NSA, espionnage de l'Union Européenne.

Les curieuses accointances du responsable des opérations de cryptage de Bruxelles, LE MONDE.fr | 02.03.01 | 13h46, Laurent Zecchini

Desmond Perkins, le chef du bureau chargé du cryptage des communications de la Commission européenne, tente de s'expliquer sur ses liens avec l'agence de renseignement américaine NSA.
"Je m'excuse si mon témoignage devant la commission Echelon a créé des malentendus" : Desmond Perkins, chef du bureau chargé du cryptage des communications de la Commission européenne, a infirmé dans une lettre adressée à son supérieur, le directeur général de la direction des relations extérieures, avoir dit que la NSA (National Security Agency), l'une des agences de renseignement américaines, avait eu libre accès au système de cryptage des informations confidentielles de l'exécutif européen.

Cette mise au point, le 8 février, suivait son audition devant la commission du Parlement européen chargée d'enquêter sur le système d'interception Echelon – réseau planétaire d'interception des communications orchestré par les Etats-Unis et le Royaume-Uni – qui avait suscité des interrogations.

Les porte-parole de la Commission, interrogés, jeudi 1er mars, après que le quotidien Libération eut révélé l'affaire, ont à la fois confirmé et démenti celle-ci. L'intéressé avait indiqué devant la commission qu'il avait "de très bons contacts à la NSA, et que quelqu'un de sa famille y travaillait".

EXPLICATIONS LABORIEUSES
Dans sa lettre, il rappelle avoir travaillé toute sa vie dans le domaine de la sécurisation des communications et qu'à ce titre, il s'est fait "de bons amis à la NSA". Mais "je ne voulais pas dire, affirme-t-il, qu'à travers mes contacts à la NSA, les agences américaines ont reçu la moindre information classifiée à propos de la Commission, ou s'agissant des codes utilisés pour les crypter".

M. Perkins avait également indiqué aux euro-députés que "la NSA vérifie généralement nos systèmes de cryptage pour voir s'ils sont bien entretenus et utilisés. En deux semaines, ils ne sont pas parvenus à les “casser”". Il s'en explique en précisant avoir fait référence à un incident survenu il y a près d'une décennie, quand la Commission a fait installer le système de cryptage Saville : "J'avais entendu dire par le fabricant, Siemens, que les Etats-Unis s'étaient renseignés sur notre système. Sachant que les agences américaines essaieraient de toute façon d'intercepter nos communications cryptées, j'ai dit que j'aimerais savoir s'ils étaient capables de pénétrer notre système. J'ai été content d'apprendre, quelque temps après, que les Etats-Unis ont été incapables de pénétrer notre système en dépit de deux semaines d'efforts. Je ne voulais pas dire que les Américains vérifient régulièrement, ou physiquement, nos équipements, ou qu'ils ont accès à nos codes."

Enfin, M. Perkins avait dit devant la commission parlementaire "que les Américains peuvent “lire” écouter n'importe quoi". "C'est vrai. Mais (…) cela ne veut pas nécessairement dire qu'ils peuvent décrypter tout ce qu'ils interceptent, commente-t-il dans sa lettre. Je ne peux pas dire avec certitude que les Américains sont capables de décrypter les communications de la délégation de la Commission à Washington."

S'appuyant sur ces explications laborieuses, le chef du service de presse de la Commission, Jonathan Faull, a estimé que le système de cryptage installé à Bruxelles peut être considéré comme sûr, faisant valoir qu'il est également utilisé par plusieurs Etats membres et l'OTAN. Il a assuré que la Commission n'a pas "ouvert son système de cryptage à une puissance étrangère". Mais un doute persiste. Si ladite puissance a eu l'occasion, ne serait-ce que pendant "deux semaines", de "tester" le système, est-on vraiment sûr qu'en cas de succès, elle l'aurait dit à Siemens, ou à la Commission ?

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Des enquêtes de sécurité très "nationales"
Desmond Perkins, le fonctionnaire européen (de nationalité britannique) responsable du service de cryptage de la Commission, a rejoint ce service en 1976. Chargé d'un secteur aussi sensible, il a dû subir une enquête du service de sécurité de la Commission, laquelle s'effectue "en coopération avec les Etats membres". A l'époque, il n'a pas caché que son beau-frère était employé par la NSA américaine.

"Le fait était bien connu de ses supérieurs", a déclaré Jonathan Faull, le chef du service de presse de la Commission. En réalité, explique un autre porte-parole, "s'agissant de ces enquêtes de sécurité, nous dépendons des Etats membres : si le gouvernement britannique nous dit que tel ou tel fonctionnaire est “sûr”, nous ne cherchons pas plus loin, nous acceptons ce brevet de bonnes mœurs".

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