FONDS SECRETS, Ph.M., Le Parisien, 19 juillet 2001, p. 4.
En réponse aux affirmations de Jacques Chirac, le 14 juillet (2001), Lionel Jospin a choisi, hier (18 juillet 2001), de rendre publique, dans un communiqué, la répartition de l'argent liquide mis à la disposition du gouvernement et de l'Elysée. C'est une première.

Jospin ouvre ses comptes
S'IL FAUT en croire Matignon, ce n'est qu'hier matin qu'a été préparé le communiqué levant le voile sur les fonds secrets. Cette réponse circonstanciée aux propos du chef de l'Etat (qui affirmait le 14 juillet que « Matignon a 95 % des fonds et l'Elysée moins de 5 % ») est tombée sur les téléscripteurs des agences de presse à 12 h 29, soit quelques minutes après le compte rendu du Conseil des ministres.
Peu auparavant, l'Elysée avait été protocolairement prévenu par Matignon de la parution imminente de ce communiqué. Il semble, en revanche, que Lionel Jospin n'en ait pas soufflé mot à Jacques Chirac durant leur bref entretien avant le Conseil des ministres. Quoi qu'il en soit, la révélation du détail des fonds secrets est « une première historique », dit-on à Matignon.
Jamais en effet un chef de gouvernement n'a donné de telles précisions sur ces fonds, dont le montant global est chaque année voté par le Parlement « à l'aveugle », car soumis à aucun contrôle. « C'est aussi la première fois qu'un Premier ministre prend l'engagement de reverser à l'Etat le solde des fonds non utilisés à la fin de la législature », souligne-t-on rue de Varennes.

L'Elysée prend acte, mais « ne juge pas »

Alors que le chef de l'Etat doit faire face à de nouvelles révélations sur ses voyages privés (lire ci-dessous), Matignon cherche ainsi à reprendre la main. En réfutant au passage l'utilisation des « fonds spéciaux » à des fins politiques.
Sur un total de 393 millions de francs en 2001, les fonds secrets sont ainsi ventilés :
234 millions (60 %) pour la direction générale de la sécurité extérieure (DGSE).
24 millions (6 %) pour l'Elysée, dont le fonctionnement est également assuré, en 2001, par un crédit de 64 millions et par un décret de « dépenses accidentelles » de 50,5 millions.
133 millions (34 %) pour Matignon, répartis ainsi : 36 millions pour le fonctionnement de l'hôtel Matignon (plus un crédit budgétaire de 22,5 millions).
24 millions pour les indemnités des membres du cabinet et des personnels des services du Premier ministre travaillant avec le cabinet, soit 600 personnes.
52 millions pour les rémunérations complémentaires des membres des cabinets des trente-trois ministères, pour les frais de fonctionnement exceptionnels et pour les dépenses liées à la sécurité du Premier ministre.
12 millions pour des « actions humanitaires ».
Restent 9 millions qui devraient être, pour l'année 2001, le solde positif de l'ensemble de ces opérations.

Le solde actuel des comptes spéciaux attribués depuis 1997 (et non utilisés) est aujourd'hui « d'environ 102 millions ». Le solde définitif sera reversé au budget de l'Etat, comme s'y est personnellement engagé Lionel Jospin, sur France 3, le 9 juillet.
Hier l'Elysée a simplement pris acte de ces informations. « La répartition rendue publique par Matignon confirme ce qu'a dit le président le 14 juillet, dit-on dans l'entourage de Jacques Chirac. Pour le reste, en l'absence de contrôle, nous ne pouvons pas en juger. »

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