Mars 2008 : Le pamphlet anti-Sarkozy, "ça va mal finir", Grasset, Paris.
François Léotard

Décembre 2018 : Retour médiatique de l'Inspecteur Général des Finances, à la retraite, à propos des gilets jaunes et de la haine notamment antisémite

Décembre 2010 : Affaire-Karachi, Chirac accusé en 2009
Février 2007 : François Léotard au chevet de l’unité juive
Février 2004 : 10 mois avec sursis
Novembre 2003 : Le procès du financement du parti républicain
François Léotard plaide l'innocence
Alain Afflelou plaide la naïveté
Les anciens ministres ne connaissent pas les hommes d'affaires
Octobre 2002 : Blanchiment
Décembre 2001 : A bientôt 60 ans, M. Léotard intègre l'inspection des finances grâce à Jacques Chirac, et avec l'accord de Lionel Jospin

LA NOUVELLE, mercredi 19 décembre (2001) au conseil des ministres, a fait tressaillir quelques membres du gouvernement. François Léotard, ancien ministre de la défense d'Edouard Balladur, ancien leader médiatique d'une génération politique de droite, venait d'être nommé inspecteur général des finances au tour extérieur.

Une de ces nominations négociées dans le cadre des relations convenables de la cohabitation : demandée par le président de la République et acceptée par le premier ministre, puis officiellement présentée par le ministre de l'économie et des finances, Laurent Fabius. Le corps des inspecteurs des finances, qui doit rendre un avis sur toute nomination au tour extérieur, ne s'y est pas, semble-t-il, opposé.
M. Léotard, qui aura soixante ans le 26 mars, prendra donc ses fonctions début janvier. Son traitement sera d'environ 60 000 francs par mois et il bénéficiera de la retraite d'inspecteur des finances.

M. Léotard, énarque (promotion François Rabelais, 1971-1973, la même que celle de M. Fabius), n'avait jusqu'ici fait qu'une brève carrière dans la fonction publique. Administrateur civil chargé des problèmes d'urbanisme et d'environnement, de 1973 à 1975, il avait très rapidement rejoint les cabinets ministériels, avant d'entrer en politique dès 1977, devenant maire de Fréjus (Var), fonction que son père, André Léotard, avait déjà occupée.

ENNUIS JUDICIAIRES

En devenant inspecteur général des finances, il doit démissionner de son dernier mandat - député du Var - et clôt ainsi officiellement sa vie politique. L'ironie veut qu'il le fasse avec l'aide de Jacques Chirac, qu'il a pourtant beaucoup combattu dans le passé. C'est lui, en effet, qui dénonça le plus vigoureusement, en juin 1987, "les moines-soldats" du RPR. Lui qui caressa des ambitions présidentielles. Lui qui soutint Raymond Barre en 1988, Edouard Balladur en 1995, toujours pour ne pas avoir à soutenir le candidat Chirac.
Lui qui, dans l'entre-deux-tours de la présidentielle de 1995, affirmait : "Il faut que Chirac comprenne que la moitié des électeurs de droite lui ont donné tort". Lui qui dut traverser une foule de militants RPR qui le huaient, avant d'être lâché par son propre parti qui, déjà, se pressait autour du futur vainqueur. S'étant ainsi fermé la porte du gouvernement, François Léotard avait depuis cumulé les ennuis. Ennuis de santé et ennuis judiciaires. Ainsi, il est toujours mis en examen, depuis la découverte par la justice d'un prêt de 5 millions de francs accordé, en 1996, au Parti républicain, qu'il présidait, par une banque italienne, le Fondo.

Echouant en 1998 aux élections régionales en Provence - Alpes - Côte-d'Azur, abandonnant, cette même année, la présidence de l'UDF à François Bayrou, M. Léotard s'était déjà mis en semi-retraite politique. Mais, il a, depuis, renoué avec M. Chirac.
Fustigeant la "démarche de solitude" de François Bayrou, il a été reçu à plusieurs reprises à l'Elysée. Le président a soutenu, en juin, sa candidature comme représentant de l'Union européenne en Macédoine, mission qu'il a assumée jusqu'à l'automne. Lorsque M. Chirac a proposé cette nouvelle nomination de l'ancien ministre, Lionel Jospin ne s'y est pas opposé. D'origine corse, M. Léotard avait été le seul député de droite, avec Raymond Barre, à voter en deuxième lecture le projet de loi du gouvernement sur la Corse.
Raphaëlle Bacqué, LE MONDE | 22.12.01 | 16h46, Le Monde, 23/24 décembre 2001, p. 9.

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Deux ex-ministres seront jugés en 2003 pour "blanchiment"

PARIS (Reuters) - Pour la première fois, deux anciens ministres français vont être jugés en 2003 pour "blanchiment d'argent", dans un procès où sera abordé le problème des "fonds spéciaux" en liquide dont bénéficiaient le gouvernement et l'Elysée jusqu'en 2001.

Le juge Bruno Pireyre a prononcé cette semaine le renvoi en correctionnelle de François Léotard, ex-président de l'UDF et ministre de la Défense de 1993 à 1995, et de son ancien directeur de cabinet à l'UDF, Renaud Donnedieu de Vabres.

Le premier s'est aujourd'hui retiré de la vie politique. Le second a été en mai-juin dernier l'éphémère ministre des Affaires européennes du premier gouvernement Raffarin pendant cinq semaines, avant de démissionner en raison de cette affaire. Il a été réélu député d'Indre-et-Loire.

Le tribunal correctionnel de Paris devrait juger l'affaire Léotard-Donnedieu vers l'été 2003.

Le dossier va permettre à la justice parisienne de constituer une jurisprudence sur les "fonds spéciaux". Un jugement affirmant l'illégalité de l'usage de ces sommes à des fins de financement des partis aurait des conséquences sur d'autres instructions judiciaires en cours.

Jusqu'à la suppression de cette pratique par le gouvernement Jospin en 2001, les ministres, Matignon et l'Elysée disposaient chaque mois d'une enveloppe d'argent liquide retirée à la Banque de France, non déclarée, qu'ils utilisaient sans contrôle.

L'argent était en principe destiné au fonctionnement de l'Etat et à des compléments de rémunérations des ministres et de leurs collaborateurs mais des enveloppes pourraient avoir été utilisées à des fins privées ou pour le financement de campagnes électorales.

L'affaire impliquant les deux ex-ministres concerne des manoeuvres financières menées en 1996 pour le financement occulte du Parti républicain, devenu ensuite Démocratie libérale, parti qui a été dissous le mois dernier pour fusionner avec le RPR dans l'UMP.

CINQ MILLIONS DE FRANCS EN LIQUIDE

Cinq millions de francs en liquide (762.000 euros) ont été remis en 1996 par le PR à une petite société italienne agissant comme banque, le Fondo sociale di Cooperazione Europea. Cet établissement avait ensuite reversé l'argent au PR sous forme de prêt, une opération assimilée à du blanchiment d'argent par la justice.

Renaud Donnedieu de Vabres et François Léotard ont reconnu les faits et expliqué que l'argent provenait des "fonds spéciaux" conservés après le passage de François Léotard à la Défense entre 1993 et 1995.

L'incrimination de "blanchiment", utilisé souvent pour le crime organisé, désigne l'opération, qui consiste à effacer l'origine délictuelle ou criminelle d'une somme d'argent et à la rendre faussement irréprochable.

Dans ce cas précis, le délit d'origine serait, selon l'accusation, une "infraction à la législation sur le financement des partis politiques".

Or, François Léotard et Renaud Donnedieu de Vabres estiment qu'il était légal de financer leur parti avec l'argent liquide de l'Etat.

En effet, cet usage n'avait jusqu'ici jamais fait l'objet d'aucune poursuite judiciaire. La question de la jurisprudence est importante car les fonds spéciaux sont apparus dans de nombreuses enquêtes politico-financières.

Ainsi, Jacques Chirac, menacé en 2001 par une enquête sur ses voyages payés en espèces pour 3,1 millions de francs (472.000 euros) entre 1992 et 1995, a expliqué que l'argent venait des fonds spéciaux perçus lors de son passage à Matignon entre 1986 et 1988.

Après la suppression des fonds spéciaux, le Parlement a voté l'été dernier une augmentation de 70% des traitements des ministres, censée compenser la suppression des enveloppes en argent liquide.
liberation.fr, 03 octobre 12:42:30

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(Novembre 2003) Le financement du Parti républicain en procès

A PEINE SORTIE du dossier Elf, la 11 e chambre du tribunal correctionnel de Paris s'attaque à une nouvelle affaire financière où se mêlent argent sale, sport, et politique : l'affaire du Fondo. Douze personnes sont jugées à partir d'aujourd'hui dans ce dossier instruit par Laurence Vichnievsky et Eva Joly : l'homme d'affaires Charly Chaker, ex-proche de Saddam Hussein, François Léotard, ancien patron du Parti républicain, son ancien bras droit Renaud Donnedieu de Vabres, éphémère ministre des Relations européennes du gouvernement Raffarin, et Alain Afflelou, le roi de la lunette, ancien président des Girondins de Bordeaux. Dans ce dossier gigogne, le tribunal va commencer par s'intéresser au naufrage du Fondo, une petite banque italienne, pour arriver, en cascade, au curieux prêt de 5 MF consenti par le Fondo à l'ancien parti de François Léotard.

Les 76 « pigeons ».

L'enquête démarre en 1996 lorsque la justice s'aperçoit que le Fondo sociale di credito e risparmio, une petite banque milanaise disposant d'un bureau à Paris, n'a tout simplement aucune autorisation bancaire en France. Pourtant, cette « banque » propose à ceux qui veulent placer des fonds des taux d'intérêts royaux de l'ordre de 9 à 10 %. Trop beau pour être vrai ? Au total, l'instruction va découvrir que 76 « clients » auraient en fait été « plumés » par les gestionnaires de cette drôle de banque. Parmi ces clients, un ancien colonel de la DGSE, un ancien associé de la prestigieuse banque Lazard, et une foule d'anonymes, désireux d'effectuer un juteux placement pour leur bas de laine. La plupart d'entre eux n'ont jamais revu leur mise et ont déposé plainte. Ils ont perdu, selon l'enquête, 115 millions de francs.

Le monde des affaires selon Charly Chaker.

Entre en scène Ahmed Chaker, alias Charly. Un véritable personnage de roman. Version mauvais Sulitzer. Ancien président du Brest Armorique (club de football), proche de l'ancien régime irakien, mais aussi de Yasser Arafat, Charly Chaker a fait fortune dans les années 1980, et s'est retrouvé à la tête d'un patrimoine immobilier évalué à une trentaine de millions de francs. Selon l'enquête, il a fait main basse sur le Fondo en 1992. « Il apparaît clairement, écrivent les juges d'instruction, que le Fondo était utilisé par Ahmed Chaker comme un instrument de financement de ses affaires personnelles. » « Ahmed Chaker et les dirigeants du Fondo ont collecté des dizaines de millions de francs prétendument investis dans des placements financiers à haute rentabilité, censés être gérés par le Fondo, alors que, sous couvert de cette fausse entreprise, les intéressés ont détourné la fortune de nombreux épargnants... Ahmed Chaker étant à lui seul le bénéficiaire de plus de 80 % des prêts », écrivent les juges. Soit une escroquerie évaluée à 105 MF. Egalement en ligne de mire, Guy Gennesseaux, un ancien de la mairie de Paris, devenu président officiel du Fondo.

Les prêts perdus d'Alain Afflelou.

Victime ou complice, le roi de la lunette ? En 1993, le président des Girondins de Bordeaux obtient du Fondo un prêt de 35 MF qui va lui permettre d'effectuer le transfert de Richard Witchge, du FC Barcelone, et du joueur brésilien Santos. Jusque-là, rien de pénal. Puis en août 1993, « séduit par la personnalité de Charly Chaker », écrivent les juges, Alain Afflelou va cette fois-ci confier à ce dernier 49 MF en vue d'un « placement ». Première anomalie : aucun document n'est alors signé. Deuxième anomalie, en 1994, Afflelou récupérera 14 MF en provenance du Fondo. Pourquoi la banque, qui n'a jamais vu la couleur des 49 MF initiaux, a-t-elle commencé à rembourser ? Afflelou savait-il que ces versements étaient illégaux ? Mis en examen, le lunetier estime s'être fait rouler, et que le Fondo et Charly Chaker lui doivent encore 67 MF.

Les 5 MF du Parti républicain.

C'est la dernière énigme du dossier, et celle qui a fait couler le plus d'encre. En juin 1996, le Fondo « prête » au Parti républicain 5 MF pour lui permettre d'acheter son siège à Paris. Or, l'enquête démontre qu'au même moment le PR dépose 5 MF en espèces à la banque. D'où viennent ces fonds destinés à couvrir un prêt bancaire bidon ? « Fonds spéciaux », disent François Léotard et son ancien bras droit, mis en examen pour financement illicite d'un parti politique et blanchiment. Les 5 MF en liquide auraient été remis, disent-ils, par l'équipe d'Edouard Balladur quand ce dernier était à Matignon. Invérifiable. Quoi qu'il en soit, en 1996, les lois sur le financement des partis politiques prévoyaient déjà des financements publics officiels. Et devant les enquêteurs, l'ancien directeur de cabinet d'Edouard Balladur, Nicolas Bazire, a assuré que « Matignon n'avait jamais remis d'argent prélevé sur les fonds spéciaux à un parti politique ». Alors qui croire ? De belles audiences en perspective pour le président Michel Desplan.
Laurent Valdiguié, Le Parisien, lundi 17 novembre 2003, p. 16

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(17 novembre 2003) Léotard et Donnedieu de Vabres jugés pour "blanchiment"

Le porte-parole de l'UMP Renaud Donnedieu de Vabres et l'ex-ministre François Léotard, jugés lundi à Paris pour "blanchiment de capitaux" et "infraction à la loi sur le financement des partis", ont pris leurs distances avec plusieurs de leurs co-prévenus.

Au premier jour d'un procès qui devrait durer un mois, ils ont déclaré qu'ils ne connaissaient ni l'homme d'affaires Ahmed Chaker, ni les ex-dirigeants de la société Fondo sociale di Cooperazione Europea (FSCE), jugés à leurs côtés pour "escroquerie".
"Je ne les connaissais d'aucune manière et je n'avais rien lu les concernant", a dit Renaud Donnedieu de Vabres, en élevant la voix. François Léotard a fait une déclaration similaire.
Les deux hommes sont poursuivis pour avoir versé en juin 1996 cinq millions de francs (762.000 euros) en liquide au Fondo, qui a ensuite accordé un prêt d'un montant équivalent au Parti républicain, opération qualifiée de "blanchiment" par l'accusation.
Les deux ex-ministres ont admis à l'instruction avoir autorisé ce montage, mais le jugent légal puisque l'argent provenait selon eux des "fonds spéciaux", sommes en liquide mises à la disposition des ministères et que François Léotard avait en partie conservées de son passage à la Défense.
L'examen des faits commencera le 1er décembre.
Lundi, au premier jour du procès, le tribunal a procédé aux interrogatoires de personnalités.

François Léotard, 61 ans, ministre de la Culture de 1986 à 1988 et de la Défense de 1993 à 1995, président du PR de 1995 à 1997, représentant de l'Union européenne en Macédoine en 2002, s'est présenté comme "retraité".
"J'avais envie de changer de vie, j'avais beaucoup donné, je n'avais jamais été battu aux élections, mais j'avais eu des problèmes physiques, cardiaques, et j'avais un petit garçon (...) Aujourd'hui, j'écris", a-t-il dit.

Sur une question du président, il a réaffirmé qu'il avait toujours eu confiance en Renaud Donnedieu de Vabres, son bras droit dans les années 80 et 90, "aussi important pour moi que mon frère", a-t-il réaffirmé comme à l'instruction.

CHAKER, AFFLELOU ET UN EX-ADJOINT DE CHIRAC

Renaud Donnedieu de Vabres, 49 ans, qui fut brièvement ministre des Affaires européennes en mai et juin 2002 dans le premier gouvernement Raffarin, a admis à l'instruction avoir personnellement apporté en 1996 la valise contenant cinq millions de francs en billets dans les locaux du Fondo à Paris.

Parmi les dix autres prévenus figurent deux ex-cadres du PR, Serge Hauchart, 61 ans, et Antoine de Menthon 50 ans, impliqués dans le "blanchiment" présumé, et les ex-dirigeants du Fondo, dont son ancien président Guy Gennesseaux, 65 ans.
Poursuivi pour "escroquerie", ce dernier a été adjoint au maire de Paris Jacques Chirac de 1983 à 1989, au titre d'un petit parti, le Parti démocratique français (PDF), qui "constituait la gauche du RPR", a-t-il expliqué à la barre.
Le Fondo aurait capté de 1993 à 1997 l'épargne de 76 personnes pour un montant évalué par l'accusation à 115 millions de francs, avant de détourner les fonds.
Le bénéficiaire principal de ces détournements aurait été Ahmed "Charlie" Chaker, 52 ans, qui dirigeait en sous-main le Fondo.

Le président a lu, avant l'ouverture de l'audience, un jugement dans une autre affaire où Ahmed Chaker a été condamné à 18 mois de prison avec sursis pour "fraude fiscale". Puis a été lu son casier judiciaire, qui comporte cinq condamnations pour "abus de biens sociaux, abus de confiance, exercice illégal du métier de banquier, abandon de famille".
Est également jugé Alain Afflelou, 55 ans, poursuivi pour "recel d'escroquerie".
En 1993, le lunetier avait confié 49 millions de francs de sa fortune personnelle à Ahmed Chaker. Réalisant ensuite le danger, il s'était fait rembourser 14,8 millions sur la caisse du Fondo, au préjudice des autres clients floués, a estimé le juge d'instruction qui a décidé contre l'avis du parquet de le faire juger.
La société de distribution de lunettes Afflelou, créée en 1972 avec un magasin, compte aujourd'hui 535 magasins franchisés ou gérés directement dans le monde, a expliqué Alain Afflelou, bafouillant d'émotion à la barre.
Il ne sera entendu que la semaine prochaine.
Les juges commenceront mardi par l'interrogatoire des dirigeants du Fondo, notamment Ahmed Chaker.
tf1, news, lundi 17 novembre 2003 18h47

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Afflelou plaide la naïveté

ALAIN AFFLELOU est en nage et au bord des larmes. Cramponné à la barre, le roi de la lunette essaye par tous les moyens de convaincre le tribunal correctionnel de Paris que dans l'affaire du Fondo, il est plus « grand crétin que grand voyou ». En clair, il plaide gogo mais pas escroc. Il affirme que « Charly », alias Ahmed Chaker, l'a « mis en l'air » en ne lui remboursant pas 7,5 millions d'euros et assure avoir tout ignoré des turpitudes de son ancien ami « banquier ». « Exact », admet Chaker, prêt aujourd'hui à tout endosser. Reste que l'opération Afflelou ressemble à un joyeux mic-mac.

Premier acte, les Girondins de Bordeaux. « Suite aux scandales du foot, aucune banque ne voulait prêter à un club », raconte Afflelou, à l'époque président du club bordelais. Présenté à Charly Chaker, ancien président du Brest Armorique, Alain Afflelou se prend d'amitié pour cet autre autodidacte. « Entre nous, il y avait un climat exceptionnel de relation humaine », assure Chaker. « C'était un véritable coup de foudre », commente, amusé, le président Desplan. « Vous avez dit à la brigade financière que M. Chaker vous avait présenté du beau monde, des généraux, des ministres, M. Fabius », poursuit le magistrat.
« M. Chaker était effectivement quelqu'un de respectable, on ne se rencontrait pas dans des quartiers mal famés », rectifie Afflelou en se râclant la gorge. Le Fondo, l'établissement financier que Chaker pilote en sous-main, va d'abord prêter plus de 5 millions d'euros aux Girondins. « Pour moi, le Fondo, c'était une banque, assure le lunetier. Les locaux, avenue Hoche, étaient neufs et de bon goût. »
« Mis en confiance », Afflelou va ensuite, à titre personnel, confier la somme astronomique de 7,5 millions d'euros à son ami « Charly ». Plutôt que des Sicav au Crédit lyonnais, à 7 %, le lunetier pense effectuer un placement juteux à 13 %. L'argent d'Afflelou part au Luxembourg en février 1993 sur un compte personnel de Chaker. Aucun contrat n'est signé. Il ne sera signé entre Afflelou et Chaker qu'en août 1995, et antidaté de février 1993, quand les ennuis du second feront comprendre au premier que son argent est menacé.

« Si j'ai quelque chose à me reprocher, c'est d'avoir accepté cet échange de date »

« Dans tout le dossier, si j'ai quelque chose à me reprocher, c'est d'avoir accepté cet échange de dates, assure Afflelou. Chaker m'a ensuite dit que son argent était bloqué en Irak, qu'il fallait attendre la fin de l'embargo, et j'ai vécu au rythme des réunions de l'ONU sur la levée de l'embargo. »
Pourtant, autre anomalie découverte par l'enquête, le Fondo, qui n'a jamais vu la couleur des 7,5 millions d'euros initiaux, remboursera au lunetier 2,13 millions d'euros. Sur quelle base ? Mystère. Selon les juges d'instruction, ce dernier n'ignorait pas que l'argent venait des escroqueries du Fondo. « Non, je ne le savais pas, jure-t-il à la barre. Pour moi, c'était de l'argent de Chaker, sur ses comptes du Fondo. » Reprise du procès lundi avec, cette fois, l'argent du Parti républicain.
L.V. Le Parisien, mercredi 26 novembre 2003, p. 16

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«Fonds spéciaux» : Léotard ne reconnaît aucune infraction

Le procès du Fondo (Fondo sociale di cooperazione europea) se poursuit depuis le 17 novembre (2003) devant la XIe chambre correctionnelle de Paris. Le tribunal se penche, jusqu'à aujourd'hui, sur un prêt de 5 millions de francs (762 000 euros) accordé par l'établissement financier à l'ex-Parti républicain (PR).
Parmi les prévenus, François Léotard, son ancien président,

et Renaud Donnedieu de Vabres, actuel porte-parole de l'UMP qui fut son directeur de cabinet, sont poursuivis pour blanchiment et infraction à la législation sur le financement des partis.

On en apprend tous les jours, au tribunal. Ainsi, à la question : «Combien de temps faut-il pour compter 5 millions de francs en liquide ?», il convient de répondre : «une bonne demi-heure.» Même si la somme est réunie en grosses coupures. Interrogé par un président Michel Desplan tranchant comme une lame, Olivier Mével, ancien fondé de pouvoir du Fondo, livre ce minutage. Il a lui-même participé à l'opération, en juin 1996. Les fonds avaient été apportés au Fondo par Renaud Donnedieu de Vabres.

A l'époque, le PR est, financièrement, exsangue. Le crédit-bail contracté une décennie auparavant pour l'acquisition de la rue de l'Université, lui coûte les yeux de la tête. Les banques ne lui avancent plus rien. Heureusement, le Fondo, sollicité par Serge Hauchart, «ami» de François Léotard, accepte – curieux montage en l'occurrence –, de prêter 5 millions de francs, à condition que la somme soit garantie par un dépôt identique, en espèces.

D'où vient l'argent ? Officiellement, de l'escarcelle de M. Hauchart, désireux de soutenir son «ami», ancien ministre de la Défense d'Édouard Balladur. Convoyé par M. Mével et le président du Fondo, Guy Gennesseaux, il est encaissé sur un compte ouvert tout exprès au Luxembourg. Mais une autre version, rapidement, se fait jour : les 5 millions, confirme à la barre M. Donnedieu de Vabres, sont un «reliquat de fonds spéciaux» alloués par Matignon, dont M. Léotard a «ordonné» le transfert au PR, en toute discrétion, au moment où il quittait l'Hôtel de Brienne. Objectif : utiliser ce trésor de guerre «à des fins politiques», non pour financer des campagnes – cela, horresco referens, eût été illégal – mais pour améliorer l'ordinaire au PR. M. Donnedieu de Vabres est sûr de son bon droit. Il se félicite même d'un tel usage des «fonds d'État». L'État : le mot revient souvent dans sa bouche. «L'État, une valeur que je sers», lance-t-il à un président Desplan dubitatif, qui semble penser très fort qu'on aurait aussi fort bien servi l'État en lui restituant son «reliquat».

François Léotard se présente au micro. Large d'épaules dans un veston bleu, coupe de cheveux très Défense nationale, lunettes à larges montures, un peu démodées. Bras croisés, il se balance insensiblement d'avant en arrière. Son timbre, légèrement voilé, trahit sa lassitude. Ni agressif, ni arrogant, ni repentant, on dirait qu'il s'ennuie à son propre procès.

Mais il assume : «Oui, j'ai donné les instructions que M. Donnedieu de Vabres a évoquées. Je ne serais pas devant vous si j'avais fait un usage personnel de cet argent.» S'ensuit un rapide rappel historique qui, à ses yeux, vaut quitus : aucun ministre, depuis 1946 que les fonds spéciaux font l'objet d'une loi, n'en a jamais restitué un centime. C'est une coutume républicaine : on rend le portefeuille, pas son contenu secret. M. Léotard ne cache d'ailleurs pas que l'idée d'aller à contre-courant de l'histoire ne lui a pas effleuré l'esprit.

Le président : «Quelle forme juridique revêtaient, selon vous, ces 5 millions ? Était-ce du financement public ou un apport personnel ?»
Le prévenu, sans hésiter : «Il s'agissait d'une remise que j'ai faite au PR à titre personnel.»

Bref, une manière de transmutation fonds spéciaux-fonds «perso» dans laquelle l'alchimiste ne voit rien d'illégal. Certes, le texte de 1995 sur le financement des partis interdisait les dons de personnes physiques aux partis supérieurs à 50 000 francs, mais M. Léotard, en sa qualité d'adhérent au PR, s'estimait autorisé à verser la cotisation qui lui plaisait.

S'ingéniant à centrer le débat sur la loi de 1946, quand ses juges ne s'intéressent qu'à celle de 1995, il parle maintenant de ce qu'il a entendu «dans cette réunion», s'attirant illico les foudres de M. Desplan : «Le tribunal vous reprend, c'est une audience !» M. Léotard, sans agacement visible, se reprend : «dans cette audience...»

Que la politique et ses combats à outrance paraissent loin. L'ancien ministre est écrivain, désormais. Il a signé un livre intitulé Je vous hais tous avec douceur. Et plus qu'à un autoplaidoyer acharné, sa prestation à la barre ressemble à une dédicace.
lefigaro.fr, Stéphane Durand-Souffland [02 décembre 2003]

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(Février 2004) MM. Léotard et Donnedieu de Vabres condamnés au procès du Fondo
L'ancien patron du Parti républicain (M. Léotard) s'est vu infliger, lundi 16 février, dix mois de prison avec sursis pour blanchiment et financement illicite d'un parti, en 1996. Son ancien conseiller (M. Donnedieu), actuel porte-parole de l'UMP, n'a été condamné que pour blanchiment, à 15 000 euros d'amende

LE SOULAGEMENT se lisait sur les visages, lundi 16 février, à l'annonce du jugement rendu par la 11e chambre du tribunal correctionnel de Paris, dans le procès du Fondo. A une exception près : celle de François Léotard, qui a écouté d'un air grave sa condamnation à dix mois d'emprisonnement avec sursis pour financement illicite d'un parti politique et blanchiment.

L'ancien président du Parti républicain et ancien ministre de la défense et de la culture, aujourd'hui retiré de la vie politique, a été reconnu coupable d'avoir fait bénéficier sa formation, en 1996, d'un don en espèces de 5 millions de francs. De tous les condamnés dans cette affaire, M. Léotard est le seul à ne pas avoir bénéficié d'une peine inférieure aux réquisitions du parquet. « C'est sciemment qu'il a transgressé la loi en acceptant de financer sa formation politique à l'aide de ce don illégal de 5 millions de francs », précise le jugement.

Le tribunal, présidé par Michel Desplan, a été moins sévère à l'égard de son ancien conseiller et actuel porte-parole de l'UMP, Renaud Donnedieu de Vabres, qui avait été contraint de démissionner du gouvernement de Jean-Pierre Raffarin - qui était lui-même membre du PR à l'époque des faits - quelques semaines après sa nomination comme ministre délégué aux affaires européennes, en raison de sa mise en examen dans cette affaire.

Il l'a relaxé du chef de complicité de financement illicite, mais il a retenu sa culpabilité sur le blanchiment pour avoir lui-même déposé cette somme en espèces au siège du Fondo, ce qui lui vaut une simple peine d'amende de 15 000 euros. Conformément aux réquisitions du parquet, le tribunal n'a pas assorti cette condamnation de la peine complémentaire d'inéligibilité qui menaçait le député d'Indre-et-Loire. Le délit de blanchiment a également été retenu à l'encontre de l'homme d'affaires et ancien condisciple de M. Léotard à l'ENA, Serge Hauchart, condamné à dix mois d'emprisonnement avec sursis. L'ancien directeur administratif et financier du PR, Antoine de Menthon, a pour sa part été relaxé de l'ensemble des poursuites.

L'ARGUMENT DU SECRET-DÉFENSE

Contrairement à ce qu'espéraient les avocats de MM. Léotard et Donnedieu de Vabres, le tribunal a refusé de considérer que l'origine des 5 millions de francs - dont les deux hommes ont toujours affirmé qu'ils provenaient du reliquat de fonds spéciaux de Matignon - pouvait justifier le secret dont ils avaient été entourés. « Faire apparaître les fonds secrets aurait été un délit puisque ceux-ci sont couverts par le secret-défense », avait plaidé Me Georges Jourde, l'un des conseils de M. Léotard.

« L'origine de ces fonds est indifférente à l'appréciation juridique des faits, répond le jugement. Le fait que ces 5 millions de francs aient eu éventuellement pour origine les fonds spéciaux du gouvernement ne constitue en aucun cas un motif du non-respect de la loi qui se serait imposé à François Léotard. » Celui-ci « savait que la loi de 1988 sur la transparence de la vie financière [qui plafonne les dons aux partis politiques] était de portée générale et que le législateur n'avait pas exclu de son application certains dons, en fonction de l'origine des fonds », indique le tribunal.

La même démonstration vaut pour le délit de blanchiment. « L'usage de ces fonds, qui aurait pu parfaitement être légal avant qu'ils ne servent au financement du Parti républicain, est devenu illégal dès lors que François Léotard a accepté qu'ils participent au financement de sa formation politique, en fraude de la loi de 1988. Ces 5 millions de francs peuvent parfaitement faire l'objet d'une opération de blanchiment », conclut le tribunal.

Ces attendus relatifs au financement du Parti républicain ne constituent toutefois que l'un des volets de ce procès du Fondo, qui est avant tout une gigantesque affaire d'escroquerie à l'épargne reprochée à huit autres prévenus, au premier rang desquels l'intermédiaire Ahmed Chaker, dit « Charly » Chaker, et un ancien adjoint de Jacques Chirac à la Mairie de Paris, Guy Genesseaux.

Le tribunal les a tous deux reconnus coupables du délit d'escroquerie, auquel s'ajoute pour M. Genesseaux, ancien président du Fondo, celui d'exercice illégal de la profession de banquier. Il s'est toutefois montré moins sévère que le parquet en condamnant M. Chaker à quatre ans d'emprisonnement, dont deux avec sursis et mise à l'épreuve, assortis d'une amende de 100 000 euros et de l'obligation de rembourser les parties civiles.

Une peine de trois ans avec sursis et mise à l'épreuve, assortie d'une amende de 60 000 euros et de la même obligation de remboursement, a été prononcée contre M. Genesseaux. Le tribunal a enfin relaxé Alain Afflelou du délit de recel d'escroquerie qui lui était reproché. A l'annonce de cette décision, le plus célèbre lunetier de France a pleuré à grosses larmes.
lemonde.fr, Pascale Robert-Diard, ARTICLE PARU DANS L'EDITION DU 18 Février 2004

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François Léotard au chevet de l’unité juive AgoraVoxInfo vendredi 16 février 2007 Matthieu Grimpret Professeur d’histoire et essayiste (auteur de DIEU EST DANS L’ISOLOIR - Politique et religions, les retrouvailles que Marianne n’avait pas prévues, aux Presses de la Renaissance et de TRAITE A L’USAGE DE MES POTES DE DROITE QUI ONT DU MAL A KIFFER LA FRANCE DE DIAM’S,éditions Anne Carrière)

Au cours d’un meeting rassemblant plusieurs milliers de personnes à la maison de la Mutualité à Paris, le Conseil représentatif des institutions juives de France (CRIF) a appelé mardi dernier (13 février 2007) à une résistance sans faille contre la politique de l’Iran en matière nucléaire. Les orateurs qui se sont succédé à la tribune, responsables de la communauté juive ou personnalités politiques de tous bords, ont en effet souligné que, d’après les propres déclarations du président Mahmoud Ahmadinejad, l’équipement nucléaire iranien aurait pour principale vocation de « rayer Israël de la carte ».

Même si la presse classique avait très peu relayé l’information, le premier niveau de la mythique salle parisienne était déjà plein à 19 h 30, horaire indiqué par le CRIF pour le début de la réunion, de sorte que les nombreux retardataires ont dû remplir les balcons. Une affluence qu’on peut interpréter comme un signe de l’inquiétude croissante de la communauté juive et de ses amis à l’endroit des gesticulations du président iranien, dont l’antisémitisme caricatural confine aujourd’hui à la provocation suicidaire. Dans son intervention, le député Rudy Salles, président du groupe d’amitié parlementaire France-Israël, a toutefois tenu à rappeler que les discours de haine contre Israël ne sont pas nouveaux sous le soleil de la République islamique d’Iran : celui qu’on qualifie depuis quelques années de chef de file des « conservateurs modérés », l’ayatollah Ali Khamenei, est en effet lui aussi un coutumier du fait. C’est donc le régime islamiste lui-même qui révèle sa part la plus sombre à travers la figure radicale d’Ahmadinejab.

Dans la salle, on reconnaissait quelques rabbins, et notamment le grand rabbin de Paris David Messas, mais dans l’ensemble le meeting avait le caractère laïc, et donc assez consensuel, dont le CRIF est familier. Un « politiquement correct » bien en phase avec la pluralité des opinions représentées à la tribune, mais dont la salle semblait être lasse. De concert, Bertrand Delanoë, maire de Paris, Corinne Lepage, candidate à l’élection présidentielle, Jean-Louis Bianco, directeur de campagne de Ségolène Royal, et Pierre Lellouche, chargé de lire un message de soutien adressé à la communauté juive par Nicolas Sarkozy, ont affirmé avec force que l’Iran ne devait sous aucun prétexte disposer de la force nucléaire, tout en concédant la possibilité d’un nucléaire civil sous contrôle de la communauté internationale. En cela, ils rejoignent les dernières propositions faites par George W. Bush. Le président américain a en effet déclaré mercredi soir (14 février 2007) que la stratégie diplomatique employée pour faire plier la Corée du Nord conviendrait aussi pour faire plier l’Iran, allant même jusqu’à revenir sur les insinuations habituelles selon lesquelles le régime des ayatollahs financerait la guérilla chiite en Irak. Fermeté et dialogue : il faut avouer que la salle a mollement applaudi ce slogan, refusant même à grands cris que les orateurs critiquent l’intervention américaine en Irak, laquelle participe du soutien à Israël.

Mais c’est quand l’oratrice communiste, le sénateur de Paris Nicole Borvo-Cohen-Séat, a pris le micro que le bateau de la Mutualité a méchamment tangué. Manifestement accrochée aux positions idéologiques de son parti sur la question palestinienne, crispée et craintive comme une révolutionnaire qui sait à l’avance qu’elle va soulever des protestations, elle s’est livrée à une critique en règle de la politique suivie par le gouvernement israélien, qualifiée d’ « occupation » et de « colonisation ». Comme si les démantèlements dramatiques - et impopulaires - des colonies de Gaza et de Judée-Samarie n’avaient pas marqué la volonté de réforme des Israéliens... La salle s’est levée comme un seul homme (ou presque) et a exigé, à grands renforts de sifflets, que l’oratrice se taise. Dans un brouhaha indescriptible, l’animateur de la réunion a essayé de rétablir un semblant d’ordre, pour que Nicole Borvo continue de s’exprimer, sans y parvenir. Des balcons et dans la salle, plusieurs personnes ont notamment fait référence aux attentats-suicides du Hamas, affirmant qu’il était hors de question de transiger avec des terroristes, qu’ils aient été démocratiquement élus ou non. De jeunes militants - sans doute issus des rangs du Bétar ou de la Ligue de défense juive - ont lancé les slogans traditionnels de la droite israélienne et demandé le départ du sénateur de Paris, aux cris de « Communistes collabos ! ». Cette dernière a alors tenté d’invoquer le respect de la démocratie et, surtout, le souvenir des communistes juifs déportés pendant la guerre. Tentative d’instrumentalisation fort maladroite qui lui a été fatale : elle a dû abréger son discours sous les huées et les cris de l’assistance scandalisée, et quitter la salle sans revenir à son siège.

La communauté juive de France se trouve aujourd’hui à un tournant. Elle est d’abord, depuis la deuxième Intifada, à fleur de peau. Un sénateur communiste qui revendique son appartenance à la communauté juive au point d’adjoindre son nom de jeune fille à son nom d’épouse, mais qui tient en même temps des propos assimilables pour certains à une véritable trahison - la communauté juive ne peut plus supporter ce genre d’ambiguïté. Et pourtant, c’est un point notable, les habitués des réunions du CRIF sont loin d’être les plus extrémistes. Ensuite, la communauté juive a de plus en plus de mal à vivre son unité : vivre son unité, et non seulement la proclamer. Car pour s’unifier, elle doit reconnaître, à rebours de la tradition consistoriale bi-séculaire, que son seul motif d’unité - celui qui lui donne son identité de « peuple à part » - réside dans le choix de Dieu. Sans religion, pas de communauté juive. Sans Abraham, Isaac et Jacob, pas d’Israël. C’est dire si la laïcité prônée par le CRIF, et qui lui vaut une inimité croissante dans les milieux juifs qui gagnent en influence, suscite embarras et mécontentement. Surtout dans un contexte d’exacerbation des identités où les musulmans, prompts à assimiler la cause de la reconnaissance de l’islam à celle des Palestiniens, semblent parfois tenir la dragée haute aux Juifs dans les médias.

C’est finalement le dernier orateur de la soirée, François Léotard, qui a remporté tous les suffrages, gratifié d’une standing ovation. S’appuyant sur sa longue amitié avec la communauté juive et l’Etat d’Israël, il a puisé au plus profond de lui-même - de ses tripes, de son cœur, de son âme - et, servi par un verbe admirable évoquant à la fois Léon Bloy, Péguy et Lévinas, a évoqué la mission unique du peuple juif dans l’histoire des hommes : citant Daniel Sibony, il a rappelé que « l’origine de la haine, c’est la haine de l’origine ». Or, l’origine du peuple juif, la raison pour laquelle il a été « créé » par Dieu, est d’être une matrice pour toute l’humanité. On savait l’ancien ministre, retiré de la politique pour se consacrer à l’écriture, familier des choses de l’esprit, mais il a donné là une preuve insoupçonnée de sa hauteur de vue. Il a ainsi rappelé, lui le goy, le Gentil, le chrétien tourmenté, qu’on ne comprend pas le problème du Proche-Orient si l’on occulte sa dimension métaphysique et spirituelle. Il rejoint les paroles d’André Neher : « Etre ou ne pas être, c’est le problème des Gentils. Etre moi-même ou être comme les autres, c’est le problème des Juifs. Une commune destinée nous lie tous : celle que notre histoire a forgée. En chacun des visages juifs que nous côtoyons, si dissemblables, si discordants soient-ils, nous devons respecter le descendant d’un ces six cent mille hommes à qui Dieu a parlé au Sinaï. »

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Quand François Léotard liait l’attentat de Karachi à l’arrêt des commissions France Info - 3 décembre 2010

Mediapart vient de publier le PV de l’audition de l’ancien ministre de la Défense devant la commission parlementaire sur l’attentat de Karachi.
François Léotard estimait alors - c’était fin 2009 - que l’arrêt des versements de commissions, décidé par Jacques Chirac, pouvait expliquer l’attentat.

Il était ministre de la Défense du gouvernement Balladur lorsqu’a été négocié le contrat de vente de sous-marins Agosta au Pakistan en 1994, sur lequel Jacques Chirac a ordonné l’arrêt du versement de commissions à partir de 1995. François Léotard est intimement persuadé que l’attentat, qui a coûté la vie à 11 Français, en 2002, est lié avec l’arrêt des commissions, décidé sept ans plus tôt par Jacques Chirac.

L’ancien ministre l’a dit aux membres de la commission parlementaire sur l’attentat de Karachi, le 24 novembre 2009. A la question "quels sont selon vous les auteurs de l’attentat ?", l’ancien ministre répond : "soit c’est Al-Qaïda, mais cela me paraît peu probable, compte tenu de la nature des explosifs utilisés, soit c’est une vengeance de personnes n’ayant pas touché leur part de commissions", selon le PV de son audition publié par Mediapart. "Je penche personnellement - mais c’est juste un sentiment - pour la deuxième hypothèse".

Quand François Léotard liait l’attentat de Karachi à l’arrêt des commissions... C’était en 2009 devant la commission parlementaire consacré à l’attentat. Précisions de Matthieu Aron (1'00")

Il contredit ainsi notamment Dominique de Villepin : celui qui était à l’époque secrétaire général de l’Elysée avait affirmé la semaine dernière au juge chargé de l’enquête qu’il n’y avait, selon lui, aucun lien entre l’attentat et l’arrêt des commissions (LIRE NOTRE ARTICLE).

Léotard cite Hervé Morin, qui dément toute implication

François Léotard a par ailleurs précisé que le ministère du Budget, occupé en 1994 par Nicolas Sarkozy, "avait un représentant à chaque réunion" consacrée à ce contrat de vente de sous-marins au Pakistan. Il a également assuré qu’il avait laissé ses collaborateurs s’occuper des négociations autour de ce contrat, citant Renaud Donnedieu de Vabres et Hervé Morin.

Ce dernier dément toute implication : "J’étais conseiller technique chargé des relations avec le Parlement et des affaires domaniales, je n’ai jamais eu aucune relation d’aucune sorte" avec cette affaire, explique-t-il sur France Info. Si François Léotard "réitère ses accusations", celui qui était encore le mois dernier ministre de la Défense portera plainte "dans la seconde".

"C’est une affabulation" réagit Hervé Morin (0'41")

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