Pierre Bédier

Mai 2008 : Corruption : Prison et privations confirmées
Avril 2008 : Appel, confirmation de la condamnation demandée
Décembre 2006 : 18 mois d'emprisonnement avec sursis, 50.000 euros d'amende et trois années de privations des droits civiques et civils (6 ans inéligible), appel.
Septembre/Octobre 2006 : Le procès
(24 octobre) Inéligibilité demandée
(23 octobre) Un complot, la "machination" de deux femmes
(27 septembre) L'hommage au frère Delfau ; la veuve du sulfureux ;
(25 septembre) Premier jour

Décembre 2004
(05 décembre) L'ancien ministre réélu député. Félicitations du nouveau président de l'UMP, Nicolas Sarkosy

Janvier 2004
( 21 janvier) Corruption passive et recel d'abus de biens sociaux, le ministre démissionne
(06 janvier) Convocation du secrétaire d'Etat

Septembre 2003
(27 septembre) Les aveux de Delfau
(18 septembre) Nouvelle mise en examen
(9 septembre) La concubine du premier adjoint victime d'une crise cardiaque lors de sa garde à vue
(14 septembre) Son étrange "suicide"

(5 septembre) L'enquête dans laquelle Pierre Bédier est mis en cause est élargie à des faits de corruption

Selon des témoignages recueillis par le juge Courroye, le secrétaire d'Etat aux programmes immobiliers de la justice aurait perçu des fonds d'un entrepreneur alors qu'il était maire de Mantes-la-Jolie Le procureur de Paris a gâché la rentrée de Pierre Bédier, mis en cause depuis plusieurs mois dans une enquête financière. En délivrant, mercredi 3 septembre, au juge d'instruction parisien Philippe Courroye un réquisitoire supplétif pour "corruption" et "prise illégale d'intérêts", le parquet a considérablement obscurci l'avenir judiciaire du secrétaire d'Etat aux programmes immobiliers de la justice, qui devrait être prochainement convoqué dans les locaux du pôle financier parisien.

M. Bédier est soupçonné d'avoir perçu des fonds en espèces d'un entrepreneur en contrat avec la mairie de Mantes-la-Jolie (Yvelines), ville dont il a été le maire de 1995 à 2002. Deux autres élus UMP des Yvelines, le maire de Poissy et député du département Jacques Masdeu-Arus, et Gilles Forray, son premier adjoint chargé des affaires économiques, sont l'objet d'accusations similaires.

SOCIÉTÉ DE NETTOYAGE

Déclenchée début 2002 suite à une dénonciation visant Michel Delfau, un homme d'affaires à la tête de sociétés sous contrat avec plusieurs municipalités, l'enquête préliminaire avait débouché, le 21 mai 2003, sur l'ouverture d'une information judiciaire pour "abus de biens sociaux, abus de confiance, complicité et recel" et l'incarcération de M. Delfau.

Le juge Courroye a alors recueilli plusieurs témoignages, dont celui du comptable de Michel Delfau, ainsi que ceux de personnes situées dans l'entourage familial de l'homme d'affaires, indiquant qu'il avait pour habitude de verser des fonds en espèces à des décideurs politiques susceptibles de lui donner accès à des marchés publics. Le juge a également procédé, le 4 juin, à des perquisitions dans les mairies de Mantes et de Poissy. L'exploitation des documents saisis et le recueil de nouvelles auditions ont incité le parquet de Paris à étendre la saisine du juge d'instruction à des faits de "corruption". Le réquisitoire supplétif a été délivré "contre Michel Delfau et tous autres".

Le choix de cette incrimination indique que les magistrats jugent crédibles les témoignages établissant un lien entre les remises de fonds occultes et l'obtention par les sociétés de M. Delfau de marchés publics, à Mantes-la-Jolie et à Poissy. La qualification de "prise illégale d'intérêts" a, elle, été retenue après que les enquêteurs eurent découvert que la SCI qui louait, à Poissy, des locaux à Ainett – l'une des sociétés de nettoyage de M. Delfau – était gérée par Mmes Masdeu-Arus et Forray, les épouses des deux principaux élus de cette municipalité.

"ENVELOPPES RECTANGULAIRES"

Concernant Pierre Bédier, le juge dispose désormais de quatre témoignages concordants, tous situés dans l'entourage de Michel Delfau : la femme, une ancienne amie, l'un des fils et le comptable de ce dernier ont indiqué aux enquêteurs que M. Delfau avait remis des fonds à l'actuel secrétaire d'Etat – ainsi qu'à MM. Masdeu-Arus et Forray. Seules les deux femmes ont certifié avoir assisté directement à des remises d'espèces. Mme Delfau – en procédure de divorce avec son mari – s'est notamment souvenu avoir assisté, "en 1999 et 2000", près de la Maison de la Radio puis dans le quartier de l'Opéra, à deux remises de fonds. Si Mme Delfau assure avoir vu les billets, l'ancienne amie de son mari l'a simplement vu remettre des "enveloppes rectangulaires", qu'elle supposait remplies d'argent liquide, à M. Bédier.

Au cours de sa garde à vue dans les locaux de la brigade financière, le comptable de M. Delfau, Jean-Pierre Pecriaux, avait indiqué qu'il estimait "les montants versés -par M. Delfau aux trois élus- à 200 000 à 300 000 francs par an, en fonction des retraits effectués". Interrogé sur le fait de savoir si son patron ne s'était pas inscrit dans "une logique de corruption", M. Pecriaux avait répondu : "Non, je n'en ai jamais eu l'impression. Pour lui, c'était naturel. On ne pouvait pas faire autrement pour obtenir des marchés." Sollicité par Le Monde, M. Bédier n'a pu être joint. Le 28 août, il avait déclaré, sur France-Inter : "Si naturellement la justice veut m'entendre sur le sujet (...), je me rendrai bien volontiers à son invitation pour lui dire ce qu'il en est." "Dans cette affaire, (...), je suis d'une parfaite sérénité", avait-il ajouté.
Fabrice Lhomme, ARTICLE PARU DANS L'EDITION DU 06.09.03, LE MONDE | 05.09.03 | 13h36

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(9 septembre 2003) La compagne d'un élu décède après sa garde à vue
La compagne d'un adjoint au maire de Poissy (Yvelines) est décédée hier d'un malaise cardiaque survenu peu après sa garde à vue dans une enquête financière où sont mis en cause plusieurs élus dont le secrétaire d'Etat Pierre Bédier.

LA MORT au bout de la garde à vue. Chantal Gueroult, 56 ans, ancienne proviseur de lycée, a été arrêtée vendredi soir dans le cadre de l'enquête mettant en cause Pierre Bédier, le secrétaire d'Etat aux Programmes immobiliers de la Justice. Elle est décédée soixante-quatre heures après, d'une crise cardiaque. Dès hier, une enquête a été confiée à l'IGS, l'inspection générale des services, et le parquet de Paris devait ouvrir hier une information judiciaire pour « recherche des causes de la mort ». Selon l'avocat de la famille, M e Beaudoin du Belloy, une plainte devrait être déposée pour « tenter de comprendre ce qui a pu se passer ».

Son fils réclame « le dessaisissement du juge Courroye »

Emeric, 15 ans, un des trois enfants de Chantal Gueroult s'interroge : « Ma mère était en bonne santé, il n'y avait aucune raison de la mettre sous pression de la sorte, en allant la chercher à la descente de l'avion. » Sous le choc, l'adolescent réclame « le dessaisissement du juge Courroye ». « Tout le monde comprend l'émotion de cette famille, confie pour sa part un enquêteur, c'est évidemment très triste, mais toute cette garde à vue s'est déroulée de façon très banale. »

Orly, vendredi, 21 h 40. Chantal Gueroult descend du vol de Marrakech. Cette ancienne proviseur du lycée Charles-de-Gaulle de Poissy, est devenue voilà quatre ans environ la compagne de Gilles Forray, premier adjoint au maire UMP de Poissy, chargé des affaires économique et vice-président du conseil général des Yvelines. Forray est soupçonné par les enquêteurs d'avoir perçu des enveloppes de Michel Delfau, un gros fournisseur de la ville. Il est également soupçonné d'avoir bénéficié d'un prêt gracieux, et, enfin, d'avoir profité de la mise à disposition d'un appartement, un duplex, à Marrakech. Incarcéré depuis le mois de mai, Michel Delfau nie en bloc ces cadeaux et l'appartement de Marrakech qui, selon lui, appartient à une de ses sociétés. En interpellant Chantal Gueroult, les enquêteurs attendent donc des explications sur le Maroc, d'autant que l'ancienne proviseur y possède un compte bancaire.
Après une première nuit dans la geôle de la brigade financière, la mère de famille est entendue pendant une heure le samedi, puis pendant trois heures le samedi après-midi, jusqu'à 20 heures. « Son état de santé est normal et compatible avec la garde à vue sous réserve de la prise de ses médicaments », écrit le médecin qui vient l'examiner. La mère de famille, qui souffre d'hypertension, a également sur elle une boîte de médicament antistress. Les policiers notent aussi qu'elle refuse de s'alimenter, et qu'elle n'accepte que « l'eau et le café sans sucre ». Pas de signe de stress, selon eux. Le lendemain dimanche, nouvelles auditions, pendant six heures, jusqu'à 17 heures. « Il n'est rien sorti de fracassant de ces interrogatoires, reconnaît un enquêteur et, à la fin, elle a insisté sur l'honnêteté de son compagnon. » Que se passe-t-il ensuite ? Le juge Courroye, demande aux policiers de transporter Chantal Gueroult au dépôt du palais de justice, pour ne l'entendre lui même que le lundi matin. Le magistrat avait convoqué Gilles Forray dans la foulée, ce matin. Mais ces auditions n'auront pas lieu. Selon la police, le premier malaise de leur témoin se déroule à 20 h 27, dimanche soir, dans le fourgon de transport jusqu'au palais de justice. Les pompiers puis le Samu auraient effectué des massages cardiaques provoquant son réveil, avant son transport à Créteil, à l'hôpital Henri-Mondor, puis à Paris, à l'hôpital militaire du Val-de-Grâce.

« On a préféré la faire mourir entre les mains de médecins plutôt qu'entre les mains de policiers »

Pourquoi ces transferts successifs ? C'est le principal sujet d'interrogation de la famille, qui s'étonne aussi d'un autre cafouillage : « J'ai été prévenu à 3 heures du matin par la police du décès de ma cliente, raconte M e du Belloy puis, durant la matinée, au Val-de-Grâce, on a d'abord dit à Gilles Forray qu'elle n'était pas morte, avant de lui annoncer son décès à 13 h 40. » « On a préféré la faire mourir entre les mains de médecins plutôt qu'entre les mains de policiers », commente Me Pierre-Olivier Sur, l'avocat de Michel Delfau.
En attendant les résultats de l'enquête et de l'autopsie, les syndicats policiers ont resserré les rangs dès hier, indiquant que « leurs collègues n'avaient commis aucune faute ». « Cette affaire était grotesque, elle devient dramatique », commente l'entourage de Pierre Bédier, qui s'attend à une convocation du juge Courroye. Quant à Jacques Masdeu-Arus, le maire de Poissy, lui aussi soupçonné dans ce dossier, il a rendu hommage à Chantal Gueroult, et a adressé hier soir « soutien et sympathie à son premier adjoint »...
Laurent Valdiguié, Le Parisien, mardi 09 septembre 2003, p. 13

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(14 septembre 2003) L'étrange « suicide » de Chantal Guéroult

La « police des polices » cherche à savoir comment la compagne de l'adjoint au maire de Poissy a pu ingérer un médicament à l'insu des enquêteurs. Conformément aux instructions, ils n'ont pas pratiqué une fouille « complète ».

C'EST UN PARADOXE tragique. Chantal Guéroult, 56 ans, est peut-être morte parce que les policiers de la brigade financière de Paris ne lui ont pas imposé une fouille suffisamment sévère au début de sa garde à vue, dans la soirée du 7 septembre. Les enquêteurs de l'IGS (Inspection générale des services) en charge des investigations sur les conditions du décès de la compagne de l'élu UMP Gilles Forray, premier adjoint au maire de Poissy (Yvelines), mis en cause dans une affaire de corruption, s'intéressent tout particulièrement à la manière dont cette retraitée de l'Education nationale a été traitée au début de son interrogatoire.

Une orientation liée aux premières constatations du professeur Pépin, en charge des analyses toxicologiques du corps de la défunte. Dans le sang de Chantal Guéroult, le médecin a fait une découverte surprenante : de la Nivaquine « en quantité importante », qui ne correspondrait pas, d'après une source judiciaire, « au dosage résultant d'un traitement régulier ». Médicament destiné à la prévention du paludisme, la Nivaquine peut être mortelle si la dose ingérée est supérieure à cinq grammes. Dans ce cas, le décès survient rapidement, par un arrêt circulatoire brutal. C'est précisément de cette manière que Chantal Guéroult a perdu conscience, à l'issue de deux jours de garde à vue, le dimanche 9 septembre vers 20 heures.

La justice se veut plus prudente que Gilles Forray

Dès avant-hier soir, à l'issue d'une conversation avec le juge d'instruction Claude Choquet, qui a lui fait part des premières découvertes du toxicologue, Gilles Forray a déclaré qu'il était désormais persuadé que sa compagne « s'était suicidée ». Hier, il a apporté d'autres précisions lors d'une mini-conférence de presse à Poissy. « Chantal avait toujours une sacoche de médicaments avec elle. Elle avait de la Nivaquine puisqu'elle travaillait à Abidjan en Côte d'Ivoire. Elle connaissait la dangerosité de ce produit. En cas de prise massive, l'effet est irréversible dans les deux heures. Or son malaise s'est produit quarante-huit heures après son interpellation. Elle est donc entrée en cellule avec la Nivaquine sur elle. »

L'élu a dénoncé « les fautes et les négligences de la police ». Pour l'heure, la justice se veut plus prudente que Gilles Forray. « Il est trop tôt pour dire que la Nivaquine a entraîné la mort, explique-t--on au parquet. Et, même dans ce cas, on ne peut pas affirmer que la prise de ce médicament a eu lieu pendant la garde à vue. Il faut étudier les interactions entre la forte dose de Nivaquine et les autres substances prescrites à M m e Guéroult. Les légistes nous remettront un rapport définitif et complet lundi après-midi. Nous serons alors fixés. »

« On inspecte les effets personnels, on pratique une palpation, mais on ne déshabille pas le gardé à vue »

Selon nos informations, les policiers de la brigade financière n'ont pas trouvé de Nivaquine dans la pochette de médicaments, mais seulement du Lexomil, un antidépresseur, et du Nisisco, destiné à traiter l'hypertension. Le médecin qui a examiné Chantal Guéroult au début de sa garde à vue lui a d'ailleurs prescrit ces substances, qui correspondaient à un traitement en cours. Comment se fait--il que les policiers n'aient pas trouvé de Nivaquine ? « A la brigade financière, on pratique rarement une fouille à corps complète, explique l'un d'eux. Nous avons rarement affaire à des personnes dangereuses. On inspecte les effets personnels, on pratique une palpation, mais on ne déshabille pas le gardé à vue. » En mars dernier, cette pratique a d'ailleurs été confortée par une circulaire de Nicolas Sarkozy. « Le ministre de l'Intérieur entend que devienne exceptionnelle la pratique de la fouille de sécurité, qui plus est avec déshabillage, précisait alors un communiqué de la Place Beauvau. Elle ne pourra être entreprise qu'en cas d'absolue nécessité, et en concertation avec l'officier de police judiciaire disposant des éléments lui permettant d'apprécier la dangerosité des individus. »

Chantal Guéroult n'était pas considérée comme un « individu dangereux ». Dans ces conditions, la compagne de Gilles Forray aurait parfaitement pu dissimuler des cachets de Nivaquine sous ses vêtements et les absorber à la fin de sa garde à vue, dans sa cellule ou aux toilettes. Si cette hypothèse se confirme, il restera encore à comprendre les raisons qui l'ont poussée à commettre ce geste désespéré.
Frédéric Vézard avec Stéphane Albouy et Yves Fossey, Le Parisien, 14 septembre 2003, p. 11

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(18 septembre 2003) Affaire Bédier
Echanges de faveurs
Nouvelle mise en examen pour Michel Delfau

L'AFFAIRE BÉDIER continue. Quatorze jours après le décès en fin de garde à vue de Chantal Guéroult, la compagne d'un élu de Poissy, le juge Courroye a repris le fil de ses investigations. Hier après-midi, le magistrat a entendu Michel Delfau, l'entrepreneur incarcéré depuis le mois de mai, soupçonné d'avoir versé des pots-de-vin à des élus des Yvelines. Déjà mis en examen pour abus de biens sociaux, Delfau a été mis en examen hier pour « corruption aggravée » envers trois élus UMP. A ce jour, Pierre Bédier, ancien maire de Mantes-la-Jolie, et actuel membre du gouvernement, Jacques Masdeu-Arus, maire de Poissy, et Gilles Forray, son premier adjoint, n'ont pas été interrogés par le juge, et demeurent présumés innocents. A l'origine de cette enquête, l'ex-Mme Delfau assure que son ancien mari remettait des fonds en espèces à ces élus. Concernant Pierre Bédier, trois autres témoignages, au dossier, évoquent des remises d'enveloppes à l'actuel secrétaire d'Etat aux Programmes immobiliers de la Justice.

Concernant les deux autres élus, ceux de Poissy, le maire Jacques Masdeu-Arus et son premier adjoint Gilles Forray, les enquêteurs ont mis à jour une série de liens avec Delfau, notamment une société civile immobilière, la SCI Gamma. Cette SCI, dont les principaux porteurs de parts sont les épouses des deux élus de Poissy, sous leurs noms de jeunes filles, a été propriétaire de locaux à Poissy. L'enquête a établi que ces locaux ont été loués à Ainett, une des sociétés de Delfau. Entendue comme simple témoin cet été, l'épouse de Gilles Forray a reconnu avoir créé la SCI Gamma à la demande de son mari. Elle a également été interrogée sur son embauche, il y a quelques années, dans une des sociétés de Delfau. « C'était un emploi véritable, à 8 000 F mensuels, pour faire du démarchage téléphonique et cela n'a duré que six mois », pondère un proche de Gilles Forray. Le magistrat soupçonne aussi cet élu, avec cette fois sa compagne Chantal Guéroult, d'avoir bénéficié d'un appartement à Marrakech, payé par le compte suisse d'une société de Delfau. Des devis, puis des factures de travaux, adressés à Chantal Guéroult, ont ainsi été réglés par elle, via un compte bancaire marocain. Les enquêteurs semblent également persuadés que Michel Delfau n'a jamais mis les pieds dans cet appartement censé lui appartenir. Lors de son audition d'hier, le chef d'entreprise aurait nié l'ensemble de ces soupçons.
Laurent Valdiguié, Le Parisien, jeudi 18 septembre 2003, p. 17

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(Septembre 2003) Delfau : « J'ai financé les municipales de 1983 à Poissy »

Pour la première fois, Michel Delfau, chef d'entreprise, incarcéré pendant quatre mois dans l'affaire Bédier, s'explique sur ses relations avec l'actuel secrétaire d'Etat aux Programmes immobiliers de la Justice.

MICHEL DELFAU a décidé de rompre le silence. Ce chef d'entreprise, dénoncé par sa femme, est soupçonné d'avoir versé des pots-de-vin à trois élus des Yvelines, dont Pierre Bédier, l'actuel secrétaire d'Etat aux Programmes immobiliers de la Justice. S'il se défend d'avoir versé des espèces, Delfau reconnaît ici que Pierre Bédier, alors maire de Mantes-la-Jolie, avait bien conseillé aux services municipaux de choisir « à prix et qualité égales » son entreprise.
Delfau admet également avoir « participé au financement de la campagne des municipales de 1983 à Poissy ». Enfin, il revient sur son divorce, met en cause sa femme et admet pour la première fois « un deal » avec Gilles Forray, premier adjoint de Poissy, concernant un appartement à Marrakech.

Vous sortez de quatre mois de détention, comment cela s'est--il passé ?
Michel Delfau. J'étais à Fleury-Mérogis. Les autres détenus disent que c'est la pire des prisons. C'est effectivement le Moyen Age. Cet été, en pleine canicule, nous n'avions même plus d'eau minérale. L'eau était en rupture de stock ! Les gens sont jeunes en prison, c'est pour cela qu'ils tiennent. Avec mes 70 ans, je faisais partie des plus vieux.

« Quelqu'un de bien informé me dit : "Ta femme sort de chez le procureur et elle vient de te balancer ainsi que trois élus !" »

Comment débute votre affaire ?
Pendant vingt-quatre ans, j'ai été marié à Aloka, une femme d'origine indienne de vingt-et-un ans ma cadette. Et puis en 1998, lors d'un voyage, j'ai découvert qu'elle me trompait avec mon meilleur ami. Au retour, j'ai demandé le divorce. Ensuite pendant deux ans, nous avons cohabité à la maison et au travail, puisqu'elle était toujours directrice des achats de ma société. C'est dire si je lui ai toujours fait confiance, aucun chèque ne sortait sans son aval ! Financièrement, avec elle, j'ai toujours été correct. Nous étions mariés sous le régime de la séparation, mais j'avais acheté à son nom une maison en Inde et une autre dans la région de Chamonix. Tout cela pour un montant d'environ 4 MF. Ces biens devaient lui rester, sans parler de la pension. J'ai donc pensé que le divorce se passerait bien. C'est mon meilleur ami qui m'a mis en garde. Il m'a dit : « Michel, attention, ce n'est pas après ton argent qu'elle en a, c'est après toi. Elle te détruira. » C'est ce qu'elle a fait. Pendant deux ans, au bureau, elle a fait des photocopies.

Quand avez--vous été prévenu du volet judiciaire ?
En juin 2002, quelqu'un de bien informé m'appelle et me dit : « Ta femme sort de chez le procureur et elle vient de te balancer ainsi que trois élus ! » Selon cette personne, le procureur a dit à ma femme qu'il ne pouvait rien faire sans écrit. J'ai appelé Pierre Bédier et je me souviens de sa réaction : « On fera face. Nous n'avons rien à nous reprocher. » Aloka a ensuite envoyé un texte au parquet.

Depuis quand connaissiez--vous ces trois élus, Jacques Masdeu-Arus, maire UMP de Poissy, son adjoint Gilles Forray et Pierre Bédier ?
De décembre 1969 jusqu'en 1995, ma société Nota-Intérim avait en charge tout le nettoyage du groupe Peugeot, dont j'ai connu tous les grands dirigeants. J'ai eu jusqu'à 17 000 employés sous mes ordres... Peugeot, comme chacun le sait, a une grosse usine à Poissy. Au début des années 1980, le RPR s'est intéressé à cette municipalité qui était tenue par les communistes. Peugeot ne voyait pas le changement d'un mauvais oeil. C'est moi qui ai servi d'interface entre Peugeot et l'équipe de Jacques Masdeu-Arus qui était dans l'opposition. En 1983, quand le RPR a pris la mairie, j'ai participé au financement de toute sa campagne. A l'époque, c'était légal. Dans la foulée, j'ai obtenu les marchés de nettoyage de Poissy et personne n'a trouvé cela anormal parce que le travail a toujours été bien fait. Je tutoie Masdeu et je suis devenu ami de son premier adjoint, Gilles Forray.

Et Pierre Bédier ?
J'ai connu Pierre à ce moment-là, en 1981. C'était un jeunot, il était le responsable de la section RPR de Poissy. Il venait de finir ses études et tirait le diable par la queue dans une compagnie d'assurances. Entre lui et moi, le courant est passé tout de suite. J'aime son dynamisme et je crois avoir été son père spirituel. S'il n'avait pas fait de politique, j'aurais voulu en faire mon successeur. Mais son truc, c'est la politique... Il y a 20 ans, je lui avais dit « Toi mon, vieux, tu seras ministre un jour ! »

« Quand Pierre Bédier est devenu maire, je lui ai demandé de me mettre sur la liste du panel des fournisseurs de la ville »

Vous avez été associé dans une agence de communication...
C'est moi qui ai eu l'idée de créer DB2A. D pour Delfau et B pour Bédier. Pierre n'avait pas un sou pour constituer le capital et je lui ai même offert 25 % des parts. J'ai amené Peugeot comme client, mais c'est lui qui a donné de l'ampleur à l'agence. J'ai ensuite voulu y faire travailler mes deux filles, dont celle qui travaillait à TF 1, mais cela a fait peur à Pierre. Il m'a alors demandé de lui vendre mes parts pour devenir son seul patron... Ce que j'ai fait bien volontiers. Il n'a eu aucun problème pour me payer.

Il est devenu maire de Mantes et vous avez obtenu le marché de nettoyage. Les policiers disent que cela a coûté 1 MF de plus qu'avant...
Quand Pierre est devenu maire, je lui ai demandé de me mettre sur la liste du panel des fournisseurs de la ville. Cela n'a pas posé de problème. J'ai ensuite fait une offre normale. Il aurait été stupide de tricher alors que tout le monde savait que j'étais l'ami de Pierre. Le million supplémentaire s'explique par l'augmentation de la surface à nettoyer. D'ailleurs, mon avocat, M e Pierre-Olivier Sur, demande une expertise qui sera confiée à un économiste pour déterminer si mon offre était trop chère ou non. Lors de l'appel d'offres, Pierre avait simplement dit à ses services : « A prix et qualité égales, choisissez Delfau ». Mais la question ne s'est pas posée puisque nous avons été les moins-disants.

Quatre personnes vous accusent d'avoir remis des espèces à Bédier. Vous niez.
Pierre n'aurait jamais accepté d'argent de ma part. Sur ces quatre personnes, il y a Aloka et son fils Yann, qui répète la même chose que sa mère. Il y a Karen, une ancienne amie, qui n'est au courant de rien. Il y a enfin mon ancien comptable, qui a avoué lors de la dernière minute de garde à vue, après l'avoir nié, uniquement par trouille d'aller en prison.

Le juge vous soupçonne aussi d'avoir effectué des dépenses avec l'argent de votre société, notamment avec Karen...
Je ne le nie pas. Après notre séparation, j'ai pété les plombs, je me suis mis à fréquenter des boîtes de nuit, où je n'avais jamais mis les pieds, et à vivre avec des filles faciles. Karen m'a toujours fait rire. Je lui ai offert des meubles, une voiture, on est allé un week-end à Deauville, avec Yann d'ailleurs, quatre jours à Cannes au Martinez, et quelques fois à la Maison du caviar. En trente-cinq ans à la tête de mes entreprises, voilà mes abus de biens sociaux. Je les assume.

« Gilles Forray et Chantal Guéroult ont mal réagi cet été en faisant faire des factures à leur nom »

Pourquoi avez--vous acheté cet appartement à Marrakech ?
J'ai eu une copine marocaine pendant quelques mois et c'est elle qui m'a conseillé d'acheter un ryad (NDLR : une maison marocaine). J'en ai parlé un soir à Chantal Guéroult (NDLR : décédée lors de sa garde à vue) et Gilles Forray, demandant à Chantal, ancienne proviseur de lycée au Maroc, de mettre une de ses amies en recherche. Quelque temps plus tard, Chantal m'a dit que son amie avait trouvé un appartement superbe dans la Palmeraie. Je n'étais plus intéressé, cela m'était un peu sorti de la tête. J'ai traîné à donner une réponse et un soir Gilles m'a dit : « Ecoute, c'est idiot, cet appartement plaît à Chantal, il va nous passer sous le nez. Achète--le, et s'il ne te plaît pas à toi, on te le rachètera. » C'était un deal que nous avions entre nous. Ma société suisse, dont je suis le seul porteur de parts, a donc acheté l'appartement. C'est vrai que je n'y suis jamais allé et que Gilles et Chantal se sont occupé des travaux. Juridiquement, ils agissaient pour mon compte en attendant d'envisager la suite. Soit ils l'auraient racheté, mais cela paraissait de moins en moins envisageable compte tenu de l'état de santé de Gilles, soit je l'aurais récupéré ou revendu. En tout, cela a coûté moins de 2 MF.

Comment avez--vous réagi au décès de Chantal Guéroult...
Je suis très marqué. J'aimais beaucoup Chantal... La pression des policiers en garde à vue peut être terrible. On n'a pas idée de ce que c'est tant qu'on n'est pas passé par là. Les policiers eux-mêmes ne se rendent pas bien compte de ce qu'ils font. Il faut aussi reconnaître que Gilles et Chantal ont mal réagi cet été, sous le coup de la panique, en faisant faire des factures à leur nom pour l'appartement de Marrakech. Quand on voit le résultat, c'est totalement absurde. Il aurait peut-être mieux valu tout expliquer simplement au juge Courroye.

Pourquoi ne l'avez--vous pas fait ?
Je n'ai pas eu l'occasion de m'expliquer sur Marrakech. Le juge devait m'entendre le 17 septembre sur ce sujet et il a préféré m'interroger sur Pierre Bédier. Voyez, cette affaire de bout en bout est un immense et triste gâchis.
Propos recueillis par Laurent Valdiguié,

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Pierre Bédier dans la tourmente
Pierre Bédier, secrétaire d'Etat aux Programmes immobiliers de la Justice, est convoqué le 21 janvier (2004) chez le juge Courroye. S'il était mis en examen pour recel d'abus de biens sociaux et corruption, le ministre serait tenu de démissionner.

DÉBUT D'ANNÉE à hauts risques pour Pierre Bédier, l'ancien maire RPR de Mantes-la-Jolie. L'actuel secrétaire d'Etat aux Programmes immobiliers de la Justice est convoqué le 21 janvier dans le bureau du juge Courroye en vue d'une « mise en examen pour recel abus de bien sociaux et corruption ».

Contrairement au discours rassurant de son entourage, qui évoque depuis quelques jours une convocation comme simple « témoin assisté », il risque de ressortir du bureau du juge avec une double mise en examen vraisemblablement assortie d'un contrôle judiciaire lui interdisant de rencontrer certains protagonistes de l'affaire.

« Compte tenu du caractère farfelu de ce dossier, je n'imagine pas une mise en examen », plaide l'avocat de Bédier, M e Schnerb, persuadé qu'au cours de ce premier interrogatoire son client « va faire valoir ses arguments ». Autre tuile pour le secrétaire d'Etat aux Programmes immobiliers de la Justice, le juge Courroye vient également de demander au parquet de Paris un élargissement de sa saisine à des faits de « favoritisme » concernant des marchés publics passés à Mantes-La-Jolie. « Cette demande est à l'étude », nous confirme-t-on au parquet de Paris. Présumé innocent, Pierre Bédier a toujours affirmé être victime « d'accusations infondées, mensongères et calomnieuses » (voir nos éditions du 25 septembre (2003)).

La plainte a végété pendant un an en enquête préliminaire

Avant lui, deux autres élus des Yvelines, eux aussi présumés innocents, sont menacés de mise en examen par le juge Courroye. Gilles Forray, adjoint UMP au maire de Poissy et conseiller général, est convoqué mardi prochain. Le lendemain, Jacques Masdeu-Arus, le député-maire UMP de Poissy, est lui aussi convoqué pour des faits de « recel d'abus de biens sociaux et corruption ». Comme Pierre Bédier, les deux élus de Poissy sont soupçonnés d'avoir perçu des pots-de-vin de la part de Michel Delfau, un homme d'affaires implanté dans le secteur du nettoyage dont les sociétés ont obtenu des marchés avec Poissy et Mantes. Outre des remises d'argent, Gilles Forray est soupçonné de s'être fait offrir un appartement à Marrakech avec sa compagne, Chantal Gueroult, décédée en septembre lors de sa garde à vue. Jacques Masdeu-Arus est soupçonné pour sa part d'avoir bénéficié des services d'une femme de ménage.

C'est Aloka Delfau, l'épouse de Michel Delfau, qui a porté le dossier devant la justice. D'origine indienne, cette femme élégante n'a pas hésité, dans le cadre de son divorce, à dénoncer pêle-mêle les comptes suisses de son mari et ses amitiés politiques entretenues selon elle à coups d'enveloppes. La plainte a végété pendant un an en enquête préliminaire, puis le dossier a été confié au juge Courroye en mai dernier. Perquisitions en mairie et aux domiciles des élus, auditions en cascade, le magistrat a accumulé les indices. Quatre personnes au dossier (voir nos éditions du 5 septembre) ont mis en cause Pierre Bédier. Aloka Delfau elle-même, qui a évalué les remises d'espèces à 50 000 ou 80 000 F par an et a assuré avoir assisté à deux remises d'enveloppe. Yann, son fils, a confirmé. Puis Jean-Pierre P..., le comptable de Delfau, a également désigné Pierre Bédier comme réceptionnaires de cash qu'il allait lui-même retirer en banque. Enfin, une autre jeune femme, Karen, un temps très proche de Michel Delfau, a affirmé avoir assisté à un dîner au cours duquel Pierre Bédier aurait reçu une enveloppe.

« Ces témoignages ne constituent pas une preuve », réfute M e Schnerb, qui évoque un « dossier vide ». Incarcéré durant quatre mois de mai à septembre, Michel Delfau, aujourd'hui libre sous contrôle judiciaire, a réfuté également ces accusations.
Laurent Valdiguié, Le Parisien, mardi 06 janvier 2004, p. 13

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MISE EN EXAMEN. Pierre Bédier démissionne
Interrogé hier par le juge Courroye, le secrétaire d'Etat à la Justice, Pierre Bédier, a été mis en examen pour « corruption » dans une affaire de pots-de-vin. Il a aussitôt présenté sa démission à Jean-Pierre Raffarin.

PIERRE BÉDIER a été mis en examen hier soir (21 janvier 2004) vers 21 heures pour « recel d'abus de biens sociaux et corruption ». En sortant du palais de justice, il a aussitôt présenté sa démission à Jean-Pierre Raffarin. « Afin de se défendre librement, et compte tenu des fonctions particulières qui sont les siennes au sein du gouvernement auprès du garde des Sceaux, Pierre Bédier a démissionné », nous a confié hier soir son avocat, Me Olivier Schnerb.

Arrivé au pôle financier avec un dossier bleu sous le bras et coiffé d'un chapeau noir, le secrétaire d'Etat aux Programmes immobiliers de la Justice a été entendu pendant cinq heures et demie. « Il a pu s'expliquer sur tout et a répondu à toutes les questions du juge », assure son avocat. A l'issue d'un procès-verbal de dix-neuf pages, le juge Philippe Courroye a signifié à ce membre du gouvernement qu'il le mettait en examen.

« Il aurait pu le laisser témoin assisté, mais pour les confrontations qui s'annoncent, le statut de mis en examen est plus logique », explique Me Schnerb à la sortie du palais de justice. « Quatre témoins ont fabriqué un amalgame et Pierre Bédier va devoir s'expliquer en face à face avec eux », poursuit le défenseur qui espère « obtenir un non-lieu après les confrontations ». « Le juge Courroye nous a dit qu'il irait jusqu'au bout dans ce dossier, dans un sens comme dans l'autre », reconnaît aussi Me Schnerb.

Quatre témoignages

Pierre Bédier, informé par les services de la Chancellerie que le juge Courroye envisageait de le mettre en examen, n'a donc pas obtenu de « miracle ». Dans le bureau du magistrat, il a assuré hier qu'il n'avait jamais perçu de fond de la part de l'homme d'affaires Michel Delfau, « un ami de plus de vingt ans ».
Il a également soutenu que les marchés publics de Mantes-la-Jolie, ville dont il a été élu maire en 1995, n'ont jamais favorisé Delfau. Le juge a estimé que ces démentis n'effaçaient pas pour l'heure tous les soupçons.

Ce dossier a démarré en décembre 2001, avec les accusations d'Aloka Delfau, la femme de l'homme d'affaires. En instance de divorce, elle accuse son mari d'avoir versé des pots-de-vin à des politiques et devant les policiers cite trois noms : Jacques Masdeu-Arus, député maire UMP de Poissy, Gilles Forray, son adjoint aux affaires économiques, et Pierre Bédier, ancien élu de Poissy, et maire UMP de Mantes-la-Jolie.

A l'époque de ces premières accusations, Pierre Bédier n'est pas encore au gouvernement, où il entre en juin 2002. L'enquête s'accélère au printemps dernier, avec l'ouverture d'une information judiciaire confiée à Philippe Courroye. Il perquisitionne aux domiciles des élus, interroge Michel Delfau, qu'il place en détention, et multiplie les auditions de témoins.

Outre Aloka Delfau, qui affirme avoir assisté à des remises d'enveloppes à Bédier, trois personnes vont accuser le secrétaire d'Etat : Yann, le fils d'Aloka, Karen, une ancienne maîtresse de Michel Delfau... et enfin le comptable de l'homme d'affaires.
Quatre témoignages selon lesquels Pierre Bédier aurait touché entre 50 000 et 80 000 F par an, en espèces, de son ami Delfau. Autre soupçon, parallèle au premier : un éventuel favoritisme sur les marchés de la ville de Mantes-la-Jolie. Saisis lors de la perquisition en mairie au printemps dernier, les dossiers d'appel d'offres confiés aux sociétés de Michel Delfau ont été épluchés.
Quand, en 1995, Pierre Bédier a été élu maire de Mantes-la-Jolie, des marchés de nettoyage municipaux ont été confiés aux sociétés de Delfau. « A prix et qualité égaux, choisissez Delfau, avait dit Pierre Bédier aux services municipaux », nous a ainsi confié Michel Delfau lui-même.
Ces marchés étaient-ils surfacturés dans le but de dégager de l'argent des pots-de-vin ? L'ex-secrétaire d'Etat aux Programmes immobiliers de la Justice va tenter de convaincre le juge du contraire.
Laurent Valdiguié, Le Parisien, jeudi 22 janvier 2004, p. 13

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Bédier l'emporte à Mantes-la-Jolie

PIERRE BEDIER a facilement retrouvé son fauteuil de député de la huitième circonscription des Yvelines, hier 5 décembre 2004), en battant son adversaire socialiste Françoise Descamps-Crosnier par 51,73 % contre 48,27 % lors du second tour d'une élection législative partielle.
Le maire et conseiller général de Mantes-la-Jolie retrouve un siège qu'il avait dû quitter en 2002 après sa nomination au gouvernement au poste de secrétaire d'Etat aux Programmes immobiliers de la justice.

Les félicitations de Sarkozy

Malmené lors des dernières élections cantonales, le maire de Mantes-la-Jolie, qui parlait hier soir d'une « énorme satisfaction », a été cette fois largement plébiscité en remportant même dans sa commune près de 64 % des voix.

Mis en examen en janvier 2004 dans une affaire de corruption, et contraint de démissionner du gouvernement, Pierre Bédier s'est contenté d'une campagne strictement locale pour cette élection. Il n'a fait que très peu de réunions publiques et n'a demandé le soutien d'aucun ténor national, à l'inverse de son adversaire qui a reçu le soutien de François Hollande et de Ségolène Royal.
Il n'a même pas demandé l'investiture de l'UMP. Pas rancunier, le président de l'UMP, Nicolas Sarkozy, a été l'un des premiers à le féliciter hier soir, soulignant qu'après la victoire récente d'Hugues Martin à une autre législative partielle à Bordeaux, la victoire de la droite dans les Yvelines était « autant de signes d'espoir et d'encouragement ».
Nicolas Fertin, Le Parisien, lundi 06 décembre 2004, p. 4

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Publié le 26 septembre 2006Actualisé le 26 septembre 2006 : 07h57 Pierre Bédier confronté aux largesses d'un industriel ami
Hier, la marge de défense de Pierre Bédier est restée mince après l'exposé du président du tribunal.

LE PRÉSIDENT Olivier Leurent lit son exposé d'une voix légère, presque douce. L'échine voûtée, Pierre Bédier noircit en l'écoutant des pages entières d'un grand cahier d'écolier, échange quelques mots avec son avocat, grimace. Les charges sont lourdes.

Devant la 11e chambre du tribunal correctionnel, l'affaire a des allures de chronique noire de la vie politique et économique locale. Dans le rôle principal, l'industriel Michel Delfau, patron autodidacte d'un groupe de nettoyage, a fait son miel des marchés gagnés dans des municipalités et se plaît à fréquenter les élus. À sa femme, son expert-comptable, il répète, «sans argent on n'obtient rien». Entre 1998 et 2003, Michel Delfau gagne d'ailleurs des marchés, dans les Yvelines notamment. À Poissy, à Mantes-la-Jolie. Il mène aussi grand train, fréquente les plus grands restaurants, conduit sa maîtresse dans des voitures de luxe à Deauville ou sur la Cote d'Azur.

épouse bafouée

Michel Delfau est un homme d'affaires comblé par ses activités et ses conquêtes. Mais l'épouse bafouée en instance de divorce, qui a mis ses deniers dans le groupe, détruit d'un coup le beau tableau qu'il avait dessiné. Le 13 décembre 2001, elle explique aux policiers qu'il «dilapide l'argent de la société, en fait profiter certains de ses amis qui lui rendent des services, et notamment des hommes politiques qui ont des responsabilités à Mantes et à Poissy». Pierre Bédier, l'ancien maire de Mantes, Jacques Masdeu-Arus, le maire de Poissy, et Gilles Forray, son premier adjoint, froncent les sourcils dans un même mouvement.

Ce n'est qu'un début. Le président Leurent poursuit sa lecture par les épisodes des enveloppes de papier kraft où l'argent liquide aurait été glissé puis remis aux élus. Version confirmée par la maîtresse et le fils. À celui-ci en qui Delfau voyait son successeur, il montre quelques ficelles, confie que «des compensations sont nécessaires pour obtenir des marchés». À l'expert-comptable il précise qu'il «est impossible de faire autrement».

Comme un résumé des méthodes de l'industriel, le président du tribunal reprend les propos de ce comptable devant le juge d'instruction : «Delfau est manipulateur, menteur séducteur, prêt à tout. Je n'ai pas parlé tout de suite parce que j'avais la trouille.»

Décédé d'un cancer en 2005, l'industriel ne pourra pas se défendre et la présence de son avocat, en robe, hier après-midi à l'audience, ne peut rien y changer. Mais Michel Delfau a eu le temps de se justifier tout au long de l'instruction, rappelle Olivier Leurent. Il n'a rien avoué des faits de corruption et a simplement reconnu avoir «un peu déconné avec les cartes bancaires».

Derrière ce premier rôle écrasant, les trois hommes politiques occupent désormais la vedette. Mais leur marge de défense est mince. Aloka Delfau, l'épouse par qui tout est arrivé, sera à coup sûr l'objet de multiples attaques, comme au fil de l'instruction.

Hier, à l'issue de l'exposé du président du tribunal, Pierre Bédier, Jacques Masdeu-Arus et Gilles Forray ont adopté un profil bas. Tous les trois jouent gros car malgré les charges qui pèsent sur eux ils occupent encore une place centrale dans la vie politique des Yvelines. Pierre Bédier est président UMP du conseil général, Jacques Masdeu-Arus, député-maire de Poissy et Gilles Forray, maire adjoint, toujours président de la commission d'appel d'offres et vice-président du conseil général. Quant au groupe Delfau, ses sociétés sont liquidées ou en redressement judiciaire et une centaine de salariés ont été licenciés.
lefigaro.fr, Publié le 26 septembre 2006Actualisé le 26 septembre 2006 : 07h57, Eric Decouty .

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27.09.06 | 15:08 L'hommage de Bédier à Michel Delfau

Le président UMP du conseil général des Yvelines et ex-secrétaire d'Etat de Raffarin a défendu l'honneur de feu son corrupteur présumé.

L 'ancien secrétaire d'Etat aux programmes immobiliers de la Justice Pierre Bédier a défendu mardi 26 septembre devant la 11e chambre correctionnelle de Paris l'honneur de l'entrepreneur Michel Delfau, son corrupteur présumé, décédé en juillet 2005 à l'âge de 72 ans.

Pierre Bedier est jugé depuis lundi 25 septembre pour "recel d'abus de biens sociaux" et "corruption passive" aux côtés de Jacques Masdeu-Arus et Gilles Forray (maire et premier adjoint UMP de Poissy, Yvelines) et de Jean-Pierre Pécriaux, expert-comptable.

Pierre Bédier a décrit en Michel Delfau son "père adoptif", avec qui il partageait "la passion du gaullisme". "Avec Michel on avait sympathisé au premier regard", a expliqué Pierre Bédier. "J'avais un principe avec Michel: tu m'invite, je t'invite".
Et d'évoquer un échange de repas: un dîner chez Ducasse (969 euros) contre un déjeuner à la terrasse du Ritz.

Accusations de pédophilie

Le tribunal s'est aussi penché sur les accusations de malversations et de pédophilie portées par son épouse contre Michel Delfau.

Dans un courrier adressé en décembre 2001 au Procureur de la république de Paris, Aloka Delfau avait affirmé que son mari avait effectué d'importants retraits en espèces au sein des sociétés pour en faire bénéficier Pierre Bédier, Jacques Masdeu-Arus et Gilles Forray, ce que ces derniers contestent.

Plus tard, ses enfants l'avaient accusé de gestes déplacés à leur encontre.
Les témoignages de Yann et Elise Lorant, les enfants d'Aloka Delfau qui ne seront pas entendus par le tribunal, ont été lus par le président de la 11e chambre correctionnelle Olivier Leurent. Les deux ont parlé d'"attouchements" et de "gestes déplacés" lorsqu'ils étaient enfants.
"Je pense profondément qu'il n'y a rien d'exact dans ces faits. Ce sont des déclarations infâmes et monstrueuses", s'est insurgé Pierre Bédier devant le tribunal. Pour l'ex-membre du gouvernement de Jean-Pierre Raffarin, il s'agit d'un coup monté par Aloka Delfau qui "souhaitait voir son mari le plus longtemps possible en prison".

Concernant Yann Lorant, Pierre Bédier a déclaré que celui-ci avait des qualités intellectuelles "limitées" et qu'on "pouvait lui faire dire beaucoup de choses". S'engouffrant dans la brèche, son avocat Me Olivier Schnerb a fustigé les déclarations d'Aloka Delfau dans cette procédure, en dénonçant "un ensemble de mensonges construits et concertés".

"Stressant"

Le tribunal a également passé en revue mardi après-midi la personnalité de Michel Delfau.
"Il était autoritaire, désagréable, hautain et méprisant. Il n'en faisait qu'à sa tête, il ne fallait pas lui tenir tête", a lancé à l'audience Jean-Pierre Pécriaux, l'ancien expert-comptable. "A la fin nos relations étaient très tendues, ses affaires périclitaient, il ne faisait aucune mesure de redressement", a-t-il ajouté. "Travailler avec lui était stressant", a-t-il ajouté.
"Il s'estimait intouchable du fait de ses relations franc-maçonnes et politiques", a déclaré Karen Desmedt présentée dans le dossier comme ayant eu une relation avec Michel Delfau. Celle-ci ne sera pas entendue au cours du procès.
Mis en examen en janvier 2004, Pierre Bédier avait alors dû démissionner du gouvernement de Jean-Pierre Raffarin dans lequel il était secrétaire d'Etat aux programmes immobiliers de la justice depuis juin 2002. Il comparaît devant le tribunal correctionnel jusqu'au 25 octobre.
NOUVELOBS.COM | 27.09.06 | 15:08

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Paru le : 27/09/2006 Procès La veuve du sulfureux entrepreneur au coeur de l'affaire Bédier

ELLE N'A PAS été citée comme témoin, mais il n'est question que d'elle à l'audience.
Aloka Delfau, veuve du sulfureux entrepreneur Michel Delfau, décédé en juillet 2005, est au coeur du procès pour « corruption » qui vaut à Pierre Bédier de comparaître devant le tribunal correctionnel de Paris.
C'est elle par qui le scandale est arrivé, elle qui a tout déclenché.

En décembre 2001, alors qu'elle travaille comme responsable des achats dans le holding familial, cette mère de famille dépose plainte contre son mari qui, raconte-t-elle, « confond son porte-monnaie et ceux de ses entreprises » et « fait des gentillesses aux maires » des Yvelines pour obtenir des marchés.

En février 2002, venue préciser aux enquêteurs les raisons de sa démarche, ce n'est plus la femme d'affaires, mais l'épouse bafouée qui s'exprime. « Je suis comme une étrangère chez moi », se plaint-elle, évoquant « les jolies filles, jeunes de préférence » que son mari prend pour maîtresses et fait venir à domicile, les portes qui lui sont « fermées à clé », le lit conjugal déserté.
Selon Aloka, Michel Delfau est devenu « insupportable », « paranoïaque ». « Il se considère au-dessus des lois », précise-t-elle aux enquêteurs.

« Un tissu de mensonges » pour le prévenu

Lundi, Pierre Bédier avait brossé un portrait à la fois tendre et truculent de son ancien ami qui, « meurtri par une infortune conjugale », aurait décidé de « tout bouffer ». Hier, la lecture des témoignages campe une personnalité nettement plus inquiétante.
Grand amateur de femmes, Michel Delfau avait une prédilection pour les petites amies de ses propres fils, qu'il séduisait notamment au volant de luxueuses Ferrari.
L'une de ses conquêtes, Karen, confirme aux enquêteurs « l'emprise » de Delfau, sa jalousie maladive, l'impression qu'il la faisait suivre. « Il s'estimait intouchable grâce à ses relations politiques et franc-maçonnes », a-t-elle constaté.

Mais la part la plus sombre, ce sont les enfants d'Aloka Delfau qui la livrent, en 2003, devant le juge d'instruction. Yann, qui a longtemps considéré Delfau comme son beau-père avant d'apprendre qu'il était son géniteur, parle d'un « pervers » et évoque des attouchements sexuels.
Elise, entendue à son tour par le magistrat instructeur, confirmera des « gestes déplacés », avant de s'effondrer en pleurs. C'est la première fois qu'elle en parle « en dehors du cadre familial », explique-t-elle au juge.

Les faits, prescrits, n'ont pas pu faire l'objet d'une plainte.
Mais Pierre Bédier les conteste avec véhémence. « Ces déclarations sont infamantes et monstrueuses », estime le président du conseil général des Yvelines.
Selon lui, Aloka Delfau est « une grande manipulatrice ». Elle aurait abusé du « coefficient intellectuel déficient » de son fils Yann pour fabriquer « un tissu de mensonges » destiné à maintenir son mari en détention provisoire et à obtenir le maximum d'un inévitable divorce.
Dans le prétoire, aucune réaction. Delfau est mort. Sa veuve et ses enfants ne sont pas cités comme témoins au procès. Les absents, c'est connu, ont toujours tort.
Elisabeth Fleury,

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24 octobre 2006 - 06:00 Bédier «pas concerné» par le procès qui porte son nom
Accusé d'avoir reçu des enveloppes d'un entrepreneur, l'élu parle de complot.

Quand une procédure de divorce part en vrille, quand les chiens sont lâchés entre ex-époux, tout peut arriver. Jusqu'au renvoi en correctionnelle d'un ministre. C'est la mésaventure de Pierre Bédier, contraint de démissionner du gouvernement Raffarin, promptement recyclé à la présidence (UMP) du conseil général des Yvelines.

Hier, le tribunal correctionnel lui a consacré une journée entière et il s'en plaint amèrement : «Cette affaire est pitoyable, minable, et on l'appelle "l'affaire Bédier" alors qu'elle ne me concerne ni de près, ni de loin.»

«Fascination».

Pierre Bédier paie là sa longue fréquentation d'un chef d'entreprise, Michel Delfau, patron d'une boîte de nettoyage. L'élu raconte qu'ils ont «sympathisé au premier regard», il y a vingt ans. Delfau est mort l'an dernier d'un cancer, mais Bédier, autodidacte et chiraquien de choc, conserve sa «fascination pour l'entrepreneur».

L'enquête pénale a esquissé un tout autre profil : dépenses personnelles et somptuaires prises en charge par sa boîte de nettoyage, compte en Suisse, financement de campagnes du RPR, promotion canapé... La panoplie complète du patron qui entend n'en faire qu'à sa tête. «On est assez loin, M. Bédier, du personnage sympathique que vous décrivez», résume le président du tribunal, Hervé Laurent. Michel Delfau n'est plus là pour se défendre ­ au premier jour du procès, son avocat, Me Pierre-Olivier Sur, s'était symboliquement présenté en robe, sans pouvoir prendre part aux débats.
Mais même Bédier admet que son ami Delfau s'est comporté en fin de parcours de façon «ignominieuse, moralement et juridiquement».

«Pompe à gonzesses».

Le divorce, donc. En 2001, Aloka Delfau dénonce au parquet les turpitudes de son mari. Et notamment la remise d'enveloppes à des élus des Yvelines, dont Pierre Bédier.
Une maîtresse du chef d'entreprise, Karen Desmedt, embraye à son tour.

Rien de surprenant à ce que l'ex et la nouvelle amante fassent cause commune, face à un homme considérant une Ferrari comme une «pompe à gonzesses». L'enquête avait démarré pour abus de biens sociaux : ils sont incontestables et incontestés par Michel Delfau de son vivant. Ses «conquêtes» en ont largement profité : «Elles devraient être à mes côtés comme complices des détournements», tonne Pierre Bédier.

Il dénonce une «machination» où les accusatrices auraient troqué leur impunité contre la dénonciation de politiques. Des accusations de pédophilie ont aussi été portées, mais elles ne semblent pas avoir motivé le pôle financier. «Je suis le gros gibier», résume Bédier. Personne, ni la défense, ni l'accusation, n'a jugé utile de faire témoigner ces deux femmes à la barre. D'où ce sentiment d'un procès amputé.

Pour en venir aux faits reprochés à l'ancien ministre, des témoins ont vu des billets glissés dans une enveloppe, d'autres disent avoir assisté à des remises d'enveloppes, mais personne ne peut attester que des espèces ont été remises à Bédier.

Sur procès verbal, Karen raconte un dîner à l'hôtel Plazza Athénée (969 euros l'addition), où Delfau aurait glissé une «enveloppe pliée en deux, épaisse, ayant la forme de billets». Devant le tribunal, Bédier ironise : «Rien n'est plus surveillé que la table d'un palace. Il y a plus d'employés que de clients, la moindre fourchette tombée par terre est remplacée dans la seconde. Je ne suis pas suffisamment demeuré pour y accepter un paquet et le glisser comme ça dans ma poche.»

Franc-maçon.

Il y a une faille à sa théorie du complot : Jean-Pierre Pécriaux, comptable de la société de Michel Delfau. Lui aussi atteste que l'entrepreneur se vantait d'arroser les politiques. Coupant court à tout soupçon d'être de mèche avec Mme Delfau, il affirme être homosexuel. Et aussi franc-maçon, mais «sûrement pas» au point de partager les mêmes «convictions philosophiques» que Michel Delfau, qui pourtant se flattait de ses influences maçonniques.
La franchise du comptable met tout le monde d'accord notamment quand il raconte que Delfau lui disait avoir arrosé Bédier. Ce dernier ose une parade : «Tentative d'intoxication en vue de se créer un trésor de guerre», car Michel Delfau «n'entendait pas laisser un sou à son épouse.» De son vivant, le patron dévoyé affirmait n'être «pas assez gogol» pour confier de tels secrets.
Libération, Par Renaud LECADRE QUOTIDIEN : Mardi 24 octobre 2006 - 06:00, p. 15

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Mardi 24 Octobre 2006 Inéligibilité requise contre Pierre Bédier et deux autres élus UMP --par Verena von Derschau--

PARIS (AP) -- Des peines d'inéligibilité entre trois et cinq ans, de la prison avec sursis et de lourdes amendes ont été requises mardi devant le tribunal correctionnel de Paris contre l'ancien secrétaire d'Etat aux Programmes immobiliers de la Justice, Pierre Bédier, et deux autres élus UMP des Yvelines jugés pour une affaire de corruption présumée de marchés publics.

"M. Bédier est coupable des faits de corruption passive et de recel d'abus de biens sociaux. Cet argent n'était pas destiné à un financement politique, mais utilisé pour son bien-être personnel", a souligné le procureur Marie-Christine Daubigney. "Cela rend Pierre Bédier indigne d'exercer des fonctions politiques qui sont parmi les plus nobles qu'on puisse exercer dans son pays".

Elle a réclamé 18 mois d'emprisonnement avec sursis, trois ans de privation de droits civiques, c'est-à-dire le droit de voter et d'être élu, et 80.000 euros d'amende contre le président du conseil général et député des Yvelines.

Mme Daubigney a rappelé que cinq témoignages attestent que Pierre Bédier a reçu pendant des années des enveloppes d'argent liquide de la part de son ami, l'entrepreneur Michel Delfau, qui, en contrepartie, se voyait attribuer tous les marchés de nettoyage de la ville de Mantes-la-Jolie. Commune dont il était le maire entre 1995 et 2002.

La magistrate a également réfuté la thèse de "la conspiration" mise en avant par Pierre Bédier pour se défendre. Aloka Delfau, l'ex-femme de Michel Delfau, à l'origine de la procédure, "n'est pas le prince de Condé", a-t-elle ironisé. Rappelant notamment que les retraits en espèces de la famille Bédier étaient "étonnement bas", notamment aux alentours des dates présumées de remises d'enveloppes.

La représentante du ministère public a également été sévère pour les deux autres élus poursuivis: le député-maire de Poissy, Jacques Masdeu-Arus, et son premier adjoint, Gilles Forray. Tous deux se sont "enrichis aux dépens de leurs administrés", le premier à hauteur de 400.000 euros, le second de 300.000 euros.

Elle a demandé leur condamnation à respectivement deux et trois ans de prison avec sursis, 200.000 et 150.000 euros d'amende et cinq ans d'inéligibilité. Le comptable de Michel Delfau, Jean-Pierre Pécriaux, mérite selon elle dix mois de prison avec sursis et 50.000 euros d'amende pour "complicité d'abus de biens sociaux".

L'accusation reproche à Gilles Forray d'avoir reçu pendant des années 5.000FF par mois de la part de Michel Delfau qui lui a également acheté un appartement à Marrakech. "Ensemble, ils ont mis au pas la commission d'appel d'offres de Poissy", a souligné Mme Daubigney. Commission qui est toujours présidée par M. Forray.

Elle a juste tenu compte de l'état de santé de ce dernier, qui souffre d'une sclérose en plaques, pour ne pas requérir de peine de prison ferme.

Jacques Masdeu-Arus aurait pour sa part bénéficié de la mise à disposition d'une employée de maison, de l'achat d'un local de permanence et d"'au moins une remise d'espèces". Des faits qu'il a toujours contestés, comme les autres prévenus.

La mise en examen le 21 janvier 2004 de Pierre Bédier pour "corruption passive" et "recel d'abus de biens sociaux" avait contraint ce proche d'Alain Juppé, membre de la bande des "bébés Chirac", à la démission du gouvernement de Jean-Pierre Raffarin.
Les avocats de la défense doivent plaider mercredi. Le jugement sera ensuite mis en délibéré. AP
nouvelobs.com, Mardi 24 Octobre 2006

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mardi 12 décembre 2006, 14h49 Pierre Bédier condamné à 18 mois avec sursis et trois ans de privation de droits civiques et civils

PARIS (AP) - Le tribunal correctionnel de Paris a condamné mardi le député UMP et président du conseil général des Yvelines, Pierre Bédier, à 18 mois d'emprisonnement avec sursis, 50.000 euros d'amende et trois années de privations des droits civiques et civils dans une affaire de corruption de marchés publics.

Le député-maire de Poissy, Jacques Masdeu-Arus, a écopé de deux ans d'emprisonnement avec sursis, 150.000 euros d'amende et cinq ans de privation des droits civiques et civils, tandis que son premier adjoint, Gilles Forray, a été condamné à trois ans avec sursis, la même amende et une privation de droits de la même durée.

Les droits civiques et civils comprennent le droit de vote et le droit d'être élu. L'article L-130 du code électoral prévoit qu'une personne "dont la condamnation empêche temporairement l'inscription sur une liste électorale (est) inéligible pendant une période double de celle durant laquelle elle ne peut être inscrite sur la liste électorale".

Pierre Bédier est donc privé du droit de vote pendant trois ans, mais inéligible pour six ans, Forray et Masdeu-Arus étant inéligibles pour dix ans.

"Comment pourrais-je ne pas faire appel?!", a lancé Pierre Bédier à la sortie de l'audience, souhaitant de "bonnes fêtes de fin d'année" aux journalistes présents. L'appel est suspensif de l'exécution de la peine. MM. Forray et Masdeu-Arus vont également faire appel.

Le 24 octobre, le parquet avait requis 18 mois de prison avec sursis, trois ans de privation de droits civiques, c'est-à-dire le droit de voter et d'être élu, et 80.000 euros d'amende contre l'ancien secrétaire d'Etat aux programmes immobiliers de la Justice qui avait dû démissionner suite à cette affaire. AP
Yahoo.fr, actualités, mardi 12 décembre 2006, 14h49

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Condamnation requise en appel contre Pierre Bédier pour corruption
Par Dorothée MOISAN AFP - Jeudi 3 avril, 19h41PARIS (AFP) -

L'avocat général a demandé jeudi à la cour d'appel de Paris de confirmer la condamnation de l'ex-secrétaire d'Etat UMP Pierre Bédier, soupçonné d'avoir favorisé certaines sociétés lors d'attribution de marchés publics lorsqu'il était maire de Mantes-la-Jolie.

Dans son réquisitoire, Denys Millet a demandé à la cour de confirmer "pleinement" le jugement "bien charpenté" rendu le 12 décembre 2006.

En décembre 2006, le tribunal correctionnel de Paris avait jugé Pierre Bédier, maire de Mantes-la-Jolie entre 1995 et 2005 et actuellement président du conseil général des Yvelines, coupable de "corruption passive" et de "recel d'abus de biens sociaux" et l'avait condamné à 18 mois de prison avec sursis, 50.000 euros d'amende et trois ans de privation des droits civiques.

Jeudi, l'avocat général a également requis la confirmation des peines de Jacques Masdeu-Arus, maire de Poissy depuis 1983, et de son ancien adjoint, Gilles Forray. En première instance, ils avaient été condamnés respectivement à deux et trois ans de prison avec sursis, 150.000 euros d'amende, ainsi que cinq ans de privation des droits civiques.

Les trois élus sont soupçonnés d'avoir octroyé un certain nombre de marchés publics aux sociétés de nettoyage de Michel Delfau, aujourd'hui décédé, en échange de contreparties: enveloppes d'espèces et autres avantages comme les services d'une femme de ménage pour Masdeu-Arus de 1996 à 2002 ou un appartement à Marrakech pour Forray.

"Je conteste totalement ces faits", a déclaré jeudi M. Bédier, estimant "avoir été mal jugé" en première instance.

De manière méthodique, l'élu a réfuté tous les griefs, produisant tantôt un emploi du temps attestant qu'il n'avait pas déjeuné avec Delfau tel jour, contrairement à ce que suggère l'accusation, tantôt des extraits de compte, montrant que depuis 1997, "mois après mois, la famille Bédier retire 4.000 à 5.000 francs d'argent liquide" pour répondre à ses besoins. Ce qui contredit les allégations selon lesquelles le montant de ses retraits variait au gré des enveloppes qu'il aurait reçues de Delfau.

"Comment expliquez-vous qu'avant votre arrivée (à la mairie), il n'y avait pas de marchés de nettoyage confiés au groupe Delfau, mais qu'après il ait eu l'intégralité des marchés?", lui a demandé le président Jean-Baptiste Avel.

Réponse: "si j'avais voulu tricher, je n'aurais pas agi comme ça". Ainsi des remises d'enveloppes qu'il n'aurait jamais acceptées "au vu et au su de tout le monde dans un restaurant", comme le suggère l'accusation.

M. Masdeu-Arus a également assuré n'avoir jamais agi pour favoriser Delfau: "comment est-il possible de donner sa préférence étant donné le nombre de personnes qui sont autour de la table" lors d'une commission d'appel d'offres, a-t-il observé.

"Je trouve invraisemblable qu'on nie et qu'on utilise tous les moyens pour nier" dans ce dossier, a déploré quant à lui l'avocat général, pour qui "à force de contester tout", même l'évidence, "la contestation des faits les plus graves n'apparaît pas sérieuse".

Depuis le début du procès, la défense tente de faire croire que l'accusation "ne repose que sur les affabulations d'une femme trompée (l'ex-femme de Delfau), de membres de sa famille dont certains ont +un pois chiche dans la tête+ et de témoins (...) douteux", a-t-il regretté, mais c'est oublier qu'il existe "des recoupements entre ces déclarations et des faits matériels incontestés".

La cour entendra les plaidoieries de la défense vendredi, avant de mettre sa décision en délibéré.

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LEXPRESS.fr vendredi 16 mai 2008, mis à jour à 11:46 Justice Pierre Bédier condamné en appel pour corruption

L'ex-secrétaire d'Etat UMP et ancien maire de Mantes-la-Jolie s'est vu confirmée sa condamnation à 18 mois d'emprisonnement avec sursis et trois ans de privation des droits civiques pour "corruption passive" et "recel d'abus de biens sociaux".

La cour d'appel de Paris a confirmé vendredi la condamnation de l'ex-secrétaire d'Etat UMP, Pierre Bédier, à 18 mois d'emprisonnement avec sursis et trois ans de privation des droits civiques pour "corruption passive" et "recel d'abus de biens sociaux".

La cour d'appel a en revanche réduit la peine d'amende infligée à l'actuel président du conseil général des Yvelines, la ramenant de 50 000 à 25 000 euros.

Jacques Masdeu-Arus, maire de Poissy de 1983 à 2008, et son ancien adjoint, Gilles Forray, qui avaient aussi fait appel, ont également vu leurs peines confirmées, à l'exception des peines d'amende qui de 150 000 euros ont été ramenées à 75 000 euros.

En première instance, ils avaient été condamnés respectivement à deux et trois ans avec sursis et cinq ans de privation des droits civiques.

Les trois élus ont été reconnus coupables d'avoir octroyé des marchés publics aux sociétés de nettoyage de Michel Delfau, aujourd'hui décédé, en échange de contreparties: enveloppes d'espèces et autres avantages comme les services d'une femme de ménage pour Masdeu-Arus de 1996 à 2002 ou un appartement à Marrakech pour Forray.

A l'époque des faits, Pierre Bédier était maire de Mantes-la-Jolie (1995-2005).

Les trois ans de privation des droits civiques qui ont été confirmés par la cour impliquent l'inégibilité du condamné pendant le double du temps, soit six ans.

A sa sortie de la salle d'audience, l'avocat de Bédier, Me Olivier Schnerb, a annoncé qu'il allait se pourvoir en cassation, cet appel étant suspensif. Son client a lui refusé de s'exprimer.

Sur son blog, Pierre Bédier déclarait le 3 avril dernier: "Toute ma vie publique j’ai été un serviteur intègre et loyal de la République dont j’exerce les pouvoirs exécutifs et législatifs avec le même enthousiasme et la même rigueur. Je ne me reconnais pas dans le portrait du corrompu dressé par le tribunal."

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