Mai/Juin 2007 : Premier chef d'Etat francophone reçu par le Président Nicolas Sarkozy ; Condamné à verser 457 347, 05 euros

Novembre 2005. Omar Bongo Ondimba brillamment réélu
Une grande famille ...

L'offense à Chef d'Etat. La loi de 1881 réprimant le délit d'atteinte à la dignité de chef de l'Etat, français ou étranger.

Juillet 2002 : La cour d'appel de Paris refuse d'appliquer le droit européen
Avril 2001 : TGI Paris, 17ème chambre correctionnelle : L'article 36 de la loi de 1881 est contraire à la Convention européenne de 1950 (CEDH)

Le Monde. 14 novembre 2000. p.11.
Le célèbre avocat médiatisé Me Jacques Vergès, l'avocat, notamment, du nazi Klaus Barbie, est le défenseur de trois chefs d'Etat africains qui s'affirment offensés par l'ouvrage de M. Xavier Verschave, Noir silence. Qui arrêtera la Françafrique ?, Les Arènes, 2000 (également l'auteur de La Françafrique. Le plus long scandale de la République, Les Arènes, 1998).
Selon le droit positif français actuellement applicable l'auteur risque une amende de 300 000 francs pour chacune des plaintes déposées, et d'éventuels dommages et intérêts.
La procédure est automatisée. Dès que les autorités françaises sont sollicitées par un chef d'Etat étranger pour délit d'atteinte à la dignité le parquet doit être saisi et le tribunal correctionnel doit statuer sans débat au fond, sans le moindre examen de la véracité des faits allégués. Une procédure régalienne héritée de la monarchie absolue qui condamnait de mort le crime de lèse-majesté ...

Selon M. Xavier Verschave, le président du Gabon, M. Omar Bongo, serait un "dictateur criminel, corrompu et mafieux", le président du Tchad, M. Idriss Déby, serait un "assassin invétéré", et le président du Congo-Brazzaville, M. Denis Sassou Nguesso, est accusé de "crimes contre l'humanité" dans l'exercice de son pouvoir et aurait été complice dans l'attentat contre le DC-10 dont l'explosion en plein vol, en 1989, au-dessus du Ténéré, a coûté la vie à 170 personnes.
La 17ème chambre correctionnelle du TGI de Paris doit rendre son jugement les 28 février, 5 et 7 mars 2001. ________________________

Omar Bongo, 66 ans. Président du Gabon, pur produit de la Ve République, il vit son mandat comme une expérience enrichissante. Bingo, Par MARIE-DOMINIQUE LELIÈVRE, Libération, 05 février 2001, p. 48.

Omar Bongo en 7 dates, 30 décembre 1935 : Naissance officielle à Lewaï, Haut-Ogooué ; 1952 : Certificat d'études à Brazza ; 1953 : Jeunesses SFIO ; 1958 : Service de renseignement de l'armée ; 1959 : Le Gabon demande à devenir un département français ; 1966 : Vice-président du Gabon aux côtés de Léon M'ba ; 1967 : Il devient président de la République du Gabon ;

«Je lui dit: » “Calcule le prix du baril de pétrole, en dollars, calcule combien on a gagné, et combien on nous vole…”

Louis-Gaston Mayala a enfilé son habit de cour: complet crème, cravate chatoyante, chaussures d'autruche crème. Sous l'œil de la caméra de surveillance, il a pris position dans le salon VIP du palais de la Rénovation, moquette acrylique à ramages rouge et or. Dignitaire du régime, il s'apprête à patienter des heures pour une audience avec le président Bongo, bercé par Euronews. «C'est triste ce qui se passe en France, dit Mayala. Tout ce que de Gaulle et Foccart ont voulu, on l'a fait. Le Gabon ne voulait même pas de l'indépendance...»
Mayala fixe la galerie de portraits qui court le long du mur, gouverneurs et administrateurs de l'Afrique-Equatoriale française. «On nous dit que le patron est corrompu. Pour qu'il y ait corrompu, il faut qu'il y ait corrupteur...» Au milieu de la galerie d'ancêtres blancs une porte s'ouvre sur un minuscule personnage. El Hadj Omar Bongo, président du Gabon depuis trente-quatre ans. Costume Mugler, Omar Bongo traverse la salle du conseil, draperies au kilomètre, glands d'or au poids, salpêtre floquant les plinthes. A main gauche, écrans télévisés. A main droite, album de famille. «C'est le village, ici, dit Paul Toungui, gendre et ministre du Pétrole. Il vit au milieu des siens.» Les photos d'une trentaine de beaux enfants, avec lesquels le Président vient de fêter ses 66 ans, sont les plus proches de sa table de travail Napoléon III. Au fond, les parrains adoptifs. Bongo avec le général de Gaulle, avec Georges Pompidou. En 1977, disco Bongo with VGE, honorant son titre de roi des sapeurs de Brazzaville: veste cintrée et pantalons pattes d'eph,, talonnettes Cloclo. Bongo avec un pape: «1968. Pour qu'il me reçoive, je me suis fait baptiser.» Bongo et Kadhafi. Là, Albert-Bernard se convertit à l'islam, devient el Hadj Omar.

Pseudo Bongo montre des photos de son «frère» Jacques Chirac, à différentes époques. «Chirac n'est plus Chirac», murmure-t-il. Cape sur les épaules, le chef de ce richissime petit pays au cœur de la forêt (pétrole, uranium, manganèse, bois) parle, un œil sur une mosaïque d'écrans. Pour lui plaire, ses proches lui apportent à Libreville des cassettes d'émissions politiques françaises. «Corruption? Ce mot-là n'existe pas chez nous, en Afrique.» Le «patron» du Parti démocrate gabonais (PDG) rit en bougeant ses petits bras de façon syncopée. «Au classement mondial de la corruption, la France est au 21e rang. Le Gabon n'y figure pas.» Le président du Gabon renvoie à la France un reflet noir. C'est la Ve République qui l'a fabriqué. Albert-Bernard Bongo naît à Franceville vers 1935, benjamin de douze enfants. Son père meurt lorsqu'il a 7 ans, sa mère quand il en a dix. Elevé par ses frères à Brazzaville (Congo), il entre à l'école à 10 ans. «Chez nous, on n'est pas orphelin. On habite chez les uns, chez les autres.» N'empêche que, certains jours, Albert-Bernard ne mange pas: il n'ose pas réclamer à ses belles-sœurs. Lorsqu'au lycée on lui offre de devenir citoyen français, il accepte, car il rêve de devenir... un Blanc. «Nous allions vivre comme des Blancs. Nous ne serions plus des Noirs, nous serions des Blancs!» A la place, il se fait espion (des Blancs): un franc-maçon de Fontainebleau, inspecteur général des PTT, l'adopte et l'initie. A-t-il juré sur le Coran ou sur la Bible? Humour noir: «Sur Talleyrand ou Machiavel...» Postier à Brazzaville, Bongo renseigne les services spéciaux, avant, parrainé par Foccart, de devenir le directeur de cabinet du président gabonais Léon M'ba, auquel il succède en 1967. Plus jeune chef d'Etat au monde, il est la mascotte de l'Etat français.

Selon son ancien ami André Tarallo, ex-patron de Elf-Gabon, Elf offrait 3 francs (0,45 euros) par baril de pétrole aux dirigeants des pays producteurs. Soit 420 millions de francs (64 millions d'euros) par an, blanchis au Liechtenstein, une partie arrivant en France par «amitié politique». D'ailleurs, à l'Okoumé Palace, qu'Omar Bongo a fait bâtir sur le front de mer (par Bouygues), la boutique ne vend que... mallettes et attaché-cases. Omar Bongo n'a qu'un souci: ne pas se faire léser par les pétroliers. «Paul Toungui, mon ministre du Pétrole, est mathématicien. Un professeur d'université. Je lui dit: "Calcule le prix du baril de pétrole, en dollars, calcule combien on a gagné, et combien on nous vole..."»

Dans Blanc comme nègre, le livre d'entretiens qu'il a accordés au journaliste Airy Routier (Grasset), Omar Bongo s'explique sur l'emploi de ses fonds avec une ironie grinçante: sa cagnotte finance... la protodémocratie gabonaise. La dernière grève d'étudiants à l'université de Massuku? Elle lui a coûté 5 millions de francs (760 000 euros). «Les professeurs? Je paye. Les comices agricoles? Je paye. La Journée de la femme? Je paye. Il faut payer, je paye.» Dans un pays qui compte 500 000 Gabonais, Omar Bongo achète chaque opposant. Pirouette de Bongo: «Vous avez vu où vous en êtes, après deux cents ans de démocratie? Nous, ça fait dix ans seulement...»

Le Trésor français, en 1999, a évalué à 5 milliards de francs (760 millions d'euros) le déficit de l'Etat gabonais. Omar Bongo, lui, est riche. A la seule Citibank de New York, le montant de ses économies s'élèverait à 900 millions de francs (137 millions d'euros) 1985 à 1997, selon une enquête du Sénat américain. Bongo justifie l'existence de ces comptes, avec une autodérision qui est sa marque. «Demain, si j'ai un problème aux Etats-Unis, je dois faire du lobbying. C'est très cher...» Et de plisser sa moustache de commandant de CRS.

«Regardez la femme, là. Elle est belle, non?» Si «corruption» n'est pas africain, «virilité» est le premier mot du lexique bongolais. C'est même l'apanage du chef, qui désigne un écran. Au poignet, il porte une montre large comme une facturette, criblée de diams, avec son propre photomaton inscrit sur le cadran noir. La dame en manteau d'hermine sur RTG1, c'est Marie-Madeleine Mborantsuo, présidente de la Cour constitutionnelle. «J'ai deux enfants avec elle», dit Omar, très sex bomb black. Dictateur de poche un brin timide, il est toujours prêt pour un cliché postcolonial. «Toutes ces histoires, Eva Joly - au fond, elle est brave cette femme-là -, la trahison de mon ami Tarallo ne m'ont pas fait autant d'effet que de me faire traiter de "séropositif".» En 1995, le Brummell de Libreville se fait tailler un costume Smalto par des call-girls qui l'accusent de bouder le préservatif. «Terrible. Ma femme venait d'accoucher.» Edith Sassou, sa seconde épouse, fille du dictateur congolais. Médecin...

Dans le ciel de Libreville, l'avion du président Konaré (Mali) attend l'autorisation d'Omar Bongo pour atterrir. Sous les palmiers, la garde présidentielle cherche l'ombre. Le granit rouge se dégrafe, livrant le béton brut d'un palais déglingué. Omar Bongo descend une étroite bande de moquette «aiguilletée» rouge, jusqu'à la Bongocedes 600 blindée, cuir perle, qui quitte le boulevard de l'Indépendance, gardes du corps sur marchepieds. Ses ongles vernis reposent sur ses genoux. French manucure.

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TGI Paris, 7/8 mars 2001.

L'Afrique trouble au tribunal. Trois présidents africains poursuivaient l'auteur du livre «Noir Silence» pour «offense à chef d'Etat». Par CHRISTOPHE AYAD, Libération, 09 Mars 2001, p. 22.

La loi de 1881 interdit au prévenu de présenter la preuve de ce qu'il avance. Des témoins viennent donc assurer de sa «bonne foi». vec sa moustache tombante, ses lunettes trébuchantes et sa voix de tête, François-Xavier Verschave a l'air d'un professeur Nimbus. Quelle que soit la question posée, il a toujours une fiche, une photocopie, un dossier. Cet homme est un disque dur, une base de données. Rien de ce qui est publié sur les relations troubles entre la France et l'Afrique ne lui échappe. Mais François-Xavier Verschave ne se contente pas d'archiver. Dans le calme de son bureau,il croit dénouer l'écheveau des «réseaux» franco-africains. Le jour, il est un fonctionnaire à la municipalité de Villeurbanne. Le soir, à l'en croire, il démasque barbouzes, trafiquants d'armes, magnats du pétrole. De ses certitudes est né Noir Silence, pavé de 600 pages qui s'est déjà vendu à 26 000 exemplaires.

C'est de cet ouvrage qu'il a été question deux jours durant à la XVIIe chambre du tribunal correctionnel de Paris. Son président, Jean-Yves Montfort, s'est offert une plongée en Afrique trouble. Comme à son habitude, il a dirigé les débats avec gourmandise, interrogeant les témoins à la manière de Candide. Il faut dire que la plainte n'était pas banale: trois chefs d'Etat africains, Denis Sassou Nguesso du Congo-Brazzaville, Idriss Déby du Tchad et Omar Bongo du Gabon, poursuivaient François-Xavier Verschave et son éditeur Laurent Beccaria pour «offense à chef d'Etat», en vertu de la loi de 1881. Un anachronisme juridique auquel ont renoncé les présidents français depuis Valéry Giscard d'Estaing.

Compil.
Tous les chefs d'Etat étrangers n'ont pas ces scrupules: Bébé Doc, Hassan II, la liste n'est pas exhaustive. Dans Noir Silence, Sassou est accusé de «crimes contre l'humanité», Déby de «criminel invétéré» et Bongo de diriger une «démocrature prédatrice». La loi, qui prévoit jusqu'à 300 000 francs d'amende, interdit au prévenu d'apporter la preuve de ce qu'il avance. Seul moyen de droit: montrer sa «bonne foi». Verschave et son éditeur ont donc fait comparaître plusieurs dizaines de témoins, afin d'étayer les accusations contenues dans Noir Silence, transformant le prétoire en tribune politique.

Lors de la première audience, le tribunal s'est penché sur la guerre civile qui a déchiré le Congo-Brazzaville en 1997-1998. D'après Verschave, cette guerre a été financée par Elf qui a armé son poulain Sassou, responsable de la mort de centaines de milliers d'habitants du Poul, au sud du pays, fief de Pascal Lissouba et de Bernard Kolélas, ses adversaires. Verschave assure aussi que, dans sa fuite, Alfred Sirven serait passé par le Congo. «Vos sources», demande le tribunal. «L'Express», répond-il. Et c'est bien le problème d'un auteur dont les ouvrages sont des compilations plus que des enquêtes.

Déballage.
Jacques Vergès, l'avocat des trois chefs d'Etat africains, n'a pas manqué de souligner cette faiblesse. Tout comme le fait que Verschave ne s'est rendu en Afrique qu'à trois reprises, pour de courts séjours: en Algérie, au Gabon et au Rwanda. Maigre, pour un spécialiste. L'audience consacrée à Idriss Déby a été l'occasion d'un déballage peu élogieux pour le régime tchadien. «Le président torture personnellement certains opposants [...], il a fait massacrer des femmes et des enfants», a affirmé Ngarléjy Yorongar, ex-ministre du président Hissène Habré qui s'était allié à Déby pour le renverser en 1990. Depuis, Yorongar est passé à l'opposition, il a été incarcéré et se déplace en fauteuil roulant à la suite des «tortures» infligées par les hommes de Déby. Concernant Omar Bongo, les débats ont été plus décousus, intégrant sa vie privée ou ses comptes en banque, suscitant à plusieurs reprises l'hilarité d'une salle remplie de membres de l'association «Survie», présidée par Verschave, arborant des tee-shirts reproduisant la couverture de Noir Silence.

Les parties civiles ont demandé un franc symbolique de dommages et intérêts, la censure des passages incriminés et la publication du jugement. La défense a plaidé l'incompatibilité des poursuites avec la Convention européenne des droits de l'homme (CEDH) qui prévoit la liberté d'expression. Le procureur, sans demander la relaxe, a recommandé à la cour de reconnaître la «bonne foi» des prévenus. Jugement le 25 avril.

(1) Noir Silence. Qui arrêtera la Françafrique ?, F.-X. Verschave, les Arènes, 598 pp., 145 F.

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Le tribunal de Paris juge l'offense à chef d'Etat étranger contraire aux textes européens, Stephen Smith, Le Monde, 27 avril 2001, p. 11

Trois présidents africains déboutés de leurs poursuites.

LA 17e CHAMBRE correctionnelle du tribunal de Paris a condamné à la désuétude "l'offense à chef d'Etat étranger". Invoquant ce délit, héritier du crime de lèse-majesté et sanctionné par l'article 36 de la loi sur la presse de 1881, trois chefs d'Etat africains avaient diligenté des poursuites contre l'auteur, François-Xavier Verschave, et l'éditeur, Laurent Beccaria, d'un livre paru en avril 2000, Noir silence, un brûlot fustigeant la France et les "satrapes" dans ses anciennes colonies d'Afrique. Or, mercredi 25 avril, les deux prévenus ont été relaxés et les trois présidents africains, qui s'étaient constitués partie civile, déboutés de leur action. Attendu principal du jugement, le tribunal souligne que la protection particulière que la France accorde aux dirigeants étrangers, au nom de ses "bonnes relations diplomatiques", est incompatible avec la Convention européenne des droits de l'homme (CEDH), qui prévoit notamment "la liberté des idées et des opinions sans considération de frontière".

L'enjeu du procès était de taille. Sur le plan des principes juridiques mais, aussi, en raison de la gravité des accusations formulées contre les présidents du Congo, du Tchad et du Gabon. L'ouvrage de François-Xavier Verschave impute au chef d'Etat congolais Denis Sassou Nguesso des "crimes contre l'humanité", traite le Tchadien Idriss Déby de faux monnayeur et d'"assassin invétéré" et qualifie le régime du Gabonais Omar Bongo de dictature "prédatrice". S'estimant offensés "dans leur dignité, leur honneur et la délicatesse de leurs sentiments", les dirigeants avaient commis les autorités françaises à engager des poursuites. Défendus par Me Jacques Vergès, ils réclamaient l'amende prévue par la loi, 300 000 francs chacun, qu'ils avaient envisagé d'investir dans des encarts publicitaires les innocentant.

Pour n'avoir pas osé plaider la diffamation, qui donne à l'auteur assigné la possibilité d'apporter la preuve de ses allégations, les trois chefs d'Etat en sont pour leurs frais. Présidée par Jean-Yves Montfort, la 17e chambre a en effet démoli le "régime dérogatoire" dont ils se prévalaient. Qualifiant l'offense de "formule évasive, d'interprétation malaisée", le tribunal a estimé que l'application de la loi était "imprévisible", un auteur "ne pouvant pas être certain de ne pas entrer dans le domaine de l'interdit". De surcroît, placé dans l'impossibilité d'invoquer la véracité des faits, il se trouvait en "position inéquitable face à l'accusation". Enfin, l'internationalisation juridique consacre "une exigence des sociétés démocratiques", le droit de regard sur le monde entier, sans entraves, sans amalgame entre "la critique acceptable" des actes d'un dirigeant étranger et "l'offense condamnable" de sa personne.

LE "DROIT" FACE AU "CYNISME"
" C'est le triomphe du droit sur le cynisme, s'est félicité Me William Bourdon, l'un des avocats de François-Xavier Verschave. L'auteur, pour sa part, a estimé qu'un "bastion de la censure-était- tombé".Absent du prétoire, Me Jacques Vergès a annoncé après l'audience qu'il demandait au procureur de la République de faire appel. Mais cette hypothèse est peu vraisemblable, le substitut Lionel Bounan s'étant déjà abstenu, le 7 mars, de soutenir la plainte au regard d'un "livre militant" qui, à ses yeux, méritait "le bénéfice de la bonne foi". Quant aux présidents africains, il n'est pas sûr qu'ils poursuivent une procédure délétère pour leur image, dans le seul but de faire évoluer la jurisprudence en France...

Le délit d'offense à chef d'Etat étranger survivra-t-il au désaveu qui vient de lui être infligé ? La réponse appartient au législateur, qui, dans les deux chambres du Parlement, est saisi d'une proposition de loi portant suppression de l'article 36. Le sénateur PS de Belfort, Michel Dreyfus-Schmidt, a en effet déposé, le 12 mars, un texte qui a été repris à l'identique par plusieurs députés Verts. "Auraient-ils dû être poursuivis et condamnés automatiquement en France, ceux qui à juste titre ont tracé des portraits fidèles d'Hitler, Pol Pot, Pinochet, Milosevic et d'autres, alors que ceux-ci étaient en fonctions ?" s'interroge ce texte,

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Controverse sur le délit d'offense à chef d'Etat étranger

LA COUR D'APPEL DE PARIS a débouté, mercredi 3 juillet, les présidents de la République tchadien Idriss Déby, congolais Denis Sassou Nguesso et gabonais Omar Bongo de leur action pour « offense envers un chef d'Etat étranger », intenté à l'auteur et l'éditeur du livre Noir silence.
Paru en avril 2000 aux Editions des Arènes, Noir silence est un brûlot fustigeant la France et les « satrapes» dans ses anciennes colonies d'Afrique. La cour a relaxé l'auteur du livre, François-Xavier Verschave, et l'éditeur Laurent Beccaria, en leur reconnaissant l'excuse de la bonne foi.

La juridiction française a cependant refusé de se plier à une récente jurisprudence de la Cour européenne des droits de l'homme, qui avait condamné le délit d'offense à chef d'Etat étranger, le 25 juin, en estimant qu'il « tend à conférer un privilège exorbitant qui ne saurait se concilier avec la pratique et les conceptions politiques d'aujourd'hui» (Le Monde du 27 juin).
La cour d'appel a jugé, au contraire, que ce délit, « répond au souci du législateur de faciliter les relations internationales de la France en accordant à des hauts responsables politiques étrangers une protection particulière contre certaines atteintes à leur honneur ou à leur dignité ».

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(Novembre 2005) Réélection sans surprise du président Omar Bongo Ondimba au Gabon

Le président gabonais, Omar Bongo Ondimba, a été réélu sans surprise et très largement à la tête du Gabon, qu'il dirige depuis 1967, avec 79,21 % des suffrages lors de la présidentielle de dimanche, selon les résultats officiels annoncés mardi soir par le ministre de l'intérieur.

L'opposant "radical" Pierre Mamboundou arrive en deuxième position avec à peine 13,57 % des suffrages, suivi par l'ex-baron du régime passé à l'opposition Zacharie Myboto, crédité de 6,58 % des voix. Deux autres candidats, Augustin Moussavou King et Christian Serge Maroga, présidents de deux petites formations sans audience réelle, n'ont recueilli respectivement que 0,33 et 0,30 % des voix.

"Est donc élu Bongo Ondimba Omar", a déclaré le ministre de l'intérieur, Clotaire-Christian Ivala, après avoir énuméré ces résultats qui doivent désormais être validés par la Cour constitutionnelle. Le taux de participation au cours de ce scrutin à un tour s'établit à 63,29 % des inscrits.

M. Bongo Ondimba, doyen des chefs d'Etat africains, a remporté la totalité des neuf provinces gabonaises avec des scores allant de 62,57 % dans la Nyanga (extrême Sud-Ouest) à 95,09 % dans le Woleu Ntem (Nord). Il enregistre 92,38 % des voix dans sa province natale du Haut-Ogooué (Sud-Est) contre 7,95 % à M. Myboto, autre fils de la province.

UNE VICTOIRE ATTENDUE

La victoire de M. Bongo Ondimba et son ampleur faisaient peu de doutes, eu égard aux résultats partiels communiqués depuis dimanche soir par les télévisions gabonaises.
Avant même leur publication, ces résultats ont néanmoins été contestés par MM. Mamboundou et Myboto, qui ont accusé le camp présidentiel de fraudes massives.
Quelques heures avant la déclaration télévisée du ministre de l'intérieur, M. Mamboundou s'était proclamé vainqueur de la présidentielle, affirmant avoir recueilli la majorité absolue des voix.
Plus tôt dans la journée, M. Myboto avait dénoncé les résultats officieux "fabriqués" donnant Omar Bongo Ondimba en tête, et le "grand nombre d'irrégularités (...) constaté avant, pendant et après le scrutin", assurant avoir obtenu "plus de 40 % des voix".
Lundi soir, M. Mamboundou a pour sa part appelé ses militants au "calme" et à la "responsabilité" jusqu'à l'annonce des résultats, mais a déjà laissé entendre que ses partisans ne resteraient pas "béats devant la fraude".
MM. Myboto et Mamboundou se sont rencontrés lundi. Les deux hommes "font la même analyse de la situation" et devraient organiser une conférence de presse commune pour évoquer les "fraudes", a déclaré Clémence Mézui, directrice de campagne de M. Myboto.
Ni le vainqueur ni ses adversaires n'ont réagi immédiatement après les résultats. Des observateurs de l'Organisation internationale de la francophonie, de la Communauté économique des Etats de l'Afrique centrale, des Etats-Unis et du Sénat français ont estimé que le scrutin avait été régulier, transparent et "conforme aux standards internationaux". Les quelques anomalies relevées ne sont pas de nature à entacher sensiblement sa régularité", a souligné l'OIF dans un communiqué séparé.
Dans l'attente de l'annonce des résultats, les forces de l'ordre en tenue antiémeute avaient été déployées en nombre depuis lundi dans certains quartiers populaires de Libreville proches de l'opposition, et devant des bâtiments publics de la capitale. L'entrée de la Cour des comptes, qui abrite le siège de la Commission nationale électorale, était gardée par des automitrailleuses et des soldats postés sur le toit.
Les habitants de Libreville semblaient sur le qui-vive, tandis que se succédaient les rumeurs infondées de manifestations de l'opposition. Aucun incident n'était signalé peu avant minuit mardi.
LEMONDE.FR | 30.11.05 | 08h05 • Mis à jour le 30.11.05 | 08h44

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(Une grande famille ...) La bande à Bongo

Etonnant destin que celui de Joséphine Kama. Mariée et mère de famille dès l'âge de 14 ans, elle s'est retrouvée sacrée "première dame du Gabon" quand son époux, Albert Bernard Bongo, de dix ans environ son aîné, a été propulsé à la tête du pays le plus légalement du monde.
C'était en novembre 1967, et Joséphine avait dépassé de peu la vingtaine.

Quarante ans plus tard, elle est toujours une femme hors norme. Elle a divorcé depuis longtemps du chef de l'Etat. A l'image de sa mère, elle a repris le métier de chanteuse et son nom de scène, Patience Dabany, sous lequel les Gabonais la connaissent. Ses enregistrements se comptent par dizaines. Son prochain album de musique africaine sortira début 2006. Elle s'est produite à L'Olympia, à Paris, et dans les principaux music-halls d'Europe et des Etats-Unis, pays où elle a vécu après son divorce.

Patience Dabany n'a pas vraiment tourné la page des "années Bongo". La chanteuse reste une militante politique. En novembre 2005, comme les fois précédentes, elle a participé à la campagne présidentielle pour le compte de son ex-époux, le président sortant. Membre dirigeant du Parti démocratique du Gabon (PDG), le parti au pouvoir, elle a même été en première ligne, chargée d'une mission précise : faire la tournée des marchés et des petits commerces à travers le pays pour convaincre les femmes de voter en faveur d'Omar Bongo.

Longs cheveux roux tirés en arrière, de petite taille, un peu forte, Patience Dabany évoque sans états d'âme son ancien mari, qu'elle croise le plus souvent "lorsqu'il y a des malheurs, des obsèques". Omar Bongo Ondimba (le nom officiel du président depuis qu'il a quitté la religion catholique pour l'islam) "a toujours été un très bon père de famille et un mari excellent", dit-elle. Les infidélités à répétition du chef de l'Etat — père de plusieurs dizaines d'enfants, selon la rumeur publique — ne l'ont jamais troublée.

Lui, dans un livre d'entretiens (Blanc comme nègre, Grasset, 2001), voyait dans ses incartades "un signe positif de vigueur et de forme physique". Elle, l'épouse délaissée, se veut fataliste. "On ne peut pas contrôler un homme. Ils sont tous pareils", tranche-t-elle. Quant au bilan politique du chef de l'Etat, 70 ans le mois prochain, elle le résume en une phrase assortie d'une question : "Depuis que Bongo est au pouvoir, le Gabon est calme. Qu'est-ce qui va se passer quand il sera absent ?" Patience Dabany n'a pas déserté la tribu du président. "Je fais toujours partie de la famille du président", assure-t-elle.

Elle a sans doute raison, et personne ne la démentira dans un pays faiblement peuplé (1,3 million d'habitants au maximum), riche de pétrole, de manganèse, d'or et d'une forêt exceptionnelle. Un pays de cocagne où le président, au fil de près de quarante années de pouvoir ininterrompu, a placé au coeur de l'Etat les rejetons d'une famille pléthorique. Fils, filles, neveux, nièces, cousins, gendres du chef de l'Etat... Ils sont nombreux à la présidence comme au gouvernement, dans l'administration centrale, le monde économique ou les médias. Dans aucun pays du continent africain la mainmise n'est aussi flagrante. La famille Bongo et ceux qui lui sont liés constituent un monde inévitable.

C'est d'abord vrai à la présidence, où Omar Bongo a fait de l'aînée de ses enfants, Pascaline Bongo, la directrice de son cabinet. Elle est la personne-clé pour qui souhaite rencontrer le chef de l'Etat. Discrète, très intelligente, ses fréquents déplacements à Paris et à New York lui valent d'être cataloguée, à tort ou à raison, "gestionnaire de la fortune paternelle" — laquelle est réputée considérable depuis la découverte, en 2000, d'un compte bien approvisionné à la Citybank (140 millions d'euros).

Impossible d'évoquer Pascaline Bongo sans parler de deux ministres essentiels. Le premier est son mari, Paul Toungui, ministre de l'économie et des finances. Mathématicien de formation, universitaire de profession, cet homme secret, réputé bon gestionnaire (la hausse des cours du pétrole aidant), est aussi l'un des barons du parti du président, où il anime l'un des courants les plus influents.

Le second homme d'importance est Jean Ping, qui fut longtemps le compagnon de Pascaline. Depuis plus d'une quinzaine d'années, il est de tous les gouvernements. Seules changent ses attributions. Il a eu tous les portefeuilles stratégiques : les finances, le pétrole, actuellement celui de la diplomatie. Aujourd'hui, Jean Ping s'ennuie. Il a épuisé les charmes du gouvernement et lorgne sur une agence des Nations unies. Mais tous les postes de direction sont pourvus. Natif de Port-Gentil, la deuxième ville du pays, "M. Ex-gendre" a été chargé par le président candidat de reconquérir la cité pétrolière, fief de l'opposition. La tâche s'annonce difficile. Il y a quelques années, Jean Ping avait fait parler de lui en se faisant dérober près de 300 000 euros en liquide à l'Hôtel de Crillon, à Paris.

Autre figure d'importance au sein de la galaxie présidentielle, le fils, Ali Bongo. Il est ministre de la défense. Le portefeuille n'est pas des plus prestigieux dans un pays en paix avec ses voisins, où les effectifs de l'armée ne dépassent pas 10 000 hommes, toutes armes confondues. Ce sera pourtant un ministère essentiel, observe-t-on dans les milieux diplomatiques, en cas de vacance du pouvoir.

Le fait est qu'Ali Bongo, le "quadra", fils d'un premier lit du président, est souvent présenté comme un possible successeur du chef de l'Etat. C'est aller un peu vite en besogne. Omar Bongo est trop attaché au pouvoir, trop imbu de son importance, pour introniser un héritier. Et Ali Bongo ne fait pas l'unanimité. Cet enfant gâté au physique de rappeur, peu charismatique, n'a pas laissé le souvenir d'un grand diplomate quand il avait la haute main sur les affaires étrangères (un portefeuille confié, à une autre époque, à Martin Bongo, un cousin du chef de l'Etat).
lemonde.fr, Jean-Pierre Tuquoi, Article paru dans l'édition du 27.11.05, LE MONDE | 26.11.05 | 16h00

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Juin 2007. Omar Bongo devra indemniser

Le président gabonais, Omar Bongo, a été condamné à Bordeaux à verser 457 347, 05 euros au fils d'un chef d'entreprise français qui avait dû payer cette somme pour faire libérer son père, détenu à Libreville.
Libération, 23-24 juin 2007, p. 15

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