetto!»

On peut s'étonner qu'il ait été dans le passé élu à la tête des institutions juives de France. «Il aura été à sa manière un Jean XXIII du judaïsme français», écrit Alain Minc. Mais sans succession. Il avait soigné le lien à la République et inventé les dîners du Crif, rendez-vous devenu incontournable avec le Premier ministre. Il avait d'emblée assumé sa sensibilité «de gauche» et affirmé qu'il ne jouerait pas les succursales de l'ambassade d'Israël. La première fois qu'il est allé en Israël, c'était au début des années 50, un vol de nuit plein à craquer. «ça gueulait dans l'avion, en yiddish, en anglais, et je me disais: "Mais qu'est-ce que j'ai à voir avec ces gens-là." Et puis on a débarqué à 5 heures du matin, j'ai été pris par l'odeur des orangers, j'ai été saisi par un sentiment auquel je n'étais pas préparé. Je me suis dit: "Je suis rentré à la maison."» Avec Ariel Sharon, ils se sont parlé et opposé franchement. L'hébreu, dit-il, ne permet pas beaucoup de circonvolutions. Klein lui demande de pousser Arafat à proclamer l'Etat de Palestine, pour le reconnaître aussitôt.

«Je ne me sens pas marginalisé, dit-il. J'ai juste un point de vue que je partage avec moi-même.» Qui est: la haine passée ou actuelle, réelle ou fantasmée, ne peut être le seul ciment de l'identité juive. «Je ne suis pas juif en France parce que des parents ont été déportés à Auschwitz, pas davantage parce qu'Israël existe.» Encore moins, écrit-il, par la grâce d'une parole rabbinique sclérosante. Alors Théo Klein, séducteur deux fois marié, avocat aux affaires florissantes, homme sans foi mais pas sans loi, sans prières mais pas sans rite, lit et relit la Torah parce qu'il y trouve matière à réfléchir, et parce ce qu'elle était rassurante la main du grand-père à barbe blanche qui l'emmenait vers la synagogue, où il ne va plus.

Des durs de banlieue s'inventent une «intifada», les intellectuels parisiens des flash-backs. Klein est montré du doigt: «juif honteux», disent les musclés. Réunion du centre Simon-Wiesental le mois dernier: «Théo Klein et tous ces gens qui nous font un mal fou doivent se taire.» Ovation. Pierre-André Taguieff, théoricien de la nouvelle «judéophobie», à son tour: «Il joue sa partition dans l'orchestre des "bons juifs" invitables, modérés et critiques vis-à-vis d'Israël. Il est déphasé par rapport au contexte.» Trop vieux le juif libéral, sorti d'une maison pieuse avec la Terre promise au mur de la salle à manger et la porte ouverte sur l'extérieur? Trop peut-être, pour se départir de ses bonnes manières. Mais pas suffisamment pour lâcher prise.
Libération, 5 février 2002, p. 40

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Lionel Jospin appelle à la vigilance sur le racisme et l'antisémitisme

Le café de la musique avait été rebaptisé, le temps d'une soirée, lundi 15 avril, " Café de la paix". En invitant Lionel Jospin à "discuter sans tabou" de la situation au Proche-Orient, Malek Boutih, président de SOS-Racisme, et Patrick Klugman, président de l'Union des étudiants juifs de France (UEJF), voulaient afficher leur volonté de lutter contre la montée des communautarismes. L'initiative, passablement convenue, a permis au candidat de redire sa "condamnation absolue" des actes antisémites et racistes.

C'est dans le cadre branché de ce café de la porte de Pantin, à Paris, qu'une cinquantaine de jeunes de toutes origines et de toutes religions, ont interrogé, studieusement, le candidat socialiste. Pendant plus d'une heure, le premier ministre en campagne s'est prêté au jeu des questions réponses - soigneusement préparées par les organisateurs -, se détendant au fur et à mesure des échanges devant un parterre conquis.

"AUCUNE EXCUSE"
Sur le conflit israélo-palestinien, M. Jospin a reconnu prudemment que depuis que le processus de paix s'était arrêté, "la situation était devenue difficile" : "Il est évident que quand on passe d'un processus de paix à une régression, l'espoir disparaît", a admis le candidat, expliquant qu'il fallait "en rester aux principes de base", "la garantie de la sécurité d'Israël et le droit des Palestiniens à se constituer comme nation dans un territoire viable". "Toute attitude du gouvernement israélien niant cet Etat palestinien, tout comme l'utilisation des attentats sanglants qui a comme conséquence de dresser la population israélienne contre les Palestiniens, doivent être condamnés."

A une question sur les initiatives en faveur de la paix qu'il prendrait s'il était élu, M. Jospin a expliqué qu'il ferait "entendre la voix de la France dans le sens du dialogue et de la paix". Pour cela, il "s'efforcera d'agir sur les deux protagonistes pour retrouver le chemin de la négociation" : "C'est le sens de la proposition de l'envoi d'une force d'interposition contre la logique répressive qui nourrit colère et désespoir." M. Jospin a reconnu qu'il n'avait, dans ce domaine, avec Jacques Chirac, que des "différences de sensibilité sur la façon d'agir".

Quant à "l'inquiétude de beaucoup de jeunes devant les actes antisémites", le candidat a répondu qu'"il n'y a aucune excuse à l'antisémitisme". "Nous devons, dans nos têtes, mais aussi en tant qu'Etat, condamner de manière absolue l'antisémitisme", a-t-il poursuivi. Il est également nécessaire d'être "vigilant vis-à-vis de tout acte raciste tourné vers d'autres individus et communautés". "Il a fallu l'être depuis le 11 septembre", a-t-il précisé, faisant allusion aux agressions racistes qui ont visé des personnes d'origine maghrébine. Le candidat en a profité pour s'inquiéter de la "poussée de l'extrême droite" dans les sondages et mis en cause Jacques Chirac sans le nommer : "Le fait, pour certains candidats, de situer de façon systématique leur campagne sur le terrain de l'insécurité nourrit l'extrême droite", a dénoncé M. Jospin.

Ce sera la seule allusion à la campagne en cours. Le candidat socialiste a ensuite accroché au revers de son costume le petit ruban blanc "pour la paix", fabriqué pour l'occasion par SOS-Racisme et l'UEJF, se disant prêt à une grande manifestation "républicaine". Et s'est ensuite prêté à une séance photo devant la fontaine aux Lions de la grande Halle de La Villette, entouré d'une grappe de jeunes très "black-blanc-beur".
Sylvia Zappi, Le Monde, 17 avril 2002, p. 13, LE MONDE | 16.04.02 | 16h39

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Cérémonie fraternelle à la Sorbonne

En coordination avec SOS-Racisme et l'Union des étudiants juifs de France (UEJF), Jack Lang a organisé, lundi 15 avril, à la Sorbonne, une cérémonie d'appel à la fraternité et au respect des valeurs républicaines. Le ministre de l'éducation nationale a annoncé avoir adressé une lettre à l'ensemble des chefs d'établissement et des professeurs des écoles les invitant à combattre "toute transposition sur notre territoire du conflit au Proche-Orient". Après Malek Boutih, président de SOS-Racisme, et Patrick Klugman, président de l'UEJF, une vingtaine d'artistes et d'intellectuels ont défilé sous la coupole de l'amphithéâtre Richelieu. Des artistes (Yvan Attal, Patrick Bruel, Yamina Benguigui) et des intellectuels (Régis Debray et Alain Touraine) ont fait part de leurs espoirs, Didier Lockwood célébrant, au violon, le mariage de la musique arabe et des rythmes d'Europe centrale. Le mufti de Marseille, Soheib Bencheikh, a enfin laissé le rabbin Gabriel Fahri lire un texte commun, "par respect d'une religion benjamine envers son aînée".
Le Monde, ARTICLE PARU DANS L'EDITION DU 17.04.02

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Cinq pays contre l'antisémitisme

Les ministres de l'Intérieur de France, d’Allemagne, de Belgique, d’Espagne et de Grande Bretagne, cinq pays de l'UE particulièrement touchés par les hausse des actes antisémites, ont rédigé une déclaration commune dénonçant ces agressions.

L’initiative vient de la France, plusieurs fois montrée du doigt tant par Israël que par les Etats-Unis après la multiplication des agressions antisémites au cours des dernières semaines. Jeudi, les ministres de l'Intérieur de cinq pays européens, la France, l’Allemagne, la Belgique, l’Espagne et la Grande Bretagne, ont annoncé qu’ils allaient publier "une déclaration commune" contre les violences antisémites. Cette déclaration, qui doit être présentée le 25 avril au Conseil des ministres de la Justice et de l'Intérieur de l'Union européenne, réclame la mise en place de mesures spécifiques au niveau de l’UE, outre les mesures déjà prises au plan national par chacun des pays concernés. Les cinq ministres réclament également que les actes racistes, xénophobes ou antisémites soient sanctionnés de manière comparable dans tous les pays de l’UE.

Pour le seul cas français, plus de 300 actes antisémites, contre des biens ou des personnes, ont été commis en France entre le 29 mars et le 15 avril derniers, alors qu'il y en avait eu moins de 200 sur l'ensemble de l'année 2001, selon les statistiques de la Police nationale. Près de 60% de ces actions ont pris la forme d'inscriptions antisémites, tandis que qu’un peu moins de 20% ont constitué des atteintes directes aux personnes, dont deux contre des policiers en faction devant un établissement juif, école ou synagogue. Dans cette dernière catégorie, ont notamment été recensées 16 violences perpétrées contre des personnes du fait de leur appartenance à la communauté juive.

La France et les quatre autres pays européens ayant pris part à l’élaboration de cette déclaration, tous directement concernés par cette hausse du nombre d’agressions antisémites, ont tenu à réaffirmer fermement leur refus de toute forme de violence en raison de l’appartenance à une ethnie ou une communauté particulière. "La violence à caractère raciste ou xénophobe constitue une violation directe et intolérable des principes de liberté, de démocratie et des droits de l'homme sur lesquels l'Union européenne est fondée", dénonce leur communiqué. "Ayant été ces dernières semaines particulièrement visés sur nos territoires par des actes qui violent ces principes, nous exprimons notre volonté commune de renforcer, dans nos sociétés, la vigilance et de lutter énergiquement contre toutes les formes de discrimination, de racisme, d'antisémitisme et de violence qui prendraient prétexte des conflits et violences qui déchirent les peuples du Proche-Orient".
tf1.news, Mis en ligne le 19 avril 2002

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Les Eglises se mobilisent
PAS DE « COMPROMIS » entre les valeurs de la religion et celles de l'extrême droite : fait rarissime, les Eglises chrétiennes de France, catholique et protestante, se sont engagées sur le terrain politique en appelant, hier, les électeurs à « faire barrage » contre Jean-Marie Le Pen.
Le message le plus clair vient de Mgr Olivier de Berranger, évêque de Saint-Denis. Aucun « catholique clairvoyant », dit-il, ne peut voter Le Pen, « héritier d'une tradition totalitaire et antichrétienne ». « Nous ne pouvons pas être d'accord, c'est non possumus » (NDLR : nous ne pouvons pas), tranche Mgr de Berranger, reprenant la formule opposée par les apôtres à ceux qui leur interdisaient de prêcher.
Lundi, déjà, le cardinal Jean-Marie Lustiger, archevêque de Paris, avait protesté contre le « détournement de symboles » effectué au soir du premier tour par Jean-Marie Le Pen. Le leader de l'extrême droite avait, en effet, « emprunté » les mots du pape Jean-Paul II pour s'adresser aux électeurs : « N'ayez pas peur, entrez dans l'espérance. » Mgr Lustiger, rejoint par les responsables protestants, souligne en outre la « crise profonde » de la société française révélée par le vote de dimanche.
Revenant sur la « cruelle expérience » du premier tour, les protestants s'alarment aussi de la forte abstention. Ils mettent en garde contre une candidature qui « cache un vrai déni des valeurs républicaines les plus élémentaires ».
Les juifs de France montent aussi au créneau. Pour la première fois, le Consistoire central (union des communautés juives) et le Crif (Conseil représentatif des institutions juives de France) se mêlent de politique : eux aussi appellent à « voter Chirac le 5 mai ». « Le judaïsme français », indique le Consistoire, fait face au « nouveau danger » représenté par le candidat « de l'exclusion, de la xénophobie et de l'antisémitisme ».
Henri Vernet, Le Parisien, mercredi 24 avril 2002, p. 8

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PRÉSIDENTIELLE. Beurs ou blacks, ils ne s'étaient pas sentis concernés par l'élection. Ils découvrent aujourd'hui brutalement la portée des résultats du scrutin

Dans les banlieues, les relations entre jeunes «bronzés» et les «Gaulois» se sont détériorées depuis longtemps.

Le vote Le Pen vu des banlieues
Jean-Marie Le Pen n'a pas eu besoin, cette fois, de mener campagne contre l'immigration : il suffisait de parler d'insécurité pour que ses électeurs, tout comme les immigrés et leurs enfants comprennent implicitement. Pourtant, les jeunes des cités se sont souvent abstenus. Depuis dimanche dernier, les banlieues sensibles sont en état de choc. De nombreux adultes semblent rejeter le discours communautariste qui avait prévalu et se désolidarisent des délinquants, pour mieux affirmer leur désir d'intégration.

« Combien d'entre nous, jeunes rebeus (beurs) ou renois (noirs) sont allés voter dimanche ? C'est sûrement plus facile de tomber à quinze sur un mec de la cité d'à côté, de s'inventer des guerres de quartier plutôt que d'essayer de construire », déplore sur les ondes un auditeur de Beur FM, avant de poursuivre : « Est-ce parce que, dans nos quartiers, nous avons l'impression d'être intouchables (genre personne ne cramera ma caisse) qu'il ne faut pas réaliser que la violence amène à ce genre de vote extrême ? » Sur le forum de la radio, l'émergence brutale de Le Pen sur le devant de la scène politique a balayé les messages de soutien aux Palestiniens, de critiques contre les Israéliens... L'urgence a déménagé, elle a quitté le Proche-Orient. Désormais, la menace s'est rapprochée. Une ombre plane sur les banlieues. « J'entends un bruit de bottes », murmure Gibril, jeune adulte malien, qui oscille entre la gravité et la provocation. Avant de lancer un « Vive Le Pen » à gorge déployée. Éclat de rire général. Comme la plupart des jeunes de Bondy Nord (Seine-Saint-Denis), il n'ose pas aller jusqu'au bout de son inquiétude. Il préfère narguer le futur : « Mais non, le borgne ne passera pas. Et tout redeviendra comme avant. » Consensus d'un instant. Il fait beau, les jeunes bronzent en « tenant les murs ». En apparence, rien n'a changé pour l'instant. Hormis l'amertume qui suinte des tours vert pâle. La bande parcourt des yeux les appartements en murmurant : « Ils ont tous voté pour Le Pen... tous ». Et « ce n'est pas une surprise ».

Les relations entre ces jeunes « bronzés » et les « Gaulois » se sont détériorées depuis longtemps. « Ils passent en nous souriant, mais ils nous détestent. Dès qu'ils rentrent chez eux, ils appellent la police », raconte un Antillais. Mais la véritable ligne de front n'est pas une ligne de couleur. Plus que l'origine, c'est l'âge qui détermine le clivage entre des adolescents à la dérive, ne respectant même plus les règles de bon voisinage, et les adultes en général. Ces deux mondes s'ignorent au mieux, se déchirent souvent.

« Ils n'en peuvent plus. Ils explosent, on le voit bien, mais nous on a besoin d'être jeune, de s'amuser. On fait rien de mal », estime Yazid. « On travaille, même... », s'amuse un colosse, en faisant allusion à son « petit commerce ». Quelques jeunes s'écartent d'ailleurs pour faire « leurs affaires ». Beaucoup ont des volutes de haschich plein la tête et planent complètement. Le score de Le Pen ne les a pas encore dégrisés. Ils regardent à la télévision les « jeunes bourgeois manifester », sans même envisager de décoller de leur périmètre. Même si « ça fait chaud au coeur de voir des Pascal (comprendre Français) défiler pour nous ».

A quelques kilomètres de là, cité du Londeau, à Noisy-le-Sec (Seine-Saint-Denis). Mêmes silhouettes en survêtements en guise de comité d'accueil, sur la place carrée où survit un gazon. Fin d'après-midi. Des petits groupes se retrouvent dans cet espace situé au milieu de trois tours et d'une barre horizontale. L'insouciance est de rigueur dans la rue. L'angoisse est réfugiée dans les appartements, chez les mères de famille.

« Ma maman flippe complètement. Elle n'est que résidente, raconte Malik, dernier d'une grande fratrie. Ça fait cinquante ans qu'elle est partie du bled. Elle avait 15 ans. Elle peut pas y retourner. D'ailleurs le premier qui veut l'expulser, je lui souhaite du courage ! »

« Tu crois qu'ils vont venir nous chercher ici ? La cité est à nous. Ce serait la guerre », fanfaronne un frêle adolescent, déjà alléché par l'idée d'une bagarre générale. La perspective fait diversion. « De toute façon, on n'a aucun avenir ici. Alors, Le Pen ou autre chose... La gauche n'a rien fait pour nous, la droite non plus... » L'éternelle complainte reprend. A les écouter, ils sont les oubliés de la République, les honnis. Le Pen aurait au moins le mérite « de clarifier les choses ». Certains disent apprécier le tribun, l'homme à poigne, le parler juste. Comme si le discours de la « haine » était « plus vrai ». Et après ?

« Quoi, après ? » Ils ont du mal à saisir la question.

Comment voient-ils leur avenir après le séisme ? « On est des Français, de toute façon », avance un jeune black. « Ils pourront rien contre nous », ajoute un autre. Mais le ton tourne à l'interrogation. « Ils pourront nous détester ouvertement, ne pas nous embaucher du tout... » Pour la plupart, ils ne connaissent rien du programme de Le Pen, mais savourent chacun des points qu'un mieux informé leur rappelle. « Préférence nationale ? C'est pas nouveau, on connaît déjà », murmure un beur. « Boulot pour les Français, aides sociales pour les Français ? » « Plus de Rémi (RMI) alors ? Plus d'allocs ? Ouh-la-la... » « Logement social pour les familles françaises » ou « suppression de la nationalité pour les délinquants » les sortent de leur apparente léthargie : « Imagine, tu crames une bagnole, t'es plus français ! La folie ! Tu fais du bruit dans le hall, direct au bled : c'est pas possible ! »

Ils s'inquiètent.
Mais on est loin de l'examen de conscience. « Ceux-là sont des jeunes, ils n'ont pas envie de penser, estime Karim. Moi, je suis un adulte et je panique. Les pères sont en train de comprendre qu'il va falloir reprendre en main cette jeunesse qui a poussé de travers. Avant, ils étaient presque contents que leurs enfants défient tout. Ça les vengeait des humiliations passées. Alors ils ont fermé les yeux. Mais c'est fini. »

La génération des « résidents » a la crainte au ventre. Et voudrait bien reprendre le contrôle de ses enfants. « Mais c'est presque trop tard », reconnaît un vieil ouvrier. « On croise à peine nos gamins. Ils ne nous écoutent plus. » « Même les grands frères sont contestés dans certaines cités », analyse Yazid Kherfi, consultant en sécurité urbaine. Ces derniers jours, il était à Marseille, pour tenter d'établir des passerelles avec les plus jeunes des quartiers nord. « Ils rejettent tout. Ils sont prêts à brûler leurs anciennes attaches. Ils ne supportent pas les critiques. On est au bord d'une situation insurrectionnelle, dans certains coins. »

A Montfermeil (Seine-Saint-Denis), quelques mères d'origine africaine confessaient lundi avoir voté Le Pen : « Pour qu'il renvoie nos démons au village... » Leila, elle aussi, a choisi « la méthode forte », pour obliger son fils drogué à « rentrer au bled » : « Ici, on n'y arrive pas. On ne peut pas corriger les enfants, sinon ils se plaignent à l'école et on est accusé d'être de mauvais parents. » Elles parlent sur le ton de la confession. Les pères, eux, assument souvent un discours musclé. Ils ont très peur de la montée de l'extrême droite, mais rêvent souvent de solutions radicales. En attendant, ils font pression pour que, cette fois, leurs enfants aillent voter dimanche.
lefigaro.fr, Cécilia Gabizon [25 avril 2002]

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Appel de Daniel Cohn-Bendit, Bernard-Henri Lévy et André Glucksman à "voter Chirac"

"C'est sans état d'âme que chacun d'entre nous déposera le bulletin "Jacques Chirac" dans l'urne.

"17 % de lepénistes au premier tour de la présidentielle : stupeur ! Honte pour chacun d'entre nous. Ce cauchemar révulse ceux pour qui la France est générosité.

"17 % des suffrages correspondent à 12 % des inscrits. Le Pen n'a jamais séduit au-delà.

"88 % des Français n'ont jamais voté pour lui.

"Retournons la claque : que 90 % votent Chirac !

"Osons un immense plébiscite pour la démocratie.

"Ainsi Le Pen serait ramené à ce qu'il est : peu de chose.

"Un tel raz de marée libérerait chacun des fascinations et des fantômes du passé. Mais aussi, pourquoi pas, des égoïsmes, des œillères, des appareils et des résignations qui pèsent sur notre pays.

"L'avenir de la France et de l'Europe appartient aux 90 % de non-lepénistes, qu'ils s'émancipent et qu'ils le fassent savoir."

Les signataires de cet appel sont : Daniel Cohn-Bendit (président du groupe des Verts au Parlement européen), Pierre Daix (écrivain), André Glucksman (philosophe), Romain Goupil (cinéaste), Bernard-Henri Lévy (philosophe), Olivier Rolin (écrivain), Daniel Rondeau (journaliste et écrivain).
Le Monde, ARTICLE PARU DANS L'EDITION DU 26.04.02, p.5

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Seillière torpille le projet économique de Le Pen.
Le Medef s'élève contre certains points du programme du candidat du FN.
Mais, globalement, les patrons évitent de s'engager dans le débat politique

Après les multiples forums d'avant-campagne, où Ernest-Antoine Seillière donnait parfois l'impression de tenir meeting, le contraste, hier, était saisissant. Le président du Medef a pénétré dans une des salles de réunion au siège parisien de l'organisation patronale, entouré des membres du conseil exécutif, puis il a lu solennellement une longue déclaration pour « condamner » le programme économique et social du Front national. Avant de repartir, sans plus de commentaires. C'est que, entre-temps, le contexte politique a bien changé ! La présence de Jean-Marie Le Pen au second tour ébranle aussi le monde économique. La discrétion du Medef face à l'activisme des syndicats commençait à faire des remous. De fait, il a fallu attendre une semaine pour que le mouvement, pourtant très engagé dans le débat préélectoral, commente les résultats du premier tour de l'élection présidentielle. Vendredi, le PDG de Publicis, Maurice Lévy, s'était dit « un peu surpris », voire « choqué », de ce mutisme : « Le patronat devrait prendre une position très claire en appelant à voter Chirac. » Le publicitaire a été partiellement entendu. Ernest-Antoine Seillière a fustigé à son tour le programme économique du FN sans toutefois donner de consigne de vote. Tardive, cette déclaration publique approuvée à l'unanimité par le bureau du Medef n'en est pas moins sévère.

Selon le président du Medef, les mesures défendues par Jean-Marie Le Pen provoqueraient « une régression économique profonde, une montée forte du chômage, une crise financière sans précédent, une poussée inflationniste, un appauvrissement de tous et des tensions sociales explosives ». Qualifiant une éventuelle sortie de l'Union européenne d'« aberrante » et le principe préférence nationale « inacceptable », il a par ailleurs estimé que « choisir l'isolationnisme et le protectionnisme conduirait (...) à un déclin sans précédent ». « Renoncer à l'euro, a-t-il ajouté, nous exposerait à une instabilité financière et monétaire, à des dévaluations aux conséquences économiques très graves. »

La présence de Jean-Marie Le Pen au second tour n'a pas fini d'alimenter des polémiques. Hier, elle a également ravivé le contentieux entre le Medef et le syndicat Force ouvrière. Analysant dans le quotidien La Tribune le vote du 21 avril, Marc Blondel, le secrétaire général de FO, a asséné : « J'accuse le Medef qui, avec son comportement et son refus de négocier, a fait le lit de Le Pen. » Ce « j'accuse » a « soulevé le coeur » d'Ernest-Antoine Seillière, qui a aussitôt exigé des excuses. Le leader du mouvement patronal a rappelé qu'il s'était toujours opposé aux comportements illégaux du type grèves des impôts ou séquestrations : « Depuis quatre ans, j'ai parfaitement su contenir dans [nos] rangs l'extrémisme. Je ne peux pas en dire autant du monde politique – la preuve – ou d'ailleurs du monde syndical. »

L'intervention du Medef clôt pour l'instant une série de réactions patronales. Sollicitées trois jours après le premier tour, l'Union professionnelle des artisans (UPA) et la CGPME avaient été les premières organisations à sortir du silence. Mais, désormais, en comparaison avec le Medef, leur position s'avère « tiède », alors même qu'un sondage réalisé le 21 avril montre qu'un tiers des « commerçants, artisans, chefs d'entreprise » aurait voté pour Jean-Marie Le Pen. Sans vouloir prendre de position en faveur d'un candidat, l'UPA avait ainsi réaffirmé son « attachement aux valeurs qui fondent notre république ». Dans la même veine, la CGPME avait appelé à « voter pour les valeurs républicaines ». La FNSEA dénonçait de son côté le « repli sur soi » prôné par le FN. Pour Jean-Michel Lemétayer, son président, « l'agriculture française n'a pas d'avenir sans l'Europe et sans l'euro ».

Comme le Medef, les chefs d'entreprise ont mis du temps à réagir. Et encore l'ont-ils fait avec prudence. Dans Le Figaro, Francis Mer, le président du groupe sidérurgique Arcelor, a déploré vendredi « un vote de protestation contre un système que les Français ne comprennent pas et dont ils se sentent complètement étrangers ». Dans Les Echos, Pierre Richard, président de la banque Dexia, estimait hier que « ce coup de semonce sonne la faillite de l'Etat central qui n'a pas su évoluer en même temps que la France et s'est retrouvé coupé de la réalité ».

Pour Jean-François Dehecq, PDG de Sanofi-Synthélabo, interrogé par l'AFP, « le contrat social entre citoyens et dirigeants pourrait être rompu et la responsabilité est celle des hommes politiques mais aussi celle du monde économique ». Au-delà de ces diagnostics généraux, les chefs d'entreprise sont pourtant restés discrets sur les mesures économiques et sociales du FN. Par souci de ne pas donner de crédit à « un programme irréaliste », lâche-t-on dans un grand groupe. « Parce qu'il n'est pas dans nos habitudes de commenter l'actualité politique », selon plusieurs services de communication.

Toutefois, tout le monde ne partage pas cette stratégie de la neutralité. Hier, Michel Pébereau a annoncé qu'il voterait au second tour pour Jacques Chirac, seul à même de « représenter les valeurs de la liberté ». Le président du groupe bancaire BNP Paribas a par ailleurs jugé « absurdes et inacceptables » les attaques du FN contre l'Europe. « Meilleur garant de notre avenir économique et social », l'appartenance à l'Union européenne est « le seul moyen de continuer à concilier la compétitivité de nos entreprises et de notre pays », a-t-il argumenté. Cette prise de position reste isolée.
lefigaro.fr, P. A. et R. G., [30 avril 2002]

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Rassemblement d'intellectuels et de personnalités religieuses

Adossé au Panthéon, face à 10 000 manifestants, selon la police, le maire de Paris, Bertrand Delanoë, le promet : "Ma main ne tremblera pas" en déposant dans l'urne, le dimanche 5 mai, "un bulletin de vote sur lequel il y aura marqué Jacques Chirac". "Et rien de nos convictions ne sera renié", a-t-il ajouté. Le rassemblement de ce dimanche 28 avril, à l'initiative notamment de la Ligue contre le racisme et l'antisémitisme (Licra) et de l'Union des étudiants juifs de France (UEJF), aura donné une occasion supplémentaire à des personnalités de gauche d'affirmer leur ralliement au vote Chirac.

Un rassemblement contre l'extrême droite, auquel s'étaient joints de nombreux intellectuels parmi lesquels les philosophes Alain Finkielkraut, Bernard-Henry Lévy, l'écrivain Marek Halter, le cinéaste Claude Lanzmann, mais aussi le député (PS) de l'Essonne Julien Dray, le comédien Michel Boujenah et l'ancien maire de Paris Jean Tiberi. Ce meeting en plein air, animé par le psychanalyste Gérard Miller, se substituait à la grande manifestation "républicaine" contre l'antisémitisme souhaitée par ces deux organisations. Pour Serge Klarsfeld, président de l'association des Fils et filles de déportés juifs de France : "Pas une voix juive ne doit aller à Jean-Marie Le Pen. Face à l'héritier du régime de Vichy, nous appelons à voter pour l'homme du discours du Vél' d'Hiv' -Jacques Chirac-."

Dans une atmosphère d'œcuménisme, Gilles Bernheim, grand rabbin de la synagogue de la Victoire à Paris, et le Père Patrick Desbois ont partagé la tribune avec Alain Bauer, grand maître du Grand Orient de France. Soheib Bencheikh, mufti de Marseille, a provoqué des acclamations très vives quand, appelant lui aussi à voter Jacques Chirac, il a lancé : "Le juif de France est pour le musulman un baromètre. Il connaît mieux que nous en Occident ce qu'est la cruauté du fascisme." Puis, montrant une fillette qui agitait un drapeau français, il a dit : "Ma fille Agar doit avoir un avenir dans la République malgré son nom arabe. C'est la République qui est menacée, Shalom Salam !" En écho, Patrick Gaubert, président de la Licra, a évoqué son fils Jonathan, traumatisé par la vague d'antisémitisme : "L'heure est à l'union sacrée. Sèche tes larmes fiston", a-t-il conclu avant d'entonner La Marseillaise avec la foule.
Nicolas Weill, LE MONDE | 29.04.02 | 16h02, ARTICLE PARU DANS L'EDITION DU 30.04.02, p. 3

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Homosexuels et féministes aux avant-postes

Un avant-goût de Gay Pride : la manifestation du samedi 27 avril devait réunir derrière une banderole "Contre le fascisme, le 5 mai, votons" une bonne part des associations d'homosexuel(le)s qui animent habituellement, à la fin juin, la marche de la fierté homosexuelle.

Depuis les résultats du premier tour, ces associations sont sur le pied de guerre. Dès le 21 avril au soir, le Centre gay et lesbien (CGL) et l'Interassociative lesbienne, gaie, bi et trans, organisatrice de la Gay Pride, appelaient, dans un texte commun, à "contenir la poussée fasciste" : "Le succès dans les urnes de cet ennemi déclaré des minorités sexuelles et de l'émancipation des femmes provoque l'effroi chez tous les défenseurs des droits de la personne." Dans les jours suivants, bien des associations, y compris celles qui ont récemment fleuri sur les campus et dans les grandes écoles, y sont allées de leur communiqué de presse, rappelant que le leader du FN souhaite supprimer le pacs et considère l'homosexualité comme "un vice répugnant, une maladie mentale", les homosexuels comme des "pervers qui ne vivent que par eux-mêmes et par leur plaisir", les lesbiennes comme des "créatures féminoïdes offrant toutes les tares", les malades du sida comme des "lépreux modernes", des "sidaïques" qu'il convient d'enfermer au plus vite dans des "sidatoriums".

"UNE CERTAINE DÉSILLUSION"
L'événement a réuni "au-delà des guéguerres habituelles", constate le président du CGL, Jérôme Kirch. Il a "relancé l'engagement politique", complète le président de l'Interassociative lesbienne, gaie, bi et trans, René Lalement : "Nous étions dans une certaine désillusion par rapport à Lionel Jospin. Même si un dialogue positif s'était instauré, on trouvait ses engagements tièdes, frileux. Dans les réunions, depuis dimanche, nombreux ont été ceux qui ont exprimé leur volonté de contribuer à reconstruire la gauche." Tout en appelant à voter pour Jacques Chirac, les associations organisatrices de la Gay Pride, qui avaient choisi leur mot d'ordre ("Egalité, pourquoi pas nous ?") pour le défilé du 29 juin, envisagent désormais de le modifier pour dénoncer un possible retour de l'ordre moral.

Aussi inquiètes que les homosexuels, les féministes devaient former, samedi 27 avril, un long cortège contre le sexisme. Le Collectif national pour les droits des femmes, la Cadac (Coordination des associations pour le droit à l'avortement et à la contraception), Mix-cité, les Chiennes de garde, notamment, ont appelé à manifester contre Jean-Marie Le Pen, candidat, selon elles, de l'inégalité naturelle entre les sexes, du retour des femmes au foyer, de l'interdiction de l'avortement.

"Nous craignons que ne soient remis en cause les acquis obtenus par nos luttes au cours de ces dernières années - tout particulièrement la loi du 4 juillet 2001 sur le droit à l'avortement et à la contraception, note le Collectif national pour le droit des femmes. Une politique familialiste et nataliste, sexiste et lesbophobe, porteuse de tous les stéréotypes concernant le rôle des femmes, risque de revenir en force, accompagnée d'une précarisation touchant des catégories de plus en plus larges de la société. Les plus exposées sont les femmes immigrées,qui cumulent, elles, toutes les discriminations."
Pascale Krémer, LE MONDE | 27.04.02 | 15h21, ARTICLE PARU DANS L'EDITION DU 28.04.02, p. 8

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L'Elysée aurait aidé M. Le Pen à recueillir des parrainages

Un collaborateur de Jean-Pierre Soisson - le président du conseil régional de Bourgogne, élu grâce aux voix du Front national - affirme que l'Elysée a aidé Jean-Marie Le Pen à recueillir ses 500 parrainages d'élus.
Selon ce témoin, la décision a été prise lors d'une réunion qui rassemblait, quelques jours avant Pâques à Paris, des francs-maçons de plusieurs obédiences.
Un membre du cabinet de Jacques Chirac aurait demandé à ses "frères" de "sauver le soldat Le Pen".
Selon ce témoin, un haut fonctionnaire du ministère de l'intérieur, "chiraquien notoire", participait également à cette réunion.
"On s'est réparti la tâche dans les régions, raconte-t-il. En dix jours nous avons fait remonter les 90 à 95 signatures manquantes."
Contacté par téléphone, ce témoin a confirmé les faits et souhaité garder l'anonymat.
C'est Pierre Jaboulet-Vercherre, chef de file du Front national en Bourgogne, qui a divulgué cette information au détour d'une conférence de presse, vendredi 26 avril, à Dijon. - (corresp.)
LE MONDE | 27.04.02 | 16h09, ARTICLE PARU DANS L'EDITION DU 28.04.02, p. 10

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Avec les anars, les «idéaux sont beaux»
Juste avant le grand rendez-vous parisien, la CNT a organisé, comme chaque année, son défilé libertaire et anticapitaliste. Appuyé aujourd'hui par les Sections Carrément Anti Le Pen.

A l'appel de la CNT, syndicat anarchiste, une pré-manifestation a démarré à midi, Place des fêtes à Paris, et rassemblé deux à cinq milles participants. Le mot d'ordre anticapitaliste habituel a bien sûr adopté cette année une coloration antifasciste avec, entre autres, la présence importante de militants des Scalp (Section Carrément Anti Le Pen). Dans le calme et la bonne humeur, la rue de Belleville et celle du Faubourg-du-Temple se sont emplies du son des Béruriers Noirs et des slogans allant des classiques «F comme fasciste, N comme Nazis, A bas le Front national» jusqu'aux plus radicaux «Une balle pour Le Pen, une Rafale pour le FN». Le cortège a rejoint vers 13h30 une place de la République déjà bien encombrée. Mathieu milite dans une association pour la libération de Mumia Abu-Jamal. S'il est là aujourd'hui, «c'est évidemment pour lutter contre le fascisme. Mais je fais plus particulièrement cette manif, car elle montre aussi du doigt le capitalisme, qui est aussi coupable dans ce qui se passe aujourd'hui. Ici, les slogans sont plus cohérents et me plaisent plus. Le 5 mai, j'irai quand même voter pour un mec qui a parlé du bruit et de l'odeur en évoquant les familles immigrées. Ça me dégoûte de le faire, mais je ne peux pas prendre le risque de voir Le Pen passer.» Sylvain, de SCALP-Reflex, raconte: «On existe depuis 1986, et pour nous, la lutte a toujours existé. La scission du FN l'avait affaibli, mais ses idées ont continué à prospérer. Du coup, le résultat du premier tour ne nous a pas tellement surpris. Pour nous, le front républicain et l'appel à voter Chirac est un anti-fascisme de salon. Et comme en 1991 et en 1997, toute cette mobilisation disparaîtra en laissant les problèmes derrière elle.» Stéphane, lui, trouve que cette manif, «c'est le bonheur!». S'il est venu à ce défilé libertaire, «ce n'est pas particulièrement pour soutenir l'anarchisme ou quelque chose dans le genre. Je trouve juste que ces utopies et ces idéaux sont beaux et surtout qu'ils sont à l'opposé des idées du FN. Pour le 5 mai, je suis encore très mitigé. Je sais qu'il faut faire barrage à Le Pen, mais pour moi Chirac est vraiment complice de cette situation
Libération, 1er mai 2002, Mis en ligne à 16h30, Par ERWAN CARIO

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Pétition de la Ligue des droits de l'homme appelant au vote Chirac pour faire du scrutin du 5 mai un référendum pour la démocratie, contre Le Pen.
Voter ne sera pas un détail

Les idées d'intolérance, de racisme et de xénophobie sont présentes au second tour de l'élection présidentielle : c'est insupportable. Jean-Marie Le Pen prétend représenter les «petits» et les «sans-grades». «Socialement à gauche», Jean-Marie Le Pen ? Il ne représente que le vieux mensonge d'une extrême droite qui conjugue l'injustice sociale et le rejet de l'autre. L'appel à la haine, l'épuration de la magistrature, mais aussi le démantèlement de la Sécurité sociale, des impôts directs, du droit du travail : derrière «les Français d'abord», c'est, aujourd'hui comme hier, «les privilégiés d'abord» que Jean-Marie Le Pen dissimule. Nous savons quelles souffrances et quel arbitraire entraînerait la venue au pouvoir de l'extrême droite ou même simplement un score important le 5 mai 2002.

Nous n'ignorons pas les responsabilités de ceux qui ont mené campagne en cultivant la peur. Nous connaissons le poids des espoirs déçus. Demain, nous serons particulièrement vigilants pour que ceux qui seront au pouvoir ne profitent pas de cette situation pour restreindre la démocratie, accentuer l'injustice et la précarité sociale, refouler les étrangers ou livrer, au prétexte fallacieux de la sécurité, les plus fragiles d'entre nous à une répression aveugle. Nous continuerons à nous battre pour faire respecter les libertés et l'égalité des droits.

Mais, aujourd'hui, nous refusons que les idées de mort de Jean-Marie Le Pen poursuivent leur chemin dans les esprits et pourrissent jusqu'aux fondements de la république. Parce que nous refusons la politique du pire, nous devons tout faire pour que Jean-Marie Le Pen soit battu et très largement battu. Chaque voix qui fera défaut à son adversaire le 5 mai 2002 sera un coup porté à la démocratie.

Nous appelons, à l'initiative de la Ligue des droits de l'homme, tous les citoyens à faire du second tour de l'élection présidentielle non le triomphe de Jacques Chirac, mais un référendum contre Jean-Marie Le Pen, pour les droits de l'homme et les valeurs de la démocratie. Premiers signataires : ADLER Laure, ALFERI Pierre, ALLES ...lisabeth, ASCARIDE Ariane, AUBRAC Lucie, AUBRAC Raymond, AUTISSIER Isabelle, BADIE Bertrand, BARGE Pierre, BAUDOIN Patrick, BEDOS Guy, BENASAYAG Miguel, BIARD Joël, BIRKIN Jane, BLUWAL Marcel, BONNAFE Jacques, BOSDEDORE René, BOUAJILA Sami, BOURMEAU Sylvain, BRAUMAN Rony, BREILLAT Catherine, BRUNERIE-KAUFFMANN Joëlle, BRUNSWIC Anne, BUSTAMANT Jean-Marc, CAZALS Philippe, CHAUMONT Michel, CH...REAU Patrice, CHERFI Magyd, CHOMBART DE LAUWE Marie-José, CIXOUS Hélène, COLRAT Pascal, CORSINI Catherine, COSTA-GAVRAS, DARMON Gérard, DE BRUNHOFF Suzanne, DE FELICE Jean-Jacques, DELLA SUDDA François, DERRIDA Jacques, DERRIDA Marguerite, DIBANGO Manu, DIEUTRE Vincent, DREYFUS Françoise, DUBOIS Jean-Pierre, DUCASTEL Olivier, DUPON-LAHITTE Georges, DURRINGER Xavier, ELMALEH Gad, EL YAZAMI Driss, ESTRAGON Gérard, FALL Jean-Claude, FARGE Arlette, FARRE Jean-Paul, GAINSBOURG Charlotte, GARREL Philippe, GILOU Thomas, GUEDIGUIAN Robert, HALIMI Gisèle, HEROLD Monique, HESSEL Stéphane, HEYNEMANN Laurent, HIGELIN Jacques, JACOBY Daniel, JACQUES Paula, JEANSON Francis, JOUFFA Sylvie, KAHN Marcel- Francis, KENT, KESSOUS Roland, KOKKOS Yannis, LACLAVETINE Jean-Marie, LAURENS Camille, LECLERC Henri, LELOUCH Claude, LIFSCHITZ Sébastien, LOCHAK Danièle, MANCERON Gilles, MANGEOT Philippe, MARGOLIN François, MARTINEAU Jacques, MNOUCHKINE Ariane, MOREAU Jeanne, MOUTOUT Jean-Marc, NOGUERES Dominique, PAULIN Pierre, PENNETIER Claude, PEQUIGNOT Philippe, PERROT Michelle, PIERETTI Frédérique, POIRIER Manuel, PREVOT Hubert, QUESSADA Dominique, QUESTER Hugues, REBERIOUX Madeleine, RONIS Willy, ROSIER Michèle, ROUMANOFF Anne, RUIZ Pablo, SALEMKOUR Malik, SALVADORI Pierre, SALVAYRE Lydie, SAPHO, SAUVRENEAU Alain, SAVY Nicole, SELIGMANN Françoise, SIMON Claire, SLITINSKY Michel, SPIRE Antoine, STARASELSKI Valère, TAVERNIER Bertrand, TEITGEN-COLLY Catherine, TERRAY Emmanuel, TEULE Catherine, TOSCAN DU PLANTIER Daniel, TOURAINE Alain, TUBIANA Michel, VANOT Sylvain, VERDIER Robert, VERNANT Jean-Pierre, VINCENT Christian, VINCENT Jean-Pierre, VOVELLE Michel, WALTER Guy, WEBER Jacques, ZELLER Fred, ZONCA Erick.Premiers signataires : ADLER Laure, ALFERI Pierre, ALLES ...lisabeth, ASCARIDE Ariane, AUBRAC Lucie, AUBRAC Raymond, AUTISSIER Isabelle, BADIE Bertrand, BARGE Pierre, BAUDOIN Patrick, BEDOS Guy, BENASAYAG Miguel, BIARD Joël, BIRKIN Jane, BLUWAL Marcel, BONNAFE Jacques, BOSDEDORE René, BOUAJILA Sami, BOURMEAU Sylvain, BRAUMAN Rony, BREILLAT Catherine, BRUNERIE-KAUFFMANN Joëlle, BRUNSWIC Anne, BUSTAMANT Jean-Marc, CAZALS Philippe, CHAUMONT Michel, CH...REAU Patrice, CHERFI Magyd, CHOMBART DE LAUWE Marie-José, CIXOUS Hélène, COLRAT Pascal, CORSINI Catherine, COSTA-GAVRAS, DARMON Gérard, DE BRUNHOFF Suzanne, DE FELICE Jean-Jacques, DELLA SUDDA François, DERRIDA Jacques, DERRIDA Marguerite, DIBANGO Manu, DIEUTRE Vincent, DREYFUS Françoise, DUBOIS Jean-Pierre, DUCASTEL Olivier, DUPON-LAHITTE Georges, DURRINGER Xavier, ELMALEH Gad, EL YAZAMI Driss, ESTRAGON Gérard, FALL Jean-Claude, FARGE Arlette, FARRE Jean-Paul, GAINSBOURG Charlotte, GARREL Philippe, GILOU Thomas, GUEDIGUIAN Robert, HALIMI Gisèle, HEROLD Monique, HESSEL Stéphane, HEYNEMANN Laurent, HIGELIN Jacques, JACOBY Daniel, JACQUES Paula, JEANSON Francis, JOUFFA Sylvie, KAHN Marcel- Francis, KENT, KESSOUS Roland, KOKKOS Yannis, LACLAVETINE Jean-Marie, LAURENS Camille, LECLERC Henri, LELOUCH Claude, LIFSCHITZ Sébastien, LOCHAK Danièle, MANCERON Gilles, MANGEOT Philippe, MARGOLIN François, MARTINEAU Jacques, MNOUCHKINE Ariane, MOREAU Jeanne, MOUTOUT Jean-Marc, NOGUERES Dominique, PAULIN Pierre, PENNETIER Claude, PEQUIGNOT Philippe, PERROT Michelle, PIERETTI Frédérique, POIRIER Manuel, PREVOT Hubert, QUESSADA Dominique, QUESTER Hugues, REBERIOUX Madeleine, RONIS Willy, ROSIER Michèle, ROUMANOFF Anne, RUIZ Pablo, SALEMKOUR Malik, SALVADORI Pierre, SALVAYRE Lydie, SAPHO, SAUVRENEAU Alain, SAVY Nicole, SELIGMANN Françoise, SIMON Claire, SLITINSKY Michel, SPIRE Antoine, STARASELSKI Valère, TAVERNIER Bertrand, TEITGEN-COLLY Catherine, TERRAY Emmanuel, TEULE Catherine, TOSCAN DU PLANTIER Daniel, TOURAINE Alain, TUBIANA Michel, VANOT Sylvain, VERDIER Robert, VERNANT Jean-Pierre, VINCENT Christian, VINCENT Jean-Pierre, VOVELLE Michel, WALTER Guy, WEBER Jacques, ZELLER Fred, ZONCA Erick.
Libération, Le mardi 30 avril 2002

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Depardieu, Zidane et les autres dans une vidéo anti-Le Pen

A l'initiative du rappeur marseillais Akhenaton, Gérard Depardieu, Zinédine Zidane et vingt-trois autres artistes et sportifs français de renom appellent dans une vidéo à faire barrage au Front national.

La cassette, tirée à 60.000 exemplaires, sera distribuée gratuitement à partir de jeudi dans une vingtaine de villes de France où le leader du Front national a réalisé ses meilleurs scores au premier tour, ont indiqué mardi les organisateurs.

"L'idée, c'est d'aller, dans les quartiers, à la sortie des lycées, à la rencontre de ceux qui sont restés chez eux au premier tour pour les convaincre de ne pas s'abstenir au second. En particulier, les jeunes Français issus de l'immigration que l'on a peu vus dans les manifestations", explique Akhenaton, le leader du groupe IAM.

L'enregistrement doit également être diffusé avant le second tour, dans une version courte, dans 400 salles de cinémas à Paris et en province. Des passages sur des radios et télévisions sont également prévus.

La vidéo a été réalisée à l'initiative de Philippe Fragione, alias Akhenaton, chanteur marseillais du groupe IAM, "atterré par les résultats du premier tour" et par le comédien Djamel Debbouze qui l'a aidé à contacter artistes et sportifs.

Ainsi s'expriment tour à tour dans une succession de clips les champions du monde de football, Zinédine Zidane et Robert Pires, le comédien Gérard Depardieu, les chanteurs de Noir Désir, Jean-Jacques Goldman, Kool Shen du groupe NTM ou le réalisateur Mathieu Kassovitz.

"Ils s'expriment sur les résultats du premier tour et appellent à faire barrage au Front national au second tour", ont indiqué les organisateurs qui n'ont pas souhaité montrer l'enregistrement à la presse avant sa diffusion.

"Chacun a réagi avec sa sensibilité. Zinédine Zidane dit avec son coeur que la France est un pays de valeurs et que ces valeurs disparaîtront si l'extrême droite arrive au pouvoir", raconte Akhenaton.

Les intervenants ont tourné eux-même leur intervention avec de petites caméras vidéo. Les clips ont ensuite été montés par une société de production. Ils seront distribués par des équipes spécialisées dans la promotion de rue.
AFP , mardi 30 avril 2002, 19h41

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Des stars en renfort

IL AURA FALLU attendre le dernier meeting pour qu'ils s'engagent. Hier soir à Villepinte, le premier rang était très « showbiz ». Il y avait les incontournables Line Renaud et David Douillet, que Chirac embrasse comme du bon pain. Mais aussi des vedettes de la télé : Laurent Boyer (M6), Jean-Edouard du Loft. L'actrice Marie-José Nat, les chanteurs Yves Duteil, Jean-Luc Lahaye, Dany, Rika Zaraï et Philippe Lavil. L'ancienne miss France Elodie Gossuin côtoie les tennismen Henri Leconte et Cédric Pioline. Le pape du cinéma français Daniel Toscan du Plantier revient pour la seconde fois dans une réunion de Jacques Chirac. Hier matin, sur RTL, c'est Johnny Hallyday, qui fournit toujours la musique des meetings, qui avait apporté son appui à Jacques Chirac. En revanche, certaines « stars » annoncées n'ont pas fait le déplacement. C'est le cas de Fabrice Luchini, Philippe Sollers, Henri Salvador, Lova Moor et Eddy Mitchell. « C'est dommage, car c'était pourtant la dernière séance », s'amuse un proche collaborateur de Chirac.
My. L. et B. J., Le Parisien , vendredi 03 mai 2002

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Le 1er Mai des francs-maçons

Comme chaque année depuis 1971, date où ils décidèrent de "s'extérioriser» pour la première fois en l'honneur du centenaire de la Commune de Paris, les francs-maçons appartenant à neuf obédiences se sont rassemblés, mercredi 1er mai, au mur des Fédérés dans le cimetière du Père-lachaise à Paris. la présence de Jean-Marie le Pen au second tour de la présidentielle a grossi considérablement les rangs d'une assistance estimée à un millier de personnes. " Nous ne serons pas les spectateurs désolés et passifs d'une mala- die mortelle pour notre République. Nous ne pouvons accepter que la jeunesse, qui partout en France fait entendre sa voix, puisse un jour nous accuser de non-assistance à démocratie en danger ", a déclaré Alain Bauer, grand maître du Grand Orient, qui présidait la cérémonie. Il a appelé à réunir, après le second tour, "des états généraux pour rebâtir la République".
Le Monde, 3 mai 2002, p. 3.

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Les scientifiques se mobilisent contre le Front national

" Nous recevons un courrier électronique toutes les 10 secondes." Le mathématicien Michel Broué et le physicien Edouard Brézin sont "submergés". Leur appel à "faire du 5 mai un référendum pour défendre la République et la démocratie" et à "mettre dans l'urne sans hésiter un bulletin Chirac" avait recueilli, jeudi 2 mai au matin, près de 4 000 signatures de scientifiques, dont celles de cinq Prix Nobel et trois détenteurs de la Médaille Fields. La pétition a été reprise par des historiens, des juristes, des philosophes, psychiatres et psychanalystes, ainsi que des "gens de lettres".

Partie de la base, l'initiative a rencontré celle de l'Académie des sciences. Celle-ci, soulignant que "l'activité scientifique exige une totale liberté de pensée comme de mouvement", a solennellement appelé les scientifiques à "voter Jacques Chirac, seul candidat républicain, seul capable de permettre le développement de la recherche". Fait sans précédent, les présidents et directeurs de la quasi-totalité des organismes publics de recherche ont eux aussi lancé un appel aux scientifiques à "faire barrage à l'extrême droite". "La liberté de pensée et l'implication des chercheurs dans la vie de la cité sont au fondement même de la créativité scientifique", écrivent-ils.

Désireux de "défendre et développer l'ouverture internationale, en particulier en prenant toute leur part dans la construction de l'espace européen de la recherche", ils "refusent le repli, intellectuellement régressif, de la recherche française sur elle-même".

D'autres voix s'élèvent. De nombreux psychologues (professeurs et enseignants, hospitaliers, membres du Syndicat national des psychologues, etc.) ont signé le texte suivant : "Les psychologues, dont le code de déontologie se fonde sur le respect des droits fondamentaux de la personne humaine, et notamment de sa dignité, de sa liberté et de son autonomie, dénoncent tout ce qui porte atteinte à ces droits. Ils affirment que la montée actuelle de l'extrême droite, de son idéologie - haine raciale et refus de l'Autre, de la différence, exclusion, ségrégation - et les méthodes employées - manipulation mentale, manœuvres de séduction - représentent un danger majeur pour tout être humain."

Concrètement, le programme de Jean-Marie Le Pen en matière de recherche ne contient que quelques lignes, inspirées de l'ultra-libéralisme qui caractérise l'ensemble du projet frontiste et selon lesquelles "une réforme du CNRS, de l'INRA, de l'Inserm et des autres organismes nationaux les restructurera en laboratoires autonomes, financés par l'Etat, mais aussi par les industries et habilités à signer avec elles des contrats de recherche".

Pour la plupart des chercheurs, les réformes fiscales promises par le candidat du Front national ne peuvent que se répercuter sur le budget de la recherche publique. "Il faudrait bien trouver de l'argent quelque part, par exemple en réduisant la part de l'Etat dans la recherche et en liant strictement la recherche au secteur privé. Or le privé souhaite des résultats immédiatement utilisables. Cela risquerait d'être la fin d'une recherche fondamentale gratuite, fructueuse à seulement long terme, et qui fait l'honneur de notre pays", souligne Georges Chapouthier, biologiste au CNRS (hôpital Pitié-Salpêtrière, Paris). Les chercheurs s'accordent également pour affirmer que les positions xénophobes et isolationnistes du candidat frontiste auraient de graves conséquences pour la recherche française.

"L'accès de Jean-Marie Le Pen à la tribune du second tour est une catastrophe pour la recherche française. Ses positions antieuropéennes, ses œillères idéologiques et ses positions extrémistes sont on ne peut plus opposées à la conception d'une recherche scientifique ouverte, libre et universelle dans l'effort de vérité qui est le sien", résume Pierre Changeux, neurobiologiste à l'Institut Pasteur et professeur au Collège de France.

C'est aussi la conviction du mathématicien Jean-Pierre Bourguignon, directeur de l'Institut des hautes études scientifiques : "La tonalité générale d'exclusion, de fermeture, de repli sur l'étroit territoire français sont aux antipodes des exigences de compétition ouverte et d'échanges internationaux de la recherche scientifique." La physicienne Michèle Leduc et l'astrophysicien Alain Omont abondent dans ce sens : "Nos laboratoires sont peuplés d'étrangers. Les jeunes chercheurs participent à des programmes d'échanges à travers les réseaux européens. Les relations se développent rapidement avec tous les pays. Les liens de fraternité ainsi tissés sont une des richesses de notre métier."

Pour le chercheur allemand Martin Giurfa, directeur du laboratoire de cognition animale de l'université Paul-Sabatier (Toulouse), "la montée du phénomène Le Pen pourrait impliquer le départ (fondé) d'un grand nombre de chercheurs étrangers qui, pour des raisons de sûreté, décideraient de quitter la France. Cette saignée serait une véritable catastrophe pour le futur de la recherche française". Laurence Esterle, directrice de l'Observatoire des sciences et des techniques, prédit même "un effondrement de la science française" si les idées de Jean-Marie Le Pen étaient mises en œuvre. "Déconnectée des réseaux internationaux, avec un affaiblissement considérable du soutien public, la recherche publique disparaîtrait, entraînant la recherche industrielle", estime-t-elle.

De manière plus générale, le biologiste Pierre Chambon, professeur au Collège de France et membre de l'Institut, fustige "la médiocrité de la campagne présidentielle et le désintérêt que les politiques français portent à la recherche". Il est "urgent de se souvenir que le progrès scientifique a joué un rôle crucial dans l'enrichissement de l'humanisme dont nous nous réclamons aujourd'hui", ajoute-t-il. "La France mérite mieux qu'un déclin programmé. Veut-on définitivement décourager les jeunes générations ? N'auront-ils le choix qu'entre devenir gardiens de musées ou exercer ailleurs leur intelligence et leur talent en faisant leur valise ? La recherche française doit avoir une ambition ; qu'elle soit de droite ou de gauche, peu importe. L'essentiel est que le débat s'installe rapidement, et que des réformes en profondeur s'ensuivent."
Pierre Le Hir et Catherine Vincent, LE MONDE | 03.05.02 | 12h17

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Confusion entre génétique et clonage

Dans un court paragraphe de son programme intitulé "Faire réellement servir la génomique au progrès médical", Jean-Marie Le Pen déclare : "Les recherches actuelles en matière de génomique (clonage) sont souvent le fait d'équipes scientifiques ou de structures privées qui ne visent pas d'abord un but médical. Ces recherches s'effectuent sans respect de la personne humaine. Par ailleurs, la plupart des expériences visent au clonage des individus (...)", écrit-il. Ce texte est "truffé de contre-vérités", affirme Pierre Tambourin, directeur du Génopole d'Evry. "Génomique et clonage n'ont rien à voir. Le travail sur le génome humain a d'abord un but médical : caractériser plus facilement les gènes de prédisposition à certaines pathologies. Connaître le génome de l'homme ne me paraît pas manquer de respect à l'homme ou porter atteinte à sa dignité. Il est évidemment faux de prétendre que la plupart des expériences visent au clonage des individus puisque, de manière unanime, les scientifiques souhaitent placer le clonage reproductif au ban de l'humanité."
ARTICLE PARU DANS L'EDITION DU 04.05.02, p. 27

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Le président français met le holà aux accusations israéliennes d'antisémitisme

Assez, c'est assez ! Mettant à profit un appel téléphonique du premier ministre israélien, Ariel Sharon, samedi 11 mai, Jacques Chirac a mis les points sur les "i": il s'est "formellement élevé contre la campagne antifrançaise en Israël, visant à présenter la France comme un pays antisémite", a indiqué la porte-parole de l'Elysée, Catherine Colonna. Le président a dit à son interlocuteur qu'"au moment où les Français ont manifesté massivement leur refus du racisme, de la xénophobie et de l'antisémitisme, cette campagne n'est pas acceptable" et "ne saurait se poursuivre sans conséquences". M. Sharon a été informé du fait que la protestation de M. Chirac serait rendue publique.

Il n'est pas question pour le président de la République de contester l'existence d'actes antisémites, qui, estime-t-on à Paris, ne sont pas étrangers au conflit meurtrier en Palestine. Mais M. Chirac récuse formellement toute opprobre qui embrasserait la France tout entière dans des accusations d'antisémitisme, indique-t-on à l'Elysée. La mobilisation des Français entre les deux tours de l'élection présidentielle et le vote massif qui s'est porté sur sa candidature au second tour, faisant barrage au président du Front national et aux idées qu'il représente, en aurait administré la preuve.

M. Sharon a joint M. Chirac pour parler de la crise du Proche-Orient. Il voulait aussi exprimer ses condoléances à la suite de l'attentat contre des Français au Pakistan et féliciter le président de la République après sa victoire à l'élection présidentielle. L'occasion était ainsi offerte pour lui signifier qu'il était intolérable que la campagne anti-française continue, d'autant que les accusations émanent souvent de personnalités officielles.

DÉCLARATIONS SUCCESSIVES
De fait, c'est le vice-ministre des affaires étrangères, Michael Melchior, qui, le 6 janvier, a ouvert le feu pour qualifier la France de "pire des pays occidentaux en matière d'antisémitisme". Le même jour, le gouvernement israélien décidait d'accorder une aide financière exceptionnelle aux juifs français qui émigreraient en Israël. En février, M. Sharon lui-même dénonçait une "très dangereuse vague d'antisémitisme" dans un pays où, du fait, selon lui, de "la présence de six millions d'Arabes", les juifs "pourraient se retrouver en danger". Les accusations ont par la suite épisodiquement continué, la dernière en date étant une déclaration faite le 22 avril - au lendemain du premier tour de l'élection présidentielle en France - par le vice-premier ministre et ministre de l'intérieur, Eli Yishaï.

Ce n'est pas la première fois que M. Chirac se prononce sur cette question. Le 26 février, à l'occasion d'une visite en France du ministre israélien des affaires étrangères, Shimon Pérès, il avait déclaré avoir été "profondément choqué et (...) meurtri par les propos qui ont été tenus sur le développement de l'antisémitisme en France". "Je tiens à dire clairement que rien ne permet d'étayer ces affirmations", avait-il ajouté, avant de condamner "profondément toute action qui pourrait être conduite contre la sécurité et contre la dignité de la communauté juive" et dont "les auteurs doivent être sanctionnés de la façon la plus sévère".

"C'est ce que nous faisons. C'est la raison pour laquelle je n'ai pas compris quelle était cette campagne, quelles étaient ses origines, pourquoi on a voulu la faire", s'était-il exclamé. Le gouvernement de la gauche plurielle était sur la même longueur d'onde. Le ministre des affaires étrangères, Hubert Védrine, avait qualifié d'"odieuses" les accusations israéliennes.
Mouna Naïm, LE MONDE | 13.05.02 | 11h44

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Les récriminations d'Israël
Voici quelques-unes des accusations d'antisémitisme dont la France a été la cible, suite à la multiplication d'attentats qui ont visant des personnes ou des biens juifs :
- 6 janvier : "la France est le pire des pays occidentaux en matière d'antisémitisme", déclare Michael Melchior, vice-ministre des affaires étrangères.
- 20 février : le premier ministre Ariel Sharon dénonce une "très dangereuse vague d'antisémitisme"en France et annonce que le gouvernement se livre à "tous les préparatifs" pour recevoir les juifs de France.
- 2 avril : l'ambassadeur de France en Israël, Jacques Huntzinger, est convoqué au ministère des affaires étrangères. On lui fait part des inquiétudes israéliennes au sujet des attaques dirigées contre la communauté juive.
- 10 avril : le gouvernement israélien considère que l'immigration des juifs français est devenue une "exigence de l'heure".
- 22 avril : le vice-premier ministre et ministre de l'intérieur Elie Yishaï déclare que "les juifs d'Europe en général et les juifs de France en particulier ne peuvent demeurer indifférents face à l'ampleur croissante des attaques anti-sémites (...) alors que les autorités françaises font preuve de laxisme face à ces dangereux phénomènes". Ils doivent "faire leur valise et immigrer en Israël".
ARTICLE PARU DANS L'EDITION DU 14.05.02

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La Liste Pim Fortuyn bouleverse la donne politique aux Pays-Bas

Le paysage politique des Pays-Bas est sorti bouleversé des élections législatives qui se sont tenues le mercredi 15 mai. Les travaillistes du PvdA, première force de la coalition au pouvoir, subissent une défaite historique en ne conservant que 23 sièges sur les 150 de la Deuxième chambre, soit 22 de moins qu'en 1998. Les populistes de la Liste Pim Fortuyn (LPF) réussissent une percée fulgurante en emportant 26 sièges. Les chrétiens-démocrates du CDA sortent vainqueurs de ce scrutin : avec 43 sièges de députés (+ 14), ils redeviennent la première formation du pays.

Si les sondages avaient annoncé l'étonnante performance de la Liste Pim Fortuyn, ils avaient fortement sous-estimé le score des chrétiens-démocrates du CDA. Leur nouveau président, Jan Peter Balkenende, devrait logiquement succéder au travailliste Wim Kok au poste de premier ministre. Les Néerlandais semblaient, depuis quelques semaines, acquis à l'idée qu'un parti populiste et xénophobe comme la LPF devienne l'un des plus importants du pays. Un électeur sur six a voté pour cette formation hétéroclite qu'avait fondée Pim Fortuyn. La LPF est devenue le premier parti dans deux grandes villes : La Haye, la capitale, et Rotterdam, le berceau du mouvement. Dans la cité portuaire, la LPF franchit le cap des 30 %. "C'est un résultat formidable mais il n'y a pas de vraie joie, aujourd'hui, nous nous sentons comme des orphelins", a déclaré l'un des porte-parole de la LPF.

Le raz-de-marée populiste prédit par certains observateurs, qui affirmaient que la LPF pourrait emporter 40 sièges, n'a pourtant pas eu lieu. A l'inverse, l'assassinat de M. Fortuyn, le 6 mai, n'a pas entamé le crédit d'une liste dont les membres, privés de leur leader, ont déjà offert l'image d'une grande division.

Le traditionnel émiettement favorisé par le scrutin proportionnel obligera à la formation d'une coalition de trois partis au moins. L'hypothèse la plus probable est la mise en place d'une équipe de droite présidée par le CDA et rassemblant aussi la LPF et les libéraux du VVD. Ces derniers, membres de la "coalition violette" de M. Kok, ont toutefois, eux aussi, subi une lourde défaite (23 sièges, moins 15) qui les amènent à s'interroger. Hans Dijkstal, le président du parti, pourrait abandonner rapidement ses fonctions.

PORTEFEUILLES REVENDIQUÉS
Des dirigeants de la LPF ont indiqué, dès mercredi soir, qu'ils revendiquaient au moins trois portefeuilles importants, la santé, l'intérieur et l'intégration. C'est dans ces trois secteurs qu'ils comptent réaliser leurs priorités électorales : une réforme du système de soins et des listes d'attente, sur lesquelles sont actuellement inscrits 160 000 citoyens, une révision des lois sur l'immigration et l'asile et, enfin, la mise en place d'une politique de sécurité résumée en une formule : "Plus de policiers dans les rues." Un responsable de la LPF s'est également manifesté pour le poste de ministre de la justice.

Le chrétien-démocrate Jan Peter Balkenende n'a pas répondu à ces exigences. Il a même indiqué que l'hypothèse d'un gouvernement avec la LPF n'était "pas certaine". "Les électeurs ont livré un signal clair, mais il nous faut discuter des propositions et de la stabilité (de cette alliance) en particulier avec la LPF", a-t-il ajouté.

Estimant que la victoire de son parti était celle "du respect et du contenu", le leader chrétien-démocrate n'a pas caché ses craintes envers la LPF. S'il plaide pour "le rétablissement des normes et des valeurs" et s'il affirme vouloir remettre en question le mariage homosexuel, la consommation des drogues douces ou la loi sur l'euthanasie, M. Balkenende insiste aussi sur la tolérance et l'intégration des étrangers (qu'il compte favoriser avec des cours obligatoires de langue et de culture néerlandaises).

Malgré ces réticences, le CDA pourrait bien ne pas avoir d'autre solution que de négocier avec le parti populiste. La gauche travailliste convient elle-même que le coup de barre à droite donné par l'électorat, "un message fort et clair" selon le PvdA, rend quasiment impossible une autre formule, d'autant que les libéraux réformateurs de D 66, troisième partenaire du gouvernement Kok, ne sont plus en mesure de faire l'appoint. Ils ont, eux aussi, été laminés, passant de 14 à 7 sièges.

"DES TEMPS DIFFICILES"
Après une réunion des groupes politiques appelés à élire leur président, la reine Béatrix devrait commencer ses consultations et nommer un "informateur", qui sera très probablement un chrétien-démocrate. M. Balkenende a estimé que les circonstances obligeaient à la mise en place rapide d'un gouvernement.

"Beaucoup de Néerlandais sont sous le choc et les propos de Wim Kok n'ont rien arrangé", commentait, jeudi matin, un membre de la direction du CDA. Quelques heures avant le scrutin, le premier ministre avait invité ses concitoyens à adopter "une attitude raisonnable"et, une fois le résultat connu, il a parlé d'un "jour dramatique".

M. Kok, qui avait annoncé son retrait de la vie politique nationale à la fin de 2001, entraîne dans sa défaite son dauphin à la tête du PvdA : Ad Melkert a annoncé sa démission une fois les résultats connus. Ramené au score le plus bas de son histoire alors qu'il a compté jusqu'à 53 députés (en 1977), le Parti travailliste n'est plus que la troisième formation du pays.

"Ce sont des temps difficiles pour la social-démocratie aux Pays-Bas et en Europe", a dû admettre M. Kok, estimant toutefois que "seul ce courant politique offre une solution dans les temps difficiles". Le successeur de M. Melkert à la tête du PVDA devrait être issu du courant "réaliste", dont les membres pensent que leur formation a perdu le contact avec les citoyens. "Fortuyn nous a appris beaucoup de choses, nous devons revenir dans le débat politique", souligne Wouters Bos, l'un des "rénovateurs".

Selon une enquête de la télévision NOS, 11 % des anciens électeurs du PvdA auraient porté leur voix sur la Liste Pim Fortuyn, les autres s'éparpillant entre l'extrême gauche (le SP passe de 5 à 9 sièges), les écologistes (le parti GroenLinks maintient ses 11 élus) et le CDA, considéré, désormais, comme le rempart face à la vague populiste.
Jean-Pierre Stroobants, LE MONDE | 16.05.02 | 12h00

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La LPF en panne de leader

Simon Fortuyn, le frère du défunt, et Harry Mens, son ami le plus proche, avaient plaidé pour un sabordage de la liste Pim Fortuyn : ils n'ont pas été entendus. En revanche, la bataille se poursuit pour la direction de ce qui est devenu le deuxième parti des Pays-Bas. Peter Langendam, homme d'affaires nommé président le week-end dernier, a démissionné le 14 mai. Jan Dost, vice-président, cofondateur du parti, a été écarté. Du coup, Mat Herben, numéro 6 de la liste, s'est déclaré, le 15 mai, nouveau président...

Des médecins, des patrons, des juristes et une ancienne présentatrice de télévision sont parmi les 26 élus de la LPF. Quelques-uns semblent en mesure de s'imposer : outre Mat Herben, sont cités Joao Varela, un jeune économiste d'origine cap-verdienne, ou Winny De Jong, une spécialiste de l'agriculture. Fieroes Zeroual, une jeune musulmane d'origine turque, a également été élue. Elle regrette, affirme-t-elle, les déclarations de Fortuyn sur "l'islam, culture arriérée". - (Corresp.)

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Un séisme souligné par la presse

La presse néerlandaise insistait, jeudi 16 mai, sur l'ampleur de la victoire de la droite - chrétiens-démocrates et droite populiste de Pim Fortuyn. "Le CDA (Appel chrétien-démocrate) et la LPF (liste Pim Fortuyn) écrasent la coalition violette", la coalition de centre-gauche qui dirigeait le pays depuis huit ans, titre le quotidien De Volksrant, orienté à gauche. Sous le titre "Raz de marée pour les démocrates-chrétiens", le quotidien économique Het Financieele Dagblad note que la Liste Pim Fortuyn "entre dans le livre des records" électoraux aux Pays-Bas en faisant un début sans précédent dans une élection générale.

Le quotidien à grand tirage De Telegraaf (droite) évoque un "bain de sang" pour la coalition violette. Il fait état d'un sondage selon lequel 39 % des Néerlandais (contre 34 %) souhaitent la participation de la LPF au futur gouvernement. Trouw, quotidien chrétien, estime, à propos de la défaite de la gauche, que"jamais une coalition n'avait subi un revers aussi cuisant". - (AFP)
ARTICLE PARU DANS L'EDITION DU 17.05.02

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Martin Walser, l'écrivain allemand taxé d'antisémitisme

L'homme, Martin Walser, est un abonné à la fois au succès et à la polémique, et son dernier ouvrage, Mort d'un critique , ne devrait certainement échapper ni au premier ni à la seconde. En effet, plusieurs semaines avant la mise en vente du livre, la controverse fait déjà rage, lancée par la décision inhabituelle d'un grand journal quotidien allemand, le Frankfurter Allgemeine Zeitung, de ne pas en publier les bonnes feuilles. Dans son édition du 29 mai 2002, le responsable des pages culturelles, Frank Schirrmacher, lui-même spécialiste de l'œuvre de Martin Walser, a choisi d'expliquer pourquoi : l'ouvrage, affirme-t-il, est un brûlot antisémite, un livre qui, sous l'apparence du roman à clé, est en réalité un sauvage règlement de compte avec le critique littéraire Marcel Reich-Ranicki. "Votre livre,écrit M. Schirrmacher à l'adresse de l'écrivain, est un ouvrage de haine", "rien d'autre qu'une vision meurtrière" qui ne vise pas seulement la mort d'un simple critique, mais celle d'"un juif" pris comme tel.

Marcel Reich-Ranicki est en effet juif. Né en Pologne en 1920, il a survécu au ghetto de Varsovie, puis il a rejoint, après la guerre, le Parti communiste polonais, il a entamé une carrière diplomatique, flirté avec les services secrets de son pays et s'est finalement réfugié dans la littérature après avoir été expulsé du Parti communiste, au début des années 1950, pour "idéologie étrangère", l'un des termes sous lequel le stalinisme camouflait ses purges à caractère antisémite. Etabli en Allemagne depuis 1958, Marcel Reich-Ranicki y animait jusqu'à ces derniers mois une émission de télévision qui a fait et défait les réputations littéraires des auteurs. "L'homme et son style mordant sont tellement appréciés du public que s'il disait que Fontane [Theodor Fontane, l'un des plus célèbres écrivains allemands du XIXe siècle] est une eau minérale, on le croirait", explique ainsi un journaliste culturel de la télévision.

"INCENDIAIRE INTELLECTUEL"

Entre le critique et l'écrivain, le courant n'est jamais passé, le premier omettant régulièrement le nom du second dans sa liste des vingt livres les plus importants de l'année. Mais est-ce la réelle explication de l'affrontement ? Les prochaines polémiques ne manqueront pas de l'assurer, et peut-être avec raison.

Mais Martin Walser aurait sans doute évité le procès en antisémitisme en Allemagne s'il n'avait déjà fait scandale lorsqu'il avait dénoncé, en 1998, ce qu'il appelle "l'instrumentalisation" d'Auschwitz et la "routine de la culpabilisation" dans le débat public allemand. Il s'était à l'époque fait traiter d'"incendiaire intellectuel" par l'un des responsables de la communauté juive allemande, Michel Friedmann. Durant des semaines, l'affaire avait enflammé les passions dans le pays. Martin Walser avait alors expliqué qu'il avait seulement voulu exprimer publiquement "quelque chose d'inexprimé".

Quatre ans plus tard, ce sont donc quasiment les mêmes acteurs - et le même sujet - que l'on retrouve au centre du débat : comment doit-on, ou ose-t-on, parler des juifs en Allemagne, soixante ans après la décision de la Shoah et la culpabilité insondable qu'elle y a suscitée, en pleine explosion de la violence entre Israéliens et Palestiniens et alors que, dans toute l'Europe, monte un populisme qui, ne répugnant pas à flirter avec l'antisémitisme, assure lui aussi dire tout haut ce que beaucoup penseraient tout bas ? Dans un pays tourmenté par son passé, constamment à la recherche d'une identité qui toujours se questionne, le débat n'est pas près d'être clos.
Georges Marion, ARTICLE PARU DANS L'EDITION DU 31.05.02, LE MONDE | 30.05.02 | 13h14

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Francophobie made in USA
Aux Etats-Unis, des clips et des placards de pub stigmatisent le vote Le Pen et les incendies de synagogues

Extrait de l'émission satirique Saturday Night Live. Les Français y sont décrits comme «couards, arrogants et antijuifs».

«La France, sa campagne somptueuse, ses cafés adorables…» Le 10 mai, sur fond d'accordéon, Saturday Night Live, célèbre émission humoristique américaine, consacrait une superbe vidéo à notre paradis bucolique. Assortie de compliments: «La France, patrie des plus grands cuisiniers, des plus grands peintres et… des plus grands antisémites. Les Français, couards mais forts en gueule, arrogants mais malodorants, anti-israéliens, antiaméricains, et plus que jamais antijuifs. N'est-il pas temps, demande une suave narratrice, que nous recommencions à haïr les Français?» Les applaudissements du public ne laissent guère d'illusions sur la réponse, ni sur l'image de la France dans l'opinion américaine, depuis la recrudescence des violences antisémites et le score de Le Pen à la présidentielle.

Des touristes ont renoncé à des séjours à Paris

Le 30 avril, avant les assauts d'amabilité parisiens, George W. Bush lui-même a officiellement conspué les incendies de synagogues en France. L'American Jewish Congress a payé, le 8 mai, des pages de publicité dans deux grandes publications de Hollywood, demandant aux stars invitées à Cannes de prendre position contre ces actes haineux. «Si vous allez à Cannes, clamait la pub, prenez note: France, 1942… France 2002…» Woody Allen, trop francophile à leurs yeux, a eu droit à un communiqué virulent. «Notre campagne n'a pas de rapport avec Le Pen, précise Neil Goldstein, directeur exécutif de l'American Jewish Congress. Mais plutôt avec les 400 incidents antisémites répertoriés en avril dernier. Nous savons que ces violences sont l'œuvre de jeunes musulmans, mais votre gouvernement porte sa part de responsabilité en présentant Israël comme un démon et en refusant de sévir suffisamment contre ces délinquants racistes.»

Ces propos n'arrangent pas le tourisme. «L'amalgame confus des journaux télévisés entre Le Pen et les violences envers les juifs explique en partie la baisse de la destination France, déplore Brigitte Sayagh, copropriétaire, à New York, de l'agence de voyages French Experience. Des clients ont expressément renoncé à des séjours à Paris par crainte de l'antisémitisme, et notre campagne de promotion estivale donne des résultats étonnamment mauvais cette année.» Celle de Saturday Night Live semble plus efficace.
L'Express, 30 mai 2002, p. 50, de notre correspondant Philippe Coste

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Quand Mme Duisenberg brandit le drapeau palestinien

Wim Duisenberg, le président néerlandais de la Banque centrale européenne, a dû s'en mêler : il a enlevé le drapeau palestinien que son épouse, Gretta, avait accroché au balcon de leur résidence, à Amsterdam, depuis quelques semaines. Acheté via Internet pour une manifestation de soutien à des femmes palestiniennes, le 13 avril dernier, le drapeau a valu à Mme Duisenberg, née Bedier de Prairie, une grosse dispute avec ses voisins, une plainte de la Fédération juive des Pays-Bas pour incitation à la haine et, tout récemment, des menaces de mort. Wim Duisenberg est lui en proie à des démêlés avec le Congrès juif mondial, auquel la Fédération juive des Pays-Bas a demandé de faire en sorte que le numéro un de la BCE soit interdit de séjour à New York, première place financière du monde.

«Je ne le ferais pas, mais cela ne m'ennuie pas que tu le fasses" : voilà ce qu'aurait répondu M. Duisenberg lorsque son épouse l'a consulté pour savoir si elle pouvait accrocher la bannière palestinienne à la fenêtre de la demeure que le couple réintègre tous les week-ends, lorsqu'il délaisse Francfort. Un couple voisin, dont la famille vit en Israël, les Van der Wieken, a protesté. Le ton est très vite monté, Mme Duisenberg se faisant apparemment traiter de "bolchevique de salon" et répliquant que les "juifs riches", étaient responsables de l'oppression subie par les Palestiniens. Un avocat s'est emparé de l'affaire et a déposé plainte pour antisémitisme. Déjà bien ennuyeuse pour le président de la BCE, l'affaire s'est encore compliquée par la révélation, vendredi 31 mai, des menaces portées contre Mme Duisenberg. Les services de sécurité de la Banque des Pays-Bas et de la Banque centrale européenne se sont saisis de l'affaire.

Mme Duisenberg maintient : «Les Palestiniens doivent, eux, contempler tous les jours le drapeau israé- lien, entre les chars. A Amsterdam-Sud, où l'on est libre, il faut se montrer un peu moins sensible." Et sa colère ne s'est pas apaisée lorsqu'elle a appris que l'on s'en prenait désormais à son mari. Elle a évoqué le "riche lobby juif", riche signifiant : "Qui dispose de tellement de pouvoir".
Jean-Pierre Stroobants, Le Monde, 2/3 juin 2002, p. 1.

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Le journaliste Daniel Mermet assigné pour "incitation à la haine raciale"

Des associations juives accusent le producteur de France-Inter d'avoir diffusé des propos d'auditeurs à caractère antisémites.

Du 18 au 22 juin 2001, Daniel Mermet consacrait son émission quotidienne sur France-Inter, "Là-bas si j'y suis", au conflit israélo-palestinien. Au début du programme, une boîte vocale diffusait des réactions d'auditeurs. "Qu'est-ce que c'est que ce pouvoir mortifère qui se complaît dans les assassinats d'enfants et les mutilations, qui justifie l'inacceptable jour après jour avec une outrecuidance criminelle et qui a l'infâme arrogance de nous traiter de racistes quand on ose timidement protester contre cette conduite indigne ? Qu'est-ce que c'est que ces hypocrites qui manient avec tant de virtuosité le bouclier de l'antisémitisme quand on veut juste leur rappeler que depuis cinquante ans, ils reproduisent à dose homéopathique l'horrible injustice dont ils ont souffert ? Je suis farouchement antisioniste. Je ne suis en rien antisémite."

Ces propos, et sept autres réactions, sont-ils constitutifs des délits de diffamation raciale et de provocation à la haine raciale ? L'association Avocats sans frontières, présidée par Me Gilles William Goldnadel, l'Union des étudiants juifs de France (UEJF) et la Licra, qui ont assigné, vendredi 31 mai, Daniel Mermet et Jean-Marie Cavada, président de Radio France, devant la 17e chambre du tribunal de Paris, en sont convaincues. Avec à l'appui, des témoins de poids : les philosophes Alain Finkielkraut et Pierre-André Taguieff - qui n'a pu se déplacer -, le journaliste Alexandre Adler et Roger Cukierman, président du Conseil représentatif des institutions juifs de France (CRIF).

Pour Me Goldnadel, il ne fait aucun doute que Daniel Mermet est un "militant" de la cause palestinienne. "Le journaliste est un imparfait de l'objectif, c'est un homme désintéressé et honnête", répond le prévenu. "Qu'avez-vous cherché à montrer à travers vos émissions ?", lui demande la présidente, Mme Catherine Bezio. "De la souffrance, de la haine, l'insécurité, le désarroi, et aussi des amorces de résistance. Ce sont des carnets de route."

"LE VIBRATO DE SES ÉMISSIONS"

Le magnétophone est branché, le tribunal écoute les pièces à conviction. Les sons de la vie à Gaza font irruption dans la torpeur du prétoire : des gamins qui rient en expliquant la fabrication des cocktails Molotov, des avions F 16 qui traversent le ciel. "Daniel Mermet est un journaliste engagé, juge Alain Finkielkraut.C'est sa marque d'originalité, le vibrato de ses émissions. J'avoue que j'y suis sensible."Mais le philosophe s'alarme dès que "l'engagement vampirise le journalisme" : "Tout au long de son émission, Daniel Mermet ramène ce qu'il décrit à du déjà vu : l'apartheid, la colonisation, le martyre juif. C'est une logique de renversement : les Israéliens sont considérés comme juifs, et donc comme des victimes passées de l'autre côté, des victimes devenues nazis."

L'audience tourne au débat philosophique sur les rapports entre antisionisme et antisémitisme. "95 % des juifs de France sont sionistes, avance Alain Finkielkraut, dans le sens où ils ont une solidarité de destin avec Israël. Mettre au banc de l'humanité cet Etat, en tant que fasciste ou nazi, c'est exclure, sous le masque de l'antiracisme, tous ceux qui, en tant que juifs, le soutiennent."

Cité par la défense, Rony Brauman ne partage pas cette analyse. Pour l'ancien président de Médecins sans frontières, le sionisme est une option politique, critiquable en tant que telle. "Toute l'ambiguïté du sionisme, c'est qu'il renferme dès l'origine à la fois un mouvement de libération nationale et un mouvement colonial. En ce sens, il comporte une part de racisme." Alexandre Adler souligne, lui, que la boîte vocale incriminée est un peu comme le courrier des lecteurs d'un journal, "avec l'effet violent qu'apporte en plus la radio". Pour le directeur éditorial de Courrier international, "ce n'est pas la liberté d'expression qui doit prévaloir dans le choix des interventions".

Sur 29 auditeurs diffusés à l'antenne, 18 sont pro-palestiniens et 11 pro-israéliens. Daniel Mermet reconnaît avoir reçu davantage de messages pro-israéliens, "des interventions envoyées en réseau, avec sensiblement les mêmes mots". Des choix éditoriaux qui portent la marque d'un "antisémitisme new look" de gauche, tranche Me Goldnadel, parce qu'il n'y a "qu'un cheveu entre la détestation de l'Etat juif et l'antisémitisme".

Pour le procureur Christian Ligneul, les émissions de Daniel Mermet sont à replacer dans "un débat politique, un contexte de guerre". "On ne peut pas reprocher au journaliste de reproduire un amalgame entre le peuple juif et l'Etat d'Israël, poursuit-il. C'est peut-être moralement répréhensible, mais pas pénalement." Il laisse donc au tribunal le soin d'apprécier si le prévenu "a franchi une fois seulement la limite". Me Jean-Yves Halimi, conseil de Daniel Mermet, dénonce "les amalgames, les contresens, les citations tronquées, les glissements sémantiques abusifs et les syllogismes erronés" commis selon lui par les parties civiles. Ce procès constitue, affirme-t-il, "le point d'orgue des pressions exercées sur les médias à l'occasion du conflit israélo-palestinien". Jugement le 10 juillet.
Xavier Ternisien, LE MONDE | 01.06.02 | 15h33, MIS A JOUR LE 01.06.02 | 16h52, ARTICLE PARU DANS L'EDITION DU 02.06.02, p. 9

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Des arguments antisémites au Québec ?
Sur
http://www.quebecoislibre.org/020608-14.htm

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SUR L’EXODE DES PALESTINIENS EN 1948
Le devoir de mémoire des Israéliens

Ilan Pappé, nouvel historien israélien, affirme que, si le peuple israélien ne reconnaît pas de façon exhaustive les actes commis contre les Palestiniens en 1948, la réconciliation n’aura jamais lieu.

Lorsque j’étais enfant, enfant juif né à Haïfa au début des années 50, je n’ai jamais entendu parler de la Nakbah [la catastrophe] et j’ignorais la signification de ce terme. Ce n’est qu’au lycée que j’ai entendu prononcer ce mot pour la première fois. Il y avait trois élèves palestiniens dans ma classe, et nous avons effectué ensemble les visites guidées de Haïfa et de ses environs. A cette époque, il y avait encore des traces de la ville arabe dans les vieux quartiers d’Haïfa : de beaux édifices, les vestiges d’un marché couvert détruit en 1948 par les Israéliens, des mosquées et des églises.

Ces reliques témoignaient d’un glorieux passé. Elles ont pour la plupart disparu, démolies par les bulldozers d’une municipalité ambitieuse qui a effacé toutes les marques qui pouvaient rappeler leur origine. Mais, dans mon enfance, il y avait beaucoup de maisons arabes entassées entre les immeubles de béton modernes. Les guides qui nous accompagnaient les appelaient “hirbet al-shaych”, une expression vague désignant une maison arabe d’une période indéterminée. Mes camarades palestiniens murmuraient qu’elles avaient été épargnées par la Nakbah de 1948, mais ils n’osaient pas contredire leurs professeurs ni s’étendre sur le sujet.

Plus tard, quand j’ai commencé mon doctorat à l’université d’Oxford, j’ai choisi les événements de 1948 comme sujet de thèse. En écrivant sur la politique menée cette année-là par la Grande-Bretagne, j’ai découvert par hasard dans les archives israéliennes et britanniques des documents qui m’ont donné, pour la première fois, une idée claire de ce qu’avait été la Nakbah. J’ai eu la preuve formelle que l’expulsion des Palestiniens de Palestine avait été systématique et j’ai été stupéfait de la rapidité avec laquelle la judaïsation des anciens villages palestiniens et de leurs environs avait été accomplie. Ces villages d’où la population palestinienne avait été chassée en 1948 ont été rebaptisés et repeuplés en l’espace de quelques mois. Ce tableau contrastait fortement non seulement avec ce qu’on m’avait enseigné à l’école à ce sujet, mais aussi avec ce que j’avais appris durant mes années de licence au département des études du Moyen-Orient de l’Université hébraïque de Jérusalem. Et ce en dépit du nombre important de cours consacrés à l’histoire d’Israël. Il va sans dire que cette version des faits contredisait également celle qui m’avait été inculquée en tant que citoyen israélien pendant mon service militaire ou lors de fêtes nationales et à travers le discours quotidien des médias sur l’histoire du conflit israélo-palestinien.

Quand je suis rentré en Israël, en 1984, pour poursuivre ma carrière universitaire, j’ai découvert à quel point la négation de la Nakbah était inscrite dans mon nouvel environnement. Elle s’intégrait en fait dans un phénomène plus large d’exclusion de la question palestinienne du discours universitaire local. Ce phénomène était particulièrement évident - et déconcertant - dans le département des études du Moyen-Orient, où j’avais débuté ma carrière comme maître de conférences. Vers la fin des années 80, la situation s’étant quelque peu améliorée après la première Intifada, la question palestinienne a été officiellement introduite dans le programme du département. Mais elle était essentiellement traitée par des spécialistes qui avaient jadis travaillé pour les services de renseignements et qui conservaient des liens étroits avec les services de sécurité et les forces de défense israéliennes. De cette manière, le monde académique israélien a continué d’ignorer la Nakbah en tant qu’événement historique, empêchant chercheurs et professeurs de récuser la négation de la “catastrophe” ailleurs que dans leur tour d’ivoire universitaire.

A la fin des années 80, plusieurs universitaires, dont moi-même, ont attiré l’attention du public en publiant des ouvrages qui contestaient la version communément admise de la guerre de 1948. Dans ces écrits, nous accusions Israël d’avoir expulsé les populations autochtones de la Palestine et d’avoir détruit leurs villages. Malgré le caractère hésitant et prudent de nos premiers ouvrages - le mien n’a même pas été traduit en hébreu -, il était facile de conclure que l’Etat d’Israël avait été construit sur les ruines de la Palestine, son peuple ayant vu ses moyens d’existence, ses habitations, sa culture et ses terres systématiquement détruits. A cette époque, les réactions du public israélien à nos publications allaient de l’indifférence au rejet absolu. Et le système a fait tout ce qu’il pouvait pour étouffer ces velléités de prise de conscience et de reconnaissance du rôle d’Israël dans la Nakbah. Une telle reconnaissance aurait aidé les Israéliens à mieux comprendre l’impasse où se trouve aujourd’hui le processus de paix.

La lutte contre la négation de la Nakbah en Israël s’est ensuite déplacée sur la scène politique palestinienne. A partir du quarantième anniversaire de l’événement, en 1988, la minorité palestinienne d’Israël a associé, comme jamais elle ne l’avait fait auparavant, la mémoire collective et individuelle de la “catastrophe” à la situation de la Palestine en général et à ses épreuves en particulier. Cette association s’est manifestée à travers un ensemble de gestes symboliques : cérémonies de commémoration de la Nakbah, visites organisées d’anciens villages palestiniens désertés ou repeuplés, séminaires sur le passé et interviews détaillées dans la presse de survivants de cet événement.

Par le biais de ses dirigeants politiques, des ONG et des médias, la minorité palestinienne d’Israël a pu attirer l’attention d’un public plus large sur la Nakbah. Ce phénomène a également été encouragé par les négociations d’Oslo, qui ont atteint un point culminant au cours de l’été 2000 avec l’entretien au sommet de Camp David entre le Premier ministre Ehoud Barak et Yasser Arafat. L’impression - fausse - que le conflit touchait à sa fin a placé la reconnaissance de la Nakbah et de la responsabilité d’Israël au premier rang des revendications palestiniennes. Même si la rencontre de Camp David n’a pas abouti, du fait principalement de la volonté israélienne d’imposer son point de vue au camp palestinien, la catastrophe de 1948 a momentanément retenu l’attention d’une audience locale, régionale et, dans une certaine mesure, mondiale. En Israël comme aux Etats-Unis et même en Europe, il était nécessaire de rappeler aux parties concernées par la question palestinienne que le conflit engageait non seulement l’avenir des Territoires occupés, mais aussi celui des réfugiés palestiniens qui avaient été expulsés de chez eux en 1948. Les Israéliens avaient fait en sorte que la question des droits des réfugiés ne figure pas dans les accords d’Oslo, tâche dans laquelle ils avaient été aidés par une diplomatie et une stratégie palestiniennes mal avisées.

La Nakbah avait été si bien tenue à l’écart de l’ordre du jour du processus de paix que, lorsqu’elle fit soudain son apparition, les Israéliens eurent l’impression de voir la boîte de Pandore s’ouvrir devant eux. Leur plus grande crainte était que la responsabilité d’Israël dans la catastrophe de 1948 ne soit alors incluse parmi les questions à débattre, et ils ont aussitôt entrepris de parer à ce “danger”. Les médias et le Parlement ont formulé une position consensuelle : aucun négociateur israélien ne serait autorisé à discuter du droit au retour des réfugiés palestiniens dans leurs foyers d’avant 1948. La Knesset a voté une loi à cet effet, et Barak l’a publiquement appuyée alors qu’il s’apprêtait à s’envoler pour Camp David. Les médias et d’autres institutions culturelles ont également été mis à contribution pour décourager les discussions sur la Nakbah et ses liens avec le processus de paix. C’est dans ce climat que je me suis trouvé impliqué dans l’affaire Tantura. Celle-ci a éclaté à la suite de la révélation, par un étudiant de maîtrise de mon université, Teddy Katz, d’un massacre commis par les forces israéliennes en 1948 dans le village palestinien de Tantura et resté jusque-là ignoré. Accusé de diffamation, cet étudiant a été traduit en justice en décembre 2000 et, en novembre 2001, il a été renvoyé de l’université pour avoir osé présenter de nouvelles preuves de la responsabilité d’Israël. La justice a donc rallié de son plein gré le camp de la négation. Cette année, j’ai eu une impression plus nuancée. A la suite du débat engagé sur la “nouvelle histoire” et du nouvel agenda politique de la communauté palestinienne, des fissures sont apparues dans le mur de négation et de répression qui entoure la Nakbah en Israël. Ce nouveau climat est également dû à la clarification de la position palestinienne sur la question des réfugiés, intervenue vers la fin du processus de paix d’Oslo. Après plus de cinquante ans de répression, il est donc devenu plus difficile pour les Israéliens de nier l’expulsion et l’élimination des Palestiniens en 1948. Mais ce succès relatif s’est accompagné de deux réactions négatives, qui se sont manifestées au lendemain du déclenchement de l’Intifada d’Al Aqsa [la seconde Intifada].

La première est venue des dirigeants politiques israéliens : le gouvernement Sharon, par l’intermédiaire de son ministère de l’Education, a entrepris de retirer systématiquement du circuit tous les manuels scolaires et programmes universitaires qui faisaient la moindre référence à la Nakbah. Des instructions similaires ont été données aux responsables de la radio et de la télévision d’Etat.

La seconde réaction a été plus inquiétante encore et a touché de plus larges pans du public. Bien qu’un nombre considérable de politiciens, de journalistes et d’universitaires israéliens aient cessé de nier les événements de 1948, tous ces gens n’en ont pas moins continué à les justifier en public, non seulement d’un point de vue rétrospectif mais aussi prospectif. Pour la première fois, le concept de “transfert” [l’expulsion des Palestiniens vers la Jordanie] a été ouvertement évoqué dans le discours politique israélien, trouvant sa légitimité en tant que meilleur moyen de régler le “problème” palestinien.

Si l’on me demandait ce qui caractérise le mieux la position actuelle des Israéliens sur la Nakbah, je citerais la popularité croissante de cette option du transfert dans l’opinion publique. La Nakbah apparaît aujourd’hui, pour beaucoup d’Israéliens, comme une question politique majeure, qui est la conséquence inévitable et légitime du projet sioniste en Palestine. S’ils ont un regret, c’est que l’expulsion n’ait pas été menée à terme. Le fait que même un “nouvel historien” israélien comme Benny Morris souscrive aujourd’hui à l’idée que l’expulsion était inévitable et aurait dû être plus exhaustive contribue à légitimer Israël à aller plus loin dans la purification ethnique.

Le transfert est aujourd’hui l’option morale, officielle, préconisée par l’un des instituts universitaires les plus prestigieux d’Israël, le Centre pour les études inter-disciplinaires de Hertzliya, qui conseille le gouvernement. Il figure en tant que proposition politique dans des documents présentés au gouvernement par d’importants ministres du Parti travailliste. Professeurs d’université et commentateurs se déclarent favorables à cette option, et très rares sont ceux qui osent la condamner. Dernièrement, le chef de la majorité à la Chambre des représentants américaine l’a ouvertement approuvée.

La boucle est donc bouclée. Quand Israël s’est emparé de près de 80 % de la Palestine, en 1948, il l’a fait par la colonisation et la purification ethnique. Le pays a aujourd’hui un Premier ministre qui jouit d’un large soutien populaire et qui veut déterminer par la force l’avenir des 20 % restants. Comme tous ses prédécesseurs, du Parti travailliste aussi bien que du Likoud, il n’a pas trouvé de meilleur moyen pour le faire que la colonisation, ce qui s’est soldé par la destruction des infrastructures palestiniennes. Il a le sentiment - et il n’a peut-être pas tort - que l’opinion publique le laisserait aller encore plus loin s’il souhaitait procéder à une nouvelle purification ethnique touchant non seulement les Palestiniens des Territoires occupés, mais aussi, le cas échéant, le million de Palestiniens qui vivent sur le territoire israélien d’avant 1967.

La Nakbah n’est donc plus niée en Israël ; elle est au contraire vénérée par l’opinion. Cependant, il serait bon que les Israéliens entendent le récit exhaustif des événements, car il s’en trouve peut-être encore parmi eux qui sont sensibles au passé de leur pays et à sa conduite actuelle. Ces gens doivent être informés qu’on leur a caché les actes atroces commis par leurs concitoyens en 1948 et que ces événements pourraient facilement se reproduire aujourd’hui si, avec d’autres, ils ne font rien pour s’y opposer avant qu’il ne soit trop tard.
Ilan Pappé, "Al Ahram", Le Caire, Courrier International, 13 juin 2002

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Les "maharazim", colonies sauvages, se multiplient en Cisjordanie

La technique est immuable. La "prise de terre" commence par l'installation de quelques caravanes, d'un générateur électrique et de réservoirs d'eau. Le "maharaz", la colonie sauvage, est né. Une guerre d'usure commence alors avec les autorités israéliennes qui, si elles défendent "la croissance naturelle" des colonies existantes, sont officiellement opposées à la création de nouveaux points d'implantation sauvages. Mais le ruban d'asphalte et les lignes électriques qui desservent maintenant Adela, à l'est de la colonie de Shvoot Rahel, en Cisjordanie, font sourire Boaz Melet, qui a participé à la création de ce "maharaz", il y a quatre ans. "Le gouvernement israélien a une main droite et une main gauche. Officiellement, il est opposé à ce que nous faisons pour des raisons de politique internationale, mais vous voyez bien qu'il finit toujours par nous soutenir", assure-t-il. Aux alentours, sur les collines brûlées par le soleil, d'autres lieux sont en cours d'aménagement qui assureraient à terme le contrôle d'une bande de terre importante entre la grande colonie d'Ariel et la vallée du Jourdain.

DÉTERMINATION TOTALE

Le déchaînement des violences, depuis septembre 2000, n'a pas réfréné l'ardeur des colons de Cisjordanie. Bien au contraire. Mercredi matin 12 juin, ils ont annoncé la création d'un nouveau point près du village palestinien de Singil, non loin d'Adela, sur la route de Naplouse, en mémoire d'un jeune habitant de la colonie d'Ofra, tué par des Palestiniens une semaine plus tôt. Toujours sur la même route, en direction de la colonie de Bet-El, le "maharaz" Assaf, installé depuis plusieurs mois, porte le nom d'une autre victime de l'Intifada. Le mouvement La Paix maintenant estime que plus d'une trentaine de "maharazim" ont été créés depuis l'élection d'Ariel Sharon au poste de premier ministre, en février 2001, mais, selon un bon connaisseur du dossier, les relevés de l'organisation pacifiste israélienne sont, d'ores et déjà, périmés.

Car la détermination des colons est totale, alors que s'est constitué en leur sein un mouvement porté par les plus jeunes qui combine la religion, une volonté de retour à la terre et le désir de rompre avec l'establishment des colonies anciennes. Le chef coiffé d'une calotte tricotée, la barbe fournie, Boaz Melet, qui se partage entre les travaux agricoles et l'étude de la Torah, ne doute pas une seconde de la légitimité de sa démarche. "C'est notre terre ici, pas celle des Palestiniens qui n'ont aucun droit et certainement pas celui d'avoir un Etat. Ariel Sharon a tort de dire qu'il ne négociera pas avec les Palestiniens tant qu'il y aura de la violence. Tout simplement, il ne faut rien négocier. Aujourd'hui, la mission du peuple juif est ici, en Judée-Samarie [Cisjordanie]. Demain, ce sera peut-être la Jordanie ou le Liban, et je n'exclus pas d'en être si j'en ai toujours la force", assure-t-il d'un ton paisible.

A Adela, selon lui, les frictions avec les Palestiniens se sont limitées jusqu'à présent à quelques tirs nocturnes et surtout à des vols de moutons. "Quand ces vols ont été trop importants, nous avons riposté en coupant des centaines d'arbres", assure Moshé Tamir, son voisin, pour qui la démonstration de force a été dissuasive. Les deux hommes restent en revanche très évasifs sur le dispositif prévu par l'armée pour assurer la protection de ces points de colonisation particulièrement isolés.

Les "maharazim" constituent en effet un redoutable défi sécuritaire pour les autorités israéliennes. La ligne officielle rappelée récemment par le ministre de la défense, Benyamin Ben Eliezer, est qu'il n'est pas question de risquer la vie de soldats pour la défense de positions illégales. Coup sur coup, des Palestiniens ont attaqué deux extensions sauvages dont l'une d'elles, près de Hébron, à Karmei Tzur, avait été décidée après la mort d'un membre de la colonie, Shmuel Gillis, tué par des tirs palestiniens pendant la "guerre des routes" qui avait fait rage au début de l'année 2001.

Les "maharazim", généralement privés des clôtures et autres systèmes dissuasifs qui équipent les colonies considérées comme légales par les autorités israéliennes, constituent en effet des cibles faciles pour les activistes palestiniens. Réuni le 10 juin, le conseil représentatif des colonies de Judée-Samarie et Gaza (Yesha) a peaufiné sa stratégie vis-à-vis de l'armée. Il a réclamé pour les "maharazim" une sécurité identique à celle de n'importe quelle ville en Israël. Son porte-parole, Yoshua Mor-Yossef, a assuré que l'armée avait toujours été informée de leur création et que son attitude avait valu approbation.
Gilles Paris, ARTICLE PARU DANS L'EDITION DU 14.06.02, p. 3, LE MONDE | 13.06.02 | 16h32, Shvoot rahel (cisjordanie) de notre envoyé spécial

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13 juin 2002 / 19 h 55 Une nouvelle implantation-provocation : hôtel de luxe, téléphérique… au sud-est de Jérusalem

L'implantation d'un nouveau quartier juif à Jabel Moukaber, provoque la colère des habitants et déchaîne les passions politiques. Son implantation est-elle légale ? Les habitants de Jabel Moukaber sont-ils spoliés ? Quelles vont en être les conséquences ? Reportage.

Jusqu'au 3 juin dernier, les 12 000 Arabes de Jabel Moukaber coulaient des jours paisibles dans ce village au cadre biblique situé au sud-est de Jérusalem : collines sauvages parsemées d'oliviers où paissent des brebis, vue majestueuse sur le Mont des Oliviers et le Dôme de la Roche, avec sa magistrale coupole dorée, appelé parfois à tort la mosquée d'Omar, ici tout est beauté. Par son nom, "La Montagne du très grand", le village rend hommage au calife Omar, célèbre pour avoir repris Jérusalem aux Byzantins et érigé une rudimentaire mosquée El Aqsa.

Mais Jabel Moukaber est en effervescence depuis que les travaux de construction d'un nouveau quartier juif, justement nommé "La Vue en or", ont commencé sur le haut de la colline. Cette « vue en or » couvrira 114 000 m2 et accueillera un hôtel de luxe situé face au Mont des Oliviers. À proximité, un téléphérique mènera en survolant la Forêt de la Paix, à Abu Tor, autre village arabe situé plus au nord. Sur le versant de la dite colline, s'agripperont quelques centaines d'appartements.

« Celui qui n'est pas content peut aller au tribunal »

C'est Aryeh Amit, l'ancien chef de la police de Jérusalem, qui dirige « Dil Gal investissements et holdings LTD », l'entreprise responsable des travaux. Il dit ignorer la durée des travaux et se contente d'affirmer que la terre appartient à l'entreprise. Selon lui, « il n'y a rien à expliquer. Celui qui n'est pas content peut aller au tribunal ». Il précise que la « terre a été achetée légalement dès les années 70 à de nombreux propriétaires arabes ». Hagaï Elias, porte-parole de la municipalité de Jérusalem, abonde en son sens : "La terre est privée et a été achetée depuis plus de dix ans. La Municipalité n'a pas de part à ce projet privé, auquel elle a donné son approbation il y a huit ans ».

Le chantier, qui transperce le village, est proche du quartier juif et cossu de Talpiot-Est, (25 000 habitants) où règne le Palais du Gouverneur qui abrite l'ONU. Mais de chaque côté de Jabel Moukaber, se trouvent aussi les deux villages arabes Souah-Est et Souha-Ouest, où vivent 7000 personnes. À l'Est de Jérusalem, rares sont les Arabes à avoir pris la nationalité israélienne, ce sont des Palestiniens.

Depuis le vendredi 7 juin, les villageois se rebellent. Ils manifestent contre l'implantation de ce nouveau quartier juif 24h sur 24h. Sur un bout de terrain sauvage où ils ont installé tabourets de plastique, lits, vieux tapis et une télévision, ils se relaient afin qu'un petit groupe soit toujours présent. Le jour de notre visite, il y avait une douzaine d'hommes, jeunes surtout. Par deux fois pendant la semaine, les villageois et la police des frontières, qui a un poste juste à côté du chantier, se sont opposés violemment. "Mardi dernier, à deux heures du matin, raconte un jeune qui refuse de donner son prénom, des gardes-frontières ont arraché la tente sous laquelle nous discutions et m'ont emmené avec trois autres amis. Ils ont même brutalisé des femmes et des vieux qui se trouvaient avec nous." Il a été convoqué au commissariat central de Jérusalem pour une enquête.

Les promoteurs disent qu'ils ont acheté la terre, mais ils ne l'ont jamais prouvé

"Nous protestons contre la confiscation de notre terre pour la construction d'une nouvelle colonie, clame Mohamed Zahaykah, le porte-parole des résidents. Les promoteurs disent qu'ils ont acheté la terre, mais ils ne l'ont jamais prouvé." Son parent, Ahmed Zahaykah, un villageois de 84 ans, défendu par Shlomo Lecker, revendique ainsi 8.265 m2de terre confisquée, propriété familiale depuis 90 ans, sous l'Empire Ottoman. Il déclare que, depuis avril 1984 et cette année encore, des colons, des membres de la municipalité et de la police ont exercé des pressions pour le forcer à vendre sa terre. Récemment, la police l'a menacé de prendre la terre de force. "Rien de bien neuf, dit Mohammed, dans tout cela. Les promoteurs ont absolument besoin de cette terre pour leur projet, c'est tout". Noam Hoffshteter, le directeur de l'organisation pacifique Peace Now, qui suit de près la progression des implantations et assiste les villageois ans leur sit-in, n'est pas surpris par ce genre de pratique : " Il existe un degré de coopération entre la police, les colons et la municipalité. Mais cela n'est rien comparé à la réalité du terrain".

Les villageois sont représentés par trois avocats : Moahmmed Aweisat défend une famille, Elias Khoury deux, et Shlomo Lecker dix. Toutes contestent les versions de la municipalité et du promoteur et vont attaquer le projet devant la Haute Cour de Justice. Shlomo Lecker, dont les clients revendiquent 30 000 m2 de terres expropriées, affirme : "Une partie de la terre a été vendue légalement pour ce projet, mais pas toute la terre." Il dit recevoir chaque jour des appels nombreux de gens de Jabel Moukaber qui veulent aller en justice : "J'espère pouvoir représenter tout le village. Je veux aller jusqu'à la Haute Cour de Justice pour annuler toute la construction."

Certains possèdent des titres de propriété remontant à la période ottomane

L'affaire est compliquée et difficile pour les avocats, car certains possèdent des titres de propriété remontant à la période ottomane, ce qui rend difficile à prouver qu'ils en sont les propriétaires. Mais les défenseurs considèrent qu'outre la légalité, le côté politique de l'affaire est important.

Shlomo Lecker compte aussi attaquer la Municipalité de Jérusalem, qui a confisqué de la terre aux habitants pour créer des "espaces verts" - un espace public donc, où la construction n'est pas autorisée – puis à permis l'intégration de ces espaces au nouvau plan. Ce que Hagaï Elias, le porte-parole de la municipalité, confirme : "La terre des espaces verts va fournir des espaces verts pour le nouveau quartier (routes et jardins publics). Ce n'est pas autorisé par la loi, assure l'avocat, car nous avons affaire ici à une entreprise privée. Les espaces verts auraient dû rester dans le domaine public et être aménagés par la Municipalité pour le service des villageois."

En fait, ces zones vertes servent de réservoir pour construire ou étendre des implantations. Le dernier et fameux cas étant celui de Jabel Abou Ghneim qui, en 1968, avait été classé "espace vert". En 1991, cette zone a été reclassée pour construire l'implantation de Har Homa. Selon Danny Weidmann, l'avocat israélien spécialisé dans ces questions, 35% de la Jérusalem arabe a été expropriée par Israël. Et Lecker ajoute que, selon la loi, les Palestiniens expropriés auraient dû recevoir des compensations financières, mais qu'ils les refusent pour ne pas avoir à renoncer à leur propriété sur une terre qu'ils espèrent récupérer un jour.

Évidemment, comme tout ce qui concerne la partie arabe de Jérusalem, cette implantation, considérée comme une nouvelle colonie, est hautement sensible politiquement - pour les Palestiniens, comme pour la communauté internationale. Côté israéliens, une majorité d'entre eux considèrent que les implantations dans les nouveaux quartiers est, où résident quelque 200 000 Israéliens, ne sont pas illégales. Gilo est une des principales cibles des miliciens palestiniens depuis la seconde Intifada. Le but politique avoué de ces nouveaux quartiers était d'augmenter la population juive à l'Est et d'empêcher une partition de la ville sainte.

Aryeh Amit, le promoteur connu pour sa position en faveur d'une division de la Ville sainte, voudrait convaincre que "le projet n'est pas politique. La seule façon d'y penser, c'est en termes de propriété privée". Il appartient aussi au Conseil pour la Sécurité et la paix qui promeut un retrait unilatéral des territoires et il refuse de dire aujourd'hui s'il a changé d'avis sur la partition de la ville.

En revanche, Shlomo Lecker, l'avocat, soupçonne et craint, même s'il dit ne pas en avoir la preuve, que des personnalités religieuses et de droite investissent et achètent des maisons, comme c'est le cas dans les implantations situées à l'est au cœur des quartiers palestiniens. "Ce n'est pas bon pour cette région qui était tranquille depuis un certain temps." Noam Hoffshteter, de Peace Nom, considère lui aussi qu'il s'agit "comme toute colonie, d'une "provocation politique. Que la terre ait été achetée légalement ou pas."

Cette nouvelle implantation peut transformer Jérusalem en Belfast

Bien sûr, dès l'annonce de la construction du nouveau quartier juif, les réactions politiques ont fusé. A droite, le maire de Jérusalem, Ehoud Olmert, s'est déclaré "très heureux" d'avoir appris la nouvelle. "Si cela ne tenait qu'à moi, il y a longtemps que ce projet serait réalisé". A gauche, le député travailliste Ophir Pines-Paz a tiré la sonnette d'alarme : "Cette nouvelle implantation peut transformer Jérusalem en Belfast". Il a soumis, le 3 juin, un projet de loi à la Knesset interdisant la création d'un quartier juif dans les zones arabes de Jérusalem sans l'approbation préalable du gouvernement. C'est en effet, pour l'heure, de la compétence de la seule Municipalité.

Jusqu'ici, les villageois de Jabel Moukaber ont pris seuls leur destin en main. Mais demain, vendredi, une importante manifestation aura lieu chez eux. Sari Nusseibeh, le représentant de l'OLP à l'est de Jérusalem, qui ne jouait aucun rôle dans l'affaire jusqu'ici, viendra accompagné d'une délégation de personnalités, dont des députés arabes de la Knesset, pour un sit-in avec les villageois. Tous assisteront à la prière du vendredi.
Par Véronique Hayoun, veronica@palnet.com, proche-orient.info

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"Antisémitisme" et "délation" sur les campus américains

"Qui est antisémite ?" Posée avec perplexité par les journaux américains, la question témoigne de la confusion qui s'est installée dans le débat aux Etats-Unis. Dernier exemple : les remous autour d'un site Internet (www.campus-watch.org), lancé par un spécialiste du Proche-Orient, Daniel Pipes, pour dénoncer "la haine d'Israël" qui régnerait dans les universités. Ce site épingle 8 professeurs (et 14 universités) coupables de complaisances propalestiniennes. Il recense leurs écrits ou interventions publiques. L'un a signé il y a deux ans une lettre de soutien à l'universitaire américain d'origine palestinienne Edward Said. Un autre a participé à un débat sur les détentions sans jugement d'immigrants musulmans après le 11 septembre. Le site appelle les étudiants à signaler les cours, les conférences et manifestations où s'exercerait ce que la presse appelle "l'antisémitisme de campus".

Daniel Pipes se défend de toute chasse aux sorcières. Historien, diplômé de Harvard, membre d'un groupe de travail du Pentagone sur le terrorisme et la technologie, il a publié un livre qui explique comment l'islam radical rêve de conquérir l'Amérique. Son initiative sur Internet a enflammé la polémique : en une semaine, une centaine d'universitaires ont revendiqué "l'honneur" d'avoir un dossier sur Campus Watch, afin d'y défendre "une vision mieux informée sur l'islam que celle diffusée par les médias" . Campus Watch dénonce l'appel au boycottage financier d'Israël lancé dans les universités pour faire pression sur Ariel Sharon. Venu de Berkeley et Princeton, il a gagné 24 campus du pays. 130 professeurs de Harvard s'y sont déclarés favorables (439 ont signé une contre-pétition). Il s'agit de dissuader les universités d'investir dans des compagnies ayant des intérêts en Israël. Les étudiants épluchent les portefeuilles boursiers. Selon leurs calculs, l'université du Michigan possède 150 millions de dollars investis dans des compagnies implantées en Israël et Harvard 614 millions.

Une contre-offensive est en cours. L'American Jewish Committee a publié sur une pleine page du New York Times le nom de plusieurs centaines de présidents d'université dénonçant les pratiques d'"intimidation" et de "haine" dont sont victimes les étudiants juifs ou pro-israéliens. Le président de Harvard, Lawrence Summers, ancien secrétaire au Trésor de Bill Clinton, a dénoncé le mouvement de "désinvestissement" boursier. "Des vues profondément anti-israéliennes trouvent de plus en plus de soutien dans les communautés intellectuelles et progressistes, a-t-il dit. Des gens sensés proposent et entreprennent des actions qui sont antisémites dans leurs résultats, sinon dans leurs intentions."
Corine Lesnes, ARTICLE PARU DANS L'EDITION DU 10.10.02, LE MONDE | 09.10.02 | 13h22

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(21 novembre 2002) Otto de Habsbourg dérape sur "les juifs du Pentagone".

Curieuse manière de fêter son anniversaire. Octogénaire depuis quelques jours, Otto de Habsbourg fait scandale dans un entretien accordé à Zur Zeit, un hebdomadaire autrichien proche de l'extrême droite.
Le fils aîné du dernier empereur d'Autriche attribue aux "juifs du ministère américain de la Défense" la volonté des Etats-Unis d'en découdre avec Saddam Hussein.
"Ils veulent protéger Israël à n'importe quel prix et ils croient le faire en attaquant l'Irak."
Cet ardent militant de la cause européenne, qui, durant la deuxième guerre mondiale, a aidé des milliers de juifs à fuir l'Autriche, enfonce le clou :"D'un côté, il y a le ministère de la Défense, où les juifs occupent les postes clés [...]. De l'autre côté, il y a le Département d'Etat, avec les Noirs, comme Colin Powell (secrétaire d'Etat, ndlr) et Condoleeza Rice (conseillère du président Bush pour la Sécurité nationale, ndlr)."
Pour ne pas faire de jaloux, Otto de Habsbourg, très en verve, s'en prend aussi à Poutine, coupable, selon lui, de mener une politique "qui s'apparente au national-socialisme".
Libération, Les gens, 21 novembre 2002, page 10

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(06 janvier 2003) Emotion devant la motion
Ils étaient plusieurs centaines hier à Paris.

(1) L'UEJF, avec le soutien du Crif, des Amis français de Shalom Archav, de l'Unef, du B'nai B'rith de France, de Génération République, de la Wizo France et du Collectif des enseignants chercheurs des universités Paris-VI et VII.

Tensions et attention hier en fin d'après-midi devant le campus de l'université de Jussieu, à Paris. Plusieurs centaines de personnes ­ 3 000 selon les organisateurs ­ ont manifesté contre la motion réclamant l'arrêt des subventions de l'Union européenne aux universités israéliennes. Les intervenants s'en sont tenus au thème du rassemblement : «Pour la coopération des savoirs et contre les boycotts» (1).
Le politologue et journaliste Alexandre Adler a stigmatisé «ce mot abject de boycott qui nous replonge dans le souvenir des années 30». Puis il a vanté les industries de haute technologie d'Israël, qu'il voit en «nouvelle Silicon Valley».
Même attachement à la science israélienne et aux vertus de la coopération universitaire dans le discours de Roger Cukierman, président du Crif : «Israël a transformé un désert en jardin grâce à la science. C'est le pays qui, proportionnellement à sa population, a le plus de chercheurs et d'universités.»

«Intifada».
Bernard-Henri Lévy s'est demandé pourquoi aucune motion de même nature n'avait été votée contre la Russie, «alors qu'on rase Grozny», ou contre la Chine, malgré la répression au Tibet, avant de dénoncer : «Les professeurs qui ont voté cette motion se sont conduits comme les plus extrémistes des extrémistes palestiniens», a-t-il ajouté.
Comme pour donner raison à Patrick Klugman, président de l'UEJF, qui craint que la décision de Paris-VI ne «déclenche une intifada au sein des universités», une centaine de militants pro-Palestiniens ont invectivé les manifestants, protégés par deux cordons de CRS, aux cris de «Bush, Sharon, assassins». Certains ont répliqué aux cris d'«Arafat assassin».

Dents.
Mais d'autres tensions, internes à la communauté juive, ont affleuré. Le service d'ordre de l'UEJF eut ainsi à montrer les dents pour calmer certains manifestants au discours très radical. Une femme hurlant sur une autre «sale Française !» fut dirigée vers la sortie. Quelques minutes plus tard, le député Pierre Lellouche (UMP) dénonçait l'«irresponsabilité» de ceux qui importent en France le conflit israélo-palestinien : «Ils menacent la paix civile.».
Libération, Par Emmanuel DAVIDENKOFF, mardi 07 janvier 2003, p. 15

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Colère contre le boycott universitaire
Paris-VI soutiendrait l'arrêt de la coopération avec Israël.

Les réactions indignées se sont multipliées hier pour dénoncer l'«appel au boycott» lancé depuis le campus parisien de Jussieu contre les universités israéliennes. Selon ses détracteurs, cet appel a pris la forme d'une motion approuvée discrètement le 16 décembre par le conseil d'administration (CA) de l'université Paris-VI. Avant la manifestation organisée hier soir (lire ci-dessous) par l'Union des étudiants juifs de France (UEJF), de nombreux responsables politiques ont tenu à condamner ceux qui, au nom de la défense des Palestiniens opprimés, prônent l'arrêt des échanges scientifiques avec Israël. Le maire de Paris, Bertrand Delanoë, parle de «tragique erreur». Jack Lang, député socialiste du Pas-de-Calais et docteur honoris causa de l'université hébraïque de Jérusalem, affirme que «les universités israéliennes sont des oasis de tolérance, de fraternité, de liberté et de démocratie» et que «la proposition de boycott est un acte qui encourage le fanatisme et l'obscurantisme». De son côté, le ministère de l'Education nationale «tient à préciser» qu'il juge cette initiative «inopportune», tandis que le Quai d'Orsay souligne que «les autorités françaises ne se sentent pas engagées par la motion de l'université Paris-VI».

Fin de séance.
Le mois dernier, à la veille des vacances de Noël, la motion en question avait été présentée en fin de séance à un conseil d'administration clairsemé. Elle demande à l'Union européenne de ne pas renouveler son accord-cadre de coopération universitaire avec Israël. Constatant que «l'occupation israélienne des territoires de Cisjordanie et de Gaza rend impossible l'activité d'enseignement supérieur et de recherche de nos collègues palestiniens», l'université Paris-VI estime que «le renouvellement de l'accord constituerait un soutien à la politique actuelle de l'Etat d'Israël». Dans une mise au point embarrassée, le président de Paris-VI, Gilbert Bereziat (professeur de biochimie et biologie moléculaire) a estimé hier, avant la manifestation, que cette motion avait été mal interprétée. Selon lui, le CA s'est contenté de demander la suspension de la coopération au niveau européen et il ne serait donc pas question «de boycott ou de moratoire dans les relations entre l'université Paris-VI et les universités israéliennes».

Pour Patrick Klugman, président de l'UEJF, Gilbert Bereziat «se rend compte qu'il a fait une bourde et il ne sait plus comment s'en sortir». Le vote du 16 décembre a été obtenu grâce aux voix des syndicats les plus propalestiniens, ceux qui ont participé au printemps dernier à formation d'un Comité de solidarité avec les universités palestiniennes. La motion n'a été approuvée que par 22 voix alors que ne siégeait plus que la moitié des 60 membres du CA. A la veille des vacances, elle n'a été relevée que par l'UEJF qui a fait part dès le 20 décembre de sa «sidération», puis par l'Etat d'Israël qui exprimait «ses vifs regrets» en souhaitant une «réaction ferme» du côté français. Cette réaction est venue hier, parce que la motion de Paris-VI pourrait faire école.

«Moratoire».
La mobilisation contre la politique d'Ariel Sharon ne se limite pas au campus de Jussieu. Le 12 avril 2002, environ 200 universitaires et chercheurs avaient publié un appel pour un «moratoire sur les relations scientifiques avec Israël» (Libération du 15 avril). Le CA de l'université Paris-VII a mis la question à l'ordre du jour de sa réunion d'aujourd'hui. Les organisateurs de la manifestation d'hier auront en partie atteint leur objectif si, comme ils l'espèrent, ce nouvel appel au moratoire devait être très majoritairement rejeté.
Libération, Par Alain AUFFRAY, mardi 07 janvier 2003, p. 15

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Yahoo jugé pour ses enchères nazies
Le site californien poursuivi en France. Le procureur réclame l'amnistie.

Ce devait être le procès de «l'arrogance» de Yahoo. Hier, l'Amicale des déportés d'Auschwitz et des camps de Haute-Silésie attaquait devant la 17e chambre du tribunal correctionnel de Paris l'ex-président de Yahoo Inc., Timothy Koogle, pour la vente d'objets nazis sur le site d'enchères du célèbre annuaire de recherches. L'Américain n'a pas fait le voyage. Il ne dirige plus Yahoo, on le dit «très occupé» par ses nouvelles activités de «consultant». Son représentant, Olivier Metzner, feint de ne pas comprendre pourquoi l'association des rescapés de la Shoah reproche à son client des faits qui n'existent plus : la mise aux enchères d'objets nazis a cessé le 10 janvier 2001.

2 389 objets.
Certaines audiences tombent à plat. Cette affaire, portée hier au pénal, avait été longuement disséquée par le juge des référés du tribunal de grande instance de Paris au cours de l'année 2000. L'Union des étudiants juifs de France (UEJF) et la Licra (Ligue internationale contre le racisme et l'antisémitisme) étaient à l'origine de cette procédure. A l'époque, la nouvelle économie était portée aux nues. Et Yahoo, entreprise californienne prospère, en était l'une des vedettes. Le 20 novembre 2000, les deux associations antiracistes avaient remporté la victoire : le juge des référés obligeait Yahoo à rendre son site d'enchères inaccessible aux internautes français. Mais l'entreprise américaine a pris son temps. Devant l'«arrogance» de Yahoo, l'Amicale des déportés d'Auschwitz a repris le flambeau. Le 5 janvier 2001, elle fait constater par huissier que 2 389 objets portant des insignes nazis sont toujours en vente sur le site. Cinq jours plus tard, Yahoo supprime son service d'enchères, en prétextant un «changement de stratégie». Et porte l'affaire devant les tribunaux américains pour faire annuler la condamnation de la justice française.

Lassitude.
«Imaginez le sentiment d'impuissance et la stupéfaction des quelques survivants des camps», souligne Charles Korman, leur avocat. Ignorant les euros mais «pour le symbole», il demande 1 franc de dommages-intérêts. L'avocat plaide plus d'une heure et le tribunal marque des signes de lassitude. Ses piqûres de rappel ­ «nos valeurs et nos lois ne peuvent être moquées ainsi» ­ semblent de peu d'effet. Le Mrap (Mouvement contre le racisme et pour l'amitié entre les peuples) s'est porté partie civile. La démonstration de son avocat s'embourbe quand il qualifie à plusieurs reprises Yahoo de «fournisseur d'accès». Quand le procureur prend enfin la parole, c'est pour démonter à son tour la procédure : «Le port ou l'exhibition d'insigne, ou d'emblème d'une personne coupable de crime contre l'humanité peut faire l'objet d'une contravention, mais elle est amnistiée» (par la loi du 6 août 2002 qui a suivi la présidentielle, ndlr). Quant au délit d'apologie de crime de guerre ou de crime contre l'humanité, «je ne crois pas que cela ait été l'intention de Yahoo», tranche le procureur. «Dans ces conditions, je demande une dispense de peine», dit-il en se rasseyant. Jugement le 11 février.
Libération, Par Marie-Joëlle GROS, mercredi 08 janvier 2003, p. 16

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Le chef de l'Etat écrit au rabbin Farhi après son agression pour condamner « un acte de violence intolérable »

LE PRÉSIDENT de la République a fait porter une lettre au rabbin Gabriel Farhi, lundi 6 janvier, après l'agression à l'arme blanche dont celui-ci a été victime vendredi ( Le Monde du 7 janvier). Le chef de l'Etat dit avoir appris « avec consternation et émotion » cet événement et transmet au rabbin sa « sympathie et [ses] voeux les plus chaleureux de prompt rétablissement ». Jacques Chirac « condamne avec la plus grande fermeté cet acte de violence intolérable qui vise un militant de la paix et du dialogue entre les religions. » En garant de la cohésion nationale, le chef de l'Etat souligne qu'« il ne peut y avoir de place dans notre République pour l'antisémitisme, le racisme, la xénophobie, ni pour des manifestations d'intolérance religieuse ». Le président ajoute : « Soyez assuré de ma détermination et de celle du gouvernement à lutter contre les comportements inacceptables. » A la main, à la suite de la formule de politesse, M. Chirac assure le rabbin Fahri de sa « bien cordiale estime ».

La cérémonie des voeux des autorités religieuses au chef de l'Etat a débuté, lundi 6 janvier, par une évocation de l'agression dont a été victime M. Farhi. Le grand rabbin Sitruk a déclaré, à l'issue de la cérémonie, que cette agression devait soulever « l'indignation de tous les Français et pas seulement de la communauté juive », ajoutant : « Je crois que c'est le cas. Dans la bouche du président, nous l'avons bien senti. »

Voiture incendiée

Comme le chef de l'Etat et les autres participants - le pasteur Jean-Arnold de Clermont et le cardinal Lustiger, archevêque de Paris - M. Sitruk ignorait que la voiture du rabbin Gabriel Farhi avait été incendiée un peu plus tôt dans la journée. Stationnée au deuxième sous-sol d'un parking commun de deux immeubles du 16e arrondissement à Paris, à proximité du domicile du rabbin, elle n'a pas été fracturée. Le feu a été mis à des vêtements placés à l'arrière du véhicule, attirant l'attention de la gardienne de l'immeuble, qui a prévenu la police. Des analyses sont en cours pour déterminer quels produits inflammables ont été utilisés. Aucune autre voiture du parking n'a été prise pour cible.

Le rabbin Gabriel Farhi, du Mouvement juif libéral de France (MJLF), a été atteint d'un coup de couteau à l'abdomen, vendredi 3 janvier, alors qu'il se trouvait dans sa synagogue du 11e arrondissement, rue Pétion, où il officie depuis sept ans. Sa blessure a été soignée à l'hôpital Saint-Antoine. Le MJLF - fondé par le père de Gabriel Farhi, le rabbin Daniel Farhi - a annoncé qu'une lettre de menaces avait été adressée le matin même à la victime, disant : « Nous aurons la peau du rabbin Gabriel Farhi et vengerons le sang de nos frères palestiniens [...] Nous lancerons contre lui le djihad, châtiment réservé aux ennemis de notre cause. »

La 2e division de la police judiciaire, chargée à la fois de l'enquête sur l'agression et de celle sur l'incendie de voiture, dispose pour l'heure de peu d'éléments. L'agresseur de Gabriel Farhi portait un casque intégral, masquant son visage. Le domicile du rabbin a été placé sous surveillance policière.

Le MJLF, un mouvement moderniste du judaïsme religieux en France, est très engagé dans le dialogue interreligieux et se déclare partisan du dialogue israélo-palestinien. Nicolas Sarkozy a fait part de sa « détermination » à élucider l'affaire. Il a annoncé qu'il serait présent, mercredi 8 janvier, à la « prière pour la fraternité et l'espoir » organisée par le MJLF, à laquelle assistera également le ministre de la culture Jean-Jacques Aillagon.
lemonde.fr, Béatrice Gurrey et Piotr Smolar, ARTICLE PARU DANS L'EDITION DU 8 Janvier 2003

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L'avocat du rabbin dément la rumeur

L'ENQUETE sur l'agression du rabbin Gabriel Farhi, blessé le 3 janvier d'un coup de couteau à l'abdomen, est désormais entre les mains de la brigade criminelle alors que circulent des rumeurs sur la réalité de l'agression. Gabriel Farhi, 34 ans, rabbin du Mouvement juif libéral de France (MJLF), a été atteint d'un coup de couteau à l'abdomen, peu profond, alors qu'il se trouvait seul dans sa synagogue, rue Pétion (XI e ). Trois jours après, sa voiture a été incendiée dans le parking de son immeuble. Très vite, une rumeur, s'appuyant sur l'absence de témoins, a circulé mettant en doute le récit du rabbin. Celui-ci a démenti « de façon absolue » hier, par l'intermédiaire de son avocat, M e Michel Zaoui, cette « rumeur », et a affirmé qu'il avait le sentiment d'être atteint d'un « second coup de couteau encore plus violent que le premier ».
Le Parisien , mercredi 22 janvier 2003, p. 16

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Gabriel Farhi : la rumeur après l'agression
Plusieurs éléments jettent un doute sur l'agression dont le rabbin dit avoir été victime.

Paris : Le rabbin Gabriel Farhi s'est fait agresser dans sa synagogue (AP)

L'enquête sur l'agression du rabbin Gabriel Farhi, blessé le 3 janvier d'un coup de couteau à l'abdomen, est désormais entre les mains de la brigade criminelle alors que circulent des rumeurs sur la réalité de l'agression, démenties par le rabbin.
Gabriel Farhi, 34 ans, rabbin du Mouvement juif libéral de France (MJLF) fondé par son père Daniel, a été atteint d'un coup de couteau à l'abdomen, peu profond, alors qu'il se trouvait seul dans sa synagogue, rue Pétion (11ème). Trois jours après sa voiture a été incendiée dans le parking de son immeuble.
Très vite, une rumeur, s'appuyant sur l'absence de témoins, a circulé mettant en doute le récit fait par le rabbin Farhi.

"Un second coup de couteau"

Celui-ci a démenti "de façon absolue" mardi, par l'intermédiaire de son avocat, Me Michel Zaoui, cette "rumeur", et a affirmé qu'il avait le sentiment d'être atteint d'un "second coup de couteau encore plus violent que le premier".
De son côté, le MJLF, mouvement partisan du dialogue israélo-palestinien, a exprimé mardi son "indignation devant les rumeurs qui veulent transformer la victime en coupable".
Une information judiciaire a été ouverte contre X par le parquet de Paris le 10 janvier pour "tentative d'assassinat", "destruction volontaire d'un bien appartenant à autrui" et "menaces de morts réitérées". Mardi, le parquet a indiqué qu'"au regard des éléments dont la justice dispose actuellement, rien ne permet de mettre en doute la version du rabbin Farhi".

L'enquête à son début

La brigade criminelle a repris le dossier confié au départ à la 2è division de police judiciaire (DPJ). Il s'agit, précise-t-on de source proche de l'enquête, de reprendre l'enquête à son début.
Les enquêteurs de la 2è DPJ avaient constaté, précise-t-on, une "série d'une quinzaine d'éléments accréditant des zones d'ombre" qui "fragilisent la version" de M. Farhi.
Selon le récit du rabbin, un inconnu dont le visage était masqué par un casque intégral lui a porté un coup qu'il a réussi à détourner partiellement. L'homme a prononcé "Allah Akbar" (Dieu est grand en arabe) "avec un accent très français".

Pas de témoins

Plus tôt dans la journée, une lettre anonyme avait été déposée au siège du MJLF, disant notamment : "Nous aurons la peau du rabbin Gabriel Farhi et vengerons le sang de nos frères palestiniens". Trois jours après l'agression, sa voiture était incendiée, sans être fracturée.
La police n'a pas retrouvé de témoins, le rabbin a amené lui-même aux enquêteurs deux lettres de menaces dont il "est impossible de déterminer la provenance" selon les mêmes sources.
Un rapport d'un médecin-chef des sapeurs-pompiers, intervenu le premier, évoque une "plaie hésitante peu compatible avec une agression". Enfin, un autre rapport médical fait état d'une plaie qui n'est "pas en adéquation avec celle retrouvée sur ses vêtements".
Les déclarations du rabbin, auditionné par la 2è DPJ, en qualité de victime, sont "parfois contradictoires", précise-t-on.
L'agression avait suscité une condamnation générale. Le 8 janvier, une "prière pour la fraternité et la solidarité" avait réuni à Paris représentants des grandes religions et responsables politiques, plusieurs ministres dont Nicolas Sarkozy (Intérieur).
Cette agression est intervenue dans un contexte d'incidents liés au conflit israélo-palestinien, dont la communauté juive est la cible depuis deux ans.
nouvelobs.com, 22 janvier 2003

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Rony Brauman analyse le film (Décryptage) et dénonce la «rhétorique du soupçon»: «Un chantage omniprésent à l'antisémitisme»

Rony Brauman, 52 ans, ex-président de MSF, enseignant à Sciences-Po, essayiste, préfacier de Israël-Palestine, le livre noir, commente le documentaire.

A quoi sert ce «Décryptage», selon vous ?
Il s'agit de se rassurer en projetant d'Israël l'image d'un pays démocratique, acculé à la légitime défense par d'incessantes agressions terroristes. Ce film relègue l'occupation militaire de la Palestine, problème central du conflit, au rang de fait divers subalterne. La violence palestinienne, ainsi détachée de toute cause politique, ne semble inspirée que par une haine absolue, renvoyant d'ailleurs à une malveillance fondamentale du monde entier à l'égard des juifs. Car c'est des juifs qu'il doit s'agir. Les Israéliens n'existent pas dans ce film, pas plus que les Palestiniens. L'accroissement des colonies, le saccage des plantations, les expropriations, les détentions administratives, le quadrillage militaire, le bouclage des villes, la fermeture des écoles, tout cela est oublié. Comme sont oubliés les Israéliens qui résistent à cette politique à la fois criminelle et suicidaire : des associations comme Bet'Selem ou Goush Shalom, des gens comme l'amiral Ami Ayalon ou la journaliste Amira Hass... Ils sont marginalisés, les élections l'ont démontré, mais je veux croire que cette minorité, très plurielle, porte l'avenir. Dans les années 80, il n'y avait qu'une poignée d'Israéliens qui acceptaient l'existence des Palestiniens. Aujourd'hui, il n'y a plus grand monde pour nier ce fait : même ceux qui disaient n'avoir jamais vu de Palestiniens mais seulement des Arabes, se réfèrent à un Etat palestinien. De même, il va bien falloir comprendre que les Palestiniens ont déjà fait le compromis qu'on semble attendre d'eux : ils ont renoncé à 78 % de la Palestine historique. Considérer comme un détail l'occupation de la moitié des 22 % restants, escamoter la poursuite de la colonisation c'est ce qui permet de réduire l'Intifada à la dimension d'une simple manipulation. Incriminer la presse est inepte, la politique israélienne est de plus en plus détestée parce qu'elle est détestable.

Prenons l'affaire du petit Mohammed al-Duhra, tué à côté de son père, devant la caméra de France 2, au cours d'un échange de tirs à Gaza. En 35 ans d'occupation, des milliers de petits Mohammed ont été blessés ou tués, par des soldats qui ne sont pas des psychopathes mais des militaires en opération. La question pertinente n'est pas : qui a tué Mohammed ? Mais : que faisaient ces soldats à Gaza ? Réponse : ils protégeaient la colonie de Netzarim, exploitée par des ouvriers agricoles thaïlandais qu'on a fait venir pour travailler les terres dont les Palestiniens ont été expropriés. Comment s'étonner que le petit Mohammed soit devenu une icône de la lutte palestinienne ?

Cela n'atténue pas l'horreur des bombes humaines...
Les attentats suicides sont des actes effroyables. On peut tout à la fois les condamner et comprendre la rage qui les engendre. En pleine guerre de Bosnie, Alain Finkielkraut avait dénoncé l'abandon dans lequel l'Europe laissait les musulmans : «Cette impuissance, écrivait-il, voue les musulmans soit à l'islamisme, soit au nihilisme. Ce qui est pire, c'est que s'ils sont tentés par l'islamisme, les bonnes consciences se récrient : "Voyez ce qu'ils deviennent, les Serbes avaient raison."» C'est très bien dit et cela vaut pour la Palestine d'aujourd'hui comme pour la Bosnie d'hier.

Ici, le conflit tourne à une guerre de mots : judéité, racisme, sionisme...

Je pense qu'une partie croissante de l'opinion rejette l'occupation. Cependant, de nombreux juifs s'identifient comme tels dans un rapport affectif avec Israël. C'est leur droit. Ce que je trouve triste et inquiétant, c'est que la majorité d'entre eux s'identifie à la politique actuelle d'Israël. Ce qui est révoltant et dangereux, c'est le chantage omniprésent à l'antisémitisme : la rhétorique du soupçon employée par les institutions juives rappelle le temps ou toute critique de l'URSS, «patrie de l'antifascisme», exposait à être traité de «fasciste» ou d'«hitléro-trotskiste». Au lieu de discuter les faits, on discrédite celui qui les rapporte. Pointe-t-on les exactions d'une armée d'occupation qu'on est accusé d'utiliser les droits de l'homme pour rayer Israël de la carte. Pivot de ces discours d'intimidation, l'évocation du nazisme : ici, on parle d'«année de cristal» pour décrire les attaques contre des lieux juifs en France, là on se réfère aux lois nazies d'exclusion des juifs au sujet de la motion de l'université Paris VI... Drôle de pédagogie : si la situation des juifs de France est aujourd'hui comparable au IIIe Reich, c'est que les nazis n'étaient pas si dangereux ! Enfin, si on est juif et qu'on veut se dissocier de la politique israélienne, la «haine de soi» et la traîtrise du «renégat» vous sont jetées à la figure. L'invective et la diffamation tiennent lieu de réponse à la critique, quand ce n'est pas l'agression physique par les nervis de la Ligue de défense juive. Reste que des personnes et des lieux juifs ont été attaqués. Ces actes odieux doivent être punis. Pourquoi tant de procédures piétinent ? Cette communautarisation et ces violences doivent être combattues. Commençons par dissocier filiation religieuse et adhésion politique. Citoyen français, républicain et juif, je trouve choquant que le Crif, organisme à vocation religieuse et culturelle, se pose comme une seconde ambassade d'Israël. Et plus encore que cette position soit validée par le gouvernement, comme l'atteste la présence de douze ministres lors du dîner annuel de cette institution. Je trouverais tout aussi inacceptable que la future instance de représentation des musulmans de France cherche à peser sur les relations politiques de la France avec tel ou tel pays arabe.
Libération, Par Ange-Dominique BOUZET et Jean-Pierre PERRIN, mercredi 05 février 2003, p. 17

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9 mars 2003 TÉMOIGNAGE
En plein Palais de Justice de Paris, le comique Dieudonné, invité d'honneur de la Conférence Berryer : « Mon programme, c'est l'antisémitisme, l'anti-blanc et le pro-Ben Laden »
Nous avons reçu une lettre bouleversée d'une avocate parisienne, qui a tenu à nous apporter son témoignage. Nous le reproduisons ci dessous dans son intégralité. Cette avocate a par ailleurs précisé que les propos de Dieudonné, - qui fait salle comble partout où il se produit – n'ont suscité aucune réaction dans l'auditoire.

Je suis membre du Barreau de Paris depuis plusieurs années et j'ai été particulièrement choquée, voire révoltée, que Dieudonné ait été l'invité de la Conférence Berryer le mardi 18 février (2003). La Conférence Berryer est un concours d'éloquence organisé par les Secrétaires de la Conférence du Stage pour les jeunes avocats, une fois par mois, dans la Salle des Criées du Palais de Justice de Paris en présence d'un "invité d'honneur".
La Conférence Berryer a accueilli, entre autres, Monseigneur Lustiger, Charles Pasqua, Michel Rocard, Nicolas Sarkozy, mais également Serge Gainsbourg, Bernard Pivot, Claude Nougaro, Patrick Bruel et Jean-Pierre Bacri. Et le 18 février 2003, Dieudonné.
Qui a oublié les propos racistes, antisémites, anti-républicains et orduriers dont Dieudonné s'est fait l'écho sur les différents médias ? Pas moi : "Juifs et musulmans, pour moi ça n'existe pas. Donc antisémite n'existe pas parce que juif n'existe pas (…/…) Pour moi, les juifs c'est une secte, c'est une escroquerie. C'est une des plus graves parce que c'est la première (…/…). Je pense aussi que la Torah est le bouclier d'intérêts beaucoup plus sombres que l'intérêt spirituel." (Le Monde, 19 février 2002). "Le judaïsme c'est une secte qui a réussi, tout comme le catholicisme, tout comme l'islam (…) Juif ça n'existe pas, fondamentalement c'est un concept qui est dans un bouquin (…) J'ai le droit de penser que la Torah c'est n'importe quoi, je peux dire que c'est des conneries (…) Qu'est ce que c'est que ce système où l'on se transmet par le père la mère le fils, et après on mange pas de porc ?" "La notion de peuple élu, ça me fait rire. Peuple élu mon c...". (France Inter, 30 mai 2002). "Ben Laden est le personnage le plus important de l'histoire contemporaine. Il a réussi à changer les rapports de force et la façon de se battre. Il est seul contre la plus grande puissance du monde. Donc, forcément, cela inspire le respect." (Le Figaro 18 février 2002).

Dieudonné a été l'invité des Secrétaires de la Conférence par esprit de provocation, sans doute, par désir de choquer, certes ... mais pour moi, le risque d'afficher une certaine complaisance et d'offrir une tribune respectable aux idées de ce personnage était évident. C'est un déshonneur pour le Palais de Justice de Paris et les valeurs qu'il représente.

J'étais présente à la Conférence Berryer du 18 février. La salle était comble et Dieudonné a lancé, avec un demi sourire, que la pierre angulaire de son "programme électoral" était celui de "l'anti-sémitisme, anti-blanc et pro Ben Laden".

Inviter Dieudonné au Palais de Justice était inadmissible et le laisser tenir un tel discours est intolérable.

J'étais à New York le 11 septembre 2001, à quelques centaines de mètres des tours du WTC. J'ai vu de mes propres yeux ce à quoi de tels propos peuvent mener aujourd'hui. Et nous savons tous ce à quoi ils ont mené il y a 60 ans. Le ton prétendu "comique" et les sourires en coin ne changent rien à cela. La liberté d'expression dite "artistique" a des limites et ces limites ont été dépassées.
Laurence Harari, avocat à la Cour, proche-orient.info, Paris, le 26 février 2003

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(Avril 2003) La communauté dans la tentation du repli après la guerre en Irak et la multiplication des actes antisémites
L'inquiétude monte chez les juifs de France
Ils craignent les conséquences du conflit israélo-palestinien et leur propre radicalisation.

Chez Maurice, cafetier de Paris, dix habitués du comptoir décortiquent des pistaches et la «situation». Finalement, «je ne suis pas sûr de l'acheter tout de suite, cet appartement». Un noyau d'olive atterrit dans la soucoupe. «Attend voir comment ça tourne.» Vous vous rappelez Mai 1968 ? «J'étais en tête de la manifestation pour de Gaulle, avec le drapeau tricolore. Je vibrais.» Tournée d'anisette. «Et toi, si tu te barres, tu te barres où ?» Soupirs. «Arrête, j'ai eu la même discussion à la sortie de la synagogue.» Un téléphone portable fait vibrer le zinc. «C'est Israël.» Tout le monde s'agite, l'autre fait silence avec le bras. «Ils sont inquiets. Ils veulent savoir comment ça va, pour nous, ici.»

«Qui on est ? Des citoyens ou des juifs ?»

Depuis trois ans en France, des études ont relevé des actes antisémites (lire page 4), notamment dans certaines banlieues, soulevant des débats tourmentés autour d'éventuelles transpositions en France du conflit israélo-palestinien et de leur instrumentalisation par les uns ou les autres. «On pouvait espérer que cela s'arrêterait, une fois passé le début de la deuxième Intifada», estime David Saada, du Fonds social juif unifié (lire ci-dessous). C'est l'inverse qui s'est produit. Au-delà du strict point de vue sécuritaire, il y a eu un ébranlement, des peurs qui touchent aujourd'hui la plus grande partie de la communauté.» Chaque événement vient désormais les aviver ­ comme récemment les manifestations contre la guerre en Irak ­ et des élus de tous bords s'affichent maintenant sur ce terrain. Le ministre de l'Intérieur Nicolas Sarkozy a rendu visite à l'association juive Hachomer Hatzaïr, mouvement de jeunes, sioniste et socia liste, implanté en France depuis un siècle, dont deux membres ont été tabassés lors d'un défilé contre la guerre en Irak. «Qui on est ? Des citoyens ou des juifs ?», dit Robert Baruch, chef d'entreprise de l'ouest parisien. «C'est devenu une affaire française, celle de tous : comment on en arrive dans une République à ce que des gens se transforment en communautés ?»

Quartier du Marais à Paris, un dimanche de mars. Le traiteur fait dégager devant sa vitrine des garçons et des filles, une bonne centaine par petites bandes, scooters et radios vrombissants. «ça fait six mois que ça dure, depuis qu'ils se sont faits agresser par des Arabes dans leur cité, ils viennent ici. On est entre juifs, ils se sentent en sécurité. Réflexe de ghetto.» Vexée, la petite troupe fanfaronne : «Ils ne nous ont jamais battus.» La plupart viennent de Sarcelles ou de Créteil, parents manutentionnaires, employés. Dès qu'un nouveau apparaît, c'est le même geste pour aller pêcher l'étoile de David en pendentif, enfoui sous le pull. «Ma mère, elle me tue si je sors habillé comme un juif. Ils ont trop peur. Eux, ils n'ont pas d'ennuis : c'est surtout entre jeunes.» En aparté, chacun a une histoire à raconter : une humiliation, des coups, des insultes dans les rues de la cité. Sauf Morgane, 17 ans : «Moi ça va. J'ai une tête passable : on dirait que je suis rebeu.» Djaf pousse tout le monde. «Je veux me faire "journalister", moi s'il vous plaît.» Très fier : «Je suis déjà passé à la télé quand on a tapé Noël Mamère dans le quartier à cause de ses positions pro-palestiniennes (Libération du 16 avril 2002, ndlr). Les Français, ils laissent les Arabes monter au pouvoir chez eux.» Tout le monde parle en même temps. «C'est des fayots qui s'écrasent pour pas se faire cogner. Chirac aussi, un vrai pédé : il compte qu'il y a plus de votes arabes que juifs. Quand on voit que la France ne défend pas les juifs, on ne se sent pas français.» Maxime se vante d'être au Betar (les gros bras des associations juives d'extrême droite, ndlr). On le coupe. «Frimeur. Tu dis ça parce que c'est la mode. Le Betar, ils sont bien vus chez les jeunes parce qu'ils font des sports de combat et nous défendent.» Un policier s'approche. «Baissez la musique, s'il vous plaît.» Le traiteur part d'un fou rire. «Je ne les ai jamais vus si polis, les flics. Imaginez le moindre incident rue des Rosiers : ils se font taxer d'antisémitisme direct.»

«Les Arabes pèsent de plus en plus, je le vis comme une exclusion»

Juste derrière, la plus vieille librairie du quartier, depuis 1904. Les parents venaient de Pologne, le fils a repris l'affaire. «Je me souviens des rafles pendant la Seconde Guerre mondiale. Ceux qui en sont revenus se sont réinstallés dans le même quartier. La France, c'était la Terre promise. On mange, on est libre. Le sentiment d'inquiétude, il a toujours fait partie de nous.»

Sur le canapé familial, à Neuilly, René Ahoum regarde sa télécommande comme un ennemi personnel. La société qui fournit le bouquet satellite vient de couper la RAI pour mettre Al-Jezira. «La preuve que les Arabes pèsent de plus en plus. Je le vis comme une exclusion.» Le 11 Septembre reste le premier d'une longue liste de souvenirs qu'il «ne partage plus avec le reste du pays. Et même qui nous séparent.» Au lendemain de l'attentat, René s'était dit : «Les Français vont enfin voir la réalité du terrorisme, comprendre que la situation en Israël n'est pas simple. Cela a été l'inverse. Beaucoup rigolaient en disant que les Etats-Unis l'avaient bien cherché. Je me suis senti seul : on ne vit plus la même histoire que les autres.»

«Maintenant, tout m'agresse»

René Ahoum ne parle ni d'agression, ni de sensation de danger. Pas même un «sale juif», dit-il. «Question de sentiment : maintenant, tout m'agresse.» Une manière parfois de soupirer ostensiblement dès qu'est nommée la Shoah. Cet air entendu pour lancer «Oui, mais vous...» sitôt qu'une conversation tourne autour d'Israël. Ce sourire pour demander : «Je suppose que tu ne vas pas à la manifestation contre la guerre ?» Même un regard, parfois. «J'ai l'impression que tout prend un autre sens.» Dans l'appartement, rien n'indique de dévotion particulière ni d'attachement irrépressible à Israël. «On y était allés une fois en vacances, en 1998. En rentrant, on avait pensé : faudrait apprendre l'hébreu pour la prochaine fois, se marre René. Evidemment, on avait eu la flemme.» Le mois dernier, la famille au complet, enfants compris, s'est inscrite à la session intensive de trente heures au centre communautaire. Les Ahoum sont eux-mêmes étonnés de cette subite urgence. «On avait l'impression qu'il fallait faire quelque chose. On n'est pas religieux, alors on a pensé à ça.»

Différents signaux se sont ainsi allumés, ténus, mais insistants. L'an dernier, l'enseignement privé juif a augmenté d'un millier d'élèves environ, 4 % contre 2 % les années précédentes. «Pour la première fois, quatre professeurs ont demandé à quitter le public pour venir chez nous, expliquant qu'ils n'étaient plus à l'aise avec leurs collègues», raconte Patrick Petit-Ohayon, chargé du secteur. Emmanuel se souvient de son arrivée à l'Union des étudiants juifs de France à Nanterre, au début de ses études de droit. «C'était une petite assoc culturelle qui débattait pour savoir si les sandwiches kasher devaient être au thon ou au saumon. Maintenant, on est plus de deux cents. Ici, on arrive de Neuilly, un cocon où on vit super bien. Au lycée, un tiers de la classe est juif. On débarque dans cette fac, que des gens d'extrême gauche avec un foulard palestinien. Il nous fallait un lieu entre nous.» Ce sera le petit local, un peu base politique, un peu chambre d'étudiant. Mélanie : «On ne peut plus parler normalement qu'entre juifs.» Tous se sentent chez eux en France. «Merde, on est d'ici.» Quand même. «Il faut se battre pour notre place. On se sent radicalisés, inaudibles.» Les inquiétudes se mélangent, avec pour horizon un avenir vécu en France comme plus gros de menaces que de promesses. Sur le groupe d'une dizaine d'étudiants, tous sauf une disent vouloir partir : au Canada, en Amérique ou en Israël. «Là-bas, on se sent plus sûr de notre identité, reprend Emmanuel. Ce que je suis, au fond, est bien plus important que tout le reste.»

Alors que traditionnellement un millier de juifs français partaient chaque année s'installer en Israël ­ faire leur «alya» ­ ils étaient 2 600 l'an dernier. Dimanche 6 avril à Paris se tenait un «salon» pour les futurs candidats. Arno Klarsfeld, qui fut l'avocat médiatique du procès Papon, monte à la tribune. «Nous sommes en période de divorce idéologique avec la France. Nous avons la chance d'avoir l'Etat d'Israël : chaque juif a pour devoir moral de s'en rapprocher et de l'aider. Moi-même, j'ai pris mon passeport et je vais aller faire l'armée cet été.» Les applaudissements éclatent dans la salle. On a trop chaud mais on se serre, on dit colère mais on entend peur. Parfois l'inverse.

«On ne sait même plus qui sont nos ennemis»

Un homme délire. «La police trouve des armes de guerre dans la cave des Arabes. C'est préparé pour nous et peut-être même pour les Français. On ne sait même plus qui sont nos ennemis. On est perdus, alors on reste entre nous à écouter Radio J.» Un officiel israélien se défend de jouer avec les peurs. «C'est une question d'émotion : on leur dit, s'il y a urgence, on est là.» Un organisateur s'approche. «Je crois qu'il n'est pas nécessaire de reproduire les propos les plus extrêmes que vous entendrez ici.» Alors qu'il n'y avait qu'un «salon Alya» par an, cinq sont prévus pour l'année 2003.

Noam, 24 ans, photographe, est un des deux agressés de l'association Hachomer Hatzaïr. «Les gens ne font pas de différence entre nous et le Betar, comme s'il y avait une pensée juive monolithique», comme si les juifs de France constituaient une «communauté» d'un seul bloc. «On nous met tous dans le même sac», déplorent d'autres. Sur la guerre en Irak, sur Israël, sur la place des juifs en France, les 600 000 membres de la communauté ont du mal à faire entendre l'extrême pluralité des positions. Militante pour la Palestine, professeur en lycée professionnel à Paris, Michelle Sibony brandit l'invitation à un séminaire sur «L'antisémitisme et l'école» dans le cadre de l'Education nationale. «Les juifs de France ont gagné le droit d'être comme tout le monde, je ne veux pas être isolée par des espèces de privilèges, de fantasmes, où le juif serait spécial, à part. Je ne suis pas dans un combat religieux ou ethnique, mais politique. Or le champ public est aujourd'hui saturé par les hurlements pour faire croire que c'est l'année de cristal (1) en France.»

«Si on critique Sharon, on se fait mal voir»

Car si faire entendre une diversité à l'extérieur n'est pas simple, à l'intérieur non plus. A l'Hachomer Hatzaïr, certains l'admettent : «Si on critique Sharon, on se fait mal voir dans la communauté.» La parole s'est recro quevillée : «Avant la deuxième Intifada, on avait plus de débats. Aujourd'hui, cela n'existe plus. Il y a moins de discussions internes. L'unité oui, pas l'aveuglement», racontent des militants. «Dans ma famille, on sait que je suis favorable à un Etat palestinien, alors on évite de m'en parler», confie Vincent, qui vient de se marier à la synagogue. Dans les dîners, les réunions, certains sujets sont évités. Professionnelle du cinéma, une femme soupire. «On est nombreux à ne pas se reconnaître du tout dans ce débat. Pas évident à faire comprendre : on nous dit qu'on fait le lit du fascisme. On a appris à se taire.» Un médecin marseillais : «L'autre jour, j'expliquais à des amis juifs que, pour moi, les tensions entre jeunes juifs et jeunes beurs, c'est West Side Story version 2002. On m'a accusé d'être pire qu'un goy.» Dans les manifestations contre la guerre en Irak, l'Union française des juifs pour la paix a déployé sa banderole entre un groupe qui agite des drapeaux palestiniens et une sono qui scande «Bush-Sharon assassins». Les 250 membres, qui font partie du comité Palestine, n'ont jamais été pris à partie dans les cortèges. Du trottoir, on les applaudit. Richard Wagman, le président, veut «s'élever contre les dérives du Crif (Conseil représentatif des institutions juives de France) qui monopolise la parole pour dire que tous les juifs doivent se ranger derrière Sharon. C'est une politique irresponsable et dangereuse d'entretenir cette confusion.» Il raconte les menaces de mort des organisations extrémistes juives, les balles reçues par la poste, son répondeur saturé d'insultes. Un autre de l'UJFP vérifie les cartes de presse. «Des gens se sont fait passer pour journalistes. Nos noms ont été balancés sur des sites juifs extrémistes.» Depuis, affirme-t-il, le harcèlement est continu. «J'oserais jamais dire à ma mère que je défile avec une organisation juive. Je n'aurais jamais pensé que cela puisse m'arriver un jour», rigole Maya Vigier, qui s'autoproclame «vieille gauchiste», élevée dans une famille communiste plus laïque que la République. Elle aussi se débat dans un de ces paradoxes propres aux époques troublées. «Pour dénoncer le communautarisme, dire que nous ne pensons pas tous pareil, je suis obligé de m'exprimer en tant que juive. Et donc d'être communautariste.» Une militante soupire. «On a l'impression d'une fatalité où tout pousse à l'ethnicisation. Tout le monde pète les plombs.»

Cette constellation déjà complexe vient s'inscrire dans une tendance plus ancienne et plus large qui l'accentue. Affaire d'identité, diraient des sociologues. Affaire de look, diraient les stylistes. Affaire spirituelle, diraient les religieux. Affaire de jeunes, diraient les vieux. Affaire d'époque, en somme. «Mes neveux sont plus juifs tunisiens que moi, alors que ça fait deux générations qu'on est ici», résume David, la soixantaine, qui se définit comme «un exilé perpétuel» aux cultures multiples. Depuis les années 90, la dégaine «Chalala», moitié raillée, moitié revendiquée, est devenue pour une génération d'adolescents un signe de reconnaissance, une fierté d'afficher une origine juive et orientale. A l'extérieur s'accumule ce qui flamboie : superposition de bijoux et pacotille, accumulation de fringues et objets de marques. Avec une touche de gomina pour les garçons. A l'intérieur, c'est différent. Comme des centaines d'autres, Sharon, 25 ans, a mis toute une famille plutôt laïque à la cuisine kasher et au respect du shabbat. Jérémy a demandé à passer dans une école juive. «Toutes proportions gardées, je pense que cette même évolution se retrouve chez les jeunes beurs qui agitent le drapeau algérien et sont plus hallal (identitaires, ndlr) que leurs parents», estime une mère de famille, dont les deux fils, adolescents, ont demandé à être circoncis.

Claude et Françoise, le frère et la soeur, ont repris l'entreprise familiale à Paris. En Algérie, «on avait été élevés dans l'idée que l'Etat français nous protégeait. Il nous avait donné la nationalité au XIXe siècle, une garantie contre les Arabes qui nous confinaient dans un statut défavorisé». En 1940, Vichy supprime les papiers. Cinq ans plus tard, de Gaulle les rend. «Même pendant ces périodes-là, on vivait sous l'aile des colons. A l'indépendance, les parents n'ont pas réfléchi une seconde : on était français, on pleurait sur la Marseillaise. On est partis avec les pieds-noirs. On se sentait un destin commun. Le mauvais camp, selon l'histoire. Pour nous, c'était positif : le choix de la France. On a joué l'assimilation à fond.» Prénom français, accent français, quitte à prendre des cours de prononciation, et sandwich français «avec du jambon». Il n'y avait jamais eu une question, sinon en termes presque folkloriques, sur leur pays natal. «Peut-être, on s'est voilé le visage. Aujourd'hui, on a l'impression qu'on nous ravale à un statut d'émigré, comme si on n'était plus vraiment français. Comment on doit s'appeler maintenant ? Une communauté ? Une minorité ?», dit Claude. Françoise s'énerve. Bascule. «La France maintenant choisit les Arabes. Je ne suis pas raciste. Je calcule : Ils sont six millions, nous douze fois moins.»

L'intégration républicaine en panne

Un débat entre communautés, c'est ce que redoute Robert Barruch. «Le problème de la population maghrébine, ce n'est pas les juifs, même s'ils servent parfois d'exutoire à certains. C'est leur propre place en France. Pauvres, parqués, sans statut social. Si l'Etat ne s'en occupe pas, c'est cette situation-là, qui n'a rien de religieuse, qui va nous exploser à la figure.» L'intégration, voilà la clé de voûte. «Mais cette machine de la République qui transformait n'importe qui en citoyen français laïque est cassée», analyse Michaël Seban, jeune écrivain, qui vient de faire paraître un roman, la Terre promise, pas encore (Ramsay) et en prépare un autre sur la France d'aujourd'hui et l'antisémitisme. L'intégration à la française est en échec depuis la deuxième génération de beurs. La barrière de la citoyenneté a éclaté, et qui se retrouve en porte-à-faux ? Le juif qui a joué l'intégration à fond. On s'est tous plantés. On a cru que l'étude de la Shoah allait empêcher l'antisémitisme. L'an dernier, quand j'étais prof à Saint-Denis, il y avait Primo Levi au programme. Tous les gamins pleuraient en classe. Dans la cour, ils disaient : "Les juifs sont des voleurs !"»

Universitaire à Paris, Esther Benbassa fut l'une des intellectuels à garder la tête froide et continue d'organiser des rencontres entre écrivains musulmans et juifs. «Un communautarisme s'est installé depuis longtemps et on ne veut pas le voir, on s'accroche au modèle de la République jacobine. Peut-on tenir le discours "une seule identité, une seule République" à un type qui achète Mecca Cola ? Il faut penser à faire de passerelles, à réfléchir à une intégration avec des identités multiples.»

Dans son étude sur l'état de l'opinion en 2003, la Sofres interroge les 15-24 ans : 39 % d'entre eux pensent que les différentes communautés en France vivront séparées dans les vingt prochaines années.
(1) En référence à la Nuit de cristal, le 9 novembre 1938 en Allemagne, pendant laquelle les nazis ont attaqué les juifs.
Libération, Par Florence AUBENAS et Charlotte ROTMAN, jeudi 24 avril 2003, p. 2-3

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(Juillet 2003 : Poutine contre le patron des patrons russes, le juif Mikhaïl Khodorkovski) Grandes manoeuvres contre les patrons russes
Des enquêtes pour meurtres impliquent la société de l'oligarque le plus riche du pays.

Quinze jours après la tonitruante arrestation pour fraude du bras droit du patron du groupe pétrolier Ioukos, la campagne contre les oligarques continue de faire plonger les marchés. Elle a gagné en intensité avec l'annonce par le parquet, vendredi, de l'ouverture de cinq enquêtes pour meurtres et tentatives de meurtres impliquant cette société. Ce qui ressemblait à un coup de semonce à l'homme le plus riche du pays, pour qu'il se tienne à l'écart de la politique avant les législatives de décembre, s'apparente de plus en plus à un règlement de comptes.

Retour batailleur.
Les cinq enquêtes pour meurtres s'ajoutent à deux de nature économique. Elles apparaissent comme la réponse du régime au retour batailleur de Mikhaïl Khodorkovski, patron de Ioukos et première fortune de Russie, après un court séjour aux Etats-Unis, où il dispose de forts appuis. Les victimes, selon le parquet, étaient toutes «en conflit de propriété» avec Ioukos. En rentrant à Moscou mercredi, Khodorkovski avait fait taire les mauvaises langues qui spéculaient déjà sur son exil éventuel. Il a montré qu'il n'avait rien perdu de son naturel de battant : «Tant qu'il est possible de renverser cette situation, nous ferons tout ce que nous pouvons.» Il a mis en garde contre les conséquences économiques de ces agissements qui, selon lui, devraient mener à une importante fuite des capitaux. Sur les marchés, les actions Ioukos continuent leur chute, suivies par les valeurs des autres compagnies, y compris celles d'Etat.

Car Khodorkovski n'est plus le seul sur la sellette. Après les coups de pique pour son achat du club de football anglais de Chelsea contre Roman Abramovitch, patron de Sibneft ­ l'autre pétrolier avec lequel Ioukos prépare sa fusion ­, c'est au tour d'Oleg Deripaska, le magnat de l'aluminium et benjamin des oligarques (il n'a que 35 ans), de faire l'objet d'un examen minutieux. A la différence des affaires soulevées contre Ioukos, dont l'initiative revient à des députés de la majorité présidentielle, la plainte contre le numéro 1 de l'aluminium russe vient d'un homme d'affaires, Andreï Andreïev. Celui-ci remet en cause l'achat sous la contrainte de plusieurs de ses sociétés, dont une part se trouve actuellement dans les mains d'un groupe contrôlé par Deripaska.

Déstabilisés, les milieux d'affaires se souviennent d'avoir acquis leur fortune grâce aux largesses des proches de l'ancien président Boris Eltsine. Et se demandent si, contrairement à l'accord tacite passé il y a trois ans avec le nouveau patron du Kremlin, il ne s'agit pas là d'un début de révision des privatisations. Et de redistribution des biens à grande échelle au profit de nouveaux clans liés aux services de sécurité gravitant autour de Vladimir Poutine. Une lettre remise en ce sens au chef de l'Etat par le «patron des patrons» russe, Arkadi Volski, est d'ailleurs restée sans réponse.

Derrière eux, les milieux politiques se polarisent. Le Premier ministre Mikhaïl Kassianov, survivant de l'entourage d'Eltsine, qui juge «inapproprié» de mettre des hommes d'affaires en prison, a rappelé le caractère «irréversible» des privatisations. Andreï Illarionov, le conseiller économique du président Poutine, l'un des plus libéraux de son équipe, a estimé que la révision des privatisations pourrait «conduire à une nouvelle guerre civile». Mais le premier adjoint du ministre de la Propriété, Alexander Braverman, n'a pas exclu un réexamen de «certaines» ventes passées.

Coude à coude.
Les communistes, que les sondages pré-électoraux donnent au coude à coude avec le bloc présidentiel, rappellent qu'ils ont toujours été en faveur d'une révision des privatisations de l'ère Eltsine. Les hommes d'affaires se croient sacrifiés sur l'autel de la campagne électorale. «Les communistes ne sont plus une menace et ne peuvent plus être utilisés comme un épouvantail. La situation en Tchétchénie montre des signes d'amélioration. Alors que reste-t-il ? Les oligarques et les grandes compagnies», estime l'un des responsables de l'association patronale Igor Iourgens.

Il est facile en effet de rameuter contre les riches en Russie, où la population a conservé de l'époque communiste un goût prononcé pour l'égalitarisme. Selon un sondage publié vendredi, huit Russes sur dix sont pour la révision des privatisations, neuf sur dix pensent que les fortunes actuelles ont été mal acquises et plus d'un sur deux approuve le recours à des procédures judiciaires. La campagne passe d'autant mieux dans une société contaminée par des relents d'antisémitisme qu'une bonne partie des oligarques, dont Khodorkovski lui-même, sont juifs. Enclins à lui pardonner le sang versé en Tchétchénie, les représentants de la Commission européenne et de l'ambassade améri caine ont discrètement mis le Kremlin en garde contre l'atmosphère que crée cette affaire.
Libération, Par Hélène DESPIC-POPOVIC, samedi 19 juillet 2003, p. 8

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INTERNET : Le responsable d'un site raciste en procès
Des textes pro-israéliens et anti-arabes appelaient au boycott des oeuvres et à l'agression de dizaines de personnalités

Alexandre Attali, ancien webmaster du site amisraelhai.org, comparaissait hier devant le tribunal correctionnel de Paris pour «incitation à la haine raciale». En juillet 2002, son site Internet avait publié une liste de 149 personnalités, parmi lesquelles Agnès Jaoui, Marin Karmitz, Matthieu Kassowitz, Boris Cyrulnik ou encore Pierre Vidal-Naquet, en signalant les juifs d'une étoile de David. Il était demandé aux internautes de boycotter leurs livres, oeuvres... et conseillé d'assener «à ces vermines un bon coup de batte de base-ball dans la mâchoire» pour remettre en place «leur esprit tordu». Tous avaient, selon le site, soutenu la coordination des appels pour une paix juste au Proche-Orient (capjpo), une association prônant le boycott des produits israéliens.

Costume gris, teint blafard et petites lunettes, Alexandre Attali, 29 ans, a reconnu avoir mis en ligne toutes les pages présentées sur le site, mais assure qu'il en «ignorait le contenu». Tout au long de l'audience, ce directeur administratif et technique d'une société informatique n'a concédé que «de la négligence», se décrivant comme un exécutant. Les textes auraient été fournis par trois Israéliens francophones rencontrés sur un forum de discussion du site israelfr.com.

«Comme juif solidaire de l'État d'Israël, je cherchais, comme eux, à lutter contre la désinformation qui sévit dans les médias français. Nous avons décidé de créer un site», a raconté Attali. Deux des correspondants étaient chargés de compiler des articles favorables à l'État hébreu, le troisième concevait les pages Web que lui mettait en ligne. En avril 2001, Attali a acquis un domaine propre chez l'hébergeur online.net. Chaque jour, une dizaine de leurs pages étaient alors consultées, leur site étant référencé sur celui du Crif-Provence-Côte d'Azur. Quelque 85 000 pages seront vues en un an : «une audience confidentielle», minimise Attali. Au même moment, il crée sa société informatique. Débordé, il aurait cessé «de contrôler les fichiers envoyés» par ses partenaires. Il n'aurait sinon jamais publié «ces pages abjectes et contraires à la loi française».

Alerté, selon lui, par une dépêche AFP annonçant la plainte du Mrap, en juillet 2002, il aurait alors rompu avec ses partenaires qui «souhaitaient eux passer à une phase plus combattante». Dans son procès-verbal, Attali les avait décrits comme de jeunes universitaires, proches de la droite israélienne. Mais n'avait pu fournir ni leur identité ni une trace de leurs échanges de courriels.

L'avocat du Mrap, Pierre Mairat, partie civile aux côtés de J'accuse, une association de lutte contre le racisme sur le Net et de personnalités épinglées sur le site, a bien tenté d'ébranler la ligne de défense du prévenu. Sans succès. A la barre, Eva Tichauer, 85 ans, qualifiée sur le site de «survivante hélas de la rafle du Vel'd'Hiv» est alors venue exprimer son dégoût : «J'ai porté l'étoile jaune jusqu'à ma déportation à Birkenau, en 1942. De la voir à nouveau accolée à mon nom a été épouvantable.» Hier, au cours du procès, quelques jeunes militants juifs extrémistes ont insulté des témoins. L'audience, brièvement suspendue en raison de ces incidents, s'est poursuivie avec les réquisitions du procureur qui a réclamé contre le prévenu six mois de prison avec sursis. Le jugement sera rendu le 4 novembre.
lemonde.fr, Cécilia Gabizon [01 octobre 2003]

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(Octobre 2003) Israël s'en prend à Chirac
Poussée de fièvre entre Israël et la France : Chirac est violemment pris à partie parce qu'il n'aurait pas voulu condamner les propos antisémites du Premier ministre malaisien. « Faux », s'indigne-t-on à Paris, où l'on évoque une « manipulation ».

JERUSALEM, HIER (19 octobre 2003). Le quotidien israélien « Maariv » a publié sur sa une une photo de Jacques Chirac accompagnée du titre : « Le visage de l'antisémitisme en France ».

JACQUES CHIRAC est accusé par le gouvernement israélien d'avoir « refusé de condamner les propos du Premier ministre malaisien » qui, jeudi, dans le cadre d'une réunion de la Conférence islamique à Putrajaya (Malaisie), avait notamment déclaré que « les juifs dirigent le monde par procuration ». Objet du courroux de Sylvan Shalom, le ministre des Affaires étrangères israélien, qui qualifie de « honte » l'attitude du président français : la France et la Grèce auraient, selon lui, entravé une ferme condamnation de ces propos par les Quinze réunis jeudi et vendredi à Bruxelles. L'affaire intervient dans un contexte passionnel avec la polémique sur le voile islamique qui enfle, l'agression vendredi (18 octobre 2003) à Evry (Essonne) d'un rabbin et la médiocrité des relations franco-israéliennes.

L'agression malaisienne.

En présence de 57 représentants de pays musulmans, Mohamad Mahathir, le Premier ministre malaisien, se livre, jeudi, à une violente charge contre les Juifs : il les accuse de « diriger le monde » bien que, ajoute-t-il, « les Européens ont tué six millions de Juifs sur douze ». Il reproche aux Juifs de faire en sorte que « d'autres se battent et meurent à leur place ». Pour nombre de dirigeants musulmans, ce n'est pas là un discours antisémite, mais... une « critique d'Israël ». Ainsi Mohammad Khatami, le président iranien, trouve-t-il le propos « brillant ».

Des réactions scandalisées.

Le ministère israélien des Affaires étrangères dénonce aussitôt « la profanation de la mémoire de six millions de victimes de l'antisémitisme ». A Bruxelles, où ils sont réunis, les dirigeants européens conviennent, à l'unanimité, de demander à Silvio Berlusconi, le chef du gouvernement italien, qui préside l'Union européenne, de condamner très fermement les déclarations de Mahathir. C'est fait sur le seul site Internet de la présidence européenne.

Une « manipulation » ?

L'affaire rebondit samedi après la publication par l'agence américaine Associated Press (AP) d'une « information » que l'Elysée va violemment démentir : selon un « diplomate français » ayant requis l'anonymat, Chirac, soutenu par le Premier ministre grec, aurait empêché l'Union européenne de conclure son sommet par une déclaration condamnant les propos de Mahathir. A l'Elysée, on évoque une « distorsion grave avec la réalité », et même une « manipulation ».

Chirac accusé.

Hier, le « Maariv », influent quotidien israélien (de droite), publie en une, se basant sur l'info d'AP, une photo de Chirac avec ce titre : « Le visage de l'antisémitisme en France ». Et de dénoncer « l'antisémitisme, l'étroitesse de vue et la traîtrise dont Chirac s'inspire », ajoutant que « cela survient au moment où, en France, des juifs sont attaqués dans la rue ».

La riposte de l'Elysée.

Catherine Colonna rappelle que la France s'est associée, dès vendredi, à la condamnation par l'Union européenne des « propos antisémites » de Mahathir. Ils sont « totalement inacceptables », martèle la porte-parole du président. Si cette condamnation n'apparaît pas dans les conclusions du sommet, explique-t-on à l'Elysée, c'est en raison d'un « usage » de l'Union qui renverrait les questions d'actualité à des déclarations séparées. Mais, devant les dégâts, l'Elysée décide de rendre publique une lettre de Chirac au Premier ministre malaisien : il évoque des « propos antisémites qui ne peuvent qu'être condamnés par tous ceux qui gardent la mémoire de l'Holocauste ».

L'ambassadeur d'Israël à Paris, Nissim Zvili, interrogé hier soir par la radio RFI, a pris la défense de Jacques Chirac en affirmant que le président français « n'est pas un homme politique qu'on peut accuser d'antisémitisme ou bien de racisme ».
Philippe Duval, Le Parisien, lundi 20 octobre 2003, p. 8

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Ne diabolisons pas Mahathir
Alors que le premier ministre malaisien récidivait, hier (21 octobre 2003), dans ses attaques antisémites

Mahathir Mohamad a pour lui un atout maître: la constance. Sa diatribe contre les juifs qui mèneraient le monde et dont les musulmans devraient diminuer l'influence n'est ni nouvelle ni très originale. Déjà, dans les années 80, le premier ministre de la Malaisie avait interdit son territoire à l'Orchestre philharmonique de New York dirigé par Leonard Bernstein sous le même prétexte qui, on le notera, n'avait rien à voir avec Israël et le sionisme, mais seulement avec l'origine juive du compositeur de West Side Story. Puis ce fut le tour du spéculateur hungaro-américain George Soros qui aurait, toujours selon Mahathir, déclenché la crise asiatique de 1997 en jouant la dépréciation des monnaies indonésienne et malaisienne par jalousie des importants succès du capitalisme musulman dont il pense être le modèle.

Rien de nouveau donc sous le soleil de Kuala Lumpur qui, à l'évidence, tape durement sur la tête de notre homme d'Etat malais. Il serait juste par ailleurs de reconnaître, dans un même souffle, que le même Mahathir a toujours voulu combattre l'intégrisme et le terrorisme qu'il juge tous deux incompatibles avec sa conception de l'islam. Il fut ainsi bien seul avec le président bosniaque récemment décédé, Alija Izetbegovic, à demander à la Conférence islamique une condamnation ferme des attentats suicides palestiniens, et le 11 septembre l'amena à coopérer davantage avec les forces de sécurité américaines pour éradiquer les pousses locales d'al-Qaida et intimider les véritables intégristes de Malaisie qui cherchent à le dépasser sur sa droite.

Par ailleurs, si Mahathir n'est pas à proprement parler un démocrate, il n'en a pas moins laissé régner dans son pays un climat de relative liberté et même de relative transparence électorale, lesquelles ont même conduit l'opposition dans deux élections locales, à Penang et au Sabah, à remporter la direction de ces deux Etats. La démarche de Mahathir est même jugée suffisamment apaisante par une partie modérée de la communauté chinoise pour que, faute de mieux, les principaux notables hans soient toujours décidés à lui accorder la préférence aux élections nationales par peur de voir émerger contre lui un leader malais plus raciste et plus intégriste.

Mais il convient aussi de rappeler qu'au sein de sa propre communauté les «Bumiputras» ou «Fils de la Terre», c'est-à-dire les Malais de souche qui forment environ 60 % de la population, l'indulgence n'est plus de mise. Qui est contre Mahathir risque gros. Son vice-premier ministre, Ibrahim Anwar – qui s'était affirmé précisément lors de la crise asiatique par des positions beaucoup plus ouvertes en matière économique aux applaudissements de la communauté financière internationale et qui par ailleurs jouissait par sa piété reconnue d'une plus grande confiance des oulémas traditionnels –, s'est vu en quelques heures destitué de toutes ses fonctions et jeté en prison pour «crime d'homosexualité»; après une campagne homophobe bien plus atroce en son genre que les propos tantôt antisémites, tantôt antichinois dont le premier ministre, toujours très émotionnel, a l'habitude d'émailler ses discours. Condamné à dix ans de prison par un tribunal entièrement truqué, Anwar demeure l'espoir d'une libéralisation véritable du pays, même si la communauté chinoise et la communauté indienne se méfient encore un peu de sa religiosité et craignent, à la fin du compte, de faire les frais d'un éclatement de l'unité politique du bloc malais, déjà menacée par l'apparition du parti PAS, proche des Frères musulmans arabes.

Or, c'est ici que nous touchons au mal profond et sans doute inévitable de la Malaisie, le communautarisme constitutionnel. C'est là encore un legs empoisonné du colonisateur britannique.

Lorsque les Japonais envahissent le pays en 1941, ils sont en gros accueillis en libérateurs par les Malais tout comme par les Javanais en Indonésie, tandis que la minorité chinoise, qui représente environ un quart de la population, et la minorité indienne, très attachée à l'Empire britannique, résistent au contraire à l'occupant.

Le chef de cette résistance, le communiste Chin Peng, reprendra bientôt les armes contre le colonisateur britannique sitôt Mao entré dans Pékin, en 1949. Et là les Anglais lui réservent une fort mauvaise surprise: en armant les musulmans malais, qui pourtant les avaient combattus quelques années plus tôt, ils isolent les communistes essentiellement chinois du reste de la population et terrassent ainsi l'insurrection.

Comme dans l'Indonésie voisine, ces intellectuels chinois, qui vibraient au drapeau rouge brandi depuis Pékin, se sont, faute de mieux, reconvertis dans les affaires avec une bonne trentaine d'années d'avance sur leurs compatriotes de Chine. Le résultat est effectivement impressionnant: car – à la différence de l'Indonésie où les Chinois sont concentrés dans le commerce et la finance –, en Malaisie, une véritable classe ouvrière, issue des coolies des plantations de caoutchouc et des mineurs d'Etat, s'est mise à produire des objets manufacturés de valeur ajoutée sans cesse plus haute.

Le développement de la Malaisie, pourtant située dans la zone de climat équatorial, est devenu le plus cité dans tous les manuels économiques consacrés au développement. Mais on oublie de dire que ce développement est purement et simplement un triomphe du savoir-faire chinois, le même qui est à l'œuvre à Singapour, à Hongkong, à Taïwan et maintenant à Shanghaï et à Pékin.

Dans cette épopée économique, la majorité malaise n'a été que peu entraînée. Il suffit de considérer le contraste saisissant entre l'île presque totalement chinoise de Penang, haut lieu de la production électronique de qualité et de semi-conducteurs réexportés dans toute l'Asie, et la région Est purement malaise autour de Kotah Baru où la vie traditionnelle et la pauvreté rurale sont encore de mise. C'est sûr de lui-même et de ce dynamisme sino-malais que l'ancien premier ministre de Singapour, Lee Kuan Yew, a proposé voici deux ans à Mahathir de refusionner les deux Etats autrefois unis.

Grossie des quatre millions de Chinois singapouriens, la minorité chinoise passerait ainsi de 25 à 40 % et la majorité malaise deviendrait, avec 45 % environ, une simple pluralité. Pour obvier à cette emprise han, les Malais n'ont cessé de vouloir se protéger par un système de catégorisation ethnique rigide, inspiré lui-même de la législation britannique. Les Malais ou «Bumiputras» se voient ainsi accorder un traitement privilégié, depuis l'entrée aux universités jusqu'aux crédits bonifiés des banques d'Etat.

Le but de cette «discrimination positive», mais au profit d'une majorité, était de créer à marche forcée un capitalisme autochtone capable de rééquilibrer la société face à une bourgeoisie chinoise dominante et à une fonction publique encore largement indo-britannique.

On comprend dès lors comment le système de catégorisation ethnique soit si prégnant chez Mahathir et les siens. Leur premier mouvement est toujours de catégoriser les groupes de la société par leur ethnie. Il se trouve par ailleurs que les quelques juifs du lieu vivent tous à Singapour où il leur est arrivé d'occuper d'importantes fonctions publiques telles que celle de premier ministre avec David Marshall à la fin de la période britannique, ou celle, purement cérémonielle, de chef de l'Etat avec Harry Sheares au temps de Lee Kuan Yew.

Pour Mahathir, les juifs sont donc une sorte de Chinois particulièrement redoutable, bien qu'ils ne disposent pas du même arrière géopolitique que les «Fils du Ciel». Pourtant, il ne faut pas désespérer du premier ministre malaisien en totalité. Ce vieux monsieur, partiellement indien, a fini ces derniers mois par présenter un testament politique tout en nuances. Il a annoncé que son pays allait avancer vers une démocratie totale, et a même remis en question le système des préférences ethniques.

Il a même renoncé au passage à ses diatribes contre le capitalisme américain et implicitement laissé tomber les recettes de contrôle des mouvements de capitaux qui plaisaient tant aux antimondialistes. Bref, dans cette Malaisie complexe et manifestement à mi-chemin de son parcours vers la liberté, il serait manichéen de faire de Mahathir un mauvais objet. Ce n'est pas parce que l'homme a usé et abusé des clichés de mauvais aloi qu'il mérite d'être soumis au même traitement. Laissons faire tranquillement la nature des choses.

Ici, le dynamisme inarrêtable de la population chinoise et les aspérités de l'autoritarisme malaisien disparaîtront d'eux-mêmes, tandis que les incontestables réussites de ce capitalisme, qui n'est pas d'ailleurs véritablement musulman, continueront d'inspirer positivement tous ceux qui au Pakistan, en Iran ou en Egypte aspirent eux aussi à la liberté et au développement.
lemonde.fr, Alexandre Adler [22 octobre 2003]

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(Octobre 2003) En Russie, le duel entre le Kremlin et l'oligarque Khodorkovski entre dans une phase plus aiguë
Des perquisitions et de nouvelles accusations dans l'affaire Ioukos.

C'est devenu une sorte de duel. D'un côté, Mikhaïl Khodorkovski, l'homme le plus riche de Russie, patron de la quatrième compagnie pétrolière au monde, Ioukos-Sibneft, dont la création vient d'être finalisée. De l'autre, les services du procureur général de Russie, qui multiplient les assauts judiciaires, depuis près de quatre mois, contre cet "oligarque" dont l'influence politique grandissante aurait déclenché la colère du Kremlin.

L'Union des entrepreneurs et des industriels de Russie a exprimé son inquiétude, mercredi 22 octobre, dans une lettre adressée à Vladimir Poutine. Elle déplore "une nouvelle aggravation des relations entre les milieux d'affaires et le pouvoir", constatant que "les organes judiciaires emprisonnent des entrepreneurs soupçonnés d'avoir commis des crimes économiques mais qui ne représentent aucun danger pour la société".

Cette instance rompt ainsi un silence de plusieurs semaines, révélateur de la difficulté des magnats de l'économie russe à s'accorder sur une démarche publique commune. Personne ne doute plus, en effet, que le procureur général ait agi contre Ioukos avec le feu vert du Kremlin.

"Je ne souhaite pas que Khodorkovski se retrouve derrière les barreaux, mais on ne peut admettre ni la tricherie, ni les escroqueries. Il faut répondre de tout cela", a déclaré, mardi, le vice-procureur, Vladimir Kolesnikov. Les enquêteurs n'ont "aucune preuve", et "certains vont, en conséquence, perdre leurs épaulettes", a rétorqué M. Khodorkovski.

La Russie se prépare à des élections législatives, le 7 décembre, avant le scrutin présidentiel de mars 2004, et les commentateurs moscovites suivent "l'affaire Ioukos" comme une bataille dont l'issue déterminera la tonalité du deuxième mandat de Vladimir Poutine, tant il paraît acquis que le président russe, âgé de 51 ans, s'achemine vers une réélection. Mais dans quel contexte ? Le degré de contrôle de l'Etat sur les exportations d'hydrocarbures, qui sont au cœur de la reprise de la croissance en Russie, la pérennité des privatisations des années 1990, ainsi que les règles de coexistence entre M. Poutine et les oligarques, sont au cœur de ces interrogations.

Le thème d'une "remise au pas" des oligarques est populaire auprès de la population, qui a vu d'un mauvais œil se constituer d'immenses fortunes, dans un pays aux prises avec de fortes inégalités sociales et une pauvreté endémique.

L'affaire Ioukos est entrée dans une nouvelle phase, plus aiguë. Cette semaine, le parquet a annoncé son intention de convoquer à nouveau Mikhaïl Khodorkovski. Des accusations d'évasion fiscale ont été formulées contre un responsable de la société Ioukos-Moscou. Les perquisitions se poursuivent. Après avoir rendu visite à un internat pour orphelins financé par Ioukos, puis saisi des documents dans le bureau de l'avocat de M. Lebedev, les enquêteurs ont fait irruption, mardi, dans les locaux de la banque Menatep-Saint-Pétersbourg, dont Mikhaïl Khodorkovski est actionnaire.

Le ministère russe des ressources naturelles a annoncé son intention de créer un nouveau département chargé de "procéder à une vérification générale des licences" attribuées à des sociétés pétrolières. Une mesure aux effets potentiellement dévastateurs, puisqu'elle met en cause l'accès des grands groupes aux richesses du sous-sol.

Le ministère a désigné ses premières cibles. Il s'agit de Ioukos, de la major américaine ExxonMobil, qui négocierait une prise de participation dans Ioukos-Sibneft, et de la Royal Dutch/Shell, qui a des projets en Sibérie occidentale. "Le pouvoir russe n'est pas pour autant opposé à un accord entre ExxonMobil et Ioukos-Sibneft, estime l'analyste Tatiana Matsiouk, car en se liant à une énorme multinationale, Khodorkovski verrait sa marge de manœuvre politique réduite. Le contexte n'est cependant pas rassurant pour l'investisseur étranger."

Le premier ministre russe, Mikhaïl Kassianov, a eu un mot de soutien pour Ioukos. "Une société qui travaille de façon efficace, et continuera de le faire", a dit, mardi, ce haut responsable longtemps considéré comme lié au clan Eltsine dans les années 1990 et dont l'influence serait en train de faiblir face aux "Saint-Pétersbourgeois" et aux membres des services secrets, qui forment l'entourage de M. Poutine.

Un groupe de vingt députés russes démocrates a protesté contre les agissements du parquet. D'autres responsables libéraux, pro-occidentaux, comme le vice-président de la Douma, Vladimir Loukine, appellent au dénouement rapide du conflit autour de Ioukos, estimant que "cela vaudrait mieux pour la Russie et pour son prestige international".
Natalie Nougayrède, ARTICLE PARU DANS L'EDITION DU 24.10.03, LE MONDE | 23.10.03 | 13h48

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(Octobre 2003) Le roi du pétrole piégé par ses ambitions
Khodorkovski voulait financer des partis libéraux.

A 40 ans, Mikhaïl Khodorkovski est devenu le «tsar du pétrole» russe en hissant sa compagnie, Ioukos, au rang de leader national et de 4e groupe mondial. L'homme aimait dire qu'il se retirerait du monde des affaires à 45 ans. Au vu de ses ambitions politiques, cela ne pouvait avoir qu'une signification, non avouée : qu'il briguerait la présidence en 2008.

Mauvais garçon.
Comme tous les «oligarques», ces grands patrons russes devenus riches en un jour à la faveur des privatisations de l'ère Elstine, Khodorkovski a derrière lui un passé entaché de scandales. Ingénieur chimiste, ancien responsable des komsomols, les jeunesses communistes soviétiques, fondateur de la première banque commerciale russe, la Menatep, il était généralement considéré comme un mauvais garçon du nouveau capitalisme russe à la fin de la dernière décennie.

Pour lui, tout a commencé avec la perestroïka. Ce jeune juif méritant, né à Moscou dans le foyer de deux ingénieurs, lance avec des amis un Centre de créativité technique de la jeunesse, très intéressé par les nouvelles technologies, parmi lesquelles l'informatique. Son commerce d'import-export, d'ordinateurs, mais aussi de jeans, une nouveauté en URSS, devenant florissant, il crée sa banque avec, dit-on, de puissants appuis politiques. La Menatep obtient du dernier président de l'Union soviétique, Mikhaïl Gorbatchev, le privilège de gérer les fonds d'aide aux victimes de la catastrophe de Tchernobyl. Les mauvaises langues accusèrent cette banque d'avoir laissé s'enfuir à l'étranger les fonds du Parti communiste et du KGB, une assertion jamais prouvée et toujours démentie par le financier russe.

A l'époque de Boris Eltsine, la Menatep acquiert des métaux, des minerais, des conserves, des textiles, mais aussi du pétrole. Chargée d'organiser la mise aux enchères du pétrolier Ioukos, la Menatep donne la préférence à un groupe dirigé par Khodorkovski, une pratique courante à l'époque. Les 350 millions de dollars que Khodorkovski a déboursé en 1995 pour acquérir les trois quarts de Ioukos vaudraient aujourd'hui quelque 15 milliards. Entre 1995 et 1998, il réussit à se tirer de plusieurs mauvais pas, le parquet cherchant à le mettre en cause pour l'achat à bas prix d'actions de compagnies pétrolières, et la police pour des alliances avec des groupes mafieux. Lorsque la crise de 1998 éclate, la Menatep annonce un défaut de paiement et transfère ses actifs à l'étranger, laissant des miettes à ses créditeurs étrangers. Elle renaîtra de ses cendres sous la houlette de Platon Lebedev, le bras droit de Khodorkovski, en prison depuis juillet.

Bonnes manières.
Marié deux fois, père de quatre enfants, Khodorkovski n'a jamais étalé les goûts de luxe ostentatoires et les mauvaises manières des «nouveaux Russes» qui ont tant amusé l'Occident dans les années 1990. Devenu l'homme le plus riche de Russie, il a innové en étant le premier à annoncer publiquement son ampleur : 8 milliards de dollars, ce qui le range à la deuxième place des «fortunes mondiales des moins de 40 ans», selon le magazine Fortune. L'homme d'affaires venait de prendre le grand virage de la gestion transparente, un impératif pour une compagnie qui voulait percer sur les marchés internationaux où tout se mesure en termes d'image. Depuis 1999, il s'est lancé dans une grande campagne de relations publiques pour donner à son entreprise une image de respectabilité et est vite devenu le chouchou des investisseurs étrangers. Il s'est lancé dans le mécénat, a créé une fondation et élaboré des programmes d'aide aux pauvres et aux universités de Russie.

Dans le même temps, quoique se défendant d'avoir des ambitions politiques, Khodorkovski annonçait qu'il financerait des partis politiques libéraux aux législatives de décembre. Plusieurs responsables de Ioukos se trouvent sur les listes électorales, l'un d'entre eux est même sur celle du Parti communiste. «Les responsables des compagnies ont le droit de faire du lobbying pour leurs intérêts économiques et devraient avoir la possibilité de le faire ouvertement», soulignait-il le mois dernier.

Impliqué.
Ce grand patron au visage fin d'intellectuel et à l'allure timide s'est aussi fait remarquer ces derniers mois par des prises de position osées, comme celle de défendre la primauté de l'alliance avec les Etats-Unis au moment où Poutine choisissait de leur manifester sa défiance sur le dossier irakien. L'homme a également une vision de l'avenir économique de son pays, qu'il a défendue en février lors d'une rencontre entre Poutine et l'Union des industriels et entrepreneurs russes, provoquant presque un incident. Alors qu'il prônait d'urgentes mesures contre la corruption qui a coûté au pays quelque 30 milliards de dollars l'an dernier, Vladimir Poutine lui a demandé pourquoi Ioukos avait mis la main sur tant de réserves de pétrole, soulignant que la firme avait eu des problèmes avec le fisc. Serait-ce l'incident qui a mis le feu aux poudres ? On l'ignore, toujours est-il que les hommes du Kremlin n'aiment pas la concurrence et que les ennuis judiciaires de Khodorkovski ont commencé cinq mois plus tard.

Malgré l'arrestation de ses proches et les perquisitions en chaîne depuis juillet, Khodorkovski n'a jamais perdu de sa superbe. «Je ne serai jamais un émigré politique, a-t-il dit cet été. S'ils veulent me mettre en prison, qu'ils le fassent.» A l'annonce de sa mise en détention, il n'a eu qu'une seule réaction : «Je ne regrette rien.»
Libération, Par Hélène DESPIC-POPOVIC, lundi 27 octobre 2003

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(Oligarques) Russie. A savoir Trois hommes d'affaires déjà contraints à l'exil

Vladimir Goussinski

51 ans, magnat des médias avec une télé, NTV, une radio, Echos de Moscou, et des journaux. Premier à entrer en conflit avec Vladimir Poutine, il fut contraint à l'exil en juillet 2000 en échange de la cession de ses biens à une entreprise proche du pouvoir.

Boris Berezovski

57 ans, lui aussi magnat des médias. Il fit la campagne de Poutine avant de tomber en disgrâce. Accusé de vol, il dut céder l'essentiel de sa fortune avant de quitter Moscou à la fin de l'an 2000 pour Londres, d'où il finance l'opposition.

Roman Abramovitch

37 ans, le plus jeune des oligarques russes, est en semi-exil. Il a fait fortune dans le pétrole et l'aluminium. Elu gouverneur de Tchoukotka, il est en train de vendre ses actifs. Vit le plus souvent à Londres où il a acheté un club de foot, Chelsea.
Libération, lundi 27 octobre 2003, p. 2

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L'éditorial de Claude Imbert : Critiquer l'islam

« La plus con des religions » : le mot de Houellebecq est à l'emporte-pièce. Mais il exprime un jugement lapidaire partagé par une majorité de Français. En français de bistrot, il veut dire « la religion la plus obscurantiste ». Que des bigots de la clique islamique songent à le faire condamner en justice laisse pantois. Où se croient-ils donc ? Au Yémen, au Nigeria ? Pensent-ils qu'un tribunal français puisse censurer l'irrespect sceptique d'une tradition laïque qui est, chez nous, l'oxygène de la République ? Voltaire, qui l'eût cru ? Certes, le ministère public a sagement suggéré la relaxe, mais cette procédure incongrue en dit long sur l'audace des cagots. Et sur les risques d'une nonchalance craintive de la société française devant des menées cafardes et insidieuses.

Quittons d'abord ce cliché erroné qui tient pour « musulmans » les cinq ou six millions de descendants d'une immigration issue de pays majoritairement musulmans : estimation « pifométrique » qui fait fi de la liberté de conscience. Quatre, trois, deux millions ? On n'en sait rien. L'évaluation du Haut Conseil à l'intégration retenait, lui, le chiffre d'un million de pratiquants musulmans... En fait, dans ces évaluations sommaires, il n'est que peu tenu compte de la croissante désaffection religieuse chez les jeunes générations. Une enquête de 1992 montrait que, parmi les jeunes d'origine algérienne, 30 % déclaraient ne pas avoir de religion, et 38 % ne pas la pratiquer. Aussi bien, critiquer l'islam n'est nullement insulter l'ensemble de la communauté immigrée. En revanche, figer cette communauté dans une affiliation religieuse, c'est dénier toute chance à l'intégration. C'est mettre le doigt dans un différentialisme qui viole les principes républicains du libre arbitre individuel. Et nous savons plus d'un beur - et plus encore de beurettes - qui s'indignent de se voir ainsi « communautarisés ».

Critiquer l'islam ? Pourquoi pas ? Après le 11 septembre, nous fûmes abreuvés de mises en garde légitimes : il ne fallait pas imputer aux fidèles tranquilles les monstruosités des fanatiques. Bien sûr ! Mais, emportés par ce vertueux souci, endormis par les invocations historiques de l'islam serein et tolérant d'Averroès ou de Cordoue - qui ne survit que dans quelques réduits de sagesse -, invités à une contrition expiatoire pour notre passé colonial, si ce n'est pour nos croisades, nous négligeons quelques actualités moins compatissantes.

La première est que l'islamisme est une maladie de l'islam et ne prospère qu'en son sein. Dire que l'un n'a « rien à voir » avec l'autre est absurde : le « mauvais » islam n'est que la version guerrière d'une loi coranique dans laquelle aucune autorité islamique reconnue n'a installé ses garde-fous. Et il suffit d'entendre ces jours-ci Abd Samad Moussaoui pour voir comment son frère Zacarias est, chez nous, passé d'un islam tiède jusqu'à Al-Qaeda. Le second constat, c'est qu'aucun réformisme puissant ne s'est encore levé pour assainir un dogme descendu du ciel, au VIIIe siècle, sur l'Arabie de Mahomet, ses sables, ses chameaux et ses sanglants cimeterres...

Allons plus loin ! Et voyons que, du Caire à Marrakech, des musulmans éclairés s'inquiètent ouvertement de la responsabilité de l'islam contemporain, fût-il non belliqueux, quant au blocage historique qui courbe tous les pays de l'aire arabo-islamique dans le sous-développement et la servitude. Après Naipaul, un islamologue respecté, Bernard Lewis, ne refuse pas cette corrélation : il note partout, depuis le XVIe siècle, le rejet des techniques et l'atrophie de la créativité temporelle par une religion totalisante qui s'impose sans distinction aux sphères publique et privée.

Des réformateurs, aujourd'hui, se lèvent certes dans l'islam, mais ils sont encore étouffés - et plus qu'au XIXe siècle - par une doctrine qui refuse les libertés de l'esprit et maintient la société dans un machisme hémiplégique : rares sont les pays qui, comme la Tunisie, ouvrent aux femmes dévoilées l'accès à la vie publique. En revanche, nous voyons le baassiste Saddam Hussein, jadis réputé champion de la laïcité, empoigner désormais le drapeau du prophète et occupé à édifier la plus haute mosquée du Moyen-Orient. Nous voyons le faible Arafat débordé par le martyrat terroriste du Hamas. Et l'Algérie aligner, en dix ans de massacres islamistes, le terrible holocauste de 100 000 morts.

Critiquer l'islam, c'est rendre service à notre communauté immigrée, à son appétit de modernisme et de rationalité. Voire à l'islam de France lorsqu'il se dit prêt aux réformes. Il faut, en tout cas (après Molière), railler les Arnolphes barbons et barbus imposant aux beurettes des mariages forcés. Moquer les arguties du Conseil d'Etat autour du voile à l'école. Dénoncer l'antisémitisme forcené qui s'établit sur des sites islamistes de l'Internet et qui refuse, dans quelques écoles, le devoir d'en enseigner les vices. L'islam de France, disent ses défenseurs modernistes, ne veut être « rien d'autre qu'une religion parmi les autres » (1). Chiche ! Notre laïcité ne demande rien d'autre. Mais, hélas ! ce n'est pas toujours ce qu'elle découvre. Et devant quoi la République ne cesse de reculer (2).
1. « Les versets pacifiques », par deux avocats des mosquées de Paris et de Lyon (Libération du 24 septembre). 2. Sur toutes les reculades, un livre indispensable : « La République et l'islam », de Jeanne-Hélène Kaltenbach et Michèle Tribalat (Gallimard). (Voir critique page 54.)
le point 27/09/02 - N°1567 - Page 5 -

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(Novembre 2003) Viatcheslav, retraité à 50 euros par mois : "On nous a volés de la tête aux pieds"

"Il est temps de faire le ménage !" A l'heure des balayeurs, les Moscovites qui se pressent vers le travail sont de ceux - et ils sont nombreux - qui se réjouissent de voir Mikhaïl Khodorkovski sous les verrous. Pas un pour regretter sa démission, pas un pour dénoncer une arrestation arbitraire. L'aube point, en ce mardi 4 novembre, sur la cathédrale Saint-Sauveur, dans le centre de la capitale, et les passants ont d'autres préoccupations que le sort du milliardaire.

Liouda, un chapeau noir de style années 1930 sur la tête, court vers les bureaux où elle va faire le ménage. Elle a fait cinq ans d'études supérieures pour devenir informaticienne. Elle l'a été. Dans l'industrie militaire. Mais le salaire était tellement bas qu'elle est devenue femme de ménage. A l'époque, ça rapportait plus, et maintenant, à 41 ans, elle s'est trop éloignée de son secteur d'origine pour le réintégrer. Elle a, certes, "de la sympathie" pour Mikhaïl Khodorkovski, mais "il faut faire le ménage". Aux élections législatives du 7 décembre, elle votera pour Russie unie, le parti au pouvoir. Parce qu'elle veut "la stabilité". Parce que le président Vladimir Poutine "est intelligent, cultivé". Parce qu'"il a l'air de quelqu'un qui a des intentions honnêtes".

POPULARITÉ À 73 % POUR M. POUTINE

Malgré les critiques qui ont accompagné l'arrestation de M. Khodorkovski, Vladimir Poutine reste l'homme politique le plus populaire de Russie. Selon un sondage de l'institut VTsIOM publié le 1er novembre, 73 % des Russes approuvent le président, et la coalition pro-Kremlin Russie unie est en tête du classement des partis, avec 30 % d'opinions favorables, devant le Parti communiste, à 23 %.

"Les gens honnêtes sont rarement riches dans ce pays", dit Liouda. Inversement, donc, les riches sont malhonnêtes. "Ce que je veux, c'est la justice, affirme Viatcheslav, on nous a volés de la tête aux pieds." Il a 61 ans, et sa retraite, équivalant à 50 euros, n'y suffit pas. Il fait donc "des petits boulots". Enfermer les riches, forcément malhonnêtes, telle est sa vision de la justice. Lui aussi ne souhaite qu'une chose, "la stabilité", "que les gens vivent tranquilles, décemment". Il faut donc "faire payer les riches".

"Si vous demandez aux gens : "Êtes-vous contents que Khodorkovski soit en prison ?", je suis sûr que la plupart répondront "oui". Demandez : "Faut-il coffrer tous les milliardaires, et les millionnaires avec ?", je suis sûr que la plupart répondront "oui". Dans notre pays, peut-on se faire une fortune de manière honnête ? On vous répondra "non". Et puis demandez : "Et vous-même, voulez-vous devenir millionnaire ?", et on vous répondra : "Oui, je le veux." La haine envers les riches et ceux qui ont réussi, voilà sur quoi joue le pouvoir aujourd'hui !", écrit le journaliste Anton Orekh dans le quotidien Nezavissimaïa Gazeta.

Les humeurs sont versatiles et les sondages peu fiables. Celui qui place Vladimir Poutine au premier rang des hommes politiques est contrecarré par un autre, effectué par la radio Echo de Moscou auprès de ses auditeurs. A la question : "Qui soutiendriez-vous à la présidentielle entre Poutine et Khodorkovski ?", 25 % des auditeurs répondaient Poutine et 75 % Khodorkovski, le 31 octobre. Mais ceux qui écoutent Echo de Moscou appartiennent à une classe sociale plus élevée que la moyenne. Or ceux qui ont fait des études supérieures sont plus enclins à penser que les attaques contre Ioukos sont le fait du président, et non du parquet.

Selon Iouri Levada, qui dirige l'institut VTsIOM, l'opinion sur l'affaire Ioukos a évolué depuis juillet, date des premiers déboires de la compagnie. "Le rapport de forces a changé en faveur du pouvoir", note le sociologue dans un entretien publié dans le quotidien Izvestia. Le nombre de personnes qui estiment l'affaire liée à des abus financiers, et non pas à une volonté politique, a augmenté de 11 %. De même, "6 % de plus pensent que cette histoire mène à une amélioration de la situation".

"Nos sondages montrent que les gens mettent l'accent sur leur pain quotidien", affirme Iouri Levada. Rinate, qui traîne son balai au pied de l'immense statue de Friedrich Engels, ne le contredira pas. Cette histoire ? "Je m'en tape !, dit-il. C'est pas Khodorkovski qui me paie !"
Marie-Pierre Subtil, ARTICLE PARU DANS L'EDITION DU 05.11.03, LE MONDE | 04.11.03 | 14h06

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(Alexandre Adler) Les mystères de l'affaire Khodorkovsky
L'auteur de ces lignes se sent un peu comme un réserviste sur le retour qui aurait été rappelé brutalement lors d'un exercice de mobilisation comme spécialiste, alors qu'il y a belle lurette que sa spécialité s'était peu à peu assoupie: depuis Gorbatchev et sa glasnost, qui précéda d'un an la véritable perestroïka, la kremlinologie avait virtuellement cessé d'exister, sauf peut-être dans les trois derniers mois de la défunte Union soviétique où il fallait savoir prévoir l'imminent coup d'État contre le président plus qu'affaibli de l'unique phase démocratique de l'histoire de l'Empire russe depuis février 1917.

Tout à Moscou devenait désormais lisible, parfois davantage encore que dans une démocratie occidentale, tant les Russes sont par nature bavards, dès lors que les hautes et basses polices ont été débranchées. Il n'y a alors qu'à se baisser pour ramasser les informations, et plus rien ne fait problème, car les officiels ne songent eux aussi qu'à s'exprimer pour améliorer leur image.

Tout cela est bien fini avec l'affaire Khodorkovsky car celle-ci nous renvoie brutalement au classicisme soviétique le plus grand, non pas seulement par la brutalité insigne qu'elle révèle ou le tranquille défi au nouvel ordre juridique dont Poutine se vantait récemment encore d'avoir assujetti l'État, mais aussi, et peut-être surtout, parce que le déroulement de cette affaire et son issue politique possible demeurent nimbés du plus profond mystère.

Où gît en effet le lièvre? Dans le simple fait que Khodorkovsky et Poutine ont agi jusqu'à présent en bonne entente et que l'orientation stratégique du complexe pétrolier russe avait été évidemment programmée ensemble par le Kremlin et les patrons du secteur énergétique; que contrairement à une purge classique de la haute époque, le président n'a ni l'envie ni peut-être l'estomac de se débarrasser, comme dans un film d'Eisenstein, de tous les boyards libéraux qui seraient censés le gêner.

Ce n'est pas Poutine qui a fait démissionner le numéro trois du régime, le secrétaire général du Kremlin Alexandre Volochine, c'est lui qui est parti en claquant la porte, de même que le premier ministre Mikhaïl Kassianov, numéro deux officiel du régime, a pu jusqu'ici tranquillement critiquer sur le fond toutes les décisions prises par le président sans que celui-ci n'ose pour l'instant s'en débarrasser davantage. La Russie redevient peut-être une autocratie, mais pour l'instant le président de ce pays semble bien plus embarrassé qu'un chef d'exécutif d'une démocratie occidentale, Chirac, Blair ou Schröder, lesquels ne pourraient tolérer pareilles incartades.

Il y a davantage encore: l'opération contre l'ensemble Youkos-Sibneft a jusqu'ici été menée dans l'amateurisme le plus total. Les confiscateurs des avoirs de Khodorkovsky n'ont pu empêcher l'arrivée à la présidence de ce qui est maintenant le quatrième major pétrolier d'un «citoyen américain», Simon Kukes, dont les liens avec les sociétés américaines Exxon Mobile et Chevron-Texacon sont bien plus étroits encore. Il semble en outre que le gouvernement russe souhaite toujours, et pour cause, maintenir son offre de faire participer les sociétés pétrolières occidentales principales (Total pour la France est aussi investie dans l'opération), aux fins de faire monter rapidement en puissance le complexe énergétique russe.

Il n'y a pas non plus de changement de la stratégie russe, qui a consisté, ces trois dernières années, à choisir l'élargissement de ses parts de marché en Occident au détriment du prix, saccageant au passage les espoirs de l'Opep d'une meilleure concertation. En pleine crise Youkos, la Russie a signé avec le Japon un engagement considérable afin de livrer le pétrole sibérien par un oléoduc sous-marin et un nouveau terminal à Nakhodka vers le Japon, exauçant ainsi une ferme demande des gouvernements de Washington et de Tokyo.

Peut-être la visite éclair de Poutine en Arabie saoudite, où il s'est longuement entretenu avec le prince héritier Abdallah du marché pétrolier et de l'insurrection tchétchène que les Saoudiens financent toujours, était-elle motivée par le désir de prévenir des sanctions américaines. George Bush est organiquement partie prenante, avec son vice-président Dick Cheyney et sa conseillère de sécurité Candy Rice, du complexe énergétique américain. Il n'aura pas fallu plus de quelques minutes à Khodorkovsky pour mobiliser ses alliés américains, et quelques secondes à ces derniers pour avertir la Maison-Blanche de hausser le ton. Mais rien à ce jour ne semble indiquer un changement de direction de la politique énergétique russe, laquelle, rappelons-le, aura permis au président Poutine d'être le premier reçu, plusieurs mois avant le 11 septembre 2001, dans le ranch texan de George W. Bush, qui avait discerné dans le bleu des yeux de son interlocuteur des raisons impératives de lui faire confiance, raison que je traduirais volontiers par l'expression chiffrée: 22 dollars le baril.

Si donc il y a réticence, résistances et improvisation dans cette affaire, c'est bien que nous ne vivons plus sous Staline et que les opérations répressives s'exercent tout de même dans un contexte bien différent. Tout d'abord il n'y a pas crise en Russie, ni économique ni politique, mais plutôt le contraire: les exportations de pétrole, qui placent la Russie au second rang mondial après l'Arabie saoudite, ont dopé la croissance aux alentours de 7 %. Si la répartition de la richesse entre Moscou, où se concentrent par exemple 40 % des portables en activité dans le pays, et le reste de la Russie, pour ne pas parler d'une Sibérie à l'abandon, demeure très inégale, il n'en est pas moins vrai que la population respire un peu mieux, l'européanisation marque des points.

Les élections législatives de décembre, suivies de près par l'élection présidentielle de l'année prochaine, ne semblent aucunement un obstacle grave pour Poutine, malgré sans doute une nette montée des voix du Parti communiste, désormais subventionné par Khodorkovsky lui aussi. En un mot, la Russie se porte mieux, Poutine n'est pas menacé; l'arrosage généralisé des partis d'opposition ou de semi-opposition par les oligarques lui convenait tout à fait, et le climat d'apaisement n'impliquait nullement une reprise en main répressive alors que depuis deux ans déjà la centralisation du pouvoir des polices et de l'information était totale, seule l'armée et, paradoxalement, les Tchétchènes, ses adversaires irréductibles, continuant à défier le pouvoir présidentiel, mais de moins en moins.

Alors Poutine aurait-il cédé à un climat d'antisémitisme latent en donnant une tête au peuple, comme beaucoup d'antisémites en Russie et hors de Russie l'espèrent ardemment? Là encore non. Les liens de sécurité avec Israël, qui ont abouti à l'engagement du Mossad dans l'opération de sauvetage des otages du théâtre de Moscou, ont continué bel et bien jusqu'ici, en raison précisément du problème tchétchène et des menaces de la nébuleuse d'al-Qaida. Et nulle campagne n'est venue demander des têtes nouvelles qui ne s'étaient pas jointes à la bataille, comme celles des dirigeants du groupe Alpha.

S'il faut trouver un début d'explication à l'affrontement, on le trouvera dans la rivalité latente de la constellation Gazprom-Lukoil, un trust énergétique privatisé, mais avec des méthodes totalement soviétiques, que l'État russe avait voulu initialement maintenir comme numéro un, et la montée en puissance de l'ensemble Youkos, grossi de Sibneft, qui, grâce à ses méthodes de comptabilité désormais transparentes et sa gestion moderne à l'occidentale, surclassait désormais tous ses pairs et menaçait d'absorber pour lui seul les contributions en capital de l'Occident.

Les patrons de Loikol et Gazprom, Alexeï Miller, un proche Pétersbourgeois de Poutine, et Vaguit Alekperov, un Azeri toujours intéressé à faire de la politique dans son pays natal, se sont opposés fortement à la fusion Youkos-Sibneft. Avançant masqués, ils ont poussé en avant une petite société qui était leur alliée, Rosneft, qui opérait dans le nord de la Russie et avait pour vertu essentielle d'être dirigée par un très proche ami de Poutine, Victor Ivanov, et, depuis le Kremlin, par le principal conseiller de politique intérieure du président, Igor Setchine. Lorsque Khodorkovsky eut en mars riposté dans une réunion tenue au Kremlin en accusant de corruption aggravée les dirigeants de Rosneft, il avait, là, franchi la ligne rouge que Poutine ne pouvait pas tolérer.

Quelques jours plus tard, son conseiller en technologie Stanislas Belkovsky, un proche de Setchine, lui écrit une note où il est prôné d'en finir avec les oligarques «comme Napoléon Bonaparte (une idole de Belkovsky) l'avait fait avec la République de Venise». Néanmoins le président hésitera jusqu'au début de l'automne. Et, comme il le craignait, des forces puissantes liées à la libéralisation du pays montreront qu'elles ne pouvaient assister silencieuses à ce coup d'État rampant.

Passe encore pour Boris Berezovsky, qui ne fut jamais un véritable industriel mais plutôt un magicien de la finance doublé d'un ambitieux politique irrépressible: il en avait trop fait dans toutes les directions, son exil était la rétribution bien payée d'un orgueil sans limites; idem pour Goussinsky qui, lui, a payé pour avoir été le trésorier en chef du maire de Moscou Loujkov et de son candidat présidentiel, le général du KGB Primakov; là aussi, sa défaite politique entraînait sa faillite économique. Mais avec Khodorkovsky, qui a toujours pris soin d'obéir sans obséquiosité au pouvoir politique, il s'agit d'une autre affaire. Les chefs du mouvement libéral russe, sensibles à l'orientation du premier d'entre eux, Anatoli Tchoubaïs, toujours patron du monopole privatisé de l'électricité, ont décidé de mener bataille.

Vladimir Poutine, dont le père servit dans un détachement des forces spéciales de l'ancêtre du KGB à Léningrad, a toujours admiré son ministre des Affaires étrangères Igor Ivanov, dont le père fut, lui, le chef du régiment de l'Omsbom (Forces spéciales de la sécurité d'État) chargé de la défense de Moscou en 1941. C'est là une tradition du KGB. Il en est une autre, plus intellectuelle, plus ouverte vers le monde incarné par Primakov, gendre de Gvichiani, l'homme à tout faire de Beria, et les hommes de Youri Andropov, Bobkov, Kirpitchenko, Marguelov et Yakouchkine, pour m'en tenir aux officiers du grade de colonel général ou lieutenant général. Or, ces hommes sont loin du rêve autarcique, xénophobe et antilibéral de quelques cogneurs au petit cerveau. Dans la tradition véritable d'Andropov, ils sont ou seraient aujourd'hui plus proches de la Russie voulue par Khodorkovsky, Volochine, Kassianov ou Tchoubaïs.

Ceci explique pourquoi, malgré les menaces sur ses proches enfants et les invitations répétées à quitter le territoire, Kodhorkovsky, qui ne manque ni de courage ni de sens politique, a décidé de partager quelque temps une cellule de 9 m2 avec deux petits délinquants dans la célèbre prison moscovite Matroskaïa Tichina (Le silence du matelot), qui accueillit en son temps Mandelstam, en route, sans espoir de retour, lui, vers le Goulag.

L'avenir nous dira vite si le destin de Poutine se rapproche davantage de celui d'un Staline moderne, rassembleur des terres russes en cassant pas mal d'œufs sur la tête des autres, ou de celui de Paul Ier, tsar lui aussi né à Pétersbourg, un peu hésitant, un peu inférieur à la tâche, qui fut remplacé assez vite et tragiquement pour avoir trop flirté avec Napoléon Bonaparte et voulu bien inconsidérément se débarrasser de l'alliance anglo-saxonne.
lefigaro.fr, Alexandre Adler [12 novembre 2003]

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Theodorakis, sortie antisémite

Le célèbre compositeur grec est au centre d'un scandale depuis qu'il a tenu des propos antisémites, le 4 novembre (2003), lors de la présentation d'une autobiographie.
«Aujourd'hul nous pouvons dire que ce petit peuple est à la racine du mal», a-t-il notamment déclaré. Deux ministres étaient présents mais n'ont pas réagi, provoquant la réprobation du Conseil juif central de Grèce.

Réputé pour ses déclarations à l'emporte-pièce, le compositeur, qui avait traité Ariel Sharon de "petit Hitler", jouit dans son pays d'un grand prestige pour son œuvre et sa résistance à la dictature des colonels.
Theodorakis, qui avait pris position par le passé contre les préjugés antisémites en Grèce, a réagi en dénonçant «ceux qui ont découvert soudainement mes idées, me calomniant comme soi-disant antisémite».
Libération, 14 novembre 2003, p. 13

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(15 novembre 2003) L'incendie d'un collège israélite à Gagny suscite l'indignation

La communauté juive et de nombreuses personnalités politiques ont dénoncé un acte "criminel" et condamné la "violence antisémite".
Un établissement scolaire de confession israélite a été dévasté par le feu samedi 15 novembre en banlieue de Paris, cet acte probablement criminel déclenchant l'indignation de la communauté juive et la condamnation du gouvernement.

"Il semble que l'origine criminelle de l'incendie soit avérée", a estimé sur place le ministre de l'intérieur, Nicolas Sarkozy, en précisant qu'il y a "deux foyers situés dans deux lieux opposés et une suspicion d'effraction" par une vitre de l'école pour garçons, située dans un quartier calme de Gagny (Seine-Saint-Denis).

Les pompiers ont été appelés à 3 h 25 et ont engagé une soixantaine d'hommes et neuf grosses lances pour lutter contre le sinistre, qui n'a pas fait de blessés. L'incendie s'est déclaré dans une ancienne usine acquise par l'association juive orthodoxe Merkaz Hatorah, qui souhaitait s'agrandir. Les élèves travaillent actuellement dans un bâtiment mitoyen qui n'a pas été atteint par les flammes. Les poutrelles métalliques des murs et des toits ont été tordues par la puissance du feu, les vitres ont explosé, le mobilier a été calciné.

Une information judiciaire pour "destructions volontaires" commises en raison de l'appartenance du propriétaire ou de l'utilisateur "à une ethnie, une nation, une race ou une religion" a été ouverte, a annoncé samedi le procureur de la République de Bobigny. L'enquête, qui "sera poursuivie avec la plus grande détermination" selon le procureur Jean-Paul Simonnot, a été confiée dans l'après-midi au service départemental de police judiciaire de Seine-Saint-Denis (SDPJ 93). L'instruction sera effectuée par le juge Roger Le Loire.

La qualification, selon les nouvelles dispositions de la loi du 3 février 2003 qui aggravent la répression des actes en relation avec l'ethnie, la nation, la race ou la religion des victimes, fait de l'incendie "un acte criminel", passible de 20 ans de prison et 150 000 euros d'amende, a précisé le procureur. Selon M. Simonnot, "il y a eu deux départs distincts de feu, distants de plusieurs mètres. Il est également permis de penser qu'une effraction a été commise. Il y a donc lieu de penser dès maintenant à une origine criminelle", a-t-il dit. Le laboratoire central de la préfecture de police de Paris a effectué des prélèvements dans la journée. Les enquêteurs n'ont pas relevé d'inscriptions antisémites aux abords de l'école, a ajouté le procureur.

"UNE CONNOTATION RACISTE ANTISÉMITE ÉVIDENTE"

Le gouvernement a immédiatement affiché sa fermeté et sa solidarité avec la communauté juive, par la voix de deux de ses ministres qui se sont rendus sur les lieux. "Les mots d'antisémitisme doivent être prononcés. L'honnêteté, c'est que l'on ne nie pas l'évidence. Quand on met le feu dans une école juive, il m'est difficile de ne pas penser qu'il ne s'agit pas d'un acte antisémite", a souligné le ministre de l'intérieur. Pour lui, il y a dans cet incendie "une connotation raciste antisémite évidente". "Les auteurs seront poursuivis et punis avec une grande sévérité", a indiqué M. Sarkozy.

Le ministre de l'éducation nationale, Luc Ferry, a lui fait part de sa "consternation". "Je suis venu dire ma solidarité avec le directeur, les enseignants, les élèves, les parents d'élèves", a-t-il déclaré. "Avec le recteur, on va voir tout ce qui peut être mis en place pour assurer la continuité. On est consterné", a encore dit M. Ferry. Selon le directeur de l'école, Jacques Benisty, un incident a opposé il y a quelques jours ses élèves à des jeunes extérieurs à l'école.

Le président Jacques Chirac a condamné de son côté l'incendie "de nature criminelle", en affirmant que "la République française ne peut tolérer aucun acte antisémite". A la suite de cet incendie, le chef de l'Etat a demandé au secrétaire général adjoint de la présidence de la République, Frédéric Salat-Baroux, de se rendre sur place, avec un message à la communauté juive ainsi qu'au maire de Gagny, Michel Teulet, a annoncé l'Elysée dans un communiqué. "L'école plus que tout autre lieu doit demeurer le lieu de la tolérance et du respect", a affirmé le communiqué de la présidence.

Jacques Chirac présidera lundi une réunion de ministres consacrée à la lutte contre l'antisémitisme et recevra des responsables de la communauté juive, a annoncé samedi l'Elysée.

Le Conseil représentatif des institutions juives de France (CRIF) a fait part samedi de sa "vive émotion et son indignation". "Le CRIF condamne cet acte odieux commis à l'encontre d'un lieu d'enseignement de la communauté juive", a déclaré le Conseil dans un communiqué. Le Mouvement juif libéral de france (MJLF) exprime lui dans un communiqué "son inquiétude et son écoeurement face à ce shabbat noir : deux des plus grandes synagogues d'Istanbul victimes d'attentats meurtriers durant la prière hebdomadaire et une école juive incendiée à Gagny".

Le Mouvement contre le racisme et pour l'amitié entre les peuples (MRAP) a pour sa part dénoncé un "odieux attentat". "Au moment où la France entière discute de la laïcité, dans un esprit d'ouverture, de tolérance, envers toutes les croyances, un odieux attentat contre une école juive de Gagny vient rappeler que le racisme, qui s'exprime comme aujourd'hui contre les juifs ou comme hier contre les arabo-musulmans, est loin d'avoir disparu", souligne le MRAP dans un communiqué. Il ajoute qu'en "ce moment trouble et inquiétant, plus que jamais l'union et la mobilisation de tous les antiracistes est une urgence absolue".

"La violence antisémite n'a pas sa place dans notre République", a lancé de son côté Julien Dray, porte-parole du Parti socialiste.
lemonde.fr, LEMONDE.FR | 15.11.03 | 16h21, MIS A JOUR LE 15.11.03 | 20h15

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Jacques Chirac remobilise le gouvernement contre l'antisémitisme

Après l'incendie d'une école juive de Gagny (Seine-Saint-Denis), samedi 15 novembre (2003), le chef de l'Etat a décidé de tenir, lundi, une réunion d'urgence avec Jean-Pierre Raffarin, Nicolas Sarkozy, Dominique Perben, Luc Ferry et Xavier Darcos. Il demande à ses ministres de nouvelles mesures.

Le chef de l'etat a réagi très vite. Samedi 15 novembre dans l'après-midi, après l'incendie qui avait ravagé dans la nuit une partie de l'établissement scolaire privé Merkaz Hatorah (Centre de la Torah), à Gagny (Seine-Saint-Denis), l'Elysée a convoqué quatre ministres pour une réunion sur la lutte contre l'antisémitisme, avec le président de la République. Elle devait se tenir lundi 17 novembre, à 16 heures, en présence de Jean-Pierre Raffarin. Le chef de l'Etat a également invité, à 18 h 15, plusieurs représentants de la communauté juive.

Dès samedi, l'Elysée publiait un communiqué exprimant la " très vive émotion" du président " devant cet acte criminel intolérable", rappelant "son absolue détermination et celle de l'ensemble des pouvoirs publics à ce que les auteurs de cet acte soient retrouvés et sévèrement condamnés". Il concluait que " la République ne peut tolérer aucun acte antisémite" et que "l'école, plus que tout autre lieu, doit demeurer celui de la tolérance et du respect".

La rapidité et la fermeté de cette réaction - alors qu'aucune inscription antisémite n'a été retrouvée sur les lieux de l'incendie, dont l'origine criminelle est avérée - disent assez l'inquiétude de l'Elysée sur le climat d'antisémitisme et "la montée des communautarismes". Les conseillers du chef de l'Etat observent que le nombre d'incidents qui peuvent être qualifiés d'antisémites a baissé depuis 2001, année de la deuxième Intifada. Mais ils se gardent bien de se fonder uniquement sur ces statistiques pour évaluer la réalité. " Elles ne reflètent pas forcément les actes antisémites au quotidien, dans la rue, à l'école", qui ne sont pas tous recensés par la police, soulignent les conseillers de M. Chirac. Le ministère de l'intérieur indique, pour sa part, qu'ils ont diminué de près de moitié entre 2002 et 2003, constatant cependant une légère remontée des chiffres depuis fin août.

LOI LELLOUCHE

L'entourage de M. Chirac rappelle également, comme le président l'avait fait à New York, le 22 septembre, pour rassurer les organisations juives américaines (Le Monde du 24 septembre), que le gouvernement a déjà pris "des mesures très importantes" pour lutter contre l'antisémitisme : la loi Lellouche, votée à l'unanimité par l'Assemblée nationale en décembre 2002, permettant de qualifier pénalement les actes racistes, xénophobes ou antisémites ; les dix mesures prises en février par le ministère de l'éducation nationale pour endiguer les "dérives communautaristes" dans les établissements scolaires ; la lutte, qui reste malaisée, contre la multiplication de sites antisémites sur Internet.

Malgré l'existence de cet arsenal, mis en place en quelques mois, les ministres Luc Ferry et Xavier Darcos (éducation), Nicolas Sarkozy (intérieur) et Dominique Perben (justice), ont été priés de faire travailler leurs cabinets pendant le week-end pour arriver à la réunion de travail de lundi avec quelques propositions nouvelles. Au ministère de l'intérieur, on souligne que le point est fait tous les quinze jours avec des représentants du Conseil représentatif des institutions juives de France (CRIF) et que des échanges de documentation ont lieu chaque semaine.

Samedi, plusieurs ministres se sont rendus à Gagny et ont fermement condamné, comme Matignon, cet acte criminel : M. Sarkozy d'abord, puis M. Ferry et enfin M. Darcos, en compagnie du secrétaire général adjoint de l'Elysée, Frédéric Salat-Baroux, porteur d'un message à la communauté juive et au maire de Gagny, comme l'a fait savoir l'Elysée. Laurent Fabius s'est lui aussi rendu sur place, samedi. L'ancien premier ministre attend du gouvernement " des actions précises". Le président de la région Ile-de-France, Jean-Paul Huchon (PS), a assuré la communauté juive de son soutien et lui a fait part de son " profond dégoût face à cet acte inacceptable et incompatible avec les valeurs de la République".

Les réactions politiques sont venues de tous bords. " Il est important que le président de la République donne l'exemple pour mettre fin à ce type d'horreur", a déclaré Philippe Douste-Blazy, secrétaire général de l'UMP, tandis que les Verts déploraient " un nouvel attentat antisémite dans un contexte d'escalade de la violence visant des pratiques culturelles ou confessionnelles". Jean-Marie Le Pen, président du Front national, a pour sa part déclaré qu'on assistait en France à une "escalade de violence raciste". "L'insécurité progresse partout : dans les rues, les immeubles, les tribunaux, les écoles, en Corse", affirme le président du FN.

La préoccupation de M. Chirac sur ces sujets est constante. " Il a vu venir cette dérive depuis plus d'un an, il en parle beaucoup", témoigne un proche. " Il est convaincu depuis la campagne et la montée du Front national que les communautarismes progressent et que le pacte social se défait", ajoute un ministre. De fait, M. Chirac manque rarement une occasion, depuis son discours sur la cohésion nationale à Troyes, à l'automne 2002, de se prononcer sur ces problèmes. L'Elysée, pendant le Forum social européen, a également suivi avec beaucoup d'attention les déclarations de Tariq Ramadan.

Roger Cukierman, le président du CRIF, qui a fait plusieurs voyages aux Etats-Unis pour convaincre la communauté juive que la France n'était pas un pays antisémite - et qui s'est entretenu plusieurs fois de ce sujet avec M. Chirac - est convaincu de sa sincérité et de sa volonté d'action. " Le gouvernement fait ce qu'il peut dans un environnement difficile", reconnaît-il. Mais il a été " déçu par la mollesse de la réaction de la France" après les propos antisémites du premier ministre de Malaisie, Mahathir Mohamad. " C'est un combat à mener dans le monde entier. Il faut appliquer partout les mêmes principes. C'est un problème international", estime M. Cukierman.
Béatrice Gurrey, ARTICLE PARU DANS L'EDITION DU 18.11.03, LE MONDE | 17.11.03 | 13h37

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(16 novembre 2003) Lycée juif incendié, colère ravivée
Le lycée israélite de Gagny (Seine-Saint-Denis) a brûlé samedi (15 novembre 2003). Chirac mobilise ses ministres.

«Nous attendons des politiques qu'ils mettent le paquet en donnant à la police des instructions très fermes avec une quasi-obligation de résultats pour mettre un frein à ces agissements.» Au lendemain de l'incendie du lycée juif de Gagny (Seine-Saint-Denis), et à la veille de la réunion de ministres présidée cet après-midi par Jacques Chirac à l'Elysée, Ariel Goldman, le porte-parole du service de protection de la communauté juive, a lancé hier cet avertissement au gouvernement.

Samedi matin, le feu s'est déclaré au premier étage de l'un des deux bâtiments d'un collège-école primaire pour garçons, géré par l'association confessionnelle Merkaz Hatorah, sans faire de blessés. Le bâtiment, une ancienne usine de 4 000 m2, était en cours d'aménagement pour permettre à l'école de s'agrandir. Il a été détruit. L'autre bâtiment, mitoyen, dans lequel travaillent actuellement les élèves, n'a pas été atteint par les flammes. Selon les premiers éléments de l'enquête, il y a eu deux départs de feu quasi simultanés. «La piste criminelle est privilégiée», a déclaré samedi le préfet de la Seine-Saint-Denis. Un peu plus tard dans la matinée, Nicolas Sarkozy a affirmé que le sinistre présente une «connotation raciste et antisémite évidente».

Mineurs.
Pour la communauté juive, cet incident s'ajoute à une longue liste d'actes antijuifs. La protection des lieux de culte et des écoles juives est désormais bien assurée par la police, sauf le week-end où elle est levée, ce qui explique sans doute l'incendie de Gagny. «On observe un glissement des actes hostiles envers les particuliers, note Ariel Goldman. Nous avons des listes entières de gens qui se sont fait prendre à partie, insulter, cracher dessus.» Particulièrement visés, les enfants sur le trajet de l'école. Plus de la moitié des victimes sont des mineurs (lire ci-contre). «Comme les auteurs de ce genre d'actes ne sont pas particulièrement courageux, ils ne vont pas prendre le risque de jeter de la peinture sur un établissement scolaire lorsqu'un car de CRS est garé devant. Ils vont attendre un peu plus loin que des jeunes portant la kippa passent.» Egalement visés, les bus scolaires privés: «Des individus n'hésitent pas à monter dedans.»

Samedi, le parquet de Bobigny a ouvert une information judiciaire pour «destruction volontaire par les faits d'une substance explosive ou d'un incendie [...] avec circonstance aggravante du fait que la victime appartient à une ethnie, une nation, une race ou une religion déterminée». Cette qualification figure dans la loi du 3 février 2003, qui renforce la lutte contre les actes racistes. Côté gouvernement, c'est le branle-bas de combat. Cet après-midi, à 16 heures, Jacques Chirac a décidé de réunir à l'Elysée le Premier ministre, Jean-Pierre Raffarin, le ministre de l'Intérieur, Nicolas Sarkozy, de la Justice, Dominique Perben, de l'Education nationale, Luc Ferry, et de l'Enseignement scolaire, Xavier Darcos. Au menu : la protection des lieux de culte et des établissements scolaires juifs. A l'issue de cette réunion, le chef de l'Etat recevra Haïm Musicant, le directeur du Crif (Conseil représentatif des institutions juives de France), le grand rabbin Joseph Sitruk et le président du Consistoire central, Jean Kahn.

«Dissuader».
Cette mobilisation permettra-t-elle l'identification rapide des coupables ? Ariel Goldman l'espère : «S'il y avait des arrestations et des peines fortes, cela rassurerait la communauté et dissuaderait les auteurs de ces actes.»

L'incendie de l'école de Gagny a provoqué en tout cas une réprobation générale. Tout le week-end, les protestations des hommes politiques et responsables d'associations antiracistes se sont multipliées.
Libération, Par Catherine COROLLER, lundi 17 novembre 2003

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Controverse autour de la "piétonnisation" du quartier juif de Paris

Le maire de Paris doit faire face à une fronde des commerçants de la rue des Rosiers, dans le 4e arrondissement. Ceux-ci protestent contre les projets de réaménagement de la chaussée et évoquent la "destruction de la mémoire juive".

Le maire (PS) de Paris, Bertrand Delanoë, devra déployer toute sa diplomatie, jeudi 20 novembre, lors de son compte rendu de mandat dans le 4e arrondissement face à la fronde qui se manifeste autour du projet qui ferait de la rue des Rosiers une voie semi-piétonne. D'autant qu'à la veille de cette réunion, certains commerçants ont dramatisé la situation en affichant sur leurs boutiques des calicots sur lesquels on lit "Non à la destruction de la mémoire juive", ou "Non à la destruction du plus vieux quartier juif de Paris".

Le projet de Dominique Bertinotti, maire (PS) du 4e arrondissement, consiste à rendre piétonne la rue des Rosiers le dimanche après-midi, d'en réaménager la chaussée, notamment en supprimant les trottoirs, d'inverser le sens de la circulation des rues alentour de manière à empêcher les automobilistes de tourner en rond. Car riverains et commerçants sont d'accord sur un point : il y a des moments où cette rue est infernale, particulièrement le dimanche. Scooters pétaradants, bruits de klaxon, bruits des conversations animées des jeunes en visite dans le quartier et même, parfois, violences et incivilités. Quant aux trottoirs, trop étroits, il est bien difficile d'y promener ses enfants. Y conduire une poussette relève de la prouesse. Du coup, la plupart des habitants semblent favorables à ce projet.

Lancée au printemps, la concertation paraissait se passer normalement et des groupes de travail se tenaient avec les techniciens de la Ville de Paris. "Il n'y avait pas de franche hostilité, y compris de la part des commerçants qui ont trouvé le projet intéressant et ont fait des suggestions pour les aménagements", note Gilles Marron, de l'Association du quartier des Rosiers.

Mais au retour de vacances, tout change. Lors d'une réunion publique à l'Espace des Blancs-Manteaux, Michel Kalifa, président de l'Association des commerçants, habitants et copropriétaires, entre en opposition frontale : "Avec la suppression des trottoirs et la création d'un caniveau au milieu de la rue, c'est une piétonnisation totale de la rue que prépare la mairie. Cela signifie la fin des commerces, lance-t-il. Car les gens viennent de loin pour acheter nos produits et ils ne se déplaceront plus s'ils ne peuvent pas venir en voiture." Ce personnage volubile, qui tient une boucherie rue des Ecouffes, a pris la tête de la grogne des commerçants. Flanqué de son avocat, il participe aux réunions où son agressivité à l'encontre de Mme Bertinotti choque certains participants.

"MAUVAIS ARGUMENTS"

Car très vite, la référence au passé et à la tradition juive de ce quartier se retrouve au centre du débat. La maire du 4e se fait accuser d'antisémitisme. "Il est intolérable d'entendre faire une assimilation entre la largeur des trottoirs et un prétendu antisémitisme. On ne peut pas, sous prétexte de mauvais arguments, renoncer à des projets qui sont avant tout urbains. En outre, l'objectif de ce projet n'est en aucun cas d'interdire la rue aux voitures", répond Mme Bertinotti.

Du côté des commerçants, l'opposition est moins unanime qu'il n'y paraît. Certains n'ont pas placardé d'affiches sur leur vitrine et la plupart se dérobent aux questions sur le sujet. Toutefois, la durée des travaux et la baisse de chiffre d'affaires qui risque d'en découler suscitent leur inquiétude. D'après la mairie, les travaux devraient durer dix mois pour s'achever en 2005. "La rue ne sera jamais totalement en travaux, ceux-ci seront réalisés par tronçons. En outre, nous avons promis de les interrompre pendant la durée des fêtes juives", affirme Mme Bertinotti.

"En réalité, ce quartier a déjà beaucoup changé. Lorsque j'étais enfant, quand j'allais acheter le pain, je parlais yiddish ; aujourd'hui, les touristes japonais voisinent avec les hassidim de la synagogue de la rue des Rosiers, une des plus anciennes de Paris", note Claude Rothschild, professeur de droit, né dans le quartier pendant la guerre.

Longtemps un des plus pauvres de la capitale, le quartier a subi d'importantes transformations, notamment du fait de sa proximité avec le Marais, fréquenté par une clientèle branchée et où résident les happy few. Du coup, les boutiques de mode, souvent luxueuses et chères, remplacent peu à peu les commerces traditionnels. Au printemps 2000, McDonald's avait même prévu d'y installer un de ses restaurants. La mobilisation des riverains l'avait obligé à y renoncer. Une partie de la population craint aujourd'hui que toutes ces nouveautés et la hausse des prix de l'immobilier ne finissent par accroître encore le décalage entre le quartier et son passé.

Derrière le débat sur la préservation de l'identité de cette partie du centre de la capitale, transparaissent aussi les rivalités politiques. Peu ou prou, l'opposition municipale prend le relais de la contestation. Même si les premiers couteaux, tels que Laurent Dominati, ancien député (UMP), semblent se tenir en retrait, l'UMP a tenu un meeting dans une des boutiques de la rue et les élus chiraquiens de l'arrondissement ont interrogé Bertrand Delanoë, lors du Conseil de Paris, les 22 et 23 septembre.

Pour tenter de désamorcer un dossier particulièrement sensible dans le contexte actuel, le maire de Paris a dépêché un de ses conseillers pour rencontrer M. Kalifa et il va sans doute prêcher la poursuite de la concertation. Deux réunions sont déjà prévues, l'une, de travail le 4 décembre et la deuxième, publique, le 12 décembre. A moins que la mairie ne décide de suivre les conseils de temporisation d'Odile Berardo, présidente du conseil de quartier : "Essayons déjà de fermer la rue pendant plusieurs dimanches. On verra bien ce que cela donne."
Françoise Chirot, LE MONDE | 20.11.03 | 13h11 MIS A JOUR LE 20.11.03 | 16h41

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(Décembre 2003) Insultes et agressions antijuives dans certains établissements
Chronique de la haine ordinaire à l'école

«Hitler, c'est mon cousin. Ce qu'il a fait, c'est bien», glisse, fanfaron, un élève de 12 ans à son voisin. Le professeur d'histoire de ce collège de Saint-Denis s'interrompt et prend la peine de contrer, point par point, les poncifs sur les juifs : «Ils ont de l'argent, ils tiennent les médias, ils sont partout, ils tuent des Palestiniens...»

Les propos antisémites ne sont pas nouveaux pour cet enseignant. «Mais le climat se dégrade très nettement. Parce que maintenant, le communautarisme est vraiment installé dans certains quartiers.» Depuis la rentrée, certains de ses élèves, menés par un adolescent particulièrement virulent, opèrent systématiquement une lecture religieuse des événements en France, en opposant un «nous les Arabes» à «eux les juifs». Ils assurent ainsi que Nicolas Sarkozy est «avant tout juif». Pour preuve, sa fermeté contre l'antisémitisme... «Pour eux, seul un juif s'intéresse au malheur des juifs.» Interpellée, la mère du meneur s'étonne : «Nous sommes turcs, des militants de gauche athées. Cette année, notre fils nous a suppliés de faire le ramadan. Nous avons refusé.» Auparavant, l'enfant avait été traité de «juif» par des voisins car il ne pratiquait pas l'islam.

Parfois, l'ignorance est véhiculée dans les familles. Un professeur d'origine maghrébine n'en revient toujours pas. Rendant visite à des amis d'enfance de la cité, aujourd'hui pères de famille, il les a entendus dénoncer «les privilèges des juifs auxquels il fallait mettre fin». Que vont devenir «leurs enfants, élevés dans cette jalousie ?», s'inquiète-t-il.

Ces préjugés antisémites sont également relayés par certaines télévisions câblées qui passent en boucle des images de Palestiniens opprimés. Ou glanés sur des sites Internet islamistes propageant des rumeurs qui, écrites noir sur blanc, font figures d'informations. Le démenti opposé par les professeurs porte difficilement. Car les jeunes sont enclins à la théorie du complot et croient les médias «contrôlés par les juifs». Des imams à la foi dévoyée agiteraient également le spectre d'une guerre de religion. Lors d'un cours sur les croisades dans un lycée de Montreuil (Seine-Saint-Denis), un gamin a soudain affirmé que les Arabes allaient bientôt tuer tous les juifs et les chrétiens. «Quand ça ?», a interrogé le professeur. «C'était pas dit dans la cassette de l'imam», a répondu l'adolescent. Dans un collège voisin, des élèves qui contestaient l'Holocauste ont expressément demandé à sortir du cours pour requérir l'imam censé apporter «la vérité» sur le sujet.

Mais au-delà de ces manipulations, l'antisémitisme devient, insidieusement, une forme valorisante de violence. Dans certaines écoles, un nouveau jeu est apparu : on entoure un enfant. S'il est juif, on le tabasse. Le mot juif est à lui seul une injure. «Bien souvent, il a remplacé l'expression «pauvre idiot» d'antan», reconnaît le porte-parole de l'académie de Paris, après l'agression antisémite contre un enfant de 11 ans au collège Montaigne (6e). Une attaque que l'académie situe dans un contexte de «banalisation des insultes racistes». Cette déclaration choque certains professeurs, dont Annie, membre de l'association Perec, un mouvement d'enseignants qui défend l'école républicaine : «Les adultes ne doivent pas entériner la banalisation. Ce manque de réaction a déjà contribué à la montée de l'antisémitisme observée ces dernières années à l'école.»

Sur le terrain, les professeurs seraient, selon elle, tentés d'esquiver «le racisme provenant des populations arabo-musulmanes qu'ils considèrent comme des victimes sociales». Ou sympathiseraient avec l'opinion de certains élèves : «Pourquoi poser une plaque pour les enfants juifs déportés ? Il n'y a pas que les juifs qui ont été persécutés», a déclaré un professeur d'un lycée du XXe arrondissement de Paris. Un autre enseignant, professeur de philosophie dans l'Est parisien, a récemment expulsé de son cours une jeune fille : il était convaincu qu'elle arborait une plaque de soldat israélien et refusait «les signes de soutien à une armée d'occupation».

De nombreux professeurs sont, comme une partie de l'extrême gauche française, très engagés du côté palestinien. Sans être antisémites, certains «comprennent» parfois l'hostilité contre des élèves juifs présumés soutiens inconditionnels d'Israël. Enfin, beaucoup considèrent qu'il s'agit avant tout de bagarres entre élèves et rechignent à trancher. Pour limiter ces flottements, et en attendant la divulgation des consignes précises du Livret républicain, Luc Ferry recommande aux chefs d'établissement de porter plainte.
lefigaro.fr, [10 décembre 2003]

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(24 décembre 2003) Enquête diligentée contre Dieudonné
Le parquet de Paris se penche sur les propos tenus par l'humoriste le 1er décembre sur France 3.

Le parquet de Paris a annoncé mercredi l'ouverture d'une enquête préliminaire concernant des propos tenus par l'humoriste Dieudonné lors d'une émission sur France 3, qui pourraient être susceptibles de constituer une diffamation à caractère racial, selon le parquet.

"Le procureur de la République de Paris a décidé d'ouvrir une enquête préliminaire concernant Monsieur Dieudonné M'Bala M'Bala en raison des propos tenus lors de l'émission 'On ne peut pas plaire à tout le monde' diffusée le 1er décembre 2003" sur France 3, a annoncé le parquet dans un communiqué.

"Isra-Heil !"

"Le sketch et les propos incriminés apparaissent en effet susceptibles de constituer une diffamation à caractère racial", a poursuivi le parquet. Invité pour faire une "nécrologie" humoristique de Jamel Debbouze, Dieudonné était apparu avec une cagoule, vêtu d'une veste de treillis, coiffé avec les papillotes et le chapeau noir caractéristiques des juifs orthodoxes. Il avait notamment déclaré: "J'encourage les jeunes gens qui nous regardent aujourd'hui dans les cités, pour (leur) dire : convertissez-vous comme moi, essayez de vous ressaisir, rejoignez l'axe du bien, l'axe américano-sioniste". Avant de conclure par un salut nazi et le cri : "Isra-Heil !".

Ce sketch avait déclenché de nombreuses réactions, y compris du Premier ministre Jean-Pierre Raffarin, une mise en garde à France 3 du Conseil supérieur de l'audiovisuel (CSA) ainsi que des excuses du présentateur de l'émission, Marc-Olivier Fogiel et de France 3.
tf1.fr, news, Mis en ligne le 24 décembre 2003

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