Adidas, ça crée des liens. Louis-Dreyfus, qui a fait de belles affaires grâce à Tapie, renvoie l'ascenseur.
Par RENAUD LECADRE, Libération, 4 avril 2001, p. 3.
Le retour de Bernard Tapie à l'OM se double, sur le terrain judiciaire, d'une empoignade finale contre le Crédit Lyonnais sur l'affaire Adidas. Avec, dans les deux cas, la complicité de Robert Louis-Dreyfus, repreneur successif de la marque à trois bandes et du club de foot. Louis-Dreyfus doit à Tapie d'avoir réalisé le meilleur coup financier de sa carrière, à l'occasion du rachat et de la revente d'Adidas, sans bourse délier (tout a été financé par le Crédit Lyonnais), sans verser un centime d'impôt sur les plus-values (sa cagnotte est en Suisse) et en profitant du redressement commencé sous Tapie (délocalisation en Asie, recrutement de Madonna...). En retour, Louis-Dreyfus, c'est le moins qu'il pouvait faire, soutient Tapie dans sa guérilla judiciaire contre le Lyonnais.
Il y a deux semaines, après s'être longuement fait prier, la juge d'instruction Eva Joly a accordé son sésame à Bernard Tapie: un non-lieu partiel dans son dossier pénal de banqueroute. Fort de ce semi-quitus, l'homme d'affaires (ou plutôt ses ayants droit) va enfin pouvoir solder ses comptes avec le Lyonnais, et réclamer des milliards de francs à son ancien banquier préféré. C'est la vieille affaire Adidas, rachetée en 1990 par Tapie, dont la revente a généré de confortables plus-values: 2,5 milliards de francs pour Robert Louis-Dreyfus et 2 milliards pour le Crédit Lyonnais, sous réserve d'inventaire. Le groupe Tapie s'était contenté de 240 millions.
Pour une fois floué par plus malin que lui, Tapie avait initié plusieurs procédures civiles permettant de poursuivre le Crédit Lyonnais et le CDR (l'organisme public qui a hérité de tous les contentieux de la banque), qu'il accuse de l'avoir spolié de sa propre plus-value: chargé en 1992 de trouver un repreneur, au moment où Tapie devenait ministre de la Ville, le Lyonnais avait mis en place un système de portage dans des paradis fiscaux pour dissimuler le fait qu'il rachetait lui-même Adidas (1), avant de céder le tout à Robert Louis-Dreyfus.
A titre personnel, Bernard Tapie ne peut rien réclamer: il en est faillite personnelle et reste en examen pour banqueroute. Mais des tiers peuvent le faire à sa place: les liquidateurs judiciaires de ses deux holdings (GBT et FIBT), Mes Pavec et Pierrel, qui réclament 3,5 milliards au CDR, et le mandataire des petits porteurs de Bernard Tapie Finances (BTF), Me Farthouat, qui réclame 6,5 milliards. Ces procédures devant le tribunal de commerce ne pouvaient prospérer tant que durait l'instruction d'Eva Joly: le pénal tient le civil. Le CDR misait là-dessus. Le non-lieu partiel (sur BTF, mais pas sur GBT) va libérer l'assignation de Me Farthouat, à défaut de celles de Mes Pavec et Pierrel. Un premier jugement pourrait intervenir dans les mois qui viennent.
Entre-temps, Louis-Dreyfus a donné un sacré coup de pouce à Tapie en témoignant devant huissier (dans le cadre d'une sommation interpellative, susceptible d'être produite en justice) en mai 1999. L'actuel président y expliquait que le Lyonnais a empoché «bien plus de 1,2 milliard» lors de l'introduction en Bourse d'Adidas, contrairement aux dires de la banque.
Dimanche sur RTL 9, Tapie, animateur télé, recevait Louis-Dreyfus, encore taulier en chef de l'OM. L'entretien surréaliste débutait ainsi: «Il y a un sujet, Adidas, qu'on ne va pas aborder, par pudeur car il y a une procédure en cours, même si vous n'êtes pas totalement éloigné de mon analyse.» Place donc au seul football, où l'ancien président de l'OM faisait gentiment la leçon à l'actuel: «En 1998, vous laissez partir Laurent Blanc et vous recrutez un Argentin seulement connu de sa mère. C'est une catastrophe.» Louis-Dreyfus a opiné du chef en souriant.
(1) Déclarations de Jean Peyrelevade, président du Lyonnais, devant la commission d'enquête parlementaire. Le retour de Bernard Tapie à l'OM se double, sur le terrain judiciaire, d'une empoignade finale contre le Crédit Lyonnais sur l'affaire Adidas. Avec, dans les deux cas, la complicité de Robert Louis-Dreyfus, repreneur successif de la marque à trois bandes et du club de foot. Louis-Dreyfus doit à Tapie d'avoir réalisé le meilleur coup financier de sa carrière, à l'occasion du rachat et de la revente d'Adidas, sans bourse délier (tout a été financé par le Crédit Lyonnais), sans verser un centime d'impôt sur les plus-values (sa cagnotte est en Suisse) et en profitant du redressement commencé sous Tapie (délocalisation en Asie, recrutement de Madonna...). En retour, Louis-Dreyfus, c'est le moins qu'il pouvait faire, soutient Tapie dans sa guérilla judiciaire contre le Lyonnais.