Décembre 2009 : Razia sur le Club Med
Tapie revanche

« Je réglerai mes comptes un par un ». Jacques Espérandieu Laurent Valdiguié, Le Parisien, 4 avril 2001, p. 3.

MALGRÉ la traversée du désert, malgré la ruine, malgré les condamnations judiciaires, l'appétit est intact. Mâchoires serrées et sourire charmeur, Bernard Tapie n'a qu'un seul but : la grande revanche. Il espère ouvertement redevenir « tout » ce qu'il a été. Un homme de sport certes, mais aussi un homme d'affaires et un homme politique.
« Mes comptes ? Je les réglerai un par un, et jusqu'au dernier », promet-il déjà.
L'ancien ministre de la Ville, ex-patron d'Adidas et ex-président de l'OM, a encore du chemin devant lui. Mais, en revenant aux commandes du club de foot, il amorce spectaculairement le début de sa reconquête. Le Tapie des stades revient. Restera ensuite à remettre en selle le Tapie du business et le Tapie des urnes. Depuis une quinzaine de jours, « Nanard » prépare minutieusement son retour aux premières loges et réactive ses réseaux médias. En orfèvre, Bernard Tapie, même s'il cloisonne ses relations, joue sur plusieurs tableaux à la fois. Son plan, une fusée à trois étages, vise à récupérer l'essentiel de sa fortune. La mairie de Marseille viendra ensuite. Et après...

Un match à 6 milliards de francs avec le Crédit lyonnais.
La bagarre principale se déroule en sourdine depuis plusieurs années, par avocats interposés et devant plusieurs tribunaux. C'est même l'axe principal du plan Tapie. S'il gagne sur ce front, il récupère toute sa mise : 6 milliards de francs (0,91 million d'euros) « plus les intérêts », espère-t-il, tout sourire. L'ancien homme d'affaires accuse sa banque, le Crédit lyonnais, de l'avoir « roulé » lors de la revente d'Adidas en février 1993. Bernard Tapie estime que dans l'opération, à travers un montage dans des paradis fiscaux via la City Bank de New York, le Crédit lyonnais a réalisé un tour de passe-passe, puis a déclenché sa faillite personnelle. « On m'a piqué Adidas pour me saigner », martèle-t-il. La banque de Jean Peyrelevade tient un discours rigoureusement inverse, puisque, selon ses évaluations, la déconfiture de la galaxie Bernard Tapie Finances (BTF) a coûté 1,5 milliard de francs (0,23 milliard d'euros). « Dans cette affaire, Tapie n'a aucune chance », assure sèchement Me Jean Veil, l'avocat de la banque. Mais dans l'escalade avec le Lyonnais, les avocats de Bernard Tapie envisagent maintenant de porter le fer aux Etats-Unis. Francis Chouraqui, l'avocat des petits porteurs de BTF, se rend la semaine prochaine à New York. Le scénario passe par une plainte américaine contre la City Bank, accusée par le camp Tapie d'avoir participé au montage pour la revente d'Adidas. « Cela peut coûter une petite fortune à la banque, déjà empêtrée dans l'affaire Executive Life », pronostique M e Chouraqui, « très confiant ». Bernard Tapie est convaincu depuis peu que le coup sera tel « que le Lyonnais négociera dans les quinze jours ».

« Dès que j'ai le pognon, je rachète l'OM. »
Persuadé de récupérer une fortune à court terme, Tapie rêve tout haut comme un gagnant du Loto. Que fera-t-il avec l'argent du Lyonnais ? « Je rachète l'OM », assure-t-il sans hésiter une seconde. Même s'il est en guerre contre la banque, il ménage depuis quelques mois le repreneur d'Adidas et actuel patron de l'OM, Robert Louis-Dreyfus. « D'homme à homme, Dreyfus a été correct dans l'opération Adidas, assure Me Chouraqui. Tapie n'a rien contre lui. » L'accord annoncé hier, dans lequel Bernard Tapie devient un « associé minoritaire de l'OM », confirme que les deux patrons ont bien enterré la hache de guerre. Cet accord cache-t-il un « deal » sur le dos du Lyonnais ? « Niet », plaide M e Chouraqui. « Je n'en sais rien », explique prudemment Jean Veil, avouant que « Bernard Tapie est un personnage atypique qui nous réserve encore bien des surprises ». Tapie, lui, depuis une semaine, rêve du terrain : « Sur trente-huit contrats de joueurs professionnels à l'OM, trois seulement tiennent la route, analyse-t-il, et l'entraîneur mérite qu'on l'envoie se reposer. » Dès lundi dernier, le nouvel « actionnaire minoritaire » avait les yeux rivés sur « le match de ce week-end à Rennes ». Restera-t-il avec ce « titre » au sein du club phocéen ? Peu probable. Surtout s'il rafle rapidement la mise dans sa guerre contre le Crédit lyonnais. C'est bien en « patron » qu'il revient dans « son » stade. Et il le sait.

« Jospin, non merci ! » Restera la politique. Là aussi, Tapie promet de « régler ses comptes ». Officiellement, l'ancien ministre de la Ville de François Mitterrand n'envisage pas son « retour », mais il se souvient avec émotion de son score aux Européennes de 1994 à la voix près. Et il ne manque pas une occasion de rappeler qu'il a « tué Rocard ». « La politique, plus jamais », assure-t-il mollement... Impossible d'y croire. « Ils étaient quatre à appliquer la même méthode de rachat de sociétés devant le tribunal, Bolloré, Arnault, Pinault et Tapie, affirme l'un de ses proches. Un seul a fait de la politique, un seul a été ruiné. » Certain d'avoir été « liquidé » pour être mis hors course lors de la présidentielle de 1995, Bernard Tapie assure qu'il rendra les coups. Il se souvient par exemple « avoir pris par la main, à la demande de Mitterrand », trois jeunes de l'Elysée : Guigou, Bianco et Vauzelle, « qui n'avaient jamais mis les pieds en Provence » et qui y ont été élus depuis. Tapie n'a donc pas raté l'occasion d'un entretien dans le journal « la Provence » avant le premier tour des municipales. Il y a tenu des propos assassins contre Elisabeth Guigou, en campagne à Avignon. Ses déclarations ont été photocopiées par la candidate RPR. « Guigou a perdu à cause de moi », assure-t-il. Ne manque plus que Jospin. Tapie prépare déjà un livre, « Jospin, non merci ! », prévu pour la rentrée 2002. « Il perdra la présidentielle », prophétise-t-il. Et lui ? « De toute façon, je suis inéligible jusqu'en 2003 », soupire le nouveau manager de l'OM. Et après ? « On verra. » Oui, Tapie est bien de retour.

--------

16.12.2009 | 16:40 challenges.fr Comme l'annonçait Challenges lundi, l'homme d'affaires a vendu toutes ses actions Club Méditerranée.
Il affirme avoir cédé ses titres 30% plus cher que leur prix d'achat.

Comme l'annonçait Challenges lundi, Bernard Tapie est sorti du Club Med. L'homme d'affaires a confirmé, mardi 15 décembre dans un entretien publié sur le site internet L'Express, avoir vendu ses "dernières actions" du Club Méditerranée "quelques jours avant la publication des comptes" de l'opérateur touristique vendredi.

Un modèle "pas viable"

"J'ai interrogé beaucoup de professionnels. Pas un seul n'est convaincu que le modèle économique du Club est viable", explique-t-il, alors que le groupe vient de publier une perte annuelle de 53 millions d'euros.

Au passage, l'homme d'affaires a réalisé une importante plus-value. "J'y ai trouvé mon compte puisque j'ai revendu mes titres 30% plus chers que mon prix d'achat", affirme-t-il, alors que le Canard Enchaîné avance qu'il aurait empoché au total entre "1,5 et 2 millions d'euros". Interrogé, le Club Méditerranée n'a pas souhaité commenter le retrait de l'homme d'affaires du capital du groupe. Le groupe avait déposé plainte le 11 juin contre Bernard Tapie à Paris pour "diffusion d'informations fausses et trompeuses et manipulation de cours", et avait aussi saisi l'Autorité des marchés financiers (AMF), le gendarme de la Bourse de Paris, qui avait lancé une enquête sur l'évolution de l'action.

L'action recule

Le titre du Club Méditerranée reculait nettement mercredi matin à la Bourse de Paris, perdant 3,54% à 13,20 euros dans un marché en hausse de 0,89% avant midi (11 heures GMT). "A partir du moment où M. Tapie a montré son intérêt (pour le Club), cela a crée un attrait spéculatif sur le titre, (car) il mettait la pression sur la direction du groupe, ce qui était perçu comme un catalyseur", a commenté Sébastien Valentin, analyste à la Société Générale.

-------

Retour Première page