Jouissance, Puissance et Gloire : Après Loïk Le Floc-Prigent c'est François Bayrou, puis Daniel Cohn-Bendit et José Bové, et ensuite ... Vers des textes d'Eva Joly

Gro Eva Farseth veuve Joly

Juillet 2010 : Affaire Bettentourt, évasion fiscale tout azimuth
Avril 2009 : Eva Joly attaque les paradis fiscaux ; y compris en Europe
Janvier 2009 : Contre la suppression du juge d'Instruction
Octobre 2008 : La défense des clandestins ... ? Avec José Bové ...
Septembre 2008 : Après Bayrou c'est Cohn-Bendit
Juillet 2008 : Contre Bernard Tapie, et donc contre Nicolas Sarkozy
Juin 2008 : Flirte avec Bayrou
Mai 2007 : La force qui nous manque, Les Arènes, Paris, mai 2007 ; Critique de la réception de Omar Bongo par Nicolas Sarkozy ; Paolini, Bouygues, et l'Elysée: Eva Joly dénonce une machine de guerre pour la propagande ; Eva Joly souhaite une enquête sur un compte japonais présumé de Chirac
Avril 2006 : Eva Joly attaque Claude Chabrol
Mars 2006 : Eva Joly blessée par le film de Claude Chabrol "L'Ivresse du Pouvoir". Eva contre Claude ? L'Ivresse du Pouvoir de Chabrol vendu à une vingtaine de pays .. dont la Norvège
Juin 2003 : Un livre qui gêne "Est-ce dans ce monde là que nous voulons vivre ?"
La déclaration de Paris (19 juin 2003). Le texte.

Mars 2002 : Eva Joly s'installe en Norvège pour lutter contre la corruption
Gro Eva Farseth, épouse puis veuve Joly, abandonne, après Eric Halphen, la poursuite des affaires politiques et financières françaises

ENCORE UNE FOIS, Eva Joly a surpris. La juge d'instruction la plus connue des Français, qui disait vouloir se consacrer, après la magistrature, à l'administration pénitentiaire, l'enseignement ou l'écriture, annonce son arrivée en Norvège comme conseiller spécial du gouvernement !
Née à Oslo et mariée en France à un étudiant en médecine, Gro Eva Farseth, de son nom de jeune fille, a demandé sa mise en disponibilité pour être chargée de la lutte contre la corruption. Son sens aigu de la communication l'a poussée à annoncer sa décision à quatre jours de la reprise de l'affaire Dumas, jugée en appel à partir de lundi prochain, et le jour même où l'un des avocats de Loïc Le Floch-Prigent, l'ancien patron d'Elf, annonce le dépôt d'une requête en suspicion légitime contre elle.
Il y a un an et demi, la publication de son livre « Notre affaire à tous » avait aussi fait l'effet d'un coup de tonnerre, à quelques jours de l'ouverture du procès de Roland Dumas et Christine Deviers-Joncourt.

« Coups de gueule »
Menant des investigations au pas de charge, surprenant Bernard Tapie, l'ancien ministre, à l'heure du laitier, mettant le président du Conseil constitutionnel en examen, Eva Joly a osé, comme peu de ses collègues, s'attaquer aux dossiers les plus sensibles : Crédit lyonnais, Elf, Les Ciments français, Isola 2000 où apparaît la belle-fille du ministre de la Justice d'alors, Jacques Toubon... Epaulée par son fidèle greffier militaire, Serge, elle tire le fil de la corruption, met en cause les plus puissants et, surtout, alerte l'opinion sur le délabrement de la justice spécialisée dans la délinquance en col blanc.
Grâce à ses « coups de gueule », la ministre Elisabeth Guigou lancera la réforme des pôles financiers. Dans le petit monde judiciaire, la juge à l'accent norvégien est admirée et détestée à la fois. Car le succès remporté avec la création des fameux pôles, qui regroupent juges d'instruction et membres du parquet, aidés par des assistants spécialisés, n'empêchent pas certains de lui faire des reproches.
La protection rapprochée dont elle est dotée depuis plus de cinq ans - qu'elle dit « subir » - fait des envieux. Les images télé prises sur le vif d'une perquisition, les interviews et les nombreux colloques et conférences auxquels elle assiste font jaser.

Devenue magistrate sur le tard
Enfin, concernant la tentaculaire affaire Elf, le fait de négliger certains hommes politiques de premier plan et de s'être inclinée devant la raison d'Etat a créé de l'amertume chez ceux qui espéraient un grand nettoyage à l'italienne.
Débarquée comme fille au pair à Paris, Eva Joly a accumulé les expériences les plus diverses : secrétaire chez Eddie Barclay, conseillère juridique d'un hôpital psychiatrique, elle ne fait son entrée dans la magistrature qu'à l'âge de 38 ans - il y a vingt et un ans. Elle est nommée au parquet d'Orléans puis à celui d'Evry en 1983, puis à celui de Paris en 1989. Entre-temps, la magistrate s'est frottée au monde de l'administration et de l'entreprise : elle est détachée au Comité interministériel de restructurations industrielles (Ciri), qui dépend du ministère des Finances.
Ces derniers temps, Eva Joly ne cachait plus son envie de tirer sa révérence. Le dossier Elf repris en main par le juge Van Ruymbeke, et tirant sur sa fin, lui a donné le sentiment que la page pouvait être tournée. Surtout, la déception de la magistrate sur l'état de la justice en France, l'impossibilité de combattre vraiment la grande délinquance financière, l'immobilisme de la communauté internationale sur la question des paradis fiscaux, l'ont rendue amère. Comme d'autres juges d'instruction avant elle, comme d'autres magistrats du parquet... Une de ses anciennes collègues confie : "Chacun des juges qui a quitté la magistrature avait ses propres raisons. Mais la déception qui les habite est, elle, générale."
Laurent Leger, Le Parisien , vendredi 01 mars 2002, p. 13.

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(18 juin 2003) Non-parution immédiate pour le livre d'Eva Joly
Le tribunal repousse sa diffusion pour ne pas perturber le procès (affaires Elf).

Prudente, Eva Joly a préféré rester, hier, à l'abri, chez son éditeur. Elle craignait les coups, et n'avait pas tort. Saisi en référé par un syndicat d'avocats et le conseil de l'ordre, Jean-Claude Magendie, le président du tribunal de grande instance de Paris, a interdit, hier après-midi, aux Editions des Arènes, de «faire paraître ou diffuser l'ouvrage» de l'ex-juge de l'affaire Elf, avant la clôture des débats et la fin des plaidoiries du procès Elf, soit le 7 juillet. Dans ses attendus, le tribunal a jugé la diffusion de l'ouvrage «nuisible au caractère équitable du procès en cours». En cas de non-respect de l'ordonnance, il en coûtera 100 euros à l'éditeur, par infraction constatée, c'est-à-dire par livre en librairie. Eva Joly a annoncé qu'elle faisait appel «immédiatement». «Pour moi, c'est une censure», a-t-elle commenté. L'appel a confirmé la décision tard dans la soirée.

Camouflet judiciaire.
Pour Eva Joly et son éditeur, c'est un château de cartes patiemment bâti qui s'effondre. La sortie en librairie s'accompagnait en principe, ce matin, d'une conférence internationale de juges réunis par eux à la Sorbonne. L'Italien Antonio Di Pietro, l'Espagnol Baltasar Garzon, le Chilien Juan Guzman - on en oublie - ont bousculé leur emploi du temps pour venir signer «une déclaration de Paris», rédigée par Eva Joly, qui pourfend «la grande corruption» et figure en annexe du livre. Le conclave n'est pas annulé, mais le camouflet judiciaire est d'autant plus dur pour l'auteure.

Le président du tribunal s'était entouré, hier matin, de deux assesseurs pour juger ce nouveau sous-dossier, non pas financier mais médiatique, de l'affaire Elf. La salle est comble. Celle du procès Elf, déserte. «Là, c'est le référé, s'exclame un avocat, désignant la salle des criées. «Et là, c'est le procès», ajoute-t-il en montrant la porte voisine. «Qui sait ? Eva Joly va peut-être se tromper de porte...» Mais l'ex-juge de l'affaire Elf s'est fait représenter. Et par un familier de la même affaire, Me Thierry Lévy, avocat de l'intermédiaire Pierre Léthier.

«Cette publication intervient après la clôture des débats du procès Elf. Nombre de mes confrères ont déjà plaidé», proteste l'initiateur du référé, Me Xavier Flécheux, au nom de la Confédération nationale des avocats. C'est à son avis «un incident majeur». Les litiges entre le conseil de l'ordre et un juge sont rares, souligne le bâtonnier Paul-Albert Iweins, au nom du conseil. «Mais ça a toujours été face à Mme Eva Joly», relève-t-il. Rappel des contentieux : Eva Joly soulignant le rôle des avocats dans le blanchiment d'argent, puis s'excusant. Eva Joly demandant un droit de réponse dans le bulletin du bâtonnier, et déposant plainte. Et puis aujourd'hui. «Ce livre concerne fort peu les avocats, concède le bâtonnier. Ceux qui sont maltraités, ce sont les prévenus». La «saisie du livre» n'est pas demandée. «Ce qui me paraît évident, c'est que ce livre ne peut pas paraître maintenant.» De nombreux juges ont écrit des livres sans parler des prévenus, relève Paul-Albert Iweins. «Ont-ils le droit de peser sur les débats, pendant les débats ? La réponse est non. Le moment est scandaleux.» Pour le bâtonnier, «la puissance de feu» d'Eva Joly, sa «statue de Jeanne d'Arc anticorruption», dissuadent les prévenus de toute riposte.

«Dans ce livre, il y a les bons et les mauvais prévenus», remarque Me Iweins. Les mauvais ? «Lorsqu'elle entend André Tarallo, elle est sur écoutes. Lorsqu'elle perquisitionne chez M. Léandri, elle trouve un pistolet chargé, canon braqué sur l'entrée. Elle dit "c'est une attention personnelle". Une "menace". Ces propos, suppositions, accusations, ne peuvent que peser sur les débats.» Et de dénoncer l'opération commerciale. «N'oublions pas que c'est elle, le chasseur. Le livre, c'est le dossier. Les bonnes feuilles, c'est Tarallo, Léandri, Le Floch, Roland Dumas.» L'ouvrage, en outre, fourmille de confidences faites par des témoins, en violation du secret professionnel.

«Leçon d'éthique».
Le bâtonnier vante au passage le bon déroulement du procès Elf. «Le président a obtenu des choses que Mme Joly n'avait pas pu obtenir. Je suppose que cela a dû agacer Mme Joly.» Loin «d'aider la justice», la juge vient «la perturber». «Il faut qu'elle s'habitue à l'idée que le dossier Elf n'est pas un dossier Joly contre le reste du monde». Il demande qu'une «leçon d'éthique» lui soit donnée.

L'avocat de l'éditeur, Me Vincent Toledano, joue plutôt la procédure, et estime les avocats irrecevables dans leurs arguments, pour l'essentiel disciplinaires. «Si le but est d'interdire la parole d'Eva Joly, qu'on le fasse», lance-t-il. Et de proposer, sans rire, qu'on limite la suspension du livre au ressort du tribunal Ñ aux librairies de Paris intra-muros. L'avocat d'Eva Joly a plus de flèches à son arc. «S'il y a un trouble manifeste, lance Me Thierry Lévy, c'est celui des difficultés rencontrées par le juge pour mener à bien sa mission. Et si oui, qui en est responsable ? Celui qui le révèle, ou celui qui a dressé les obstacles ?» L'avocat signale que dans son livre, Eva Joly n'épargne pas sa hiérarchie, qu'elle évoque même ses relations «houleuses» avec le président du tribunal, qui préside justement l'audience. La juge s'est demandé «s'il ne fallait pas inviter le tribunal à se récuser», mais elle y a renoncé.

Temps révolu.
Où sont donc les prévenus, «les victimes» de l'atteinte à la présomption d'innocence, s'interroge Thierry Lévy. «On vous dit qu'ils tremblent devant Eva Joly et n'osent pas demander la saisie du livre. Si aucun des 37 prévenus n'est présent dans cette salle, c'est qu'ils savent qu'il n'y a rien dans le livre qui puisse préjuger de leur culpabilité. Rien !». La juge a vécu dans la crainte, rappelle l'avocat. «C'est le président de la Cour de cassation qui est venu lui dire : Madame, évitez les fenêtres !», s'exclame-t-il. Le tribunal ne peut pas dire que «les juges n'ont pas d'états d'âme». «Ils ont des émotions et ils ont le droit de les exprimer. Le temps où les juges étaient de purs esprits, des esprits dociles, est révolu», conclut-il.

L'avocat n'est pas entendu. «Publier un livre sur l'atmosphère qui a prévalu lors de l'instruction peut modifier la perception des juges», explique Pascal Le Fur, substitut du procureur, qui a requis, hier, une suspension de la parution. En fin d'après-midi, Jean-Claude Magendie accepte l'entrée des caméras de télévision dans la salle pour quelques plans, avant d'annoncer l'interdiction du livre jusqu'au 7 juillet.
Libération, Par Karl LASKE, jeudi 19 juin 2003

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Une « déclaration » pour la traçabilité des flux financiers
Une quinzaine personnalités du monde entier se sont réunies à Paris, jeudi 19 juin, à l'initiative de la juge Eva Joly, pour dénoncer « les effets dévastateurs de la grande corruption et de son corollaire : l'impunité »

SEPT ANS après l'« appel de Genève », signé le 1er octobre 1996 par des magistrats européens pour une meilleure coopération judiciaire, une quinzaine de personnalités du monde entier se sont réunies à Paris, jeudi 19 juin, dans le grand amphithéâtre de la Sorbonne, pour dénoncer à nouveau « les effets dévastateurs de la grande corruption et de son corollaire : l'impunité ».

Cette « déclaration de Paris » a été lue devant la presse par la juge Eva Joly, à l'initiative du projet, entourée d'un prestigieux aréopage de magistrats, en activité ou non, parmi lesquels Bernard Bertossa, ex-procureur de Genève, Antonio Di Pietro, ancien responsable italien de l'opération antimafia « Mains propres », Baltazar Garzon, juge d'instruction espagnol, ou encore Juan Guzman, le conseiller à la cour d'appel du Chili qui a inculpé le général Pinochet.

D'autres personnalités ou militants des droits de l'homme, comme le Canadien John Charles Polanyi, Prix Nobel de chimie, Nina Berg, veuve du journaliste Carlos Cardoso assassiné au Mozambique, ou Yolande Pulecio, la mère d'Ingrid Betancourt, otage des forces armées révolutionnaires de Colombie, ont évoqué les ravages d'un fléau qui, selon l'appel, « mine les vieilles démocraties occidentales, entrave le développement des pays pauvres et leur liberté politique ».

« Pour faciliter les enquêtes », la « déclaration de Paris » demande la suspension des immunités diplomatique, parlementaire et judiciaire, et l'obligation, pour les institutions financières internationales, « d'organiser une traçabilité totale des flux financiers comportant l'identification précise des bénéficiaires et des donneurs d'ordres ». Elle prône la suppression des « recours dilatoires contre la transmission de preuves aux juridictions étrangères », pratique légale en Suisse, au Luxembourg ou au Liechtenstein, quelques-uns des soixante paradis fiscaux qui « protègent, de manière délibérée, l'opacité des flux criminels ».

Les 24 premiers signataires proposent aussi la création d'un délit d'enrichissement illicite et d'un crime de grande corruption applicable aux détournements supérieurs à 10 millions de dollars. Ils prônent la mise en place d'une veille bancaire autour des « dirigeants politiquement exposés », qui seraient contraints de justifier l'origine licite de leur fortune, ainsi que l'obligation, pour les sociétés cotées, de consolider leurs comptes pays par pays.

Il n'y a là rien d'utopique, estime Mme Joly : « Les outils techniques existent pour tracer les flux financiers des fortunes mal acquises. En outre, les fonds en cause sont concentrés, et la corruption ne concerne que peu de gens parmi les élites des pays. En France, il s'agit d'une centaine de personnes et d'une vingtaine d'entreprises. » Les mesures proposées sont urgentes, poursuit la magistrate. « Si nous ne le faisons pas, c'est parce que certains ne le veulent pas », a-t-elle conclu sous les applaudissements.

Quelques minutes plus tôt, Antonio Di Pietro avait lancé un avertissement solennel sur l'émergence, dans nos démocraties occidentales, « d'un nouveau féodalisme » caractérisé par l'existence de « groupes détenant de grands pouvoirs dans l'économie et les médias, qu'ils utilisent ensuite pour placer leurs hommes à la tête de l'Etat ». « Le contrôle de l'information et de ceux qui peuvent être élus, le vote de lois garantissant l'immunité aux dirigeant, contribuent à l'émergence d'une nouvelle forme de corruption moderne, difficile à déceler et à poursuivre en justice », explique le magistrat, en référence à l'adoption par les députés italiens, le 18 juin, d'un texte garantissant une « immunité temporaire » au président du conseil italien, Silvio Berlusconi, inculpé pour « corruption de magistrats » devant le tribunal de Milan.

Le Prix Nobel de chimie canadien John Charles Polanyi s'est de son côté inquiété des relations opaques qui unissent le gouvernement américain au « complexe militaro-industriel ». La France n'a pas été épargnée dans la succession des témoignages, qui ont mis aussi bien en cause l'homme d'affaires Pierre Falcone, dans l'affaire des ventes d'armes à l'Angola, que les sociétés de BTP Spie Batignolles et Dumez International, citées parmi d'autres entreprises occidentales par Fine Maema, procureur général au Lesotho, dans une affaire de versement de commissions liées à la construction de barrages.

Depuis l'appel de Genève, la prise de conscience internationale du problème a toutefois avancé. « Une lacune béante » a ainsi, selon M. Bertossa, été en partie comblée dans le cadre du Groupe d'action financière sur le blanchiment (GAFI), qui oblige ses vingt-neuf Etats membres à incriminer la corruption d'agents étrangers sur leur sol.

En 2001, l'Union européenne s'est, pour sa part, dotée d'Eurojust, un outil chargé de coordonner les enquêtes pénales et de favoriser la coopération en matière de criminalité grave. Olivier de Baynast, magistrat représentant la France, rappelle que les accords de Schengen furent « la première traduction concrète de l'appel de Genève, en permettant la transmission directe, entre juges, des commissions rogatoires qui transitaient auparavant par les Etats ».

Depuis, les conventions d'entraide judiciaire sont traduites dans les droits nationaux. De grosses affaires sont désormais centralisées au niveau européen. C'est le cas actuellement d'une vaste escroquerie d'origine mafieuse, portant sur des résidences secondaires en temps partagé en Espagne, qui a fait 70 000 victimes en Europe. Enfin, le mandat d'arrêt européen se substituera, à partir de 2004, aux procédures d'extradition dont les gouvernements avaient la maîtrise. Les pouvoirs d'Eurojust sont néanmoins limités. Nombre de magistrats financiers demandent qu'il se transforme en véritable parquet européen, capable d'engager des poursuites, ce à quoi les Etats s'opposent encore.

Plus largement, après les années flamboyantes de la justice financière, un mouvement de repli semble se produire. Les magistrats ont ainsi exprimé leur inquiétude vis-à-vis des tentatives récurrentes de raccourcir les délais de prescription en matière d'abus de bien social. Tout comme vis-à-vis du projet de nouveau code des marchés publics, qui devait laisser échapper aux appels d'offres plus de 90 % des marchés, et dont le gouvernement vient d'annoncer le retrait.

Les juges continuent d'affronter de nombreux obstacles dans leurs enquêtes. Pour certains, le constat d'impuissance effectué à Genève est toujours d'actualité et les grand-messes anticorruption sont vaines. Sociétés offshore et fiduciaires protégées par le secret, places financières bienveillantes..., l'opacité demeure. En matière de paradis fiscaux, « l'Europe ne tient pas ses engagements », souligne M. de Baynast. La transparence que la « déclaration de Paris » réclame demeure un idéal lointain.
Nathalie Guibert et Alexandre Garcia, ARTICLE PARU DANS L'EDITION DU 21 Juin 2003

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La Déclaration de Paris (La Sorbonne, 19 juin 2003)

Nous, signataires de cet appel, venus du Nord et du Sud, de l’Est et de l’Ouest, nous dénonçons les effets dévastateurs de la grande corruption, avec son corollaire, l’impunité.

L’explosion des marchés ouverts a favorisé des pratiques de prélèvements, de commissions et de rétro-commissions, qui se sont développées de manière inquiétante au point d’envahir des secteurs entiers de l'économie.
Les activités les plus sensibles sont l’énergie, les grands travaux, l’armement, l’aéronautique et l’exploitation des ressources minières.
Sur ces marchés d’intérêt national, quelques grandes sociétés ont intégré la corruption comme un moyen d’action privilégiée. Ainsi, plusieurs milliers de décisionnaires à travers le monde échappent à tout contrôle.
La grande corruption bénéficie de la complicité de banques occidentales. Elle utilise le circuit des sociétés off shores. Elle profite de la soixantaine de territoires ou d’Etats qui lui servent d’abri.

La grande corruption est une injustice. Elle provoque une ponction de richesses dans les pays du Sud et de l’Est. Elle favorise la constitution de caisses noires ou de rémunérations parallèles à la tête des grandes entreprises. Elle rompt la confiance nécessaire à la vie économique.
Parce qu’elle a atteint parfois le cœur du pouvoir, la grande corruption mine les vieilles démocraties occidentales. Elle entrave le développement des pays pauvres et leur liberté politique.

Alors que la globalisation a permis la libre circulation des capitaux, les justices financières restent tenues par des frontières qui n’existent plus pour les délinquants. La souveraineté de certains Etats bancaires protège, de manière délibérée, l’opacité des flux criminels. Logiquement, les bénéficiaires de la grande corruption ne font rien pour améliorer la situation.

Il convient de tirer les conséquences de cette inégalité devant la loi dont profite la grande corruption. Il est indispensable de rétablir les grands équilibres de nos démocraties. Plutôt que d’espérer une vaine réforme de ces Etats, il est possible d’inventer de nouvelles règles pour nous-mêmes.
A un changement de monde, doit correspondre un changement de règles.

Aussi nous demandons :

1. Pour faciliter les enquêtes :

- la suspension des immunités diplomatiques, parlementaires et judiciaires le temps des enquêtes financières (le renvoi devant un tribunal restant soumis à un vote sur la levée de l’immunité).

- la suppression des possibilités de recours dilatoires contre la transmissions de preuves aux juridictions étrangères.

- l’interdiction faite aux banques d’ouvrir des filiales ou d’accepter des fonds provenant d’établissements installés dans des pays ou des territoires qui refusent, ou appliquent de manière purement virtuelle, la coopération judiciaire internationale.

- l’obligation faite à tous les systèmes de transferts de fonds ou de valeurs, ainsi qu’aux chambres de compensations internationales d’organiser une traçabilité totale des flux financiers, comportant l’identification précise des bénéficiaires et des donneurs d’ordre, de telle manière qu’en cas d’enquête pénale, les autorités judiciaires puissent remonter l’ensemble des opérations suspectes.

2. Pour juger effectivement les délinquants :

- l’obligation légale faite aux dirigeants politiquement exposés de justifier de l’origine licite leur fortune. Si celle-ci ne peut être prouvée, elle pourra faire l’objet d’une “confiscation civile”.

- la création d’un crime de “grande corruption”, passible d’une peine similaire à celles prévues contre les atteintes aux intérêts fondamentaux de la nation.

3. Pour prévenir la grande corruption :

- l’obligation faite aux sociétés cotées de déclarer dans leurs comptes consolidés, pays par pays, les revenus nets (impôts, royalties, dividendes, bonus, etc.), qu’elles payent aux gouvernements et aux sociétés publiques des pays dans lesquels elles opèrent..

- la compétence donnée à la Justice du pays où est établi le siège social des sociétés multinationales lorsqu’une de leurs filiales à l’étranger est suspectée d’un délit de corruption, et que le pays ou est commis le délit ne peut pas, ou ne souhaite pas, poursuivre l’affaire.

- la mise en place d’une veille bancaire autour de dirigeants politiquement exposés et de leur entourage. Par dirigeants politiquement exposés, nous entendons les hommes et les femmes occupants des postes stratégiques au gouvernement, dans la haute administration et à la direction générale des entreprises privées intervenants dans les secteurs “à risque”.

- les portefeuilles de titres et les comptes bancaires, des dirigeants politiquement exposés ainsi que ceux de leurs famille proche, ouverts dans leur pays où à l’étranger, sera soumis à une procédure d’alerte lors de tout mouvement important, avec l’instauration d’une obligation pénale de signalement pour les cadres bancaires et les gestionnaires de titres.

Combattre la grande corruption est un préalable à toute action politique authentique. Nous devons restaurer la confiance dans les élites politiques et économiques. A l’heure de la globalisation, la responsabilité de ceux qui nous dirigent est immense. Elle doit échapper au soupçon, pour permettre l’espoir.

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Paru le : 22/02/2006 Eva Joly très déçue par le film

EVA JOLY est ressortie de la projection privée du film de Chabrol avec un sentiment de nausée.
L'ancienne juge de l'affaire Elf, aujourd'hui chargée de la lutte contre la corruption en Norvège, préfère « ne pas commenter » le film. Mais ses proches ont compris à quel point la projection l'avait blessée.

« C'est une caricature », confie Laurent Beccaria, l'éditeur d'Eva Joly. « Réduire sept ans d'enquête à ces face-à-face grotesques entre une juge dilettante et un PDG fatigué, c'est affligeant », confesse un magistrat parisien.

Même réaction de la part de Laurence Vichnievsky, cochargée de l'affaire Elf, aujourd'hui présidente du tribunal de Chartres. « C'est triste », glisse-t-elle simplement.

« L'Ivresse du pouvoir » a de quoi dérouter ceux qui ont suivi l'affaire Elf. Certes, tous les « ingrédients » du dossier y sont. Dans le film, le PDG a une maladie de peau, comme Le Floch-Prigent, et le sénateur a bien un accent du Sud, comme un certain Charles Pasqua.
Patrick Bruel joue au millimètre le rôle de Philippe Jaffré, le successeur de Le Floch à la tête d'Elf, soupçonné d'avoir « alimenté » Eva Joly jusqu'à ce que celle-ci finisse par perquisitionner dans son bureau.

Mais l'essentiel semble échapper à Chabrol : les juges Eva Joly, Laurence Vichnievsky, Renaud Van Ruymbeke et leur collègue suisse Paul Perraudin sont parvenus à mettre à plat un système de détournements des caisses d'Elf de plusieurs centaines de millions d'euros, et une vingtaine de personnes ont été condamnées par la cour d'appel.
« Cela ne s'est pas fait en claquant les gants », résume un enquêteur d'Eva Joly, persuadé que la juge, à l'inverse de son personnage à l'écran, « peut être fière de son travail ».
leprisien.fr, Laurent Valdiguié, Paru le : 22/02/2006

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Paru le : 24/03/2006 Cinéma/Eva Joly attaque Chabrol

Polémique EVA JOLY déclenche les hostilités contre Claude Chabrol et son film « l'Ivresse du pouvoir ».

La juge, aujourd'hui en poste en Norvège, a enclenché une première requête, auprès du président du tribunal de Paris, pour obtenir une copie du film. Cette première demande lui a été refusée par un des adjoints de Jean-Claude Magendie, le président du tribunal parisien. Du coup, l'ancienne magistrate en charge de l'affaire Elf vient de déposer - via son avocat Me Thierry Lévy - une assignation d'heure à heure devant ce tribunal. Une audience a été fixée au 7 avril prochain.
Eva Joly somme ainsi, par voie de justice, la production de Chabrol de lui fournir une copie du film, afin de « pouvoir étudier d'éventuelles poursuites civiles ».

« J'envisage d'attaquer pour violation de la vie privée, je verrai exactement sous quelle forme en regardant le film dans le détail », nous indique la magistrate.

Entre un voyage à Madagascar et un autre au Kenya, pour des opérations anti-corruption au nom du gouvernement norvégien, Eva Joly a vu en salle le film de Chabrol. L'ancienne juge en est ressortie avec « la nausée ». « Un sentiment de malaise », a-t-elle écrit dans une tribune publiée dans « le Monde », la semaine dernière.

« Claude Chabrol a réduit l'enquête Elf à une suite de clichés... Au passage, il a choisi de violer l'intimité de ma vie privée. Il n'a cessé lors des interviews pour la promotion du film d'ajouter des détails sordides et erronés sur ma vie personnelle. »

La juge et ses enfants admettent difficilement la mise en scène par Chabrol de la tentative de suicide du mari d'Isabelle Huppert qui incarne la célèbre magistrate à l'écran. « En mettant en scène le couple Joly, Claude Chabrol a pris le parti de lier la mort du mari d'Eva Joly à l'affaire Elf, ce qui est inacceptable », confie un magistrat proche de la juge de l'affaire Elf.

Du côté de Claude Chabrol, pas de réaction hier soir de son producteur, Patrick Godeau. Le film « l'Ivresse du pouvoir » est d'ores et déjà un succès : il a dépassé le million d'entrées et a été vendu à une vingtaine de pays dans le monde dont... la Norvège.
Le Parisien, 24 mars 2006, Laurent Valdiguié avec Alain Grasset, p. 33

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(7 avril 2006) Claude Chabrol poursuivi par Eva Joly

L'ex-magistrate de choc de l'«affaire Elf» traîne le célèbre cinéaste en justice.
Le film «L'ivresse du pouvoir» violerait sa vie privée et son intimité.

C'est un affrontement spectaculaire, qui se déroule sur un terrain inédit: à la frontière entre la haute politique, la bassesse des «affaires», les arts et la justice. Il oppose deux personnalités hautement médiatiques: un des cinéastes les plus populaires de France et une ex-juge d'instruction pugnace qui, il y a quelques années, acquit la notoriété en faisant trembler la Mitterrandie.
Cet affrontement s'est joué vendredi matin devant la dix-septième chambre du Tribunal de grande instance de Paris.

D'un côté, Claude Chabrol, poursuivi pour son dernier film, «L'ivresse du pouvoir», qui a allégrement dépassé le cap du million d'entrées en France et a été vendu à une vingtaine de pays.

Ce film s'inspire librement de l'«affaire Elf»: un méga-scandale politico-financier qui entraîna notamment la chute de l'ancien ministre socialiste des Affaires étrangères Roland Dumas et de l'ex-PDG d'Elf Loïk Le Floch-Prigent, tous deux poursuivis pour des détournements de fonds et abus de biens sociaux commis au détriment du géant pétrolier.
De l'autre côté, Eva Joly, la juge qui, précisément, instruisit cette affaire et qui, dans le film, est incarnée par Isabelle Huppert.Vendredi, l'ex-magistrate -aujourd'hui conseillère anti-corruption du gouvernement de Norvège, son pays d'origine- a demandé à la justice parisienne de contraindre le producteur de «L'ivresse du pouvoir» de lui en fournir une copie, afin de «pouvoir étudier d'éventuelles poursuites civiles» à son encontre. Le jugement a été mis en délibéré à la semaine prochaine. Eva Joly envisage d'attaquer Claude Chabrol pour violation de la vie privée et de son intimité.

«Réactionnaire, populiste»

Le cinéaste, certes, a maintes fois souligné le caractère fictionnel de son oeuvre. Mais, a remarqué Eva Joly, ce film «a été lancé comme un film basé sur l'affaire Elf et sur moi. Et Chabrol a dit dans des interviews qu'il s'agissait de moi». Ensuite, «il n'a cessé d'ajouter des détails sordides et erronés sur ma vie personnelle». La narration des déboires conjugaux du personnage d'Isabelle Huppert avec son mari, et la scène montrant la tentative de suicide de ce dernier ont particulièrement heurté Eva Joly, qui est elle-même veuve. Plus globalement, l'ex-magistrate considère que le personnage du «Comte de Monte-Christo, le vengeur» incarné par Isabelle Huppert à l'écran est insultant pour elle. «On me retire tout honneur. On m'impute des motifs et des modes de comportement que je trouve dévalorisants.»

Plus globalement, Eva Joly affirme avoir ressenti de «la nausée» et «un sentiment de malaise» à la vue d'un film qui, au-delà de sa personne, lui paraît «réactionnaire et populiste». «Le film banalise la thématique de la corruption en la réduisant à une lutte entre une femme ivre de pouvoir, vengeresse, et le chef manipulé d'une compagnie pétrolière.» Ce faisant, Claude Chabrol aurait donc «réduit un scandale d'Etat à une histoire personnelle», à «une suite de clichés», à «un petit théâtre de moeurs», à «une comédie du pouvoir». Il aurait donc «réalisé exactement le film qu'une partie du pouvoir politique et médiatique avait envie de voir».

«S'il n'y avait que le film, je me serais tue», a assuré Eva Joly: «Un créateur est libre de s'inspirer des morceaux choisis d'actualité.» Mais en personnalisant à ce point le portrait de son héroïne et en y mêlant les allusions à celle qui l'a inspirée dans la vie réelle, le cinéaste aurait franchi la ligne jaune entre liberté de création et violation de la vie privée.
La Libre Belgique 2006, BERNARD DELATTRE, Mis en ligne le 07/04/2006

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JDD, Politique 25/05/2007 - 13:41

Joly critique la visite de Bongo à Sarkozy

L'ex-juge Eva Joly a regreté que l'un des premiers chefs d'Etat étrangers à rendre visite à Nicolas Sarkozy à Paris soit le président du Gabon, Omar Bongo, ce qui reflète à ses yeux "les mauvaises habitudes de la France". "Pour moi, c'est un grand mystère que la France, les journalistes, les philosophes, aient toléré la 'France-Afrique' pendant si longtemps", a-t-déclaré dans une interview au site d'informations en ligne Rue89.
"Ils savent bien qui c'est, Omar Bongo, ils savent bien comment le Gabon a évolué, c'est visible, c'est connu, et pourtant ça n'intéresse personne", a-t-elle ajouté.

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24.05.2007 Paolini, Bouygues, et l'Elysée: Eva Joly dénonce une machine de guerre pour la propagande

Nonce Paolini devient Directeur général de TF1, succédant à Patrick Le Lay (qui reste cependant président). Libération donne deux informations intéresantes :

N.Paolini n'a pas d'amitié politique connue. Mais :"il est très lié à Martin Bouygues. Lequel ­ il le revendique ­ est l'ami intime de Nicolas Sarkozy, et là, malaise : Paolini sera-t-il, par Bouygues interposé, la voix de son maître ?"

Apprenant qu'il aurait L.Solly pour adjoint, Paolini aurait contacté Bouygues pour refuser le cadeau empoisonné. Peine perdue, Interrogé par Libé, le conseiller communication de N.Sarkoy a affirmé : "pour l'instant Laurent Solly fait le tour des entités de la holding du groupe Bouygues, et, dans la première quinzaine de juin, il sera DG adjoint de TF1". L'information intéressante: "Joint par Libération, TF1 n'est pas au courant."
Ce qui a le mérite d'être clair.

Interrogée sur RTL, Eva Jolly a réagi non moins clairement :

"Une démocratie ça se mesure à sa presse indépendante et à sa justice indépendante et je trouve que ce que nous voyons en France est plutôt inquiétant" "Nous voyons un président de la République qui fête sa victoire d'élection avec Martin Bouygues et qui téléphone le 8 mai à Omar Bongo pour le remercier de ses bons conseils et qui ensuite, le 22 mai, nomme son directeur adjoint de campagne, directeur adjoint de TF1" Eva Jolly dénonce un mélange des genres, et une nomination qui a été "annoncée par l'Elysée". "Pour moi c'était une violation d'une règle fondamentale en démocratie". TF1, est "vraiment une machine de guerre pour la propagande". "Cela me paraît des conditions assez berlusconiennes et je souhaite mieux pour mon pays"

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Eva Joly souhaite une enquête sur un compte japonais présumé de Chirac le 25/5/2007 à 17h35 par AFP

L'ancienne juge Eva Joly souhaite que la justice française enquête sur l'affaire d'un compte bancaire présumé de l'ex-président Jacques Chirac à la Tokyo Bank en 1992, dans une interview publiée par le quotidien 20 minutes.

"Si les institutions judiciaires françaises fonctionnent normalement, Jacques Chirac sera entendu sur les affaires non prescrites le concernant - les HLM (logements sociaux) de la Ville de Paris et les emplois fictifs du RPR - mais aussi sur son compte allégué au Japon", déclare l'ex-juge d'instruction de la retentissante affaire Elf, l'une des plus vastes affaires de pot-de-vins en France.

"Une démocratie digne de ce nom ne peut vivre avec cette suspicion non vérifiée", affirme l'ex-magistrate franco-norvégienne, devenue conseillère anti-corruption en Norvège.

L'ex-président, dont l'immunité présidentielle sera levée le 16 juin, a opposé "un démenti catégorique" à toute existence d'un compte bancaire. Il pourrait être amené prochainement à rendre des comptes à la justice dans plusieurs affaires concernant notamment la période précédent son accession à la tête de l'Etat en 1995.

L'hebdomadaire d'investigation Le Canard Enchaîné a fait état dans son édition de mercredi de nouvelles notes d'un ancien haut responsable du renseignement, le général Philippe Rondot, dans lesquelles est évoqué ce compte présumé.

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Européennes: Eva Joly possible candidate Source : AFP 08/06/2008 | Mise à jour : 16:03

L'ancienne juge Eva Joly a exprimé sa volonté de s'engager dans le débat européen aux côtés de François Bayrou, et indiqué qu'elle serait "peut-être" candidate aux européennes de juin 2009 sous les couleurs du Mouvement démocrate (MoDem).

"La situation politique française est très bloquée, c'est un terrain pour beaucoup de populisme d'un coté, et de l'autre coté des discussions idéologiques", a indiqué Eva Joly devant la presse, à l'issue d'une "convention sur l'Europe" organisée par le MoDem, dont elle était l'invitée vedette.

"François Bayrou est plus orienté vers l'action. En plus c'est un vrai européen, et pour moi l'avenir est vraiment dans l'Europe", qui peut contribuer à "corriger les défauts français", a-t-elle ajouté. Elle a notamment jugé "choquant" le "non traitement des affaires" en France, citant le classement du dossier sur les résidences en France de la famille d'Omar Bongo "sans même ouvrir une enquête".
Faut-il s'attendre à la voir porter les couleurs du MoDem aux élections européennes? "Peut-être", a-t-elle répondu.

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vendredi 25 juillet 2008, mis à jour à 17:30 Reuters l'express.fr L'ancienne juge Eva Joly dénonce la procédure pour Bernard Tapie

L'ancienne magistrate Eva Joly dénonce les conditions dans lesquelles Bernard Tapie a obtenu une indemnisation record de 285 millions d'euros de l'Etat et estime qu'elle résulte d'une instruction de Nicolas Sarkozy.

"On voit dans cette histoire un président de la République qui donne des instructions dans l'intérêt non pas de l'Etat, mais dans celui de ses alliés politiques ou de ses amis", dit-elle dans un entretien au site internet Mediapart.

L'ex-juge d'instruction fut chargée d'enquêtes mettant en cause Bernard Tapie et a quitté la magistrature en 2002 pour devenir conseillère du gouvernement norvégien.

Elle juge sans précédent le choix du gouvernement dans l'affaire. Alors que la Cour de cassation avait annulé en 2006 un arrêt accordant 135 millions d'euros à Bernard Tapie, et ordonné un nouvel examen du dossier, l'Etat a décidé en octobre 2007, par le biais d'instruction écrites de la ministre de l'Economie, Christine Lagarde, de recourir à un arbitrage privé.

"Le fait d'avoir recours à la justice privée non transparente est tout à fait extravagant quand les deniers publics sont en jeu", souligne Eva Joly. "On ne voit pas quelqu'un qui a gagné en cassation abandonner cet avantage et avoir recours à une procédure non transparente", dit-elle.

BAYROU PARLE "D'ABAISSEMENT DE L'ÉTAT"

François Bayrou est revenu à la charge sur l'affaire dans un tribune au Monde de samedi. A ses yeux, "par le fait du prince, parce qu'il s'agit de soutiens ou de complices dans un certain nombre d'opérations politiques, passées, présentes ou à venir, l'Etat protège et enrichit ceux qui se moquent de sa loi."

"L'affaire Tapie donne la mesure de l'abaissement de l'Etat", insiste-t-il.

L'indemnisation de 285 millions d'euros pour l'ex-groupe Bernard Tapie répare les manoeuvres jugées déloyales du Crédit lyonnais lors de la vente de ses parts d'Adidas en 1993.

On sait aujourd'hui que la banque, par un montage off-shore, s'est vendue à elle-même ces parts pour 318 millions d'euros, avant de les céder en 1994 à l'homme d'affaire Robert-Louis Dreyfus pour 708 millions d'euros.

François Bayrou conteste que Bernard Tapie ait été perdant dans la vente et rappelle que l'homme d'affaires avait acheté le groupe en 1990 avec un prêt à court terme du Crédit lyonnais de 1,6 milliard de francs, soit environ 243 millions d'euros.

Le ministère de l'Economie annoncera lundi prochain s'il dépose un recours contre la décision du tribunal arbitral. C'est peu probable, a dit Stéphane Richard, directeur de cabinet de Christine Lagarde, jeudi. "Le principe d'un arbitrage est que les parties renoncent à faire appel, sinon on ne fait pas d'arbitrage. (...) Ca parait difficilement envisageable mais il est de notre devoir d'examiner la chose", a-t-il dit.

Une autre réunion jeudi de la même instance arbitrale, ou devaient être calculés les intérêts sur l'indemnisation de Bernard Tapie, susceptibles de porter son gain à 400 millions d'euros, n'a pas davantage abouti à une décision. Le sujet sera traité en septembre. Après déduction du passif de son ancien groupe, Bernard tapie conserverait une somme comprise, suivant les estimations, entre 20 et 80 millions d'euros.
Gérard Bon et Thierry Lévêque, édité par Gilles Trequesser

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Verts: Eva Joly co-listière de Cohn-Bendit aux européennes de 2009 AFP 16 septembre 2008 12.00

PARIS (AFP) — L'ancienne juge Eva Joly sera candidate aux élections européennes de juin 2009 en Ile-de-France sur la liste des Verts, a annoncé lundi Daniel Cohn-Bendit, qui partagerait avec elle la tête de liste.

"Que je sois n°1 ou n°2, avec Eva Joly, je suis sûr qu'on fait plus de deux élus en Ile-de-France ! Donc nous serons de toutes façons deux têtes de liste", a indiqué le co-président des Verts européens sur France-Inter.

L'ex-juge d'instruction de l'affaire Elf "est très écologiste", et "elle a toute une argumentation sur la fiscalité et les paradis fiscaux" qui aidera les Verts au Parlement européen, s'est félicité Daniel Cohn-Bendit.

Eva Joly avait exprimé le 8 juin sa volonté de s'engager dans le débat européen aux côtés de François Bayrou, et indiqué qu'elle serait "peut-être" candidate aux européennes de juin 2009 sous les couleurs du MoDem.

Mme Joly, conseiller spécial du gouvernement norvégien, avait alors précisé qu'elle était engagée dans un projet lui tenant "beaucoup à coeur", une enquête avec la Banque mondiale sur les flux financiers illicites, qui ne doit se terminer qu'en juin prochain.

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Point de vue Omerta sur les clandestins, par Eva Joly LE MONDE | 03.10.08 | 13h56

S'adressant au pape, Nicolas Sarkozy affirmait que "c'est en pensant à la dignité de l'homme que nous affrontons la si délicate question de l'immigration, sujet immense qui demande générosité, respect de la dignité et en même temps prise de responsabilités". Il est temps de lever le voile sur la triste réalité que cachent ces belles paroles.

Depuis vingt-cinq ans, la Cimade porte le regard de la société civile au coeur des centres de rétention français. Cette association avait été approchée par le gouvernement dès la création en 1984 de l'enfermement administratif des étrangers, car son histoire était liée, plus que toute autre, à cette problématique. Au fil des ans, la Cimade s'est adaptée à une législation sans cesse modifiée par les gouvernements successifs, pour exercer tant bien que mal sa mission : la mise en oeuvre de l'exercice effectif du droit des étrangers enfermés.

Depuis 2003 avec l'instauration d'une politique chiffrée des expulsions, la Cimade a dû réagir. Le plus souvent dans l'indifférence générale, elle a tenté d'alerter l'opinion publique sur ce dont elle seule pouvait témoigner : la dégradation considérable de la situation des étrangers "retenus".

Mais aujourd'hui le rôle de cet organisme indépendant est menacé. En effet, cette mission répond à un marché public, qu'à l'occasion de son renouvellement, le gouvernement s'apprête à transformer en profondeur. Désormais, il n'y aura plus sur le territoire français un seul observateur à même de publier des rapports couvrant l'ensemble des sites de rétention, mais une multiplicité d'intervenants locaux.

Plus personne ne sera en mesure de relever les disparités de pratique administrative et judiciaire de la rétention sur le territoire ; et ce d'autant plus que les titulaires de ces marchés seront tenus par une clause de neutralité et de confidentialité. N'importe quelle "personne morale" pourra répondre, de l'organisme parapublic - à l'indépendance très relative à l'égard du gouvernement - à l'entreprise privée.

La rédaction de l'appel d'offres suscite le doute sur la nature de la nouvelle mission : alors que la Cimade aide activement les "retenus", les assiste pour rédiger des recours administratifs, le nouveau marché semble ne prévoir que la distribution d'un fascicule d'information "en vue de l'exercice de leurs droits". Soit un double feuillet en guise d'introduction au code des étrangers, voilà une touchante attention qui ne risque pas de rendre les retenus trop procéduriers.

Je ne veux pas prendre la défense de cette association à laquelle je ne suis liée en aucune manière, mais je veux témoigner de ce que la mission qu'elle occupait jusqu'à présent est d'une importance fondamentale. A ceux qui m'objectent qu'aucun pays européen n'est doté d'une telle structure, je réponds que la Chine et les Etats-Unis non plus ; et qu'il n'est en cette matière aucune norme supérieure à celle que nous dictent nos principes, dont le fondement doit demeurer la Déclaration universelle des droits de l'homme.

Cette réforme mineure en apparence est emblématique de la perte de repères de notre pays et de sa dérive vers des pratiques toujours plus éloignées des idéaux qui l'ont fondé. Les étrangers sans papiers sont vulnérables et c'est l'honneur de notre pays que de leur garantir de pouvoir exercer réellement ce peu de droits que notre législation leur concède.

Chacun sait que la lutte contre l'immigration clandestine est un arbitrage permanent entre le respect des droits humains et la volonté de réduire le flux migratoire. Cette équation n'a pas varié depuis que le pays a fermé ses frontières en 1974. Ce que chacun doit comprendre, c'est que cet arbitrage ne peut pas être indéfiniment en défaveur des droits de l'homme. Il arrive un moment où le dispositif ne peut plus être durci sans trahir ce que nous sommes.

Cette limite atteinte, il faut savoir admettre - publiquement - que malgré tous les efforts de la force publique, le dispositif laisse du jeu. Même la Corée du Nord ne parvient pas à rendre totalement étanche ses frontières. Je m'étonne de ce que la question de cette limite ne soit pas publiquement posée. Il faut dire qu'elle comporte certains aspects peu reluisants.

La politique du chiffre est en effet une course en avant. Des résultats tangibles en valeur absolue étant hors de portée (la diminution du nombre de clandestins sur le territoire par les reconduites demeure dérisoire), le gouvernement focalise sa communication sur l'augmentation du chiffre de reconduites d'une année sur l'autre. La mise en oeuvre de cette augmentation statistiquement marginale a un coût moral tout à fait exorbitant.

Mais le spectacle du volontarisme politique ne s'encombre pas de ce genre de détails. Ainsi, si la France ratifie la directive retour votée récemment au Parlement européen, autorisera-t-on l'enfermement des étrangers pendant dix-huit mois consécutifs ? Cette mesure est aussi cruelle qu'inutile puisque l'on sait qu'une reconduite matériellement réalisable intervient presque toujours dans les premières semaines de la rétention. De même, doit-on redouter qu'en vertu de ses objectifs chiffrés, la France n'entérine le principe des reconduites de mineurs isolés vers des pays de transit où ils n'ont aucune attache.

Cette politique recèle d'autres dangers : la pression grandissante exercée sur les préfectures, les services de police, de gendarmerie et sur la justice est une incitation permanente à franchir la ligne rouge de la légalité républicaine. Des traquenards autour des écoles aux guets-apens devant les guichets de préfecture en passant par les rafles aux sorties de métro, la réalité d'aujourd'hui menace d'ores et déjà notre identité nationale. Ne louvoyons pas avec l'Etat de droit, nous avons tout à perdre et rien à gagner.

Alors que dans les services publics, l'heure est à la modernisation, les administrations concernées par l'immigration clandestine s'enfoncent tous les jours, un peu plus, dans des méandres kafkaïens.

Je sais que dans le pays de Voltaire et de Rousseau, il est devenu chic de mépriser le "droit-de-l'hommisme", je sais que le terrain est idéologiquement quadrillé et que quelques formules lapidaires ont chauffé à blanc les opinions : "angélisme", "régularisation massive", "appel d'air", "immigration choisie"...

Je sais aussi que la gauche est pétrifiée par ce sujet, mais je veux prendre ici à témoin ceux qui ont l'espoir de refonder une démocratie sociale sur des idées claires : nous ne gagnerons jamais en reniant nos principes.

Eva Joly, ancienne magistrate, est candidate de l'union des écologistes aux élections européennes.

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Eva Joly et José Bové roulent pour Cohn-Bendit
Aurélie Ladet | 20.10.2008, 22h37 | Mise à jour : 21.10.2008, 13h24 le parisien.fr

D'un côté, une ancienne magistrate, juge d'instruction rendue célèbre dans l'affaire politico-financière d'Elf. De l'autre, un "repris de justice", qui revendique "la désobéissance civique" quand il fauche un champ OGM...
Deux personnalités fortes, deux parcours différents, unis sur une seule et même liste pour les élections européennes de 2009.

Eva Joly et José Bové ont rejoint le mouvemement Europe-Ecologie autour du député européen Vert, Daniel Cohn-Bendit. Une liste de signataires encore provisoire, présentée lundi face à la presse comme le «green deal» nécessaire devant l'«urgence» de la crise écologique.

Sur la tribune aussi, d'autres personnalités entouraient l'ex-leader de mai 68: Cécile Duflot, secrétaire nationale des Verts, le président du Mouvement écologiste indépendant (MEI) Antoine Waechter, ou encore Jean-Paul Besset, un proche de Nicolas Hulot.

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Eva Joly: "Je ne peux pas croire à un tel coup contre la démocratie" Par Laurent Chabrun, publié le 07/01/2009 18:06 - mis à jour le 07/01/2009 19:24 lexpress.fr

Eva joly, la juge d'instruction emblématique de l'affaire Elf, désormais installée en Norvège et future candidate aux élections européenne pour les Verts, réagit à la proposition de Nicolas Sarkozy de supprimer le juge d'instruction.

Que pensez-vous de cette éventuelle suppression du juge d'instruction?

Il faut d'abord dire que la justice française souffre, essentiellement, d'un manque de moyens financiers et humains. Et que, bien souvent, les dysfonctionnements ou les erreurs sont dus à la surcharge de travail des magistrats. Les propositions du président de la République ne me semblent pas de nature à résoudre ce problème.

Et sur le fond?

Je ne peux pas croire que le président de la République portera un tel coup à la démocratie française. La suppression du juge d'instruction est une atteinte majeure aux libertés publiques. Un tel système fera, par exemple, que les enquêtes portant sur des faits de corruption politique, la délinquance de l'élite, resteront entre les mains du pouvoir exécutif.

Avec une telle mécanique judiciaire vos enquêtes auraient-elles abouties?

Je ne crois pas. Il y aurait eu des pressions directes du pouvoir politique sur le parquet. Ce qui a permis à la France de combattre la corruption, c'est l'indépendance des juges d'instruction.

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Le 16 avril 2009 à 18h00 télérama.fr . entretien La lutte contre la délinquance financière Eva Joly (1/2) : bille en tête contre la corruption

LE MONDE BOUGE - Tête de liste des Verts aux européennes, la Norvégienne Eva Joly sort un livre… qui n’a rien à voir avec l’écologie. Car la magistrate qui a révélé l’affaire Elf en France, réquisitionnée par l’Islande pour enquêter sur les malversations financières qui l’ont conduit au bord de la faillite, se mobilise plus que jamais pour dénoncer et combattre les réseaux véreux de la finance internationale.

« Si tu veux, tu peux, il suffit de le faire. » Elle a fait sienne cette maxime durant sa jeunesse norvégienne et ne s’en est plus jamais départie.
En France, Eva Joly est la femme par qui le plus important scandale politico-financier est arrivé. L’affaire Elf aura été l’acmé de sa carrière de magistrate et le point de départ d’un combat opiniâtre contre la corruption internationale.
Infatigable, elle revient aujourd’hui sur tous les fronts. Au côté du gouvernement islandais pour essayer de comprendre comment ce pays a été balayé par la crise financière.

Au côté de Daniel Cohn-Bendit comme candidate sur la liste Europe Ecologie pour les prochaines européennes.
Avec un livre, Des héros ordinaires (Les Arènes), dans lequel elle dresse le portrait de quelques personnalités courageuses en lutte contre la corruption et les paradis fiscaux.
Des thèmes brûlants d’actualité qu’Eva Joly connaît bien et sur lesquels elle livre une analyse qui ne s’embarrasse pas de circonvolutions.

Télérama : Vous revenez d’Islande, où le gouvernement vous a demandé de l’aider dans son enquête sur la faillite des trois principales banques du pays. En quoi consiste cette aide ?

Eva Joly : L’histoire de l’Islande est une métaphore de ce qui nous arrive. Les Islandais se sont réveillés, un jour, avec une ardoise de 100 milliards de dollars et la perspective d’être endettés sur des générations. Au­tant que les Allemands après le traité de Versailles ! C’est monstrueux. Il faut établir l’enchaînement des responsabilités et ne pas passer par pertes et profits un désastre de cette ampleur. Ma première suggestion au gouvernement islandais a été de multiplier par cinq le nombre d’enquêteurs.

Nous avons désormais une équipe solide de vingt personnes, et je dispose d’un budget pour recruter des experts internationaux. Je considère cette investigation comme le laboratoire qui va nous permettre de comprendre comment les banques opèrent partout dans le monde. Nous allons mener en Islande l’enquête que refusent de faire des pays comme la France ou l’Angleterre.

Compte tenu de votre engagement au côté des Verts aux prochaines élections européennes, on vous attendait avec un livre traitant en partie d’écologie, vous nous livrez une galerie de portraits d’anonymes qui luttent en Europe contre la corruption. Pourquoi ce choix ?

Tout se tient : la pollution, le pillage des ressources, la pauvreté persistante, les flux financiers illicites, la corruption, les paradis fiscaux… La lutte contre la grande délinquance financière m’a appris qu’il fallait traiter le cancer de la corruption avant qu’il se diffuse. Or, l’importance de la corruption est difficile à appréhender. Il m’a semblé qu’à travers les personnages de mon livre (policiers, hauts fonctionnaires, journalistes, simples citoyens), je la rendais plus concrète. Cet ouvrage pointe les défaillances de nos institutions et révèle l’importance de ces individus, qui, de Londres à Paris, de Naples à Sofia, mettent courageusement le projecteur sur les dérives de l’Etat de droit. Sans eux, on ne parlerait pratiquement jamais de corruption, de manipulations financières ou de paradis fiscaux.

Vous dédiez ce livre à François-Xavier Verschave, inventeur du concept pourfendeur de la Françafrique, qui dénonça longuement les relations ambigües de la France avec ses anciennes colonies. Nicolas Sarkozy avait promis la rupture avec ces prédécesseurs dans ce domaine. A-t-il tenu parole ?

Non, les relations entre la France et l’Afrique n’ont pas changé, et bien des indications en attestent. Le classement invraisemblable par le parquet de Paris de la plainte déposée en mars 2007 par trois associations pour « recel de détournement de fonds publics » visant les présidents gabonais (Omar Bongo), congolais (Denis Sassou Nguesso), et guinéo-équatorien (Teodoro Obiang). La visite de Nicolas Sarkozy à Omar Bongo juste avant son élection et son appel au même Bongo au lendemain de son élection pour le remercier de ses conseils. Son refus d’aborder le sort des nombreux journalistes assassinés au Congo avec Denis Sassou Nguesso. Tout cela montre que Le pouvoir français conserve toujours des relations coloniales avec certains Etats africains, pour le plus grand profit d’une petite camarilla africaine et française.

Comment réagissez-vous à l’ouverture, début avril par le parquet de Monaco, d’une enquête préliminaire visant un compte off shore détenu par feu Edith Bongo, la femme d’Omar Bongo ?

Quelle honte pour la France de se voir donner des leçons de justice et de transparence par Monaco ! Le parquet de Paris a commis une erreur historique en classant cette affaire. Il n’a même pas invoqué l’« opportunité politique » pour le faire mais, « l’absence de délit constitué ». Comment peut-on mentir ainsi à l’opinion au vu des preuves flagrantes de détournements de fonds publics qui figurent dans le dossier ? Cela dit, ne soyons pas naïfs. Monaco a juste fait un geste de bonne volonté avant le G20. On risque d’apprendre dans quelques mois que l’argent déposé sur le compte d’Edith Bongo était tout à fait légitime, qu’elle avait une très riche grand-mère ou qu’elle avait gagné au loto…

“En 2008, il y a eu 26 ouvertures d’instructions financières en France, il y en avait eu 120 l’année précédente. La volonté politique est très claire.”

Dans votre livre, Drago Kos, président de la Commission pour la prévention de la corruption en Slovénie, affirme : « La Commission européenne se fiche complètement de la lutte contre la corruption. » Partagez-vous cet avis ?

Drago Kos souhaite que l’Europe soit plus vigilante dans sa lutte contre la corruption. Pour l’instant, l’Union européenne doit se contenter d’agir avec l’Office européen de lutte anti-fraude (Olaf), qui n’est que l’embryon d’un organisme d’en­quête. Il n’existe pas de parquet européen qui pourrait contrer plus efficacement la criminalité financière internationale. La Commission européenne ne reste pourtant pas toujours inerte. En 2008, elle a bloqué 800 millions d’euros d’aide à la Bulgarie, dans l’attente de progrès sur le front de la corruption dans ce pays. Cette décision prouve qu’elle peut montrer les dents. Elle pourrait le faire beaucoup plus, et ce sera une de mes priorités si je suis élue.

En Bulgarie, vous décrivez un système politique gangrené par la corruption et la mafia, et vous annoncez au détour d’une phrase que Dominique de Villepin préside le groupe d’« experts européens » chargé par le gouvernement bulgare d’améliorer l’image de son pays auprès des instances européennes. Comment jugez-vous ce type d’engagement ?

Je trouve incroyable qu’un ancien Premier ministre français fasse du lobbying pour améliorer l’image de la Bulgarie. C’est sidérant. Cela prouve que la seule valeur qui compte dans notre monde est l’argent et que tout est à vendre.

On est frappé en lisant le livre de l’ampleur de la corruption dans plusieurs pays de l’Union européenne et de la discrétion des organismes (Office antifraude de l’Union européenne, Comité anticorruption de l’OCDE, le GRECO au Conseil de l’Europe) chargés de lutter contre elle...

Comme toutes les constructions supranationales, ces organismes sont faibles, car ils fonctionnent sur le consensus. Par nature, ce sont des lieux propices aux collusions d’intérêts et aux jeux d’alliances. Pourtant, croyez moi, s’ils n’existaient pas, la situation serait encore pire. En dépit des pressions très fortes des Etats, certaines procédures sont menées à leur terme.

Le gouvernement anglais n’a par exemple pas réussi à obtenir la tête de Mark Pieth, le président du Comité de lutte anticorruption de l’OCDE, et a subi l’humiliation d’être sévèrement pointé du doigt dans un rapport de l’OCDE pour avoir stoppé une enquête en Grande-Bretagne contre le groupe d’armement British Aerospace, accusé de corruption massive sur des contrats d’armes.

Ces condamnations, peu connues de l’opinion publique, peuvent-elles avoir le moindre impact dans la lutte contre la corruption ?

Ces organismes n’ont pour l’instant rien de mieux à proposer que de rendre public ce type de rapports et d’essayer de les faire vivre dans un espace public pollué par de nombreuses informations sans grande importance. C’est leur seule arme. C’est un sabre de bois, mais c’est un sabre.

“La criminalité financière est internationale. Nous devons mettre en place une justice supranationale.”

Que faudrait-il faire pour renforcer la lutte contre la corruption au niveau européen ?

Les enquêteurs sont limités à leur territoire national, alors que la criminalité financière est internationale. Nous devons mettre en place une justice supranationale. Un procès contre la France se déroulerait devant les tribunaux français, mais resterait hors de portée du parquet français.
Par ailleurs, l’Europe s’est depuis longtemps dotée d’une Cour européenne des Droits de l’homme et, dans la mesure où on peut penser que la grande corruption est une violation des Droits de l’homme, il serait concevable de créer également un tribunal européen chargé de la criminalité économique trans-frontières.

En Bulgarie, certains journalistes n’hésitent pas à dénoncer à leurs risques et périls les dérives mafieuses, comment jugez-vous l’état des médias en France ?

Je suis partagée. Comme partout dans le monde, la presse est en crise et je comprends la lassitude et le découragement des journalistes qui sortent des affaires sans que rien ne bouge. En même temps, je trouve qu’il y a des silences assourdissants sur certains sujets.
Quand on apprend par exemple qu’une perquisition au domicile de Gaston Flosse, véritable proconsul sénateur de la Polynésie française, a permis la découverte d’une lettre détaillant les conditions dans lesquelles un journaliste tahitien aurait été assassiné, il me semble que le rôle de la presse est d’enquêter.
Même chose quand le parquet de Paris ouvre une enquête préliminaire pour « trafic d’influence » contre Christian Poncelet, sénateur des Vosges et ancien président du Sénat. Dans ce type de cas, les médias devraient demander en permanence des comptes au procureur compétent. Il faut bien comprendre que, dans leur tête, les procureurs rendent d’abord compte à leur ministre, lui-même en ligne directe avec la présidence de la République.
La presse ne doit pas hésiter à poser les questions gênantes et rappeler, le cas échéant, les procureurs à leur inaction. Les magistrats rendent la justice au nom du peuple français et non au nom du pouvoir, mais ils ont tendance à l’oublier si on ne leur rappelle pas !

Six ans après la Déclaration de Paris, appelant les juridictions des différents Etats à s’unir contre la corruption internationale, la coopération internationale reste minime, n’est-ce pas décourageant ?

Tout n’est pas noir. Une convention anti-corruption a été adoptée par l’ONU en 2003 et ratifiée par 130 pays qui se sont dotés d’une législation anticorruption. Les instruments juridiques s’en trouvent améliorés, et c’est un énorme progrès.

Vous avez mis sur pied, avec l’aide du gouvernement norvégien, le Network, un réseau informel international d’enquêteurs spécialisés dans la lutte contre la corruption. On n’y trouve aucun Français. Faut-il y voir un signe ?

Non, c’est un hasard. Pas une fatalité. Reste qu’il n’existe plus de grandes enquêtes en cours actuellement en France et ce n’est pas bon signe. En 2008, il y a eu 26 ouvertures d’instructions financières, il y en avait eu 120 l’année précédente. La volonté politique est très claire.

Vous avez déclaré un jour : « On ne peut pas gagner le combat contre la corruption, nous avons perdu contre le pouvoir et la cupidité, mais cette lutte vaut la peine d’être menée. » Où trouvez-vous la force de continuer à mener une cause qui vous semble perdue ?

Je ne crois plus qu’on puisse instruire contre le pouvoir à très haut niveau. Nulle part, y compris dans des pays très démocratiques. Au bout d’un moment, le pouvoir finit toujours par ne plus tolérer les intrusions qui le menacent. Quand j’ai créé une unité anticorruption à Madagascar, j’ai expliqué aux enquêteurs qu’ils pouvaient épingler le directeur des douanes, pas le Premier ministre.

Cette guerre-là est perdue d’avance. Madagascar est un pays à la démocratie incertaine. Dans un pays comme la France, il faut être plus courageux, mais c’est à haut risque. Au niveau international, nous pouvons fermer les lieux où les personnalités corrompues cachent leur butin. C’est la raison pour laquelle il faut lutter sans relâche contre les paradis fiscaux (1).

“Les magistrats rendent la justice au nom du peuple français et non au nom du pouvoir, mais ils ont tendance à l’oublier si on ne leur rappelle pas !”

Faut-il réformer le cadre légal autorisant le versement de toutes sortes de rémunérations complémentaires (primes, stock-options, parachutes dorés…) aux dirigeants des grandes entreprises ?

Je pense que certains patrons comme Daniel Bouton (Société Générale) ou Thierry Morin (Valéo) ont une image d’eux-mêmes qui n’a rien à voir avec la réalité. Je n’ai jamais compris comment on pouvait croire que le résultat d’une très grande entreprise était dû à la performance de ses cadres dirigeants. Prenez les compagnies pétrolières, leur résultat dépend bien plus du cours du pétrole et de celui du dollar que de l’action de leurs dirigeants.

Nous avons accepté en période de croissance des comportements intolérables. Certains dirigeants ont fait prendre des risques mortels à leur entreprise et voudraient continuer à ponctionner pour leurs revenus et leurs retraites des sommes démesurées. Avec ma fille, nous avons écrit un livre technique sur l’abus de biens sociaux. Dans la jurisprudence française, on trouve des boulangers ou des entrepreneurs de carrosserie condamnés pour s’être versé une rémunération trop importante alors que leur entreprise battait de l’aile. Je parle de 300 €, pas de milliers de stock-options ! A cette aune, Daniel Bouton serait en faute. Mais il ne sera jamais inquiété.

“Il existe un salaire minimum, il faudrait créer un salaire maximum.”

Ne craignez-vous pas qu’en se focalisant sur les avantages des chefs d’entreprise on occulte les questions plus essentielles des paradis fiscaux et de la régulation des marchés financiers ?

Vous savez bien que la réalité n’existe pas, il n’y a que la perception de la réalité qui existe. Et, dans cette perception, les symboles sont très importants. Pour notre « vivre ensemble », notre contrat social, il est vital que ces comportements cessent. Il existe un salaire minimum, il faudrait créer un salaire maximum. Depuis vingt ans, une frange de la population s’est autoproclamée indispensable et s’est arrogé des rémunérations délirantes. Il faut la ramener à la réalité.

En introduction de votre livre, vous écrivez : « A Paris, j’ai connu des reparties qui vous marquent pour toujours, parce qu’elles vous font entrevoir la réalité du ­monde. » Auxquelles pensiez-vous ?

Il y en eut de très nombreuses. Celle de Pierre Conso, par exemple, l’ancien patron des Ciments français. Cet homme plaisant et bien intentionné m’a dit un jour : « Madame Joly, ce que vous me reprochez là – délits d’initié, présentation de faux bilans, camouflage de l’endettement –, il n’y a que les juges pour s’en étonner. C’est ça le monde. »

Avec sa casquette de professeur à HEC, il m’a ensuite fait cette proposition : « Si vous voulez, je pourrais vous faire réaliser une étude par mes étudiants qui vous montrerait que toutes les entreprises du CAC 40 ont des filiales dans les paradis fiscaux qui servent à commettre des délits d’initié. »

Une autre fois, un dirigeant d’une grande compagnie pétrolière m’a dit : « Madame Joly, vous devriez m’admirer de maintenir le montant de la corruption à hauteur de 2,5 % dans le pétrole. Car, bien sûr, vous connaissez les pourcentages dans l’armement ? C’est 40 %. » Tout ça était dit avec tellement d’évidence, et cette morgue des élites que je reconnais entre mille.

Vous revenez en France dans l’arène politique, un monde dont vous connaissez moins les codes, ne craignez-vous plus ces reparties qui ne manqueront pas de vous être à nouveau adressées ?

J’ai désormais quelques certitudes. Du temps de l’affaire Elf, je n’avais pas encore compris « the big picture », je n’avais pas l’image complète. Aujourd’hui, je comprends mieux comment fonctionne le monde. Je pense être porteuse de cette force-là et pouvoir l’utiliser utilement.

. Propos recueillis par Olivier Milot (1) Lire sur ce sujet : “La question des flux financiers illicites”, par Raymond Baker et Eva Joly, dans le no 124 de la revue “Commentaire” (commentaire.fr).

A lire Des héros ordinaires, d'Eva Joly, éd. Les Arènes, 192 p., 19 €.

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télérama.fr Eva Joly (2/2) : “Bannir les paradis fiscaux d’Europe”

LE MONDE BOUGE - Tête de liste des Verts aux européennes, la Norvégienne Eva Joly sort un livre… qui n’a rien à voir avec l’écologie. Car la magistrate qui a révélé l’affaire Elf en France, réquisitionnée par l’Islande pour enquêter sur les malversations financières qui l’ont conduit au bord de la faillite, se mobilise plus que jamais contre les réseaux véreux de la finance internationale.

Seconde partie de l’incroyable entretien qu’elle nous a accordé : comment une vraie lutte contre les paradis fiscaux est essentielle et possible. Eva Joly (1/2) : bille en tête contre la corruption | 16 avril 2009

En France, Eva Joly est la femme par qui le plus important scandale politico-financier est arrivé. L’affaire Elf aura été l’acmé de sa carrière de magistrate et le point de départ d’un combat opiniâtre contre la corruption internationale. Infatigable, elle revient aujourd’hui sur tous les fronts. Au côté du gouvernement islandais pour essayer de comprendre comment ce pays a été balayé par la crise financière. Au côté de Daniel Cohn-Bendit comme candidate sur la liste Europe Ecologie pour les prochaines européennes.
Avec un livre, Des héros ordinaires (Les Arènes), dans lequel elle dresse le portrait de quelques personnalités courageuses en lutte contre la corruption et les paradis fiscaux. Des thèmes brûlants d’actualité qu’Eva Joly connaît bien et sur lesquels elle livre une analyse qui ne s’embarrasse pas de circonvolutions. Suite et fin de l’entretien qu’elle nous a accordé.

Télérama : Quel jugement portez-vous sur les mesures prises contre les paradis fiscaux (1) par le G20 ?

Eva Joly : Il n’y a pas de volonté politique suffisante pour en finir avec les paradis fiscaux. Partout les liens sont très forts entre le pouvoir et le capital. Barack Obama ne fait pas exception. Personne ne peut se fait élire président des Etats-Unis sans l’appui de Wall Street.

Les plus gros donateurs de sa campagne s’appellent Goldman Sachs, UBS, J.P. Morgan, Chase et Citigroup. Tous des géants de la finance.

En Europe, Angela Merkel était très offensive contre les paradis fiscaux, mais son propre secrétaire d’Etat à l’Economie, Axel Nawrath, m’avait un jour confié : « Madame Joly, l’Europe ne fera jamais rien contre les paradis fiscaux. Au cœur de l’Europe, nous avons le Luxembourg et la City de Londres. Et vous croyez que les Anglais ou les Luxembourgeois accepteront qu’on réforme un système dont ils sont les premiers bénéficiaires ? »

“Qui sait que l’île Maurice, un million d’habitants, réalise à elle seule 57 % des investissements étrangers en Inde ?”

L’annonce de la fin du secret bancaire et la publication par l’OCDE de listes de pays « non coopératifs » ne constituent donc pas, à vos yeux, une avancée ?

Seuls les particuliers seront touchés par ces mesures, et encore, ceux qui ne sont pas astucieux. Les autres se cacheront derrière des sociétés fictives ou des trusts [NDLR : entités juridiques permettant de dissimuler les véritables propriétaires]. En effet, on ne va pas toucher aux structures car elles sont utilisées par les multinationales. Quant aux listes noires et grises de l’OCDE, elles existent depuis dix ans et ont beaucoup varié avec le temps sans jamais empêcher la croissance des paradis fiscaux.

Ces listes sont en plus le fruit de compromis entre Etats, et de nombreux paradis fiscaux y échappent. Prenez l’île Maurice, elle n’est présente sur aucune liste alors que c’est un très grand paradis fiscal. Qui sait que cette île de un million d’habitants réalise à elle seule 57 % des investissements étrangers en Inde, alors qu’il n’y a d’autres activités que des sociétés fictives gérées par 150 individus ? Neuf de ces individus se retrouvent même à eux seuls derrière 1 500 sociétés dont ils sont à la fois gestionnaires et membres du conseil d’administration. Qui peut croire que cela a une réalité économique ? Personne.

Comment les multinationales se servent-elles, concrètement, des paradis fiscaux ?

La technique la plus répandue est celle des prix de transfert, qui permet aux entreprises de maquiller leurs comptes pour payer moins d’impôts dans les pays où elles sont implantées.
Le système est simple. Une société vend son produit, par exemple du minerai, à un prix délibérément sous-estimé à une filiale installée dans un centre offshore. La filiale revend le même minerai, cette fois-ci au prix fort. Quand la société publie ses comptes dans le pays où se trouve la mine qu’elle exploite, elle affiche des résultats modestes sur place, qui limitent les impôts dont elle doit s’acquitter. Ses vrais profits sont ailleurs.

Grâce à ce subterfuge, l’entreprise américaine Exxon n’a ainsi pas payé d’impôts pendant vingt-six ans au Chili sur les mines de cuivre acquises lors des privatisations par le régime Pinochet. Quand Exxon a revendu la mine, elle a touché plus de 1,8 milliard de dollars. La mine était donc très rentable !

Mais au Chili, pas un contribuable n’a vu passer les profits sur le cuivre. Quand vous savez que l’OCDE estime qu’environ 60 % des échanges internationaux sont réalisés par des multinationales qui achètent et vendent à leurs propres filiales et succursales, imaginez l’ampleur des manipulations possibles.

“On sait que Total a gagné près de 13 milliards d’euros l’année dernière, mais on ignore où…”

Qu’aurait du faire les dirigeants du G20 pour lutter efficacement contre les paradis fiscaux ?

Ils auraient dû au moins interdire aux banques bénéficiant de fonds publics de posséder des filiales dans les paradis fiscaux. Ils n’ont pas osé prendre ce risque car la moitié des transactions bancaires mondiales passent par les paradis fiscaux ! Ils auraient également pu rendre automatique et obligatoire, dans le monde entier, l’échange d’informations fiscales entre les pays. C’est un système que l’Union européenne a instauré depuis l’été 2003 avec la directive sur la taxation des revenus de l’épargne. Chaque Etat membre est tenu de déclarer une fois par an les intérêts touchés dans leur pays par des ressortissants européens disposant de comptes chez eux. La France informe par exemple chaque année le fisc allemand des intérêts touchés par des Allemands qui ont ouvert des comptes sur son sol. Et inversement. C’est un outil précieux pour éviter l’évasion fiscale entre pays membres de l’Union européenne, et, comme par hasard, la Belgique, le Luxembourg et l’Autriche, ont négocié un régime dérogatoire à ce système.

Ils auraient également pu imposer aux multinationales de publier leurs bénéfices pays par pays. C’est une mesure simple, qui ne coûte rien et qu’on pourrait introduire immédiatement. Actuellement, les entreprises ne publient que des comptes consolidés. Du coup, on sait par exemple que Total a gagné près de 13 milliards d’euros l’année dernière, mais on ignore où. Si ces informations étaient publiées en annexe des comptes, on verrait alors qu’elle réalise d’importants bénéfices à l’Ile Maurice et aux Bermudes et très peu en Algérie ou en Angola. Vous le voyez, ce ne sont pas les mesures efficaces qui manquent, juste la volonté politique de les décider, de les mettre en place et de créer un système de sanctions pour rendre obligatoire leur application.

L’Europe a-t-elle vocation à être en pointe dans cette lutte ?

Je ne sais pas si « elle a » mais il faudrait qu’« elle ait » vocation. Nous devrions bannir les paradis fiscaux de notre continent en imposant leur boycott absolu par les banques et les entreprises européennes. C’est ma position, et c’est l’une des raisons pour lesquelles je me présente aux européennes. Comme citoyenne, j’ai épuisé toutes les possibilités dans ce combat. Il faut maintenant qu’il devienne un enjeu politique, un enjeu de société.

Comment, très concrètrement, un citoyen lambda peut-il lutter contre les paradis fiscaux ? En faisant pression sur son gouvernement, en boycotant les banques et les entreprises qui les utilisent ?

On peut adhérer à des ONG comme Transparency International ou Tax Justice Network. On ne peut pas en revanche boycotter les grandes entreprises cotées en Bourse, ou alors il faudrait les boycotter toutes. Aux Etats-Unis comme en France, presque toutes ces grandes entreprises ont des filiales dans les paradis fiscaux. Même en Norvège, nous avons une société nationale qui est allée se faire défiscaliser en Belgique. C’est hallucinant ! Quant à Lehman Brothers, qui est à l’origine de la crise des subprimes, elle possédait cent quarante et une filiales dont cinquante-sept dans les paradis fiscaux.

. Propos recueillis par Olivier Milot (1) Pays ou territoires alliant souvent le secret bancaire à une fiscalité basse ou nulle.
A lire Des héros ordinaires, d'Eva Joly, éd. Les Arènes, 192 p., 19 €.

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