Janvier 2003 : Voyous des mers et voyous des sols
Février 2001 : La grâce du milliardaire Marc Rich, dernier scandale de Bill Clinton *
09 Février 2001. Swissinfo.

Dix jours plus tard, l’orage n’est toujours pas passé.
Fidèle à sa réputation, juste avant de fermer la porte de la Maison Blanche derrière lui, Bill Clinton a laissé s’échapper une dernière tornade: la grâce présidentielle qu’il a choisi d’accorder à Marc Rich, milliardaire réfugié en Suisse depuis dix-sept ans pour échapper aux poursuites judiciaires dont il faisait l’objet aux Etats-Unis pour évasion fiscale, fraude de grande ampleur et commerce avec l’ennemi, n’en finit pas de scandaliser la classe politico-judiciaire.

Rudy Giuliani, maire de New York et ancien procureur qui, à ce titre, avait dirigé l’enquête contre le fugitif, a été le premier à se déclarer "choqué" par la décision de M. Clinton d’absoudre un malfaiteur qui n’a même pas fait face à la justice de son pays ; la tradition veut que les grâces présidentielles soient accordées à des gens qui ont répondu de leurs actes et ont au moins purgé une partie de leur peine.

C’était le cas de Michael Milken, le roi des "junk bonds" tombé pour fraude dans les années 1980 : après avoir purgé ses deux ans de prison, atteint d’un cancer, il s’est reconverti dans la philanthropie – mais il n’a pas été gracié, pas plus que le militant indien, Leonard Peltier, emprisonné depuis vingt-quatre ans pour le meurtre de deux agents du Federal Bureau of Investigation (FBI) dont il s’affirme innocent.

FINANCEMENT DE CAMPAGNES

Lorsque l’on a appris que l’ex-femme du fugitif, Denise Rich, une proche des Clinton, avait versé 1,1 million de dollars (près de 1,2 million d’euros) à leurs campagnes électorales respectives et activement levé des fonds pour eux, juristes et républicains se sont insurgés. Même des amis de l’ex-président Clinton ont désapprouvé. Le sénateur démocrate Joe Lieberman s’est déclaré "très troublé".

"Troublé" est d’ailleurs le mot utilisé à son tour par le président George W. Bush, lundi 29 janvier, lorsqu’on lui a demandé s’il envisageait de tenter de revenir sur la grâce de Marc Rich : "Moi-même je n’aurais pas pris cette décision, a répondu M. Bush, mais c’était lui le président et il avait le droit de la prendre."

Qui est donc ce personnage pour lequel Bill Clinton a pris le risque de ternir sa sortie dans l’histoire et dont la grâce est, d’après le Wall Street Journal, "la plus controversée depuis l’absolution accordée à Nixon par Gerald Ford" ?

Né à Anvers en 1934, arrivé à New York en 1941 avec des parents juifs fuyant le nazisme, Marc Rich a été, avec son associé Pincus Green – gracié en même temps que lui –, l’un des négociants qui ont transformé le marché mondial du pétrole d’abord par la technique du spot trading puis par celle, carrément illégale, du daisy-chaining grâce à laquelle, à partir de la crise pétrolière de 1973, il revendait très cher du pétrole acheté très bas. Au cours de leurs investigations, les enquêteurs américains ont découvert que le groupe Rich, basé en Suisse, non content d’avoir mené des transactions frauduleuses avec le département américain de l’énergie, non content d’avoir privé l’Etat fédéral du paiement de 48 millions de dollars d’impôts, avait aussi violé l’embargo pétrolier imposé sur l’Iran par le président Carter pendant la crise des otages.

Inculpé en 1983 de 65 chefs d’accusation alors qu’il se trouvait en Suisse, M. Rich n’a jamais remis les pieds aux Etats-Unis. Après avoir négocié à l’amiable l’équivalent d’une amende de 200millions de dollars, il a vainement tenté d’arracher son immunité personnelle à un parquet déterminé à le traîner en justice ; plusieurs tentatives du FBI de l’attirer par la ruse, ou avec l’aide d’hommes d’affaires américains en Europe, dans des pays liés aux Etats-Unis par des traités d’extradition ont échoué.

Ayant obtenu la nationalité espagnole puis israélienne, Marc Rich a étendu ses activités au commodities trading et sa fortune est devenue si confortable qu’il a pu se permettre un divorce très généreux en 1992 puis des largesses philanthropiques, notamment en Israël. Selon la presse américaine, le premier ministre israélien, Ehoud Barak, a lui-même téléphoné à Bill Clinton pour plaider la cause du milliardaire.
* Sylvie Kauffmann, Le Monde, 31 janvier 2001, p. 3.

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Rich Marc

Amnistie de Marc Rich: les témoins invoquent le 5e amendement, Marie-Christine Bonzom, Washington, 09.02.2001 - 10:26

Marc Rich a renoncé à sa citoyenneté américaine pour échapper aux poursuites. [Keystone Archive]

Deux anciens conseillers de la Maison Blanche et Denise Rich ont refusé d’être entendus jeudi par la Commission gouvernementale de la Chambre des Représentants. Mais le président de la Commission a l’intention de forcer l’ancienne épouse du négociant en matières premières à comparaître en lui offrant l’immunité.

Denise Rich a invoqué le 5e amendement de la Constitution des Etats-Unis qui permet a un individu d’éviter de déposer sous serment afin de ne pas s’incriminer lui-même. Les deux conseillers juridiques de la Maison Blanche du temps de Bill Clinton ont fait de même.

Le président de cette Commission, Dan Burton, a néanmoins réitéré son intention de faire toute la lumière sur les circonstances qui ont entouré l’amnistie de dernière minute accordée à Marc Rich. Et, dans cette perspective, M. Burton envisage d’accorder l’immunité à l’ancienne épouse de l’homme d’affaires ainsi qu’à d’autres acteurs de l’affaire, en échange de leur coopération avec les enquêteurs.

L’absence de Denise Rich a empêché les élus de la commission d’examiner l’influence éventuelle des généreuses donations de l’ancienne femme de Marc Rich au couple Clinton et au Parti Démocrate sur l’octroi de l’amnistie présidentielle au négociant. Les membres de la commission ont cependant passé plus de huit heures à interroger l’avocat de l’homme d’affaires, Jack Quinn, qui, avant de défendre le dossier d’amnistie de M. Rich auprès de Bill Clinton, fut le conseiller juridique de la Maison Blanche jusqu’en 1997.

Maitre Quinn a affirmé que la procédure d’amnistie s’était déroulée dans la transparence. Mais Morris Weinberg - l’un des procureurs qui ont obtenu l’inculpation de Marc Rich pour fraude fiscale en 1983 - a souligné que Bill Clinton n’avait entendu qu’un seul son de cloche, celui de Jack Quinn. Et cela sans jamais recevoir l’opinion des différents organismes officiels impliqués dans les poursuites contre M. Rich, à commencer par le Département de la justice et les Services des impôts.

Invité lui-aussi à témoigner devant la commission de la Chambre, l’ancien ministre adjoint de la Justice, Eric Holder, a d’ailleurs déclaré que, s’il avait reçu le dossier complet de demande d’amnistie monté par Me Quinn, il se serait opposé à la grâce présidentielle.

A l’instar de la plupart des membres de la Commission, l’ancien Ministre adjoint de la Justice s’est montré particulièrement préoccupé par le fait que Marc Rich a renoncé à sa citoyenneté américaine pour échapper aux poursuites. Et qu’il n’a exprimé aucun remord pour ses activités illégales aux Etats-Unis depuis qu’il a trouvé refuge en Suisse, il y a plus de dix-sept ans.

Pour mémoire, Marc Rich avait été inculpé par un tribunal new-yorkais de fraude fiscale. Et surtout de commerce illégal avec l’Iran au moment le plus fort de la crise des otages à l’ambassade américaine de Téhéran.

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METALEUROP : tous les chemins mènent à Zoug
L'actionnaire principal Glencore (Marc Rich) réside dans ce paradis fiscal suisse.

Metaleurop et le Prestige, même voyous ? C'est ce qu'a affirmé la ministre de l'Ecologie Roselyne Bachelot, en déclarant hier (23 janvier 2003) sur Europe 1 qu'on «retrouve curieusement les mêmes noms, les mêmes voyous dans les deux cas».
De fait, ces deux dossiers noirs, tant d'un point de vue environnemental que social, convergent étrangement. Vers un même lieu d'abord, le canton de Zoug, en Suisse. Et un même homme, le sulfureux homme d'affaires américain Marc Rich, dont l'on retrouve le nom dans les deux dossiers. Assez troublant pour que Roselyne Bachelot mandate le cabinet d'avocats Thieffry afin de remonter la «chaîne financière, qui est aussi une chaîne des responsabilités».

Cette chaîne arrive donc à Zoug, un endroit très agréable pour faire du commerce. C'est là qu'est installée la firme Glencore, spécialisée dans la production et le courtage de métaux, et premier actionnaire de Metaleurop (33 %).
Et là aussi que l'on trouve Crown Resources, société de courtage en pétrole et affréteur du Prestige. Le canton est une sorte de «Suisse de la Suisse» : on y trouve tous les avantages du pays, dont la discrétion bancaire, mais aussi quelques bonus locaux, Zoug étant «le champion toutes catégories sur le plan fiscal», souligne Grégoire Duhamel, dans les Paradis fiscaux (1). Proximité de Zurich, impôts à des taux plancher, le coin a attiré des milliers de sociétés offshore.

Des avantages qui ont séduit aussi Marc Rich, un familier tant de Glencore que de Crown Resources. Cet homme d'affaires, spécialiste du trading de matières premières a fui les Etats-Unis en 1983 et a eu le FBI au train pendant dix-sept ans, après avoir soufflé 48 millions de dollars au fisc.
Avant d'être gracié par Bill Clinton, la veille de la fin du mandat présidentiel. Une polémique retentissante avait suivi, l'ex-femme de Rich ayant donné pas mal d'argent au couple Clinton. A Zoug, où cet homme de près de 70 ans réside encore, il est chez lui. C'est là qu'il a revendu sa propre société (Marc Rich & Co) en 1994, à ses salariés, quelque temps avant qu'elle ne prenne le nom de... Glencore.
C'est là aussi qu'il tente de revendre son entreprise suivante, Marc Rich Investment (MRI), à Crown Resources, en 2001. Sans succès, officiellement pour bisbilles sur le montant de la transaction. Mais Zoug est une petite ville et les cadres compétents ne sont apparemment pas légion : jusqu'à ces derniers jours, c'est un homme qui a longtemps travaillé avec Marc Rich qui tenait les rênes de Crown Resources, Steven Rudofsky.

Faut-il en conclure que Marc Rich serait mouillé dans les deux scandales ? «Nous n'avons rien à voir avec ces affaires», a déclaré hier à l'AFP le directeur général de MRI, Thomas Frutig en réaction aux déclarations de la ministre de l'Ecologie.
En tout cas, à Zoug, on n'a pas attendu Roselyne Bachelot pour réagir aux scandales du Prestige et de Metaleurop. Crown Resources a ainsi disparu des registres ces derniers jours. Le holding russe Alfa, qui la possédait à près de 100 %, l'a revendue à ses dirigeants en fin d'année 2002. Exit Crown Resources, voici donc ERC, pour Energy, Resources and Commodities Trading. Même métier, même siège social à Zoug. Mais propriétaires différents. Au passage, Steven Rudofsky a quitté la société.

Quant à Glencore, elle peut se féliciter d'avoir réalisé une excellente affaire sur le dos des salariés de Metaleurop. En novembre, elle revendait la seule filiale rentable du groupe ­ l'usine d'électrolyse de zinc de Nordenham, dans le nord de l'Allemagne ­ à Xstrata pour une somme considérée par les analystes comme modeste, cent millions de dollars. Or Xstrata, basée à Zoug, a pour premier actionnaire... Glencore, à hauteur de 40 %.
Et ce groupe de matières premières se porte très bien, avec 113 millions de dollars de bénéfices au premier semestre 2002. La vente faite, les administrateurs de Metaleurop représentant Glencore ont décidé le 16 janvier de cesser de soutenir la filiale de Noyelles-Godault (Pas-de-Calais), plombée par les déficits. Résultat : Metaleurop a été dépecée, et ses activités rentables récupérées indirectement par Glencore.
Et, pour l'instant, les frais de dépollution du site de Noyelles-Godault sont aux frais de l'Etat et donc du contribuable. Pour Roselyne Bachelot, l'affaire est entendue, «il faut que le principe pollueur-payeur s'applique». Mais qui est le pollueur ?.
(1) Les Paradis fiscaux, éd. Grancher.
Libération, Par Florent LATRIVE et Hervé NATHAN, vendredi 24 janvier 2003, p. 21

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