« Il n'a reçu aucune consigne de personne », insiste l'entourage de Jean-Pierre Dintilhac au sujet de la décision d'une possible audition de Jacques Chirac.
«LE PROCUREUR ne reçoit plus d'instructions particulières du ministère de la Justice. » Jean-Pierre Dintilhac le répète en boucle depuis sa nomination au poste hypersensible de procureur de Paris.
Fini, les « consignes » de la Place Vendôme, l'époque où un coup de fil du directeur de cabinet du garde des Sceaux suffisait à faire classer un dossier.
« Cela fait une semaine qu'il travaille seul sur le dossier Chirac, il n'a reçu aucune consigne de personne », insiste son entourage au parquet au sujet de la décision d'hier sur une audition possible de Jacques Chirac. Jean-Pierre Dintilhac s'attend donc à essuyer un tir de barrage, une riposte en règle des partisans du chef de l'Etat. « Il connaît par coeur les critiques », s'amuse un de ses collègues.
Un homme d'une « indépendance totale » selon un de ses collègues
Le procureur de Paris n'a pas toujours été le magistrat « libre » d'aujourd'hui et sa nomination par Elisabeth Guigou en 1998 avait fait l'objet d'âpres négociations avec l'Elysée, où il est catalogué « à gauche ». En 1990, Jean-Pierre Dintilhac est en effet directeur de cabinet du garde des Sceaux socialiste Henri Nallet, au plus fort de l'affaire Urba. Le dossier des fausses factures du PS menace alors le coeur du pouvoir socialiste, dont Henri Nallet a été un des trésoriers, et les chausse-trapes judiciaires vont être installées pour stopper les enquêtes. C'est lui, à l'époque, qui relaie les interventions politiques dans les différents parquets. L'enquête du juge Thierry Jean-Pierre, au Mans, est ainsi bloquée. Jean-Pierre Dintilhac est ensuite nommé avocat général à la Cour de cassation, un des plus hauts postes judiciaires. Il y requiert, par exemple, l'annulation de la procédure Pelat, le financier occulte de François Mitterrand. Un procureur aux ordres ? « Ces critiques n'ont plus de sens aujourd'hui », soupire un de ses collègues, persuadé de « l'indépendance totale » du parquet de Paris. Toutes les enquêtes ouvertes au pôle financier parisien, depuis 1998, visant la droite comme la gauche, plaident dans ce sens.
Laurent Valdiguié,
Le Parisien , mercredi 04 juillet 2001, 0h00
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Dintilhac visé par une plainte liée au sang contaminé
Elle est infectée par le VIH et par l'hépatite C depuis le 8 juin 1984. Ce jour-là, Béatrice Maucourant, qui venait d'accoucher de jumeaux, a reçu une transfusion sanguine. Les lots étaient contaminés.
Elle vient de porter plainte avec constitution de partie civile contre ceux qui animaient alors l'administration pénitentiaire, persuadée que ces lots contaminés proviennent de prélèvements sanguins effectués dans les prisons. Une plainte déposée à Paris, qui vise notamment le procureur de la République de Paris, Jean-Pierre Dintilhac.
Ce dernier était en effet à l'époque l'un des collaborateurs de Myriam Ezratty, directrice de l'administration pénitentiaire. Pour étayer sa plainte, basée sur la complicité d'empoisonnement, Béatrice Maucourant vise une note de service du 13 janvier 1984 qui avait autorisé les centres de transfusion sanguine à augmenter les collectes en prison, lieux à risques. En 1998, Béatrice Maucourant avait cosigné une tribune libre, avec Edmond-Luc Henry, le président de l'association des hémophiles, et un magistrat qui l'avait soutenue, Didier Gallot, juge d'instruction aux Sables-d'Olonne.
Dans les colonnes de Libération, Myriam Ezratty s'était expliquée sur la circulaire de 1984: «Je n'avais, bien entendu, pas à cette date la moindre information sur les risques de ces collectes», indiquait-elle. Cette plainte, qui tombe mal pour le procureur de la République, aux prises avec le dossier Chirac, devrait être dépaysée
ARMELLE THORAVAL, Libération, 20 juillet 2001, p. 13.