M. Benmakhlouf, 61 ans, ancien directeur de cabinet de Jacques Toubon au ministère de la Justice (1995-1996), ancien conseiller à la mairie de Paris (1989-1991), a envoyé sa lettre de démission le 8 décembre à la Garde des Sceaux Marylise Lebranchu, qui a reçu le magistrat mercredi et "a pris acte de cette décision".
Dans sa lettre de démission, le magistrat évoque "les articles de presse relatifs à deux procédures à fort retentissement, qui viennent de mettre gravement en cause les conditions dans lesquelles les magistrats de (son) parquet général ont été amenés à exercer leurs fonctions".
Il s'agit des réquisitions de nullité de la procédure engagée contre Xavière Tiberi, l'épouse du maire de Paris, le 8 novembre, pour l'emploi présumé fictif qu'elle a obtenu du Conseil général de l'Essonne, et des réquisitions de remise en liberté de l'ancien ministre RPR, proche de Jacques Chirac, Michel Roussin, le 5 décembre.
Le plus proche collaborateur d'Alexandre Benmakhlouf au parquet général de Paris, Franck Rastoul, a affirmé de son côté jeudi que "c'est en totale indépendance que les magistrats du parquet général" concernés par ces affaires "ont pris leurs réquisitions".
Vive polémique sur sa nomination
Dans sa lettre à Mme Lebranchu, M. Benmakhlouf explique que "la gravité des atteintes portées tant à la fonction qui m'est confiée qu'à mon honneur de magistrat et même à ma personne me conduit à remettre cette fonction à votre disposition". Il assure avoir "toujours laissé une entière latitude aux magistrats du parquet général quant au sens des réquisitions qu'ils pensent devoir prendre".
M. Benmakhlouf avait déjà écrit à Mme Lebranchu le 31 octobre pour se plaindre d'écrits très violents, l'accusant de partialité en faveur du président de la République, tenus par le député PS Arnaud Montebourg dans son livre, "La machine à trahir" (Denoël). L'élu indiquait que M. Benmakhlouf pouvait être "directement intéressé au non-aboutissemnt du dossier", qui pourrait viser le président de la République. Il avait été reçu le 15 novembre par la ministre à ce sujet.
La nomination d'Alexandre Benmakhlouf à la tête du premier parquet général de France, en conseil des ministres au mois de juillet 1996, avait suscité une très vive polémique. Le PS avait alors souligné que le gouvernement Balladur poursuivait "avec obstination la mise en place de l'Etat-RPR à la tête de la justice". Jack Lang avait estimé "inimaginable, dans un quelconque pays démocratique d'Europe, que le directeur de cabinet du ministre de la Justice puisse être nommé patron du parquet de la capitale du pays".
L'annonce de cette démission intervient au lendemain du rétablissement de la mise en examen de l'ancien garde des sceaux Jacques Toubon et le jour même d'une intervention télévisée du président de la République (le 14 décembre 2000).
Si l'on en croit (?) certaines sources judiciaires (Le Parisien, 15 décembre 2000, p. 4) le fils du procureur Benmakhouf aurait été engagé en janvier 1995 comme chargé de mission auprès du maire de Paris, à l'époque M. Jacques Chirac.
Le 15 février 2001 le Conseil supérieur de la magistrature a donné un avis favorable à la nomination de M. Benmakhlouf comme premier avocat général en surnombre à la Cour de cassation.