Olivier Besancenot
Arlette Laguiller
Robert Barcia, le "coach" d'Arlette Laguiller, et d'Olivier Besancenot ?

(11 février 2003) Pour la première fois, Robert Barcia se raconte dans un livre
Le père de Lutte ouvrière dans la lumière

(8 octobre 1998 : Première "révélation")

L'un peaufine son image, l'autre dévoile la sienne pour la première fois. Olivier Besancenot, le jeune porte-parole de la Ligue communiste révolutionnaire (LCR), expose son minois de gendre idéal pour famille «à gauche de la gauche» en couverture de son livre (1).
Homme de l'ombre, Robert Barcia, alias «Hardy», véritable chef de Lutte ouvrière et dernière figure historique du groupe Barta, l'ancêtre du parti d'Arlette Laguiller, livre pour la première fois les clefs de son itinéraire militant sous forme d'entretiens (2).

Depuis le décès, en 2002, de Pierre Bois, à l'origine des grèves des usines Renault de Boulogne-Billancourt en 1947 qui ont précipité le départ des ministres communistes du gouvernement, Robert Barcia incarne à lui seul la mémoire de LO. Il raconte donc la genèse de ce groupuscule en sachant qu'il ne reste plus aucun témoin susceptible de corriger sa version. A priori donc, pas grand-chose de commun avec l'ouvrage du facteur de Neuilly, porte-parole de la LCR, qui délivre, du haut de ses 28 ans, son petit abécédaire à usage révolutionnaire.

«Grand soir».
Pourtant, chacun à leur manière, les deux militants trotskistes balisent un point de passage dans l'histoire de l'extrême gauche. Barcia se fait l'historien d'une vie militante et de tout un pan du mouvement ouvrier. Engagé dans la Résistance dès l'âge de 15 ans, il rejoint les trotskistes du groupe Barta après l'élimination d'un de ses camarades par des membres du PCF. En somme, le parcours du parfait militant communiste révolutionnaire, opposant de gauche au stalinisme et qui, à 75 ans, ne renie rien de la révolution bolchevique et continue d'entretenir chez ses militants la mystique du «grand soir».

Besancenot revendique le même héritage sans avoir eu à connaître l'affrontement avec les staliniens ou les heures sombres de l'Occupation. Quand pour Barcia, la pendule s'est arrêtée à «minuit» dans ce siècle, Besancenot croit qu'un autre monde est toujours possible. Du coup, la figure de Trotski n'est plus une référence absolue. Le porte-parole de la LCR se revendique aussi bien de la tradition libertaire, que de Che Guevara ou du sous-commandant Marcos, le chef de la rébellion zapatiste. Et il ne se prive pas de porter un regard critique sur Trotski, coupable, selon lui, d'avoir «prôné la militarisation de l'économie et des syndicats». Des aménagements pour séduire de nouvelles générations militantes moins portées sur la lecture des oeuvres complètes du vieux Léon.

Robert Barcia ne prend pas de telles libertés avec l'orthodoxie. Il cherche surtout à répondre aux attaques portées contre lui et son organisation pour redonner un peu de lustre à LO qui a pris un sérieux coup de vieux depuis l'irruption de Besancenot. L'homme de l'ombre, souvent présenté comme le gourou d'Arlette Laguiller, se livre à un exercice de transparence inattendu. Il s'explique notamment sur son activité de patron d'une entreprise de formation de visiteurs médicaux, et sur l'ingérence des cadres de LO dans la vie privée des militants à qui on «déconseillerait» d'avoir des enfants. «Nous n'interdisons pas à nos militants d'avoir des enfants, écrit-il. Ce choix leur appartient, mais avoir et élever des enfants empêchera de se qualifier réellement et de se consacrer à notre lutte.»

Epouvantail.
Surtout, Hardy justifie la consigne donnée par son organisation entre les deux tours de la présidentielle. Pas question pour les militants de LO de «participer à un quelconque front républicain avec des partis de droite». «La gauche était trop contente de trouver un épouvantail à agiter pour faire oublier que si Le Pen était au second tour, c'était parce que la gauche s'était écroulée (...) Les partis de gauche ont occulté ce fait majeur et ont évité ainsi de s'expliquer devant leur électorat», poursuit Barcia. Pour autant, lors de la promotion de son livre, il a nuancé son propos, laissant entendre que droite et gauche n'étaient pas totalement siamoises. Même si, comme Lénine, il croit toujours aux «luttes décisives de la révolution imminente». Tout en doutant de les voir aboutir de son vivant.
(1) Révolution ! 100 mots pour changer le monde. Flammarion ; 320 pp. ; 15 euros.
(2) La Véritable Histoire secrète de Lutte ouvrière. Denoël ; 324 pp. ; 17 euros.
Libération, Par Christophe FORCARI, mercredi 12 février 2003, p. 12

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L'Express du 08/10/1998 Dr Barcia et Mr Hardy par François Koch

Patron de sociétés paramédicales d'un côté, dirigeant autocrate de Lutte ouvrière de l'autre, ce trotskiste fait-il de l'entrisme dans les labos ou chez les gauchistes?

L'incroyable histoire de Barcia-Hardy semble inspirée du récit de Robert Louis Stevenson, Docteur Jekyll et Mister Hyde.
A 70 ans, Robert Barcia peut se vanter d'avoir réussi une brillante carrière de businessman aux côtés des patrons de la très capitaliste industrie pharmaceutique et de jouir d'une extraordinaire capacité de dissimulation.
Car le même homme, sous le pseudonyme d'Hardy, est depuis 1956 le principal dirigeant de l'Union communiste (Lutte ouvrière), une organisation d'extrême gauche trotskiste, dont l'objectif est «la destruction de l'appareil d'Etat de la bourgeoisie».
Hardy le bolchevique a formé et lancé la célèbre Arlette Laguiller, succès électoraux à l'appui: 5,3% à la présidentielle de 1995 (1 600 000 voix) et 20 conseillers régionaux cette année. Pendant plus de quarante ans, le visage et l'identité d'Hardy ont constitué l'un des secrets les mieux gardés de la vie politique française.
«Les vrais dirigeants de LO sont issus de la classe ouvrière», répète inlassablement Arlette. Son mentor Hardy est pourtant un très bourgeois chef d'entreprise. Il a fondé à Paris, en 1968 et en 1971, l'Epmed (Etudes et publicité médico-pharmaceutiques) et l'OPPM (Organisation promotion prospection marketing), deux sociétés spécialisées dans la prestation de services et la formation de visiteurs médicaux, qui démarchent les médecins pour le compte d'un industriel. Lorsqu'il s'agit d'améliorer leur efficacité, Robert Barcia passe pour un professionnel très compétent.

En 1989, alors que la profession doit se doter d'un diplôme obligatoire, c'est à lui que les patrons de laboratoire achètent un programme de formation médicale, par l'intermédiaire du Syndicat national de l'industrie pharmaceutique (Snip).
Les sociétés de Barcia ont aussi un lien commercial privilégié avec les laboratoires Elerté d'Aubervilliers (Seine-Saint-Denis): Marie-Josée Plotkine, leur PDG, ignorait tout du rôle politique de celui qu'elle considère toujours comme son directeur de la visite médicale. A ce titre, Barcia fut l'un des cofondateurs de l'Association des directeurs de réseaux de visite médicale (Adrev), en 1973.
«Nous sommes abasourdis, confie Christian Garbarini, président de l'Adrev, qui vient de découvrir la double vie de Barcia. Je vais faire changer l'adresse de l'association.» L'Adrev est en effet toujours domiciliée rue Rouvet, dans le XIXe parisien, siège de l'Epmed et de l'OPPM, dont les dirigeants actuels ont porté les couleurs de Lutte ouvrière aux législatives.
La surprise est tout aussi intense chez Bernard Lefèvre, actuel directeur export des laboratoires Roche et cofondateur de l'Adrev: «Je fréquente Barcia depuis vingt-sept ans et il semblait totalement intégré à notre univers politiquement plutôt libéral, en s'exprimant de manière toujours très modérée; il y avait donc deux hommes en un.» «Je ne l'aurais certainement pas vu de ce bord-là», renchérit Françoise Jubin, directrice des affaires sociales du Snip, dont la première rencontre avec Barcia date de 1973.
Pour ses amis chefs d'entreprise ou cadres supérieurs, qui ont le sentiment d'avoir été trompés par Barcia, certains souvenirs deviennent croustillants: «Au cours d'un dîner de l'Adrev, il y eut une discussion politique où nous laissions paraître nos opinions de droite et où nous nous moquions beaucoup d'Arlette Laguiller, raconte un membre de l'association. Barcia n'a pas réagi.»
D'autres disent maintenant comprendre pourquoi il était si discret sur sa vie extraprofessionnelle. Quittant son masque quelques secondes, Barcia a juste confié, un jour, à un ami PDG qu'il avait connu les geôles de Franco. A l'abri de ses entreprises perçaient sous Barcia les méthodes autoritaires d'Hardy.
Deux visiteuses médicales auraient été licenciées pour des motifs contestables: afin d'éviter les prud'hommes, les dirigeants d'Epmed ont d'ailleurs préféré verser à ces femmes des dommages et intérêts importants. Mères de deux enfants, elles ont été mises à la porte après une demande de temps partiel ou quelques mois après un retour de congé parental.
Faut-il croire qu'à l'Epmed ou à l'OPPM, comme à Lutte ouvrière, on juge les enfants incompatibles avec un fort engagement professionnel? Contacté par L'Express, Robert Barcia n'a pas souhaité répondre.

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Eugène Pottier (paroles, français, 1816-1887) et Pierre Degeyter (musique, belge, 1848-1932) : L'Internationale (juin 1871)