Biographie d'un inspecteur des finances
comme Jean-Yves Haberer ("faillite" du Crédit Lyonnais)
et Jean-Marie Messier ("faillite" de Vivendi Universal)

13 septembre 2002 : Michel Bon a été contraint de démissionner de France Télécom

La démission de Michel Bon, président de France Télécom, jeudi 12 septembre, constitue l'épilogue logique d'un compte à rebours démarré il y a quelques semaines.

Mi-août, M. Bon peut encore sauver sa tête. Après une première tempête boursière fin juin, où l'action touche un plus bas niveau à 9 euros, l'été se traduit par un retour en grâce. Les déclarations du ministre de l'économie, Francis Mer, en juillet, qui affirme que "l'Etat actionnaire jouera son rôle", rassurent les investisseurs ; l'action regagne 80 % au 22 août.

A Bercy, on travaille donc sereinement au très lourd programme de refinancement de la dette pour 2003 (environ 15 milliards d'euros). Des contacts sont pris auprès de la Commission européenne. Cette dernière fait savoir qu'elle retoquerait probablement une garantie de l'Etat sur les emprunts de France Télécom mais qu'elle n'est pas opposée à une augmentation de capital aux conditions du marché. Une option que le gouvernement refuse d'envisager tant que l'action n'aura pas retrouvé un niveau "raisonnable".

Vœu pieu.
L'action repart soudain dans une spirale descendante. France Télécom, qui doit tenir son conseil d'administration le 4 septembre, prévient les représentants de l'Etat que les provisions qui devront être passées au premier semestre seront lourdes. Le gouvernement, qui croyait que les 10,2 milliards de provisions de 2001 l'avaient été pour solde de tout compte, est stupéfait. Il réclame à M. Bon d'apurer définitivement les comptes, et notamment le dossier de sa filiale allemande MobilCom, devenu depuis février le talon d'Achille de M. Bon. Ce dernier promet de réviser sa copie et annonce, le 29 août, le report de deux semaines de son conseil d'administration.

Le sort de M. Bon est scellé. Certains au gouvernement et à l'Elysée réclament sa tête même si des ministres lui renouvellent leur confiance, comme François Fillon, ministre des affaires sociales, le 7 septembre sur Europe1.

Les calculettes de Bercy s'affolent dans les jours qui suivent : les 21 milliards d'euros de fonds propres de France Télécom vont être dévorés par les 10 à 15 milliards d'euros de provisions. Après cette seconde opération vérité, ils ne suffiront plus à porter les 70 milliards d'euros de dette. Deux scénarios s'affrontent : celui d'un recours à l'emprunt, soutenu par M. Bon, conseillé par la banque Rothschild, et celui de la recapitalisation prôné par Bercy et la banque Lazard. Face aux réticences européennes pour le premier, le second semble plus probable. Or M. Bon a toujours dit qu'il ne cautionnerait pas un scénario qui avaliserait de facto un cours de l'action inférieur au cours d'introduction en Bourse (27,50 euros en octobre 1997).

ACCORD DE PRINCIPE

L'Etat doit donc lui trouver un successeur. Une gageure d'autant plus délicate que le salaire annuel du président de France Télécom est un des plus faibles de la place (350 000 euros). C'est finalement Thierry Breton, le PDG de Thomson Multimedia, qui semble le mieux à même de prendre le relais, estime-t-on au gouvernement et à l'Elysée. Mercredi 11 septembre, l'intéressé donne son accord de principe à M. Mer dans son bureau à Bercy. C'est du moins ce qu'on comprend aux sièges de France Télécom et des deux banques conseil. Mais les deux hommes, dit-on, conviennent d'attendre pour l'annoncer : selon de bonnes sources, M. Breton a besoin d'un peu de temps pour préparer sa succession à la tête de Thomson Multimedia et M. Mer souhaite que M. Bon annonce le désengagement de MobilCom et les pertes record. La nomination d'un nouveau président et le plan de sauvetage seront annoncés dans quelques semaines.

Le lendemain midi, les révélations du Monde bouleversent cet agenda. M. Breton, dont le départ annoncé provoque une chute de 8 % de l'action Thomson Multimedia, exige un démenti immédiat de Bercy. Impossible, pourtant, de dire que le poste ne lui pas été proposé. Bercy trouve donc une formulation habile qui "dément les informations selon lesquelles M. Thierry Breton aurait accepté la présidence de France Télécom". Le texte a beau avoir été soigneusement ciselé, il n'en constitue pas moins un cinglant camouflet pour M. Bon qui bouscule le scénario du gouvernement et présente sa démission dans l'après-midi.

A 19 h 30, Thierry Breton, interrogé sur son éventuelle arrivée à France Télécom lors d'un débat organisé au Louvre par Radio Classique et Le Monde, se retranche derrière le communiqué de Bercy : " Le gouvernement a dit que les informations parues dans la presse disant que j'avais accepté la présidence de France Télécom étaient erronées." Visiblement tendu, il n'en dira pas plus. Mais la suite de son intervention, consacrée à la stratégie internationale de Thomson Multimedia apparaît comme une critique en creux de la stratégie de l'opérateur public. "Le succès du développement international, ce ne sont pas seulement des jeux financiers..."

DÉMISSIONS DE SOUTIEN

Au même moment, de l'autre côté de la Seine, le dernier acte se joue pour M. Bon. Les membres de son conseil d'administration sont réunis au siège, place d'Alleray à Paris, depuis 17 h 30. " Ce fut un moment empreint de sérénité et de solennité", déclare un administrateur représentant du personnel. Le PDG évoque la situation paradoxale de l'entreprise qui affiche de très bons résultats opérationnels, mais qui doit solder l'affaire MobilCom. Puis il annonce aux administrateurs : "L'importance des pertes m'a conduit à proposer ma démission au gouvernement, qui l'a acceptée." Quatre administrateurs, tous représentants du secteur privé, démissionnent pour lui exprimer leur soutien : François Grappotte, PDG de Legrand, Michaël Likierman, président du conseil de surveillance de GrandVision, Roger Fauroux, président d'honneur de Saint-Gobain et Jacques Rigaud, ancien PDG d'Ediradio (RTL).

A 23 h 30, Bercy publie un communiqué qui précise que la "démission deviendra effective lors d'un conseil d'administration qui se tiendra dans les toutes prochaines semaines, au cours duquel un nouveau président sera alors présenté." Il suggère une augmentation de capital en précisant que " l'Etat contribuera au renforcement très substantiel des fonds propres de l'entreprise, dans un calendrier et selon des modalités à déterminer en fonction des conditions de marché". France Télécom annule dans la foulée la conférence de presse des résultats que devait tenir M. Bon, vendredi matin. Le rideau tombe sur la folle semaine de France Télécom.
Laurence Girard et Christophe Jakubyszyn, ARTICLE PARU DANS L'EDITION DU 14.09.02, LE MONDE | 13.09.02 | 12h07

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Biographie
Après quatre ans à l'Inspection des Finances (1971 — 1975), Michel BON a passé dix ans dans la banque, d'abord au Crédit National (1975 — 1978), la principale banque de crédit à long terme aux entreprises, puis au Crédit Agricole (1978 — 1985), première banque de détail française. Il y fut Directeur des engagements, puis Président d'Unicrédit et Directeur Général Adjoint.

Au début de 1985, il rejoint Carrefour, la plus grande entreprise de distribution française et seconde européenne, dont il sera Directeur Général puis Président jusqu'à fin 1992. Pendant cette période, Carrefour multiplie ses ventes par trois, son résultat par quatre et son cours de bourse par six, ce qui valut à Michel BON d'être sélectionné pour être manager de l'année en 1991 et 1992 (et à nouveau, mais à France Télécom cette fois, en 1998).

En Septembre 1993, il a été nommé par le Gouvernement à la tête de l'Agence Nationale pour l'Emploi. En deux ans, le nombre des personnes qui ont retrouvé du travail grâce à l'action de l'Agence a doublé.

Le 13 septembre 1995, il a été nommé Président de France Télécom. Avec un chiffre d'affaires 1998 de 25 milliards d'Euros et une capitalisation boursière de 80 milliards d'Euros, France Télécom est l'une des principales sociétés mondiales du secteur des télécommunications. Avec des opérations dans une cinquantaine de pays, France Télécom est présente dans tous les domaines : téléphonie fixe, mobile, données et internet, services en ligne, services mondiaux, télédiffusion, câble, etc...

Né en 1943, Michel BON est marié et père de quatre enfants. Il est par ailleurs (en 1999) Président du Conseil de Surveillance de l'ESSEC, une des grandes écoles de gestion française, Vice-Président de l'Institut Pasteur. Il est diplômé de l'ESSEC, de l'Institut d'Etudes Politiques de paris, de l'ENA et de la Standford Business School.

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