Serge Tchuruk
Patricia Russo

Août 2008. Echec, démissions avec indemnités
Septembre 2007. Bigs problèmes itou Russo menaçée ?
Février 2002. Bigs problèmes, mais ...

2002. Le PDG d'Alcatel (M. Serge Tchuruk) deux fois mieux payé (20 millions d'euros annuels) que celui de Vivendi-Universal (M. Jean-Marie Messier, 11 millions d'euros annuels seulement). Le Parisien, 07 février 2002, p. 8.

Le PDG d'Alcatel se prédit une année noire
Serge Tchuruk ne croit pas à une reprise en 2002.

La direction d'Alcatel le sait : 2001 a été une année horrible, mais il n'est pas dit que 2002 ne le soit pas aussi. Et l'équipementier a pris ses précautions. En présentant hier ses mauvais comptes 2001, Serge Tchuruk, le patron d'Alcatel, n'a pas fait rêver sur l'avenir. La croissance en Asie en 2002? «Plate.» Aux Etats-Unis? «Moins 15 à 20 %.» Et l'Europe n'est guère mieux lotie. Mais, promis-juré: «quand il y aura la reprise, Alcatel s'en sortira mieux que les autres.» Parce qu'en 2001, l'équipementier a sacrément chargé la barque. Soit plus de deux milliards d'euros de provisions, le prix à payer des restructurations en cours, et presque autant pour dépréciation de valeur de sociétés achetées au plus haut. Avec au final, un résultat net négatif abyssal de 5 milliards d'euros.

Ambiance pourrie.
Petite consolation, Alcatel est sans doute, si l'on excepte Nokia, celui qui a le moins mal passé cette année 2001 tragique pour les télécoms. «J'ai refait tous mes calculs, et il n'y a pas d'erreur, Alcatel est bien devenu aujourd'hui le deuxième équipementier mondial derrière Nokia», affirme Laurent Balcon, analyste chez Global Equities, qui pointe que «Nortel, lui, est passé du premier au neuvième rang, ou encore que Lucent ou Cisco ont lourdement dévissé. D'ailleurs, la Bourse a salué les pertes d'Alcatel par une hausse du cours de 2,3 %.

Au sein du groupe, l'ambiance est moins joyeuse. L'allégement drastique des effectifs, même sans licenciements, pèse sur le moral. La firme comptait 113 000 salariés fin 2000, elle devrait en compter 83 000 à la fin de cette année. Soit une cure d'amaigrissement d'un quart des effectifs! Et encore, on n'a peut-être pas tout vu, prévient Serge Tchuruk: «Cela dépendra des conditions du marché. On s'adaptera le mieux qu'on pourra.» Lui qui vantait encore récemment les mérites du «fabless», c'est-à-dire de l'entreprise sans usines, peine à trouver des acquéreurs pour les unités de production dont il veut se débarrasser.

Aujourd'hui, il n'a qu'une obsession: ne pas se faire surprendre par un marché qui reste obstinément déprimé. L'année 2001 a donc été celle du serrage de boulons. «Il est même allé au-delà de ce que le marché attendait», ajoute un analyste, surpris par l'ampleur des réductions de coûts. Et les équipes accusent le coup. «Ils ont réduit les personnels de régie (l'appel à des sociétés extérieures, ndlr), mais la charge s'est reportée en interne», râle un cadre. Ceinture aussi sur les salaires. Chez ABS (Alcatel Business System), «il devait y avoir une augmentation en janvier, et elle vient d'être annulée pour tous les salaires supérieurs à 2 287 euros», ajoute Alain Hurstel de la CFDT. Idem chez Alcatel Submarine Network. «Le problème, c'est que tout tombe d'en haut. Rien n'est négocié, ni même discuté.»

Pièces jaunes.
La grogne ­ c'est nouveau ­ prend pour cible la personne même du patron: chez ABS, on est en train d'imaginer une opération «pièces jaunes», au profit de Tchuruk dont le salaire devrait être aussi bloqué. Doute aussi parmi la communauté financière. «Dire qu'en juin dernier, l'équipementier voulait avaler Lucent!, se souvient André Chassagnol, chez Paresco Equities. On ne peut pas s'empêcher aujourd'hui de penser que cette opération Lucent avait été montée pour justifier ensuite la grosse restructuration qu'Alcatel savait ne pas pouvoir éviter.»
A peine rendue publique la rupture de ses noces, Serge Tchuruk s'était en effet empressé d'annoncer le nettoyage drastique de sa maison. L'hiver risque d'être rude.
Libération, Par Catherine MAUSSION, Le vendredi 01 février 2002

--------

Alcatel-Lucent : Pat Russo sur la sellette? Nouveaux licenciements en vue
silicon.fr, 29 sept. 2007 | 18:05 BST Par Yves Grandmontagne

La p-dg de l'équipementier des télécoms est sommée par son conseil d'administration de rédiger un plan d'urgence pour redresser les comptes du groupe Le conseil d'administration d'Alcatel-Lucent, tout comme les actionnaires du groupe et les opérateurs boursiers, n'ont toujours pas digéré le troisième avertissement financier lancé par l'équipementier depuis le début de l'année.

Le 13 septembre dernier, Alcatel-Lucent a lancé un nouvel avertissement sur son résultat (profit warning), le troisième, pour l'année 2007. La prévision de croissance du groupe, précédemment estimée à 5% à taux de change constant, a été ramenée à l'équilibre, voire très légèrement positive.

C'est au tour du conseil d'administration du groupe de lancer un avertissement… à sa présidente. Lors d'une réunion extraordinaire, il vient en effet de sommer Patricia Russo de rédiger un 'plan d'urgence' pour redresser les comptes. Pour le 30 octobre, date programmée de la prochaine réunion du conseil, à la veille de la publication des résultats trimestriels du groupe.

Il faut donc s'attendre à ce qu'Alcatel-Lucent donne un nouveau coup de vis, avec probablement de nouvelles suppressions de postes après les 12.500 suppressions déjà annoncés en février dernier, dont environ 1.500 en France, pour une économie de 1,7 milliards sur trois ans.

Les difficultés du groupe s'accumulent aux Etats-Unis – où Lucent est le leader, mais sur une technologie CDMA en déclin – auprès d'opérateurs mobiles. Ces derniers réduisent leurs investissements. Autant d'excuses pour justifier la délicate situation financière actuelle.

Mais pour beaucoup d'observateurs, ce sont surtout les conditions de la fusion des deux géants français et américains qui sont en cause. "Nous avons sous-estimé les problèmes d'intégration liés à la fusion (...) il s'agit maintenant de resserrer les boulons", a déclaré un administrateur du groupe au quotidien Les Echos.

Pour autant, ces mêmes observateurs ne remettent pas en question la pertinence de la fusion…

De nouvelles mesures visant à diminuer les effectifs seront sans doute bien accueillies par les marchés, mais risquent d'entrainer à nouveau le groupe dans une tempête sociale, voire politique, particulièrement en France.

C'est pourquoi il apparait de plus en plus que le conseil d'administration d'Alcatel-Lucent pourrait bien faire sauter un fusible, Patricia Russo. Cette dernière paraît désormais sur la sellette !

D'ailleurs, son 'départ' pourrait bien suffire à satisfaire un temps les marchés et à redresser le titre, à défaut des comptes du groupe.

Dans ce contexte et en cas de démission de Pat Russo, certains estiment que Serge Tchuruk, président d'Alcatel jusqu'à la fusion avec Lucent, pourrait revenir sur la scène tel un sauveur.

Ce retour pourrait permettre de faire passer la pilule d'un nouveau plan de rigueur...

-------

Valeurs Actuelles Actualités - Entreprise Le flop d'Alcatel-Lucent Par David Victoroff, le 07-08-2008

Si longtemps rêvé, le rapprochement entre les deux spécialistes des télécoms n’a pas réussi à créer une dynamique. Les obstacles conjoncturels et les différences culturelles n’ont pas été surmontés.

Les départs annoncés pour la fin de l’année de Patricia Russo, la directrice générale, et, dès le 1er octobre, de Serge Tchuruk, le président du conseil d’administration, scellent l’échec de cette fusion transatlantique entre deux géants des équipements télécoms.

Sur le papier, tout semblait pourtant converger pour que ce rapprochement suscite un nouveau géant mondial du secteur. Les deux sociétés se courtisaient depuis longtemps. Dès 2001, une réunion secrète organisée dans un château prêté par l’électronicien de défense Thales avait failli aboutir à un mariage.

Aussi, lorsqu’en avril 2006, Serge Tchuruk, le président d’Alcatel, et Patricia Russo, la présidente de Lucent, avaient annoncé l’intention des deux groupes de n’en faire qu’un, le marché avait applaudi. Une implantation complémentaire, Alcatel étant présent surtout en Europe et Lucent principalement en Amérique du Nord, permettait au nouveau groupe d’être puissant sur les deux premiers marchés du monde, sans pour autant être absent d’Afrique et d’Asie.

Très pointu dans les équipements pour le téléphone mobile et l’accès à Internet à haut débit, le nouveau groupe allait avoir la taille critique pour financer l’effort de recherche nécessaire pour rester au top de la technologie.

La fusion devait aussi permettre de dégager des synergies, en clair de supprimer des emplois et de réduire les coûts pour rester compétitif face à des concurrents traditionnels comme Ericsson et surtout à de nouveaux venus de Chine.

Alcatel-Lucent, et si ça marchait ?, titrions-nous en décembre 2006, lorsque, la nouvelle société enfin créée, Patricia Russo en prenait les rênes opérationnelles en tant que directrice générale. Certes, nous savions bien qu’une fusion sur deux échoue et qu’un tel rapprochement est d’autant plus difficile qu’il s’opère entre deux entreprises de nationalités différentes : le cumul des différences de cultures d’entreprise et de cultures nationales rend les choses plus difficiles.

Un souci d’équilibre qui peut conduire à la paralysie.

De fait,Patricia Russo ne parle pas le français. Elle avait cependant décidé de s’installer à Paris. Le conseil était composé à parts égales d’administrateurs issus des groupes américain et français, souci d’équilibre louable, mais qui peut conduire à la paralysie, comme on l’a vu chez EADS, à partir du moment où les difficultés ont surgi.

Hélas pour Alcatel-Lucent, elles n’allaient pas tarder à se faire sentir. La concurrence chinoise allait casser les prix, obligeant le francoaméricain à rogner ses marges pour conserver ses marchés traditionnels.Dès lors, les seuils de rentabilité se trouvaient sans cesse abaissés.
Depuis un an, le ralentissement américain consécutif à la crise bancaire a amené les opérateurs d’outre-Atlantique à réduire leurs investissements. La réduction était d’autant plus sévère pour Lucent que le constructeur américain vendait une technologie pour le téléphone mobile, correspondant à une norme, CDMA, en perte de vitesse par rapport au GSM européen.

Alertes sur résultats, croissance nulle, voire négative, pertes récurrentes ont vite découragé les actionnaires et le titre n’a cessé de chuter. Les plans sociaux ont dû être durcis.Comme il est plus difficile de licencier en France, ce sont surtout les salariés américains qui ont été touchés, ce qui n’a pas contribué à resserrer les liens entre les équipes des deux anciennes sociétés ; il est vrai aussi que c’est aux États-Unis que la demande avait le plus fléchi, à cause du déclin du CDMA.

Face à ces difficultés, la cohabitation entre Patricia Russo, chargée de l’opérationnel, et son président, Serge Tchuruk, n’était pas des plus faciles. « Le temps est venu pour cette société d’acquérir une identité qui lui soit propre, indépendante des sociétés d’origine », admet Serge Tchuruk dans le communiqué expliquant son départ. Preuve, s’il en était besoin, que la fusion ne s’est pas vraiment faite.D’où l’impression d’un manque de stratégie, d’une société de plus en plus sur la défensive face à une concurrence exacerbée.

Le résultat de ces deux années est accablant : les effectifs ont fondu de 16 500 personnes sur un total de 88 000, sans pour autant que la société ait renoué avec les bénéfices. Le chiffre d’affaires, 17,8 milliards d’euros en 2007, a pâti de la chute du dollar. Les pertes s’élèvent à près de 5 milliards sur deux ans, dont 1,3 milliard pour le premier semestre 2008, en raison principalement de la dépréciation de l’activité CDMA aux États-Unis à hauteur de 900 millions. La capitalisation boursière s’est effondrée, revenant de 25 à 9 milliards d’euros.

Cette chute de la capitalisation boursière représente un danger. À l’heure où les concentrations se multiplient, la nouvelle société pourrait tenter un prédateur. Car elle présente une gamme complète de produits et de services dans 130 pays et est leader sur la technologie de l’accès à Internet à haut débit.

Pour diriger le groupe, plusieurs noms circulent déjà

Son effort de recherche est considérable. Et elle détient un nombre impressionnant de brevets.Par ailleurs, pour le gouvernement français, Alcatel- Lucent est le premier actionnaire privé de l’électronicien de défense Thales. Au moment de la fusion, ce dernier avait acquis les activités espace d’Alcatel, Alcatel-Lucent prenant à cette occasion 21,6 % du capital de l’électronicien.

Si Alcatel-Lucent devait vendre cette participation pour faire face à ses difficultés, c’est tout l’équilibre au sein de l’industrie de défense française qui serait perturbé. Alcatel- Lucent s’est d’ailleurs empressé de préciser qu’il n’avait nullement besoin de vendre Thales.

Indépendamment de ses activités dans la défense, le sort d’Alcatel ne peut laisser indifférent le gouvernement français, ne serait-ce qu’en raison de sa maîtrise de technologies clés dans le domaine des télécommunications. Nul doute qu’il suivra avec attention le processus de nomination des nouveaux dirigeants, dont Patricia Russo doit s’occuper avant son départ, selon ses déclarations.

Plusieurs noms circulent déjà, dont celui de Thierry Breton, appelé à la rescousse de Thomson, puis de France Telecom,avant de devenir ministre de l’Économie, des Finances et de l’Industrie. Mais le personnage est controversé, comme l’a montré la réaction de l’assemblée des actionnaires de Carrefour quand il a été élu pour entrer au conseil, le 28 juillet dernier.

A été évoqué également le nom de Philippe Germond, ancien directeur général d’Alcatel, qui semble avoir réussi à redresser Atos Origin et est en butte à la contestation de certains fonds actionnaires.Mais il faudra aussi compter sur la partie américaine car, même si le siège est en France, Alcatel-Lucent reste une société transatlantique.

Après avoir rêvé de sociétés sans usines, Serge Tchuruk laissera-t-il un groupe sans patron ? Les actionnaires ont en tout cas un urgent besoin de visibilité sur un groupe qui, pour l’instant, en est totalement dépourvu, au moment où la conjoncture mondiale est en phase de ralentissement.

-------

6 millions d'euros d'indemnités pour Pat Russo leparisien.fr 29.07.2008, 12h07 | Mise à jour : 13h33

La directrice générale d'Alcatel-Lucent, Patricia Russo, 56 ans, dont la démission a été annoncée mardi, touchera «un maximum de 6 millions d'euros» d'indemnités de départ, soit «deux années de salaires», a indiqué une porte-parole du groupe.

L'équipementier, qui a publié mardi une lourde perte nette pour le deuxième trimestre, a annoncé le départ d'ici fin 2008 de sa directrice générale Patricia Russo et du président de son conseil d'administration, Serge Tchuruk.

Le principe d'indemnités de départ de Patricia Russo avait été approuvé lors de l'assemblée générale du 30 mai, un point qui faisait l'objet de polémiques compte tenu des piètres résultats du groupe.

En 2007, la rémunération de la directrice générale, qui était la première et la seule femme patronne d'un groupe du CAC 40, aboutissement d'un parcours pugnace dans les nouvelles technologies, s'était élevée à 1,8 million d'euros (dont un bonus de 600.000 euros) et devrait être équivalente en 2008 pour la partie fixe.

En outre elle avait reçu 800.000 stock-options à un prix d'exercice de 3,80 euros, soit plus de 3 millions d'euros.

De son côté, Serge Tchuruk «ne touche pas de salaire, mais seulement des jetons de présence d'un montant de 100.000 euros par an», a ajouté la porte-parole.

Née le 12 juin 1952 dans le New Jersey, Patricia Russo était l'une des rares femmes à diriger un poids lourd international. En 2007, elle avait été classée au 10e rang des femmes les plus puissantes du monde par le magazine Forbes.

Diplômée des prestigieuses universités américaines de Georgetown à Washington et de Harvard (Massachusetts), cette brune élégante a passé l'essentiel de sa carrière chez le géant américain des télécommunications ATT, ancienne maison mère de Lucent, qu'elle a rejoint au milieu des années 1990.

Après une parenthèse de deux ans chez Eastman Kodak, Pat Russo - qui a débuté sa carrière au département ventes et marketing d'IBM - était revenue chez l'équipementier en janvier 2002, en tant que directrice générale, avant d'en devenir PDG en 2003.

-------

Retour Première page