Février 2001. affaire Gilbert Salomon
Le président des Boucheries Bernard vient d'être mis en examen pour « blanchiment ».
Il est soupçonné d'avoir monté des opérations immobilières douteuses avec Arcadi Gaydamak, impliqué dans l'affaire des ventes d'armes en Afrique *
Le « roi de la viande » et le marchand d'armes
L'AFFAIRE Falcone-Gaydamak rattrape le « roi de la viande », Gilbert Salomon, président fondateur des Boucheries Bernard et ancien repreneur d'Olida.
Mis en examen pour blanchiment par les juges Philippe Courroye et Isabelle Prévost-Desprez, Gilbert Salomon, 72 ans, a été discrètement interrogé voilà quelques semaines sur ses relations avec Arcadi Gaydamak, le milliardaire franco-russe soupçonné avec Pierre Falcone d'avoir illégalement vendu des armes en Afrique.
« Mon frère est hospitalisé depuis et n'a rien à voir avec ces gens-là, explique pour lui Pierre Salomon. Avec tout ce qu'il a fait dans sa vie, c'est quand même triste d'être impliqué dans une affaire qui n'est pas la sienne. »
Les juges enquêtent en fait sur une série de micmacs immobiliers.
Gilbert Salomon, déporté à 14 ans, revenu des camps à 16, ancien mineur de fond puis ouvrier agricole, a finalement bâti un empire dans la viande, au côté de Jean-Baptiste Doumeng, « le milliardaire rouge ». Fortune faite, Gilbert Salomon songe à se loger.
En 1989, il achète, 35 millions de francs (5,3 millions d'euros), une maison à Boulogne-Billancourt (Hauts-de-Seine), le long du bois. L'année suivante, il acquiert pour 35 autres millions une maison, villa Montmorency, à Paris dans le XVI e arrondissement. Puis il investit 40 millions (6,1 millions d'euros) en 1993 pour devenir propriétaire de 20 000 m 2 au cap d'Antibes, la fameuse villa l'Islette de l'ancien promoteur Christian Pellerin.
Besoin de cash
L'année suivante, les affaires du roi de la viande marchent moins bien. Sa société holding, Agripar, qui contrôle Socopa international et les Boucheries Bernard, a besoin de cash. Gilbert Salomon croise alors Arcadi Gaydamak, âgé de trente ans de moins que lui. Gaydamak propose de se porter caution pour une vente de viande de boeuf en Russie. Puis les deux hommes enchaînent d'autres projets. Gaydamak, en sous-main, met 15 millions de francs (2,3 millions d'euros) dans Agripar, via une société luxembourgeoise, Pivoine. Officiellement endetté en France où il ne paye pas d'impôts, l'homme d'affaires russe propose alors un curieux montage à Gilbert Salomon.
Une Vente fictive pour un luxueux appartement
Propriétaire d'un appartement de 320 m2 à deux pas du Trocadéro, Gaydamak ne paye plus les remboursements de crédit... Sa banque va donc mettre l'appartement aux enchères. C'est Gilbert Salomon qui l'achète, 9 millions (1,4 million d'euros), en mars 1995. Mais le Russe ne déménage pas pour autant. Finalement, en décembre de la même année, Gilbert Salomon revend l'appartement à une société civile immobilière de Metz, elle-même contrôlée par une société anglaise, pilotée en sous-main par Gaydamak.
« Blanchiment », affirment les juges de l'affaire Falcone, accusant Salomon d'avoir participé à une vente fictive. « J'ai rendu service sans en tirer profit », plaide-t-il. Deux ans plus tard, en 1997, le roi de la viande vend aussi à Gaydamak sa propriété d'Antibes. Là encore, l'homme d'affaires russe n'apparaît pas officiellement...
C'est Minotaur, une société anglaise, qui achète, pour 59 MF (9 millions d'euros), la somptueuse villa l'Islette. « Avant de la vendre et d'avoir eu des ennuis avec l'urbanisme, Christian Pellerin avait fait 100 millions de francs de travaux », raconte Gilbert Salomon aux juges. Décidément, cette villa Pellerin porte la poisse.
Aujourd'hui ruiné « à cause de la crise de la vache folle », Gilbert Salomon a dit aux magistrats avoir « fait une bonne affaire » en la cédant. Son nouveau propriétaire, Arcadi Gaydamak, n'en profitera vraisemblablement pas cet été. Il est en fuite en Israël.
* Laurent Valdiguié, Le Parisien, 09 février 2001, p. 17.