11 décembre 2006 : L'Iran nie
11 novembre 2004 : La Roumanie reconnaît officiellement sa culpabilité
08 mars 2001 : Selon Eric Hazan :"L'accusation de révisionnisme portée contre le livre de Norman Finkelstein, «l'Industrie de l'Holocauste», relève d'un véritable terrorisme intellectuel."
Brouillage sur l'Holocauste, Par ERIC HAZAN, Libération, 08 mars 2001, p. 5.
Eric Hazan est éditeur et traducteur. Il a cosigné ce texte avec le collectif éditorial de la Fabrique: Alain Brossat, Stéphanie Grégoire, Olivier Lecour-
Cette campagne de diffamation n'a qu'un but : éviter que s'ouvre la discussion autour des thèses de Norman Finkelstein.
Une association jusqu'ici inconnue, Avocats sans frontières, entend porter plainte pour «diffamation raciale» et «incitation à la haine raciale» (1) contre Norman Finkelstein, en sa qualité d'auteur de l'Industrie de l'Holocauste. Réflexions sur l'exploitation de la souffrance des juifs, et contre nous-mêmes, éditeurs du livre en France (2). «Sous couvert de son patronyme, Norman Finkelstein ne fait que reprendre à son compte les thèses révisionnistes de Roger Garaudy, déjà condamné pour révisionnisme et diffamation raciale», disent-ils.
Face à l'évidence de la diffamation, nous avons décidé, en accord avec notre auteur, de porter plainte contre cette association pour dénonciation calomnieuse. Tous les moyens ne sont pas acceptables dans le débat intellectuel et politique.
La calomnie lancée par ces juristes n'est qu'un élément d'une configuration historique inquiétante. Le travail historique et plus généralement la réflexion sur l'histoire sont systématiquement suspendus au risque d'accusation de révisionnisme et négationnisme dès lors qu'ils viennent remettre en question, par la critique, des idées reçues, ou pire, le discours dominant. Ce sont ainsi des pans entiers de notre histoire contemporaine qui sont frappés d'interdit d'analyse, d'autocensure ou in fine, pour les plus courageux qui s'y risquent malgré tout, de censure. Sous couvert d'une mémoire douloureuse et devenue pour certains sacrée, on manipule avec une bonne conscience imperturbable le concept de révisionnisme, indispensable pourtant à l'épistémologie de l'histoire pour qu'on puisse distinguer ce qui relève de la quête de vérité et ce qui relève de son brouillage. Le résultat d'une telle manipulation consiste à faire de l'argument du «révisionnisme» un instrument de terrorisme intellectuel.
Cette campagne de diffamation n'a qu'un seul but: éviter que s'ouvre dans des conditions normales la discussion autour des thèses présentées, argumentées et documentées par Norman Finkelstein selon les règles du métier. Que celles-ci soient donc ici brièvement rappelées :
- La place du génocide des juifs dans le discours public des dirigeants juifs américains est historiquement déterminée non par l'intérêt des victimes survivantes, mais par le loyalisme à l'égard du gouvernement américain. Après avoir refusé d'en parler dans un contexte où les Etats-Unis étaient les alliés d'une Allemagne mal dénazifiée, ils ont fabriqué un discours sur l'Holocauste comme événement catégoriquement unique, lorsque Israël devint après 1967 l'allié essentiel des Etats-Unis au Moyen-Orient.
- Ce discours sur l'Holocauste a donné naissance à une «industrie». Les principales organisations juives américaines et internationales détournent les fonds de réparations matérielles réclamés aux gouvernements européens, aux dépens des survivants. C'est ce que l'auteur appelle la «double extorsion».
- L'exploitation idéologique et politique du souvenir collectif du génocide commis par les nazis, notamment aux Etats-Unis, est ce qui autorise «un pays doté d'une puissance militaire parmi les plus redoutables, présentant un dossier désastreux en matière de droits de l'homme», à s'assigner à soi-même le rôle d'Etat-victime.
Sur chacun de ces points, Finkelstein présente ses sources, argumente, répond aux objections. Son texte est écrit sur un ton souvent véhément. De fait, le détournement «du statut moral du martyre du peuple juif» en affaire lucrative l'indigne et mérite selon lui «l'opprobre public». Mais il ne faudrait pas que la colère de notre auteur serve de prétexte à éluder la question première: a-t-il oui ou non le droit d'exposer ces analyses et ces opinions? Il est évidemment légitime de critiquer ce livre comme tout autre, et d'ailleurs les membres de notre collectif apprécient de façon diverse certaines de ses thèses. Nous jugeons cependant qu'il pose des questions essentielles et son livre constitue l'occasion d'ouvrir un débat indispensable.
Mais le livre de Finkelstein offre des armes aux antisémites et à l'extrême droite: tel est naturellement l'argument de dernier recours de certains de nos contradicteurs, de bonne ou de mauvaise foi. C'est avec ce genre d'arguments que de tout temps on a défendu le mensonge: c'était «faire le jeu des nazis» que de dénoncer la main de Staline dans le massacre de Katyn; le jeu des antisémites, déjà, que de parler de la tuerie de Der Yassine; celui de l'impérialisme que de dénoncer les camps soviétiques.
Nous continuons de penser, plus que jamais dans un tel contexte, que le livre de Norman Finkelstein devait être proposé à un public français suffisamment mûr et informé pour se forger son propre avis. S'il s'agit, une fois encore, de tenter d'imposer des exceptions à la liberté de dire et de critiquer dans ces domaines «sensibles» que sont l'instrumentalisation idéologique du génocide des juifs et la politique de l'Etat d'Israël envers le peuple palestinien, nous ne pouvons en tant que collectif éditorial qu'assumer d'une manière ferme et sans hésitation notre décision d'éditer ce livre.
(1) Voir Libération du 1er mars.
(2) Libération a rendu compte du livre et interviewé son auteur dans son édition du jeudi 15 février.
------
(11 novembre 2004 Roumanie) La Roumanie reconnaît formellement avoir participé à l'extermination des juifs
Le président Ion Iliescu endosse "l'entière responsabilité de l'Etat" pour la Shoah durant la seconde guerre mondiale. Environ 400 000 juifs et 11 000 Tziganes furent tués.
Bucarest de notre correspondant
La Roumanie vient de reconnaître officiellement sa participation à la Shoah. Après avoir nié pendant un demi-siècle sa responsabilité dans l'extermination des juifs, Bucarest se rend à l'évidence. Environ 400 000 juifs et 11 000 Tziganes ont été tués par les autorités civiles et militaires roumaines pendant la seconde guerre mondiale. "En acceptant les conclusions des historiens, j'assume l'entière responsabilité de l'Etat roumain pour les atrocités commises, a déclaré le président Ion Iliescu le 11 novembre. Le tragique épisode roumain de la Shoah a été trop longtemps ignoré, aussi bien sous le régime communiste qu'après."
Dirigée d'une main de fer par le maréchal Ion Antonescu pendant la seconde guerre mondiale, la Roumanie a été l'alliée de l'Allemagne nazie. Environ 400 000 juifs sur les 750 000 qui vivaient en Roumanie avant la guerre ont trouvé la mort dans les camps de Transnistrie, petite enclave située entre la Roumanie et l'Ukraine. En 1946, le maréchal Antonescu a été exécuté par les autorités communistes, mais le communisme est loin d'avoir amélioré le sort des juifs. Le dictateur Nicolae Ceausescu les a "vendus" à l'Etat d'Israël en exigeant de celui-ci 10 000 dollars pour chaque juif qui voulait émigrer. Aujourd'hui, la Roumanie ne compte plus que 13 000 juifs.
Le repentir tardif du chef de l'Etat roumain ne fait que rétablir la vérité. En juin 2003, l'ex-communiste Ion Iliescu avait provoqué un concert de protestations en affirmant, dans un entretien publié par le quotidien israélien Haaretz, que "l'Holocauste n' - avait - pas été réservé qu'aux juifs". "Dans la Roumanie nazie, les juifs et les communistes étaient traités de la même manière", avait-il dit. Le quotidien Jerusalem Post avait plaidé pour l'isolement du chef de l'Etat roumain sur la scène internationale en l'assimilant au leader extrémiste autrichien Jörg Haider. "En essayant de minimiser la tragédie des juifs en Europe, et surtout en Roumanie, Iliescu nous blesse tous", écrivait l'éditorialiste du Jerusalem Post. Le ministre israélien de l'intérieur, Avraham Poraz, né en Roumanie, était allé encore plus loin. "Ion Iliescu est persona non grata, avait-il déclaré. La Roumanie a été un pays très antisémite. Mon grand-père a été tué par les soldats roumains en 1940. Que les Roumains affirment maintenant qu'ils n'ont pas participé à l'Holocauste est une honte."
Ce n'est qu'en octobre 2003 que, sous la pression internationale, Ion Iliescu a accepté la création d'une commission chargée d'étudier la Shoah en Roumanie, dirigée par le Prix Nobel de la paix Elie Wiesel. Après avoir rédigé un rapport de 400 pages, celui-ci s'est rendu à Bucarest début novembre pour le soumettre aux plus hautes autorités de l'Etat. "Je suis né en Roumanie et j'avais lu tout ce qui concerne l'Holocauste, et pourtant j'ignorais ce qui s'est passé en Transnistrie, a-t-il déclaré. Je ne savais pas qu'il y avait eu tantde brutalité, due exclusivement à l'antisémitisme."
La commission recommande à la Roumanie d'annuler la réhabilitation de criminels de guerre. En effet, une dizaine de statues du maréchal Ion Antonescu, perçu comme un héros anticommuniste par une partie de la population roumaine, ont été installées à Bucarest et dans plusieurs grandes villes de province au cours des années 1990. Pays candidat à l'Union européenne, la Roumanie a été contrainte d'adopter en 2002 une loi interdisant la diffusion de symboles fascistes, racistes et xénophobes.
Aujourd'hui, la Roumanie s'apprête à construire un mémorial de la Shoah et un musée de l'Holocauste, tandis que ce sombre épisode de l'histoire roumaine sera intégré dans les manuels scolaires. "L'important est non seulement de connaître la vérité, mais surtout d'éduquer la société afin que de telles tragédies ne se répètent pas, a résumé le président Ion Iliescu. Le rapport des historiens sera un véritable outil de travail."
Mirel Bran, ARTICLE PARU DANS L'EDITION DU 17.11.04, LE MONDE | 16.11.04 | 13h41
-------
mardi 12 décembre 2006
Téhéran, capitale du déni de la Shoah
Manouchehr Mottaki ministre iranien des affaires étrangères.
Le régime des mollahs organise une conférence sur la «réalité» et le «mythe» de l'Holocauste en donnant une tribune aux négationnistes.
Par Thomas HOFNUNG Libération mardi 12 décembre 2006
QUOTIDIEN :
(avec AFP, Reuters)
Le «mythe» vaut bien une conférence.
Une réunion sur la «réalité» de l'extermination des Juifs durant la Seconde Guerre mondiale, notamment sur l'utilisation de chambres à gaz dans les camps de concentration nazis, s'est ouverte, hier, à Téhéran. Intitulée «Etude de l'Holocauste : une vision mondiale», la conférence se tient à l'Institut d'études politiques et internationales, qui dépend du ministère des Affaires étrangères.
Durant deux jours, des «universitaires» et «chercheurs» européens, tel l'ex-universitaire et révisionniste français Robert Faurisson, condamné à de multiples reprises par la justice française pour sa négation de la réalité de l'Holocauste. Mais aussi des rabbins antisionistes ou encore l'ancien représentant républicain de Louisiane David Duke, ex-dirigeant du Ku Klux Klan, vont «débattre» sur le sujet.
Ils sont notamment invités à se pencher sur le thème suivant : «Holocauste : suites et exploitation.» Le président iranien Mahmoud Ahmadinejad en est à la fois le concepteur et le promoteur. Depuis son arrivée au pouvoir, en août 2005, il a parlé à plusieurs reprises de l'Holocauste comme d'un «mythe», utilisé selon lui par Israël au Proche-Orient, qu'il qualifie par ailleurs de «tumeur» et qu'il souhaite ouvertement «rayer de la carte». Malgré les pressions de la communauté internationale, Téhéran cherche à se doter de l'arme nucléaire.
Dans son discours d'ouverture, le ministre iranien des Affaires étrangères, Manouchehr Mottaki, a affirmé : «Le but de cette conférence n'est pas de nier ou de confirmer la réalité de l'Holocauste. L'objectif principal, c'est de donner l'occasion de s'exprimer à des penseurs qui ne peuvent pas le faire librement en Europe.»
Cette conférence a provoqué de nombreuses protestations.
Le Premier ministre israélien Ehud Olmert l'a qualifiée de «nauséabonde».
Paris a exprimé son «inquiétude», alors que Berlin a condamné «toute tentative de ceux qui cherchent à donner un forum à ceux qui relativisent et remettent en cause l'Holocauste».
Washington a parlé de «geste honteux».
Enfin, le secrétaire général de l'ONU, Kofi Annan, a estimé que «toute tentative de semer le doute sur la réalité de cette horreur unique et indéniable doit susciter l'opposition ferme de toute personne de bonne volonté, quelle que soit sa religion».
La conférence est également critiquée par la communauté juive d'Iran (25 000 personnes). «Nier l'Holocauste est une immense insulte», a dit Moris Motamed, unique député juif au Parlement iranien. Pas aux yeux des dirigeants iraniens.
Libération, QUOTIDIEN : mardi 12 décembre 2006
(avec AFP, Reuters)
-------