MM. Bush et Chirac honorent les soldats américains morts pour la liberté (Avec AFP et Reuters, LEMONDE.FR | 27.05.02 | 17h08, MIS A JOUR LE 28.05.02 | 09h11)

(note Aucune allusion aux victimes civiles des bombardements anglo-saxons et à la destruction systématique des villes normandes,
à ce propos : Beaudufe Christophe. Journaliste AFP. Auteur de L'été 1944, le sacrifice des Normands, Perrin, Paris 1994
)

George W. Bush et Jacques Chirac ont rendu hommage, lundi 27 mai (2002), aux milliers de soldats américains tués dans les combats qui ont suivi le débarquement du 6 juin 1944 en Normandie. Avant cette cérémonie, les présidents américain et français avaient assisté à une commémoration religieuse à Sainte-Mère-Eglise (Manche), première commune libérée de la France en juin 1944.

Ces deux cérémonies marquaient le Memorial Day, la journée du souvenir aux Etats-Unis qui honore tous les Américains morts au combat depuis la Révolution américaine. George Bush était accompagné du secrétaire d'Etat américain, Colin Powell, Jacques Chirac par la nouvelle ministre de la défense, Michèle Alliot-Marie.

George W. Bush et Jacques Chirac ont salué un "sacrifice" pour la liberté qu'ils se sont engagés à poursuivre contre "la barbarie terroriste". En conclusion de sa première visite officielle en France, le chef de la Maison Blanche avait souhaité un "événement symbolique fort" pour marquer le Memorial Day. C'était la première fois dans l'histoire des Etats-Unis qu'un président américain, à l'occasion de cette journée, rendait hommage hors du territoire américain aux GI's "tombés au nom de la liberté".

Après avoir atterri en hélicoptère sur le terrain de football de Sainte-Mère-Eglise, le président américain a été accueilli sur la place de l'église par Jacques Chirac, son épouse, Bernadette, et Michèle Alliot-Marie. George W. Bush était accompagné de son épouse, Laura, du secrétaire d'Etat, Colin Powell, et de Condoleezza Rice, sa conseillère à la sécurité nationale.

Les deux chefs d'Etat et leurs délégations ont assisté à un service religieux en l'église de la commune sous les auspices du curé de la paroisse, le père Léon Allix, et de l'évêque d'Avranches et de Coutances, Mgr Joseph Fihey. Une cérémonie ponctuée par le témoignage d'un ancien combattant américain résidant à Sainte-Mère-Eglise et le prêche de l'aumônier du 1er bataillon aéroporté du 508e régiment d'infanterie américain. Le "chapelain" a rendu hommage aux "sacrifices" consentis par des soldats "qui croyaient en une cause qui les dépassait, la cause de la liberté". "Sacrifice" fut l'antienne de cette journée sans précédent.

"VOUS POUVEZ COMPTER SUR NOUS"

Jacques Chirac, qui a exprimé la "gratitude" de la France aux Américains, et George Bush ont salué la mémoire de "ces milliers d'hommes, souvent de très jeunes gens, qui ont donné leur vie pour la libération, contre la barbarie". Après avoir réaffirmé dimanche la solidarité des Etats-Unis et de la France dans la lutte contre le terrorisme, ils ont plaidé chacun avec lyrisme pour la poursuite du combat en faveur de la liberté.

"Voici plus de deux siècles, l'amitié entre nos deux pays était scellée dans l'acte fondateur de votre grande nation. L'Histoire en porte témoignage. Chaque fois que l'essentiel est en jeu, vous pouvez compter sur nous comme nous savons pouvoir compter sur vous", a déclaré Jacques Chirac lors d'un discours devant l'église de Sainte-Mère-Eglise. "Aujourd'hui encore, nos deux pays luttent ensemble contre la barbarie terroriste qui, au matin du 11 septembre, a si cruellement endeuillé l'Amérique. Une barbarie qui vient de frapper à nouveau au Pakistan, tuant et blessant des Français", a-t-il ajouté, évoquant l'attentat qui a tué onze ressortissants français le 8 mai à Karachi. "En rendant hommage aux combattants de la liberté de 1944 comme en luttant aujourd'hui contre le terrorisme, nous récusons le fanatisme, l'exclusion de l'autre, le racisme et la xénophobie", a-t-il lancé, dans une tirade non sans résonances politiques après le second tour de l'élection présidentielle française.

George W. Bush lui a fait écho : "Aujourd'hui, nous défendons notre liberté contre ceux qui ne supportent pas la liberté et cette défense nécessitera un sacrifice égal à celui de nos ancêtres". "Ce sacrifice, je vous le promets, nous le ferons, pour le bien des Etats-Unis, de la France et de la liberté dans le monde", a-t-il ajouté. Tout en célébrant "l'union sacrée" franco-américaine, Jacques Chirac en a profité pour adresser une mise en garde voilée à son homologue américain dont il craint les velléités bellicistes, notamment vis-à-vis de l'Irak. "Nos armes aujourd'hui ont aussi pour nom le progrès économique et la solidarité internationale, l'éducation et la santé pour tous, l'invention de nouveaux modes de production et de consommation".

"LA CAUSE EST JUSTE"

Après l'étape de Sainte-Mère-Eglise, George W. Bush a survolé les plages du débarquement à bord de son hélicoptère avant de se rendre au cimetière américain de Colleville-sur-Mer, moment fort de sa visite tout entier voué au patriotisme américain mais aussi destiné aux électeurs, alors que se profilent déjà les élections à mi-mandat de novembre.

Le président américain a marché parmi les 9 386 croix du cimetière qui surplombe la plage d'Omaha Beach où les troupes américaines subirent leurs plus lourdes pertes le jour du débarquement. Colin Powell avait été chargé d'accueillir Jacques Chirac, arrivé plus tard pour des raisons de protocole.

"Notre sécurité est toujours liée à une alliance transatlantique dont les soldats, sous plusieurs uniformes, défendent le monde contre les terroristes", a déclaré George W. Bush lors d'une allocution solennelle dans l'enceinte du cimetière.

Prolongeant le parallèle entre les combats du "D-Day" et les opérations anti-terroristes, le chef de la Maison Blanche a évoqué le conflit en Afghanistan. "Des familles de militaires en Amérique et en Europe portent le deuil depuis peu après les pertes que nous avons essuyées en Afghanistan. Elles savent cependant que la cause est juste et que, comme pour d'autres générations, ces sacrifices ont épargné à beaucoup la tyrannie et le chagrin", a-t-il souligné d'une voix émue.

Le président américain, qui s'exprimait en présence de Jacques Chirac, n'a pas invoqué le général de Gaulle mais... François Mitterrand pour souligner l'importance du "D-Day", que l'ancien président socialiste français avait jugée "sans comparaison" dans l'Histoire.

George W. Bush et son homologue français ont ensuite déposé chacun une gerbe aux couleurs de son pays au pied du mémorial du cimetière, une imposante colonnade en arc de cercle. Après les hymnes américain et français, 21 coups de canon ont retenti, suivis du passage de huit chasseurs français et américains dans le ciel pluvieux de Normandie. George W. Bush a quitté la France dans l'après-midi pour Rome, dernière étape de sa tournée européenne.

Vaste nécropole couvrant environ 70 hectares, le cimetière américain de Colleville-sur-Mer domine Omaha Beach, la plage qui fut le théâtre de la plus grande opération amphibie de débarquement de troupes de l'Histoire. Plus de 9 300 soldats américains, dont 307 soldats inconnus, sont inhumés sous les croix blanches ou les étoiles de David qui se détachent sur la pelouse.

Pendant son discours, le président américain a souligné la force des liens unissant l'Europe et les Etats-Unis, évoqué la lutte contre le terrorisme en Afghanistan et cité l'ancien président, François Mitterrand. Sous les applaudissements, les deux présidents suivis de leurs épouses ont ensuite gagné le mémorial, dont la colonnade est ornée d'une statue monumentale symbolisant "l'âme de la jeunesse américaine".

George Bush et Jacques Chirac ont déposé deux gerbes représentant les drapeaux des deux pays, avant d'écouter les hymnes nationaux. La cérémonie s'est achevée par 21 coups de canon et le passage dans le ciel nuageux de huit chasseurs français et américains.

Les invités, parmi lesquels beaucoup d'anciens combattants, avaient attendu le début de la cérémonie sous un ciel menaçant, les averses alternant avec les éclaircies. Plus de 2 000 personnes se sont rassemblées lundi autour des présidents. Massés derrière des barrières de sécurité, sous leurs parapluies, les spectateurs de tous âges réunis sur la place de l'église, dont certains étaient arrivés dès le matin, ont patienté dans le calme jusqu'à 11 h 55, heure d'arrivée du président Jacques Chirac et de son épouse.

Les 500 écoliers et collégiens de la région ont réservé un accueil chaleureux au chef d'Etat français avec des bousculades, des clameurs et des "Chirac, Chirac" lancés en chœur. Une dizaine de minutes plus tard, la foule a chaleureusement salué l'arrivée du président américain en agitant des drapeaux français et américains.

C'était la première fois qu'un président américain en exercice se rendait à Sainte-Mère-Eglise, le premier village français libéré par les troupes aéroportées américaines dans la nuit du 5 au 6 juin 1944. Dans la foule, un homme tente désespérément d'apercevoir le président américain en se hissant sur la pointe des pieds pour profiter de ce moment historique. Il est impossible de s'approcher de l'église où se déroule la cérémonie en présence des présidents français et américain. Des mesures de sécurité draconiennes ont été imposées par des services de sécurité aux aguets. Tout le monde a dû obéir à la règle du passage obligatoire par des portiques détecteurs de métaux. Quelques villageois observent la cérémonie derrière leurs fenêtres.

Ravis par cet accueil, les deux chefs d'Etat se sont pliés au rituel du bain de foule serrant les mains se tendant vers eux. "Il a quand même pris un bain de foule, hein, c'est courageux !", lance en souriant un homme d'une quarantaine d'années tandis que le président Bush s'apprête déjà à rejoindre son hélicoptère pour la prochaine étape, le cimetière américain de Colleville-sur-Mer.

"C'était bien, c'est un honneur de voir le président Bush", lance un jeune retraité. Derrière lui, Robert, ancien combattant, est trempé mais ne bronche pas, portant fièrement son drapeau : "Pour nous cette visite est appréciable, c'est une reconnaissance, tout un symbole... Je suis bien content", commente-t-il timidement. Quant à la pluie, "on a fait la guerre, on en a vu d'autres", dit-il.
Le président américain a décollé, lundi à 16 h 35, de l'aéroport parisien d'Orly pour Rome.
Avec AFP et Reuters, LEMONDE.FR | 27.05.02 | 17h08, MIS A JOUR LE 28.05.02 | 09h11

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