Jean-Pierre Destrade ...
Les agendas de M. Destrade

31 mai 2006 : Réintégré au PS ?
21 avril 2005 : Prison ferme
7 août 2004 : Jean-Pierre Destrade en correctionnelle
28 janvier 2002 : Madame Destrade parle
23 novembre 2001 : Opération de déstabilisation autour de Jospin
20 novembre 2001 : Lionel Jospin plaide non coupable
07 novembre 2001 : Le Premier ministre Lionel Jospin entendu comme témoin

L'enquête sur l'affaire Destrade continue d'embarrasser le Parti socialiste et ses dirigeants. Hervé Gattegno, Le Monde, 15 mai 2001, p. 12

Saisis dans le cadre de l'enquête instruite à Pau sur le financement du PS par la grande distribution, les agendas de Jean-Pierre Destrade mentionnent huit rendez-vous avec Pierre Moscovici en 1993 et 1994, lorsque celui-ci était trésorier du PS. Ces mêmes agendas signalent deux rencontres avec Richard Moatti, alors membre de la commission des finances du PS, dont une, le 28 février 1990, "chez M. Jospin".

L'ÉLYSÉE suit le dossier avec une attention persistante. Depuis que la cohabitation s'est tendue et que les juges se sont ouvertement lancés sur les traces du président de la République, les conseillers de Jacques Chirac fondent sur l'instruction de l'"affaire Destrade" l'assurance d'une paix armée avec Matignon. Visiblement renseigné, le chef de l'Etat lui-même en évoque parfois les détails avec gourmandise, assurent deux députés de l'opposition qui disent en avoir été témoins. Mis en examen depuis le mois de janvier 1995, à Pau (Pyrénées-Atlantiques), Jean-Pierre Destrade, ancien député et ancien porte-parole du Parti socialiste, a livré de nombreux éléments accréditant l'existence d'un financement occulte du PS par les groupes de distribution commerciale, en marge des autorisations d'implantation de grandes surfaces.

Parfois imprécises et contradictoires, les explications de M. Destrade ont pu être vérifiées sur plusieurs points d'importance. Certains dirigeants de grandes enseignes commerciales ont ainsi admis, devant le juge d'instruction de Pau, Thierry Pons, le versement de contreparties financières destinées aux partis politiques - et des membres des groupes Auchan, Casino, Rallye, Promodès et Carrefour ont été mis en examen. Trois cadres du PS chargés des questions de financement ont également été poursuivis, ainsi que l'ancien trésorier du parti, Henri Emmanuelli, dont M. Destrade assure avoir été l'émissaire, de 1988 à 1992. Dans l'organigramme du PS comme dans le temps, l'enquête n'est pas allée au-delà.

"Ces questions de financement n'étaient pas débattues au sein des instances du PS, assurait au juge M. Destrade, en 1999. Le trésorier était un homme seul..." Après la publication, dans Le Figaro, de propos impliquant "la direction nationale" du PS, M. Destrade a précisé, devant le juge, le 19 février, avoir été "missionné par M. Emmanuelli courant octobre 1988, alors qu'il était devenu le numéro deux du PS, au moment où Pierre Mauroy a succédé à Lionel Jospin", ajoutant qu'il n'avait "jamais discuté avec un quelconque autre membre du PS de ces problèmes de financement".

Saisis par la police en 1995, alors que l'ancien député était incarcéré, les agendas de M. Destrade laissent pourtant entrevoir d'autres contacts ultérieurs, sur lesquels il n'a pas été interrogé. Ils mentionnent en effet huit rendez-vous, dont plusieurs "au parti", avec Pierre Moscovici en 1993 et 1994 - donc quand celui-ci était trésorier du PS. M. Destrade avait alors quitté toute fonction officielle au sein du PS, mais avait été appelé par M. Emmanuelli à la présidence de l'Assemblée nationale, avec un titre de "conseiller technique" qui lui ouvrait encore la porte de quelques éminences socialistes - dont plusieurs ministres de l'époque.

"Je n'ai jamais parlé avec M. Destrade d'aucune affaire relative au financement des partis", a répondu au Monde M. Moscovici, aujourd'hui ministre délégué chargé des affaires européennes. Estimant "peu crédible" l'accumulation de ces entrevues, il a indiqué avoir "souvent rencontré M. Destrade, pendant les vacances", alors qu'il séjournait à Biarritz. "M. Destrade était un élu sympathique, qui me rendait visite en voisin, me proposait des places de corrida, rien de plus", précise-t-il, ajoutant qu'il avait "découvert dans la presse", en 1995, le rôle que s'attribue l'ex-député dans le financement du PS.

"INVENTÉES DE TOUTES PIÈCES"
Les mêmes agendas - hormis celui de 1992, resté introuvable - signalent aussi deux rendez-vous avec l'homme d'affaires Richard Moatti, alors membre de la commission de contrôle des finances du PS et ami personnel de Lionel Jospin (lire ci-dessous). Présenté par M. Destrade comme ayant joué auprès du groupe Carrefour "le même rôle que -lui-même- remplissait auprès des autres enseignes", M. Moatti a contesté les déclarations de l'ancien député, affirmant que les mentions retrouvées dans ses agendas - dont l'une indique, à la date du 28 février 1990, un déjeuner "chez M. Jospin" - avaient été "inventées de toutes pièces". Mis en examen, le 16 février 2000, pour "complicité et recel de trafic d'influence", l'homme d'affaires a aussi nié s'être rendu à Montpellier, en mai 1990, pour y traiter un dossier relatif à l'implantation d'un magasin Carrefour. Mais la présence, dans son propre carnet d'adresses, des numéros de téléphone de M. Destrade - dont certains périmés depuis 1988 - paraît attester des relations anciennes que M. Moatti s'est efforcé de minimiser.

L'examen d'une opération de Carrefour, à Tourville-la-Rivière (Seine-Maritime), en 1989, a corroboré les propos de M. Destrade sur un autre point. Ainsi qu'il l'avait suggéré, un versement - de 1 million de francs - avait été effectué en marge de ce projet au profit d'Urbatechnic, bureau d'études qui servait alors de plaque tournante au financement du PS. L'ancien PDG d'Urba, Gérard Monate, a modéré les accusations qu'il avait spontanément portées contre M. Emmanuelli (Le Monde du 26 avril), mais l'un de ses anciens adjoints a confirmé le principe d'un prélèvement sur les attributions de grandes surfaces conforme aux descriptions de M. Destrade. Au point que l'avocat de ce dernier, Me Thierry Sagardoytho, assure que le "système" décrit par l'ex-député "n'est plus sérieusement contestable". Les dirigeants du PS en pensent peut-être autant : aux dernières élections cantonales, ils ne lui ont pas donné l'investiture, mais n'ont présenté aucun candidat contre lui. Conseiller général sortant, M. Destrade a été réélu, le 19 mars, avec 57,5 % des voix.

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AFFAIRE DESTRADE. Opération de déstabilisation autour de Jospin
Une fausse lettre mettant en cause le Premier ministre et son ami Richard Moatti a été découverte lors d'une perquisition en mars 2000. Une plainte a été déposée pour tenter d'identifier le ou les auteurs de cette manipulation.

EN MARGE de l'affaire Destrade, le juge Pons de Pau a découvert une savante tentative de déstabilisation de Lionel Jospin. Un courrier signé du géant de la distribution Auchan mettant en cause « Richard Moatti, ami personnel et proche conseiller de Lionel Jospin », a été retrouvé lors d'une perquisition. Or, il s'avère être un faux subtil, rédigé après coup. Qui en est à l'origine ? Un corbeau bien renseigné ? Une officine quelconque souhaitant mettre en cause le Premier ministre ? D'anciens socialistes réglant des comptes ? Toutes les hypothèses restent ouvertes. Quoi qu'il en soit, Richard Moatti, l'homme d'affaires mis en cause dans l'enquête sur le financement présumé occulte du PS via l'implantation de grandes surfaces, décide de contre-attaquer. Après avoir demandé en vain durant l'été un non-lieu, il dépose aujourd'hui plainte pour « faux et usage », à quelques semaines d'une confrontation avec Jean-Pierre Destrade. Cette plainte, confiée au doyen des juges d'instruction de Pau, Christian Mirande, permettra peut-être de démasquer le ou les auteurs de la manipulation. Quel qu'il soit. Y compris à gauche. « En choisissant de se défendre, Moatti envoie un avertissement au PS », glisse un observateur du dossier.

« Un souvenir de mon passage au ministère »
Tout démarre en décembre 1998. Un mystérieux corbeau écrit au juge Pons et lui suggère d'entendre Patrick Francoz, l'ancien directeur de cabinet de Gilbert Baumet, secrétaire d'Etat socialiste au Commerce et de l'Artisanat dans le dernier gouvernement Bérégovoy, entre 1992 et 1993. En mars 2000, les policiers sonnent finalement chez Patrick Francoz, dans le sud de la France. Magistrat, ancien membre de la chambre régionale des comptes de Marseille, et actuellement en poste au tribunal administratif de Montpellier, Patrick Francoz se retrouve en garde à vue. Chez lui, les enquêteurs tombent sur un courrier signé du directeur du développement d'Auchan. Daté du 27 octobre 1992, et adressé à Gilbert Baumet, le courrier est une demande d'intervention afin d'obtenir une ouverture de grande surface à Bouc-Bel-Air (Bouches-du-Rhône). Mais surtout, le cadre d'Auchan écrit : « Richard Moatti, un ami personnel et proche conseiller de Lionel Jospin, porte nos intérêts. » Les enquêteurs sont alors persuadés de détenir la preuve de l'influence de Moatti dans les opérations commerciales et, derrière, l'ombre du Premier ministre. En février 2000, l'homme d'affaires vient d'être mis en examen pour « recel d'abus de biens sociaux, recel et complicité de trafic d'influence ». Mais cette lettre s'avère être un faux. Rédigé sur du papier à en-tête d'Auchan, le document comporte un numéro du registre du commerce qui n'existait pas en 1992. Qui l'a rédigé ? Dans quel but ? Patrick Francoz reste sans explication. Il affirme avoir reçu le document bien après son départ du ministère, « en 1999 ». « J'aurais peut-être dû être de le jeter, mais je l'ai conservé dans un album photo souvenir de mon passage au ministère », nous explique-t-il. Gilbert Baumet, jamais interrogé dans l'enquête, nous assure n'avoir jamais reçu Richard Moatti et « s'être opposé au projet Auchan de Bouc-Bel-Air ». Enfin, Richard Moatti nous assure tomber des nues et être étranger à l'opération citée. L'ami de Lionel Jospin, aujourd'hui interdit de séjour à Matignon, veut savoir qui a monté cette manipulation. Dans sa plainte, l'homme d'affaires suggère, à demi-mot, toutes les pistes. Il cite le nom d'un actuel ministre fabiusien, qui aurait contacté le cabinet Gilbert Baumet à l'époque, pour savoir « s'il détenait des informations précises sur les projets de grandes surfaces en cours ». Interrogé hier, le ministre cité, jamais entendu dans le dossier Destrade, nous a indiqué « ne s'être jamais occupé de grandes surfaces ».
Christophe Dubois et Laurent Valdiguié, Le Parisien , vendredi 23 novembre 2001

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FINANCEMENT DU PS. Lionel Jospin se défend face au juge

Face au juge de Pau Thierry Pons, venu l'interroger en tant que simple témoin à son domicile parisien, Lionel Jospin a affirmé avoir « appris par la presse » les prétendues collectes de fonds occultes réalisées pour le Parti socialiste.

DES QUESTIONS précises, des réponses brèves. Le tête-à-tête entre le juge Pons et Lionel Jospin, qui s'est déroulé le mardi 20 novembre 2001 entre 19 h 30 et 21 heures, tient en deux pages. Le Premier ministre a été entendu comme témoin à son domicile personnel, rue du Regard à Paris (VIe arrondissement). Le juge d'instruction voulait recueillir ses explications sur une affaire de financement occulte du PS et de l'ex-MRG par la grande distribution. Principal accusateur : Jean-Pierre Destrade, ex-député (1981-1988) et ancien porte-parole du PS.
Première question : « Quelles étaient vos fonctions à l'époque des faits visés par la procédure ? » « Ministre de l'Education nationale entre 1988 et 1992. » Une fonction qui l'éloigne de toute question de financement politique. « Quelles étaient vos liens avec Jean-Pierre Destrade ? » poursuit le juge. « Je le connais bien comme élu et responsable socialiste », souligne Lionel Jospin, qui reconnaît avoir entretenu des « relations cordiales » avec lui, mais l'a « beaucoup moins vu en 1988 ». Ce que semblent confirmer les agendas saisis chez Jean-Pierre Destrade (voir ci-dessous).

« Des réunions collectives à caractère politique »
Cependant, avant 1988, les rencontres ont été fréquentes. « Des réunions collectives à caractère politique », précise l'ancien patron du PS, qui insiste : « Je n'ai jamais eu aucun rendez-vous particulier avec lui et je ne l'ai jamais reçu chez moi. » Pour écarter tout soupçon, il ajoute encore qu'il n'a jamais vu Jean-Pierre Destrade avec Richard Moatti, homme d'affaires proche de Lionel Jospin. Moatti est mis en examen dans cette affaire depuis février 2000 pour « complicité d'abus de biens sociaux et recel de trafic d'influence ». Le Premier ministre conteste également formellement l'existence d'un rendez-vous à son domicile entre Richard Moatti, Jean-Pierre Destrade et lui-même, pourtant inscrit dans les agendas de Destrade. Ce rendez-vous n'a, selon lui, « jamais existé ».
Puis, le juge d'instruction entre dans le vif du sujet : « Avez-vous eu connaissance de la mission de Jean-Pierre Destrade ? » interroge-t-il. Ce dernier aurait été mandaté par le PS pour collecter des fonds occultes auprès de la grande distribution pour un montant estimé à 33 millions de francs. « Non, simplement par la presse », répond le Premier ministre. « Il m'est difficile de m'exprimer sur ce sujet, continue étrangement Lionel Jospin. Jean-Pierre Destrade dit beaucoup de choses et tout n'apparaît pas crédible », souligne-t-il. Le juge revient ensuite sur les déclarations de Jean-Pierre Destrade, qui a expliqué que le rôle de collecteur de fonds auprès de la grande distribution lui aurait été confié en 1986 par André Laignel, ex-trésorier du PS. « Je découvre cette proposition », assure Lionel Jospin, qui était pourtant alors patron incontesté du PS.
Le magistrat reprend également les déclarations de Gérard Monate, ancien dirigeant du bureau d'études Urba, qui a expliqué que Jean-Pierre Destrade avait été précédé par Claude Faux (mari de Gisèle Halimi), dans ce rôle de collecte de fonds. « Je ne dispose d'aucune information à cet égard », soutient Lionel Jospin. Même réponse négative lorsqu'il est interrogé sur la répartition des fonds entre le PS et le MRG.

« Un chef d'entreprise qui travaille pour lui-même »
La deuxième partie de l'entretien a été consacrée à Richard Moatti, très proche de Lionel Jospin, interdit de séjour à Matignon depuis le début de ses ennuis judiciaires. « C'est un ami personnel depuis le début des années quatre-vingt », confirme cependant le Premier ministre. Le juge lui demande s'il a été informé des « activités réelles » de son ami, accusé par Destrade d'avoir joué comme lui le rôle de collecteur de fonds auprès de Carrefour. Lionel Jospin répond : « Pour moi, Richard Moatti est un chef d'entreprise, qui travaille pour lui-même. »
Les deux hommes ont d'ailleurs visiblement échangé sur la question : « Il m'a indiqué n'avoir jamais eu ce type d'activités en dehors de ses propres affaires », précise le chef du gouvernement. « Est-ce qu'il vous a aidé financièrement pour les campagnes électorales de 1988 et 1993 ? » « Non, répond encore Jospin. Pas plus, d'ailleurs, qu'antérieurement. »
Entendu le lendemain, Pierre Moscovici, trésorier du PS entre 1992 et 1994, ministre délégué aux Affaires européennes, a également affirmé que, sous son autorité, « le financement du parti a toujours fonctionné dans le cadre de la loi ».
Après six ans d'instruction, le dossier Destrade pourrait être désormais bientôt clos. En ayant à peine effleuré Lionel Jospin.
Christophe Dubois, Le Parisien, mercredi 28 novembre 2001, p. 16

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Les extraits des agendas de M. Jean-Pierre Destrade, versés au dossier judiciaire, constituent à eux seuls un morceau d'histoire de la mitterrandie et de la jospinie. Ces carnets démontrent l'étendue des relations de œt ancien député, sans pour autant établir de liens avec son activité présumée de « collecteur de fonds ».
En 1987, les enquêteurs ont ainsi relevé cinq rencontres ou déjeuners avec Lionel Jospin, mais aussi un rendez-vous avec Pierre Joxe, puis un petit déjeuner chez Laurent Fabius.
En 1988, les rendez-vous s'espaœnt avec Lionel Jospin, mais il le voit encore à quatre reprises, notamment le 1er juillet et le 15 décembre, au ministère de l'Education nationale. Autres rendez-vous : un « buffet place Beauvau chez Pierre Joxe», deux rencontres avec Michel Charasse (ministre du Budget), un « déjeuner chez Jean Glavany avec François Mitterrand », un autre avec Michel Delebarre (ministre des Transports) et des réunions avec Henri Emmanuelli.

En 1989, Jean-Pierre Destrade croise encore Lionel Jospin (notamment le 26 juillet à son ministère), et toujours Pierre Joxe, Michel Charrasse. Henri Emmanuelli...
En 1990, de nouveaux noms apparaissent Le 27 juin. Il va à la garden-party du Premier ministre Michel Rocard. Le 4 juillet il rencontre Christian Sauter, secrétaire général adjoint de l'Elysée. Puis est mentionné un déjeuner « chez Jospin », contesté par ce dernier, et un dîner le 21 déœmbre.
En 1991, les rendez-vous se font plus rares.
L'agenda de 1992 a, lui, disparu ...
En 1993, de nouveau des rencontres avec Joxe, Glavany... Mais aussi le 16 juin, un rendez-vous avec Richard Moatti à la brasserie Solferino. C'est à œtte époque qu'apparaît le nom de Pierre Moscovici, qui a démenti toute participation à une opération illégale. Au passage, Destrade croise également le député Daniel Vaillant.
Autant de « connaissances » qui expliquent peut-être la relative mansuétude du PS, qui n'a jamais exclu de ses rangs Jean-Pierre Destrade, actuel conseiller général (PS) dans les Pyrénées-Atlantiques.
C.D., Le Parisien, 28 novembre 2001, p. 16

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Financement occulte du PS « Certains chargent mon mari pour s'exonérer »

POUR la première fois, Geneviève Destrade, l'épouse de Jean-Pierre Destrade, ancien député (PS) des Pyrénées-Atlantiques mis en examen dans le dossier de financement occulte du PS par des grandes surfaces, s'exprime.
Elle a été entendue vendredi dernier (25 janvier 2002) comme témoin à Pau par le juge Pons pour répondre d'accusations portées contre elle et son mari par le ministre de l'Agriculture.

Dans un courrier adressé au juge le 14 novembre 2001, Jean Glavany s'en prend violemment à votre mari qu'il dit « atteint de troubles psychologiques graves ». Quelle a été votre réaction ?

Geneviève Destrade.
J'ai essayé pendant des années de ne pas montrer ce que je ressentais. J'ai tenu à garder une certaine dignité. Cette lettre contient des contre-vérités et des propos tout à fait odieux. Comment un ami peut-il faire cela ?

Ce courrier a été écrit sur un papier à en-tête du ministère de l'Agriculture. Cette démarche est-elle, selon vous, individuelle ou a-t-elle été entreprise avec l'aval du gouvernement ?
Jean Glavany a expliqué avoir agi en « simple citoyen ». Dans ce cas-là, il aurait dû écrire sur un simple papier blanc. Je pense qu'il n'en a pas parlé à Lionel Jospin. Le Premier ministre ne l'aurait pas conseillé dans ce sens-là. Jean Glavany a commis une erreur politique car il se retrouve impliqué dans une procédure qui ne le concernait pas (NDLR : le ministre de l'Agriculture devrait être entendu comme témoin à son tour après accord du Conseil des ministres).

Avez-vous gardé des contacts avec Lionel Jospin ?
Le pouvoir éloigne des relations amicales antérieures mais c'est simplement parce qu'il est moins disponible. De plus, Lionel Jospin ne passe plus jamais ses vacances sur la côte basque. Enfin, je le voyais aux réunions du parti où je ne vais plus.

Selon Jean Glavany, le précédent juge chargé de ce dossier vous aurait dit que votre mari resterait en prison tant qu'il ne « donnerait » pas Henri Emmanuelli.
C'est grave, car tout est faux. J'avais téléphoné à Jean Glavany, mais aussi à d'autres proches, car je n'avais pas les moyens d'assurer la défense de mon mari. Mes amis personnels ont créé une association dans ce but. Je crois savoir que Jean Glavany y a participé. Je comprends d'autant moins ses dernières attaques contre nous. Il refait l'histoire. Il ment.

Que pensez-vous du système de financement des partis qui existait à l'époque où votre mari était chargé de la « collecte » auprès des grandes surfaces ?
Il ne faut pas oublier que jusqu'en 1990 il n'y avait pas de loi sur le financement politique. Tout ce qui se faisait ne pouvait donc qu'être illégal. En arrivant à la tête du parti, Henri Emmanuelli a immédiatement alerté le gouvernement pour que ces financements soient légalement définis. Malheureusement, les pratiques antérieures ont continué pendant six mois à un an après l'entrée en vigueur de cette loi.

Plus précisément, que pensez-vous du rôle de votre mari ?
Il est facile aujourd'hui de se retrancher derrière ses difficultés financières. C'est vrai qu'il a commis des erreurs. Mais certains l'ont « chargé » pour s'exonérer de toute responsabilité. Il faudrait qu'un jour des hommes politiques aient le courage d'assumer cette période.
Propos recueillis par Christophe Dubois, Le Parisien , lundi 28 janvier 2002, p.15

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Non-lieu pour Henri Emmanuelli dans l'affaire Destrade

BORDEAUX (Reuters) - Un non-lieu a été prononcé au bénéfice du député socialiste des Landes Henri Emmanuelli au terme de neuf ans d'instruction dans le cadre de l'affaire Destrade, a-t-on confirmé de source judiciaire.
Un non-lieu a également été prononcé pour 17 autres personnes poursuivies dans ce dossier. Les parties civiles ont dix jours pour faire appel de cette décision.

En revanche, 21 personnes sont renvoyées devant le tribunal correctionnel de Pau, dont Jean-Pierre Destrade, le seul homme politique à avoir été incarcéré dans cette affaire, a-t-on précisé de source judiciaire à la suite d'une information du quotidien Sud-Ouest.

Henri Emmanuelli, trésorier du Parti socialiste au moment des faits au début des années 1990, avait été mis en examen pour trafic d'influence, recel de trafic d'influence et recel d'abus de biens sociaux.

Jean-Pierre Destrade, ancien député PS des Pyrénées-Atlantiques et aujourd'hui conseiller général des Pyrénées-Atlantiques, a passé huit mois en détention après sa mise en examen en janvier 1995 pour escroqueries, recel d'abus de biens sociaux et faux en écritures privées et usage, notamment.

Jean-Pierre Destrade avait affirmé avoir mis en place entre 1988 et 1992 un réseau de trafic d'influence à la demande d'Henri Emmanuelli pour alimenter les caisses du PS et du Mouvement radical de gauche (MRG).

Jean-Pierre Destrade, à l'époque membre de la Commission nationale d'urbanisme commercial (CDUC), aurait ainsi récupéré des sommes importantes auprès de groupes de la distribution en échange d'autorisations d'ouverture ou d'extension de grandes surfaces.

Henri Emmanuelli avait été condamné le 5 juin 1997 à 18 mois de prison avec sursis pour complicité de trafic d'influence et recel par le tribunal correctionnel de Lyon dans le cadre de l'affaire des fausses factures du bureau d'études Urba.

Cette condamnation avait entraîné pour l'élu PS une inéligibilité de deux ans.
yahoo.fr, actualités, samedi 7 aout 2004, 13h20

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(21 avril 2005) Prison ferme pour Jean-Pierre Destrade
L'ancien porte-parole du PS condamné pour escroquerie et trafic d'influence.

Jean-Pierre Destrade, ancien porte-parole du PS, actuel conseiller général divers gauche des Pyrénées-Atlantiques, a été condamné hier par le tribunal correctionnel de Pau à trois ans de prison, dont un an ferme, pour trafic d'influence, escroquerie et dénonciation de délit imaginaire. Fin piteuse de l'affaire Destrade, que l'intéressé avait tenté en vain de transformer en affaire de financement du PS pour essayer de justifier les invraisemblables flux financiers (20 millions d'euros) entre ses 67 comptes ouverts dans 25 banques.

Dans un premier temps, l'ex-hiérarque socialiste s'est dit victime d'un racket de l'ETA, puis, du fond de sa cellule, a mouillé ses anciens camarades en se disant mandaté par le PS pour collecter des fonds occultes auprès des grandes surfaces, en contrepartie d'autorisations d'implantation d'hypermarchés. Qualifié alternativement de «fabulateur pathologique» ou de «sympathique aspirateur à fric», Destrade a fini par avouer, en bout de course, que la mise en cause du PS (et du PRG) ne relevait que d'une «simple déduction» de sa part. Mais ses accusations ont initialement porté : Henri Emmanuelli (trésorier du parti de 1988 à 1992), Aïssa Khelifa, Laurent Azoulay et Gérard Peybernes (anciens membres de la commission de financement du PS), Richard Moatti (ami de trente ans de Lionel Jospin) et Michel Dary (ancien trésorier du PRG) ont été mis en examen avant de bénéficier d'un non-lieu l'été dernier. Au final, l'accusation ne retient qu'un «enrichissement personnel» sans lien avec un «financement politique» au niveau national. A la barre, Destrade se défend en prétextant la prise en charge de ses frais politiques locaux, «douze campagnes électorales en seize ans».

Sa petite musique a néanmoins été entendue, puisque quelques ténors des hypermarchés ont aussi été condamnés en sa compagnie, dont Gérard Mulliez, président du conseil de surveillance d'Auchan (dix mois avec sursis).

Lui-même s'en sort relativement bien : sa peine d'un an ferme couvre sa détention provisoire, il demeure donc libre. Et le tribunal de Pau s'est abstenu de prononcer une peine d'inéligibilité, pourtant automatique, source d'un futur pataquès judiciaire.
Par Renaud LECADRE, vendredi 22 avril 2005 (Liberation - 06:00)

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mercredi 31 mai 2006, 21h21 Le PS dément que Jean-Pierre Destrade ait réintégré le parti

PARIS (AFP) - La direction du Parti socialiste a démenti mercredi que Jean-Pierre Destrade, ancien député, ancien porte-parole du PS dans les années 80 et exclu du PS, ait réintégré le Parti socialiste.

"Je tiens à démentir le fait que la direction du Parti socialiste aurait accepté l'adhésion de Jean-Pierre Destrade dans le cadre de la campagne d'adhésion à 20 euros", a affirmé dans un communiqué Stéphane Le Foll, directeur de cabinet du premier secrétaire François Hollande.

"Une circulaire très claire a été envoyée à toutes les fédérations dès le début de la campagne expliquant qu'elle était réservée aux nouveaux adhérents" et "ne peut en aucun cas servir de moyen pour adhérer à des militants qui ont été exclus", a affirmé M. Le Foll.

"Le conseil fédéral du PS pour les Pyrénées-Atlantiques a rejeté cette demande (de réintégration) par 34 voix contre 2, compte tenu des attendus du jugement concernant M. Destrade", a expliqué de son côté Pierre Chéret, premier secrétaire fédéral des Pyrénées-Atlantiques.

M. Destrade avait été condamné en avril 2005 par le tribunal correctionnel de Pau à 3 ans de prison dont 2 avec sursis et à 10.000 euros d'amende pour une affaire de trafic d'influence et d'escroquerie.

Cet élu au conseil général des Pyrénées-Atlantiques, où il siège depuis son exclusion parmi les non-inscrits, avait assuré dans un communiqué diffusé mardi qu'il avait "réadhéré" au PS.

Sa demande de réintégration auprès de la fédération socialiste a été rejetée en janvier 2006. Plus récemment, M. Destrade avait de nouveau demandé sans succès son adhésion par l'intermédiaire de la campagne lancée par le PS via internet, a indiqué M. Chéret.

Dans un communiqué diffusé mardi, M. Destrade avait apporté son soutien à Ségolène Royal dans la course à l'investiture socialiste pour l'élection présidentielle de 2007 et souligné qu'il entendait "prendre une part active dans le comité de soutien" en faveur de la candidature de Mme Royal.
Yahoo.fr, actualités, mercredi 31 mai 2006, 21h21

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