Vladimir Goussinski rejoint la Terre promise, Libération, 26 avril 2001, p. 9.

AFP, 23 décembre 2000 : Le patron de presse russe Vladimir Goussinski libéré sous caution
Vladimir Goussinski ne passera pas les fêtes de fin d'année en prison. Le magnat de la presse indépendante russe est libéré sous caution. Il devra rester encore en cellule dans la nuit de vendredi à samedi en attendant que ses avocats déposent la garantie bancaire, 6 millions d'euros, auprès de l'Audience nationale, la principale instance pénale espagnole.

Vladimir Goussinski fait toujours l'objet d'une demande d'extradition de la part des autorités russes pour fraude auprès d'une compagnie nationale. Le montant des escroqueries présumées du patron de presse serait de plus de 250 millions d'euros.

Vladimir Goussinski avait été arrêté dans la nuit du 11 au 12 décembre dernier dans sa luxueuse villa de Sotogrande, sur la côte sud de l'Espagne. Un mandat d'arrêt international avait été émis contre lui par le parquet général de Russie.

Le patron du groupe de presse Media-Most, la seule voix d'opposition d'audience nationale en Russie, est l'un de ces oligarques auxquels le président Poutine a déclaré une guerre sans merci.

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Vladimir Goussinski rejoint la Terre promise, Libération 26 avril 2001, p. 9.
Le magnat de la presse a quitté l'Espagne pour Israël et n'entend pas retourner en Russie.

«Les médias ne sont respectables que tant qu'ils sont dirigés de l'intérieur du pays, et non pas financés par des dollars de l'étranger.» Soljenitsyne

Le patron de presse Vladimir Goussinski, qui vient de perdre le contrôle de la chaîne de télé NTV, la seule chaîne nationale qui n'était pas alignée sur le Kremlin, est arrivé hier en Israël, alors que la justice russe lançait un nouveau mandat d'arrêt contre lui. Citant des avocats, la radio publique israélienne a indiqué que son extradition vers la Russie serait «extrêmement difficile».

Vice-président du Congrès juif mondial, Goussinski possède la double nationalité russe et israélienne. Il détient d'importants intérêts en Israël, avec 25 % des parts du journal Maariv ainsi que des participations dans la chaîne de télé par câble Matav et le holding ILDC. Il est arrivé de Gilbratar après que la justice espagnole eut rejeté la demande d'extradition de la Russie qui l'accuse d'«escroquerie à grande échelle».

Moscou semble toutefois décidé à ne pas le lâcher. Goussinski a été convoqué pour se présenter demain devant la justice afin de prendre connaissance de la nouvelle inculpation de blanchiment d'argent (pour un montant de près de 100 millions de dollars) dont il fait l'objet. Le porte-parole de Media-Most, son groupe de presse, a estimé que le Parquet russe «refusait d'admettre sa défaite» après la décision espagnole et cherchait ainsi «à sauver la face».

A son départ d'Espagne, Goussinski a semblé exclure un retour. «Si je vais en Russie, ce ne sera qu'un billet aller», a-t-il dit. Il a toujours affirmé que le Kremlin était à l'origine de ses ennuis judiciaires, afin de faire taire la plus importante chaîne d'opposition. Mais ses moyens sont désormais réduits avec le démembrement de son groupe. NTV est passée le 3 avril sous le contrôle de Gazprom, dont le principal actionnaire est l'Etat. Media-Most a aussi perdu le contrôle du quotidien Segodnia et de l'hebdomadaire Itogui.

Le magnat en exil a reçu un soutien plus qu'ambigu d'Alexandre Soljenitsyne. Lors de la remise d'un prix littéraire hier à Moscou, il a jugé «regrettable» ce qui est arrivé à NTV. «Les médias indépendants rafraîchissent nos perceptions, a expliqué le prix Nobel de littérature, mais ils ne sont utiles que tant qu'ils maintiennent une responsabilité face au pays et à la société.» De plus, les médias indépendants ne sont respectables que «tant qu'ils sont dirigés de l'intérieur du pays, et non pas financés par des dollars de l'étranger».

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