Marie-Noëlle Lienemann

Juin 2004 : Députée européenne
Septembre 2002 : Elle se vend très bien
Août 2002 : Marie-No attaque Lionel
Juin 2002 : Lienemann-Mellick battus à Béthune
Mai 2002 : Athis-Mons : Après l'annonce du départ de Marie-Noëlle Lienemann
Les militants PS crient à la trahison
Alors qu'elle devrait se présenter dans la circonscription d'Athis-Mons, l'ex-maire de la ville a décidé de briguer un siège de député à Béthune (Pas-de-Calais). Ses supporters furieux ont adressé une pétition de protestation à la direction du PS.

LE DÉPART de Marie-Noëlle Lienemann, désormais candidate du Parti socialiste pour les législatives à Béthune (Pas-de-Calais), a bien du mal à passer chez bon nombre de militants socialistes de l'Essonne. Une centaine d'entre eux ont décidé de signer une pétition pour demander aux dirigeants du PS de mettre fin à de telles pratiques. Le texte et les signatures qui l'accompagnent ont été envoyés au premier secrétaire du parti, François Hollande.
Le 7 mai (2002), l'ancienne maire (PS) d'Athis-Mons, jusque-là candidate dans l'Essonne sur la 7e circonscription (*), a finalement décidé de tenter sa chance dans le Pas-de-Calais pour les élections des 9 et 16 juin. Députée de l'Essonne de 1988 à 1992, Marie-Noëlle Lienemann se présente avec comme suppléant Jacques Mellick, l'ancien maire de la ville qui, élu sans interruption depuis 1977, avait dû démissionner en 1996, après sa condamnation à cinq ans d'inéligibilité du fait d'un témoignage mensonger en faveur de Bernard Tapie.
En Essonne, c'est le maire de Viry-Châtillon, Gabriel Amard, qui a été désigné pour lui succéder, avec comme suppléant Etienne Chaufour, maire PS de Juvisy-sur-Orge. A l'initiative de la pétition, on trouve une poignée de militants irrités par cette décision d'appareil prise sans consulter la base. « C'est un coup de gueule, confie Thierry Noël, ancien maire de Tigery de 1989 à 2001. Tous les militants signataires du texte estiment qu'il faut cesser avec ce genre de pratiques. Des militants s'étaient investis aux côtés de Marie-Noëlle Lienemann, ils se sont sentis trahis. »

Outre le départ de Marie-Noëlle Lienemann, qui avait déjà abandonné son fauteuil de maire d'Athis-Mons lorsqu'elle avait été nommée secrétaire d'Etat au Logement après les municipales de mars 2001, c'est la désignation dans l'urgence et sans concertation du maire de Viry-Châtillon comme candidat de remplacement qui irrite les pétitionnaires. « Gabriel Amard se présente dans une circonscription réservée à une femme ! » souligne ainsi le texte de la pétition. « Il est révoltant que le principe de parité serve dans un premier temps à évincer certains candidats et que ce même principe, quelques semaines plus tard, soit bafoué pour en servir d'autres, poursuivent les signataires. Dans notre fédération, la parité, à laquelle les socialistes sont fortement attachés, n'a prévalu que le temps de satisfaire les intérêts particuliers. » Conscients de la mauvaise image donnée par ce coup de gueule interne à trois semaines des élections législatives, les pétitionnaires sont rentrés dans le rang. « Le coup de colère est passé maintenant, avoue Thierry Noël. L'important est de se mobiliser, de retisser des liens et de reconstruire un contrat de confiance avec la base de notre électorat. » (*) La 7 e circonscription regroupe les communes de Savigny-sur-Orge, Athis-Mons, Viry-Châtillon, Juvisy-sur-Orge et Paray-Vieille-Poste.
David Charpentier, Le Parisien , jeudi 16 mai 2002, p. VI

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«Il était un peu court pour être Président»
En campagne ou à Matignon, morceaux choisis de la salve contre Jospin.

Extraits de Ma part d'inventaire de Marie-Noëlle Lienemann (catholique, socialiste progressiste, ancienne trotskiste pabliste), secrétaire d'Etat au Logement du gouvernement Jospin, à paraître le 29 août (2002).

Le retrait au soir du 21 avril (2002)

«Pour moi, la coupe est pleine. Intuitivement, laisser la chaise vide devant la débâcle ne me paraît pas digne du leader de la gauche et de celui qui aspirait en notre nom aux plus hautes fonctions de l'Etat. [...] Face à l'adversité, le sens du devoir est parfois de s'oublier pour privilégier l'intérêt collectif. [...] Les démissions ne sont jamais fondatrices. Celle de Lionel Jospin ne nous met pas en situation de mener le combat suivant, celui des législatives et, au-delà, la reconquête. La dignité, ce n'est pas d'abandonner son camp en rase campagne. Je peste devant mon poste de télévision, car, non content de nous laisser en plan, Lionel se garde bien de donner une consigne claire pour le second tour. J'y vois, bien sûr, un calcul politique et la trace du profond mépris qu'il a pour Chirac. Il l'a sous-estimé, comme il a sous-estimé Le Pen. [...] Il aurait dû rester à son poste pour aider les siens. Qu'aurait fait François Mitterrand ? Pour moi, pas de doute. Il n'aurait pas laissé le champ libre à la droite.

Un seul pilote dans l'avion

Au fond, cela a mal, très mal commencé. [...] Nous avons eu tort de faire l'économie d'une réorientation profonde de notre politique, en particulier à mi-parcours. Pourtant, j'avais interprété ma nomination au sein du gouvernement (en mars 2001, ndlr) comme la volonté de Lionel de mieux prendre en compte les aspirations populaires. Celles du peuple de gauche. [...] A croire que les réunions de ministres où je n'ai jamais hésité à tirer la sonnette d'alarme n'avaient pas de réel impact politique. Lionel forgeait sa conviction et prenait ses décisions ailleurs. Ailleurs ou seul ? [...] Avec le recul, je constate qu'il n'y avait pas vraiment de pilote dans l'avion, hors Jospin lui-même.

Un problème d'ego

Un pessimiste entouré d'autistes. A mon avis, trop optimiste sur lui-même et trop pessimiste sur l'état du rapport de forces entre la gauche et la droite dans notre pays. Il estime que la gauche est structurellement minoritaire et que son accession au pouvoir a toujours été acquise par d'heureux concours de circonstances et grâce à la division de la droite. [...] Il comptait plus sur lui-même, sur son génie de l'équilibre, que sur la dynamique politique des forces de gauche et de progrès. C'est sans doute pourquoi il donnait l'impression d'avoir un ego hypertrophié. [...] Pour Jospin, ce qui a toujours primé, c'est l'idée qu'il se faisait de lui-même, de son devoir à un moment donné, et le rapport entre lui et sa conscience. L'univers de Jospin est moral, celui de Mitterrand était politique.

Un intellectuel en politique

Jospin n'a jamais été maire, c'est peut-être là le fond du problème. Il a, de fait, un rapport intellectuel à la politique : serrer des mains, écouter les problèmes, faire don de soi aux électeurs, tout cela lui est étranger. [...] Son passage à l'OCI a laissé en lui la marque d'un esprit de système trotskiste. [...] Pour le poste de premier secrétaire du parti, il avait des compétences incontestables ; pour celui de Premier ministre, il avait des capacités indéniables. [...] Manifestement, il était un peu court pour être Président. C'est un excellent analyste et fondamentalement un commentateur. [...] On attend d'un homme d'Etat qu'il aille au-delà, en sachant parfois forcer le destin. [...] Il ne vibre pas, il intellectualise. [...]

Sirènes sociales-libérales

Même si j'ai de réels désaccords avec Laurent Fabius, et de lourdes critiques à lui faire, il n'est pas vrai que son arrivée au gouvernement ait déclenché une dérive droitière. C'était déjà mal engagé dès le départ ! [...] Chemin faisant, beaucoup de promesses de 1997 sont passées à la trappe. Sans doute parce que Lionel n'a plus voulu résister aux sirènes sociales-libérales. [...]

Le phénomène de cour

Chez les socialistes, nul ne voulait froisser le pilote, quitte à lui taire les difficultés. [...] Le phénomène de cour jouait déjà à plein. Avec Olivier Schrameck dans le rôle de maître des cérémonies. Un homme omniprésent qui concevait son rôle de directeur de cabinet comme un écran entre les membres du gouvernement, les dirigeants du Parti socialiste, bon nombre des représentants de la société dite civile et Lionel Jospin. Schrameck constituait une sorte de protection méprisante. [...] Le livre qu'Olivier Schrameck a publié le 19 octobre 2001 est l'erreur même qu'il ne fallait pas commettre. Schrameck donnait ainsi une image hypocrite d'un Jospin n'osant pas assumer lui-même certaines positions sur la cohabitation.

Matignon, tour d'ivoire

A Matignon, on croit être proche des gens du fait de la gestion au quotidien de leur problème. Pourtant, insidieusement, le décalage s'installe. [...] Matignon est une terrible machine à user, à laminer les caractères les plus trempés, à distendre les relations avec la population. Lionel en a payé les conséquences. Il n'a pas su percevoir qu'il était enfermé dans une tour d'ivoire. Il a surestimé ses forces, croyant faussement pouvoir conjuguer l'exigence de sa fonction de Premier ministre et l'enthousiasme nécessaire à une candidature à l'Elysée.

L'erreur majeure

«Mon projet n'est pas socialiste». Comme beaucoup de militants et de sympathisants de gauche, je prends cette formule comme une gifle. Il y aurait presque une sorte de honte à se revendiquer d'une idée qui fait toute la grandeur de notre engagement, de notre histoire et de notre parti. Au-delà du réflexe sentimental, je pressens immédiatement qu'il s'agit d'une erreur majeure. Une erreur qui vient conforter cette impression, très répandue parmi le peuple de gauche, que nous aurions renoncé à changer la société en nous résignant à accompagner la mondialisation libérale.

La campagne sur le bilan

Un bon bilan ! Plus nous répétions cette phrase, plus s'installait l'idée que décidément nous étions autistes et enfermés dans une bulle d'autosatisfaction. [...] La campagne sur le bilan avait deux faiblesses. Elle énonçait des dispositifs mis en oeuvre sans vérifier si les buts annoncés étaient véritablement atteints. Elle décrivait une réalité statistique moyenne ou macroéconomique parfois éloignée du vécu de la plupart des gens. [...] Or, c'est l'humain qui compte.

L'obsession Chirac

Chirac aura su être le maître du temps, presque le maître du jeu. Mais surtout, il a été l'obsession de Jospin. [...] J'ai fini par me demander si la motivation profonde de Lionel Jospin n'était pas plus de battre Jacques Chirac que de devenir président de la République. [...] Pourtant, lorsqu'on est à la tête d'un gouvernement de gauche, et que l'on aspire à la fonction suprême, on ne transforme pas un combat collectif en combat privé».
Libération, 20 août 2002, p. 2 et 3

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Lienemann fait un tabac

PARI GAGNÉ pour la turbulente Marie-Noëlle Lienemann. Le pamphlet anti-Jospin (« Ma part d'inventaire », éd. Ramsay) écrit en quelques jours par l'ancienne secrétaire d'Etat au Logement marche. Et même très bien. « Nous en sommes au 4 e tirage, soit 80 000 exemplaires déjà en rayon, se réjouit l'éditeur. C'est largement au-delà de nos espérances. Si le livre continue sur sa lancée, nous pouvons tout à fait atteindre les 100 000 exemplaires vendus. On pourra alors parler de best-seller. » A titre de comparaison, l'ouvrage publié par Lionel Jospin pendant la campagne présidentielle (« le Temps de répondre », éd. Stock) avait péniblement atteint les 40 000 unités.

75 000 euros de gains

Mi-amusée, mi-rassurée après avoir été durement critiquée par ses camarades du PS, Liennemann avoue elle-même qu'elle ne s'attendait pas à un tel succès : « En général, mes livres font plutôt un flop. Après notre déroute électorale du 21 avril, il y a un gigantesque besoin d'explication dans le pays. J'ai simplement permis d'ouvrir le débat. » L'animatrice de la Gauche socialiste (GS) qui fait le tour des librairies et multiplie les apparitions télé (elle était invitée samedi par Thierry Ardisson dans « Tout le monde en parle » sur France 2), devrait gagner, au final, une somme rondelette (environ 75 000 euros de droits d'auteur). « Je jure de ne pas m'en servir pour acheter des stock-options, plaisante-t-elle. Je suis redevenue prof. Cet argent, je vais en avoir besoin. » Apparemment, même Jospin n'en voudrait pas plus que ça à son ancienne ministre. L'ancien Premier ministre aurait pris, dit-on, son livre un peu au-dessus de la jambe. « Marie-Noëlle ? Elle a toujours fait n'importe quoi », a-t-il récemment confié à un de ses amis.
Frédéric Gerschel, Le Parisien, mercredi 11 septembre 2002, p. 9

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LES ÉLECTIONS EUROPÉENNES du 13 juin 2004
Elus ou réélus, les 78 députés français qui siègeront au Parlement européen

NORD-OUEST
- PS : Jean-Louis Cottigny (53 ans, ancien député européen, membre du comité directeur du PS) ; Brigitte Douay (57 ans, ancienne attachée de presse de Pierre Mauroy) ; Marie-Noëlle Lienemann (52 ans, professeur de sciences physiques, ancienne ministre du logement et du cadre de vie, ancienne députée européenne, secrétaire nationale du PS chargée des entreprises) ; Vincent Peillon (43 ans, agrégé de philosophie, membre du conseil national et du bureau national du PS) ; Henri Weber (59 ans, docteur en philosophie et sciences politiques, co-fondateur de la Ligue communiste, membre du bureau national du PS).
lemonde.fr, ARTICLE PARU DANS L'EDITION DU 16.06.04

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