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Juillet 2006 : Alain Richard balance ...
Décembre 2005 : Lagardère attaqué
Novembre 2005 : Alain Gomez met en cause François Mitterrand
Septembre 2004 : Frégates de Taïwan : Le juge enquête sur quatre ministres
LE JUGE Renaud Van Ruymbeke vient de signer quatre commissions rogatoires internationales « ultrasensibles ». Le magistrat, dans le cadre de l'affaire des frégates de Taïwan, veut savoir si quatre hommes politiques de premier plan, Jean-Pierre Chevènement, Alain Madelin, Dominique Strauss-Kahn, et Nicolas Sarkozy, ont été titulaires de comptes bancaires à l'étranger.

Interrogés hier, directement ou par l'intermédiaire de leur conseil ou de leurs proches, les quatre hommes ont catégoriquement démenti ces soupçons. « Le juge Van Ruymbeke procède à de simples vérifications, décode-t-on au palais de justice de Paris. Pour l'instant rien n'indique que ces quatre personnalités sont derrière ces comptes. »

Au parquet de Paris, on n'exclut pas « une vaste manipulation » par un mystérieux corbeau.

Depuis des années, le juge Van Ruymbeke cherche à savoir si des commissions occultes ont été versées par Thomson à des intermédiaires lors de la vente des six frégates militaires à Taïwan. Le magistrat a d'abord demandé la levée du secret défense. Refus des différents gouvernements, tant sous Lionel Jospin que sous Jean-Pierre Raffarin.
En même temps, le juge a tenté d'obtenir, auprès de la justice suisse, les relevés bancaire d'André Wang, un intermédiaire taïwanais, soupçonné d'avoir collecté les commissions occultes avant leur redistribution. La justice suisse a déjà découvert sur ses comptes un magot astronomique de 520 millions de dollars. Mais André Wang, réfugié en Angleterre, s'oppose à la communication de ses comptes à la justice française et pour toute explication, dans un entretien à l'hebdomadaire « le Point », se réfugie lui aussi derrière le secret défense.

Vraies infos ou manipulation ?

Dans ce contexte de total blocage, cet été, un mystérieux corbeau est venu livrer au juge des CD-ROM contenant une liste de numéros de comptes bancaires et des noms de bénéficiaires. Selon le corbeau, une banque luxembourgeoise, Clearstream, aurait servi de pivot dans la distribution des pharaoniques commissions occultes versées par Thomson.
Vraies infos ou manipulation ? Van Ruymbeke a décidé de procéder par ordre. Il a d'abord adressé une commission rogatoire internationale au Luxembourg afin de vérifier si les numéros de comptes chez Clearstream existaient.
Les enquêteurs luxembourgeois lui ont confirmé leur existence tout en lui indiquant qu'ils renvoyaient à des banques dans différents pays.

« C'est grotesque et ridicule »

Le 6 juillet dernier, Renaud Van Ruymbeke a entendu comme témoin Jean-Louis G., le directeur juridique de la BNP Paribas. Devant ce témoin, le juge a cité quatre numéros de comptes livrés par le corbeau, les n o s 89 463, 89 471, 89 472 et 89 473, ouverts à la BNP Paribas Panama.
« La lettre anonyme mentionne ces quatre comptes. Ont-ils existé ? », questionne le magistrat. Réponse du banquier : « Les informations relatives à ces comptes sont couvertes par le secret professionnel. Je ne puis que confirmer, à votre demande, les intitulés et les dates d'ouverture que vous m'avez cités. Je ne peux pas vous en dire plus. »

Renaud Van Ruymbeke a donc envoyé une première commission rogatoire à Chypre pour vérifier si Dominique Strauss-Khan est bénéficiaire d'un compte à la Russian Bank. « C'est totalement faux », nous assure l'entourage de l'ancien ministre de l'Economie. DSK vient d'ailleurs d'écrire à Van Ruymbeke pour l'assurer qu'il n'avait aucun compte à Chypre.
Le juge a également envoyé au Luxembourg une commission rogatoire citant Alain Madelin. « C'est grotesque et ridicule, nous déclare cet autre ancien ministre de l'Economie. Non seulement je n'ai pas de compte au Luxembourg, mais je ne suis jamais intervenu dans la vente des frégates à Taïwan ! Je suis d'ailleurs favorable à la levée du secret défense pour faire avancer l'enquête. »
La troisième commission rogatoire visant un éventuel compte de Jean-Pierre Chevènement à la banque vaudoise a été adressée à la Suisse. « Evidemment, je n'ai pas de compte suisse, il s'agit d'une manipulation », nous déclare l'ancien ministre de la Défense, furieux.
Enfin, une procédure identique vise Nicolas Sarkozy, qui serait titulaire, selon le corbeau, de comptes à la Banco Popular, en Italie. « Qu'ils y aillent, c'est ridicule », soutient l'entourage de l'actuel ministre des Finances, « totalement serein ».

Le juge Van Ruymbeke n'a plus qu'attendre les vérifications bancaires.
Le Parisien, Laurent Valdiguié, 17 septembre 2004, p. 12

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(15 novembre 2005) Gomez met en cause Mitterrand
L'ex-PDG de Thomson affirme que l'Elysée l'a incité à payer Sirven.

Le procès de l'affaire «Couper les ailes de l'oiseau», opposant les groupes Thomson et Lagardère (rebaptisés Thales et EADS, Libération d'hier), a démarré sur les chapeaux de roue.

Alain Gomez, PDG de Thomson de 1982 à 1996, principal accusé pour tentative d'extorsion de fonds, a d'entrée de jeu mis en cause l'entourage de Mitterrand. Le tribunal n'avait pas encore examiné le coeur du dossier (un règlement de compte entre Thomson et Lagardère au sujet d'une vente de missiles à Taiwan) quand son président, Jean-Baptiste Parlos, cherchant à camper le décor, l'interroge sur une affaire parallèle, les frégates de Taiwan, à l'origine de l'affaire Elf-Dumas-Deviers-Joncour, en se pourléchant les babines : «C'est là que ça devient intéressant.»

En 1991, Gomez avait refusé de verser une commission de 160 millions de francs à une structure offshore immatriculée à Madère, Frontier AG, derrière laquelle se nichait Alfred Sirven, éminence grise du groupe Elf qui avait mis ses relations occultes en Asie au service de Thomson.

Gomez avait alors évoqué une tentative d'escroquerie, au motif que l'intermédiaire supposé débloquer la vente des frégates serait un «personnage peu sérieux, comédien tiré du théâtre de Pékin qui s'est contenté de passer trois coups de téléphone.»
Campé à la barre, Gomez va encore plus loin : «Frontier AG avait Sirven pour mandant et, plus inquiétant, des personnages de l'Etat. J'ai reçu la visite du chef d'état-major du cabinet particulier du président de la République. Me parvient un message, sans cesse réitéré : il faut payer, sinon on t'aura.»
Pour Gomez, «le langage, le style et la tactique sont ceux de la mafia ; j'ai vraiment eu l'impression d'avoir affaire à une mafia», fut-elle mitterrandienne. Il aura recours au cabinet de détective américain Kroll pour enquêter sur la crédibilité de l'intermédiaire. Cabinet qu'il utilisera ensuite contre le groupe Lagardère, objet du présent procès.
liberation.fr, par Renaud LECADRE, QUOTIDIEN : mardi 15 novembre 2005

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Une balle perdue pour Lagardère
Alors qu'il attaquait en justice, le marchand d'armes se retrouve mis en accusation.

On croyait assister au procès de la société Thomson (rebaptisée Thales), en la personne de son ancien PDG Alain Gomez. Il s'est achevé hier (12 décembre 2005), après un mois d'audience, en une sévère mise en cause du groupe Lagardère (aujourd'hui EADS), réputé victime d'une tentative d'extorsion de fonds.
Dans la dernière ligne droite d'un procès, il est d'usage que les avocats de la défense disent tout le mal qu'ils pensent de la partie civile. Mais il est moins fréquent que le parquet, supposé faire cause commune avec le plaignant, le démolisse consciencieusement.

Matra, filiale armement du groupe Lagardère, se disait victime d'une «entreprise de démolition» ourdie par son concurrent Thomson en vue de «récupérer tout ou partie de son activité défense». Sa plainte initiale visait l'action entamée par des petits porteurs ­ financée clandestinement par Thomson ­ contre la fusion en 1992 entre Matra (boostée par une vente de missiles à Taiwan) et Hachette (plombée par la déconfiture de la 5), donnant naissance au groupe Lagardère.
Au cours des débats, on a très vite compris que Jean-Luc Lagardère ne redoutait pas vraiment la fronde des actionnaires minoritaires, mais plutôt la campagne de dénigrement menée en parallèle par leur avocat sino-franco-américain, William Lee. «Nous étions accusés de corruption et même d'assassinat, s'insurge Me Philippe Lemaire, avocat du groupe Lagardère : sur un claquement de doigts, nos adversaires montraient qu'ils avaient les moyens de leurs actions en alimentant la presse» par des calomnies.
Mais «comment une grande entreprise comme Matra pourrait-elle être impressionnée par de tels torchons ?» ironise Me Henri Leclerc, l'un des avocats de la défense. La contre-attaque des Lagardère's boys sera à la hauteur. «Un cortège de comportements de voyous où toutes les règles éthiques, morales et déontologiques ont été bafouées, résume Me Dartevelle, avocat de William Lee : vols de dossiers, écoutes téléphoniques...»

Coulisse.
Lagardère va peut-être regretter d'avoir porté son différend avec Thomson sur la place publique.
«La partie civile ne vend pas des yaourts, mais des armes, observe d'abord le procureur, Romain Victor : un secteur où l'angélisme et la naïveté ne sont pas de mise.» Et de faire mine de s'interroger : «Qui manipule qui ?» Le groupe Lagardère a en effet fourni 300 000 francs (45 500 euros) à des agents de la DST pour enquêter sur son ennemi. «La DST va purement et simplement être achetée, cash», résume sobrement Me Meztner, autre avocat de la défense.
Le procureur insinue : «Est-elle si faible, si vulnérable, cette société qui peut s'offrir les services du contre-espionnage français ?» Avant de requérir une relaxe, renvoyant les deux marchands de canons dos à dos et à leurs règlements de comptes en coulisse, le parquet s'interroge sur la valse-hésitation du groupe Lagardère, portant plainte un jour contre Thomson, la retirant le lendemain, tout en continuant de négocier en parallèle.
«Dans ce clan des intouchables, dont Jean-Luc Lagardère était le roi, les magistrats sont des larbins», résume abruptement Me Bourbon, autre défenseur de William Lee.

Déballage.
Les avocats de Lagardère réclament un million d'euros de dommages et intérêts. Le chiffre fait ricaner Me Temime, autre avocat de la défense : «Ce pauvre petit groupe ayant subi une telle abomination ne réclame même pas l'équivalent d'un verre au comptoir pour un smicard.» La partie civile ne sait plus de quel délit elle fut victime : chantage, extorsion ? Elle se réfugie derrière le mot déstabilisation. «On a beau prendre le code pénal dans tous les sens, le mot déstabilisation n'y figure pas», assène Me Thibault de Montbrial au nom des prévenus.
Bilan du déballage judiciaire, selon Me Roland Poynard, avocat d'Alain Gomez : «Un champ de ruines.» Jugement le 6 février.
par Renaud LECADRE, QUOTIDIEN : mardi 13 décembre 2005,

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(27 juillet 2006) Frégates de Taïwan Alain Richard balance

Rebondissement dans l'affaire des frégates, ces vedettes militaires vendues à Taïwan en 1991 par le groupe d'armement français Thomson-CSF (devenu Thales).

Selon Le Monde, Alain Richard, l'ex-ministre PS de la Défense dans le gouvernement Jospin (1997-2002) - entendu le 24 juillet comme témoin dans l'instruction confiée au juge Van Ruymbeke - aurait mis en cause des personnalités politiques comme bénéficiaires de rétrocommissions occultes.
Dans le pourcentage particulièrement élevé des commissions liées à ce contrat (de 16 milliards de francs), une partie aurait été reversée à des « personnalités physiques » françaises. Sans pour autant apporter de preuves, Alain Richard aurait précisé que l'« orientation des commissions » n'avait pu se faire avant 1993, sans « l'autorité du président de la République » (François Mitterrand) et après 1993 celle du Premier ministre (Edouard Balladur).

Ces déclarations d'Alain Richard, actuel maire de Saint-Ouen-l'Aumône (Val- d'Oise), viennent à point pour relancer l'enquête du juge Van Ruymbeke, qui dit se heurter au secret défense dont il devrait, selon nos informations, redemander - une ultime fois - la levée.

D'après les informations du Point, d'autres personnalités de gauche comme de droite (d'anciens ministres) pourraient être entendues sur leur rôle dans la répartition des commissions ou sur l'arrêt des versements à partir de 1995.
Jean-François Jacquier, Le point 27/07/06 - N°1767 - Page 26

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