Dutheillet de Lamothe Olivier
Juriste catholique, spécialisé en droit social, conseiller d'Etat fils de conseiller d'Etat, ancien membre du cabinet de M. Jacques Barrot, ministre centriste de la Santé et de la sécurité sociale (1979-1981), puis de M. Philippe Séguin, ministre gaulliste séguiniste des Affaires sociales (1986-1988), conseiller social (1995-1997) du président de la République Jacques Chirac, gaulliste chiraquien, puis secrétaire général adjoint de la Présidence (1997-2000). Olivier Dutheillet de Lamothe, Raphaëlle Bacqué, Le Monde, 27 février 2001, p. 6.

" C'est un très fin juriste ", dit-on de lui à l'Elysée. " C'est un très fin juriste et, qui plus est, précisent les conseillers du président,un grand connaisseur des lois sociales et européennes. "C'est-à-dire, justement, les deux sujets sur lesquels Jacques Chirac entend peser. Le chef de l'Etat a donc choisi, en désignant Olivier Dutheillet de Lamothe, ce genre de profil subtil que cherche tout homme d'Etat : un expert en droit inattaquable et un fidèle politique patenté.

M. Dutheillet de Lamothe est, en effet, un de ces hauts fonctionnaires très français, fils de conseiller d'Etat devenu conseiller d'Etat lui-même. Sa nomination, à cinquante et un ans, au Conseil constitutionnel vient couronner une carrière tout entière déroulée entre la plus haute juridiction administrative et les cabinets ministériels. Licencié en droit, diplômé de l'Institut d'études politiques de Paris, énarque sorti, en 1975, major de la promotion Léon-Blum (la même que celle de Martine Aubry), il entre relativement vite dans le bain politique en devenant, de 1979 à 1981, conseiller technique de Jacques Barrot (UDF) au ministère de la santé et de la Sécurité sociale.

Sa modestie et une relative timidité n'empêchent pas M. Barrot de remarquer alors ses qualités de juriste, mais l'arrivée de la gauche au pouvoir le renvoie au Conseil d'Etat comme commissaire du gouvernement et membre de la section sociale. Il revient dans les cercles gouvernementaux de droite dès l'alternance de 1986. Cette fois, il rejoint Philippe Séguin, ministre des affaires sociales. Les objectifs sont tout aussi complexes : il s'agit de " faire du social " au cœur d'un gouvernement qui affiche sa forte tonalité libérale. M. Dutheillet de Lamothe élaborera donc le nouveau droit de licenciement, l'ordonnance sur l'aménagement du temps de travail, que François Mitterrand refuse de signer, et met au point la loi sur les handicapés dans les entreprises.

Ces deux expériences le font remarquer des cercles chiraquiens. En 1993-1995, alors que M. Chirac se trouve bien seul à mener sa campagne, " Dutheillet " est un de ceux qui alimentent le candidat sur les thèmes qui formeront bientôt le corpus de la " fracture sociale ", laquelle mènera M. Chirac à la victoire. C'est donc lui que le nouveau chef de l'Etat appellera, en 1995, pour devenir conseiller social à l'Elysée. Lorsque, après la dissolution, le secrétaire général adjoint, Jean-Pierre Denis, quitte ses fonctions pour cause, notamment, d'incompatibilité d'humeur avec Dominique de Villepin, M. Dutheillet de Lamothe est appelé pour le remplacer. Se retranchant volontiers derrière son expertise, il se gardera bien de heurter de front le secrétaire général de l'Elysée, mais il ne paraît pas s'épanouir dans ce poste.

Depuis le 13 septembre 2000, il avait quitté l'Elysée, à sa demande, pour rejoindre le Conseil d'Etat. " Un job d'attente ", disait-on dans l'entourage du chef de l'Etat. M. Dutheillet de Lamothe a été occupé ces quelque six mois par une mission sur " La place respective du droit romano-germanique et du droit anglo-saxon dans le droit international ", mais le président lui avait très vite laissé entrevoir qu'il le nommerait au Conseil constitutionnel. C'est chose faite.

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