Enquêtes difficiles

Avril 2010 : Acharnement des cathophobes (laïcs, juifs, protestants ...) à propos des prêtres homos-pédos
Mars 2010 : L'Allemagne à son tour, le Pape lui-même attaqué ; un évêque irlandais démissionné.
Février 2010 : Les réactions de Benoit XVI
Mai 2009 : Irlande, un rapport accablant
Mars 2009 : Usa, le Vatican peut être poursuivi
Juin 2008 : L'Eglise catholique, et la République Française avec N.S. et C.B., rendent un hommage officiel à Yves Saint-Laurent
Avril 2008 : Benoît XVI "honteux", reçu pompeusement par G.W. Bush, à Ground Zero et dans une synagogue
Février 2008 : 50 enfants pour le frère des Béatitudes couvert par la hiérarchie
Octobre 2007 : Suspension d'un Haut prélat
Octobre 2006 : L'Evêque de Meaux partie civile ; 10 ans et 15 000 euros ;
Mai 2006 : L'abbé Dufour devant la cour d'assises de Chambéry
Novembre 2005 : Les "violés" de l'abbé Wiel étaient des menteurs
Septembre 2005 : 12 ans pour Vadeboncoeur, un protégé de Mgr Gaillot ; un an ferme pour un exhibitionniste
Juin 2005 : Lefort proteste de son innocence ; et est condamné à 8 ans
Janvier 2005 : Le moine défroqué accuse
Décembre 2003 :
Le vicaire épiscopal de l'évêque de Chambéry lui aussi
La hiérarchie le savait
Mars 2003 : Il reconnaît ses fautes
Février 2003 : 20 ans de prison pour un curé de 82 ans
Janvier 2003 : France : De nouveaux ennuis pour le « curé des enfants »
Décembre 2002 : Cour de cassation ; l'obligation de secret des ministres du culte ne peut faire obstacle aux pouvoirs de perquisition et de saisie du juge
Juillet 2002 : Les Philippines atteintes
Juin 2002 : Les Evêques américains eux-aussi, énormes pertes financières
23 avril 2002 : Jean-Paul II condamne la pédophilie ...
09 avril 2002 : L'Eglise catholique irlandaise gravement atteinte
27 mars 2002 : L'Eglise catholique américaine face aux abus sexuels des prêtres
10 janvier 2002 : L'Église canadienne se soustrait aux directives de Rome
Noël 2001 : Monseigneur Pican refuse la repentance
09 octobre 2001 : Question du secret des ministres des cultes dans une affaire de viol
04 septembre 2001 : Première condamnation d'un évêque depuis la Révolution
14 juin 2001 : Mgr Pican refuse de dénoncer un prêtre, même pédophile

Au premier jour du procès de l'évêque de Bayeux pour "non-dénonciation d'atteintes sexuelles sur mineur de quinze ans", le tribunal est revenu sur l'attitude de l'écclésiastique et de son bras droit, après que la mère d'une victime les eut avertis des "actes de pédophilie" commis par l'abbé Bissey.

C'est la première fois qu'un évêque comparaît pour de tels faits. Le procès de Mgr Pican, accusé de "non-dénonciation" des actes de pédophilie de l'abbé Bissey, s'est ouvert, jeudi 14 juin, devant le tribunal correctionnel de Caen (Calvados). Pour répondre à une question de Me Jean Chevais, avocat des parties civiles, qui cherchait à savoir si aujourd'hui encore l'évêque se bornerait à ne pas dénoncer l'un de ses prêtres accusé de pédophilie, l'ecclésiastique a répondu : "Ma conscience ayant joué dans l'option ultime de mon choix personnel : non." Et d'ajouter plus tard qu'aujourd'hui, face à un tel cas, "(il) le (conduirait) à se dénoncer". "Je m'investirai plus personnellement que par délégation", a assuré Mgr Pican. Le prévenu s'est dit "écrasé par le volume des confidences qui lui sont faites" mais reste néanmoins fier de ce que tous "peuvent s'adresser à (lui) comme à quelqu'un qui n'a pas dénoncé".

Premier à témoigner, Michel Morcel, vicaire général et donc bras droit de Mgr Pican au moment des faits, est celui à
qui la mère d'une victime était venue, en décembre 1996, révéler les agressions sexuelles commises sur son fils par le Père René Bissey quelques années auparavant. Il a reconnu avoir transmis à son évêque toutes les informations, mais il est devenu très évasif quand il lui a été demandé de détailler ces informations.

Les deux ecclésiastiques ont reconnu que les termes d'"actes de pédophilie" avaient bien été employés. "J'ai été convaincu de la réalité des faits rapportés par le Père Morcel, a affirmé Mgr Pican, compte tenu de la nature spirituelle des relations que le vicaire entretenait avec la mère" de cette victime "Pour moi, il s'agissait d'attouchements", a cependant affirmé Mgr Pican, qui a plaidé "une erreur d'appréciation" de la gravité des actes. L'ecclésiastique a assuré avoir découvert ceux-ci comme une "révélation" lors du procès de l'abbé en octobre dernier. Un procès en assises à l'issue duquel le prêtre avait été condamné à dix-huit ans de réclusion pour viol et atteintes sexuelles sur mineur de 15 ans.

"ASSURER LA PROXIMITÉ" AVEC L'ABBÉ BISSEY
Selon leurs dires, ni l'un ni l'autre n'ont cherché à en savoir plus sur la nature des agressions commises par le prêtre ni alors ni plus tard, lorsque le Père Bissey a reconnu devant le vicaire général avoir agressé d'autres jeunes garçons."Nous étions dans une situation très délicate par rapport à l'état de santé de René Bissey, qui était très dépressif", a plaidé M. Morcel. Soumis au feu roulant de questions du président du tribunal, Emile Hector, et d'un des avocats des parties civiles, Me Jean Chevais, Michel Morcel a reconnu n'avoir jamais douté de la véracité des faits rapportés par Mme X... Interrogés également sur les mesures conservatoires prises pour empêcher le prêtre de récidiver, les deux responsables catholiques ont répondu qu'ils pensaient que les faits étaient anciens. Mgr Pierre Pican, toujours par l'intermédiaire de son vicaire général, aurait conseillé à René Bissey de suivre une psychothérapie, mais celle-ci n'a commencé qu'en avril 1997, soit quatre mois après la démarche de Mme X...

"C'est le manque d'investigations autour des autres victimes qui a manqué à notre vigilance", a déclaré l'évêque.
Au président qui s'étonnait que l'abbé Bissey soit resté au contact d'enfants après ses aveux, il a répondu qu'il avait été "attentif au suivi de l'action par (son) vicaire général". Concernant le manque d'intérêt pour les victimes, Michel Morcel a déclaré : "Je devais continuer à assurer la proximité avec cet homme." L'évêque lui aurait seulement demandé "d'être présent, proche de cet homme pour qu'il prenne conscience de la responsabilité de ses actes".

Mgr Pierre Pican, 66 ans, déjà entendu lors du procès de l'abbé Bissey, risque jusqu'à trois ans d'emprisonnement et 300 000 francs d'amende.
LEMONDE.FR | 14.06.01 | 19h44, Avec AFP et Reuters

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04 septembre 2001 : Première condamnation d'un évêque depuis la Révolution

CAEN (AFP) - Mgr Pierre Pican, condamné mardi à trois mois de prison avec sursis pour ne pas avoir dénoncé les actes pédophiles de l'abbé Bissey, est le premier évêque dans ce cas, un jugement qui devrait faire jurisprudence en matière de non-dénonciation dans le cadre du secret professionnel.

Mgr Pican, 67 ans, est le premier évêque de France à être condamné par la justice depuis la Révolution française. Un jugement que l'évêque de Bayeux-Lisieux a accueilli sans un mot avant de quitter le tribunal, sans faire de commentaire.

"J'espère que cette condamnation sera l'occasion pour l'Eglise d'une prise de conscience pour ne plus couvrir ce type de faits, de délits et de crimes", a noté mardi à l'issue du jugement Me Jean Chevais, avocat de familles de victimes.

Du côté des parties civiles, cette nouvelle n'a pas soulevé l'enthousiasme mais plutôt un soulagement à l'issue de trois années de combat contre le silence de l'Eglise. Trois années déjà marquées par la condamnation en octobre 2000 de l'abbé René Bissey à 18 ans de réclusion pour viol et atteintes sexuelles sur mineurs de 15 ans entre 1987 et 1996.

"Il faut qu'aujourd'hui la loi canonique suive la loi républicaine", a déclaré Daniel Rebillard, le père de Yann, la victime principale, en sortant de l'audience.

"La protection des enfants passe avant tout et passe surtout avant la défense de l'image de l'Eglise. Je dis l'Eglise, ça pourrait être n'importe quelle institution, le combat aurait été le même", a noté Me Chevais.

Selon l'avocat "le secret professionnel va évoluer, en tous cas c'est une décision qui va faire jurisprudence". Une jurisprudence qui devrait s'appliquer à tout responsable d'institution, quelle qu'elle soit, soumis au secret professionnel.

"Il y a une remise en cause évidente et il y a une réduction du champ du secret professionnel", a commenté Me Thierry Massis, avocat de Mgr Pican, qui considère que "le contexte d'aujourd'hui sur les questions de la pédophilie a sûrement joué un rôle dans l'évaluation de la question du secret".

Un secret professionnel qui était en effet au coeur des débats lors du procès de Pierre Pican les 14 et 15 juin. Mais le tribunal correctionnel de Caen dans ses motivations a été clair: il n'y avait pas eu confession ni confidence à proprement parler entre l'abbé Bissey et Mgr Pican, René Bissey s'étant entretenu avec l'évêque à le demande de ce dernier.

De plus, le tribunal a considéré que Mgr Pican s'était délibérément abstenu de dénoncer son abbé, le protégeant lui plutôt que les enfants.

Lors de l'énoncé du jugement, l'évêque de Bayeux-Lisieux a également été condamné à verser 1 franc symbolique de dommages et intérêts à chacune des quatre parties civiles, une somme conforme à ce qu'elles avaient réclamé.

L'évêque bénéficie d'une période huit jours pour faire appel.

A Paris, le père Stanislas Lalanne, porte-parole de la conférence des évêques de France, a pris "acte avec regret" de la condamnation de Mgr Pican, "même si la peine infligée est moins importante que celle qu'avait réclamée le procureur de la République".

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L'Eglise et la justice s'opposent sur la question du secret dans une affaire de viol *

Un religieux appartenant à la congrégation des frères de Saint-Jean a été mis en examen pour "viols par personne ayant autorité" par le juge d'instruction du tribunal de grande instance de Nanterre (Hauts-de-Seine), Thierry Bellancourt. Cette affaire, révélée par Le Parisien du 5 octobre (2001), pose à nouveau la question du secret professionnel reconnu aux ministres des cultes. Selon les premiers éléments de l'information judiciaire ouverte le 27 juillet (2001), le religieux aurait abusé d'une jeune fille domiciliée à Boulogne-Billancourt, mineure au moment où les faits ont commencé. Le suspect a été placé sous contrôle judiciaire.

Au cours de ses recherches, la police judiciaire des Hauts-de-Seine a découvert qu'une enquête préliminaire avait été ouverte auprès du tribunal ecclésiastique (ou officialité) de Lyon, à la demande de l'évêque d'Autun (Saône-et-Loire), Mgr Raymond Séguy. Celui-ci est en effet l'évêque responsable de la congrégation des frères de Saint-Jean, fondée en 1975 par le Père Marie-Dominique Philippe. Cette enquête a été confiée au Père Jacques Braux, vice-official (juge ecclésiastique) du tribunal de Lyon, dont dépend le diocèse d'Autun.

Le juge d'instruction de Nanterre a demandé au Père Braux la communication des pièces en sa possession. Celui-ci a refusé, invoquant le secret professionnel des ministres des cultes. Passant outre, le juge a délivré une commission rogatoire à la police judiciaire, qui a effectué, le 6 août, une perquisition dans les locaux de l'officialité. Selon le Père Maurice Bouvier, official de Lyon, les policiers ont saisi "une quantité importante de documents et de dossiers informatiques, relatifs notamment à des procédures canoniques qui n'ont aucun rapport avec l'enquête canonique portant sur un prêtre de la congrégation de Saint-Jean". En particulier, les services de police auraient emporté des dossiers concernant des demandes de nullité de mariage, "touchant au plus intime de la vie des personnes", insiste le juge ecclésiastique. Plusieurs couples auraient déjà écrit à l'archevêché de Lyon, craignant que leurs problèmes conjugaux ne soient divulgués sur la place publique. Parmi les documents saisis se trouveraient également des échanges de correspondance entre l'officialité de Lyon et le Saint-Siège. Leur saisie pourrait être assimilée à un vol de courrier diplomatique.

ENQUÊTE D'UN TRIBUNAL ECCLÉSIASTIQUE
Pour le Père Bouvier, la démarche du juge d'instruction de Nanterre constitue "une violation particulièrement grave du secret professionnel protégé par les lois de la République". L'officialité interdiocésaine de Lyon a donc adressé au juge Bellancourt, il y a deux semaines, une demande de restitution des pièces saisies et d'annulation de la procédure.

Au parquet de Nanterre, on reconnaît que la situation est "inédite". Pour les spécialistes en droit canonique, il ne fait aucun doute que les enquêtes des tribunaux ecclésiastiques sont couvertes par le secret professionnel. "Une des fonctions de l'évêque est de rendre la justice à l'intérieur de son église. Par conséquent, la juridiction ecclésiastique fait partie de l'exercice du culte et doit être protégée comme telle par le secret professionnel", affirme le Père Jean-Paul Durand, doyen de la faculté de droit canonique de Paris. Sur ce point, l'Eglise catholique s'appuie sur un arrêt de la Cour de cassation du 29 mars 1989, rendu dans une affaire concernant l'officialité du diocèse de Nouméa (Nouvelle-Calédonie). La haute juridiction avait rappelé que "nul ne peut être contraint à produire en justice des documents dont il a eu connaissance dans l'exercice de ses fonctions et touchant à l'intimité de la vie privée des personnes".

Dans un communiqué du 5 octobre (2001), l'officialité de Lyon précise qu'elle "entend bien participer, dans la mesure de ses moyens, au travail de la justice". Mais elle se refuse à "trahir la confiance qui lui est accordée par les croyants". Déjà, dans le procès pour "non-dénonciation d'atteintes sexuelles sur mineur de quinze ans" contre Mgr Pierre Pican, évêque de Bayeux (Calvados), en juin, l'enjeu était la question de la "confidence".
* Xavier Ternisien, Le Monde, 09 octobre 2001, p. 22, lemonde.fr | 08.10.01 | 17h15

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Monseigneur Pican invite les victimes de l'abbé Bissey au pardon

Non seulement l'évèque de Bayeux et Lisuex, Mgr Pican, condamné en septembre (2001) à trois mois de prison avec sursis pour non-dénonciation d'atteinte sexuelle sur mineurs, ne fait pas amende honorable, mais il demande aux victimes des actes pédophiles de l'abbé René Bissey «un moment de pardon».
Invité lundi 24 décembre (2001) sur France Bleu Basse Normandie, le prélat les a interpellées en c sens : «Aux victimes du père BIssey ; j'oserai dire : qu'elles aient la patience [...] de profiter de toutes les occasions pour qu'un moment de pardon, peut-être, puisse être formulé dans l'intime de leur coeur en direction de l'auteur", a-t-il déclaré,
Mgr Pican a toutefois nuancé ses propos en reconnaissant que ce pardon ne pourrait probablement pas intervenir 'avant des années".
Interrogé sur sa condamnation, le prélat a déclaré :"J'ai eu le sentiment, qui demeure un peu, des immenses limites de la justice humaine". Et il a ajouté, pour que l'on comprenne bien :"Je ne suis pas de près ou de loin, impliqué dans cette affaire. Je le suis en qualité de responsable."
Libération, 26 décembre 2001, p. 12

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Pédophilie: L'Église canadienne se soustrait aux directives de Rome
Jeanne Corriveau, Stéphane Baillargeon, Le Devoir Edition Internet, 10 janvier 2002.

L'Église catholique canadienne n'entend pas faire traiter les cas de pédophilie chez ses prêtres par les tribunaux ecclésiastiques, allant ainsi à l'encontre des directives adressées en novembre dernier par le Vatican à tous les évêques catholiques. Elle laissera plutôt aux tribunaux civils le soin de juger les responsables d'agressions sexuelles, estimant ces juridictions plus aptes à examiner ce type de cause.

Les scandales de moeurs qui ont éclaboussé l'Église catholique au cours des dernières années ont forcé le Vatican à édicter une procédure visant à trancher les cas d'agressions sexuelles et de pédophilie dans les rangs de ses prêtres. Une lettre envoyée en novembre à tous les évêques catholiques du monde, dont le contenu n'avait jusqu'alors pas été ébruité, détaille les procédures à suivre: les clercs fautifs seront soumis à un procès ouvert, soit devant un tribunal ecclésiastique local, soit devant la congrégation vaticane. Ces procédures exemptent donc les évêques d'aviser les autorités judiciaires des cas soumis à leur attention.

Rome exercera ainsi une forme de contrôle sur le problème qui a maintes fois entaché l'image de l'Église catholique. Publiée mardi dans l'Acta Apostolicæ Sedis, la publication officielle du Vatican, la lettre envoyée aux évêques avait été validée par un document Motu Proprio signé par le pape Jean-Paul II.

Au Canada toutefois, pas question de se plier à cette directive, indique Mgr Peter Schonenbach, secrétaire général de la Conférence des évêques catholiques du Canada. Lors d'un voyage à Rome en novembre dernier, le président de cette conférence, Mgr Jacques Berthelet, et Mgr Schonenbach avaient d'ailleurs fait savoir au cardinal Joseph Ratzinger, l'auteur de la directive, que ces procédures ne pourraient pas être appliquées au Canada. «Nous avons déjà une longue histoire de protocole dans chaque diocèse pour que les évêques sachent comment gérer ce genre de problème. Quand il y a soupçon d'activité criminelle, nous travaillons tout de suite de concert avec les autorités compétentes de justice. Et ça, nous ne pouvons y déroger», explique Mgr Schonenbach. Mgr Ratzinger s'est d'ailleurs rendu à leurs arguments, reconnaissant que la qualité du système de justice canadien le permet.

Le recours à un tribunal ecclésiastique pourrait survenir dans le cas d'un évêque appelé à statuer sur le traitement à accorder à un prêtre ayant déjà purgé une peine de prison à la suite d'une condamnation, suggère Mgr Schonenbach. Il rappelle que les tribunaux ecclésiastiques s'apparentent aux tribunaux professionnels des médecins et des avocats et qu'ils peuvent traiter les causes de délits commis contre l'eucharistie et le sacrement de pénitence. Mais selon lui, ils demeurent inadéquats pour les causes d'agressions sexuelles commises à l'endroit de mineurs.

La politique de justice en vase clos du Vatican étonne l'avocate criminaliste Sophie Bourque: «Par contre, la position de l'Église catholique canadienne est conforme à la position de transparence qui prévaut dans la société à l'heure actuelle, où on demande de plus en plus de transparence de nos institutions. Mais il faut dire qu'on a eu notre lot d'incidents, avec les cas de l'orphelinat de Terre-Neuve, d'Hubert O'Connor en Colombie-Britannique et des autochtones dans les orphelinats, un dossier qui n'est d'ailleurs pas réglé. L'Église canadienne a été sur la sellette et obligée de prendre position avant d'autres Églises.»

Selon l'avocate, la décision d'intenter des poursuites criminelles contre un agresseur devrait appartenir à la victime et non à l'Église. Le droit criminel canadien n'oblige pas un individu à dénoncer un crime à la police, rappelle-t-elle. La Loi sur la protection de la jeunesse au Québec prévoit toutefois que toute personne ayant connaissance d'un cas d'agression sexuelle commise sur la personne d'un mineur doit le signaler à la Direction de la protection de la jeunesse.

Le père Francis G. Morrisey, professeur à la faculté de droit canonique de l'Université Saint-Paul, juge favorablement les nouvelles directives du Vatican. «Je crois que la décision du Saint-Siège montre une volonté de prendre très au sérieux les cas de pédophilie. D'ailleurs, cette décision n'empêchera pas la poursuite des responsables en vertu du droit civil. [...] En même temps, cette décision témoigne d'une volonté de centralisation additionnelle de la part du Vatican, ce qui constitue un élément négatif.»

Il faut situer les directives portant sur la pédophilie dans l'ensemble des nouvelles dispositions annoncées en latin dans le dernier annuaire Acta Apostolicæ Sedis (Actes du Siège apostolique), faisant le point sur l'activité de la Curie romaine en 2001. Selon le nouveau Code de droit canonique promulgué sous l'autorité de Jean-Paul II en 1983, certaines offenses devaient dorénavant s'ajouter à la liste dont le traitement est réservé au Vatican, soit, en fait, à la Congrégation pour la doctrine de la foi, héritière contemporaine de l'Inquisition. «Mais on ne savait pas quelles offenses précisément», a expliqué le professeur Morrisey, joint hier à Ottawa. «Les anciennes normes de 1962 restaient en vigueur jusqu'au 11 novembre 2001. Maintenant, on sait qu'une dizaine de situations, dont celles ayant trait à la pédophilie, devront être référées obligatoirement à la Congrégation pour la doctrine de la foi.»

Ces offenses se regroupent sous trois types de délits: ceux contre l'eucharistie (par exemple, «jeter les saintes espèces»), ceux ayant trait aux sacrements de pénitence (par exemple, la violation du secret de confession), les fautes contre la morale en fonction du sixième commandement du Décalogue («luxurieux point ne sera de corps ni de consentement»), dont, justement, les relations sexuelles avec des mineurs.

Jusqu'au 11 novembre dernier (2001), l'évêque pouvait donc lui-même intenter des poursuites pour ce genre de faute en vertu du droit canonique. Dorénavant, il doit obligatoirement référer la cause au Saint-Siège. D'ailleurs, selon le professeur Morrisey, certains évêques ne sont tout simplement pas «équipés» pour mener de tels procès, qui nécessitent des enquêtes préliminaires et un jugement en bonne et due forme. «Mais si nous avons le document du pape accordant l'autorité à la Congrégation et la liste des offenses, nous ne connaissons pas la liste des procédures à suivre», a ajouté le professeur de droit, qui juge cette situation regrettable. «C'est toujours un secret et c'est très embêtant. On ne sait toujours pas comment seront menés les procès canoniques.»

Les situations nationales varient. Certains pays en Amérique latine et en Europe (dont l'Espagne et l'Italie) ont signé un concordat avec le Vatican stipulant qu'une décision ecclésiastique a un effet civil, par exemple dans les cas de divorce. Ce n'est pas le cas aux États-Unis et au Canada, où le droit de l'État conserve sa préséance sur l'Église.

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Pédophilie : des instructions difficiles
Les informations judiciaires relatives à des viols ou des atteintes sexuelles sur des enfants, sont des affaires extrêmement difficiles à instruire, pour lesquelles la justice souffre d’un manque de moyens criant.
Selon le ministère de la Justice, le nombre de condamnations pour crimes sexuels (viols) concernant des mineurs est passé de 331 en 1990 à 599 en 2000, tandis que les condamnations pour délits sexuels passaient dans le même temps de 1.861 à 4.425. « Ces dossiers sont, la plupart du temps, de véritables casse-tête chinois. Les accusations portées sont très graves et les éléments de preuves extrêmement difficiles à rassembler », reconnaît Me Costantino, avocat de l’association Enfance et Partage.
L’administration de la preuve est au cœur de cette difficulté, dans des affaires qui se résument souvent à la parole de la victime, parfois difficile à décrypter ou analyser, contre celle de l’accusé. « Il existe une opposition entre, d’un côté, une logique de souffrance, de passion, de conviction, et de l’autre une logique judiciaire dans laquelle le travail central reste d’établir des infractions et de rassembler des éléments de preuve », explique Yvon Tallec, de la section des mineurs au parquet de Paris.
Si, dans les affaires de viols, les expertises médicales permettent parfois d’établir clairement les faits, parvenir à des certitudes juridiques est plus difficile dans les instructions portant sur les attouchements sexuels, qui relèvent du tribunal correctionnel.
La Nouvelle République du Centre Ouest - 18.01.2002

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L'Eglise catholique américaine face aux abus sexuels des prêtres

Elle vit sa plus grave crise depuis un siècle

En pleine semaine de Pâques, deux des trois principaux hebdomadaires américains, US News et Time, se demandent si l'Eglise peut "sauver son âme" ou "se sauver elle-même". Le troisième, Newsweek, avait déjà consacré sa couverture, il y a un mois, au scandale des prêtres pédophiles, sous le titre : "Le sexe, la honte et l'Eglise catholique". Le sujet ne quitte pratiquement pas la première page des quotidiens.

Les révélations sur les agressions sexuelles commises par des prêtres et, plus encore, la mise au jour des efforts de la hiérarchie pour étouffer ces affaires, en proposant aux victimes de se taire en échange d'énormes indemnisations, provoquent un malaise dans les rangs catholiques et une avalanche de condamnations de la part des non-catholiques.

Cette crise, la plus grave qu'ait connue l'Eglise américaine depuis un siècle, est née de la découverte qu'un ancien prêtre du Massachusetts, John Geoghan, aujourd'hui condamné à dix ans de prison pour avoir abusé d'un enfant, avait fait en réalité 130 victimes au cours d'une longue carrière qui l'avait mené de paroisse en paroisse, l'archevêché de Boston se contentant de le muter à chaque nouvel incident. Le cardinal Bernard Law, archevêque depuis 1984, est désigné comme complice dans certaines plaintes de victimes, et un prêtre de Boston a demandé sa démission.

LA QUESTION DU CÉLIBAT
Un deuxième cardinal, l'archevêque de New York, Edward Egan, est mis en cause car lui aussi, quand il était évêque de Bridgeport, dans le Connecticut, préférait muter les prêtres accusés d'agressions sexuelles plutôt que de les dénoncer ou de les suspendre. Le diocèse de Bridgeport a dû payer, en 2001, entre 12 millions et 15 millions de dollars aux victimes de six ecclésiastiques.

L'archevêque de Washington, le cardinal Theodore McCarrick, n'a pas hésité, lui, quand le curé de Saint-Augustin, la plus ancienne paroisse noire de la capitale américaine, a été accusé par deux femmes d'avoir abusé d'elles il y a vingt ans. Le Père Russell Dillard, bien qu'ami personnel du cardinal, a été suspendu, le 21 mars, sans même être autorisé à s'expliquer devant ses paroissiens.

Son cas montre, d'ailleurs, l'impropriété du mot de pédophilie pour rassembler ces affaires car, le plus souvent, les personnes agressées sont des adolescents ou, s'agissant du Père Dillard, des adolescentes ; les pédophiles, au sens strict, semblent peu nombreux. Cependant, la blessure causée par l'agression est liée au statut de l'agresseur autant qu'à l'âge de la victime. "Qu'un prêtre s'en prenne à vous sexuellement, c'est comme si la loi de la gravitation universelle cessait de s'appliquer", dit David Clohessy, un consultant politique de Saint-Louis, dans le Missouri, qui a créé un site Internet pour les "survivants" (www.survivorsnetwork.org).

Quinze ans après les affaires révélées au milieu des années 1980, il est clair que la hiérarchie de l'Eglise américaine n'a pas pris les mesures qui s'imposaient. "Ce qui l'a emporté, c'est ce que nous appelons la culture du clin d'œil approbateur", n'hésite pas à déclarer Scott Appleby, professeur d'histoire du catholicisme américain à l'université catholique Notre-Dame, dans l'Indiana. "Je ne dis pas, ajoute-t-il, que les évêques sont portés à l'indulgence envers les pédophiles ou envers les prêtres ayant des relations sexuelles avec des mineurs, mais il y a un climat général d'impunité pour ceux qui ne respectent pas le vœu de chasteté."L'explication de ce climat réside sans doute, en partie au moins, dans la baisse du recrutement des prêtres. Aussi la question du célibat est-elle de nouveau posée, non parce qu'il serait la cause de comportements déviants ou agressifs, mais parce qu'il détournerait de la prêtrise de nombreux jeunes gens désireux de vivre pleinement leur vie selon les normes d'aujourd'hui ou bien redoutant de ne pouvoir assumer le sacrifice de leur sexualité.

Les propos de Jean Paul II dans sa lettre aux prêtres pour le Jeudi saint, rendue publique le 21 mars, ont été ressentis par beaucoup comme allusifs et plus soucieux du tort causé à l'Eglise que des souffrances endurées par les victimes. Le pape ayant parlé du "mystère du mal" auquel ont succombé les coupables, la journaliste Maureen Dowd commentait, cinglante, dans le New York Times : "Il n'y a rien de mystérieux dans la pédophilie. C'est un crime."

Comme le dit un prêtre, on ne peut pas imaginer de principes de vie plus à contre-courant de la société américaine que les vœux de pauvreté, de chasteté et d'obéissance. En outre, l'anticatholicisme ne dort jamais tout à fait dans un pays où il fut aussi virulent et souvent plus violent que l'antisémitisme. En même temps, souligne M. Appleby, l'Eglise catholique est aux Etats-Unis, en dehors de la puissance publique, l'organisation qui entretient le plus grand nombre d'écoles et d'hôpitaux, ce qui lui vaut un large respect. Encore faut-il qu'elle en soit digne.
Patrick Jarreau, LE MONDE | 27.03.02 | 16h10

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Plus de 60 millions de catholiques

Le nombre de catholiques a doublé, aux Etats-Unis, en cinquante ans, passant d'un peu moins de 30 millions en 1950 à 63,7 millions aujourd'hui, selon les évaluations universitaires. Minoritaire dans un pays de 280 millions d'habitants, le catholicisme n'en est pas moins la confession la plus nombreuse. Les autres religions chrétiennes réunissent 94 millions de membres, divisés en 220 dénominations ; le groupe le plus vaste est celui des églises baptistes, également en augmentation et qui comptent 36 millions de fidèles. La progression du catholicisme s'explique, notamment, par l'immigration latino-américaine, qui fait de Los Angeles une ville catholique aussi importante que New York.

Si le nombre des croyants augmente, celui des prêtres et, plus encore, des religieuses catholiques ne cesse de diminuer. On compte 46 000 prêtres dans les 194 diocèses, dont beaucoup de paroisses n'ont qu'un seul desservant. Les religieuses, qui étaient 180 000 dans les années 1960, sont aujourd'hui moins de 80 000.

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Un désaveu pour le clergé
Sans qu'aucun chiffre précis puisse être avancé, le nombre de prêtres accusés d'agressions sexuelles sur des mineurs serait d'environ deux mille, les faits s'étant produits au cours des trente dernières années. De nombreuses plaintes ont été déposées après les révélations retentissantes du mois de février concernant un ancien prêtre du Massachusetts. Certaines évaluations situent autour de 1 milliard de dollars le montant total des indemnisations que les diocèses pourraient devoir verser aux victimes et, parfois, à leurs familles.

Les catholiques sont extrêmement critiques quant au comportement de la hiérarchie face aux délinquants sexuels. Une étude menée de l'institut de sondages Zogby International montre que 75 % des Américains se disant catholiques ont un jugement négatif, exprimé aussi par 56 % de ceux qui vont à la messe chaque jour. Globalement, la confiance des catholiques dans leur clergé est tombée de 84 %, en octobre 2001, à 68 % aujourd'hui. A Boston, où de nombreux fidèles demandent la démission du cardinal Bernard Law, une "contre-messe" du Vendredi saint doit être organisée, en signe de protestation, à l'extérieur de la cathédrale.

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L'Eglise catholique irlandaise gravement atteinte par un scandale de pédophilie

Trois mille témoignages de sévices

L'Eglise catholique irlandaise est rattrapée par son passé. Le premier scandale public suscité par les révélations d'abus sexuels commis sur des enfants par des membres du clergé irlandais remonte à 1994. Depuis, des centaines d'adultes ont fait connaître les sévices sexuels, voire les viols dont ils avaient été victimes, dans des institutions gérées par l'Eglise : collèges, orphelinats, centres d'apprentissage, maisons de redressement, hôpitaux.

Plus de 3 000 personnes ont proposé de témoigner des abus qui leur ont été infligés. En janvier dernier, l'Eglise et l'Etat se sont entendus pour les indemniser - en échange d'un abandon de leurs poursuites judiciaires - pour une somme qui pourrait s'élever à 500 millions d'euros, dont un quart sera versé par les congrégations religieuses. Ces violences et ces crimes ont, pour la plupart, cessé à la fin des années 1970.

PLAINTES SANS SUITE
Mais des sévices ont continué, ternissant gravement l'image de l'Eglise, à mesure qu'ils étaient rendus publics. Ils étaient le fait de prêtres ou d'enseignants d'écoles catholiques, parmi lesquels plusieurs ont été jugés et emprisonnés. Le cas le plus connu est celui du Père Sean Fortune, qui s'est suicidé en 1999 après avoir été inculpé d'abus sexuels sur 66 enfants. C'est à son propos que ce dossier, si embarrassant pour l'Eglise et, à un moindre degré, pour le gouvernement de centre droit, qui est proche d'elle, défraie à nouveau la chronique, après la diffusion par la BBC le 19 mars - puis par la télévision irlandaise le 2 avril - d'un documentaire accusant le Père Fortune d'avoir poussé au suicide quatre jeunes garçons et mettant en cause Mgr Brendan Comiskey, évêque de Ferns (sud-est de l'Irlande) pour n'avoir donné aucune suite aux plaintes formulées contre le prêtre dès les années 1980.

L'évêque, âgé de 66 ans, a été contraint de démissionner le 1er avril. Il a remis en personne sa démission au pape qui l'a acceptée samedi 6 avril. Dimanche, le cardinal Desmond Connel a reconnu à Dublin le "terrible mal" fait à des enfants par "certains de ceux qui étaient nos frères". Il a présenté les excuses de l'Eglise aux victimes, lors d'une messe de commémoration du bicentenaire de l'ordre des Frères chrétiens. Cet ordre, pilier du système éducatif irlandais depuis deux siècles et présent dans une vingtaine de pays, est l'un de ceux dont la réputation a été flétrie par des actes pédophiles commis en son sein.

Le gouvernement a chargé le juge George Birmingham, l'un des plus respectés du pays, d'enquêter sur les actes pédophiles dont sont accusés plusieurs prêtres. Les victimes demandent que toute la lumière soit faite, rien de plus mais rien de moins. "Je continue de croire en Dieu, mais je ne crois plus du tout dans les institutions de l'Eglise", déclarait au quotidien Irish Times, Marie Collins, une quinquagénaire qui habite Dublin. Un prêtre a abusé d'elle lorsqu'elle avait 13 ans.
Jean-Pierre Langellier, Le Monde, 9 avril 2002, p. 6, LE MONDE | 08.04.02 | 15h23

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Jean-Paul II : la pédophilie, « péché effroyable »

«CES ABUS sont immoraux à tous points de vue et la société les considère à juste titre comme un crime ; c'est aussi un péché effroyable aux yeux de Dieu » : c'est en ces termes que, pour la première fois hier, Jean-Paul II s'est exprimé sur la grave crise que traverse l'église catholique aux Etats-Unis en raison des actes pédophiles commis par des prêtres.
Dans un discours adressé aux treize cardinaux américains réunis au Vatican jusqu'à ce soir, le pape qui s'est déclaré « profondément peiné », a affirmé que « les gens ont besoin de savoir qu'il n'y a pas de place dans le clergé (...) pour ceux qui veulent faire du mal à la jeunesse ».
Exprimant sa « solidarité aux victimes de violences sexuelles et à leur famille où qu'elles soient », le souverain pontife a invité les fidèles à ne pas oublier « l'immense bonté spirituelle et sociale » d'une vaste majorité des prêtres américains.
« Une grande oeuvre d'art peut être imparfaite mais sa beauté demeure », a estimé le souverain pontife. Ces deux jours de confrontation pourraient permettre de définir la façon dont l'Eglise américaine sanctionnera les prêtres pédophiles et sa position quant à la remise d'éventuels coupables aux autorités judiciaires. Le Code de droit canon prévoit des punitions pouvant aller jusqu'à l'interdiction d'exercer le ministère.
Quant au président de la conférence épiscopale américaine, Mgr Wilton Daniel Gregory, il a déclaré hier qu'au sein de l'église catholique aux Etats-Unis, « la lutte continue pour s'assurer que les séminaires et la prêtrise ne sont pas dominés par des hommes homosexuels ». En janvier dernier, le Vatican avait autorisé les recteurs des séminaires à recourir à des psychologues pour déterminer la personnalité d'un candidat au sacerdoce.
Philippe Baverel, Le Parisien, mercredi 24 avril 2002, p. 15

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De nouveaux ennuis pour le « curé des enfants »

Mis en examen pour des actes de pédophilie, François Lefort est accusé de n'avoir pas respecté son contrôle judiciaire en approchant des enfants.

LUNDI (6 janvier 2002) à 14 heures, François Lefort des Ylouzes, prêtre, médecin, ancien récipiendaire d'un prix des droits de l'homme, ex-pourfendeur de la lutte contre les pédophiles et engagé dans la prise en charge des enfants des rues en Afrique, est convoqué par un juge d'instruction de Nanterre.
Mis en examen depuis 1995 et libre sous contrôle judiciaire, il est accusé d'une série de viols aggravés, agressions sexuelles et tentatives de corruption de mineurs sur cinq jeunes Sénégalais, dans son appartement parisien, dans un hôtel de province lors de tournées de récoltes de fonds, ainsi qu'au Sénégal en 1994 dans le cadre de ses « actions humanitaires » dans des foyers d'hébergement pour enfants des rues.
L'instruction est désormais close et les parties attendent l'ordonnance de règlement du juge. En octobre dernier (2002), au vu des témoignages et charges réunis, notamment lors de trois commissions rogatoires en Afrique, le ministère public a requis le renvoi de l'ecclésiastique devant la cour d'assises des Hauts-de-Seine.

« Je ne fais ni catéchisme, ni scoutisme, ni chorale »

Cette convocation de dernière minute semble faire suite au dépôt, le 16 décembre (2002), par Me Jean-Baptiste Moquet, l'avocat des jeunes victimes, d'une note au magistrat instructeur accusant le prêtre de ne pas respecter son contrôle judiciaire, et notamment l'obligation de ne pas exercer d'activités professionnelles ou sociales le mettant en relation avec des mineurs.
Selon l'avocat, le prêtre a pris la responsabilité de plusieurs paroisses, ce qui le mènerait à côtoyer des jeunes, et donne également de multiples conférences-débats à des élèves un peu partout en France, où il « vante son action de lutte contre la pédophilie et d'assistance des enfants des rues ».
Et le conseil de citer une « nuit blanche » avec plusieurs dizaines de jeunes lors d'une célébration en mai 2002. « Ces faits sont inquiétants, explique Jean-Baptiste Moquet, car François Lefort donne ainsi l'impression qu'il sensibilise l'opinion sur l'impossibilité qu'il ait pu commettre les faits qui lui sont reprochés. »

De son côté, le prêtre confirme que l'Eglise lui a donné la responsabilité de vingt-quatre paroisses en Bourgogne, mais réfute tout manquement à son contrôle judiciaire : « Je ne fais ni catéchisme, ni scoutisme, ni chorale », nous a-t-il dit, précisant néanmoins avoir dû cesser les visites qu'il continuait auprès de collégiens, à la demande expresse de son contrôleur judiciaire, qui lui aurait en revanche permis de se rendre dans des... lycées.
Le prêtre, qui nie les viols et dénonce un complot, se refuse à mettre en veilleuse sa vie publique et continue à agir pour récolter des fonds pour les enfants du tiers-monde. On l'a aussi vu, mi-novembre, sur le plateau d'une émission de TF 1 animée par Bernard Tapie où il intervenait sur le thème des « célibataires ».
Lefort a même obtenu, en dépit des charges qui pèsent contre lui, l'autorisation de se rendre à plusieurs reprises en mission en Afrique ou en Europe de l'Est, dont une fois pour former des éducateurs pour les enfants des rues.
Au parquet de Nanterre, où l'on a conscience du désarroi des victimes, on tentait fin décembre de justifier ces autorisations : « Sept années de contrôle judiciaire, c'est long. »
Et la partie civile de répliquer : « C'est long aussi pour les victimes qui attendent réparation. »
Nelly Terrier, Le Parisien , samedi 04 janvier 2003, p. 12

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Les Philippines touchées par le scandale du clergé pédophile
Deux cents prêtres ont été démis de leurs fonctions, alors que l'épiscopat demande pardon au pays

LES PHILIPPINES sont à leur tour atteintes par le scandale du clergé pédophile. Dans ce premier pays catholique d'Asie - 85 % de la population -, plus de deux cents prêtres font aujourd'hui l'objet de poursuites pour des abus sexuels commis au cours des vingt dernières années. La plupart ont volontairement démissionné de leur ministère et les autres ont été déchus par leur évêque.

Ces révélations ont été faites à Tagaytay City, lors de l'assemblée plénière de l'épiscopat philippin, par Mgr Orlando Quevedo, archevêque de Catabato et président de la conférence épiscopale. Lundi 8 juillet, celui-ci a confessé au pays sa « tristesse » et sa « honte » : « Nous confessons que des cas d'inconduites sexuelles graves ont été perpétrés par des membres du clergé philippin. Nous demandons humblement pardon pour (ces) graves péchés. » Les évêques ont débattu non seulement des cas de pédophilie, mais aussi des cas de prêtres homosexuels ou vivant en concubinage avec une ou plusieurs maîtresses.

Longtemps taboue aux Philippines, la question des abus sexuels des prêtres est devenue publique en raison des scandales de même type qui ont éclaté aux Etats-Unis et en Europe. L'épiscopat ne compte pas en rester là et discute de l'adoption d'une charte qui, comme l'a fait l'épiscopat américain, définirait pour l'Eglise philippine les modalités d'intervention et de répression de telles attitudes. Le projet de charte ne fait pas l'unanimité dans la hiérarchie catholique et il est âprement débattu lors de l'assemblée de Tagaytay. Des responsables catholiques estiment que ce projet est trop radical, alors que « des évêques ont toléré durant des années les indiscrétions sexuelles de leurs prêtres », comme dit le Père Roberto Reyes, de Manille, cité par l'agence de presse Eglises d'Asie. Aussi retrouve-t-on aux Philippines les débats qui avaient déjà agité l'épiscopat américain sur l'opportunité de relever de son ministère sacerdotal un prêtre qui a pu « commettre une seule erreur ». Le réduire automatiquement à l'état laïque revient à « méconnaître tout l'aspect rédempteur et rénovateur de l'enseignement de l'Eglise », a déclaré le Père Ernesto Bendito, vice-chancelier de l'évêché de Marbel.

Si les articles de la charte touchant aux droits des victimes et de leurs familles d'être informées et indemnisées sont jugés satisfaisants, d'autres voix se font entendre aux Philippines pour estimer que l'Eglise devrait aller plus loin encore, ne pas se contenter de traiter des cas de pédophilie, mais examiner l'ensemble des questions relatives à la sexualité du prêtre, homosexualité, concubinage et éventuellement paternité.
HENRI TINCQ, lemonde.fr, ARTICLE PARU DANS L'EDITION DU 16 Juillet 2002

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Les évêques américains tentent de clore les affaires de pédophilie
300 plaintes depuis janvier 2002

L'Eglise catholique américaine compte quelque 46 000 prêtres diocésains (hormis les membres des ordres religieux) et 63 millions de fidèles, ce qui en fait la première confession du pays par le nombre de fidèles, mais elle est minoritaire par rapport aux Eglises protestantes prises dans leur ensemble.

Si le cas de Boston et celui de la Nouvelle-Angleterre ont été le plus souvent cités dans les accusations et plaintes pour faits de pédophilie du clergé, on estime à 178 le nombre de diocèses touchés dans tout le pays. Selon le quotidien Dallas Morning News, les deux tiers des évêques américains - soit 111 sur 189 - auraient couvert les agissements criminels de prêtres pédophiles, se contentant de les muter ou de les soumettre à un traitement médical.

Quatre évêques - dont Mgr Rembert Weakland, archevêque de Milwaukee, au profil d'évêque progressiste - ont dû donner leur démission, acceptée par le Vatican, après avoir avoué des relations sexuelles passées avec de jeunes garçons ou de jeunes filles.

Quelque 300 plaintes ont été déposées, depuis janvier 2002, contre des membres du clergé américain. Selon le Washington Post, 218 prêtres ont été suspendus.

Selon l'enquête du même journal dans tous les diocèses, depuis le début des années 1960, ce sont au moins 805 prêtres diocésains qui ont été accusés d'actes sexuels contre des mineurs.

Coût financier : les indications recueillies dans les différents diocèses ont permis d'évaluer à plusieurs centaines de millions de dollars le total des indemnités versées, depuis quinze ans, aux victimes de prêtres pédophiles et à leur famille, souvent en échange d'un engagement de leur part de renoncer à des poursuites et de garder le silence.

Pour le seul diocèse de Boston, dirigé par le cardinal Bernard Law, très contesté, l'archevêché a déjà versé quelque 50 millions de dollars en réponse à des plaintes civiles contre soixante-dix prêtres.
lemonde.fr, ARTICLE PARU DANS L'EDITION DU 16 Juin 2002

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Vingt ans de prison pour le curé pédophile

Le curé de Chapelle-Royale (Eure-et-Loir), 82 ans, a été condamné vendredi soir (31 janvier 2003) à vingt ans de réclusion pour viols et agressions sexuelles sur douze enfants. C'est la plus lourde peine prononcée contre un ecclésiastique accusé de pédophilie.

S'IL PURGE l'intégralité de sa peine et que Dieu lui prête vie assez longtemps, le père Eugène Charrieau sortira de prison à l'âge de… 102 ans. L'ancien curé de Chapelle-Royale, village d'Eure-et-Loir, a été condamné avant-hier soir à vingt ans de réclusion criminelle par la cour d'assises de Chartres qui l'a reconnu coupable de viols et d'agressions sexuelles sur 12 filles et garçons, anciens enfants de choeur de sa paroisse. L'accusé, 82 ans, a écopé de la peine maximale prévue par la loi. Ce verdict, prononcé après trois jours d'audience à huis clos et susceptible d'appel, est la plus lourde sanction infligée en France à un homme d'église dans une affaire de pédophilie. « Cette peine de vingt ans s'explique par la monstruosité des faits. On a eu la preuve que cet homme a sévi depuis 1950 et a peut-être fait une centaine de victimes. Son âge aujourd'hui ne change rien », réagit M e Jean Chevais. L'avocat de l'Enfant bleu, association de défense des enfants maltraités, partie civile au procès, n'est pas choqué par la sévérité de la peine.

« Cela ne se voit pas mais je souffre »

Ce procès a retracé le long parcours d'un abbé dont la déchéance remonte au 22 février 2000, jour de son incarcération. Motif : un signalement pour abus sexuel présumé sur une adolescente d'une quinzaine d'années transmis par les services sociaux d'Eure-et-Loir au parquet. Avant cette date, le père Charrieau était un homme respecté, voire admiré. « Ses prêches étaient remarquables. Les gens voulaient à tout prix être mariés par lui », se rappelle un commerçant du canton. Des rumeurs évoquaient bien les moeurs étranges du curé, mais personne n'osait y croire.

Eugène Charrieau, qui se définissait lui-même comme un « curé mondain », était l'ami des personnalités locales les plus diverses, il connaissait du beau monde. Ses victimes, elles, avaient des origines plus modestes, issues de milieux défavorisés. « Des enfants de choeur, précise M e Chevais. L'abbé abusait d'eux pendant le catéchisme, dans la sacristie ou lors des trajets vers d'autres paroisses. Beaucoup de faits ont eu lieu chez le prêtre, une maison dont il avait hérité et où il avait fait construire une piscine. »

Au procès, les jurés ont examiné le cas des victimes recensées entre 1982 et 1999. Les faits les plus anciens sont prescrits, mais deux soeurs sont venues témoigner des agissements de l'abbé en 1952 et un homme a raconté son martyr de 1965. « Sa souffrance était intacte. La même que celle des victimes les plus récentes », rapporte son avocat.

Dans le box, l'accusé est apparu froid et insensible. « Cela ne se voit pas sur mon visage, mais je souffre », a-t-il affirmé. L'abbé Charrieau n'a jamais reconnu les viols. Il a juste admis les attouchements, mais en invoquant la « faute » des enfants, ou son absence de relations sexuelles avec les femmes… Hier à Chapelle-Royale, personne n'a évoqué l'affaire. Le silence est revenu, comme avant le procès… quand la seule réputation de l'abbé suffisait à détourner les pires soupçons.
Geoffroy Tomasovitch, Le Parisien, dimanche 02 février 2003, p. 13

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Le prêtre pédophile reconnaît ses fautes

Emile Leblond se serait livré à des attouchements sexuels sur des mineurs pendant près de trente ans.

RETRANCHÉ derrière ses lunettes, sa silhouette trapue empêtrée dans une étroite veste grisâtre, l'abbé Emile Leblond, 84 ans, ancien curé de Pont-Saint-Pierre, dans l'Eure, comparaît, depuis hier matin, à huis clos, devant la cour d'assises du Calvados, pour viol sur mineur de moins de 15 ans par personne ayant autorité. Face à lui, sur le banc des victimes, Pierre, aujourd'hui âgé de 24 ans, que l'abbé est soupçonné d'avoir violé le 30 juillet 1990, dans son mobile home, à Blonville-sur-Mer (Calvados), où il avait pris l'habitude d'emmener les enfants du catéchisme en vacances.

« Avec Pierre, c'était un dérapage »

Le garçon avait 12 ans au moment des faits. Traumatisé, il raconte qu'il lui aura fallu plus de cinq ans pour confier le terrible secret, à une amie d'abord, puis à ses parents. Il a finalement porté plainte, fin 1999. Le 8 mars 2001, l'abbé Leblond est mis en examen mais placé sous contrôle judiciaire, « compte tenu de l'ancienneté des faits et de l'âge du prévenu », explique M e Yves Crespin, l'avocat de la victime. Treize ans après, l'ecclésiastique n'a, en effet, jamais été confronté à la prison. Hier matin, il est donc arrivé libre au tribunal de Caen.
Depuis le début de l'instruction, le prêtre a toujours nié la qualification de viol, assurant qu'il n'était jamais allé au-delà des attouchements sexuels avec les enfants, y compris avec Pierre. Et les quatre victimes présumées du prêtre, sous le coup de la prescription, qui se sont succédé, hier matin, à la barre, comme témoins, ont effectivement exclusivement parlé d'attouchements. Mais quand le président interroge plus précisément le curé sur sa relation avec la principale victime, Emile Leblond, après un silence interminable, répond que « avec Pierre, par contre, c'était un dérapage ». Ce qui fait dire au président qu'il y aurait eu, au fil des années, une véritable escalade dans la gravité des faits reprochés au prévenu. Le curé acquiesce.
Les premières déviances pédophiles du prêtre remonteraient au début des années 1960, pour se terminer, sans doute, avec Pierre, en 1990. Emile Leblond était alors âgé de 72 ans. Trente ans pendant lesquels « l'abbé n'a pas pris conscience de la gravité de ses agressions et du traumatisme psychologique qui allait s'ensuivre, explique son avocat, M e Xavier Hubert, même si aujourd'hui, je l'ai vu, pour la première fois, écrasé par le remords. »
Un remords que l'avocat de la jeune victime aurait aimé entendre : « Il y a bien eu des pardons, mais il est évident qu'il ne porte pas le moindre jugement critique sur lui-même. On a, aujourd'hui encore, l'impression que tout cela lui paraît naturel. Aussi, j'espère que la justice prononcera une peine significative. D'abord parce que Pierre en a un besoin urgent pour se reconstruire psychologiquement, mais aussi parce que ce sera la seule occasion de juger cet homme, compte tenu de la prescription dont il bénéficie pour toutes les autres agressions. » Le verdict est attendu cet après-midi.
Bertrand Fizel, Le Parisien , mardi 25 mars 2003, p. 21

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Agressions sexuelles : Pierre Dufour a avoué se prêter à des agissements pédophiles depuis les années 1960.
Le vicaire aurait fait des dizaines de victimes

La justice a fini par rattraper ce prêtre qui, dans ses homélies, prônait « une grande rigueur morale ».

LA RUMEUR courait depuis plusieurs années dans la vallée de la Maurienne. Mais les plaintes de certaines victimes et les enquêtes des gendarmes n'avaient pu empêcher l'abbé Pierre Dufour de s'attaquer pendant plus de quarante ans à des enfants de choeur, garçons ou filles, des marginaux, des SDF, alcooliques ou drogués, qui venaient chercher auprès de l'ecclésiastique aide et soutien. La justice des hommes a fini par rattraper celui qui, dans ses homélies, prônait « une grande rigueur morale ».
Mercredi (10 décembre 2003), le vicaire épiscopal de Saint-Jean-de-Maurienne, représentant de l'évêque de Chambéry, a été mis en examen pour « viols et agressions sexuelles sur personnes vulnérables par une personne ayant abusé de sa fonction » et écroué à la prison d'Aiton (Savoie). La vallée de la Maurienne est sous le choc. « Tout le monde le connaissait ici. Il avait d'ailleurs baptisé mon fils », explique une boulangère de Saint-Jean-de-Maurienne.
L'affaire ne fait que commencer. Devant les gendarmes, lors de sa garde à vue, Pierre Dufour, 68 ans, a passé des aveux complets, reconnaissant que ses agissements coupables avaient débuté dans les années 1960. Les victimes, pour le moment au nombre de deux, pourraient se compter par dizaines. « Les informations données par le père Dufour sont tellement nombreuses qu'il va nous falloir beaucoup de temps pour les trier, les vérifier et identifier les victimes que nous ne connaissons pas encore toutes », explique le procureur d'Albertville. Hélène Lastera, la juge d'instruction en charge de ce dossier, a décidé de lancer un appel à témoins garantissant aux victimes « une discrétion totale ».
Mais dans la vallée, une question revient régulièrement : comment l'abbé a-t-il pu sévir si longtemps à Aiguebelle, où il fut curé de 1978 à 1995, et à Saint-Jean-de-Maurienne sans être démasqué ? Pourtant, il avait déjà été visé par plusieurs enquêtes, notamment en 1996 après des dépôts de plaintes. « Ces enquêtes n'avaient pas permis de recueillir des charges suffisantes », affirme le procureur. Certains habitants de la région sont persuadés que le suicide d'un jeune homme il y a quelques années serait lié aux agissements du prêtre voir ci-dessous).

« Il voulait tout contrôler »

Françoise Lobbé, responsable de l'aumônerie de Saint-Jean-de-Maurienne, a travaillé avec l'abbé Dufour. Elle reconnaît qu'elle n'a « pas été totalement surprise par son arrestation. Depuis des années, des rumeurs couraient sur son compte. Mais je continuais à lui faire confiance car je n'avais rien constaté d'anormal et personne n'était venu me parler de problèmes avec lui. C'est un homme autoritaire qui voulait tout contrôler, même ce qui ne le regardait pas ». Ainsi, lors de baptêmes, le prêtre n'hésitait pas à critiquer publiquement le choix des parrains ou marraines.

Le père Benoît Buisson, de la paroisse de Saint-Rémy-de-Maurienne, a lui aussi bien connu l'abbé Dufour. « Il est très ambitieux, très orgueilleux. J'avais entendu des rumeurs sur lui, mais je n'avais pas de preuves. D'ailleurs, l'évêque actuel, mais également son prédécesseur, qui étaient au courant de ces bruits, lui maintenaient leur confiance. »

La loi du silence a-t-elle protégé le prêtre pendant près de quarante ans ? L'enquête le déterminera. Samedi dernier, l'abbé Dufour avait célébré une de ses dernières messes devant les gendarmes de Maurienne qui fêtaient sainte Geneviève, leur patronne.
Gilles CarleLe Parisien, samedi 13 décembre 2003, p. 13

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La hiérarchie catholique accusée dans l'enquête sur le vicaire Dufour

Les autorités ecclésiastiques apparaissent mises en cause, après la mise en examen du vicaire épiscopal Pierre Duffour. Saint-Jean-de-Maurienne et Aiguebelle (Savoie) de notre envoyé spécial

Après un bref séjour à l'hôpital de Chambéry, Pierre Dufour, 68 ans, vicaire épiscopal de Saint-Jean-de-Maurienne, a regagné la prison d'Aiton (Savoie). Mis en examen le 11 décembre pour "viols et agressions sexuelles sur des personnes vulnérables par une personne abusant de son autorité", le prêtre aurait, selon Henri Perret, procureur d'Albertville, déjà reconnu une série d'agressions sexuelles sur des enfants commises depuis quarante ans, soit dès son ordination (Le Monde du 16 décembre). L'appel à témoins lancé par Hélène Lastera, juge d'instruction à Albertville, et le lieutenant-colonel Thierry Cailloz, chef du groupement de gendarmerie de Chambéry, semble porter ses fruits, et déjà, une tragédie liée à cette affaire pourrait rebondir.

Le 16 janvier 1997, à sa troisième tentative, Sébastien Gilodi, 20 ans, étudiant en médecine, a mis fin à ses jours. Ses parents sont persuadés que la dépression du jeune homme a été causée par les agressions sexuelles que Pierre Dufour lui aurait fait subir dès 1991 et, en annonçant son intention de se constituer partie civile, son père, Alain Gilodi, 49 ans, n'hésite plus à mettre en cause la hiérarchie catholique. Délaissant son atelier de tourneur sur bois pour son modeste logement, derrière l'hôtel de ville d'Aiguebelle, c'est d'une main tremblante que M. Gilodi nous a fait prendre connaissance d'une troublante correspondance.

FAISCEAU DE PRÉSOMPTIONS

La première lettre date du 7 mars 1992. Après mûre réflexion, Alain Gilodi et son épouse l'ont adressée à l'archevêque de Chambéry, Mgr Claude Feidt, pour lui exposer la situation, et ce qui n'est encore pour eux qu'un faisceau de présomptions : les résultats de leur fils qui s'effondrent dès l'entrée au lycée de Saint-Jean et l'installation dans cette chambre mise à la disposition de l'adolescent par le prêtre ; les larmes qui inondent parfois sans raison le visage de Sébastien. Et ces "propos obscènes, tenus brusquement" par Pierre Dufour, lors d'un trajet en voiture, invitant l'adolescent à se méfier de sa mère qui "un jour le violerait".

Le père referme la lettre, et poursuit le récit. "En décembre 1991, Sébastien a avalé des médicaments et nous l'avons sauvé de justesse. Il a été hospitalisé à Chambéry où une pédopsychiatre a réussi à percer le secret de son trouble : Sébastien nous implorait de ne pas laisser Dufour lui rendre visite." Alors que le village de 900 habitants est bouleversé par le geste de Sébastien, le curé reste coi. Un silence inadmissible pour les parents, qui, dans leur missive, réclament à l'archevêque la mutation du prêtre.

Une semaine plus tard, par un courrier manuscrit d'un feuillet recto verso, daté du 15 mars, sur du papier à en-tête de l'archevêché, Mgr Feidt exprime sa stupéfaction et son émotion mais se refuse à croire à la culpabilité de "Pierre D.". "Je le connais depuis trente-six ans et je travaille avec lui depuis douze ans", confie le prélat, qui n'envisage aucune mesure conservatoire, ni même un entretien. En indiquant qu'au cours de son ministère il a rencontré "beaucoup de papas et de mamans qui ont vécu le même drame", Mgr Feidt ajoute : "Je suis très proche de vous dans votre peine et dans votre angoisse. Depuis votre lettre, je prie tout spécialement pour votre fils et pour vous." Il conclut en incitant les parents à rencontrer le curé et à "lui parler franchement".

Le 14 juin 1993, Sébastien fait une deuxième tentative de suicide. Le 21, ses parents, effondrés, envoient une seconde lettre à l'archevêque, avec accusé de réception. Inscrit dans un lycée de Chambéry, leur fils reste hanté par le curé qui, chaque fois qu'il le rencontre, à Aiguebelle, le fixe très longuement. Les témoignages d'une éducatrice, d'un médecin et d'une mère de famille, cités par M. et Mme Gilodi, n'ébranlent pas l'archevêque qui, cette fois, n'aurait pas pris la peine de répondre à cet appel au secours. Nommé archevêque d'Aix-en-Provence en 1999, Mgr Feidt, qui effectue actuellement un déplacement à Rome, n'a pu être contacté.

MENACES ET DONS D'ARGENT

Les époux Gilodi se sont résolus à déposer une plainte auprès du procureur d'Albertville, Monique Zerbib, lorsqu'en 1995, Pierre Dufour a été promu vicaire épiscopal à Saint-Jean-de-Maurienne, où il avait été abbé jusqu'en 1979. En février 1998, ils ont reçu une lettre du nouveau procureur d'Albertville, Monique Hugo, qui venait de prendre ses fonctions, les informant qu'après leur plainte "une enquête très approfondie n'avait pas permis d'établir que l'abbé avait commis des attouchements" sur leur fils. Entre-temps, Sébastien s'était donné la mort.

Il aura fallu que deux sans-abri alertent successivement la gendarmerie, l'été dernier, pour qu'une enquête décisive soit diligentée à Chambéry. Les deux plaignants, qui ne se connaissaient pas, évoquaient des viols aggravés. L'un d'eux, âgé de 35 ans, qui vendait des journaux dans les rues de Saint-Jean lorsque le curé l'avait recueilli, a confié au Dauphiné libéré qu'après les faits Pierre Dufour l'avait menacé puis lui avait envoyé de l'argent. Ce sont précisément les traces de dix mandats postaux qui ont constitué les premiers éléments de preuve contre le vicaire.
Robert Belleret, lemonde.fr, ARTICLE PARU DANS L'EDITION DU 20.12.03, LE MONDE | 19.12.03 | 13h55 ,MIS A JOUR LE 19.12.03 | 17h07

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Le prêtre qui accuse les dominicains

LA CHASTETÉ des dominicains n'est plus ce qu'elle était : c'est ce que raconte le père Jean Cardonnel , 83 ans, dans son livre « Verbe incarné contre sexe tout puissant » (Indigène Editions) qui sort aujourd'hui. « Je connais des hommes homosexuels généreux, fraternels, fidèles à leur amour de l'autre. Par contre, je connais, spécialement dans le milieu religieux, des homosexuels sans coeur, des collectionneurs d'amour d'hommes, de liaisons de passades », écrit-il.

Le père Jean Cardonnel, écarté du couvent de Montpellier (Hérault), connu pour son franc-parler, explique comment la hiérarchie religieuse, selon lui, a fini par fermer les yeux sur les liaisons et les vies parallèles, et sur les relations homosexuelles dans les couvents.
« Au mieux, on leur demande d'être discrets. Seuls les relations hétérosexuelles sont sanctionnées. J'ai même le sentiment que l'Eglise fabrique des célibataires obsédés sexuels », poursuit-il, en rappelant l'obligation, toujours en vigueur, non seulement du célibat, mais de la chasteté. « J'ai ressenti, ces dernières années, un grand manque d'humanité ou d'affectivité parmi les frères que j'ai côtoyés », ajoute-t-il encore en évoquant les derniers mois - « glauques » - passés au couvent de Montpellier avant son expulsion de sa chambre de dominicain en septembre 2002.

« Il écrit n'importe quoi »

Le nouveau brûlot du père Cardonnel suscite déjà des réactions. Outrées à Montpellier : « Le père Cardonnel est un menteur. Si c'était mon grand-père, il serait déjà enfermé dans un asile psychiatrique. Seulement voilà, le père Cardonnel est intouchable. Il écrit n'importe quoi. Il n'a pas été expulsé de notre couvent, ses affaires n'ont pas été jetées dans un couloir. Et le soir, les frères ne couchent pas ensemble », répond le père Prieur, du couvent de Montpellier.
Le soutien lui vient de Mgr Jacques Gaillot, autre trublion réputé : « Le père Cardonnel est un vrai frère d'humanité. L'être humain est au coeur de ses engagements. »
Claude Massonnet, Le Parisien, jeudi 20 janvier 2005

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Le père Lefort, accusé de viols sur mineurs, jugé à Nanterre

NANTERRE (Hauts-de-Seine) (Reuters) - Au premier jour de son procès, le père François Lefort, figure de l'humanitaire accusé de viols sur des mineurs en 1994 et 1995 au Sénégal, a clamé lundi son innocence et s'est présenté comme un adversaire de la pédophilie.

Devant la cour d'assises de Nanterre (Hauts-de-Seine), le prêtre de 59 ans a rappelé qu'il avait fondé en 1985 une association de lutte contre la prostitution des mineurs.
"Ça me donne la nausée. On ne peut pas imaginer, mesdames et messieurs les jurés, le monde des réseaux pédophiles. Je ne pouvais pas ne pas lutter, ne pas réagir (...) C'est pour cela que l'accusation portée contre moi est la plus terrible qu'on puisse imaginer", a-t-il lancé.
Le prêtre, actuellement curé d'une paroisse rurale de Saône-et-Loire, est accusé de viols et d'agressions sexuelles, dans un foyer près de Dakar et à son domicile de Neuilly, par six jeunes Sénégalais dont cinq sont présents au tribunal.
Il encourt jusqu'à vingt ans de réclusion criminelle mais a toujours nié les faits et comparaît libre avec le soutien de dizaines de personnalités.

A la barre, il s'est dit victime d'une machination, qui serait selon lui la conséquence d'un livre sur le génocide rwandais qu'il a publié en 1995.
"J'ai trouvé très bizarre qu'un certain nombre de personnes s'intéressent à moi à partir du livre sur le Rwanda. Quand vous êtes innocent et que des gens arrivent avec quelque chose de très organisé... Je n'aime pas le mot de complot mais c'est très organisé", a-t-il dit.
Pour lui, les plaignants ont déposé contre lui d'abord parce qu'ils étaient sous influence de Moussa Sow, directeur du foyer sénégalais où se seraient déroulés les faits. Ils agissent aujourd'hui "pour des questions financières", a-t-il ajouté.

La cour a examiné la personnalité et la vie de l'accusé, qui fait état d'une carrière au service des populations défavorisées en France et en Afrique, de toxicomanes et de victimes de l'exploitation sexuelle, au sein d'associations comme Caritas, le Secours catholique, Médecins du monde, ou encore dans les cabinets de ministres socialistes au début des années 80.

BIENFAITEUR OU IMPOSTEUR ?

L'accusation et les parties civiles ont soutenu implicitement la thèse d'une imposture, mettant en cause sa qualité de médecin, car il n'a jamais produit de diplôme, ainsi que les récits de divers moments de sa vie. Son supposé passage dans les cabinets ministériels n'a ainsi laissé aucune trace administrative, a relevé la cour.
François Lefort a expliqué la présence à son domicile de dizaines de revues pédophiles, retrouvées par la police lors d'une perquisition, par une rencontre en 1985 aux Pays-Bas avec un homme qu'il a présenté comme le chef d'un réseau international de pédophilie.
"Il m'a dit qu'il avait 1.000 correspondants dans le monde et qu'il pouvait fournir dans les deux heures un enfant de l'âge et du sexe voulu. Il m'a raconté ces horreurs qu'il faisait et m'a même dit qu'il était dominant sur le marché", a dit le prêtre.

Le père Lefort aurait acheté "avec sa carte de crédit" les revues pédophiles à cet homme à titre documentaire. L'avocat général a mis en doute la véracité de ce récit, soulignant que l'homme qu'il désigne a déclaré à la police ne l'avoir jamais vu.
Revenant sur ses missions humanitaires en France, en Mauritanie, au Sénégal, au Congo ou au Rwanda, l'accusé a affirmé avoir travaillé avec l'Elysée sous François Mitterrand, a fait état d'un entretien avec le président sénégalais Abdou Diouf, de travaux avec la ministre socialiste Georgina Dufoix ou encore d'une rencontre avec l'abbé Pierre.
Il a dit avoir ressenti sa vocation pour l'action humanitaire après avoir vu mourir "sous ses fenêtres" des manifestants indépendantistes algériens en 1961, et après des décès dans un bidonville de Nanterre, près de Paris. "Je suis allé dans la nuit à pied à Chartres", a-t-il affirmé.
La présidente de la cour et l'accusation l'ont longuement interrogé sur ces épisodes, dont la réalité n'est pas attestée dans le dossier.
Le procès, qui se poursuit mardi, doit s'achever le 21 juin.
yahoo.fr, actualités, lundi 6 juin 2005, 17h53

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Reconnu coupable de viols sur mineurs, le Père Lefort est condamné à huit ans de prison

Extrait : Le ministère public avait requis de treize à quinze ans de réclusion criminelle.
Le condamné, qui a toujours nié, devra en outre verser de 3 000 à 25 000 euros aux victimes.
FRANÇOIS LEFORT a fait bonne figure jusqu'au bout. Il est revenu en souriant à sa place, vendredi 24 juin, a serré quelques mains, bavardé avec ses avocats, pour son dernier quart d'heure de liberté. Il a écouté calmement le verdict de la cour d'assises des Hauts-de-Seine, qui a délibéré pendant un peu moins de cinq heures : le prêtre a été reconnu coupable des viols, agressions sexuelles et corruption de mineurs commis en 1994 et 1995 sur six adolescents sénégalais, des crimes qu'il a toujours niés, et a été condamné à huit ans...
Article publié le 26 Juin 2005, Par Franck Johannès, Source : LE MONDE, Taille de l'article : 969 mots

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Un prêtre pédophile de 57 ans condamné à un an de prison ferme

BESANCON (AP) - Le tribunal correctionnel de Besançon (Doubs) a condamné mercredi un prêtre de 57 ans à quatre ans de prison dont un ferme pour exhibition et agressions sexuelles sur mineurs de quinze ans, a-t-on appris de source judiciaire.

Le prêtre, Bruno Kieffer, a été également interdit définitivement d'exercer une activité en relation avec des mineurs et devra verser des dommages et intérêts à ses cinq victimes, garçons et filles.

Il lui était notamment reproché d'avoir montré à des enfants qui assistaient à ses cours de catéchisme entre 1996 et 1999, un string en latex qu'il portait sous sa soutane. Il avait également donné un "cours de gymnastique" à une petite fille de 9 ans, alors qu'ils étaient nus tous les deux.

Le religieux était arrivé à Besançon en 1996 après avoir vécu 27 ans dans le couvent d'un ordre fermé en Italie. Le procureur de la République Yves Coquillat avait requis cinq ans de prison dont trois fermes. AP
jeudi 22 septembre 2005, 9h50, yahoo.fr, actualités

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mercredi 16 novembre 2005, 21h58 Outreau: les accusations de viols contre l'abbé Wiel s'effondrent

PARIS (AFP) - Les accusations de viols qui pesaient depuis quatre ans contre l'abbé Dominique Wiel dans l'affaire de pédophilie d'Outreau se sont effondrées mercredi soir devant la cour d'assises de Paris avec les rétractations de deux enfants qui l'accusaient encore.
Le prêtre ouvrier (68 ans) qui a toujours clamé son innocence a été condamné à sept ans de prison en première instance en juillet 2004 pour le viol de trois enfants et des agressions sexuelles sur deux autres.
Tour à tour, les deux enfants entendus à huis clos par la cour sont revenus sur leurs accusations, ont indiqué plusieurs avocats.
Le premier garçonnet, Olivier (12 ans), "a reconnu pour la première fois avoir menti", a indiqué l'un des conseils du prêtre Blandine Lejeune, rétractation confirmée par l'avocat de l'enfant Me Marc Pantaloni.
Le second enfant accusateur, Gabriel, a alors été interrogé. "Il est venu dire à la barre qu'enfin il pouvait dire la vérité, qu'il se sentait soulagé et que cela faisait des années qu'il portait le poids de son mensonge", a déclaré Me Lejeune.
"L'abbé Wiel ne lui a jamais rien fait, il n'est jamais allé chez lui, il a dit comme ses copains", a ajouté l'avocate, notant que "plus personne n'accuse le curé" de viols.
Le troisième garçonnet avait déjà commencé à se rétracter pendant l'instruction lors d'un entretien avec une psychologue.
Mardi soir, sa mère a confirmé à la cour que son fils déclarait aujourd'hui que "le prêtre ne lui avait jamais rien fait".

"Je suis très heureux et surtout pour les enfants car cela aurait été dommage qu'ils continuent à vivre avec un mensonge sur la conscience", a réagi le prêtre ouvrier à l'issue de l'audience, ajoutant "avoir toujours pensé que ce moment viendrait".
L'abbé, qui a effectué 30 mois de détention provisoire, a critiqué "la façon actuelle de mettre les gens en prison et de réfléchir après".
"Nous n'avons pas arrêté de dire que les enfants avaient été entraînés dans un délire collectif", a commenté la "boulangère", Roselyne Godard, acquittée à Saint-Omer.

Ce rebondissement a encore affaibli ce qui reste d'une accusation déjà mise en lambeaux lors du premier procès de Saint-Omer et qui s'est révélée une "catastrophe" pour l'image de la justice.
Les charges sont essentiellement basées sur la parole accusatrice des enfants.

La cour d'assises de Saint-Omer avait acquitté sept des accusés mais en avait condamné dix autres, dont les deux couples qui reconnaissaient les faits de viols sur leurs enfants.
Les six condamnés qui ont fait appel dénoncent une instruction menée entièrement à charge.

Avant ce coup de théâtre, la cour avait entendu trois autres enfants, dont les deux fillettes du couple Lavier et le fils cadet de l'huissier Alain Marécaux qui a accusé son père d'atouchements sexuels.
Contrairement aux deux garçonnets, la fille aînée de Sandrine Lavier a maintenu ses accusations, même les plus délirantes.
La fillette, Stéphanie, aujourd'hui âgée de 12 ans, a répété avoir été violée à l'âge de 8 ans par trois hommes, dont son beau-père, "deux par devant, un par derrière", selon le conseil de Sandrine Lavier, Me Philippe Lescène.
Or, la fillette est encore vierge. En outre, un expert médical qui l'a examinée à l'époque a assuré qu'un viol par trois hommes aurait provoqué d'énormes déchirures.
Selon le Dr Jean-François Bouvry, entendu mardi, les sévices décrits sont "totalement incompatibles" avec ses constatations médicales.

Sandrine Lavier a été condamnée à trois ans de prison avec sursis pour corruption de mineurs, notamment sur ses deux filles. Son mari Franck a écopé de six ans de prison pour le viol de sa belle-fille.
L'autre fillette Lavier, Clara (9 ans), est une "enfant paumée qui finit par dire oui ou non aux questions posées", a raconté Me Philippe Lescène.
Michel Marécaux a enfin évoqué "un malentendu" entre son père et lui, selon l'avocat de l'huissier, Me Hubert Delarue.
Yahoo.fr, actualités,

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(22 mai 2006)A Chambéry, l'absence de remords du prêtre violeur
L'abbé Pierre Dufour comparaît depuis hier devant les jurés de la Savoie.

A L'OUVERTURE de son procès devant la cour d'assises de Savoie, l'abbé Pierre Dufour a écouté, impassible, la lecture par la greffière des faits qui lui sont reprochés : viols, fellations, sodomies, attouchements, commis pendant près de quarante ans dans la vallée de la Maurienne.

Les souffrances de ses victimes n'ont visiblement pas ému l'homme d'Eglise.
Calé sur son siège, bras croisés, vêtu d'un pull noir, le prêtre de 71 ans s'est contenté de quelques dénégations par des mouvements de la tête. Derrière ses lunettes, il semble ailleurs. «On dirait qu'il ne se sent pas concerné, expliquera une des victimes lors de la première suspension d'audience, et ça, c'est très difficile à vivre.»
Alain et Martine Gilodi, dont le fils Sébastien s'est suicidé après avoir été abusé par le prêtre, ont des mots encore plus durs : «C'est une pierre», commente-t-il. «Je dirais que c'est une bête», renchérit-elle.

Le père Vincent Féroldi, porte-parole de l'évêque de Chambéry pendant ce procès, admet que «la lecture des faits a été terrifiante». «Je me demande, ajoute-t-il, comment cet homme, prêtre, a pu tomber dans une telle situation. On attend d'entendre ses explications.»

La cour a examiné la personnalité de l'accusé. D'une voix assurée, se rappelant des dates et des moindres détails de sa vie, Pierre Dufour, né un 23 avril 1935 à Modane, d'un père travaillant à la SNCF et d'une mère qui tenait un bazar dans cette petite ville de Maurienne, a raconté comment il avait senti naître la vocation en lui.
Ainsi, en 1954, il entre au séminaire de Chambéry. En 1961, il est ordonné et devient prêtre à la cathédrale de Saint-Jean-de-Maurienne.
Huit ans plus tard, il est codirecteur du collège Saint- Joseph dans cette même ville, et cela jusqu'en 1978. Il est alors nommé aumônier des scolaires en Maurienne et, en même temps responsable du diocèse d'Aiguebelle.
En 1995, enfin, il deviendra vicaire épiscopal de Saint-Jean-de-Maurienne.

Il cite Lacan

A-t-il eu une vie sexuelle ? interroge le président. L'accusé évoque une relation avec une jeune fille, à l'âge de 16 ans, puis deux autres, à 28 et 32 ans, d'abord avec une femme catéchiste, ensuite avec une épouse délaissée. «C'est arrivé dans l'affectivité», précise-t-il.

«Comment avez-vous découvert votre homosexualité ?

– C'est difficile à dire. Lors d'une conférence de Lacan à Paris, j'ai entendu dire que tout homme était bisexuel et que s'il ne s'épanouissait pas ainsi, c'était lié aux contraintes de la société, de la religion. J'ai eu ma première relation homosexuelle avec un autostoppeur.

– Ne trouvez-vous pas que cela pose un sacré problème par rapport à la religion catholique et à votre fonction de prêtre ? s'étonne le président.
– Si, bien sûr. Le pape a condamné l'homosexualité... mais il a dit aussi que personne n'a le droit de juger la conscience de celui qui le fait.»

L'abbé Dufour reconnaît ensuite des attouchements sur des enfants, dans les années 60. Parlant d'un jeune de 12 ans, il assure : «On a eu une attirance l'un pour l'autre. Sur le lit, on se caressait. Il était content.» Le président interloqué rappelle que sa victime, âgée aujourd'hui de 56 ans, est toujours traumatisée, au point d'avoir pleuré devant les gendarmes qui voulaient l'interroger. L'accusé ne se démonte pas pour autant. «Je me souviens bien de lui. C'est même moi qui étais prêtre à son mariage.» Indignation dans la salle.

Quand le président évoque les témoignages douloureux d'autres jeunes agressés sexuellement, Pierre Dufour se contente de répéter : «Je ne me souviens pas», ou «connais pas» lorsque le nom de ses victimes est cité. «Son attitude est affligeante, écoeurante», commente une avocate de la partie civile.
Serge Pueyo, lefigaro.fr, 23 mai 2006, (Rubrique France)

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24.10.06 Enfant violé par un prêtre, l'Eglise du côté de la victime

Pour la première fois de son histoire, l'Eglise catholique se porte partie civile dans une affaire d'atteintes sexuelles. L'affaire sera jugée à huis clos aujourd'hui et demain devant la cour d'assises de Seine-et-Marne, à Melun, et concernera un prêtre accusé de viols sur un garçon de 12 ans.

Henri Le Bras, 64 ans, est soupçonné d'avoir imposé des relations sexuelles entre 1995 et 1998 à un enfant né en 1983. Il était à l'époque prêtre à Fontainebleau puis à Moret-sur-Loing (Seine-et-Marne).

Lors de ses premières auditions, le prêtre avait reconnu des fellations et des sodomies, mais affirmé que le garçon était consentant.
Puis il est revenu sur ses déclarations, reconnaissant seulement des attouchements.

Le jeune, aujourd'hui âgé de 23 ans, affirme que le prêtre a voulu acheter son silence en lui versant entre 150 000 et 190 000 francs (23 000 à 29 000 e), soit toutes ses économies, sans compter un emprunt de 50 000 francs à partir de 1999.

Ce qui ne l'a pas empêché de dénoncer les actes en 2000.

Du côté de l'Eglise catholique, c'est l'évêque de Meaux, Albert-Marie de Monléon, qui s'est porté partie civile, « afin que l'Eglise puisse se trouver sur le banc des victimes, pour être à côté de ceux qui souffrent, sans pour autant accuser le prêtre ».
20 Minutes | édition du 24.10.06

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mercredi 25 octobre 2006, 20h37 Un prêtre pédophile condamné à Melun, l'Eglise pour la première fois partie civile

MELUN (AFP) - Un prêtre accusé de viols et d'atteintes sexuelles sur un jeune garçon a été condamné mercredi à 10 ans de réclusion par la cour d'assises de Seine-et-Marne, devant laquelle l'Eglise s'était portée partie civile, pour la première fois de son histoire dans ce type d'affaires.

Conformément aux réquisitions de l'avocat général, Henri Le Bras, 64 ans, a été condamné à 10 ans de réclusion pour avoir imposé, entre 1995 et 1998, des relations sexuelles à un garçon né en 1983, alors qu'il était prêtre à Fontainebleau puis à Moret-sur-Loing.

Le curé, qui comparaissait libre après avoir passé deux ans et demi en détention provisoire, devait être écroué mercredi soir.

La cour d'assises a par ailleurs demandé son inscription sur le fichier des délinquants sexuels.

La victime, un jeune homme âgé aujourd'hui de 23 ans, a par ailleurs obtenu 15.000 euros de dommages et intérêts. Il s'est dit "lavé de toutes ces choses sales" et prêt à aborder "une nouvelle vie", bien qu'il ait été "déçu que l'abbé ne reconnaisse pas tout".

M. Le Bras a nié tout au long du procès les faits de viol, ne reconnaissant que des attouchements. Il avait reconnu l'intégralité de ce que lui reprochait la victime devant les enquêteurs et le juge d'instruction, avant de se rétracter.

Il avait donné 150 à 170.000 francs (environ 23.000 à 26.000 euros) à la victime, soit la totalité de ses économies plus un prêt, après qu'elle eut menacé de le dénoncer à la police (c'est nous qui soulignons, notedt).

Le prêtre, qui comparaissait pour viols et atteintes sexuelles sur mineur de 15 ans par personne ayant autorité, encourait 20 ans de prison.

Les faits se seraient notamment déroulés pendant des séjours au presbytère de Villefranche-sur-Mer (Alpes-Maritimes) et dans une communauté de religieuses à La Plagne (Savoie).

Ce procès revêt une dimension particulière pour l'Eglise dans la mesure où, pour la première fois de son histoire, elle était partie civile aux côtés de la victime, la demande en ce sens de l'évêque de Meaux ayant été jugée recevable par la cour.

Il y a quatre ans, l'Eglise s'était déjà constituée partie civile dans une affaire de pédophilie impliquant un prêtre jugée en correctionnelle à Strasbourg, mais cette constitution avait été jugée irrecevable par le tribunal.

Mgr Albert-Marie de Monléon, l'évêque de Meaux, absent du procès à huis-clos, tiendra jeudi une conférence de presse à l'évêché de Meaux.

La démarche de l'évêque a été accueillie assez fraîchement par la victime, aujourd'hui âgée de 23 ans. "C'est un peu tard pour réagir", avait estimé le jeune homme, qui a attendu vainement une réaction de l'Eglise depuis qu'il a dénoncé les faits en 2000.

Me Guy Aurenche, avocat du prêtre, a pour sa part souligné une nouvelle fois que la réponse judiciaire n'était pas forcément la meilleure, selon lui, à ces affaires de pédophilie, demandant: "comment se fait-il que mon client n'ait eu personne à qui parler, pendant toutes ces années? Plutôt que de répondre par voie judiciaire, l'Eglise devrait se demander comment former les prêtres sur les questions liées à la vie sexuelle, comment les accompagner, et réfléchir à la question du célibat obligatoire".
Yahoo.fr, actualités, mercredi 25 octobre 2006, 20h37, Par Stéphanie LEROUGE

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Le parisien.fr 12 àctobre 2007 16 : 15
Le Vatican suspend un haut prélat pour homosexualité

Le Vatican a suspendu un haut prélat qui avait ouvertement déclaré son homosexualité dans une récente émission télévisée en Italie, tout en gardant le visage caché et la voix déformée, ont indiqué aujourd'hui des médias italiens, mais l'intéressé a démenti par la suite être homosexuel.

«Les supérieurs traitent la situation avec la discrétion de rigueur et avec le respect dû à la personne concernée, même si cette personne a commis des erreurs. Les autorités doivent cependant intervenir avec la sévérité requise par un comportement incompatible avec le service religieux et la mission du Saint-Siège», a déclaré le porte-parole du Vatican, père Federico Lombardi dans la matinée.

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PEDOPHILIE. Un religieux reconnaît une cinquantaine d'agressions
Anne-Cécile Juillet lundi 18 février 2008 | Le Parisien

Frère Pierre-Etienne, membre de la communauté des Béatitudes dans l'Aveyron, a reconnu avoir sexuellement agressé une cinquantaine d'enfants en quinze ans.
Selon des courriers que nous nous sommes procurés, sa hiérarchie était au courant depuis 1998.

APRÈS plus de vingt ans de silence, Pierre-Etienne A., 57 ans, tente aujourd'hui de soulager sa conscience. En août 2007, cet ancien frère de la communauté des Béatitudes installée à Comps-la-Grand-Ville en Aveyron se confie à une amie. Il la prie d'aller le dénoncer auprès de la justice, parce qu'il n'en « a pas le courage ».

Le 4 février dernier, placé en garde à vue, l'ancien religieux affirme avoir, entre 1985 et 2000, procédé à des attouchements sexuels sur des enfants, garçons et filles, âgés de 5 à 14 ans. Selon plusieurs témoignages, auxquels nous avons eu accès, la hiérarchie de cette communauté aurait été informée des agissements de frère Pierre-Etienne au moins dès 1998. Sans jamais rien en dire à la justice. Le 5 février, une information judiciaire a été ouverte par le parquet de Rodez pour agressions sexuelles sur mineurs de 15 ans par personne ayant autorité à l'encontre de frère Pierre-Etienne. Parallèlement, une autre information judiciaire, contre X cette fois, est ouverte pour non-dénonciation de mauvais traitements ou atteintes sexuelles sur mineurs de 15 ans.

Une cinquantaine d'actes. Selon Pierre-Etienne A., ses victimes étaient « souvent endormies » lorsqu'il exécutait ses méfaits. Certaines, en revanche, « étaient tout à fait conscientes, et avaient manifesté leur désaccord ». La cinquantaine d'actes confessés ont eu lieu dans les divers établissements de la communauté où Pierre-Etienne A. a été successivement affecté aux quatre coins de la France. L'une de ses proies, la jeune P., aurait subi des attouchements pendant « environ trois ans ». Quelque temps plus tard, elle tente de se suicider. Les enquêteurs cherchent aujourd'hui à retrouver toutes les autres victimes.

« Ne pas se faire juger par les païens ». Le 23 janvier dernier, un prêtre des Béatitudes, responsable d'une de ses maisons, adresse une lettre sans ambiguïté au parquet de Rodez : « J'ai reçu personnellement l'information de délits de pédophilie commis par M. Pierre-Etienne A., vers l'année 1998, en juillet-août », information qu'il tient de la bouche même des trois plus hauts dignitaires de la communauté de l'époque. Il poursuit : « L'information était plutôt une confidence et la crainte de voir l'affaire ébruitée et transmise à la justice, ccecis pouvant mettre à mal la communauté des Béatitudes de n'avoir pas pris assez tôt la mesure des torts commis. En effet, des plaintes étaient alors remontées jusqu'au Modérateur général (NDLR : le plus haut responsable) avec risque de plaintes en justice. »

Une crainte confirmée récemment par le frère Ephraïm, fondateur de la communauté. Dans un courrier adressé il y a un mois à l'ensemble des membres des Béatitudes, il explique son peu de foi dans la justice des hommes, et cite la Bible : « Lorsque vous avez un différend entre vous, comment osez-vous le faire juger par des païens et non par les saints ? »

Une plainte avait déjà été déposée, sans suite. En 2001, Pierre-Etienne A. fait l'objet de poursuites. Une plainte est déposée, puis une information judiciaire ouverte au tribunal d'Avranches (Manche). Le religieux n'est entendu que deux ans plus tard. Les juges d'Avranches ont finalement conclu en se déclarant territorialement incompétents et en estimant les faits prescrits.

Des demi-mesures d'éloignement. A la fin de l'année 2000, les responsables de l'abbaye de Bonnecombe (Aveyron) prennent des dispositions pour « encadrer » frère Pierre-Etienne et lui interdisent tout contact avec des enfants, quoique cette abbaye accueille beaucoup de jeunes. En 2005, Pierre-Etienne est « relevé de ses voeux religieux ». Pourtant, la communauté l'héberge toujours.

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Prêtres pédophiles: en route pour Washington, le pape exprime sa "honte" mardi 15 avr, 12 h 38 AFP

WASHINGTON (AFP) - Le pape Benoît XVI, en route pour les Etats-Unis où il doit panser les plaies d'une église secouée par le scandale des prêtres pédophiles, a exprimé sa "honte" vis-à-vis de ces agissements, une parole déjà jugée insuffisante par les défenseurs des victimes de prêtres.

"Nous avons profondément honte (...) . L'Eglise fera tout son possible pour guérir les blessures causées par les prêtres pédophiles", a déclaré le pape, dans l'avion qui le mène aux Etats-Unis pour une visite de 6 jours à Washington et New York.

"La pédophilie est totalement incompatible avec l'exercice du ministère sacerdotal. Il vaut mieux avoir de bons prêtres plutôt qu'en avoir beaucoup", a-t-il ajouté, selon l'agence italienne Ansa.

La visite de Benoît XVI constitue sa première venue aux Etats-Unis depuis son élection il y a trois ans, mais aussi la première visite papale depuis que le scandale des prêtres pédophiles et de leur protection par l'église a éclaté en 2002.

Plus de 4.000 prêtres, sur 42.000 aux Etats-Unis, ont fait l'objet d'une dénonciation. Certains ont été poursuivis et condamnés, parfois pour des attouchements sur des dizaines d'enfants.

Pour la seule année 2007, l'Eglise a dû débourser 615 millions de dollars (plus de 400 millions d'euros) pour indemniser des victimes.

Pour Peter Isely, membre du bureau de Snap (Survivors Network for those abused by Priests), une association de victimes d'abus sexuels regroupant environ 9.000 Américains, les paroles du pape sont bienvenues mais ne suffisent pas: "les promesses ne protègent pas les enfants, les actes protègent les enfants".

"C'est facile de toujours se concentrer sur les prêtres pédophiles mais c'est plus dur et plus important de s'attaquer à la question plus large de la complicité de la hiérarchie de l'église", a poursuivi ce militant de la cause des victimes des prêtres.

Le souverain pontife a décollé de Rome peu après 10H00 GMT mardi et doit atterrir sur la base aérienne militaire d'Andrews, près de Washington, en fin d'après-midi. Fait exceptionnel, il sera accueilli par le président George W. Bush en personne et son épouse.

C'est la première fois qu'un président américain fait le déplacement à l'aéroport pour recevoir un chef d'Etat à sa descente d'avion.

Mercredi, jour de son 81e anniversaire, Benoît XVI sera reçu à la Maison Blanche par une salve de 21 coups de canons devant 9.000 à 12.000 invités.

Benoît XVI sera le deuxième pape reçu à la Maison Blanche, après Jean-Paul II, et sa visite sera la 9e d'un pape aux Etats-Unis.

Quelque 70 millions d'Américains sont catholiques, soit près d'un quart de la population, 51% sont protestants.

La sécurité pour ce voyage du pape a été extrêmement renforcée par rapport au voyage de Jean-Paul II qui avait eu lieu avant les attentats du 11 septembre 2001.

Les vrais défis pour les forces de l'ordre seront les apparitions du souverain pontife dans deux immenses stades, à Washington au nouveau stade de baseball pour une messe jeudi devant 47.000 personnes et au Yankee Stadium de New York le dimanche 20 avril devant une foule de 55.000 personnes.

A New York, le moment fort de sa visite sera son intervention devant l'assemblée générale des Nations unies, vendredi.

On attend de lui un message de paix, peut-être une référence directe à la guerre en Irak, prédisent des experts du Vatican.

Benoît XVI sera aussi le premier pape à visiter "Ground Zero", le site des attentats du 11-Septembre à New York. Il se rendra également dans une synagogue, une étape ajoutée à la dernière minute à son voyage.

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Yves Saint Laurent : le dernier hommage
NOUVELOBS.COM | 05.06.2008 | 18:27

Le gotha de la mode et le couple Sarkozy ont assisté jeudi après-midi aux obsèques du couturier, décédé dimanche à l'âge de 71 ans.

Carla Bruni et Nicolas Sarkozy autour de Pierre Bergé

Le gotha de la mode et le couple Sarkozy ont assisté jeudi 5 juin aux obsèques du couturier Yves Saint Laurent dans l'église Saint Roch à Paris (Ier arrondissement) devant laquelle près d'un millier d'anonymes étaient également réunis.

Le cercueil en chêne brun contenant la dépouille du "prince de la mode", décédé dimanche à l'âge de 71 ans, est arrivée vers 15H30 sous les applaudissements nourris de la foule.
L'actrice Catherine Deneuve, l'ancien mannequin Betty Catroux, deux des égéries du couturier, mais aussi les couturiers Kenzo Takada, Hubert de Givenchy, Christian Lacroix, John Galliano, Vivienne Westwood, Valentino, Inès de la Fressange étaient présents dans l'église Saint-Roch, paroisse des artistes.
Apparaissant très affectée, Catherine Deneuve est arrivée une gerbe de blé vert à la main, avant de s'assoir au deuxième rang dans la nef.

BHL, Bernadette Chirac, François Pinault...

L'homme d'affaires Pierre Bergé, compagnon d'Yves Saint Laurent dans la vie privée et professionnelle pendant cinquante ans, a accueilli avec chaleur le président Nicolas Sarkozy et son épouse Carla.

Parmi les nombreuses célébrités arrivées au son de l'orgue romantique Cavaillé-Coll et d'un orchestre à cordes, on reconnaissait la veuve du Shah d'Iran, Farah Diba, l'acteur Pascal Greggory, l'écrivain Bernard Henri-Levy et son épouse Arielle Dombasle, l'épouse de l'ancien président de la République Bernadette Chirac, le ministre de la Culture, Christine Albanel, le maire de Paris, Bertrand Delanoë, ou l'homme d'affaires François Pinault, fondateur du groupe PPR propriétaire de la griffe YSL.

A l'intérieur de l'église, dont la première pierre fut posée par Louis XIV, flottait l'odeur des bouquets de jasmin et de lys blancs, déposés au pied de chaque pilier ainsi que devant l'autel.
La cérémonie a commencé avec la diffusion d'un enregistrement audio des réponses de Yves Saint Laurent au célèbre questionnaire de Proust, réalisé au début de la carrière du couturier.
Des hommages à Yves Saint Laurent seront ensuite rendus par Pierre Bergé, ainsi que par Catherine Deneuve, qui lira un poème de Walt Whitman.

Ecran géant

La rue Saint-Honoré où se trouve l'église a été fermée à la circulation. Un écran géant a été installé sur l'étroit parvis pour retransmettre la cérémonie, et satisfaire la curiosité du millier d'anonymes qui ne peuvent assister à la célébration, l'église d'une capacité de 800 personnes n'étant accessible pour la circonstance qu'aux seuls invités.

Avant le début de la cérémonie, qui doit durer près de deux heures, cet écran a permis de rediffuser les derniers défilés couture d'Yves Saint Laurent, créant une atmosphère d'hommage festif au couturier français, créateur de modèles devenus des références mondiales de la mode, dont le célébrissime smoking pour femmes.

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article publié le 05-03-2009 sur le site www.la-croix.com La justice américaine permet de poursuivre le Vatican dans les affaires de prêtres pédophiles

Pour la seconde fois depuis novembre 2008, une cour fédérale ouvre la possibilité à une victime de prêtre pédophile d’attaquer le Saint-Siège en justice

Une cour fédérale d’appel américaine, et non des moindres puisqu’il s’agit de la plus importante des États-Unis, a ouvert la porte, mardi 3 février 2009, à des poursuites contre le Saint-Siège dans une affaire de prêtre pédophile. En effet, la cour d’appel du 9e circuit, à Portland (Oregon) a donné raison à « John Doe » (pseudonyme donné par la justice américaine aux personnes gardant l’anonymat), abusé sexuellement, au milieu des années 1960 à Portland, quand il était adolescent par un religieux servite irlandais.

Ce religieux, mort en 1992, avait été déplacé d’Irlande à Chicago, puis de Chicago à Portland, après plusieurs affaires de mœurs. John Doe attaque donc en justice non seulement la congrégation des servites, mais aussi les diocèses de Chicago et de Portland ainsi que le Saint-Siège, qu’il accuse tous d’avoir couvert les faits précédents et d’avoir ainsi permis au religieux de s’attaquer à lui. Le Vatican doit prendre ses responsabilités

Alors que le Saint-Siège se prévaut de l’immunité due aux États souverains, une cour de district avait décidé en 2006 que celle-ci n’était pas absolue. Décision confirmée mardi 3 février par la cour d’appel pour laquelle l’immunité des États souverains ne tient pas « dans le cadre des activités commerciales de l’Église si le prêtre accusé d’abus peut être considéré comme un employé du Vatican ». Et de renvoyer à la cour de district pour déterminer si le religieux accusé peut effectivement être considéré comme tel.

Or, en 2006, cette cour de district avait justement estimé qu’il y avait suffisamment de liens entre le prêtre et le Saint-Siège pour qu’il en soit considéré comme un « employé » aux yeux de la loi américaine.

Pour Jeff Anderson, avocat de John Doe, « il est temps que le Vatican soit enfin tenu pour responsable de ces scandales ». Il n’exclut pas de faire citer directement le pape dans cette affaire.

Un silence voulu par le Saint-Siège, selon la cour

En novembre 2008, la cour d’appel du 6e circuit, à Louisville (Kentucky), avait déjà estimé que le Saint-Siège était passible de poursuites dans une affaire de prêtres pédophiles.

Se fondant sur un document du Saint-Office de 1962, exhumé par la BBC, la cour estimait que c’est sur instructions vaticanes que des évêques avaient gardé le silence sur les agissements de certains prêtres, ouvrant ainsi la responsabilité du Saint-Siège.

Jeffrey Lena, l’avocat du Saint-Siège dans ces deux affaires, estime pour sa part que le fait de considérer un prêtre comme un employé du Vatican était « au mieux douteux » et souligne que la cour d’appel n’a pas été unanime à considérer que la responsabilité vaticane pouvait être engagée. Il n’a toutefois pas précisé s’il allait demander à la Cour suprême de trancher, ce qui prendrait plusieurs années. Nicolas SENÈZE

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Irlande: des milliers d'enfants frappés et violés dans des institutions catholiques, selon un rapport AP 20 mai 2009 18.00

Coups, viols, humiliations en tous genres: la liste est longue des mauvais traitements et agressions sexuelles commis en Irlande dans les institutions sous administration catholique qui ont accueilli les enfants les plus vulnérables de la société jusqu'aux années 1990, selon un rapport accablant rendu public mercredi à l'issue de neuf ans d'investigations.

Le rapport de 2.600 pages de la commission d'enquête sur les mauvais traitements infligés à des enfants a été dévoilé par le juge de la Haute Cour Sean Ryan. Ce dernier a présidé les travaux à partir de 2003 en remplacement de la juge Mary Laffoy, qui avait démissionné en reprochant au ministère de l'Education de bloquer l'enquête.

Le document s'appuie sur les témoignages de plusieurs milliers d'anciens élèves, des femmes et des hommes aujourd'hui âgés de 50 à 80 ans, ainsi que sur les récits de responsables -à la retraite- de plus de 250 institutions placées sous administration catholique.

Si la majeure partie des religieux incriminés ont rejeté les allégations et témoigné devant la commission que les mauvais traitements relevaient de la seule responsabilité d'individus, souvent morts depuis longtemps, le rapport conclut que des dirigeants ecclésiastiques ont encouragé les coups et constamment protégé les auteurs d'actes pédophiles de toute arrestation.

La préoccupation principale des ordres religieux était d'étouffer le scandale sous le poids du secret, selon la commission, qui condamne également le ministère irlandais de l'Education pour avoir contribué au maintien de ce système à travers de rares inspections présentant des "défauts".

"Un climat de peur, créé par des châtiments insidieux, excessifs et arbitraires a grandi dans la plupart des institutions et dans toutes celles accueillant des garçons. Les enfants vivaient avec la terreur quotidienne de ne pas savoir d'où viendrait le prochain coup", souligne le rapport.

D'après la commission, les témoignages d'hommes et de femmes encore traumatisés ont démontré que le système tout entier traitait les enfants davantage comme des esclaves et des détenus que comme des êtres disposant de droits légaux.

Plus de 30.000 enfants considérés comme des délinquants ou issus de familles à problèmes -une catégorie qui englobait souvent les mères célibataires- ont été envoyés dans les écoles techniques, maisons de redressement, orphelinats et foyers administrés par des catholiques, entre les années 1930 et les années 1990, période marquée par la fermeture des dernières institutions.

Selon les conclusions du rapport, attentats à la pudeur et viols étaient "endémiques" dans les établissements réservés aux garçons, principalement dirigés par la congrégation des Frères chrétiens. Les filles, dont s'occupaient des religieuses, essentiellement les Soeurs de la miséricorde, ont moins souffert d'abus sexuels. Cependant, elles étaient victimes d'agressions et d'humiliations fréquentes, destinées à provoquer chez elles un sentiment de dépréciation.

Des victimes du système demandaient depuis longtemps que la vérité sorte au grand jour et que leurs expériences soient rendues publiques.

Le rapport formule 21 propositions afin que le gouvernement reconnaisse les torts passés, notamment la construction d'un mémorial permanent, une aide psychologique aux victimes et l'amélioration des services de protection de l'enfance en Irlande.

Mais ses conclusions ne seront pas utilisées à des fins judiciaires, en partie parce que les Frères chrétiens ont intenté avec succès une action contre la commission en 2004 pour que le rapport ne nomme aucun membre de la congrétation, mort ou en vie. Aucune des identités, que ce soit celle des victimes ou des auteurs de mauvais traitements, n'apparaît dans le document final.

Mercredi, les dirigeants de l'Eglise catholique irlandaise et des ordres religieux se refusaient à tout commentaire, invoquant la nécessité de se plonger au préalable dans la lecture du rapport. Le Vatican a également refusé de s'exprimer.

Le gouvernement irlandais a déjà octroyé des fonds en faveur d'un dispositif d'indemnisation parallèle, en vertu duquel 12.000 victimes ont reçu en moyenne 65.000 euros. Quelque 2.000 dossiers sont en suspens.

Les victimes bénéficient d'indemnités seulement si elles renonçent à leur droit d'intenter une action en justice contre l'Etat et l'Eglise. Des centaines de personnes ont rejeté cette condition pour traîner devant les tribunaux les auteurs de mauvais traitements et les ecclésiastiques qui les employaient. AP

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Benoît XVI contraint de réagir contre la pédophilie LE MONDE | 16.02.10 | 14h22 • Mis à jour le 16.02.10 | 14h22

Le pape devait poursuivre, mardi 16 février, les entretiens qu'il a engagés, lundi, avec chacun des vingt-quatre évêques irlandais convoqués à Rome après la révélation, ces derniers mois, d'abus sexuels commis par des prêtres sur des centaines de mineurs et couverts par la hiérarchie catholique durant des décennies.

Au-delà des faits, désormais connus grâce à deux volumineux rapports de la justice irlandaise publiés en mai et en novembre 2009, les prélats devaient réfléchir aux moyens de rétablir la confiance entre la population, majoritairement catholique, et l'institution. A l'issue de ces deux journées, le pape pourrait rendre publique la lettre qu'il doit adresser en ce sens aux fidèles irlandais, une procédure inédite.

Recevant des responsables religieux irlandais en décembre, Benoît XVI a déjà qualifié les actes de pédophilie "de crimes abominables". Lundi, le numéro deux du Vatican, le cardinal Tarcisio Bertone, a estimé que l'Eglise d'Irlande traversait "une grave épreuve, qui voit certains hommes d'Eglise impliqués dans des actes particulièrement exécrables" ; face à ces scandales, il a mis en avant le risque pour les fidèles "de perdre la foi en Dieu".

Le primat d'Irlande, Sean Brady, qui a jugé lundi le pape "très préoccupé" par ces scandales, espère que cette convocation à Rome lancera "un processus de repentance, de réconciliation et de renouveau". L'archevêque de Dublin, Diarmuid Martin, a déclaré qu'il en attendait "une réorganisation très significative de l'Eglise d'Irlande", dont le poids reste fort dans le pays.

Mgr Martin a soutenu l'enquête que la justice irlandaise a menée sur les 320 plaintes déposées contre des prêtres dans son diocèse. Sa coopération a suscité des dissensions au sein de l'épiscopat. Suite à l'ampleur des révélations, quatre évêques ont présenté leur démission, dont un ancien secrétaire particulier de Paul VI et de Jean Paul II. Une seule démission a pour l'heure été acceptée par Benoît XVI. Les associations de victimes réclament des sanctions à l'encontre d'autres responsables.

Cette rencontre entre les évêques irlandais et le pape marque un pas supplémentaire dans la politique amorcée depuis le début des années 2000 par le Vatican dans la gestion des scandales de pédophilie qui secouent régulièrement l'Eglise catholique à travers le monde, et qui fragilisent à la fois sa crédibilité et ses finances.

En 2002, suite à la révélation d'abus sexuels commis par des milliers de prêtres aux Etats-Unis, le pape Jean Paul II avait pour la première fois convoqué les cardinaux américains. Cette convocation historique rompait avec la culture du secret entretenue sur la question dans l'Eglise ; elle était censée avoir valeur d'exemple pour les autres épiscopats.

Face à l'ampleur du scandale, l'Eglise catholique américaine a rédigé une Charte pour la protection des enfants et des jeunes, qui prévoit un plan de "tolérance zéro", avec notamment la suspension de la charge d'un prêtre dès la première accusation à son encontre, la saisine systématique de la justice civile et un accompagnement psychologique des séminaristes.

Ces engagements se sont accompagnés du règlement de dédommagements financiers versés aux victimes. Aux Etats-Unis, ces indemnités sont évaluées à près de 2 milliards de dollars (1,4 milliard d'euros). Suite à ces paiements, sept diocèses se sont déclarés en faillite.

L'Eglise d'Irlande devrait, elle aussi, voir monter les demandes de dédommagements. Reconnues coupables de mauvais traitements sur les enfants de milieux défavorisés dont elles avaient la charge, des institutions religieuses ont déjà commencé à indemniser leurs victimes.

Ailleurs, la prise de conscience de la gravité des actes de pédophilie a aussi eu lieu au début des années 2000. La France a mis en place un groupe de travail multidisciplinaire sur la question. Cette réflexion a débouché, en 2002, sur la publication d'un livret de 52 pages, Lutter contre la pédophilie, repères pour les éducateurs. En 2002, l'Eglise des Philippines, elle aussi touchée, a "présenté ses excuses" et entériné la démission de plusieurs centaines de prêtres.

Changement d'époque et de personnalité, le pape Benoît XVI se montre plus enclin que son prédécesseur à aborder ces questions. De manière spectaculaire, il avait rencontré des victimes d'abus sexuels lors de son voyage aux Etats-Unis en avril 2008 et exprimé "sa honte" face à de tels agissements. Quelques semaines plus tard, en Australie, un pays qui n'a pas été épargné par ces affaires, il s'était déclaré "profondément désolé pour les souffrances endurées par les victimes".

Mais la répétition de ces déclarations de compassion pourrait paraître insuffisante si d'autres scandales sont révélés, comme c'est le cas aujourd'hui en Allemagne, secouée par des scandales d'abus sexuels dans des établissements scolaires tenus par des jésuites. Le pape pourrait alors devoir multiplier les rencontres avec les épiscopats. Mais, surtout, demander à l'institution de se montrer plus intransigeante, et de mieux veiller à l'accompagnement psychologique et affectif de son clergé.

-------------------------------------------------------------------------------- En France, "une dizaine" de prêtres mis en examen

En France, "une dizaine" de prêtres et religieux sont mis en examen dans des affaires de pédophilie, selon la Conférence des évêques de France. Sur ce sujet tabou, une déclaration des évêques datant de novembre 2000 marque le début d'une réflexion collective.

Confrontée à plusieurs affaires, et notamment au procès de l'abbé René Bissey, condamné en 2000 à dix-huit ans de prison pour viol, et à celui de l'évêque de Bayeux et Lisieux, Mgr Pierre Pican, poursuivi pour non-dénonciation, la conférence épiscopale affirme : "L'évêque ne peut ni ne veut rester passif, encore moins couvrir des actes délictueux."

Mgr Pican sera condamné en septembre 2001 à trois mois de prison avec sursis mais conservera son poste. Atteignant l'âge de la retraite, 75 ans, le 27 février, il devrait quitter ses fonctions prochainement.

Depuis 2000, le signalement des actes de pédophilie à la justice est officiellement la règle. Mais un prêtre ou un évêque qui reçoit les aveux de l'un des siens en confession est tenu au secret et ne peut que l'inciter à se dénoncer.
Stéphanie Le Bars Article paru dans l'édition du 17.02.10 Le Monde

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Pédophilie L'Eglise allemande dans la tourmente Jean Mercier - publié le 09/03/2010 lavie.fr

Après l'Irlande, c'est au tour de l'Eglise d'Allemagne de faire le clair sur des affaires d'abus sexuels impliquant des prêtres, en particulier dans des internats dirigés par des ordres religieux.

C'est comme un feuilleton sans fin. Il y a eu l'Irlande, et son avalanche de scandales impliquant des prêtres, et qui a conduit à un mea culpa des évêques irlandais, venus à Rome pour s'expliquer devant le pape, lequel a promis de publier une lettre pastorale pour apaiser les blessures. Désormais, c'est en Allemagne que les révélations se sont multipliées depuis un mois.

Tout a commencé à Berlin, à la suite d'accusations visant deux prêtres d'un collège jésuite. Et les langues se sont déliées. Un autre jésuite est désormais impliqué, de sorte que la Compagnie de Jésus doit répondre de sa responsabilité dans une cinquantaine de cas survenus dans cinq établissements, tous relativement anciens, puisqu'ils remontent aux années 1970-1980. Le directeur d'un collège, à Bonn, a démissionné pour avoir couvert ces agissements.

La crise s'est ensuite déplacée en Bavière, région fortement symbolique puisqu'il s'agit de la patrie de Joseph Ratzinger. Elle s'est d'abord focalisée sur l'abbaye d'Ettal. Son abbé, Barnabas Bögle, a démissionné pour assumer le fait que son monastère – dont dépend un collège - a couvert par le silence de nombreux abus des années 1950 à 1980. Une centaine d'anciens élèves auraient été victimes des agissements d'une dizaine de bénédictins. Ces transgressions s'accompagnaient, comme ce fut souvent le cas en Irlande, de brimades.

Le cas d'Ettal est plus grave, puisque apparemment, les déviances se sont prolongées jusqu'à tout récemment. La justice allemande enquête sur une affaire de pornographie infantile impliquant un bénédictin ayant posté sur Internet des photos d'enfants dénudés résidant au pensionnat. L'abbaye dépend du diocèse de Munich, diocèse qui fut dirigé entre 1977 et 1982 par le cardinal Joseph Ratzinger. Il reste une zone d'incertitude sur la façon dont le futur pape fut informé et sur les mesures qu'il aurait prises à l'époque. Un autre lieu d'abus sexuel concerne une école dirigée par des capucins en Bavière du Sud, où un prêtre pédophile a sévi dans les années 1985, puis a été transféré d'un diocèse à l'autre sans être mis aux arrêts par la hiérarchie.

Par ailleurs, les projecteurs se sont aussi tournés vers Ratisbonne, la ville où vécut le pape de 1969 à 1977. Là aussi où le propre frère du pape, le père Georg Ratzinger, dirigea la chorale d'enfants de la cathédrale de 1964 à 1993. Le diocèse a reconu l'existence de deux cas de pédophilie impliquant des prêtres (aujourd'hui décédés) qui ont eu lieu en 1958 et dont le second a donné lieu à une condamnation en 1970. L'une des victimes, Franz Wittenbrink, a expliqué dans Der Spiegel que le frère du pape devait être au courant d'un "système astucieux de punitions sadiques liées au plaisir sexuel" organisé par un ancien directeur de l'internat. Pourtant, les deux cas avérés se sont produits en dehors de la période où Georg Ratzinger dirigeait la chorale. Mais le diocèse a aussi reconnu que la période concernée par les abus allait de 1958 à 1973, c'est-à-dire qu'elle englobe 9 années du ministère de Georg Ratzinger comme chef de choeur. Le frère du pape, aujourd'hui âgé de 86 ans, a dû prendre la parole dans les médias pour assurer qu'il n'était au courant de rien – il est vrai qu'il ne dirigeait pas l'internat - mais a reconnu qu'il régnait une forte discipline dans sa chorale.

Ces révélations ont entraîné le coup de gueule de la ministre de la justice allemande, Sabine Leutheusser-Schnarrenberger, qui a accusé le Vatican de mettre des bâtons dans les roues des enquêteurs et mis en cause les dispositions édictées par le Saint Siège de 2001, qui, face aux abus pédophiles par des prêtres préconise le "secret pontifical". Mais ce document, d'ailleurs disponible sur Internet, est davantage une liste des péchés très graves dont le traitement est réservé au Saint Siège (comme la profanation d'une hostie consacrée) parce qu'ilsi ne peuvent être absous directement par un prêtre mais doivent être référés au pape, plutôt qu'une circulaire détaillée sur la conduite à tenir face aux abus sexuels concernant des prêtres. Le gouvernement allemand a mis sur orbite une commission réunissant les représentants des Eglises et des organisations éducatives pour le 23 avril prochain.

Face à cette déferlante - qui touche d'assez près Benoît XVI – les différentes instances ecclésiales sont mobilisées. Car le problème est toujours de savoir comment la hiérarchie a géré les problèmes, et de savoir s'il elle n'a pas aggravé le problème en le niant ou en "couvrant" les agissements par le silence. A Rome, l'Osservatore Romano a fait savoir que le Saint-Siège soutenait le diocèse dans sa volonté "d'analyser résolument et ouvertement ce problème douloureux » et de « rendre justice aux éventuelles victimes".

Au Vatican, les choses sont prises d'autant plus au sérieux qu'une vague de révélations pédophiles démarre désormais aux Pays-Bas et en Autriche. Le 22 février, lors de leur assemblée plénière, les évêques allemands ont condamné ces "crimes abominables" : "Honteux et scandalisés, nous présentons nos excuses à toutes les personnes ayant été victimes de ces ignobles agissements et demandons leur pardon". Ils ont décidé la création d'un bureau spécial pour l'investigation de ces abus et la mise en oeuvre d'une prévention sérieuse de la pédophilie dans l'Eglise, notamment dans les établissements scolaires et au sein des séminaires. Ce travail de vigilance a été mis sous la responsabilité du jeune évêque de Trèves, Stephan Ackermann (46 ans). Celui-ci a annoncé leur volonté de tenir la ligne du risque zéro et le refus de "minimiser et d'étouffer" les affaires. Autant de défis qui seront au menu de la rencontre entre le patron de la conférence épiscopale allemande, Mgr Robert Zollitsch, et du pape, le 12 mars prochain.

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Pédophilie: nouvelle démission d'un évêque irlandais, qui implore le pardon Par AFP, publié le 24/03/2010 à 12:39 - mis à jour le 24/03/2010 à 16:44

DUBLIN - Le vaste scandale de pédophilie au sein de l'église catholique d'Irlande a entraîné mercredi la démission d'un nouvel évêque, John Magee, qui a imploré le pardon des victimes d'abus par des prêtres de son diocèse de Cloyne (sud).

Mgr Magee, 73 ans, ancien secrétaire particulier des papes Paul VI, Jean Paul Ier et Jean Paul II, avait été impliqué dans le scandale des abus sexuels sur des enfants dans un rapport établi en décembre 2008 par l'Eglise catholique irlandaise.

Il avait présenté sa démission à la tête de son diocèse dès mars 2009. Le pape Benoît XVI l'a officiellement acceptée mercredi matin.

"Au moment de partir, je voudrais offrir de nouveau mes excuses sincères à toute personne qui aurait été victime d'abus par un ou des prêtres du diocèse de Cloyne lorsque j'en étais l'évêque", a-t-il déclaré dans un communiqué.

"A tous ceux que j'ai laissé tomber d'une façon ou d'une autre, ou que j'ai fait souffrir par une quelconque omission de ma part, je demande pardon", a-t-il ajouté, rappelant qu'il avait accepté sa "pleine responsabilité" pour les critiques contenues dans le rapport de 2008.

Quelques minutes plus tôt, le Vatican annonçait que le pape avait accepté la démission de l'évêque de Cloyne "en conformité avec l'article 401, paragraphe 2, du code de droit canon". Cet article traite des démissions présentées pour de "graves raisons", non spécifiées et autres que celles liées à l'âge, 75 ans.

Le primat de l'Eglise irlandaise, le cardinal Sean Brady, a remercié John Magee "pour sa contribution au travail de la Conférence des évêques irlandais depuis 20 ans".

"Toutefois, mes pensées vont d'abord depuis plusieurs jours à tous ceux qui ont subi des abus de la part de membres du clergé et à ceux qui se sentent en colère et trahis par la réponse souvent inadaptée des dirigeants de l'Eglise", a-t-il ajouté.

Le rapport de 2008, qui traite entre autres du cas de deux prêtres de Cloyne accusés d'abus sexuels sur des enfants, estime que les mesures de protection des jeunes étaient "inadaptées et par certains aspects dangereuses".

Après avoir remis sa démission en mars 2009, Mgr Magee avait été écarté de ses fonctions et un "administrateur apostolique" avait été nommé à sa place.

Un autre rapport publié en Irlande en novembre dernier après trois ans d'enquête, le rapport Murphy, a révélé comment l'Eglise catholique de ce pays avait couvert des abus sexuels commis sur des centaines d'enfants par des prêtres pendant plusieurs décennies cette fois-ci dans le diocèse de Dublin.

Le 11 décembre, le pape avait présenté des excuses pour ces abus, qualifiant de "crimes abominables" les agissements des prêtres irlandais pédophiles couverts par leur hiérarchie.

Il y a quatre jours seulement, Benoît XVI a reconnu la responsabilité de toute l'Eglise catholique dans les abus pédophiles commis par des prêtres et religieux d'Irlande, exprimant sa "honte" dans une lettre aux fidèles de ce pays.

Aux évêques, accusés d'avoir couvert des centaines de cas de pédophilie commis sur plusieurs décennies par des religieux, il a reproché de "graves erreurs de jugement" et des "manquements" dans la gestion des accusations contre des prêtres.

A ce jour, six évêques ou évêques-auxiliaires irlandais impliqués dans des enquêtes sur des abus sexuels, ont présenté leur démission. Le pape en a jusqu'à présent accepté trois, celles de Brendan Comiskey, Donal Murray et John Magee.

Outre l'Irlande, les Eglises de plusieurs pays d'Europe ont été touchées par des scandales de pédophilie, notamment l'Allemagne, pays natal de Benoît XVI, l'Autriche, les Pays-Bas et la Suisse.

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Pédophilie et homosexualité : le Vatican s'explique Par Constance Jamet lefigaro.fr 14/04/2010 | Mise à jour : 18:22 Réactions (409)

Le Saint-Siège affirme que son numéro deux, qui a provoqué un tollé en liant homosexualité et pédophilie, ne parlait que des scandales dans le clergé. Il dévoile une étude chiffrée sur les abus dans l'Eglise censée confirmer en partie les dires du prélat.

Etouffer la controverse et limiter des dégâts d'image supplémentaires au sein de l'Eglise catholique. Le Vatican a repris la main dans l'affaire Tarcisio Bertone du nom du cardinal qui a lié lundi pédophilie et homosexualité. Malgré la polémique, le Saint Siège refuse de lâcher son numéro deux. Son porte-parole a assuré que le prélat se «référait évidemment au problème des abus commis au sein du clergé et non à ceux commis dans l'ensemble de la population». En effet, «les autorités ecclésiastiques ne jugent pas de leur compétence de faire des affirmations psychologiques ou médicales, qui relèvent des études des spécialistes et des recherches en cours sur le sujet», a expliqué le père Federico Lombardi. Ce dernier a insisté sur le fait que cette déclaration officielle du Vatican constituait seulement une clarification et non un désaveu ou une prise de distance.

Le cardinal Tarcisio Bertone a déclenché un profond malaise en déclarant lundi au Chili : «nombre de psychologues, de psychiatres, ont démontré qu'il n'y avait pas de relation entre célibat et pédophilie, mais beaucoup d'autres ont démontré qu'il y a une relation entre homosexualité et pédophilie». Répondant à ceux qui ont accusé le prélat de faire des déclarations à l'emporte pièce sans valeur scientifique, le père Lombardi a souligné qu'une enquête confirmait en partie les dires de Tarcisio Bertone.

Une étude statistique du Vatican, publiée le mois dernier, sur «les abus de mineurs par des prêtres auxquels la Congrégation pour la doctrine de la foi a été confrontée ces dernières années», établit une distinction entre les «cas de pédophilie au sens strict» (10% des cas) et les «cas qu'il faut plutôt définir comme relevant de l'éphébophilie» (concernant des adolescents). Sur ces cas qui représentent 90% du total, 60% se réfèrent à des individus de même sexe et 30% à des rapports de caractère hétérosexuel. Reste à savoir si les nuances apportées par le Vatican vont suffire à apaiser l'indignation internationale. Celle-ci est telle que même le Quai d'Orsay est intervenu dans le débat.

La France condamne un «amalgame inacceptable»

Le ministère français des Affaires étrangères a dénoncé mercredi l'»amalgame inacceptable» du cardinal Bertone. «La France rappelle son engagement résolu dans la lutte contre les discriminations et les préjugés liés à l'orientation sexuelle et l'identité de genre», a assené Bernard Valero, le porte-parole du Quai d'Orsay. Cette condamnation fait de la France le premier pays à réagir aux déclarations du cardinal. Une sortie en conformité avec l'attitude de Paris, qui a fustigé à plusieurs reprises les positions controversées du Saint-Siège sur les questions de sexualité notamment lorsque Benoît XVI a estimé que le préservatif aggravait le problème du Sida en Afrique.

Cette association entre pédophilie et homosexualité, qui survient en plein scandale des abus sexuels commis par des membres du clergé, a particulièrement scandalisé les politiques chiliens et italiens et les associations de défense des homosexuels. Au Chili, le sénateur démocrate-chrétien (centre-gauche) Patricio Walker a demandé à prendre connaissance «des études scientifiques» sur lesquelles se basent Tarcisio Bertone. En Italie, la députée de gauche Anna Paola Concia a exigé que le cardinal «démente immédiatement ses paroles violentes et inhumaines». Le prélat a aussi dérangé à droite. «On ne peut pas lier l'orientation sexuelle à la pédophilie», a estimé la petite-fille de Mussolini, Alessandra, qui appartient au parti de Silvio Berlusconi.

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liberation.fr 03/04/2010 à 10h23 (mise à jour à 17h28) Pédophilie: le sermon du Vatican qui fait scandale

L’Eglise catholique, en pleine tourmente des scandales de pédophilie, se retrouve au coeur d’une nouvelle polémique, à la veille de Pâques, après le parallèle dressé par le prédicateur du Vatican entre des attaques dont le pape Benoît XVI fait l’objet et l’antisémitisme.

Cette comparaison a suscité un tollé dans les communautés juives d’Europe et des Etats-Unis et de vives protestations des associations de victimes d’abus sexuels commis par des religieux.

«Il s’agit d’une impertinence et d’une insulte vis-à-vis des victimes des abus sexuels, ainsi que des victimes de la Shoah», a déclaré à l’AFP le secrétaire général du Conseil central des juifs en Allemagne, Stephan Kramer.

Ce parallèle ne correspond pas à la ligne de pensée de l'Eglise, a indiqué samedi sur Radio Vatican le porte-parole du Saint Siège.

«Lettre d'un ami juif»

Après un long sermon sur les violences contre les femmes, le prêcheur de la maison pontificale, le père Raniero Cantalamessa, a lu pendant la liturgie du Vendredi Saint une lettre de «solidarité» au pape et à l’Eglise reçue d’un «ami juif».

L’auteur y dénonce «l’attaque violente et concentrique contre l’Eglise (et) le pape» puis ajoute: «l’utilisation du stéréotype, le passage de la responsabilité et de la faute personnelles à la faute collective me rappellent les aspects les plus honteux de l’antisémitisme».

Le Vatican, par la voix de son porte-parole le père Federico Lombardi, a souligné qu’il s’agissait «non pas de la position officielle du Saint Siège mais d’une lettre lue par le prédicateur».

Mais pour M. Kramer, il est hautement improbable que le prédicateur du pape puisse s’exprimer ainsi sans l’assentiment du Vatican. «Il s’agit d’une démarche en haut lieu pour relativiser l’antisémitisme et l’Holocauste».

Même le très mesuré rabbin de Rome, Riccardo Di Segni, a qualifié le rapprochement de «faute de goût» et de «comparaison inappropriée». «Le parallèle qui a été fait à Saint-Pierre n’a pas lieu d’être. C’est un propos complètement déplacé», a-t-il dit au journal La Stampa.

La nouvelle polémique a éclaté alors que le pape, 82 ans, devait célébrer samedi dans la basilique Saint-Pierre la traditionnelle veillée pascale.

Les tensions entre catholiques et juifs avaient été ravivées en décembre, quand Benoît XVI avait accéléré le processus de béatification du pape Pie XII, accusé de s’être tu face à l’Holocauste et, début 2009, lors de la levée de l’excommunication d’un évêque négationniste, Richard Williamson.

Marvin Hier, rabbin et fondateur du Centre Simon Wiesenthal, organisation qui lutte contre l’antisémitisme, a exigé les «excuses» du pape pour ces «remarques blessantes», «honteuses, hors de propos» et «déformation totale de l’histoire».

Il a rejeté toute comparaison entre des siècles d’antisémitisme qui ont mené à «la mort de dizaines de millions de personnes innocentes avec des criminels qui renient leur foi et leur vocation en agressant sexuellement des enfants».

«Cela fait mal au coeur de voir un responsable de haut rang du Vatican, une personne avisée, faire des remarques aussi dures, qui sont une insulte aussi bien pour les victimes d’agressions sexuelles que pour les juifs», a renchéri David Clohessy qui dirige SNAP, groupe de défense des victimes de prêtres pédophiles.

Pour le rabbin Gary Greenebaum, chargé des relations inter-religieuses au sein de l’American Jewish Comittee, il est «compréhensible que l’Eglise se sente sous pression», mais les responsables catholiques «doivent veiller à ne pas pratiquer l’hyperbole».

A ce propos, le rabbin de Rome a mis en garde contre la circulation «de rumeurs sur le fait que les attaques contre l’Eglise proviendraient du lobby juif» et «on a même dit dans certains milieux catholiques que la presse italienne est contrôlée par les juifs». (Source AFP)

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