François Léotard
Mars 2008 : Un pamphlet anti-Sarkozy, remarquablement "indigeste" ...
Février 2004 : 10 mois avec sursis
Novembre 2003 : Le procès du financement du parti républicain
François Léotard plaide l'innocence
Alain Afflelou plaide la naïveté
Les anciens ministres ne connaissent pas les hommes d'affaires
Octobre 2002 : Blanchiment
Décembre 2001 : A bientôt 60 ans, M. Léotard intègre l'inspection des finances grâce à Jacques Chirac, et avec l'accord de Lionel Jospin
LA NOUVELLE, mercredi 19 décembre (2001) au conseil des ministres, a fait tressaillir quelques membres du gouvernement. François Léotard, ancien ministre de la défense d'Edouard Balladur, ancien leader médiatique d'une génération politique de droite, venait d'être nommé inspecteur général des finances au tour extérieur. Une de ces nominations négociées dans le cadre des relations convenables de la cohabitation : demandée par le président de la République et acceptée par le premier ministre, puis officiellement présentée par le ministre de l'économie et des finances, Laurent Fabius. Le corps des inspecteurs des finances, qui doit rendre un avis sur toute nomination au tour extérieur, ne s'y est pas, semble-t-il, opposé. M. Léotard, qui aura soixante ans le 26 mars, prendra donc ses fonctions début janvier. Son traitement sera d'environ 60 000 francs par mois et il bénéficiera de la retraite d'inspecteur des finances.
M. Léotard, énarque (promotion François Rabelais, 1971-1973, la même que celle de M. Fabius), n'avait jusqu'ici fait qu'une brève carrière dans la fonction publique. Administrateur civil chargé des problèmes d'urbanisme et d'environnement, de 1973 à 1975, il avait très rapidement rejoint les cabinets ministériels, avant d'entrer en politique dès 1977, devenant maire de Fréjus (Var), fonction que son père, André Léotard, avait déjà occupée.
ENNUIS JUDICIAIRES
En devenant inspecteur général des finances, il doit démissionner de son dernier mandat - député du Var - et clôt ainsi officiellement sa vie politique. L'ironie veut qu'il le fasse avec l'aide de Jacques Chirac, qu'il a pourtant beaucoup combattu dans le passé. C'est lui, en effet, qui dénonça le plus vigoureusement, en juin 1987, "les moines-soldats" du RPR. Lui qui caressa des ambitions présidentielles. Lui qui soutint Raymond Barre en 1988, Edouard Balladur en 1995, toujours pour ne pas avoir à soutenir le candidat Chirac. Lui qui, dans l'entre-deux-tours de la présidentielle de 1995, affirmait : "Il faut que Chirac comprenne que la moitié des électeurs de droite lui ont donné tort". Lui qui dut traverser une foule de militants RPR qui le huaient, avant d'être lâché par son propre parti qui, déjà, se pressait autour du futur vainqueur. S'étant ainsi fermé la porte du gouvernement, François Léotard avait depuis cumulé les ennuis. Ennuis de santé et ennuis judiciaires. Ainsi, il est toujours mis en examen, depuis la découverte par la justice d'un prêt de 5 millions de francs accordé, en 1996, au Parti républicain, qu'il présidait, par une banque italienne, le Fondo.
Échouant en 1998 aux élections régionales en Provence - Alpes - Côte-d'Azur, abandonnant, cette même année, la présidence de l'UDF à François Bayrou, M. Léotard s'était déjà mis en semi-retraite politique. Mais, il a, depuis, renoué avec M. Chirac. Fustigeant la "démarche de solitude" de François Bayrou, il a été reçu à plusieurs reprises à l'Elysée. Le président a soutenu, en juin, sa candidature comme représentant de l'Union européenne en Macédoine, mission qu'il a assumée jusqu'à l'automne. Lorsque M. Chirac a proposé cette nouvelle nomination de l'ancien ministre, Lionel Jospin ne s'y est pas opposé. D'origine corse, M. Léotard avait été le seul député de droite, avec Raymond Barre, à voter en deuxième lecture le projet de loi du gouvernement sur la Corse.
Raphaëlle Bacqué, LE MONDE | 22.12.01 | 16h46, Le Monde, 23/24 décembre 2001, p. 9.
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Deux ex-ministres seront jugés en 2003 pour "blanchiment"
PARIS (Reuters) - Pour la première fois, deux anciens ministres français vont être jugés en 2003 pour "blanchiment d'argent", dans un procès où sera abordé le problème des "fonds spéciaux" en liquide dont bénéficiaient le gouvernement et l'Elysée jusqu'en 2001.
Le juge Bruno Pireyre a prononcé cette semaine le renvoi en correctionnelle de François Léotard, ex-président de l'UDF et ministre de la Défense de 1993 à 1995, et de son ancien directeur de cabinet à l'UDF, Renaud Donnedieu de Vabres.
Le premier s'est aujourd'hui retiré de la vie politique. Le second a été en mai-juin dernier l'éphémère ministre des Affaires européennes du premier gouvernement Raffarin pendant cinq semaines, avant de démissionner en raison de cette affaire. Il a été réélu député d'Indre-et-Loire.
Le tribunal correctionnel de Paris devrait juger l'affaire Léotard-Donnedieu vers l'été 2003.
Le dossier va permettre à la justice parisienne de constituer une jurisprudence sur les "fonds spéciaux". Un jugement affirmant l'illégalité de l'usage de ces sommes à des fins de financement des partis aurait des conséquences sur d'autres instructions judiciaires en cours.
Jusqu'à la suppression de cette pratique par le gouvernement Jospin en 2001, les ministres, Matignon et l'Elysée disposaient chaque mois d'une enveloppe d'argent liquide retirée à la Banque de France, non déclarée, qu'ils utilisaient sans contrôle.
L'argent était en principe destiné au fonctionnement de l'Etat et à des compléments de rémunérations des ministres et de leurs collaborateurs mais des enveloppes pourraient avoir été utilisées à des fins privées ou pour le financement de campagnes électorales.
L'affaire impliquant les deux ex-ministres concerne des manoeuvres financières menées en 1996 pour le financement occulte du Parti républicain, devenu ensuite Démocratie libérale, parti qui a été dissous le mois dernier pour fusionner avec le RPR dans l'UMP.
CINQ MILLIONS DE FRANCS EN LIQUIDE
Cinq millions de francs en liquide (762.000 euros) ont été remis en 1996 par le PR à une petite société italienne agissant comme banque, le Fondo sociale di Cooperazione Europea. Cet établissement avait ensuite reversé l'argent au PR sous forme de prêt, une opération assimilée à du blanchiment d'argent par la justice.
Renaud Donnedieu de Vabres et François Léotard ont reconnu les faits et expliqué que l'argent provenait des "fonds spéciaux" conservés après le passage de François Léotard à la Défense entre 1993 et 1995.
L'incrimination de "blanchiment", utilisé souvent pour le crime organisé, désigne l'opération, qui consiste à effacer l'origine délictuelle ou criminelle d'une somme d'argent et à la rendre faussement irréprochable.
Dans ce cas précis, le délit d'origine serait, selon l'accusation, une "infraction à la législation sur le financement des partis politiques".
Or, François Léotard et Renaud Donnedieu de Vabres estiment qu'il était légal de financer leur parti avec l'argent liquide de l'Etat.
En effet, cet usage n'avait jusqu'ici jamais fait l'objet d'aucune poursuite judiciaire. La question de la jurisprudence est importante car les fonds spéciaux sont apparus dans de nombreuses enquêtes politico-financières.
Ainsi, Jacques Chirac, menacé en 2001 par une enquête sur ses voyages payés en espèces pour 3,1 millions de francs (472.000 euros) entre 1992 et 1995, a expliqué que l'argent venait des fonds spéciaux perçus lors de son passage à Matignon entre 1986 et 1988.
Après la suppression des fonds spéciaux, le Parlement a voté l'été dernier une augmentation de 70% des traitements des ministres, censée compenser la suppression des enveloppes en argent liquide.
liberation.fr, 03 octobre 12:42:30
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(Novembre 2003) Le financement du Parti républicain en procès
A PEINE SORTIE du dossier Elf, la 11 e chambre du tribunal correctionnel de Paris s'attaque à une nouvelle affaire financière où se mêlent argent sale, sport, et politique : l'affaire du Fondo. Douze personnes sont jugées à partir d'aujourd'hui dans ce dossier instruit par Laurence Vichnievsky et Eva Joly : l'homme d'affaires Charly Chaker, ex-proche de Saddam Hussein, François Léotard, ancien patron du Parti républicain, son ancien bras droit Renaud Donnedieu de Vabres, éphémère ministre des Relations européennes du gouvernement Raffarin, et Alain Afflelou, le roi de la lunette, ancien président des Girondins de Bordeaux. Dans ce dossier gigogne, le tribunal va commencer par s'intéresser au naufrage du Fondo, une petite banque italienne, pour arriver, en cascade, au curieux prêt de 5 MF consenti par le Fondo à l'ancien parti de François Léotard.
Les 76 « pigeons ».
L'enquête démarre en 1996 lorsque la justice s'aperçoit que le Fondo sociale di credito e risparmio, une petite banque milanaise disposant d'un bureau à Paris, n'a tout simplement aucune autorisation bancaire en France. Pourtant, cette « banque » propose à ceux qui veulent placer des fonds des taux d'intérêts royaux de l'ordre de 9 à 10 %. Trop beau pour être vrai ? Au total, l'instruction va découvrir que 76 « clients » auraient en fait été « plumés » par les gestionnaires de cette drôle de banque. Parmi ces clients, un ancien colonel de la DGSE, un ancien associé de la prestigieuse banque Lazard, et une foule d'anonymes, désireux d'effectuer un juteux placement pour leur bas de laine. La plupart d'entre eux n'ont jamais revu leur mise et ont déposé plainte. Ils ont perdu, selon l'enquête, 115 millions de francs.
Le monde des affaires selon Charly Chaker.
Entre en scène Ahmed Chaker, alias Charly. Un véritable personnage de roman. Version mauvais Sulitzer. Ancien président du Brest Armorique (club de football), proche de l'ancien régime irakien, mais aussi de Yasser Arafat, Charly Chaker a fait fortune dans les années 1980, et s'est retrouvé à la tête d'un patrimoine immobilier évalué à une trentaine de millions de francs. Selon l'enquête, il a fait main basse sur le Fondo en 1992. « Il apparaît clairement, écrivent les juges d'instruction, que le Fondo était utilisé par Ahmed Chaker comme un instrument de financement de ses affaires personnelles. » « Ahmed Chaker et les dirigeants du Fondo ont collecté des dizaines de millions de francs prétendument investis dans des placements financiers à haute rentabilité, censés être gérés par le Fondo, alors que, sous couvert de cette fausse entreprise, les intéressés ont détourné la fortune de nombreux épargnants... Ahmed Chaker étant à lui seul le bénéficiaire de plus de 80 % des prêts », écrivent les juges. Soit une escroquerie évaluée à 105 MF. Également en ligne de mire, Guy Gennesseaux, un ancien de la mairie de Paris, devenu président officiel du Fondo.
Les prêts perdus d'Alain Afflelou.
Victime ou complice, le roi de la lunette ? En 1993, le président des Girondins de Bordeaux obtient du Fondo un prêt de 35 MF qui va lui permettre d'effectuer le transfert de Richard Witchge, du FC Barcelone, et du joueur brésilien Santos. Jusque-là, rien de pénal. Puis en août 1993, « séduit par la personnalité de Charly Chaker », écrivent les juges, Alain Afflelou va cette fois-ci confier à ce dernier 49 MF en vue d'un « placement ». Première anomalie : aucun document n'est alors signé. Deuxième anomalie, en 1994, Afflelou récupérera 14 MF en provenance du Fondo. Pourquoi la banque, qui n'a jamais vu la couleur des 49 MF initiaux, a-t-elle commencé à rembourser ? Afflelou savait-il que ces versements étaient illégaux ? Mis en examen, le lunetier estime s'être fait rouler, et que le Fondo et Charly Chaker lui doivent encore 67 MF.
Les 5 MF du Parti républicain.
C'est la dernière énigme du dossier, et celle qui a fait couler le plus d'encre. En juin 1996, le Fondo « prête » au Parti républicain 5 MF pour lui permettre d'acheter son siège à Paris. Or, l'enquête démontre qu'au même moment le PR dépose 5 MF en espèces à la banque. D'où viennent ces fonds destinés à couvrir un prêt bancaire bidon ? « Fonds spéciaux », disent François Léotard et son ancien bras droit, mis en examen pour financement illicite d'un parti politique et blanchiment. Les 5 MF en liquide auraient été remis, disent-ils, par l'équipe d'Edouard Balladur quand ce dernier était à Matignon. Invérifiable. Quoi qu'il en soit, en 1996, les lois sur le financement des partis politiques prévoyaient déjà des financements publics officiels. Et devant les enquêteurs, l'ancien directeur de cabinet d'Edouard Balladur, Nicolas Bazire, a assuré que « Matignon n'avait jamais remis d'argent prélevé sur les fonds spéciaux à un parti politique ». Alors qui croire ? De belles audiences en perspective pour le président Michel Desplan.
Laurent Valdiguié,
Le Parisien, lundi 17 novembre 2003, p. 16
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(17 novembre 2003) Léotard et Donnedieu de Vabres jugés pour "blanchiment"
Le porte-parole de l'UMP Renaud Donnedieu de Vabres et l'ex-ministre François Léotard, jugés lundi à Paris pour "blanchiment de capitaux" et "infraction à la loi sur le financement des partis", ont pris leurs distances avec plusieurs de leurs co-prévenus.
Au premier jour d'un procès qui devrait durer un mois, ils ont déclaré qu'ils ne connaissaient ni l'homme d'affaires Ahmed Chaker, ni les ex-dirigeants de la société Fondo sociale di Cooperazione Europea (FSCE), jugés à leurs côtés pour "escroquerie".
"Je ne les connaissais d'aucune manière et je n'avais rien lu les concernant", a dit Renaud Donnedieu de Vabres, en élevant la voix. François Léotard a fait une déclaration similaire.
Les deux hommes sont poursuivis pour avoir versé en juin 1996 cinq millions de francs (762.000 euros) en liquide au Fondo, qui a ensuite accordé un prêt d'un montant équivalent au Parti républicain, opération qualifiée de "blanchiment" par l'accusation.
Les deux ex-ministres ont admis à l'instruction avoir autorisé ce montage, mais le jugent légal puisque l'argent provenait selon eux des "fonds spéciaux", sommes en liquide mises à la disposition des ministères et que François Léotard avait en partie conservées de son passage à la Défense.
L'examen des faits commencera le 1er décembre.
Lundi, au premier jour du procès, le tribunal a procédé aux interrogatoires de personnalités.
François Léotard, 61 ans, ministre de la Culture de 1986 à 1988 et de la Défense de 1993 à 1995, président du PR de 1995 à 1997, représentant de l'Union européenne en Macédoine en 2002, s'est présenté comme "retraité".
"J'avais envie de changer de vie, j'avais beaucoup donné, je n'avais jamais été battu aux élections, mais j'avais eu des problèmes physiques, cardiaques, et j'avais un petit garçon (...) Aujourd'hui, j'écris", a-t-il dit.
Sur une question du président, il a réaffirmé qu'il avait toujours eu confiance en Renaud Donnedieu de Vabres, son bras droit dans les années 80 et 90, "aussi important pour moi que mon frère", a-t-il réaffirmé comme à l'instruction.
CHAKER, AFFLELOU ET UN EX-ADJOINT DE CHIRAC
Renaud Donnedieu de Vabres, 49 ans, qui fut brièvement ministre des Affaires européennes en mai et juin 2002 dans le premier gouvernement Raffarin, a admis à l'instruction avoir personnellement apporté en 1996 la valise contenant cinq millions de francs en billets dans les locaux du Fondo à Paris.
Parmi les dix autres prévenus figurent deux ex-cadres du PR, Serge Hauchart, 61 ans, et Antoine de Menthon 50 ans, impliqués dans le "blanchiment" présumé, et les ex-dirigeants du Fondo, dont son ancien président Guy Gennesseaux, 65 ans.
Poursuivi pour "escroquerie", ce dernier a été adjoint au maire de Paris Jacques Chirac de 1983 à 1989, au titre d'un petit parti, le Parti démocratique français (PDF), qui "constituait la gauche du RPR", a-t-il expliqué à la barre.
Le Fondo aurait capté de 1993 à 1997 l'épargne de 76 personnes pour un montant évalué par l'accusation à 115 millions de francs, avant de détourner les fonds.
Le bénéficiaire principal de ces détournements aurait été Ahmed "Charlie" Chaker, 52 ans, qui dirigeait en sous-main le Fondo.
Le président a lu, avant l'ouverture de l'audience, un jugement dans une autre affaire où Ahmed Chaker a été condamné à 18 mois de prison avec sursis pour "fraude fiscale". Puis a été lu son casier judiciaire, qui comporte cinq condamnations pour "abus de biens sociaux, abus de confiance, exercice illégal du métier de banquier, abandon de famille".
Est également jugé Alain Afflelou, 55 ans, poursuivi pour "recel d'escroquerie".
En 1993, le lunetier avait confié 49 millions de francs de sa fortune personnelle à Ahmed Chaker. Réalisant ensuite le danger, il s'était fait rembourser 14,8 millions sur la caisse du Fondo, au préjudice des autres clients floués, a estimé le juge d'instruction qui a décidé contre l'avis du parquet de le faire juger.
La société de distribution de lunettes Afflelou, créée en 1972 avec un magasin, compte aujourd'hui 535 magasins franchisés ou gérés directement dans le monde, a expliqué Alain Afflelou, bafouillant d'émotion à la barre.
Il ne sera entendu que la semaine prochaine.
Les juges commenceront mardi par l'interrogatoire des dirigeants du Fondo, notamment Ahmed Chaker.
tf1, news, lundi 17 novembre 2003 18h47
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ALAIN AFFLELOU est en nage et au bord des larmes. Cramponné à la barre, le roi de la lunette essaye par tous les moyens de convaincre le tribunal correctionnel de Paris que dans l'affaire du Fondo, il est plus « grand crétin que grand voyou ». En clair, il plaide gogo mais pas escroc. Il affirme que « Charly », alias Ahmed Chaker, l'a « mis en l'air » en ne lui remboursant pas 7,5 millions d'euros et assure avoir tout ignoré des turpitudes de son ancien ami « banquier ». « Exact », admet Chaker, prêt aujourd'hui à tout endosser. Reste que l'opération Afflelou ressemble à un joyeux mic-mac.
Premier acte, les Girondins de Bordeaux. « Suite aux scandales du foot, aucune banque ne voulait prêter à un club », raconte Afflelou, à l'époque président du club bordelais. Présenté à Charly Chaker, ancien président du Brest Armorique, Alain Afflelou se prend d'amitié pour cet autre autodidacte. « Entre nous, il y avait un climat exceptionnel de relation humaine », assure Chaker. « C'était un véritable coup de foudre », commente, amusé, le président Desplan. « Vous avez dit à la brigade financière que M. Chaker vous avait présenté du beau monde, des généraux, des ministres, M. Fabius », poursuit le magistrat.
« M. Chaker était effectivement quelqu'un de respectable, on ne se rencontrait pas dans des quartiers mal famés », rectifie Afflelou en se râclant la gorge. Le Fondo, l'établissement financier que Chaker pilote en sous-main, va d'abord prêter plus de 5 millions d'euros aux Girondins. « Pour moi, le Fondo, c'était une banque, assure le lunetier. Les locaux, avenue Hoche, étaient neufs et de bon goût. »
« Mis en confiance », Afflelou va ensuite, à titre personnel, confier la somme astronomique de 7,5 millions d'euros à son ami « Charly ». Plutôt que des Sicav au Crédit lyonnais, à 7 %, le lunetier pense effectuer un placement juteux à 13 %. L'argent d'Afflelou part au Luxembourg en février 1993 sur un compte personnel de Chaker. Aucun contrat n'est signé. Il ne sera signé entre Afflelou et Chaker qu'en août 1995, et antidaté de février 1993, quand les ennuis du second feront comprendre au premier que son argent est menacé.
« Si j'ai quelque chose à me reprocher, c'est d'avoir accepté cet échange de date »
« Dans tout le dossier, si j'ai quelque chose à me reprocher, c'est d'avoir accepté cet échange de dates, assure Afflelou. Chaker m'a ensuite dit que son argent était bloqué en Irak, qu'il fallait attendre la fin de l'embargo, et j'ai vécu au rythme des réunions de l'ONU sur la levée de l'embargo. »
Pourtant, autre anomalie découverte par l'enquête, le Fondo, qui n'a jamais vu la couleur des 7,5 millions d'euros initiaux, remboursera au lunetier 2,13 millions d'euros. Sur quelle base ? Mystère. Selon les juges d'instruction, ce dernier n'ignorait pas que l'argent venait des escroqueries du Fondo. « Non, je ne le savais pas, jure-t-il à la barre. Pour moi, c'était de l'argent de Chaker, sur ses comptes du Fondo. » Reprise du procès lundi avec, cette fois, l'argent du Parti républicain.
L.V.
Le Parisien, mercredi 26 novembre 2003, p. 16
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«Fonds spéciaux» : Léotard ne reconnaît aucune infraction
Le procès du Fondo (Fondo sociale di cooperazione europea) se poursuit depuis le 17 novembre (2003) devant la XIe chambre correctionnelle de Paris. Le tribunal se penche, jusqu'à aujourd'hui, sur un prêt de 5 millions de francs (762 000 euros) accordé par l'établissement financier à l'ex-Parti républicain (PR).
Parmi les prévenus, François Léotard, son ancien président,
et Renaud Donnedieu de Vabres,
actuel porte-parole de l'UMP qui fut son directeur de cabinet, sont poursuivis pour blanchiment et infraction à la législation sur le financement des partis.
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(Février 2004) MM. Léotard et Donnedieu de Vabres condamnés au procès du Fondo
L'ancien patron du Parti républicain (M. Léotard) s'est vu infliger, lundi 16 février, dix mois de prison avec sursis pour blanchiment et financement illicite d'un parti, en 1996. Son ancien conseiller (M. Donnedieu), actuel porte-parole de l'UMP, n'a été condamné que pour blanchiment, à 15 000 euros d'amende
LE SOULAGEMENT se lisait sur les visages, lundi 16 février, à l'annonce du jugement rendu par la 11e chambre du tribunal correctionnel de Paris, dans le procès du Fondo. A une exception près : celle de François Léotard, qui a écouté d'un air grave sa condamnation à dix mois d'emprisonnement avec sursis pour financement illicite d'un parti politique et blanchiment.
L'ancien président du Parti républicain et ancien ministre de la défense et de la culture, aujourd'hui retiré de la vie politique, a été reconnu coupable d'avoir fait bénéficier sa formation, en 1996, d'un don en espèces de 5 millions de francs. De tous les condamnés dans cette affaire, M. Léotard est le seul à ne pas avoir bénéficié d'une peine inférieure aux réquisitions du parquet. « C'est sciemment qu'il a transgressé la loi en acceptant de financer sa formation politique à l'aide de ce don illégal de 5 millions de francs », précise le jugement.
Le tribunal, présidé par Michel Desplan, a été moins sévère à l'égard de son ancien conseiller et actuel porte-parole de l'UMP, Renaud Donnedieu de Vabres, qui avait été contraint de démissionner du gouvernement de Jean-Pierre Raffarin - qui était lui-même membre du PR à l'époque des faits - quelques semaines après sa nomination comme ministre délégué aux affaires européennes, en raison de sa mise en examen dans cette affaire.
Il l'a relaxé du chef de complicité de financement illicite, mais il a retenu sa culpabilité sur le blanchiment pour avoir lui-même déposé cette somme en espèces au siège du Fondo, ce qui lui vaut une simple peine d'amende de 15 000 euros. Conformément aux réquisitions du parquet, le tribunal n'a pas assorti cette condamnation de la peine complémentaire d'inéligibilité qui menaçait le député d'Indre-et-Loire. Le délit de blanchiment a également été retenu à l'encontre de l'homme d'affaires et ancien condisciple de M. Léotard à l'ENA, Serge Hauchart, condamné à dix mois d'emprisonnement avec sursis. L'ancien directeur administratif et financier du PR, Antoine de Menthon, a pour sa part été relaxé de l'ensemble des poursuites.
L'ARGUMENT DU SECRET-DÉFENSE
Contrairement à ce qu'espéraient les avocats de MM. Léotard et Donnedieu de Vabres, le tribunal a refusé de considérer que l'origine des 5 millions de francs - dont les deux hommes ont toujours affirmé qu'ils provenaient du reliquat de fonds spéciaux de Matignon - pouvait justifier le secret dont ils avaient été entourés. « Faire apparaître les fonds secrets aurait été un délit puisque ceux-ci sont couverts par le secret-défense », avait plaidé Me Georges Jourde, l'un des conseils de M. Léotard.
« L'origine de ces fonds est indifférente à l'appréciation juridique des faits, répond le jugement. Le fait que ces 5 millions de francs aient eu éventuellement pour origine les fonds spéciaux du gouvernement ne constitue en aucun cas un motif du non-respect de la loi qui se serait imposé à François Léotard. » Celui-ci « savait que la loi de 1988 sur la transparence de la vie financière [qui plafonne les dons aux partis politiques] était de portée générale et que le législateur n'avait pas exclu de son application certains dons, en fonction de l'origine des fonds », indique le tribunal.
La même démonstration vaut pour le délit de blanchiment. « L'usage de ces fonds, qui aurait pu parfaitement être légal avant qu'ils ne servent au financement du Parti républicain, est devenu illégal dès lors que François Léotard a accepté qu'ils participent au financement de sa formation politique, en fraude de la loi de 1988. Ces 5 millions de francs peuvent parfaitement faire l'objet d'une opération de blanchiment », conclut le tribunal.
Ces attendus relatifs au financement du Parti républicain ne constituent toutefois que l'un des volets de ce procès du Fondo, qui est avant tout une gigantesque affaire d'escroquerie à l'épargne reprochée à huit autres prévenus, au premier rang desquels l'intermédiaire Ahmed Chaker, dit « Charly » Chaker, et un ancien adjoint de Jacques Chirac à la Mairie de Paris, Guy Genesseaux.
Le tribunal les a tous deux reconnus coupables du délit d'escroquerie, auquel s'ajoute pour M. Genesseaux, ancien président du Fondo, celui d'exercice illégal de la profession de banquier. Il s'est toutefois montré moins sévère que le parquet en condamnant M. Chaker à quatre ans d'emprisonnement, dont deux avec sursis et mise à l'épreuve, assortis d'une amende de 100 000 euros et de l'obligation de rembourser les parties civiles.
Une peine de trois ans avec sursis et mise à l'épreuve, assortie d'une amende de 60 000 euros et de la même obligation de remboursement, a été prononcée contre M. Genesseaux. Le tribunal a enfin relaxé Alain Afflelou du délit de recel d'escroquerie qui lui était reproché. A l'annonce de cette décision, le plus célèbre lunetier de France a pleuré à grosses larmes.
lemonde.fr, Pascale Robert-Diard, ARTICLE PARU DANS L'EDITION DU 18 Février 2004
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Nouvelobs.com : quotidien - 2008/02/29 19:01:00 EXTRAITS François Léotard : "Depuis que tu es à l’Elysée je suis inquiet"
Au cours de leur vie politique, les deux hommes se sont croisés et appréciés. Mais aujourd’hui François Léotard, qui publie chez Grasset un texte au titre sans équivoque "Ca va mal finir", dresse un réquisitoire impitoyable sur l’action du Chef de l’Etat. "ça a débuté comme ça. Une élection, une fête, du Champagne. Et du chiffre d'affaires au mètre carré. C'était pétillant. Je n'allais pas bouder mon plaisir puisque j'avais voté pour lui. [...] Naturellement mon coté gaulliste avait quelques regrets. La France prenait des allures de grande surface, et parmi les candidats mon produit était en tête de gondole. La publicité et les promesses s'accompagnaient l'une l'autre comme deux petites voleuses qui font les sacs à main. Ensemble tout était possible. J'étais heureux qu'on soit ensemble. C'est étonnant comme on aime à croire ce qui n'est pas croyable. Il a fallu plusieurs mois pour entendre parler de faillite. L'homme de Matignon, Mon le velouté, s'était laissé aller. Faillite ! C'est un mot que l'on aurait aimé entendre au mois de mars, avant l'élection... Au moment des giboulées. On s'y serait fait. Moi, je pensais à Churchill : "Je n'ai à vous offrir que de la sueur, des larmes et du sang." Et Londres bombardée tous les soirs. Nous, on allait très bien. Merci. La dette faisait à peu près l'équivalent du budget de l'Education nationale. Les intérêts seulement ! Pas le capital. Je me disais : ça va être bien. On pourra faire deux fois plus de lycées... Il suffira de rembourser ce que nous devons, de revenir à l'équilibre et le tour sera joué ! D'autres le font autour de nous. C'aurait été une promesse de grande qualité. Un millésime rare au rayon de l'œnologie politique. J'avais oublié que la dette, c'est comme la morphine : du bonheur immédiat ! On a donc choisi la béatitude. [...] Dès le lendemain on ne fut pas déçu : la retraite monastique bercée par le clair de lune sur un scénario de Fitzgerald, le clapotis des flots au large de Malte, puis aussitôt après le déferlement des milliardaires, la chasse aux nigauds baptisée modestement "ouverture", les infirmières bulgares, le drapeau tricolore relooké par Prada, les intermittences du cœur sous les ombrages de la Lanterne, un gouvernement tétanisé par les engueulades, les escapades à Saint-Tropez, enfin les bien-aimés du pouvoir, le gratin du Bottin mondial : Chavez, El-Assad, Kadhafi, Poutine... les cancres du passage en terminale de la démocratie. Je commençais, petit à petit, à bouffer mon bulletin de vote. [...] Sarkozy, c'est Glenn Gould en moins délicat. Il joue avec les mots sur son piano. Un artiste. Comme l'interprète canadien, il accompagne ses partitions de soupirs, de mouvements du visage qui donnent à la pièce jouée la permanente allure d'un chef-d'œuvre. Mais ce n'est pas du Bach. Prenons l'exemple de ses rapports avec la police. Ils ont séduit une droite qui ne plaisante pas avec ces choses-là, ils ont alimenté ses nombreux discours, et sans doute, comme pour tous les enfants, marqué son parcours. Voilà une institution qu'il aime. Il s'y plaît. [...] Sarkozy ne parle pas de la police. Il est la police. Il est l'ordre. L'ordre seulement, mais l'ordre complètement. Sa doctrine est faite : les loubards des banlieues n'ont pas de problèmes sociaux, ni de logement, ni de culture, ni d'emploi. Les pédophiles n'entrent pas dans la catégorie de l'acquis mais dans celle de l'inné, les récidivistes que la prison a largement amochés doivent y retourner le plus vite possible. Ils ont été jugés ? Aucune importance. Pour le même délit, déjà purgé, on va inventer 'un suivi' en milieu fermé, c'est-à-dire une deuxième prison qui s'ajoute à la première, mais sans jugement. A quoi bon ? C'est l'Etat qui doit décider, c'est-à-dire l'exécutif, c'est-à dire la police. Il semble que notre président n'ait lu ni Tocqueville, ni Montesquieu, ni Benjamin Constant, il semble que la séparation des pouvoirs lui soit une énigme. Si l'on rend la justice Place-Beauvau, ce sera plus rapide. Et surtout plus près de l'Elysée. [...] On se souvient qu'il répétait volontiers qu'on ne faisait appel à lui que dans les moments désespérés. Alors il arrivait, soulevait le RPR et l'exaltait en quelques jours, redressait le budget de la nation, rendait à la police la confiance qui lui manquait. [...] C'est vrai, on aurait dû se méfier. Dans le monde sauvage des animaux politiques, il ne faut pas être sur le passage d'un prédateur. Je le sais, j'ai traversé imprudemment la savane. Chirac était un carnassier débonnaire. Avec lui, on était mort, mais c'était sans rancune. Chacune de ses victimes, antilope déchiquetée et consentante, devenait digne d'une amitié nouvelle définitivement inoffensive. Avec Sarko, c'était différent. Le fauve avait - si l'on peut dire - une mémoire d'éléphant. Un jour, me parlant justement de Chirac, il m'avait dit : "François, n'oublie jamais ceci : je suis fidèle à mes ennemis." J'en ai encore froid dans le dos. L'ouverture n'a rien changé à cela. Elle donne à la victime un côté comestible qui la fait s'aplatir avec une docilité déconcertante.-------