Vers affaire Rhodia
Février 2005. Thierry Breton, un redresseur d'entreprises au profil politique à Bercy

Thierry Breton, dont la carrière s'est faite au chevet d'entreprises malades, Bull puis Thomson Multimédia, avant de s'attaquer au plan de redressement de France Télécom, est un manager qui a aussi un profil très politique.

Il est proche à la fois de Jacques Chirac et de Jean-Pierre Raffarin, au côté duquel il a siégé au conseil régional de Poitou-Charentes de 1988 à 1992.

Son nom avait déjà été largement évoqué il y a trois mois pour la succession de Nicolas Sarkozy.

Avec son abondante chevelure brune bouclée et sa mèche énergique, le patron de France Télécom conserve à 50 ans une allure juvénile. Il a aussi un goût prononcé pour les termes anglais et les phrases au débit accéléré.

Travailleur acharné, féru de technologies et écrivain de science-fiction à ses heures perdues, c'est un homme de réseau et une figure forte des chefs d'entreprises français, qu'il fréquente notamment au sein de l'Association Entreprises et Cité.

Relativisant son action de redressement de trois fleurons français de la high-tech, ses détracteurs soulignent qu'il n'a jamais orchestré ces chantiers jusqu'à leur terme, M. Breton ayant à chaque fois quitté avant terme une entreprise pour être appelé à prendre la direction d'une nouvelle.

Pendant cinq ans à la tête de Thomson Multimédia (TMM) - entreprise qu'Alain Juppé, alors Premier ministre, avait jugé ne valoir "même pas un franc" - Thierry Breton a été aidé par les 11 milliards de francs (1,68 md EUR) d'augmentation de capital que le gouvernement de Lionel Jospin avait consenti en 1997. Mais il s'est félicité d'avoir fait récupérer à l'Etat bien plus que ce montant.

Né le 15 janvier 1955 à Paris, cet ingénieur de l'Ecole supérieure d'électricité (Supelec) a été de 1976 à 1981 successivement professeur au lycée français de New York, dirigeant de plusieurs petites entreprises informatiques et auteur de romans comme "Vatican III" ou "Netwar".

Thierry Breton doit une grande partie de son ascension à René Monory dont il fut conseiller technique au ministère de l'Education nationale, et à qui il souffla l'idée du Futuroscope de Poitiers, avant de devenir chef du projet jusqu'en 1990.

Chez Bull, Thierry Breton se fait l'artisan d'un renflouement progressif et de l'entrée de partenaires industriels, convainquant le gouvernement d'Edouard Balladur de ne pas brader le groupe informatique par une revente précipitée.

A la tête de TMM, il impose l'image d'un gestionnaire rigoureux et survolté, entre programmes de restructuration permanents - sans impact sur les effectifs globaux grâce à la croissance du groupe - et réorientation du groupe hors de l'électronique grand public.

Mais c'est à la tête de France Télécom que ses capacités à orchestrer un redressement sont encore plus manifestes, avec la mise en place d'un plan de renflouement d'une ampleur sans précédent.

Après avoir pris en octobre 2002 les rênes du colosse fragilisé par 12 milliards d'euros de pertes et une dette record de 70 milliards, Thierry Breton a concocté un plan de redressement drastique, prévoyant de dégager quelque 45 milliards d'euros sur trois ans.

M. Breton quitte France Télécom aux deux-tiers du chantier de redressement, en ayant également vécu une autre étape historique pour le groupe et pour l'Etat: la privatisation de France Télécom.
Wanadoo.fr, 26 février 2005

-------

Retour Première page